La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 151 – Mai 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA LIGUE

La Ligue

L’ÉTENDARD DE LA MISÉRICORDE

EN prélude à l’année de la la Miséricorde, et décrétant contre toute attente une nouvelle ostension du Saint Suaire de Turin (19 avril – 24 juin), c’est un appel à la Croisade entendue au sens salésien du terme, que nous lance le pape François. C’est «  par la charité  », «  l’Amour miséricordieux  » qu’il faut reconquérir, non plus seulement Genève mais le monde entier, à commencer par l’Église catholique, minée depuis le concile Vatican II par la mondanité de l’esprit protestant, le modernisme et le progressisme. La perte de la foi frappant des générations entières  ; nos frères et sœurs martyrisés par l’islam, le pape François, à la différence de ses prédécesseurs, ne s’en accommode pas  ! «  Poussé par l’Esprit  » il prend les moyens proportionnés, surnaturels, suprêmement efficaces pour y remédier.

Le Saint-Père lève donc cette année l’étendard du Saint Suaire de Jésus, pour que «  cet acte de vénération nous aide tous à trouver en Jésus-Christ le visage miséricordieux de Dieu.  » Ce qu’il dira le 21 juin prochain ne sera pas moins explicite que sa profession de foi du 30 mars 2013  : «  À travers le Saint Suaire nous parvient la Parole unique et ultime de Dieu  : l’Amour fait homme, incarné dans notre histoire  ; l’Amour miséricordieux de Dieu qui a pris sur lui tout le mal du monde pour nous libérer de sa domination. Ce Visage défiguré ressemble à tant de visages d’hommes et de femmes blessés par une vie qui ne respecte pas leur dignité, par des guerres et des violences qui frappent les plus faibles… Pourtant le Visage du Suaire communique une grande paix  ; ce Corps torturé exprime une souveraine majesté. C’est comme s’il laissait transparaître une énergie contenue, mais puissante, c’est comme s’il nous disait  : “ Aie confiance, ne perd pas l’espérance  ; la force de l’amour de Dieu, la force du Ressuscité vainc tout. ” Pour cela, contemplant l’Homme du Suaire, je fais mienne, en ce moment, la prière que saint François d’Assise prononça devant le Crucifié  : “ Dieu Très-Haut et glorieux, viens éclairer les ténèbres de mon cœur  ; donne-moi une foi droite, une espérance solide et une parfaite charité  ; donne-moi de sentir et de connaître, Seigneur, afin que je puisse l’accomplir, ta volonté sainte qui ne saurait m’égarer. Amen. ”  »

DE TURIN 2015 À FATIMA 2017.

Autre étendard que le Saint-Père s’apprête à lever en vue de la lutte finale et de la victoire certaine, celui de Notre-Dame de Fatima. En 2017, si Dieu lui donne «  la vie et la santé  », il célébrera le centième anniversaire des apparitions à la Cova da Iria, loin des machiavéliques pressions du Pape émérite…

Le Saint Suaire de Turin et Notre-Dame de Fatima sont les deux “ signes des temps ” par lesquels la divine miséricorde veut sauver son Église et le monde. Mais pour les mettre en œuvre, il faut et il suffit qu’un troisième «  signe  » le veuille bien aussi, c’est le «  Saint-Père  ». En 1978, l’abbé de Nantes exultait en voyant le saint pape Jean-Paul Ier s’engager si résolument dans cette voie. En 1996, au plus fort de la persécution, contraint à l’exil par Mgr Daucourt, il envoya son «  petit troupeau  » à Fatima. Celui-ci conduit par notre frère Bruno fit briller à la face furieuse de ses ennemis les trois bannières de notre délivrance certaine  : le pape Jean-Paul Ier, «  l’évêque vêtu de blanc  » martyr de ses frères, la Sainte Face de Jésus, le Cœur Immaculé de Notre-Dame de Fatima.

