La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 150 – Mars 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


L’ÉVANGILE DE LA SAINTE FACE

Négatif photographique du Saint Suaire

«  Comment pourrais-je résister à l’attraction de ce Visage  ? Résister dans mon cœur à cet Évangile
qu’il me prêche silencieusement  ?  »
(frère Georges de Jésus-Marie)

1898  : dans une Europe qui sombre dans le rationalisme, con­testant le miracle et niant le mystère, dans une Église que le perfide modernisme gangrène par le haut, dont les tenants sont des «  prêtres distingués, savants réputés, qui ne reconnaissent plus dans les Saintes Écritures la pure Parole et Vérité de Dieu mais un arrangement de discours humains, disant et dissimulant tour à tour cette Face de Dieu que nous cherchons  » (CRC n° 224, p. 2), à l’orée d’un siècle qui allait être celui de la grande apostasie, Notre-Seigneur Jésus-Christ a choisi de revenir et de se montrer silencieusement, «  en vainqueur et pour vaincre  » (Ap 6, 2).

Le négatif photographique de la divine Relique que l’Église conservait avec vénération depuis dix-neuf siècles, révéla tout à coup, nettement et sans équivoque, la parfaite image positive d’un Homme flagellé, couronné d’épines, crucifié et… ressuscité, comme le rapportent les Évangiles, d’un Homme dans toute sa beauté, ses souffrances affreuses et sa majesté rayonnante, d’un Homme dont le portrait en pied apparut, lumineux, sur le fond d’étoffe devenu sombre par l’inversion photographique. Merveilleux accomplissement des paroles de sainte Thérèse à sa sœur Céline  : «  Oui, la Face de Jésus est lumineuse.  » L’Église ne s’était donc pas trompée dans son culte millénaire pour le Saint Suaire et dans celui plus récent pour la Sainte Face. Alors, c’est Jésus qui revient  ? Non pas encore avec la foudre du Jugement pour condamner les méchants et mener ses élus au Ciel, mais comme au temps de l’Évangile, avec grâce et miséricorde. Ah  ! tout change, tout renaît à cette Bonne Nouvelle  !

Cette “ Épiphanie du Seigneur ”, préparée par le message de sœur Marie de Saint-Pierre, lui-même relayé par le saint homme de Tours et vécu à la perfection, dans la solitude du cloître, par sainte Thérèse de la Sainte-Face, mais aussi dans le monde par une Lucie-Christine, qui comprit par lumière infuse que la Sainte Face était «  l’égide du monde  » (Journal spirituel, 6 novembre 1881), cette Épiphanie avait à n’en pas douter un sens mystique et orthodromique, comme une Parole de Dieu pour notre temps. La clef que notre Père nous en donna un jour gouverne la présente étude, comme aussi notre prochain pèlerinage  :

«  Voici l’explication la plus profonde de ce don que Jésus a fait à son épouse de la photographie de son Corps physique et de sa Sainte Face  : c’est l’Époux qui se manifeste à son épouse dans cette nudité effroyable de l’immolation subie sur la Croix pour elle. Il n’y a rien de plus émouvant, de plus bouleversant que le spectacle de ce Corps percé de tous côtés par les coups de ses ennemis. Quand on voit ce Corps meurtri des blessures les plus cruelles et qu’on lève ses regards depuis la plante des pieds jusqu’au Visage, rencontrant toutes ces meurtrissures de la flagellation, la plaie du Côté, les plaies des pieds et des mains, tant de souffrances et qu’on lève le regard vers le Visage et qu’on en voit la sérénité, il me semble qu’il n’y a pas de plus bouleversant message d’amour et de miséricorde que la vision de cet Époux qui se montre ainsi à l’Église son Épouse, qui la prend à témoin de tout ce qu’il a souffert pour elle et cependant lui donne à travers tout cela un message d’espérance. Lui est fidèle à travers toutes ses infidélités dont il est outragé constamment, et il lui pardonne encore, jusqu’au bout, pourvu qu’elle le reconnaisse comme son Époux et qu’elle revienne à Lui.  » (29 janvier 1989)

DOUCE ATTRACTION

Avec la grâce de 1898, c’est l’Évangile qui recommençait. «  Aussitôt, des âmes pieuses, et parfois comme Delage, des incroyants, se sentent émus, attirés par le Saint Suaire, comme l’ont été Zachée, la Madeleine, la Samaritaine et Matthieu le publicain par Jésus. Malgré le barrage d’un clergé moderniste, de la Sorbonne anticléricale, du monde scientifique athée, la Gloire silencieuse et pure, douce et humble de Jésus commence à rayonner de Turin, sur Rome et sur Paris, sur toute la France… aussi bien que dans le monde.  » (CRC n° 332, avril 1997, p. 36)

En avril 1899, alors qu’il était encore à Nazareth pauvre serviteur des clarisses, frère Charles de Jésus reçut de son ami trappiste, le Père Jérôme, une reproduction du Saint Suaire  : «  C’est un trésor, lui ­répondit-il, que cette photographie, un vrai portrait de notre Bien-Aimé, je ne puis assez vous en remercier  ; c’est une vraie relique et bien précieuse  !  » Et au bas de l’image qu’il conservera toute sa vie, il écrivit  : «  Ecce sponsus, sic Deus dilexit. Voici l’Époux, c’est ainsi que Dieu a aimé. ”  »

Le Père Marie-Antoine, lui, retint l’autre signification, apocalyptique, du miracle  : «  Voici l’heure du combat décisif, la Sainte Face de Jésus, voilà le signe de ralliement. Il n’a pas voulu nous laisser sa Face brillante qui avait ébloui les Apôtres sur le Thabor, il nous a laissé sa Face couverte de poussière, de sueur, sa Face déchirée par les épines et ruisselante de sang, la Face de l’amour  !  »

Quant à l’écrivain catholique Arthur Loth, témoin de l’ostension de 1898, il publia peu de temps après une brochure  : “ Le portrait de Notre-Seigneur Jésus-Christ, d’après le Saint Suaire de Turin ”, dans laquelle il parle de «  merveilleuse apparition  », de «  figure divinement belle  », et même du Saint Suaire comme «  témoin de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ  »  ! Ainsi nos maîtres n’ont pas été longs à comprendre la portée de l’événement  ! Après s’être exclamé d’enthousiasme  : «  Nous avons vu distinctement tels qu’ils étaient les traits du Rédempteur et nous avons été les premiers à les revoir, après dix-neuf siècles, lorsque personne n’aurait osé concevoir une si chère espérance  », Loth s’étonnait néanmoins que, «  faute d’avoir été compris, l’événement si intéressant qu’il fut pour la foi et pour l’art, n’a pas produit l’émotion qu’il aurait dû causer  ».

Le Saint Suaire, dira notre Père, est «  comme un double, une doublure de Jésus, par Lui-même laissée sur la terre pour prolonger sa Présence, revivre son mystère, comme un témoin silencieux  » (CRC n° 332, p. 34). Mais du fait de la critique d’un chanoine moderniste, Ulysse Chevalier, dont la plupart des publications diocésaines en France se firent l’écho, le nombre des âmes qui reçurent le choc de la révélation de 1898, entendirent cet appel à l’Amour, à la Compassion, à la Réparation, et y répondirent, est fort restreint.

SŒUR GENEVIÈVE DE LA SAINTE FACE

Au carmel de Lisieux, nous retrouvons Céline, devenue en religion sœur Geneviève de Sainte-­Thérèse, qui ajoutera bientôt à son nom comme sa petite sœur  : de la Sainte-Face. «  Ma vie spirituelle, dira-t-elle, peut s’inscrire entre deux amours  : ma Thérèse et la Sainte Face.  » Quand parut en 1902 le livre de Paul Vignon, “ Le Linceul du Christ ”, l’oncle Guérin qui, tant par goût scientifique que par conviction d’apologiste, avait suivi les remous provoqués dans le monde des savants, se procura l’ouvrage et le prêta à sa nièce, dont il connaissait l’intérêt pour la photographie. Trois ans plus tard, il fera venir une reproduction intégrale du Saint Suaire. Dès que sœur Geneviève ouvrit le livre de Vignon et en vit les planches photo, elle fut bouleversée  : «  C’était bien mon Jésus, tel que mon cœur l’avait pressenti.   » Après avoir détaillé les traces des blessures à l’instar des clarisses de Chambéry, «  ne pouvant plus contenir les sentiments de mon cœur, écrit-elle, je couvris cette Face adorable de mes baisers et l’arrosai de mes larmes. Et je pris la résolution de peindre une Sainte Face d’après cet idéal que j’avais entrevu.  »

Cette «  intrépide au cœur d’enfant  », comme l’appelait son père, ne se mit à la tâche qu’à Pâques 1904, d’abord au fusain, puis à la peinture en grisaille l’année suivante. Travail minutieux, acharné  : elle mobilisa tout le Ciel à son secours, déposant chaque soir pinceaux et ouvrage devant la “ Vierge du Sourire ”, portant, quand elle était seule, son tableau devant le Saint-Sacrement comme pour le soumettre à ses divins rayons. Au cours de ces quelques mois, il lui arriva trois ou quatre fois d’apercevoir devant elle, «  ce n’était pas des yeux du corps  », précise-t-elle, «  le Visage de Jésus souffrant, d’une beauté et d’une netteté saisissantes  ».

«   La Face de mon Jésus, dira-t-elle, c’est Dieu même rendu palpable à mes regards sous un vêtement de chair.  » Et encore  : «  Ma dévotion à la Sainte Face est le résumé de ma dévotion à la Sainte Humanité de Jésus. Je suis le petit satellite de son Humanité.  » La toile achevée, elle l’offrit à la Sainte Vierge. À ce chef-d’œuvre fut décerné, en mars 1909, le grand prix de l’exposition d’art religieux de Bois-le-Duc, en Hollande. Mais auparavant, il reçut la bénédiction du pape Pie X, par la médiation du Père Prévost.

LA BÉNÉDICTION DE SAINT PIE X

Frère Pierre de la Transfiguration vient d’écrire un article dans La Renaissance catholique au Canada sur le Père Eugène Prévost, qui a fortement contribué à répandre dans le Nouveau Monde la dévotion à la Sainte Face (n° 226, mars 2015). Personnage controversé, le Père Prévost eut cependant le mérite de s’éprendre de la “ petite Thérèse ” et de la faire connaître à Rome, d’être en quelque sorte le premier postulateur de sa cause. Et c’est lui qui, en mars 1906, présenta l’image peinte par sœur Geneviève à Pie X. «  Que c’est beau  !  » s’exclama le saint Pape, qui attacha à cette image sa bénédiction  :

«  À tous ceux qui méditeront sur la Passion devant cette image, nous accordons chaque fois, outre la bénédiction apostolique, toutes les indulgences antérieurement concédées par les Souverains Pontifes à la Couronne des Cinq Plaies.  »

Le saint Pape demanda en outre que cette image soit répandue en tous lieux et exposée à la vénération des familles chrétiennes. Mission dont s’acquittera avec zèle le Père Prévost. En mars 1907 eut lieu une nouvelle audience, au cours de laquelle il présenta à Pie X un exemplaire de l’Histoire d’une âme, dans laquelle figurait l’image de la Sainte Face peinte par sœur Geneviève. C’est ainsi que sainte Thérèse, dont le Pape disait qu’elle était «  la plus grande sainte des temps modernes  », et la Sainte Face voyageaient de conserve dans la montée vers la gloire, comme aussi en soutien au combat des derniers temps.

En 1908-1909, à la demande des archevêques de Cambrai et de Tours, Pie X accorda la célébration d’une fête de la Sainte Face, le mardi précédant les Cendres. En réponse, le Père Prévost lui écrivait  : «  Il est consolant de constater, d’après les lettres que nous recevons de tous les pays, le bien immense que produit dans les âmes la contemplation de l’adorable Figure de notre divin Maître. Presque partout l’on unit étroitement la dévotion à la Sainte Face à celle du Sacré-Cœur, toutes deux révélant Jésus et excitant à la vertu.  »

Le programme du saint Pape tenait tout dans sa devise  : Omnia instaurare in Christo. Jésus-Christ est le Roi et le centre de toutes les institutions et acti­vités humaines. C’est son règne que Pie X préconisait pour le salut de la civilisation en péril et, à l’intérieur de l’Église, c’est à la lumière de sa Face que devait se conserver le dogme de la foi, pur de toute hérésie, en particulier celle du modernisme, “ égout collecteur de toutes les hérésies ”, qui «  ôte son objectivité à la religion, l’émancipe de toute codification dogmatique, de la tutelle du magistère et de la vérification des sciences, pour la rendre libre, évolutive, flottante, capricieuse… Parce que le modernisme nie Dieu et son Christ dans leur vivante réalité, pour s’en créer des répliques, qu’il puisse adorer sans sortir de soi ni se soumettre à personne.  » (CRC n° 96, p. 14) Tel fut le combat décisif, mortel, que livra saint Pie X, docteur de la foi pour son siècle, en soutien du don divin du Saint Suaire.

