La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 151 – Mai 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


PÈLERINAGE À TURIN
FACE À FACE AVEC DIEU

LA prière inlassable du psalmiste, et donc du moine qui récite les psaumes jour et nuit, consiste à implorer  : «  Faites lever sur nous la lumière de votre Face, Yahweh  !  » (Ps 4, 7) «  Quoniam apud te est fons vitæ, et in lumine tuo videbimus lumen.  »

«  Car en vous est la source de la vie et dans votre lumière, nous verrons la lumière.  » (Ps 36, 10)

Dieu est vie et lumière. Ces mots abstraits désignent, aux premiers jours de la création, le fourmillement concret des êtres vivant sur la terre, dans la mer, et dans les airs, et les “ luminaires ” dans le ciel  : la lune, le soleil et les étoiles.

Ces êtres de la création visible attestent l’existence, la Présence de l’Être qui se nomme lui-même à Moïse  : Je Suis. Au milieu d’Israël, habite ce visage divin. Invisible, et pourtant débordant d’une vie dont témoigne le prophète Élie  : «  Il est vivant Yahweh, le Dieu d’Israël, en présence de qui je me tiens.  »

La preuve  : «  Il n’y aura ces années-ci ni rosée ni pluie, sauf à mon commandement.  » (1 R 17, 1)

C’est en effet à Dieu que nous demandons notre nourriture dans le psaume 104, le psaume du Benedicite monastique si beau  :

«  Oculi omnium in te sperant, Domine,

«  Les yeux de tous espèrent en vous, ­Seigneur, et à tous vous donnez leur nourriture en temps opportun. Vous leur donnez  ; eux, ils ramassent  ; vous ouvrez la main, ils se rassasient. Vous cachez votre Face, ils s’épouvantent  ; vous retirez votre souffle, ils expirent, à leur poussière ils retournent.  » (Ps 104, 27-29)

Dieu est présent à toute créature du seul fait qu’il la pose dans l’existence. Sa “ Face ”, c’est cette présence même, c’est son Être. Et la vie de l’homme créé à son image et ressemblance est un face à Face avec Dieu.

Nous l’avons chanté à la veillée pascale  : Sicut cervus desiderat ad fontes aquarum, «  Comme languit une biche après les eaux vives, ainsi languit mon âme vers vous, mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant  ; quand irai-je et verrai-je la Face de Dieu  ?  » (Ps 42, 2-3)

«  Misericordia et veritas præcedent faciem tuam.  » (Ps 89, 15) Dieu est bon, il nous crée par amour, et il est fidèle  ; constant dans cet amour. Mais son trône est aussi instauré dans la justice et l’équité.

Parce que le visage de Yahweh est celui du Dieu saint et juste, seuls «  les cœurs droits contempleront sa Face  » (Ps 11, 7).

Isaïe en a le sentiment très vif dans le Temple, le jour de sa vocation, après avoir vu «  le Seigneur Yahweh assis sur un trône grandiose et surélevé. Sa traîne emplissait le sanctuaire. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui, ayant chacun six ailes, deux pour se couvrir la face, deux pour se couvrir les pieds, deux pour voler. Ils se criaient l’un à l’autre ces paroles  :

“  Saint, saint, saint est Yahweh Sabaot, sa gloire emplit toute la terre.  ”

«   Les montants des portes vibrèrent au bruit de ces cris et le Temple était plein de fumée. Alors je dis  : “ Malheur à moi, je suis perdu  ! car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au sein d’un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, Yahweh Sabaot. ”  » (Is 6, 1-5)

Car la Face de Dieu est universellement redoutable à l’homme pécheur,

Et pourtant, sur le mont Sinaï, «  Yahweh conversait avec Moïse face à face, comme un homme converse avec son ami  » (Ex 33, 11).

Mais à condition de ne le voir que de dos  :

«  Il lui dit  : “ Fais-moi de grâce voir ta gloire. ” Et il dit  : “ Je ferai passer devant toi toute ma beauté et je prononcerai devant toi le nom de Yahweh. Je fais grâce à qui je fais grâce et j’ai pitié de qui j’ai pitié. Mais, dit-il, tu ne peux pas voir ma Face, car l’homme ne peut me voir et vivre. ” Yahweh dit encore  : “ Voici une place près de moi  ; tu te tiendras sur le rocher. Quand passera ma gloire, je te mettrai dans la fente du rocher et je te couvrirai de ma main jusqu’à ce que je sois passé. Puis j’écarterai ma main et tu verras mon dos  ; mais ma Face, on ne peut la voir ”.  » (Ex 33, 18-23)

«  Ainsi Moïse qui brûlait de voir la Face de Dieu apprend-il comment on voit Dieu, explique saint Grégoire de Nysse  : suivre Dieu partout où il mène, cela c’est voir Dieu.  »

En effet, «  suivre quelqu’un, c’est le voir de dos.  »

Mais à nous, il est donné de le voir de face, face à Face, à Turin, en vénérant son Saint Suaire où il a laissé l’empreinte de cette Face, mais “ cachée ”. Avec, au cœur, cet encouragement du pape François  : «  Moi aussi, s’il plaît à Dieu, j’irai le vénérer le 21 juin prochain. Je souhaite que cet acte de vénération nous aide tous à trouver en Jésus-Christ le visage miséricordieux de Dieu, et à le reconnaître dans les visages des frères, spécialement les plus souffrants.  » (Regina Cæli du dimanche 19 avril 2015)

frère Bruno de Jésus-Marie.

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