Aujourd’hui avec le pape François, la Gesta Dei est de nouveau enclenchée et, comme jadis, per Francos, car ce sont des Français de France et de Nouvelle-France qui, en avant-garde du corps tout entier de “ l’Église en marche ”, la comprennent et la mettent en œuvre. Le premier d’entre eux, c’est notre frère Bruno de Jésus-Marie. C’est lui qui, comprenant l’intention profonde du Saint-Père et du Saint-Esprit qui l’assiste, conduisit la phalange de l’Immaculée en pèlerinage au pied du Saint Suaire de Turin le 1er mai dernier, tout en lui donnant par sa prédication une prodigieuse intelligence du mystère qui s’accomplissait. C’est encore lui qui, à peine connu le désir du pape François, nous annonça que nous serions, nous aussi, à la Cova da Iria, au pied de Notre-Dame, à son service, afin de beaucoup prier pour notre cher Saint-Père… Nous allons de joie en joie, joie de la vérité, de la charité, c’est tout un.

LA PHALANGE DE L’IMMACULÉE À TURIN

C’est huit cents pèlerins répartis en huit cars et plus de cinquante voitures, sans compter ceux qui sont venus en avion et en train, que notre frère Prieur conduisit à Turin. Départ tôt matin le mercredi 29 avril pour les deux cars de Saumur, un peu plus tard pour les deux autres de Paris, les trois de la maison Saint-Joseph, et celui de Lyon. En cours de route, nos frères avaient prévu tout un programme audio-vidéo bien fait pour nous faire entrer dans la familiarité des apôtres de la Sainte Face, de ceux de Turin aussi, les uns comme les autres tout au Christ et à Notre-Dame, au service des pauvres, en lutte contre la révolution dans le monde et dans l’Église. Persécutés par les francs-maçons capitalistes ou socialistes, ils le seront aussi par un clergé démocrate, confortablement installé dans la mondanité, toujours prompt à se rallier aux puissants du jour… C’est dans cette lumière que la vie de saint Jean Bosco nous apparut en plénitude, si semblable finalement à celle de notre bienheureux Père et du pape François. Nous nous sentions plus que jamais fils de l’Église, embrasés du même amour que ces saints de Contre-Réforme, affrontés à de semblables épreuves… Reconnaissance à notre bienheureux Père pour cette vocation prodigieuse, et à notre frère Bruno qui nous y entraîne tambour battant.

Le mercredi soir, tous nos pèlerins étaient arrivés dans leurs hospitalités respectives.

LE JEUDI 30 AVRIL à CHIERI.

C’est au Duomo, c’est-à-dire dans la cathédrale de cette petite ville qui fait partie désormais de la grande banlieue de Turin, que nos pèlerins se retrouvèrent pour une messe concélébrée par le premier vicaire de la paroisse et nos aumôniers. Le jeune Père était à notre encontre sous l’effet d’une «  douane pastorale  » qui venait tout juste d’être levée. La crispation des débuts céda heureusement bien vite sous la baguette de nos beaux chants polyphoniques si puissamment exécutés, d’un seul cœur, grâce à notre frère Henry.

Dans son homélie, frère Bruno nous prépara au Face à face du lendemain avec Dieu en sa deuxième Personne. Saint Philippe l’Apôtre et son génial mais présomptueux «  Montre-nous le Père et cela nous suffit  !  » (Jn 14, 9) permit à notre frère de nous faire davantage communier au mystère du Père et du Fils qui ne font qu’un seul Être  : «  Jésus qui est homme, est dans l’Esprit pur qu’est le Père  ; et lui, le Père qui est l’Esprit, est dans l’être corporel de Jésus, celui que nous voyons, entendons, touchons à notre tour, que nous mangeons et buvons dans la Sainte Eucharistie. Quand Jésus va, le Père va avec Lui. Dieu va et vient dans son Fils. Et il nous atteint, chacun de nous, pèlerins, tandis que nous le contemplons sur son Suaire, au Duomo (de Turin), dans une relation personnelle, cœur à Cœur (…).

«  Dieu a aussi un Cœur dont l’expression de Sa Face est le reflet. Il peut tour à tour, le montrer dans sa bienveillance, ou le cacher dans sa colère. C’est ce que nous expérimentons en contemplant le Saint Suaire… Mais celui qui aime Jésus, comme notre Père, le trouve beau sur son Saint Suaire, avec son œil droit si doux, et cette bouche prête à embrasser l’enfant qui viendra, en pleurant, lui demander pardon…  »