«  Quand le Saint Suaire, explique notre Père, se manifeste comme un objet scientifique dont l’authenticité est ruisselante d’évidences multiples, c’est parce que Dieu veut que ce Saint Suaire retienne notre attention, qu’il excite notre dévotion, qu’il renouvelle notre piété et qu’il soit pour l’Église un ferment de conversion universelle. C’est de toute importance et cela s’impose même au Pape, aux évêques, au Concile. Cela passe avant leurs inventions humaines ou leur conservation un peu ramollie du dogme chrétien.  » (sermon du 8 mai 1998)

LA COMPASSION DU CHIRURGIEN

Les successeurs de saint Pie X préférèrent, hélas  ! leurs “ inventions humaines ” au “ don de Dieu ”; ainsi Mgr Ratti, futur Pie XI, qui avait été témoin à l’ostension de 1898, mais ne semble en avoir tiré aucune ardeur apologétique ni dévotion mystique. Au contraire du docteur Barbet, qui, sous son pontificat, appartenait à la lignée de nos vrais savants et religieux français. Lors de l’ostension de l’année sainte 1933, il tomba à genoux en présence de la divine Relique.

«  À la dernière ostension, raconte-t-il, je suis allé à Turin et j’ai pu, le 14 octobre, étudier longuement le Linceul, tel qu’il était exposé dans la cathédrale, au-dessus du maître-autel, dans son cadre monumental […]. Mais, le dimanche 15 octobre, jour de la clôture, on descendit la relique du lourd cadre où elle était exposée sous verre  ; et vingt-cinq prélats la portèrent solennellement dans son cadre léger, jusque sur le perron de la cathédrale, pour la proposer à la vénération de la foule immense massée sur la place, derrière un double cordon de fantassins, l’arme au pied. J’étais en avant d’eux, sur les marches du perron… J’ai vu le Linceul en plein jour, sans interposition de verre, à moins d’un mètre, et j’ai éprouvé brusquement une des plus fortes émotions de ma vie. Car j’ai vu, sans m’y attendre, que toutes les images des plaies avaient une couleur nettement différente de l’ensemble du corps… La foule se mit à applaudir. Quant à moi, bouleversé dans mon âme de catholique et de chirurgien par cette révélation soudaine, subjugué par cette présence réelle qui s’imposait à moi comme une ­évidence, je fléchis les genoux et j’adorai en silence.  »

Ce saint et savant homme écrira “ Les Cinq Plaies du Christ ” (1935), puis d’un trait, en la fête de la Circoncision de 1940, “ La Passion corporelle de Jésus-Christ selon le chirurgien ”, qui suscita tant d’émotion chez ceux qui savent compatir. Cependant, ce ne fut pas un grand mouvement d’Église, comme on aurait pu et dû s’y attendre, mais le lot de quelques-uns et Notre-Seigneur s’en plaignit auprès d’une nouvelle confidente de son Cœur  : la bienheureuse Maria Pierina (1890-1945), de la Congrégation des filles de l’Immaculée Conception.

«  QUI ME CONTEMPLE ME CONSOLE.  »

Le Vendredi saint 1902, la petite Giuseppina de Micheli reçut une grâce mystique dans l’église Saint-Pierre-in-Sala, à Milan. Pendant l’adoration de la Croix, alors qu’elle attendait son tour pour embrasser les pieds du crucifix, elle entendit une voix  : «  Aucun ne me donne un baiser d’amour sur le visage pour réparer le baiser de Judas  ?  » L’enfant, croyant que tous avaient entendu, se désolait de ce que personne ne répondit à l’invitation. Alors elle dit en son cœur  : «  Moi, je Te le donne mon baiser d’amour, Jésus, patience  !  » Et elle le fit, avec une ferveur qui se mua, sous l’effet de la grâce, en résolution de renouveler souvent cet acte de dévotion.

Devenue religieuse en 1913, et envoyée en 1919 à la maison-mère de Buenos-Aires en Argentine, elle y reçut de nouvelles grâces insignes  : le 1er février 1920, tandis qu’elle se plaignait d’une peine à Jésus, il se présenta à elle tout ensanglanté et lui dit  : «  Et moi, qu’ai-je fait  ?  » Comme pour sainte Thérèse, la Sainte Face de Jésus devint bientôt son livre de méditations, le miroir où elle contemplait l’Âme et le Cœur du Bien-Aimé. En 1928, quand elle fut élue supérieure générale de son Ordre, Jésus continua à se manifester à elle. Ainsi au premier vendredi de Carême 1936  :

«  Je veux que ma Face qui reflète les peines intimes de mon âme, la douleur et l’amour de mon Cœur, soit plus honorée. Qui me contemple, me console  !  »

Le mardi de la Passion, il lui fit cette promesse, de grande importance  : «  Chaque fois que l’on contemplera ma Face, je verserai mon amour dans les cœurs, et par ma Sainte Face, on obtiendra le salut de beaucoup d’âmes.  » Et Jésus de prévenir l’objection  : «  Il se peut que quelques âmes craignent que la dévotion et le culte à ma Sainte Face nuisent à celui de mon Sacré-Cœur. Dis-leur au contraire que ce culte en sera complété et augmenté. En contemplant ma Sainte Face, les âmes participeront à mes peines et sentiront en elles le désir de réparer et d’aimer. N’est-ce pas là la vraie dévotion à mon Sacré-Cœur  ?  »

En 1938, Notre-Seigneur précisa la manière de dévotion qui lui plaisait. Comme chaque jour de la semaine correspond à une dévotion particulière  : saint Joseph le mercredi, l’Eucharistie le jeudi, la Sainte Croix et le Sacré-Cœur le vendredi, la Sainte Vierge le samedi, Jésus lui dit  : «  Je veux que ma Sainte Face soit honorée d’une façon particulière le mardi.  » Pourquoi le mardi  ? Parce que, selon la vraie chronologie de la Passion, redécouverte par Annie Jaubert, c’est le mardi de la grande semaine de sa Passion, que Jésus connut son agonie, fut arrêté, livré par Judas par un baiser sur le Visage du Maître… Sœur Marie de Saint-Pierre l’avait pressenti  : «  Je considérai avec douleur quel outrage avait reçu la Sainte Face de Jésus par un baiser si perfide. Et il me semblait que Jésus m’invitait à baiser l’image de sa Sainte Face avec beaucoup d’amour en réparation.  »

Le 1er mars de cette année 1938, mardi de la Quinquagésime, quelle surprise pour les Sœurs de l’Immaculée de découvrir dans leur chapelle, entourée de fleurs et de cierges, une reproduction de la Sainte Face de Jésus d’après le Suaire de Turin  ! C’est le cardinal Schuster qui l’avait donnée à Mère Maria Pierina. Ce jour marque le début d’un culte public rendu à la Sainte Face de Turin.

Dans cette même chapelle, le 31 mai, la Sainte Vierge apparut à la supérieure, tenant en main un scapulaire formé de deux flanelles blanches unies par un cordon. Sur une flanelle était imprimée l’image du Divin Visage, avec ces paroles  : «   Illumina Domine Vultum tuum super nos. Faites luire, Seigneur, votre Face sur nous.  » Sur l’autre, une Hostie avec des rayons et ces mots  : «  Mane nobiscum Domine. Restez avec nous, Seigneur.  »

«  Ce scapulaire, dit l’Immaculée, est une arme de défense, un bouclier de force, un gage d’amour et de miséricorde que Jésus veut donner au monde dans ce temps de sensualité et de haine contre l’Église et contre Dieu. On tend des pièges diaboliques pour retirer la foi des cœurs, le mal déborde. Les vrais apôtres sont insuffisants, un remède divin est nécessaire et ce remède est la Sainte Face de Jésus  ! Tous ceux qui porteront un scapulaire comme celui-ci et feront, s’ils le peuvent, chaque mardi, une visite au Très Saint-Sacrement pour réparer les outrages que reçut la Sainte Face de mon Fils durant sa Passion et qu’il reçoit chaque jour dans le Sacrement eucharistique, se verront fortifiés dans la foi, prêts à la défendre et à surmonter toutes les difficultés extérieures et intérieures. De plus, ils feront une mort sereine sous le regard de mon Fils.  »

Un autre jour, Elle lui dira  : «  J’ai à cœur la fête de la Sainte Face de mon Divin Fils. Dis au Pape que j’y tiens beaucoup.   » Paroles qui nous font pénétrer dans l’intimité du Cœur à Cœur de Jésus et Marie au Ciel  : ce à quoi Jésus tient le plus, c’est de voir partout se répandre la dévotion au Cœur Immaculé de sa Mère, et Elle, son désir le plus cher est de voir partout répandue l’image de son Fils. À Tuy, n’est-elle pas apparue au sein de la Bienheureuse Trinité, le visage tout près de celui de son Fils crucifié, dont le Sang coulait des joues et du Cœur  ?

«  Dis au Pape…  » Pie XII accueillit avec bonté la supplique de mère Maria Pierina mais, à vrai dire, n’en fit pas grand cas sinon d’étendre en 1958 à tous les diocèses et congrégations religieuses qui en feraient la demande l’indult concédé par Pie X, son saint prédécesseur, aux diocèses de Cambrai et de Tours. C’était peu. Et Notre-Seigneur s’en plaignit auprès de mère Maria Pierina  : «  Vois combien je souffre… Et je suis compris de si peu d’âmes  ! Que d’ingratitudes, même de la part de ceux qui disent m’aimer  !…  »

Nous lisons les mêmes plaintes dans la vie de sœur Lucie, confidente des pensées du Cœur Immaculé de Marie. Ces deux dévotions suscitées par le Ciel pour nos temps qui sont les derniers vont de conserve, comme des “ signes de contradiction ”, révélant le fond des cœurs. Mais venons-en à celui qui a pris au sérieux ce double Appel divin, qui a entendu la plainte de «  l’Amour qui n’est pas aimé  », à savoir notre bienheureux Père, docteur mystique de la foi catholique, serviteur des Cœurs de Jésus et Marie.

GEORGES DE NANTES ET LA SAINTE FACE

Notre Père a lui-même raconté comment la Sainte Face est entrée dans sa vie  : «  En 1932 peut-être, mademoiselle de Otaola, au retour d’un pèlerinage à Lisieux, me donna à moi  ! une épaisse brochure, illustrée de toute l’iconographie traditionnelle. Je regardai ces gravures, je lus cette vie merveilleuse avec une fervente émotion…  » ( Mémoires et Récits, t. I, p. 186) Parmi ces gravures, figurait la peinture de sœur Geneviève exécutée en grisaille d’après les clichés du Saint Suaire. «  Longtemps, dira notre Père, je me suis récréé, élevé l’âme à voir cette image, sans rien savoir de son histoire. Un enfant de dix ans ne s’étonne pas qu’on possède la photographie de Jésus.  »

En 1938, il reçut la grâce de sa vocation de moine-missionnaire en regardant l’Appel du silence, où les étapes de la vie de Charles de Foucauld sont scandées par le portrait de Jésus révélé par le Saint Suaire. «  Je m’emplissais le cœur, l’âme, la mémoire aussi, de chaque scène de ce film qui allait trop vite  ! Et depuis je n’ai rien appris du Père vénéré que je n’aie là déjà aperçu. Tout convergeait, comme les trop rapides chapitres des Évangiles vers la Passion, vers la Croix, vers le martyre minutieusement reconstitué.  » ( ibid., p. 171)

Quelques années plus tard, pendant ses études à Lyon, ses amis lui offrirent “ Le Modèle unique ”, livret contenant des phrases de l’Évangile rassemblées par le saint ermite du Hoggar. Cette image l’accompagnera tout au long de son séminaire à Issy-les-­Moulineaux. «  Sur ma table, je plaçai le Modèle unique, ouvert à la première page, celle où figure la Sainte Face du Christ, reproduction saisissante du Suaire de Turin, et je pose en vis-à-vis la petite croix de bois de Jean Bogey sur laquelle j’avais inscrit le Jesus caritas du cher frère Charles de Jésus. Ces objets de mon culte intime devaient rester sur ma table de séminaire pendant cinq ans.  » ( ibid., t. II, p. 11)

Au séminaire, ses directeurs spirituels l’engagèrent à lire les écrits du docteur Barbet  : “ Les cinq Plaies du Christ ”, étoffant ainsi de preuves et rendant plus éclairée sa piété d’enfant. C’est donc porté par ce courant de vraie dévotion et guidé par la Providence que notre Père choisit comme image d’ordination, le 27 mars 1948, la Sainte Face de Notre-Seigneur, au dos de laquelle il fit inscrire ces mots  : «  Sa Mort nous parle de résurrections.  » Cette même année, il remportait un premier prix de théologie sur le thème  : Le Christ, révélation de Dieu.

