La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 152 – Juin 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


FRANÇOIS
PAPE MISSIONNAIRE

Pape François et Notre-Dame de Fatima

© Osservatore Romano.

SELON le pape François, «  la miséricorde est, dans l’Écriture, le mot clef pour indiquer l’agir de Dieu envers nous  » (Misericordiæ Vultus, n° 9). Telle était la pensée de l’abbé de Nantes, notre Père, et c’est pourquoi il en a fait notre devise par laquelle nous achevons chacune de nos journées  :

«  Deus noster, Pater, in Filio Jesu per Spiritum et Mariam, ad laudem Gloriæ suæ, misericordia nostra  !

«  Dieu, notre Dieu et notre Père, dans son Fils Jésus, par l’Esprit-Saint et la Très Sainte Vierge Marie, à la louange de sa Gloire, notre Miséricorde  !  »

En effet, explique le Pape, «  Miséricorde est le mot qui révèle le mystère de la Sainte Trinité. La miséricorde, c’est la loi fondamentale qui habite le cœur de chacun lorsqu’il jette un regard sincère sur le frère qu’il rencontre sur le chemin de la vie. La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites de notre péché.  » (n° 2)

Or, cet amour de Dieu «  n’est pas seulement affirmé, mais il est rendu visible et tangible. D’ailleurs, l’amour ne peut jamais être un mot abstrait. Par nature, il est vie concrète  : intentions, attitudes, comportements qui se vérifient dans l’agir quotidien.  » (n° 9)

Cet amour s’exprime par deux mots hébreux  : ḥèsèd qui signifie “ bonté ”, la vertu du cœur, et raḥamîm, qui exprime l’attachement instinctif d’une mère pour son enfant né de ses «  entrailles  », rèḥèm, dont le “ chahut ”, comme disait notre Père lorsqu’il nous expliquait les psaumes, a permis à Salomon de prononcer son jugement sur le litige des deux femmes qui se disputaient un enfant  :

«  “ Apportez-moi une épée  ”, ordonna le roi  ; et on apporta l’épée devant le roi, qui dit  : “ Partagez l’enfant vivant en deux, et donnez la moitié à l’une et la moitié à l’autre. ” Alors la femme dont le fils était vivant s’adressa au roi, car sa tendresse (raḥamey-hâ) s’était enflammée pour son fils, et elle dit  : “ S’il te plaît, Monseigneur  ! Qu’on lui donne l’enfant vivant, qu’on ne le tue pas  ! ” Mais celle-là disait  : “ Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez  ! ”

«  Alors le roi prit la parole et dit  : “ Donnez l’enfant vivant à la première, ne le tuez pas. C’est elle la mère. ” Tout Israël apprit le jugement qu’avait rendu le roi, et ils révérèrent le roi car ils virent qu’il y avait en lui une sagesse divine pour rendre la justice.  » (1 R 3, 24-28)

L’Église est cette mère  : «  L’Église a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu, cœur battant de l’Évangile, qu’elle doit faire parvenir au cœur et à l’esprit de tous. L’Épouse du Christ adopte l’attitude du Fils de Dieu qui va à la rencontre de tous, sans exclure personne.  » (n° 9)

MISÉRICORDE ET JUSTICE

«  La miséricorde n’est pas contraire à la justice, mais illustre le comportement de Dieu envers le pécheur, lui offrant une nouvelle possibilité de se repentir, de se convertir et de croire. Ce qu’a vécu le prophète Osée nous aide à voir le dépassement de la justice par la miséricorde. L’époque de ce prophète est parmi les plus dramatiques de l’histoire du peuple hébreu. Le Royaume est près d’être détruit  ; le peuple n’est pas demeuré fidèle à l’alliance, il s’est éloigné de Dieu et a perdu la foi des Pères.

«  Suivant une logique humaine, il est juste que Dieu pense à rejeter le peuple infidèle  : il n’a pas été fidèle au pacte, et il mérite donc la peine prévue, c’est-à-dire l’exil. Les paroles du prophète l’attestent  : “ Il ne retournera pas au pays d’Égypte  ; Assour deviendra son roi, car ils ont refusé de revenir à moi. ” (Os 11, 5)

«  Cependant, après cette réaction qui se réclame de la justice, le prophète change radicalement son langage et révèle le vrai visage de Dieu  : “ Mon cœur se retourne contre moi  ; en même temps, mes entrailles frémissent. Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car moi, je suis Dieu, et non pas homme  : au milieu de vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer. ” (Os 11, 8-9)

«  Commentant les paroles du prophète, saint Augustin écrit  : “ Il est plus facile pour Dieu de retenir la colère plutôt que la miséricorde. ” Il en est exactement ainsi. La colère de Dieu ne dure qu’un instant, et sa miséricorde est éternelle.  » (n° 21)

Notre Père ne disait pas autre chose dans sa session de Pentecôte 1992, intitulée Splendor veritatis.