À la fin de la Messe, nos nombreux enfants furent pris en charge par nos sœurs. «  Les religieuses salésiennes de Chieri nous ont très gentiment offert l’hospitalité pour la garderie des enfants, pendant la conférence de frère Bruno. Dans leur vaste cour de récréation, et une grande pièce, nos petits ont pu jouer et se restaurer grâce aux gâteries offertes par ces bonnes religieuses. La supérieure désirait vivement parler à notre Mère  : “ Comment faites-vous pour avoir de jeunes sœurs  ? ” Elle s’émerveillait aussi de voir nos familles nombreuses. Elle fit signe à notre Mère, en montrant sur ses doigts qu’en Italie, les familles ne sont plus composées que d’un, deux ou trois enfants au maximum. “ On ne voit plus des familles comme chez vous… ”  »

C’est dans la cathédrale de cette ville si chère à saint Jean Bosco que notre frère Bruno nous commenta d’une manière lumineuse la bulle d’indiction du jubilé extraordinaire de la miséricorde, Misericordiæ Vultus (cf. supra). «  Cette bulle est surprenante, nous confiera-t-il ensuite. Notre Père pensait que le Pape qui viendrait après le grand désordre du Concile condamnerait les erreurs, lancerait des anathèmes. Or, il n’en est rien avec le pape François. S’il se mettait à condamner, cela ne marcherait pas, il y aurait schisme. Au lieu d’incriminer les vraies causes, qu’il ne voit d’ailleurs sans doute pas (il faut avoir lu le Père pendant cinquante ans pour comprendre), il ne lance pas un nouveau système, une nouvelle doctrine, il ouvre cette Année de la Miséricorde, proclame une année de grâce  : c’est la Bonne Nouvelle, l’Évangile. Prenant les choses comme cela, il désarme tout le monde, et ça marche. Certains ronchonneront sûrement dans leur coin, mais cela marchera quand même (…). Le pape François est en train de redonner à tout le monde le sens du péché. On est à mille années-lumière de la transcendance de la personne humaine et du culte de l’homme.  »

Joie des amis après une telle conférence, mais guère le temps d’échanger puisqu’il fallut vite récupérer les enfants et se rendre dans nos hospitalités respectives. Retour tranquille, sauf pour les pèlerins du car de Saumur 1 qui devaient se livrer chaque jour à un exercice qui faisait la joie des enfants, celui de déplacer à grand renfort d’hommes vigoureux les voitures qui obstruaient le passage menant à notre hospitalité… On est en Italie, c’est permis, et même quand un propriétaire se fâche, on ne comprend pas les “ gentillesses ” qu’il vous adresse, on s’excuse, on n’y pense plus et on recommence puisqu’on n’a pas le choix…

ET AU COLLE DON BOSCO.

L’immense esplanade du Colle Don Bosco était bien faite pour que nos huit cents amis brisent le cadre artificiel du “ groupe ”, et fraternisent. Ils ne s’en sont pas privés. Après ce joyeux temps fort de charité familiale et fraternelle, nos sœurs s’occupèrent des enfants dans le cadre enchanteur des Becchi. Les adultes se rendirent dans la basilique pour écouter frère Bruno leur dévoiler, à la lumière des songes de don Bosco, commentés par notre Père en 1993 (in CRC n° 296 de novembre, p. 17-19, et n° 297 de décembre, p. 1-10), l’actualité politique et religieuse de ce mois (cf. supra). C’est saisissant de voir à quel point le pape François rencontre le dessein divin dévoilé par les songes de don Bosco. Du 8 décembre 2015 au 13 octobre 2017, nous avons devant nous, dira frère Bruno, deux ans de grâce et de miséricorde pour nous convertir et nous préparer aux labeurs apostoliques qui résulteront de la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie et de la diffusion de la dévotion des premiers samedi du mois  ; deux ans d’instantes prières pour le Saint-Père par conséquent…

Colle don Bosco

FACE À FACE AVEC JÉSUS EN SON SAINT SUAIRE

Une foule impressionnante de bénévoles quadrillaient les rues afin de canaliser les quelque trois cents cars de pèlerins qui étaient attendus au Duomo. Tout était donc fort bien organisé, sécurisé. La procédure était serrée, mais grâce au truchement indispensable de nos traducteurs, les prescriptions administratives furent vite remplies, et tous nos pèlerins étaient au rendez-vous à l’heure dite, 8 h 30. Notre frère Bruno suivi des sœurs s’engagea sous les tonnelles qui serpentent dans les jardins royaux jusqu’au Duomo. Les premiers groupes suivirent et tous à sa suite chantèrent le chapelet. Surprise des volontaires du service d’ordre, mêlée la plupart du temps de bienveillance et d’encouragements discrets.