C’est, dès cette époque, le fond même de sa pensée et de sa vie mystique  : par son Incarnation, Jésus-Christ Fils de Dieu révèle la gloire, la beauté, la bonté, la sagesse de son Père. Jésus est l’Image totale, la Louange parfaite de la Gloire de Dieu. Tout rempli de “ son ” saint Paul, le jeune séminariste prônait déjà une théologie “ kérygmatique ”, ouverte sur les sciences modernes mais centrée sur l’Évangile, ce qui était d’avant-garde à l’époque et rejoint aujourd’hui l’enseignement du pape François  :

«  Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’une présentation du message chrétien qui se nourrit d’une théologie centrée scientifiquement sur le mystère du Christ sera éminemment kérygmatique […]. C’est ce dont doivent prendre conscience tous les messagers de la Bonne Nouvelle qui devraient pouvoir dire avec saint Paul  : “ Vous pouvez reconnaître l’intelligence que j’ai du mystère du Christ… C’est à moi qu’a été accordée cette grâce d’annoncer la richesse incompréhensible du Christ et de mettre en lumière aux yeux de tous l’économie du mystère qui avait été caché depuis le commencement en Dieu ”, et de conclure avec lui que, par notre capacité de “ connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance ”, nous puissions “ être remplis de toute la plénitude de Dieu ” (Ep 3, 4-19). Tel doit être, aujourd’hui, l’objet de la prière des apôtres, comme ce fut, autrefois, l’objet de la prière de l’Apôtre  : “ Priez en même temps pour nous afin que Dieu nous ouvre une porte pour la parole et qu’ainsi je puisse annoncer le mystère du Christ, pour lequel je suis aussi dans les chaînes. ” (Col 4, 3-4)  »

Mystère insondable du Christ qui resplendit sur sa Divine Face… On voit aussi déjà la préférence marquée de notre Père pour le dogme d’Éphèse, «  vrai Dieu fait homme  », contemplation de l’unique Personne du Dieu Verbe incarné, sur le dogme de Chalcédoine, «  vrai Dieu et vrai homme  », qui distingue d’une manière trop rationnelle les deux natures, humaine et divine, dans le Christ. Toute la mystique de notre Père tiendra en ce cri  : «  Loué soit à jamais Jésus-Christ qui nous a révélé le Père  !  » (CRC n° 133, p. 14)

LA VÉRITÉ EN FACE

L’abbé de Nantes s’attacha ses premiers disciples en leur inculquant l’amour de la Vérité, comme en témoigne l’article paru dans Amitiés françaises universitaires, en octobre 1955, intitulé “ La recherche de la vérité ”. C’est ce seul souci qui guidera plus tard ses études et son combat pour le Saint Suaire  :

«  Voir la vérité en face, après l’avoir passionnément reçue ou cherchée, vivre dans ce face à face et s’y laisser configurer à elle, n’est-ce pas une haute vocation  ? Une magnanime ambition  ? La vérité n’est-elle pas, quand on y songe, un bien divin, fascinant, souverain  ? Encore qu’elle n’est pas Dieu, elle est l’œuvre en nous, l’impression, l’image de Dieu. C’est le visage de l’homme qui voit Dieu. Et selon saint Paul, il est beau de contempler, entre tous, le visage de l’Homme sur lequel se réfléchit la Face de Dieu, laissant briller “ un je ne sais quoi ” émané de sa Gloire

«  Il y a certes du plaisir à courir, comme l’a noté finement Pascal, et vous en aurez autant à lire nos recherches et nos combats que nous en avons ressenti nous-mêmes en nous y livrant. Mais il y a une joie plus profonde, calme et débordante, malgré les dires de Pascal, à l’avoir trouvée enfin, cette proie délicieuse de l’esprit, c’est la joie de la vérité dont parle le Docteur de l’amour, saint Augustin  : Gaudium de veritate, béatitude humaine. Nous voulons que vous l’éprouviez avec nous, ainsi dans la présente étude sur le Saint Suaire, parce que alors celui qui contemple l’objet dans sa pleine réalité, et quel Objet ici  ! se modèle lui-même à l’image de sa beauté, à la mesure de sa perfection, en vérité. Contemplant ce Divin Visage, nous rayonnons nous-mêmes de sa gloire, comme Moïse sur le mont Sinaï, nous entrons dans sa nuée lumineuse comme pour un face à Face éternel.

«  “ Adæquatio rei et intellectus ”, la vérité est une adéquation de l’objet et de l’intelligence, une communion entre l’être qui regarde et celui qui est regardé. Le scribe inspiré n’y va pas par quatre chemins  : “ Baiser sur les lèvres qu’une réponse juste.  » (Pr 24, 26). S’il est question de Dieu, ce baiser évoque le face à Face éternel, celui-là même après lequel soupire, dans sa traque et sa trouve, l’épouse du Cantique des cantiques.  » ( La vérité en face, CRC n° 224, juillet 1986)

Cette vérité est accessible à tous, petits et grands. Ainsi, quand l’abbé de Nantes devint curé de campagne, il fit des conférences sur le Saint Suaire de Turin à ses paroissiens, qui en furent remués, conquis. «  Il y avait là, dira-t-il, une force de conversion que l’Église devait exploiter, parce que Dieu l’a voulu.  » Le Saint Suaire, et surtout la Sainte Face qu’il révèle, a été donné à l’Église comme l’instrument providentiel du kérygme évangélique. Au même moment, le curé de Villemaur s’en prenait avec véhémence aux progressistes qui déformaient ce kérygme et qui, pour faire triompher leur idéologie et leur parti, peignaient un Christ à leur image et ressemblance  :

«  J’accuse le progressisme de nous séparer de Jésus-Christ Notre-Seigneur, et de construire entre Lui et nous un mur, d’y peindre une image grossière, laide, affligeante, qu’ils nous donnent à adorer et qu’ils nomment “  le Christ ”. C’est ainsi que leur œuvre principale aboutit à dessécher les cœurs, à leur arracher la dévotion et à les jeter comme des orphelins dans un monde sans âme, pour propager une doctrine sans visage et sans lumière […]. La richesse inouïe de l’Évangile véritable est ailleurs  : c’est la Passion et sa lente préparation dans le colloque de Jésus avec l’humanité, non sous-alimentée, non mal-logée, mais pécheresse, et le repentir de celle-ci, tandis que monte autour d’eux la haine diabolique des orgueilleux et des charnels. Voilà l’Évangile  ! C’est Jésus en chair et en os, avec ce Cœur toujours penché sur les misères des cœurs.  » (Lettre à mes amis n° 77, novembre 1960, dans la série sur Le mystère de l’Église et l’Antichrist)

«  NOUS AVONS VU SA GLOIRE…  »

Pour remédier à l’assèchement des sources de la vraie piété qui suivit la réforme conciliaire, notre Docteur mystique ne se contenta pas de démasquer le perfide et tortueux modernisme, ni de dénoncer dans le progressisme une contrefaçon de la mystique catholique, idolâtre de l’homme et de ses passions, il tira de son propre fonds, comme d’une source d’eau vive promise par Jésus-Christ à ceux qui croient en lui, un enseignement et une vie mystique capables, demain, de susciter, de réveiller au cœur de l’Église, cette dévotion ardente, contemplative, réparatrice, à la Sainte Face que le Ciel réclame en vain depuis cent cinquante ans.

Telle la Page mystique de Noël 1968, intitulée  : “ Mon Sauveur et mon Dieu, que je vous voie  ! ”

«  Si je me désole de ne pas vous voir encore, ô mon Sauveur, n’est-ce pas que déjà je vous possède, que vous possédant je vous aime, que vous aimant je désire votre regard, le son de votre voix et votre chaste baiser  ? Alors que Simon vous reçut chez lui et ne comprit pas votre cœur, que Pilate entendit mon Jésus flagellé, sanglant, dépouillé, homme de douleur et de bonté, sans connaître cette gloire qui rayonnait de Lui. Les soldats vous touchèrent de leurs mains qui vous ligotaient, vous giflaient, mais le poing qui vous brisa le nez ne sut pas que son Seigneur, par ce même toucher, expiait son crime. Heureux sommes-nous déjà d’avoir été préservés du pire des aveuglements, celui des yeux qui regardèrent sans voir, des mains qui touchèrent sans frémir, des oreilles qui ne surent deviner au son de la voix les palpitations du Divin Cœur  !  »

L’amour de Jésus-Christ se nourrit chez notre Père d’une contemplation précise, concrète, de son Être même  : Visage, Cœur, son Humanité sainte, qui trouve son prolongement dans le mystère de l’Eucharistie. Après la vue, l’ouïe. Notre Père entend de ses oreilles spirituelles le cri de Jésus sur la Croix  :

«  Il me semble que j’entends ce cri, du Golgotha venu jusqu’à moi à travers les âges, ce n’est pas si loin  ! Et de l’entendre me met en contact réel, physique, avec l’événement, le seul événement qui nous importe encore quand toute la turbulence des siècles s’est abîmée dans l’oubli. Ce seul cri demeure suspendu dans les airs, audible aux hommes étonnés, et c’est le seul que notre Père Céleste entende toujours, montant de la terre vers lui comme la plus déchirante prière.  » ( Page mystique n° 10)

La connaissance de la pleine réalité historique de Jésus est inspirée de sa contemplation du Saint Suaire. Ainsi de l’admirable portrait qu’il fait de Notre-Seigneur dans la confusion des partis et des sectes qui agitent Jérusalem  :

«  Vous paraissez à Jérusalem, à cette heure. Vous êtes Galiléen, à l’accent rocailleux, rustre mais franc. Un homme bien bâti, grand, en pleine vigueur. Ouvrier charpentier qui, depuis vingt ans, pratique le métier. Cette force physique au repos, cette santé puissante de l’artisan rural tranchent sur la mollesse et le teint et la laideur poussiéreuse des autres. Séducteur des foules  ! Ils sont écrasés. Vous êtes beau, vous êtes courageux, vous êtes fort. Autour de vous, ils rampent et mordent comme des serpents. Mais serpent aussi vous serez, autant que colombe. Ils vous ont cru naïf, naïf comme un Galiléen  ! et ignorant. Vos yeux sont pure lumière, clarté de colombe […]. La ruse de la Vérité, on n’avait jamais vu.  » ( Page mystique n° 43)

Notre Père se plaint des fruits de la Réforme conciliaire  : «  Ô Jésus, que vous êtes méconnu  ! Plus on parle de l’Évangile, plus on prétend vous connaître seul, loin de la doctrine catholique, dans l’ignorance de la vie et de l’enseignement des saints, moins on vous comprend […]. Qui vous connaîtra en tout vous-même aujourd’hui pour vous prêcher encore à notre siècle  ?  »

Toujours chez lui ce souci d’annoncer en toute vérité le “ mystère du Christ ”, du Seigneur dont le divin regard se pose sur chacun de nous. Attention  ! ce regard n’est pas mièvre, doucereux, ni romantique  : «  Vous ne savez pas qu’on peut défaillir d’épouvante en rencontrant l’Amour  ? Que la présence d’un Dieu et son doux regard de Saint posé sur votre âme la met à nu, la juge, la transperce de part en part, l’anéantit  ? Les uns, levant les yeux vers lui, en étaient charmés, transportés de bonheur, purifiés en l’instant et, ne rencontrant qu’humilité et douceur de cœur dans ce regard, faisaient avec Jésus alliance intime, éternelle.