Le peuple d’Israël a-t-il mis le comble à son infidélité en tuant Jésus  ?

Eh bien  ! «  Dieu a un Cœur comme nul autre cœur n’a jamais battu. Comment peut-on souffrir de tels tourments physiques et moraux, – l’Agonie, la Crucifixion – et en cela même, inventer cette merveille de l’amour de l’ennemi, du persécuteur  ! C’est la richesse de Dieu à laquelle ceux qui souffrent sont invités à participer et ils découvrent cette splendeur du Cœur Sacré de Jésus, source de miséricorde pour ceux qui ne méritent pas miséricorde.

«  Pour le comprendre, il faut marcher un jour sur le chemin de la Croix suivi par Jésus et, dans cette souffrance, inventer dans son cœur, par la grâce de Dieu, le pardon des injures. Vous savez qu’il n’y a qu’une condition au salut éternel, c’est de pardonner les injures que l’on a subies et que l’on ne peut pas entrer au Ciel tant qu’on n’a pas pardonné à ses ennemis.  »

«  Si Dieu s’arrêtait à la justice, continue le Pape, il cesserait d’être Dieu  ; il serait comme tous les hommes qui invoquent le respect de la loi.  »

Partagez l’enfant  : moitié, moitié  ! C’est mortel  !

«  La justice seule ne suffit pas et l’expérience montre que faire uniquement appel à elle risque de l’anéantir. C’est ainsi que Dieu va au-delà de la justice avec la miséricorde et le pardon. Cela ne signifie pas dévaluer la justice ou la rendre superflue, au contraire. Qui se trompe devra purger sa peine, mais ce n’est pas là le dernier mot. C’est le début de la conversion, en faisant l’expérience de la tendresse du pardon. Dieu ne refuse pas la justice. Il l’intègre et la dépasse dans un événement plus grand dans lequel on fait l’expérience de l’amour, fondement d’une vraie justice. Il nous faut prêter grande attention à ce qu’écrit Paul pour ne pas faire la même erreur que l’Apôtre reproche à ses contemporains juifs  :

«  “ En ne reconnaissant pas la justice qui vient de Dieu, et en cherchant à instaurer leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu. Car l’aboutissement de la Loi, c’est le Christ, afin que soit donnée la justice à toute personne qui croit. ” (Rm 10, 3-4)

«  Cette justice de Dieu est la miséricorde accordée à tous comme une grâce venant de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. La Croix du Christ est donc le jugement de Dieu sur chacun de nous et sur le monde, puisqu’elle nous donne la certitude de l’amour et de la vie nouvelle.  » (n° 21)

Comment amener les juifs eux-mêmes à «  prêter grande attention à ce qu’écrit Paul pour ne pas faire la même erreur que l’Apôtre reproche à ses contemporains juifs  »  ?

Par cette géniale captatio benevolentiæ  :

«  La valeur de la miséricorde dépasse les frontières de l’Église. Elle est le lien avec le judaïsme et l’islam qui la considèrent comme un des attributs les plus significatifs de Dieu. Israël a d’abord reçu cette révélation qui demeure dans l’histoire comme le point de départ d’une richesse incommensurable à offrir à toute l’humanité. Nous l’avons vu, les pages de l’Ancien Testament sont imprégnées de miséricorde, puisqu’elles racontent les œuvres accomplies par le Seigneur en faveur de son peuple dans les moments les plus difficiles de son histoire.

«  L’islam de son côté, attribue au Créateur les qualificatifs de Miséricordieux et Clément. On retrouve souvent ces invocations sur les lèvres des musulmans qui se sentent accompagnés et soutenus par la miséricorde dans leur faiblesse quotidienne. Eux aussi croient que nul ne peut limiter la miséricorde divine car ses portes sont toujours ouvertes.