Nous fîmes silence avant de paraître à “ l’audience du grand Roi ”. Un montage vidéo, très pédagogique, sobre, nous préparait à la sainte Rencontre. Toutes les saintes plaies de Jésus nous ont été montrées  ; silence religieux sur fond d’une musique douce pour aider au recueillement… À la différence des ostensions précédentes le fait de la résurrection était mentionné, mais sans commentaires, par l’apparition du négatif photographique, Jésus dans toute sa stature d’homme parfait, glorieux, paisible, vainqueur.

Les pèlerins étaient ensuite invités à paraître devant le Seigneur pour un entretien particulier, plus long que les autres fois, et dont chacun gardera le secret. Une prière officielle était prévue. Elle avait certes le mérite de proclamer sans détour l’identité de Jésus, d’apprendre au pèlerin que ses péchés étaient la cause des blessures et des souffrances dont ce corps était criblé, mais le mot de rédemption ne sera pas prononcé, ni celui de résurrection comme le fait historique, incontournable que le Saint Suaire prouve sans nul doute possible… Frère Jean-Duns qui a eu le privilège de réciter cette prière en compensa les lacunes pour la plus grande satisfaction des pèlerins de son groupe.

À la différence de l’Ostension précédente, tout préparait à cette audience divine, les tentures rouges et les fleurs en attente de la vénération de la Sainte Relique par le peuple de Dieu en corps constitués, sous la conduite de ses Pasteurs légitimes dans les ors et les fastes liturgiques.

Une bonne délégation de frères, sœurs et amis canadiens étaient présents parmi nous  ; quant aux autres, frère Pierre s’employa à les consoler en leur livrant le secret de la vraie dévotion à la Sainte Face  : «   Grâce à notre Père et à son combat pour la défense du Saint Suaire, nous voyons les choses, pour ainsi dire dans le Cœur du Bon Dieu  : le Saint Suaire, c’est Jésus qui revient parmi nous, en nos temps d’apostasie. Il est là, au milieu de nous par sa présence divine, silencieuse, majestueuse, qui est une démonstration de la vérité des Évangiles, de sa Passion et de sa résurrection, propre à ranimer la foi dans le monde. Être appelés à vénérer cette précieuse relique à Turin est une grâce de prédestination qui nous incite à imiter Jésus dans ce don total qu’il a voulu faire de Lui-même à son Église, à brûler d’un zèle tout missionnaire.  »

GRAND-MESSE AU COTTOLENGO.

Tous nos pèlerins se retrouvèrent pour notre “ messe de pèlerinage ” à 11 heures dans la grande chapelle du Cottolengo. Les autorités diocésaines nous ayant donné enfin la permission de la célébrer, «  en tant que groupe  », frère Gérard avait pu planifier le déroulement de la cérémonie avec un prêtre diocésain, originaire du “ Congo-Brazzaville ”. Toutes les préventions qui pesaient sur nous s’étaient dissipées dès le premier contact. Et le sermon nous le révélait fraternel, partageant notre foi entière et adorateur en esprit et en vérité du Précieux Sang contemplé sur le Saint Suaire.

Cottolengo

Cette messe concélébrée par nos quatre aumôniers, fut grandiose dans ses chants, l’incomparable et puissant Kyriale des anges que nos amis savent par cœur, et nos chants polyphoniques, qu’ils savent aussi par cœur  ; le tout bien dirigé par notre frère Henry et puissamment accompagné par un orgue heureux de remplir sa vocation sous les mains expertes d’une amie phalangiste. Quelle belle cérémonie, tellement consolante et réconfortante… Le Père africain y a été très sensible, et on le voyait discrètement promener son portable pour filmer nos amis et enregistrer les chants. À la fin, il eut la touchante humilité de reconnaître qu’il avait parlé pour remplir son office de prédicateur, mais que c’est nous, par nos chants, notre manière de prier qui l’avions bien enseigné. Cet enthousiasme englobait donc les prières universelles composées et dites par notre frère Bruno, au rebours du “ religieusement correct ”, allant à l’essentiel de ce que l’on doit demander si l’on veut vraiment obtenir de Dieu la paix dans le monde et la foi dans l’Église. Après ce bel avant-goût de la Renaissance toute proche, chaque groupe rejoignit son hospitalité pour prendre le repas, et vite revenir pour la visite des différents sanctuaires de Turin.