«  D’autres fuyaient ce regard par crainte, et de fait, pour eux, la lumière de ces yeux se refroidissait terriblement. C’était comme la rupture d’un amour promis  : va, je ne te retiens pas. Il y avait pire. Certains bravaient ce regard plein de vérité et de miséricorde […]. Vous accueillez les petits enfants et les embrassez puis, levant les yeux et voyant tout près de vous ces fumiers, ces ordures qui bientôt souilleront les ciels merveilleux de leurs âmes innocentes, vous fulminez contre eux d’effroyables menaces. Votre Cœur est blessé de tendresse pour cette fiancée qui répand sur vous un parfum de grand prix puis essuie vos pieds de sa chevelure, mais vous entendez Judas se lamenter sur l’argent gaspillé. Alors votre Cœur se pétrifie.  » ( Page mystique n° 44)

L’ÂME DU CHRIST, ROYALE ET CONQUÉRANTE

Dans un de ses cours de théologie kérygmatique donnés à la Mutualité en 1972-1973, notre Père s’attacha à scruter le mystère de l’Âme du Christ, Âme de chef, de roi et d’époux, pour l’Église qui est son corps et son épouse, Âme dont la Face est le miroir. Jésus, disait-il, «  veut tout connaître, il veut aimer tout ce qu’il connaît, il veut sauver tout ce qu’il aime, il veut régner sur tout ce qu’il sauve. C’est un besoin qu’il a voulu éprouver en se donnant une âme humaine et sans doute ce besoin exprime-t-il, sous mode humain, la suprême grâce du divin Amour

«  Il fallait qu’il mourût pour mériter de son Père “ les nations en héritage ”. Mais il fallait aussi qu’il ressuscite et monte à la droite de Dieu pour déployer invisiblement dans toute la création sa puissance humaine de Chef, de Docteur et de Pasteur de l’Église. Sa grandeur ne le disperse pas. Au contraire, elle explique qu’Il puisse nous toucher, nous guérir, nous sanctifier de tout près, Lui qui règne sur tout l’univers et se révèle présent et agissant en tous aussi intensément […]. C’est le Christ catholique. C’est un cœur d’homme, c’est une volonté d’homme qui réintroduisent dans notre histoire la loi de Dieu, l’amour de Dieu comme une nouvelle force partout affrontée aux forces du mal. C’est un Lutteur divin qui annonce la victoire finale. Il est partout où il y a danger, Jésus  ! pour lutter avec nous et pour vaincre.  » (CRC n° 64, janvier 1973, p. 14)

Vaincre par sa Croix, et entrer par elle dans sa Gloire d’où le Seigneur Jésus poursuit son œuvre par son Église jusqu’à la consommation des siècles. «  De toute son Âme, par le moyen infiniment perfectionné de son Corps. Il se fait présent partout où les prêtres l’appellent  : c’est l’Eucharistie et son ubiquité. Il garde des relations concrètes, vivantes, avec tous ceux qui le prient et qui l’aiment  : c’est la formation, à partir de son Corps physique, de son Corps mystique et sa catholicité.  » (CRC n° 71, p. 14) Les Pages mystiques de notre Père débordent de ce double amour de Jésus et de l’Église  : «  Je vous ai chéri, ô Jésus, dans les paroles enflammées de vos prédicateurs, dans la vie des saints qui furent vos confidents, et sur les visages resplendissants de tant d’amis merveilleux ne vivant que pour vous dans l’Église.  » ( Page mystique n° 12)

De la Sainte Face rayonnante à la Main opérante, la continuité est parfaite  : «  Je vis que tu es en toute chose le principe et la fin. Mais tu me montrais davantage, comment tu inspires et opères le vouloir et le faire en tout moment dans ceux que tu aimes particulièrement. Ils sont ta vivante image et comme des révélations de tes pensées et de tes aspirationsJe ne levais pas les yeux sur toi. Je n’osais. Il me suffisait d’observer avec ravissement les effets de ta présence en ces créatures bénies que tu me montrais. Je ne pouvais même songer à contempler ton Visage quand la vue de ta main opérant tant de merveilles m’occupait avec bonheur.  » ( Page mystique n° 28)

«  SA RÉSURRECTION NOUS ENGAGE À MOURIR.  »

Un des fruits de la dévotion à la Sainte Face, selon sœur Marie de Saint-Pierre et sainte Thérèse, est le désir, le besoin inextinguible d’imitation du “ Modèle unique ”, de ressemblance avec l’Époux, pour partager sa vie souffrante et combattante, jusqu’à l’anéantissement, la mort par amour. Notre Père l’a désiré toute sa vie. En mars 1973, pour son jubilé sacerdotal, il reprit l’image de la Sainte Face de son ordination et, à la maxime, «  Sa mort nous parle de résurrections  », il ajouta  : «  Sa Résurrection nous engage à mourir.  »

«  Seule la Croix me parle, et je voudrais aider de toutes mes forces à la tenir dressée sur le monde. Ma tendre liesse, mon beau tourment. Il fallait que vous passiez par ce chemin pour entrer dans votre Gloire. Il fallait que l’Apôtre souffrît pour que votre Nom parvienne aux Nations. Il a fallu à tant d’autres, à tous, en passer par là, prendre à leur tour la croix qui tombait sur eux à l’improviste. Il faut donc que moi aussi je prenne la croix qui m’est destinée, et je tremble…  »

Mais à l’école de sainte Thérèse, il continuait  : «  Ce que j’ai souffert à cause de Vous, ô Maître passionnément aimé, j’en garde le souvenir comme de mon trésor. Le reste s’est évanoui, oublié, désavoué. Mais ces croix, ces larmes, parfois ces cris et cette nuit d’angoisse au tombeau, restent vos grâces véritables et ma gloire. Je n’ai gardé de tant de jours et d’années qui bientôt feront la somme de mon service, que cette poignée de perles, de rubis, de diamants  : les larmes et le sang de mon cœur et de ma chair, dans les persécutions. Alors, Seigneur crucifié, Roi des martyrs et des confesseurs, fermez vos oreilles aux jappements satisfaits de ma chair comblée, écoutez plutôt la prière que dicte à mon âme votre Esprit-Saint. Soyez assez bon pour m’unir plus intimement, pendant qu’il en est encore temps car déjà le jour baisse, à votre sainte et très douloureuse Passion.  » ( Page mystique n° 50)

À cette seule condition, le prêtre est configuré au Christ, comme un “ autre Christ ”. Et dès ici-bas, le prochain, qu’il soit de vie ou de rencontre, retrouve en lui le visage du Christ  :

«  Ordinairement, je vous ai perçu agissant, aimant, vous manifestant en votre prêtre, par des charismes immérités, sans proportion ni relation avec ses mérites, quand accomplissant les gestes et prononçant les paroles de mon ministère, à l’improviste j’ai su que les âmes trouvaient en ce prêtre le Christ, en ce pécheur un je ne sais quoi de divin qui les transperçait, resplendissant sur sa face. Et soudain Dieu rencontrait DieuRien là de commun avec les béates admirations de femmelettes émotives, mais la puissance promise de l’Esprit dans la faiblesse et l’ignominie de son oint.  » ( Page mystique n° 49)

UN ÉVANGILE SILENCIEUX

C’est dans le rayonnement de la très Sainte Face, prêchant en silence cet Évangile de vérité, de charité et de sacrifice, que notre Père trouva cette “ puissance de l’Esprit ”, comme en témoigne l’oraison qu’il prononçait au lendemain de la profession de nos sœurs Bénédicte de la Sainte-Face et Godelieve de l’Eucharistie, merveilleuse méditation sur la photographie du Saint Suaire  :

«  … Vous n’avez pas voulu nous laisser une photo de vous un jour de fête, un visage souriant au milieu de vos disciples et Apôtres. Vous n’avez pas voulu non plus laisser une image de votre Face ravagée par la douleur, mais vous avez voulu nous laisser, entre les deux, comme étant l’image de votre vie et de la nôtre, un visage sérieux, une Face pleine de majesté, d’une divine majesté, d’une indicible bonté, d’une infinie beauté. À la fois, vous savez toutes les turpitudes, les iniquités du monde, vous en portez les stigmates sanglants, mais Vous les acceptez. En acceptant vous pardonnez, en pardonnant vous purifiez, en purifiant vous relevez, de telle manière que vous pouvez et voulez donner cette image de Vous, Prince de paix, Dieu de paix.

«  Comment pourrais-je résister à l’attraction de ce Visage  ? Résister dans mon cœur à cet Évangile qu’il me prêche silencieusement  ? Il me semble tout à la fois que vous y êtes sévère pour les méchants et doux pour les humbles. En vous regardant, je vous sens capable de colère contre moi si je m’obstine dans le mal, et toujours prêt à une infinie bonté si je commence à vous aimer, si je vous donne une étincelle d’amour, si je pleure une larme de repentir, si j’ai confiance en vous

«  Il me suffit de votre Visage. Ce qui ne me suffit pas, c’est mon peu de ferveur, le peu d’attachement que j’y ai, le peu de méditation, et donc le peu de profit que j’en fais. Cachez-moi dans le secret de votre Face, ô mon Dieu. Hier, deux jeunes âmes vous ont été consacrées, l’une à votre Sainte Face, l’autre à votre Eucharistie  ; le mystère de votre Sacré-Cœur s’exprime par l’une et l’autre merveille, par l’un et l’autre mystère également […]. Il me suffit de contempler ce que vous m’avez laissé pour avoir le rassasiement de mon cœur, la force de ma volonté, la règle de mes sentiments. Seigneur, faites que nous puissions répandre dans les peuples païens notre dévotion à votre Cœur, l’adoration de votre Sainte Eucharistie et la connaissance de votre Visage. La dévotion à votre Sainte Face est une “ vieille ” dévotion pour nous, qu’elle devienne aussi une mission pour nous…  » (25 avril 1976)

«  CE VISAGE SERA TOUT MON CIEL.  »

À partir de la Page mystique “  Complies ”, office du soir qui est une image de la préparation à la mort, elle-même «  départ pour une destination connue et désirée  », les yeux de notre Père se tournent vers le Ciel, attendu comme la rencontre avec Celui, le même, dont il a aimé, désiré sur terre le Corps, l’Âme, le Visage.

«  Si chaque soir de ma vie j’ai su déposer mon fardeau de peine et m’endormir sur ton sein, ô Dieu très bon, dans un calme et amoureux abandon, tu me feras sans doute la grâce au soir de ma mort encore une fois de m’endormir sur ton sein ici pour me réveiller tout contre ton visage dans la Vie éternelle […]. La Sulamite éveillée par l’amour, qui maintenant s’élève lentement vers la lumière comme la colombe et s’en va connaître pour la première fois la présence de son Unique Époux, son visage charmant et la magnificence des fêtes pour lesquelles il la créa, c’est ta créature pécheresse, c’est ton misérable serviteur, ô Dieu Tout-Puissant est-ce vrai  ? est-ce bien moi  ? Oui, si ta grâce me poursuit et si je consens à m’abandonner sans réserve…  » ( Page mystique n° 74)

La Sainte Face glorieuse de Jésus compose, avec le doux visage de Marie au Cœur Immaculé, un Lieu habité par ces Êtres divins, chéris entre tous, où ils nous attendent  : «  Un jour, si je suis parmi les élus, ce que je dois espérer, ce que j’espère, Vous rapprocherez de moi votre Visage jusqu’à ce don bouleversant, cette mutuelle présence où l’amour ne peut faire aucun doute, où l’union est de plus en plus ardente. Ce Visage sera tout mon ciel, ayant mangé tout l’espace. N’ayant plus d’horizon que lui, je serai tout entier fasciné par Lui seul.  »

Et voici le secret de l’Incarnation  : «  Votre Visage est de chair, et non plus seulement de figures comme parle l’Ancien Testament, mais en toute réalité incarnée. Ô Sainte Face du Christ Ressuscité, ô glorieux visage tout contre le mien, tu es plus que tout autre, de chair vivante et le sang ruisselle de ton front couronné.  »

«  Tu le sais, pour nous ce qui n’est pas chair est impalpable, insaisissable, invisible. Mais Toi, tu t’es montré à nous et tu t’es donné à toucher. Oh  ! Je sais que la chair est aussi un piège, mais non pas la tienne  ! Du jour où je l’ai compris je n’ai plus voulu en retenir, en savourer aucune. Au prix de cette ascèse, oui ta Face est une Chair dont le toucher est bon et heureux. C’est la réalité de ta présence, de ton existence, qui me sauve de l’angoisse, du néant, de la damnation.  »

Dès ici-bas, la Sainte Face absorbe ses élus dans son mystère et sa lumière béatifiante. Notre Père achevait ainsi sa méditation sur le Ciel en l’anticipant  :

«  Ô heureuse rencontre  ! ô révélation de ma destinée éternelle  ! Torrents d’être, de vie, de lumière, je baigne dans vos splendeurs d’où émane, puissante et paisible, cette Face majestueuse, ce corps plein de beauté de mon Dieu devenu mon frère.  » ( Page mystique n° 104) C’est dans cette Face et ce Corps glorieux que l’âme épousée vivra, verra, connaîtra tout  : «  Tu m’as montré tes yeux et j’y ai découvert mille sciences admirables qui me font désirer davantage…  » ( Page mystique n° 105)

Et tout se termine par une hymne à la charité fraternelle, «  ces pauvres liens sacrés de la Charité  », associés à tant de visages rencontrés, qu’on espère retrouver en Dieu. Quand, à l’heure dernière, il faudra tout sacrifier, jusqu’à donner sa vie «  pour eux, pour Vous… alors, alors seulement, mon Bien-Aimé, il sera temps de nous voir.  » ( Page mystique n° 108, avril 1978)

C’était le dernier mot des Pages mystiques de notre Père, son trésor et le nôtre… Le mois suivant, dans une conférence d’actualités à la Mutualité, il annonçait l’ostension qui aurait lieu à la fin de l’été et se conclurait par un congrès de savants sur le “ Saint Suaire, un fait scientifique et une espérance ”.