«  Que cette Année jubilaire, vécue dans la miséricorde, favorise la rencontre avec ces religions et les autres nobles traditions religieuses. Qu’elle nous rende plus ouverts au dialogue pour mieux nous connaître et nous comprendre. Qu’elle chasse toute forme de fermeture et de mépris. Qu’elle repousse toute forme de violence et de discrimination.  » (n° 23)

Cet appel sera-t-il entendu des musulmans  ? Pour l’amour de ce Pontife des chrétiens si bon et aimable, peut-être. Un épisode de la vie de la petite “ sainte arabe ” carmélite, sœur Marie de Jésus-Crucifié, palestinienne canonisée dimanche 17 mai par François, permet d’en douter.

À l’âge de treize ans, Marie répond au Turc “ ami ” qui l’invite à embrasser l’islam  :

«  Jamais  ! Je suis fille de l’Église catholique, apostolique et romaine, et j’espère, avec la grâce de Dieu, persévérer jusqu’à la mort dans ma religion, qui est la seule vraie.  »

«  Blessé dans son fanatisme, raconte le biographe de la sainte, le Turc écume de rage  ; d’un coup de pied, il renverse Marie et, saisissant son cimeterre, il lui coupe la gorge.  » C’était le 7 décembre 1858, l’année des apparitions de l’Immaculée Conception à Lourdes. Celle-ci apparaît à Marie, soigne et guérit cette blessure mortelle.

Voilà pour l’islam. Quant au judaïsme, il manifeste le même fanatisme antichrist dans la vie de François-Marie-Paul Libermann (supra).

Il n’y a donc pas de recours à l’Onu, ou à la «  communauté internationale  » qui tienne. Mais plutôt  :

«  Que notre pensée se tourne vers la Mère de la Miséricorde. Que la douceur de son regard nous accompagne en cette Année sainte, afin que tous puissent redécouvrir la joie de la tendresse de Dieu. Personne n’a connu comme Marie la profondeur du mystère de Dieu fait homme. Sa vie entière fut modelée par la présence de la miséricorde faite chair. La Mère du Crucifié Ressuscité est entrée dans le sanctuaire de la miséricorde divine en participant intimement au mystère de son amour.

«  Choisie pour être la Mère du Fils de Dieu, Marie fut préparée depuis toujours par l’amour du Père pour être l’Arche de l’Alliance entre Dieu et les hommes. Elle a gardé dans son Cœur la divine miséricorde en parfaite syntonie avec son Fils Jésus. Son chant de louange, au seuil de la maison d’Élisabeth, fut consacré à la miséricorde qui s’étend “ d’âge en âge ” (Lc 1, 50). Nous étions nous aussi présents dans ces paroles prophétiques de la Vierge Marie, et ce sera pour nous un réconfort et un soutien lorsque nous franchirons la Porte sainte pour goûter les fruits de la miséricorde divine.

«  Près de la croix, Marie avec Jean, le disciple de l’amour, est témoin des paroles de pardon qui jaillissent des lèvres de Jésus. Le pardon suprême offert à qui l’a crucifié nous montre jusqu’où peut aller la miséricorde de Dieu. Marie atteste que la miséricorde du Fils de Dieu n’a pas de limite et rejoint tout un chacun sans exclure personne. Adressons-lui l’antique et toujours nouvelle prière du Salve Regina, puisqu’elle ne se lasse jamais de poser sur nous un regard miséricordieux, et nous rend dignes de contempler le visage de la miséricorde, son Fils Jésus.  » (n° 24)

LA DÉVOTION RÉPARATRICE
AU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE

Pape François et Notre-Dame de Fatima

© Osservatore Romano.

Les Rogations, que nous avons chantées pour préparer la fête de l’Ascension, s’achèvent sur une oraison pour le Pape  :

«  Omnipotens sempiterne Deus

«  Dieu éternel et tout-puissant, ayez pitié de votre serviteur, notre pape François, et dirigez-le avec bonté sur le chemin du salut éternel afin que, par votre grâce, il ne désire que votre volonté et l’accomplisse de toutes ses forces.  »

La volonté de Dieu est que le Pape recommande la dévotion des premiers samedis du mois pour le salut éternel des âmes et consacre la Russie au Cœur Immaculé de Marie pour la paix du monde.

Dans sa quatorzième catéchèse sur la famille, le pape François a recommandé, en trois mots, «  la bonne éducation dans son sens authentique  », et non pas “ mondain ”, qui est «  déjà la moitié de la sainteté  », selon saint François de Sales.