LA VILLE SAINTE DE TURIN

Elle l’était au seizième siècle au beau temps de la Contre-Réforme, mais au début du dix-neuvième, elle se glorifiait surtout d’être le fief de la franc-­maçonnerie et du protestantisme le plus radical, le berceau de l’unité italienne. Mais cette ville fut pour ainsi dire “ reconquise ” par la charité des saints. Jean Bosco en est la figure emblématique en sa cité mariale du Valdocco ; saint Joseph-­Benoît ­Cottolengo, le pionnier, fondateur de douze congrégations religieuses, prodigieux saint Vincent de Paul italien, mais à la puissance n  ! en ses divines petites maisons de la Providence, de la foi, de l’Espérance, etc., fondées sur un abandon absolu à la Divine Providence  ; saint Joseph Cafasso le prêtre du gibet, l’apôtre et l’ami des prisonniers, la consolation des condamnés à mort… Le Père spirituel surtout du jeune don Bosco. Et tant d’autres, infatigables ouvriers du salut des plus pauvres, victimes par milliers du nouveau régime.

Dominant toutes les agitations de ce monde, Jésus et Marie bien présents au cœur de la ville en de somptueux sanctuaires, vivaient et travaillaient en tous ces saints.

Jésus en son Saint Suaire, caché dans un reliquaire du Duomo depuis 1578; Jésus-Hostie vénéré dans l’église du Corpus Domini depuis le miracle eucharistique de 1453; la Consolata, «  la Mère de Dieu consolée et consolatrice  », protectrice tutélaire de la ville depuis le cinquième siècle, dont l’icône miraculeuse, miraculeusement retrouvée au douzième siècle, est tellement chérie des Turinois  ; puis sa figure nouvelle plus engagée dans les combats des derniers temps, Marie-­Auxiliatrice de don Bosco, en sa grande basilique rivale de tous les temples et convents impies de la ville.

L’église Saint-Dominique renferme une foule de trésors, mais le plus significatif, et on ne peut plus actuel, est la bannière arborée par les galères du duc de Savoie durant la bataille de Lépante contre les Turcs en 1571. On y voit la Madone entourée de deux anges qui présentent le Saint Suaire de Notre-Seigneur. Entourant le motif central de la bannière, on lit en latin un verset du psaume 83 qui se traduit ainsi  : «  Soyez mon Dieu notre bouclier, et regardez la Face de votre Christ.  » C’est sous cette égide que la Chrétienté a triomphé et triomphera encore de l’islam  ! Quelle leçon…

VISITES ET PRIÈRES ÉDIFIANTES POUR TOUS.

Nous devions durant l’après-midi entrer en communion avec tous ces saints, au gré des visites des différents sanctuaires de Turin qui avaient été parfaitement planifiées par nos frères organisateurs. Mais en ce premier jour du mois de Marie, une foule de touristes envahissait les sanctuaires. Pour les pèlerins qui eurent la chance de suivre notre frère Bruno, ce fut la grâce d’un après-midi de prières, sans respect humain, entraînant les touristes à faire de même, et d’instructions passionnantes. C’est la famille CRC, en toutes ses générations, qui priait sous l’impulsion de son Père et frère Bruno. Cela nous fit beaucoup de bien, à nous membres de la famille, mais aussi aux braves gens qui nous entouraient. À preuve ce témoignage, un parmi tant d’autres, du gardien de la Consolata  : «  Je ne vous ai pas vus, mais je vous ai entendus. C’est pour nous un encouragement, nous avons la même foi.  » Un temps fort à revivre grâce au montage vidéo du pèlerinage que nos frères ­techniciens vous offriront bientôt.

Consolata

Le témoignage d’un Père salésien fut pour notre frère Benoît, qui en reçut la confidence, le point d’orgue de cette journée. C’est plein d’une admiration encore très vive et respectueuse qu’il dit à notre frère  : «  J’ai entendu monsieur l’abbé de Nantes prêcher dans la basilique de Marie-­Auxiliatrice le 9 mai 1998  !  » Il a demandé ensuite à notre frère les “ litanies de la Sainte Face ” qu’il veut traduire en italien.