«  Nous pouvons espérer que l’an prochain, il existera ainsi une preuve scientifique plus forte que toutes d’un point de vue historique  : ce sera la preuve scientifique de la réalité du Christ, de la réalité de sa Passion, de la véracité des Évangiles et peut-être même la preuve de sa Résurrection. Jusqu’à maintenant les taches et les ombres du Suaire avaient été expliquées par une sorte d’impression chimique. Or, d’après les dernières expériences, il s’agirait plutôt d’une sorte de brûlure du Suaire. D’où l’hypothèse qu’en ressuscitant le Corps du Christ ait provoqué un dégagement de chaleur, lequel aurait imprimé les marques de ses radiations. Nous sommes peut-être à la veille d’une démonstration de la vérité des Évangiles, de la vérité du Christ mort et ressuscité, démonstration qui serait comme un signe de Dieu pour ranimer la foi dans le monde.  » (11 mai 1978)

LE “ PASSAGE ” DE L’AGNEAU IMMOLÉ

Le 26 août, veille de l’ouverture de l’ostension du Saint Suaire à Turin, «  au soir d’un admirable jour d’été  », l’Église se donnait un saint Pape en la personne de Jean-Paul Ier. Notre Père vit tout de suite dans cette rencontre un signe providentiel  : «  À l’heure même où le Pape était élu, avait lieu la première ostension du Saint Suaire à Turin, la monstration de la Sainte Face de Jésus crucifié, mémorial de sa Passion, argument de sa Résurrection, en présence de 80 000 personnes. Le Pape est notre doux Christ en terre, il est parfois un autre Crucifié, comme saint Pierre. Qui vivra verra.  » (CRC n° 133, septembre 1978, p. 1)

Toute l’Église a vu, et les cœurs ont été «  touchés par une grâce mystérieuse, sanctifiés par le passage de cet agneau innocent, saintement émus par le sacrifice du Pasteur très bon qui donnait sa vie pour son troupeau et dont le sacrifice s’est trouvé accepté  ». Mystère de mort pour lui, véritable “ autre Christ ”, et de résurrection pour la Sainte Église  ! «  Il semble que le Christ a décidé de reprendre en main lui-même son Église et d’abord en lui envoyant des saints […]. Telle fut l’humilité de celui qui avouait n’être pas la lumière mais vouloir n’en être auprès de nous que le miroir. Et la sagesse d’un Vicaire du Christ qui ne voulut rien savoir parmi nous que Jésus et Jésus crucifié, donnant congé à tout l’humain qui engorgeait, qui enténébrait, qui hébétait l’Église  : “ C’est Jésus-Christ seulement que nous devons présenter au monde. ”  » (CRC n° 134, octobre 1978)

Durant l’ostension qui dura quarante-trois jours du 27 août au 7 octobre 1978, 3 300 000 pèlerins se pressèrent dans la cathédrale saint Jean-Baptiste de Turin, renouvelant l’élan des foules de jadis, aux beaux temps de la Chrétienté comme aux temps évangéliques, «  multitudes de pauvres, de malades, mais aussi des grands de la terre et des riches, tous avides de pardon pour leurs péchés, de salut pour leurs âmes, de bonheur retrouvé en vue de la vie éternelle  ». Ferveur populaire, intérêt universel qui avaient de quoi faire enrager les ennemis de notre foi  !

«  C’était, racontera notre Père, durant les trente-trois jours du règne charismatique de Jean-Paul Ier, jours de l’ostension inoubliable dont nous ne savions pas qu’elle devait être pour le Suaire, et là-bas à Rome pour ce Bon Pasteur  ! leur dimanche des Rameaux, avant la Passion  ! Nous n’imaginions pas plus que les Apôtres jadis, que ce triomphe provoquerait en leur propre Maison autant de haine, jusqu’à l’attentat monstrueux du poison pour l’un, et pour l’autre du feu  !  » (CRC n° 332, p. 33)

LE TRIOMPHE DE LA MYSTIQUE

En ce même mois de grâce et d’allégresse pour l’Église, notre Père achevait son étude sur “ Une mystique pour notre temps ”, en en publiant une merveilleuse synthèse trinitaire  : “ Le triomphe de la mystique ”, qui rendait compte précisément et justifiait cet élan des foules dans leur sainte dévotion au Corps du Christ.

«  Nous identifiant à la Vierge fille de Dieu [là est le secret], toute notre admiration, adorante, aimante, va au Christ dans son être historique singulier, dans son être de chair et de sang divino-humain. Les récents développements de la dévotion de l’Église catholique entrent si bien dans la logique de ce Mystère qu’il est impensable de les considérer comme des déviations. Telle la contemplation de la Sainte Face du Christ, qui est précisément la Face dévoilée de la Sagesse divine, l’expression de la Parole éternelle sous sa forme la plus particulière, la plus délicate, la plus achevée. Et de même la dévotion au Cœur Sacré de Jésusle culte de la Sainte Eucharistie…  » (CRC n° 133, p. 10)

C’est en vérité un mystère d’amour nuptial, con­sommé sur la Croix  : «  L’amour est plus grand ainsi et plus juste, plus vrai de toutes manières. L’Événement nous en instruit  ; le saisissement esthétique, la leçon mystique qu’il inspire, viennent ensuite. Mais pour toujours, au centre de l’histoire universelle, la Passion de Jésus-Christ, né de Dieu, né d’une femme, nous enseigne que le mariage de l’âme humaine avec son Dieu se célébrera d’âge en âge sur la Croix, dans la passion de l’incomparable Époux et la compassion de l’épouse, repentie, pénitente, prostrée, pleurant ses fautes en même temps que le martyre de son Bien-Aimé, étreignant douloureusement le bois de la Croix, signe et sacrement du pardon et de l’amour vainqueur

«  L’Église, en elle toute âme mystique, ne peut se concevoir Épouse du Christ autrement que Marie-Madeleine adorant son Seigneur crucifié, ressuscité. Elle ne craint pas de s’approcher de lui et de s’unir à lui dans l’amour parce que les stigmates de ses plaies l’assurent de son pardon, et la gloire qui rayonne de lui rend possibles les noces de la vie éternelle. Telle est la source de la dévotion médiévale et moderne, à la Sainte Croix, aux Plaies sacrées du Sauveur, à son Précieux Sang. Comme aussi à la Pietà, Marie Mère des sept douleurs, Médiatrice de toutes grâces […]. Il faudra que l’Église en redécouvre la sagesse mystique profonde  : il n’y a d’union béatifiante et de mariage physique de la créature avec Dieu que dans Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, purifiant et guérissant l’épouse que lui donne son Père, dans son Sang, avant de la diviniser par le sacrement de son Corps ressuscité, pour répandre en elle son Esprit-Saint.  » ( ibid., p. 11)

Au même moment où il écrivait ces lignes, notre Père prononçait ses vœux perpétuels, qui marquent, selon notre Règle, «  l’entrée dans un état de vie nouveau, totalement renoncé, plus éloigné et séparé du monde, tout adonné à l’amour de Dieu et du prochain dans la contemplation, la fraternité de la communauté, le service de l’Église et des âmes  ». Au bas de l’image qu’il choisit pour ces vœux définitifs, représentant saint François recevant les stigmates sur le mont Alverne, notre Père inscrivit la prière jaillie du cœur du Poverello d’Assise  : «  Donne-moi l’amour sans mesure dont Toi, Fils de Dieu, Tu étais embrasé.  »

Plus que jamais, le Saint Suaire était au centre de sa contemplation, opérant ce pour quoi il a été fait, non de main d’homme  : «  Incendier le monde de l’amour de Jésus-Christ mort et enseveli, ressuscité et photographié le troisième jour, pour le salut du monde.  »

DE LA SCIENCE À LA FOI

L’abbé de Nantes ne se rendit pas à Turin, mais il y envoya frère Bruno qui, accompagné de frère Joseph, s’adjoignit au car qu’un de nos amis, monsieur Favard, avait organisé depuis Montpellier. L’ostension se clôtura par un congrès scientifique, les 7 et 8 octobre 1978, auquel participa frère Bruno, à titre d’exégète. «  C’est une chose absolument étonnante, écrivait notre Père en ce mois d’octobre, que tant de disciplines ecclésiastiques habituellement sans rapport, faute d’objet commun, soient engagées dans l’étude du Saint Suaire et, je peux déjà le dire, toutes aboutissant à la démonstration sans réplique de l’authenticité de celui-ci comme un vrai linceul d’un vrai crucifié et tel qu’un seul crucifié connu, ressuscité, répond aux données fournies par l’objet même  : Jésus-Christ   !  » (CRC n° 134, p. 7)

Sans doute, ce n’était pas la conclusion des savants américains du STURP (Shroud of Turin Research Project) qui avaient débarqué leur car­gaison d’instruments les plus modernes et performants, «  afin de cerner l’invisible, de traquer, détecter le surnaturel, ou plus certainement la fraude  ! avec une égale liberté aux uns comme aux autres de se laisser convaincre ou de dénoncer la supercherie quand ils l’auraient trouvée… mais nul ne la trouva et tous admirèrent ce que leurs appareils affichaient, comme jadis les païens eux-mêmes croyaient en Jésus, voyant ses miracles, témoins de sa bonté. L’audace de ces jeunes savants était belle, et leurs cœurs limpides.  » (CRC n° 332, p. 32) Ils commencèrent d’être des amis pour notre frère Bruno, qui lui-même avait rassemblé en vue du Congrès une documentation si importante et en rapportait tant d’observations nouvelles que notre Père voulut qu’il donne partout des récollections puis de grandes conférences publiques sur “  Le Saint Linceul du Christ, preuve de la mort et de la résurrection de Notre-Seigneur ”, car disait-il, «  il y a là un don de Dieu à notre vingtième siècle pour le réveil de la foi dans le monde  ».

