La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Lundi 8 juin

Le Marocain fumeur

ELLE était tant aimée  ! On se confessait à elle. Une nuit, un ouvrier de Paris tira de dessous son traversin une enveloppe froissée, en sortit deux photographies qu’il lui montra.

«  C’est au moins ta femme et ta petite  ?  » Il répondit oui de la tête. Elle leva sa lampe, regarda longuement et chuchota  : «  Mais elle est gentille, ta femme, et ce que ta petite lui ressemble  ! Heureux homme  ! Pourquoi ne m’as-tu pas encore montré ça  ? Voilà dix nuits que je te soigne. Je ne suis donc pas de ta famille, maintenant  ?  »

Et elle remit les deux épreuves dans l’enveloppe. Alors il l’arrêta d’un geste  ; il en reprit une et la lui tendit. «  Pour moi  ? Ça, c’est gentil…  » Et vite elle rangea la photo, car ils étaient bien émus l’un et l’autre.

Chaque nuit, vers 3 heures, un grand Marocain, couché au fond de la salle, s’éveillait, souffrant. Stoïque, il n’appelait jamais. Seulement, il se consolait avec une cigarette, prenant toujours les mêmes précautions puériles et comiques pour qu’on ne le surprît pas. Il confectionnait la chose sous sa couverture, quand la sœur était loin. Après la première bouffée qu’il soufflait dans ses draps, il cachait prestement la cigarette dans le tiroir de sa table de nuit. La religieuse arrivait  : elle n’avait encore rien senti. Il fermait les yeux, faisant mine de dormir. Mais, dès qu’elle avait passé son lit, il allongeait sa main vers le tiroir qu’il ouvrait sans bruit.

Bouffée, fumée, table de nuit, bonhomme immobile. La sœur repassait. Il était rendormi. Charitable, elle attendait qu’il eût réussi de la sorte cinq ou six fois  ; puis, juste devant son lit, elle posait toujours cette même question “ Qui est-ce qui fume ici  ? ” avec un air de se parler à elle-même. Terrifié, l’homme laissait sa cigarette se consumer dans la table de chevet.

Chaque matin, candide, notre infirmière s’approchait et disait simplement  : «  Je vais te vider ton tiroir.  » Elle le tirait  ; un nuage de fumée s’échappait. Le pauvre roulait des yeux angoissés que notre garde-malade ne semblait même pas remarquer.

Avec le jour, les blanches infirmières revenaient et c’est elle, la robe sombre, qui partait dormir, non sans avoir toutefois réparé quelques cornettes pour la communauté et mis de l’ordre dans la lingerie.

Cœur Sacré de Jésus, obtenez que les vocations religieuses se multiplient dans la Sainte Église, pour le salut des âmes  !

Colorier le Marocain fumeur.

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