PREMIER SAMEDI DU MOIS À SUPERGA.

“ Superga ”  ? Encore une station de ski à la mode, me direz-vous  ? Eh bien, vous n’y êtes pas du tout  ! C’est une magnifique basilique royale qui trône depuis 1706 au sommet d’une montagne. Cadeau offert à Notre-Dame de Toute-Grâce par le duc de Savoie, Victor-Amédée II pour la délivrance de Turin assiégée par Louis XIV. C’est dans ce magnifique sanctuaire de Contre-Réforme que ­plusieurs groupes de nos pèlerins purent assister à la Messe célébrée par l’un de nos aumôniers. Nous chantâmes encore nos plus beaux chants, et frère Bruno nous adressa une dernière fois la parole, avec émotion, car il s’agissait de nos frères et sœurs que l’on martyrise de par le monde. Il nous conjura de beaucoup prier Notre-Dame, pour qu’en ce premier samedi du mois Elle obtienne du Saint-Père qu’il recommande la dévotion réparatrice à la terre entière «  pour arrêter le massacre et l’apostasie des plus faibles, pour obtenir paix et miséricorde sur les victimes et leurs assassins eux-mêmes. De “ voie nouvelle pour aider les frères et aimer Dieu davantage ”, il n’en est pas d’autres  ! Prions, prions pour le Saint­-Père  !  »

C’est sous un soleil de gloire illuminant les Alpes que la caravane CRC se déploya et s’étira tout au long de la route du retour  ; les uns et les autres se rencontrant au gré des haltes, tous tant et plus ravis de ce magnifique pèlerinage. Et même après une journée de car, sous la pluie pour finir, ils rayonnaient de bonheur et n’en finissaient pas de nous remercier, nous, c’est-à-dire notre frère Bruno, frère Gérard et tous leurs frères organisateurs…

Cet enthousiasme n’était pas de commande, mais bien plutôt la grâce du pèlerinage que frère Bruno allait rappeler dans le sermon du lendemain  : «  Maintenant, le rendez-vous est à Fatima en 2017, mais avant, il faut savoir que nous rapportons de Turin le rayonnement qui doit se voir sur nos visages  ! Le Soudarâ tamise encore la gloire de Jésus, comme le voile de Moïse après le Face à face avec Yahweh. Mais le Saint Suaire nous parle de gloire. Si nous avons bénéficié du Face à face avec ce linge, c’est pour que nous rayonnions de cette lumière, et même dans la peine. On offre sa peine et Jésus rayonne. Ce n’est pas un sourire charismatique, facile, mais c’est qu’après avoir contemplé tout ce que Jésus a souffert pour nous, il faut que nous soyons décidés à tout offrir par amour, surtout nos peines. Cette joie habite le pape François  !…  » Merci mon frère…

Et, mon cher frère Bruno de Jésus-Marie, je me permets d’ajouter notre reconnaissance pour votre cœur tout épris de la lettre et de l’esprit tant de notre Père chéri que de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus de la Sainte-Face à qui ce pèlerinage fut confié, que vous nous faites aimer tout uniment en un beau chant d’Amour pour les Cœurs miséricordieux de Jésus et de Marie.

frère Philippe de la Face de Dieu.

IN MEMORIAM

Nous ne pouvons dissocier nos défunts, tant ils nous sont fraternels par la pureté de leur foi, leur fidélité à notre Père, à leur serment phalangiste, leur dévouement à l’Église et à notre famille CRC.

ANDRÉ FAVARD.

La mémoire d’André Favard s’impose à nous toute première, aujourd’hui où nous revenons de Turin. C’était en octobre 1978  : ayant appris la prochaine ostension du Saint Suaire, il prit tout de suite, depuis Montpellier, l’initiative d’un pèlerinage paroissial auquel il eut l’inspiration d’inviter notre Père et frère Bruno.

Il fut ainsi à l’origine des splendides travaux et victorieux combats qui ont sauvé le Saint Suaire du déshonneur auquel le vouaient le British Museum en la personne du docteur Tite et le Vatican en la personne de Jean-Paul II.