Moins d’un an plus tard, en août 1979, paraissait dans nos colonnes un premier numéro spécial  : “ Le Saint Suaire, preuve de la mort et de la résurrection du Christ  ” (CRC n° 144) qui demeure, malgré quelques rétractations ultérieures, un monument de science et de dévotion, d’une puissante vérité apologétique. «  Frère Bruno de Jésus s’insère dans la lignée ininterrompue des modestes et judicieux savants et religieux français qui se sont voués à la recherche sindonologique depuis le premier jour ; ils furent les initiateurs et, il faut le dire, initiateurs de génie. Notre frère y a trouvé le ton, la manière, cet esprit méditatif et rigoureux, polémique et mystique, que respirent ses travaux.  » Travaux qui n’auront jamais qu’un seul but  :

«  À quoi lui servirait-il, avec toutes les ressources de la science, de parvenir à la certitude de l’authenticité du Saint Suaire si ce n’était enfin pour nous agenouiller tous avec lui devant le Corps sacré, devant la Face ineffable de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, face à Face bouleversant de notre Vérité et de son Mystère d’amour rédempteur  !  » (CRC n° 224, p. 2)

Cette belle et claire et tranquille science, dont notre frère avait hérité à l’école de notre Père, l’aida à progresser dans la connaissance de cet Objet sacré entre tous. «  Trois belles années d’études et de dévotions coururent ainsi pour les dévots du Saint Suaire. Rappelez-vous, frère Bruno, notre enthousiasme, nos ferveurs, et la confraternité des sindonologues vous portant grande estime, en ce temps où personne encore ne travaillait sur la Relique sacrée pour l’argent, pour sa propre gloire, pour son ambition personnelle… ni pour l’Ennemi  ! Il n’y avait que des gens idéalistes, trop  ! et généreux, on ne l’est jamais assez… Comme auprès de Jésus, dans son entourage de disciples. On se prenait à rêver d’une restauration de la foi dans le monde sous cet étendard vainqueur.  » (CRC n° 332, p. 33)

Ainsi en août 1980, dans un nouvel article de la CRC, frère Bruno faisait état de la découverte sensationnelle du Père Filas, de l’université Loyola de Chicago. L’image tridimensionnelle du Visage imprimé sur le lin avait mis en évidence la présence d’une pièce de monnaie sur la paupière droite, que le jésuite américain réussit à déchiffrer, grâce à la houlette de l’astrologue et aux lettres disposées tout autour  : c’était un lepton frappé… “ sous Ponce Pilate ”, c’est-à-dire entre 30 et 32 de notre ère. Datation absolue, infaillible du Saint Suaire  !

En octobre 1981, notre frère se faisait le rapporteur des conclusions des savants du STURP dans leur symposium de New London  : “ La physique et la chimie du Saint Suaire ”. Après trois ans de recherches menées sur les données récoltées à Turin par cette équipe de jeunes savants de la Nasa, c’était un «  flot de lumière  » sur le Saint Suaire. Leur conclusion, dernier mot de la recherche scientifique, était que «  l’image [de corps imprimée sur le lin] est un mystère persistant, an ongoing mystery  ».

Soit, poursuivait notre frère, ce Suaire demeure en lui-même un “ mystère ”, rebelle à toute explication par des causes naturelles connues. Vous, les savants, qui avez mené honnêtement vos investigations, vous êtes à quia… Mais on ne peut pas en rester là et, pour sortir de l’impasse, il faut lancer un appel à témoins. «  Que soient entendus ceux qui déclarent avoir eu connaissance, eux-mêmes ou par tradition, de l’unique Événement dont l’Objet conserve les traces mystérieuses.  » Cette recherche historique est encore de la science.

Et que disent ces témoins, «  dans leurs dépositions conservées jusqu’à nos jours, avec un respect religieux, par leurs disciples  ? Des choses fort simples. Touchant ce Suaire  : qu’ils savent quel en fut l’acheteur [Joseph d’Arimathie]; qu’il était neuf, sans aucune tache  ; quel fut le Crucifié qu’ils y déposèrent, où et quand se fit cet ensevelissement précipité. Et comment ils retrouvèrent ce linge, au premier jour ouvrable où ils se rendirent au sépulcre pour procéder à la toilette funéraire et à un ensevelissement normal. Mais alors le suaire du Christ était vide du corps qu’il enveloppait […]. Quant à Lui, Jésus de Nazareth, ils le revirent de nouveau vivant, mais dans un état différent, et ils reçurent de lui, comme ils le racontent et l’attestent dans leurs Évangiles et leurs autres écrits, des preuves convaincantes, à de nombreuses reprises et de diverses manières, de sa pleine réalité physique d’homme revenu à la vie, vainqueur de la mort et glorieux, accomplissant ainsi ce qu’il leur avait annoncé.  » (CRC n° 250, p. 47)

Tel était l’aboutissement normal de la recherche sindonologique. La Résurrection est la seule explication intégrale de “ l’énigme ” du Saint Suaire. Frère Bruno ne se lassa pas d’en faire la démonstration, en cent conférences, pendant dix ans, «  face à la mauvaise foi des savants qui craignent, à juste titre  ! quelque rebondissement de l’Affaire, dès qu’ils auront consenti à faire ce pas. Et face aussi à un clergé, échaudé par tant de découvertes scientifiques modernes, qui préfère se réfugier dans une foi toute subjective, plutôt que d’affronter dans le réel les risques du contrôle scientifique des événements fondateurs de notre foi, ce qui est déjà ne plus croire  !  » ( ibid.)

À cette démonstration d’apologétique chrétienne imparable, notre frère apportait sa contribution personnelle. Au congrès sindonologique qui se tint à Bologne en novembre 1981, il donnait communication de sa découverte sur “ Le Soudarion johannique, négatif de la gloire divine ”, ainsi résumée par notre Père  :

«  Suivons frère Bruno dans sa reconstitution, à l’écoute de l’Apôtre bien-aimé, de la résurrection de Jésus dont le Saint Suaire de Turin est la projection, nette, claire, parfaite, bouleversante. Comme s’Il voulait revivre pour nous cet instant unique où tout s’est redressé, de la mort à la Vie, de l’humiliation à la Gloire… Voyez ce linceul de fin lin, “ sans tache ”, où ils déposent son Corps ensanglanté. C’est le soudarâ de Jésus, analogue à celui dont Moïse se voila quand il redescendit du Sinaï, “ le visage resplendissant de l’éclat de la Gloire de la Présence de Yahweh ”. Ainsi fallait-il, selon saint Jean, de qui frère Bruno l’a entendu, que la Gloire de Jésus élevé sur la Croix, soit cachée sous un voile pareil aux yeux des hommes, mais un moment seulement.  » ( ibid.)

NÉCESSAIRE POLÉMIQUE

«  La Vérité a tant de prix qu’il est beau de se battre pour elle. Je ne connais guère de sciences où elle soit d’un accès libre et banalisé. L’œuvre scientifique donc est chez nous rarement exempte de polémique, et c’est normal  », écrivait notre Père en juillet 1986 (CRC n° 224, p. 1).

Ce fut, pour la défense de la sainte Relique, un combat sur deux fronts  : contre les méchants, les impies, acharnés à s’emparer de ce trésor sacré pour le détruire, d’une part  ; et d’autre part contre les sots, les faux amis, médiocres savants et faux mystiques, qui la défendaient si mal qu’ils desservaient la Cause et faisaient le jeu de l’Ennemi.

Premier front  : les impies. Leur premier homme de main fut un certain Walter Mc Crone, de Chicago, qui intriguait déjà avec son ami David Sox pendant la préparation du Congrès de Turin. En septembre 1980, il prétendit avoir trouvé de l’oxyde de fer dans les échantillons prélevés par ses collègues du STURP  ; preuve, disait-il, de traces de peinture, datant qui plus est du quinzième siècle  ! Frère Bruno dénonça l’imposture dès novembre 1980, et confondit McCrone en mai 1981, en se référant aux travaux de ses amis, les savants américains Heller et Adler. Non  ! ce n’est pas de la peinture, ce sont de véritables taches de sang, «  composées d’hémoglobine et donnant un résultat positif au test de l’albumine  ».

Mc Crone aura la vie dure, il continuera à sévir quand ses collègues auront démasqué à leur tour son imposture. Et bientôt les adversaires de la Relique lancèrent l’affaire du carbone 14, prétendant que ce test était la condition préalable, nécessaire et suffisante, à toute conclusion scientifique. L’authenticité du Suaire ne tenait plus qu’à “ un fil ”, celui que les spécialistes du carbone 14 prélèveraient en vue du test. «  Ainsi serait substituée aux preuves lisibles par tous, une donnée numérique invérifiable, tout étant livré, de confiance, à leurs machines et à leurs techniciens.  »

Frère Bruno monta alors au créneau pour dénoncer le chantage et la désinformation. S’appuyant sur l’opinion de son ami d’alors, Jacques Évin, directeur du Centre de datations et d’analyses isotopiques de Lyon, que notre frère avait rencontré dans son laboratoire, il mettait en garde  : la nouvelle méthode d’analyse du C 14 est de fait très performante, mais comme elle est en cours d’élaboration, il est prématuré de lui confier cette expérience. Et d’ajouter  : le résultat obtenu sera à confronter avec tout ce que la science nous a déjà dit sur la Relique. «  Il faut, prévenait-il, que le jour où un laboratoire sera chargé de tester le Saint Suaire, un échantillon soit prélevé par-devant notaire sur la relique elle-même, afin qu’aucun doute ne pèse sur l’authenticité du fil ayant servi à la datation…  » Comme sur les échantillons de contrôle, pour prévenir toute tentative de substitution.

Il n’empêche, comme l’écrit notre Père, lui et frère Bruno étaient inquiets  : «  Le saint Linceul de Jésus-Christ, empreint de son ombre et de son Sang, livré à qui et à quoi  ? Nous sentions peser une menace de mort, de la part d’un monde incrédule, montant le complot de la dernière chance.  »

Deuxième front  : les sots. Le 19 mars 1984, dans sa conférence à la Sorbonne, “ Le Saint Suaire à l’épreuve de la science  ” et… “ La science à l’épreuve du Saint Suaire ”, faisant le bilan de cinq ans de recherches, frère Bruno rétractait certaines “ démonstrations de complaisance ” qu’il avait faites siennes, telle celle de l’italien Baïma Bollone, qui aurait découvert de la myrrhe et de l’aloès dans l’épaisseur des fils prélevés, et celle du suisse Max Frei qui se targuait de reconstituer tout l’itinéraire suivi par la relique grâce aux pollens. Arrière les imposteurs  !

Écartée aussi l’explication de la formation de l’image par la vaporographie, ainsi que la récupération charismatique d’un Mgr Thomas, fondateur de l’association Montre-nous ton Visage, où la fausse mystique se mêle de modernisme. «  Ah  ! la saine, la valeureuse polémique qui nous garde notre trésor inestimable contre les entreprises des sots et des méchants, écrivait notre Père. Telle est l’œuvre de notre frère Bruno et son service n’est pas achevé, loin de là  ! On prépare contre l’Image authentique, lui-même Icône vivante du Père, un immense complot. Mais vaine est la manœuvre qui se heurte à une défense scientifique, polémique et mystique comme à un triple rempart  !  » (CRC n° 224, p. 2)

LE COMPLOT DES DIABOLIQUES

Le complot pressenti par notre Père aboutit au 21 avril 1988, date de prélèvement des échantillons, puis au 13 octobre suivant, quand le prétendu “ verdict de la science ” tomba des lèvres du cardinal Ballestrero  : le linge ayant été daté entre 1260 et 1390, “ l’Homme du Suaire ” n’est pas Jésus-Christ  !

Laissons notre Père raconter l’affaire en véritable disciple de Celui qui, condamné et outragé par ses ennemis, les juge Lui-même  : «  Dans une atmosphère aussi angoissante que, dans l’Évangile de saint Jean, le procès de Jésus, tout alla très vite, très loin de nos regards, hors de tout contrôle. Le grand prêtre avait retiré Jésus de toute main amie [l’Académie pontificale des sciences fut évincée, d’ordre du pape Jean-Paul II, transmis par le cardinal Casaroli], des laboratoires retenus, seuls les ennemis de l’Église furent choisis [Zurich, Tucson et Oxford], et leur sanhédrin laïque entra dans la salle du Dôme [la sacristie du Duomo de Turin], comme dans une salle de bal, pour commencer leurs opérations de datation, par des méthodes et machines sûres mais aux mains d’hommes inconnus, aux consignes secrètes, tous voués par serment sur leur vie à l’unique maître d’œuvre et contrôleur, Tite [directeur du British Museum], mis en possession de tout par le dernier des Apôtres, son complice [le cardinal Ballestrero, archevêque de Turin, custode de la Relique].

