La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Dimanche 7 juin – Solennité de la Fête-Dieu

Le chapelet du dévouement

ELLE entrait chaque jour dans le dortoir, à la nuit tombante. Elle passait la porte, disait «  Bonjour  !  » de sa voix fluette et, jusque dans le fond de la salle tous les soldats, même ceux qui lui tournaient le dos, répondaient ensemble  : «  ‘jour, ma sœur  ».

Les infirmières partaient aussitôt qu’elle était là. Les hommes n’avaient plus que cette religieuse petite, maigre mais qui les faisait tous sourire d’aise, parce qu’elle était un secours assuré contre la nuit.

Car c’était une chose impressionnante et fantastique que la première nuit d’hôpital d’une trentaine de blessés de guerre qui s’effrayaient les uns les autres avec leurs cauchemars. Dans cette lutte de fantômes, notre garde-malade restait calme, courageuse, tenace dans sa bonté. À mesure qu’elle se penchait sur chacun, la grande bataille imaginaire s’apaisait.

Le cœur content, elle s’asseyait dans un mauvais fauteuil et prenait son chapelet. À peine avait-elle mis les doigts au premier grain que quelque voix plaintive geignait  : «  Ma sœur  !  »

Notre petite religieuse se levait  ; on entendait le chapelet qui roulait sur sa robe.

«  Qu’est-ce qu’il y a  ?

J’voudrais d’l’orangeade.

Gourmand  !

J’ai le feu d’dans la gorge.

Promets-tu de dormir après  ?

Je l’jure.  »

Elle repartait, levait la lampe, emplissait un verre. Au seul bruit du liquide, le blessé léchait ses lèvres sèches. Et, comme elle repassait, un autre l’appelait  : «  Ma sœur  ! Je voudrais que vous me tourniez.  » Elle posait son verre.

Le premier, un méridional impatient, faisait alors, à mi-voix  : «  Allons, bon, une panne  ! Mais qu’est-ce qu’elle fait  ?  »

Elle entendait et, avec un sourire imperceptible, disait en arrivant près de lui  : «  Voilà, les pannes sont vite réparées.  »

Et l’autre, confus mais heureux, bredouillait en prenant avidement le verre de ses deux mains  : «  Merci. Ah  ! merci.  » Elle ajoutait  : «  Déguste  ; ne te presse pas  ; sois sage  !  »

Elle retournait à son fauteuil, juste le temps d’arriver au second grain du chapelet, car à chaque prière quelqu’un se plaignait, comme pour qu’elle ajoutât un effort à sa supplication.

Offrons notre communion pour les prêtres et religieux, afin qu’ils restent fidèles à leur vocation.

Colorier la sœur infirmière, en haut à gauche.

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