Mais pour nous, et dans l’esprit du pape François, il reste aussi l’ami des pauvres, de ces pauvres entre les pauvres que furent Gérard et Jeannine Parain, qu’il trouva un jour à “ faire les poubelles ”, ne craignant pas de se faire chiffonniers «  pour aider la CRC   ». Il leur offrait le voyage de la maison Saint-Joseph les jours de Congrès et leur procurait au long de l’année les conférences de notre Père qui faisaient tout leur bonheur. Ils l’attendaient au Ciel.

Comme notre Père aimerait que notre Phalange soit un modèle de cette charité  !

CHANTAL DE MONTS.

Oui, comme notre Père aimerait que notre Phalange soit un modèle de charité. Madame de Monts en a été, elle aussi, un bel exemple, dans un total oubli d’elle-même, comme en témoigne ce billet que me fait passer frère Louis-Joseph  :

«  Pendant des années, monsieur et madame de Monts se sont occupés de notre chère aveugle avec une charité toute surnaturelle, la visitant chaque semaine. Et le fait qu’ils s’occupaient de Marie-­Thérèse pendant les Congrès et les premiers samedis du mois les empêchaient de voir les autres phalangistes. Mais ils le faisaient avec un tel bon cœur, et toujours avec le sourire, que peu d’âmes s’offraient à prendre leur place  !  »

Une page de notre pape François, le 17 janvier, quelques jours avant la mort de madame de Monts, semble lui avoir été dédiée  ; frère Bruno la cite dans la livraison de mars de Il est ressuscité. Le Pape parle de “ la sagesse du cœur ”  : «  Elle est un comportement inspiré par l’Esprit-Saint dans l’esprit et le cœur de celui qui sait s’ouvrir à la souffrance des frères et reconnaît en eux l’image de Dieu.  » Et encore  : «  Le temps passé à côté du malade est un temps sacré. C’est une louange à Dieu, qui nous conforme à l’image de son Fils qui “ n’est pas venu pour être servi, mais pour être le serviteur ”.  »

Bienheureux les miséricordieux  !

Si son dévouement la tenait réservée et cachée, son cœur n’était pas moins ardent, son image mortuaire en porte témoignage  : «  Sa quête de la vérité l’avait conduite à l’abbé de Nantes auprès de qui elle s’était engagée totalement pour le triomphe du Cœur Immaculé de Marie.  »

«  Ego promitto fidelitatem.  »

ISABELLE BOUCHER.

Notre Père avait deviné cette âme prédestinée, qui devait passer en faisant le bien avec l’humilité et la simplicité qui ne se révèlent qu’à l’heure de l’épreuve et qui touchent les cœurs  : «  Bien sûr, écrivait sa petite sœur, c’est une grâce de pouvoir embrasser une dernière fois et s’entretenir avec sa sœur chérie qui va bientôt voir la Sainte Vierge, qui est prête et remplie de la joie du Ciel, déjà.  »

Comme notre Père, elle pouvait dire  : «  Depuis que je vous aime vraiment, ô Notre Père, ma foi est devenue si forte que votre Demeure est pour moi comme un lieu de la terre dont je suis séparé seulement par une nuit de voyage.  » Et ce départ, elle le préparait avec soin, jusqu’au livret de ses funérailles et au pèlerinage de Turin que son cher époux devait faire en son nom.

«  Elle si humble, si effacée, de son lit de malade, rayonne, parle d’autorité, et tous ceux qui l’approchent sont touchés jusqu’à l’intime, repartent réconfortés, consolés, pleins de courage.

«  Elle qui écoutait plutôt qu’elle ne parlait, parle jusqu’à l’épuisement, parce qu’elle n’a plus de salive. À Bernard son fils, qui lui dit  : “ Maman, prenez un peu d’eau, vous n’en pouvez plus ”, elle répond naturellement et simplement  : “ Et Jésus sur la Croix, lui aussi avait soif  ”.  »

C’est dans cette joie toute surnaturelle que son mari et elle prononcèrent leur acte d’allégeance, proclamant, devant Dieu et devant l’Église, leur parfaite union ­d’esprit et de cœur.

Saint Joseph, qu’elle aimait et priait beaucoup, lui ouvrit le Ciel le 19 mars, le jour de sa fête. Magnificat  !

frère Gérard de la Vierge.