«  Le triste résultat nous revint par la bouche de celui-ci, par la craie de celui-là sur le tableau noir de la victoire  : notre Témoin silencieux était à ce coup déconsidéré, déchu, déclassé du rang sublime qui était le sien, en œuvre de faussaire, toile quelconque tachée de sang d’homme “  ou de cochon  ” [comme avait dit Hall, le directeur du laboratoire d’Oxford]. Affreux blasphème, auquel aboutissait la plus certaine fraude, la plus sacrilège manipulation qu’ait rêvée le Diable  ! Eh bien  ! le Judas de service l’annonça sans ciller, et l’Église fut contrainte d’y croire par toute sa hiérarchie satisfaite.  » (CRC n° 332, p. 33)

L’Homme du Suaire n’est pas Jésus-Christ, prétendaient les carbonari  ? «  Si  ! c’est le Seigneur  !  » Ce fut l’honneur de notre Père et de frère Bruno de le proclamer, le 27 novembre suivant, au cours d’une grande réunion publique à la Mutualité. Réunion annoncée par 30 000 tracts, 20 000 affiches  ; la démonstration, qui dura quatre heures, fut fulgurante  : ce Saint Suaire, que savants, hiérarchie et médias maçonniquement solidaires, proclamaient un faux, était, est et demeure authentique  ! La clarté dissipait les ténèbres, la ferveur, l’enthousiasme répondaient à la fureur de l’incrédulité.

EN RÉPARATION DU SACRILÈGE

Ce fut un grand moment dans l’histoire de la CRC, dont notre Père voulut aussitôt tirer le fruit spirituel, à l’école des saints, en particulier de sœur Marie de Saint-Pierre, dont il nous montra ce jour-là le caractère prophétique du Message  :

«  Il nous faudrait, comme Notre-Seigneur l’enseigna à sa confidente, avoir grande religion, c’est-à-dire vénération et amour, pour sa Sainte Face, laquelle est comme le miroir et la révélation fidèle de la Divinité, et porte à nos yeux tous les stigmates attendrissants des outrages dont les méchants ne cessent d’accabler ce Dieu très bon. Il faudrait d’abord connaître, admirer, aimer, baiser et chérir cette Face divine de Jésus-Christ, en porter l’image gravée dans nos mémoires, l’honorer publiquement dans nos églises et nos maisons. Il faudrait aussi la présenter sans cesse à notre Père Céleste comme signe de paix, implorant le pardon et l’absolution d’un Dieu justement irrité contre le monde impie, et contre la France particulièrement, mais désarmé par la vue de cette si aimable et désarmante Face sanglante de son doux Fils bien-aimé, notre Sauveur

«  Devant l’immense projection de la Sainte Face du Christ sur le grand écran de cette salle, nous chantâmes ensemble le Pater noster, dont toutes les paroles obéissaient aux demandes de Jésus à Marie de Saint-Pierre, remplissant ainsi toutes les conditions du salut promis, et s’adressaient comme de bouche à bouche, de l’Église-Épouse du Christ ici rassemblée au Christ-Époux et Roi et de son peuple, ici paraissant en majesté sur cette toile comme il avait voulu se projeter sur son Suaire glorieux dans l’instant de sa Résurrection bienheureuse.  » (CRC n° 251, janv. 1989, p. 1)

Notre Père voulut “ sanctifier ” cette année 1989, bicentenaire de la Révolution, afin d’en réparer les crimes et les impiétés, dont le dernier et non le moindre était ce reniement de l’Image-témoin du Sauveur, par une plus ardente adoration et contemplation de la Sainte Face, à laquelle est lié le salut de la France, et du Saint Suaire tout entier, Relique de Jésus crucifié et ressuscité, afin que nous acquérions de l’une et de l’autre, avec lui, une connaissance “ mystique ”.

Qu’est-ce à dire  ?

DE LA SCIENCE A L’AMOUR

Au lieu de lois à établir ou à vérifier, qui banalisent l’Objet, au lieu d’ “ idées claires et distinctes ”, qui satisfont notre raison inquiète sans rassasier notre cœur, il s’agit de rechercher l’intuition existentielle, esthétique, amoureuse, la révélation «  confuse mais débordante  », dont parle saint Jean de la Croix, qui est une communion d’êtres. «  Regardons silencieusement cette sainte et singulière relique du Christ, expliquait notre Père. Laissons venir et demeurer à la surface de notre attentive réminiscence tout ce que nous avons appris d’elle. Chacune des diverses sciences apporte sa part de lumière, et les unes et les autres s’éclairant, s’enrichissant, voici que l’Image semble vivre, le Sang couler, le Corps s’animer comme il l’a fait dans l’Événement, le plus considérable de l’histoire du monde, à la jointure des temps de mort et du temps sans fin de la résurrection. Déposé dans ce Suaire, au temps de sa mort, Jésus en porte les stigmates émouvants, mais déjà il en sort vivant pour l’éternité, y laissant les signes indélébiles de sa gloire nouvelle dont il nous constitue ses témoins. Comprenons, contemplons, adorons…  » (CRC n° 250, p. 49)

Et notre Père de se livrer pour nous à cette contemplation pleine d’amour et d’acuité, fruit d’une méditation de plus de quarante ans  :

«  Cette toile, ce sindon, qui l’enveloppe comme un linceul, mais qu’il a voulu seulement pour soudarâ, pour voile dérobant sa gloire aux yeux de son peuple infidèle, et qu’il va déposer maintenant, voici qu’il en fait une toile d’attente sur laquelle il peindra son opsis, tout à la fois l’aspect de son corps entier, nu, ravagé, identifiable à mille traits, et sa divine Face. Cela aussi, sans doute, saint Jean l’a vu et l’a compris. Mais moins bien que nous depuis qu’en 1898, son négatif photographique “ apparut ” pour la première fois dans le bain chimique justement appelé “ révélateur ”.

«  Ecce homo  ! Voici l’Homme. Il est grand, il est athlétique, de proportions parfaites. Notre regard étonné de sa totale nudité remonte vers le visage, en admire la sérénité puis la majesté. Impression immense et confuse. Ineffable à force d’intensité et de richesse… Nos réflexes psychologiques nous livrent dans ce visage les sentiments de l’âme, et dans l’âme les vertus de la Personne, de son acquis, de son inné. Qui êtes-vous donc, Seigneur de gloire incomparable  ?

«  C’est Lui qui se donne à voir, par le dernier et le plus touchant des miracles si l’on songe que des centaines de millions, des milliards d’hommes en seront bouleversés jusqu’à son retour en gloire pour les juger tous. Oh, modeste miracle  ! miracle évangélique, où la science américaine rejoint l’intuition mystique de saint Jean. Les uns parlent du “ flash ” de la résurrection, et l’autre que suit au plus près notre frère Bruno, de la Gloire rayonnant du Seigneur depuis sa rencontre avec Dieu son Père dans l’extase de son Saint-­Sacrifice. Là il mérita toutes grâces et d’abord, de revenir à son Corps, de le réchauffer et faire revivre, plus encore, incomparablement plus, de le transfigurer et métamorphoser à l’instar de la chrysalide changeant de nature sans pourtant changer de corps, et de terrestre, dit saint Paul, devenir céleste (1 Co 15, 48).

«  Ce qu’il fit alors, il le voulut. Sans doute parce que tels seraient les effets physico-chimiques normaux de toute résurrection à venir… Mais bien plus, intentionnellement, pour que nous le vissions d’âge en âge jusqu’à la fin, nous prenant à témoin de sa Gloire nouvelle. Ressaisi par la vie, le Corps s’est détaché par séparation de molécule à molécule, de son Sang coagulé, de ces halos séreux que l’on voit encore aux abords de toute marque de fouet ou caillot sanguin, et de la poussière du chemin. Des fibres et fibrilles du lin auquel il adhérait à l’instant, il n’a rien brisé, déchiré, froissé.

«  Dans cet état nouveau, comme d’apesanteur, j’y tiens  ! encore dans la position horizontale du gisant au tombeau, de par sa volonté d’homme, dans un acte d’amour parfait pour nous, et pour notre salut, il a jeté de toutes les cellules de son corps, en maîtrise souveraine de ses énergies, en faisceaux parallèles, verticaux, facial et dorsal, sur le linge miraculeusement tendu en toile d’attente, le million de rayons de lumière et de chaleur qui ont fixé à jamais, indélébile, son image sur ce lin. Brûlure de vie, brûlure d’amour, don de tout soi-même, comme d’une Personne à personne dans l’amour…

«  Alors, il sort et le suaire retombe. Mais non  ! Jésus faisait bien toutes choses. D’un geste habituel, il a “ roulé ” sa couverture et l’a posée assez en évidence pour que ses Apôtres la retrouvent. “ Et se penchant, il [saint Jean parle de lui-même] voit les bandes demeurées là  ; cependant il n’entra pas. Arrive donc aussi Simon Pierre, qui le suit, et il entra dans le tombeau et il examine les bandes demeurées là et le Suaire qui était sur SA tête, non pas au milieu des bandes, demeuré là, mais à part, ramassé en un certain endroit. ”

«  L’âme savante et mystique n’en finit plus de contempler et la mort et la vie, presque également répandues sur ce Corps nu et suprêmement sur cette Sainte Face aux lèvres vivantes, aux yeux clos… Cette Image demeure en effet comme Celui qu’elle nous peint et révèle dans le mystère de sa passion et de sa résurrection rédemptrices. Elle dit ce qu’Il était, qu’Il est et sera au jour du Jugement  : le “ signe de contradiction ” pour “ la révélation des cœurs ”. Sa nudité aux uns inspire le mépris et l’horreur, mais à d’autres, elle est appel à l’Amour et don total, non dans la jouissance encore mais dans la souffrance d’une immolation rédemptrice aux stigmates effrayants. Sa Face est dure à ceux qui l’ont crucifié et le crucifient encore, leur annonçant, s’ils ne se convertissent, la Colère du juste Juge justement irrité. Mais elle est douce, humble, gentille aux cœurs purs et aux enfants, qui déjà en la contemplant croient en vérité voir Dieu face à Face.  »

Alors, dans son cœur missionnaire, notre Père exultait à la pensée de cette vision offerte à tous, «  pour ce qu’elle signifie en ce vingtième [vingt et unième] siècle où elle est un dernier appel évangélique au monde, à savoir la Rédemption, la grâce capitale illuminant la Tête avant de se répandre sur tout le Corps mystique, relevé de son péché, séparé de son environnement damné, au jour de la résurrection de la chair et de la vie éternelle  » (CRC n° 250, p. 50).

LES ÉTENDARDS DU ROI S’AVANCENT

Après le drame que traversa notre communauté en septembre 1989, qui fut comme la revanche du démon tentant d’anéantir l’œuvre de notre Père, celui-ci titrait  : “ Les étendards du Roi et de notre Reine victorieuse s’avancent ”. Il fallait être fidèles plus que jamais au triptyque composé par lui, si rare de nos jours et pourtant béatifiant, de vraie science, de loyal combat et de savoureuse contemplation, autrement dit scientifique, polémique et mystique.

La science encore et toujours  : en mai 1989, frère Bruno faisait une communication au deuxième Congrès de Bologne sur L’umbella du pape Jean VII, «  ornant l’autel du Très Saint Suaire du Christ qu’on appelle de Véronique  », qui serait la plus ancienne copie du Saint Suaire conservée à Rome  : remontant au début du huitième siècle, par conséquent bien avant la date proclamée par les carbonari, Tite et compagnie.

En avril 1990, notre frère participait au Congrès de Cagliari en Sardaigne et y faisait une communication remarquée sur une miniature du codex Skylitzès, illustrant la translation de l’Image d’Édesse (le Saint Suaire lui-même ou sa copie) à Constantinople en 944. Nouveau démenti à la frauduleuse datation de 1988.

Le Mémoire de Pierre d’Arcis, évêque de Troyes au moment où le Saint Suaire commençait à être vénéré à Lirey, constituant l’unique “ preuve historique ” de l’incrédulité aux abois, frère Bruno en fit l’analyse critique en février 1991, d’une manière décisive  : il s’agit d’une pièce non signée, non datée, non scellée, ce qui lui enlève toutes les marques d’une pièce d’archives authentique. Absit  !

Ce fut en avril 1997 le très beau numéro spécial intitulé  : “ Le Saint Suaire de Turin, témoin silencieux, pour préparer un centenaire ”, celui de la première photographie du Saint Suaire en 1998. C’était le fruit de «  vingt ans de travail, d’une science sans faille et de suave adoration  ».

Pendant ce temps, la polémique, elle aussi, battait son plein. Autour de la datation  : à l’encontre de ceux qui stupidement remettaient en cause la méthode même de datation au carbone 14, ou bien trouvaient au résultat de 1988 des explications fantaisistes, frère Bruno vécut une incroyable odyssée, qui lui permit de traquer les faussaires de laboratoire en laboratoire, pour finalement établir scientifiquement la substitution d’échantillons et, ô miracle  ! montrer que le Saint Suaire, qui avait été étiqueté par Tite “ momie égyptienne ” pour le faire disparaître, avait été en fait réellement et exactement daté  : 37 ± 27 après Jésus-Christ.