«  Et ces mots sont  : “ S’il te plaît  », “ Merci ” et “ Pardon ”. Or, il se trouve qu’ils expriment toute la “ dévotion réparatrice ” enseignée par Notre-Dame de Fatima à Pontevedra.

«  Réparatrice  » de tous «  les outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels elle est elle-même offensée  », par la confession du premier samedi du mois, où nous lui demandons «  pardon  » de tous nos péchés.

«  Merci  » est l’action de grâces, en grec  : Eucharistie. C’est la communion du premier samedi.

«  S’il vous plaît  » est la prière, répétée cinquante fois par jour  : «  Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour moi, s’il vous plaît, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.  »

Pratiquons les “ trois mots ” du pape François, à la maison, en famille, en communauté, et récitons chaque jour notre chapelet, comme l’a demandé Notre-Dame à Fatima, avec insistance. Particulièrement à l’intention du Souverain Pontife, afin qu’il obéisse aux demandes de Notre-Dame.

LA CONSÉCRATION DE LA RUSSIE

Les Papes n’ayant pas daigné obéir aux volontés du Ciel, l’effondrement de l’Union soviétique, loin d’apporter la paix, a donné libre cours à l’hégémonie des États-Unis, qui ont fomenté la guerre au Moyen-Orient, renversant les chefs d’États et favorisant la prolifération des terroristes, dont la répression à servi à justifier la guerre en Afghanistan, en Irak, en Syrie, et en Afrique.

Lorsque la Russie a bloqué, le 9 septembre 2013, l’invasion de la Syrie et le bombardement de l’Iran prévus par le régime Obama, cette initiative fut le fruit de la récitation du chapelet organisée par le pape François l’avant-veille, 7 septembre, sur la place Saint-Pierre. Vladimir Poutine révélait du même coup qu’il avait restauré la puissance économique et militaire de la Russie.

Il n’en fallait pas plus pour conduire les États-Unis à délaisser le Moyen-Orient et tourner leur attention vers la Russie. Depuis dix ans, Washington investissait en Ukraine des milliards de dollars pour animer la “ révolution orange ”, en subventionnant politiciens et ONG.

Dès que le président ukrainien comprit que le rapport coût-bénéfice de l’intégration de l’Ukraine à l’Union européenne n’était pas avantageux, il la rejeta. C’est alors que Washington a fait descendre les ONG dans la rue. Les néo-nazis ont déchaîné la violence, et le gouvernement, qui n’y était pas préparé, s’est effondré laissant la place à un régime vassal de Washington.

Washington espérait profiter de ce coup d’État pour évincer la Russie de sa base navale en mer Noire. La Crimée, qui a fait partie de la Russie pendant des siècles, a toutefois choisi de la réintégrer. Les médias occidentaux ont crié à l’invasion russe et parlé d’annexion. Washington en a profité pour briser les liens économiques et politiques de l’Europe avec la Russie en la contraignant à prendre des sanctions contre celle-ci. Assorties d’une virulente propagande antirusse et diabolisant Poutine.

Ce ne sont pas seulement des gesticulations  : le chef de l’Otan réclame de plus en plus d’argent, de troupes et de bases aux frontières de la Russie. La situation devient critique  ; Washington défie Moscou et s’efforce d’intégrer à la fois l’Ukraine et la Géorgie dans l’Otan, au nom du droit d’hégémonie sur la terre entière que s’arrogent les États-Unis.

C’est ainsi que le monde s’achemine vers la guerre. Ni la Russie ni la Chine n’accepteront le statut de vassaux auquel se soumettent le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France, le Canada, le Japon et l’Australie.

La Russie et la Chine ont conclu une alliance stratégique, scellée à Moscou le 9 mai, pour le 70e anniversaire de la victoire sur Hitler. Les gouvernements occidentaux ont boycotté cette commémoration, laissant la place aux Chinois, qui défilaient avec les soldats russes devant la tribune où le président de la Chine était assis au côté du président de la Russie.

Si la guerre éclate, elle sera nucléaire. Nous avons vu défiler les missiles intercontinentaux à têtes multiples.

Mais nous avons vu aussi le ministre de la Défense, le général d’armée Sergei Shoigu faire le signe de la Croix avant d’ouvrir le défilé en passant sous l’icône de la Vierge de l’Intercession.

Que le pape François daigne consacrer la Russie à son Cœur Immaculé  !

frère Bruno de Jésus-Marie.