«  Aidé de quelques amis dévoués, raconte notre Père, soutenu par votre vœu d’obéissance et l’ordre d’aller au plus loin dans la traque des faussaires, frère Bruno, vous nous avez apporté tous les éléments de la plus fantastique enquête policière et scientifique du siècle  : nous avons pu établir dans toutes ses étapes la prodigieuse escroquerie conduite d’un bout à l’autre par ce Tite, et homologuée par ce Ballestrero au nom de l’Église.  »

Cela ne nous valut aucune récompense, aucun honneur, au contraire. «  Depuis, ce ne sont pas les faussaires qui paient le salaire de leur crime en quelque lieu de relégation pénitentiaire. C’est aux sauveurs de l’insigne Relique que le monde et l’Église font partager la déchéance du Saint Suaire. Tel est l’ordre de la Puissance des ténèbres qui gouverne l’Église et le monde aujourd’hui. C’est notre intime bonheur de rester en cette ignominie proclamée, en cette solitude apparente avec l’Apôtre bien-aimé du Seigneur, la pécheresse pardonnée et la Vierge Marie notre Mère à tous. Car on distingue dans le crépuscule une immense foule contrite, s’avançant lentement vers ce Golgotha et ce jardin où est tenu en secret le Saint Suaire, dans l’attente de sa résurrection.  » (CRC n° 332, p. 34)

Nous sommes encore dans la même situation aujourd’hui. Plus pour longtemps…

Il n’empêche  : grâce au combat de notre Père et de frère Bruno, la victoire de la foi de l’Église était complète. Si complète que nos carbonari n’eurent d’autre solution, dans leur haine aveugle, que de tenter de faire disparaître le Saint Suaire lui-même. Dans la nuit du 11 au 12 avril 1997, la chapelle haute “ Guarino Guarini ”, qui lui servait de reliquaire au Duomo de Turin, prit feu. Terrible incendie «  qui nous fit craindre un instant, une éternité  ! que la sainte Relique ait été consumée par les flammes, réduite en cendres dans son cercueil d’argent, prisonnière de son tombeau de cristal. Affreux moment qui ne relevait pas de l’anecdotique, incendie qui n’était pas dû au hasard, où l’on craignit la fin tragique de ce Suaire, par trop semblable à la mort de Celui qui en avait jadis été enveloppé, au terme d’un satanique “ jeu de rôle ” affolant  : ce linge à l’effigie de Jésus, teint de son Sang, jeté au feu par les impies après son jugement et sa condamnation comme l’œuvre d’un faussaire, par la “ Communauté scientifique internationale ”, sans protestation de l’Église.  » (ibid.)

Il fut sauvé des flammes, grâce à Dieu, grâce aussi au sang-froid d’un soldat du feu, Mario Trematore, image du peuple fidèle de Turin, qui au moment crucial s’était dit  : «  Il faut que tu sauves ce symbole de la Chrétienté.  » Et il retrouva la foi en sauvant le Saint Suaire. C’est ainsi que la relique de Jésus-Christ, et en quelque sorte sa “ doublure ” sacrée, sortit une fois encore victorieuse du péril, «  témoin muet de sa Royauté impérissable  », devant demeurer auprès des siens jusqu’à ce qu’Il revienne  !

Et notre Père ajoutait  : «  Le lieu du mescolamento sacrilège, de la main des méchants, a été purifié par le feu qu’ils avaient allumé, accomplissant ainsi toute justice. Mais la divine relique a été sauvée pour faire resplendir en ces lieux mêmes l’infinie miséricorde de notre Sauveur et de sa Divine Mère. À nous par votre étude, frère Bruno, d’en faire connaître la Bonne Nouvelle à toutes les âmes de bonne volonté  : Jésus est ressuscité  ! Des cendres son Linceul est sauvé  ! Allons ensemble l’adorer.  » ( ibid.)

C’était annoncer le pèlerinage qu’il se proposait de faire l’année suivante, pour la première fois de sa vie, la seule, avec frère Bruno, nos communautés et un millier de nos amis.

ALLONS À TURIN POUR VOIR DIEU  !

Pour fixer la grâce de ce pèlerinage qui eut lieu le 9 mai 1998, sous le patronage de Jean-Paul Ier, notre Père notait dans le train qui nous y conduisait  :

«  L’ostension est l’occasion providentielle d’une rencontre heureuse dans la joie pascale, dans la certitude de la Résurrection, des vrais catholiques, nouveaux apôtres, saintes femmes et disciples d’Emmaüs, avec leur Maître et Seigneur Jésus-Christ, présent sous les espèces et apparences de son Corps, de son Sang, de son aspect humain, conservées à travers les siècles par son Église sainte, adorante et aimante.

«  C’est pourquoi toutes les forces de l’enfer, à petit bruit, ne se sont pas déchaînées mais se sont organisées, mobilisées et déployées pour faire pièce à cette Croisade eucharistique, à ce pèlerinage au Corps du Christ, à cette adoration de ce Suaire qui ensevelit Jésus, comme les chrétiens adorent sa Croix qui fut l’instrument de son supplice, mais déjà le trône de son élévation et de sa gloire.

«  Ce linceul, que l’Apôtre désigne du nom très mystérieux, araméen, de soudarâ est demeuré, par une providence attentive de notre Père Céleste, bien plié dans un lieu choisi, d’où il puisse au temps de son Ostension attirer à Lui tous les cœurs. Cette conquête merveilleuse en cours, pour la révélation des pensées et des volontés de chacun, signe de contradiction, lumière des nations et gloire de son peuple d’Israël, l’Israël spirituel embrassant toutes les âmes de bonne volonté.

«  Jadis, objet de la foi commune de tout le peuple chrétien, le saint soudarâ se prouvait par lui-même, de lui-même, et la science n’y avait aucune part, tant l’expérience, la tradition et l’intuition surnaturelle du peuple fidèle en affirmaient l’identité, à quoi répondait en son registre divin la foi en Jésus, Fils de Dieu et ressuscité, à qui “ rien n’est impossible ”, et donc tel qu’on le voit, tel que l’Église le vénère, tel qu’Il a voulu rester avec nous, sous ce mode de présence, jusqu’à la fin des siècles. Pour que “ le Fils de l’homme, quand Il reviendra, trouve encore la foi sur la terre  ”, c’est-à-dire en cette terre, en cette nation, en ce Lieu saint de l’Église de Rome, veillant, priant, adorant son Maître comme Marie-Madeleine, et croyant en Lui comme ses apôtres Pierre et Jean, à la vue de cette Relique incomparable.

«  Encore faut-il échapper aux tromperies de Satan, les unes impies, tout droit venues des enfers, et d’autres hypocrites, perfides, séductrices, aux belles apparences de piété, plus captieuses encore, spécieuses et ravageuses, pour le compte des mêmes Possédés. C’est là que nous trouvons notre mission divinement préparée, tracée, assistée.  » (CRC n° 348, p. 36)

Après notre vénération du Saint Suaire, notre Père nous fit dans la basilique Sainte-Marie-Auxiliatrice du Valdocco le plus beau des sermons, inoubliable  : «  … Nous sommes venus à Turin pour tomber à genoux devant le Saint Suaire, tomber à genoux d’amour devant Notre-Seigneur qui nous montre aujourd’hui, pour nous sauver dans l’apostasie générale, ses Plaies et la douleur de son Cœur, la Plaie de son Cœur et la douceur de son Visage, infinie. Et quand nous L’avons vu, nous voulons Le voir encore. Et plus nous croirons, plus nous aimerons, plus nous voudrons voir, et enfin voir face à Face ce Christ qui nous apparaîtra et se donnera à nous à la fin de notre vie à tous.

«  Alors, cette proposition qui est absolument un danger de damnation éternelle  : “ Moi, je n’ai pas besoin de tout ça pour croire  ! ” se transformera dans notre cœur en un cri enflammé  : “ Je veux Le voir un jour, je veux La voir, j’irai La voir un jour ” ; et qu’Il fasse des miracles dans le ciel, et qu’Il démontre sa vérité pour les incroyants, c’est leur dernière chance. Mais pour nous qui croyons, nous ne nous lasserons pas de regarder ce Visage du Christ, et de contempler l’image de la Vierge Marie dans son Cœur Immaculé, afin déjà de nous préparer à cette joie suprême qui est de voir ce que nous aurons cru méritoirement pendant toute notre vie.  »

Quelques jours plus tard, à Moure au Portugal, Terre de Sainte Marie, la Sainte Face souffrante de Notre-Seigneur apparaissait dans l’Hostie. Le message était fort, que notre Père explicitera  : «  Notre-Seigneur, pour fortifier son Église en son mystère de foi, mystère de son Incarnation, mystère de sa présence eucharistique, mystère de sa communion à tout son peuple, veut par son Image de jadis et par son vivant Visage apparu sur l’Hostie, nous faire la démonstration de ce qu’Il est ici et là, jadis et aujourd’hui, et demain encore, afin que tous ceux qui le verront, croient et deviennent ses témoins pour le monde.  » (CRC n° 351, p. 6)

En l’an 2000, il y eut une nouvelle ostension du Saint Suaire, pour laquelle notre Père demanda à frère Bruno de rédiger un nouveau numéro spécial, au titre vainqueur  : “  Le Suaire a l’âge de Jésus ressuscité. ” Ainsi, disait-il, «  notre foi catholique est solidement protégée, fortifiée, déjà couronnée de gloire pour les années à venir, en ultime démonstration de la vérité face aux négateurs coalisés pour sa ruine. Ils ne pourront plus prévaloir, car toutes leurs hypothèses et théories sont lumineusement réfutées par notre frère.  » (CRC n° 367, p. 47)

Et dans une dernière prédication qu’il nous faisait sur le Saint Suaire, conservée dans nos archives, notre Père prononçait ces mots mystérieux  : «  Il ressuscitera à sa manière, le Saint Suaire, quand Jésus reviendra. Je vous donne rendez-vous pour ce jour-là. Le Saint Suaire y sera. Soyons présents, nous aussi  !  » (4 juin 2000)

«  TÉMOIGNE DE MA VÉRITÉ  !  »

Il ne restait plus à notre Père qu’à se laisser configurer à son Divin Maître, au Modèle unique. Le temps était venu pour lui, écrit frère Bruno, de déposer sa cuirasse et de s’offrir en sacrifice, sur les traces de mère Marie du Divin Cœur et de sainte Thérèse de la Sainte-Face.

«  Ô mon Seigneur et mon Sauveur, moi aussi je l’entendrai, cet appel mystique, non pas en vertu de mes mérites, mais de votre incomparable amour… Mourir, oui mourir sera l’ultime liturgie sacrée de notre amour, et c’est vous, ô Jésus, mon Sauveur et mon Tout, qui en serez le grand façonnier.  »

Dans sa maladie qui le rendait de plus en plus dépendant, «  seul son beau visage n’est pas atteint, témoigne frère Christian. Un peu émacié, il fait irrésistiblement penser à celui de saint François de Sales, ou à celui de Monsieur Martin, le père de sainte Thérèse, à d’autres moments à la Sainte Face de Notre-Seigneur. Et son regard est toujours aussi vif, exprimant grande bonté, profonde sagesse, patience et saint abandon  ; ce regard qui nous parle si fort… Et dans ce regard et sur ces lèvres, souvent, très souvent encore, ce merveilleux sourire qui ravit et réjouit le cœur et l’âme de tous ceux qui en sont gratifiés comme d’une grâce céleste, comme un sourire de notre très chéri Père Céleste.  » ( Georges de Nantes, Docteur mystique de la foi catholique, p. 473)

Jusqu’à son dernier souffle, son visage rayonnera, de vérité, de sérénité. «  Mort, il parle encore  », écrit frère Bruno. Ne serait-ce que par son image mortuaire, où seule paraît la Sainte Face, que Jésus lui avait donnée en héritage  :

«  Ma Face maintenant gravée en toi, demeure dans ce monde de ténèbres pour y guider et réjouir les yeux qui s’y perdent. Témoigne de ma Vérité  !  »

frère Thomas de Notre-Dame du perpétuel secours.

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