La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 152 – juin 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


PÈLERINAGE AU ROYAUME DE MARÍA DE GUADALUPE

AUJOURD’HUI, vouloir faire un voyage au Mexique est peu recommandé. Il suffit d’ouvrir le journal pour apprendre que là-bas, il n’y a que misère, assassinats, enlèvements, affrontements entre l’armée et les trafiquants de drogue, etc.

Cependant grâce à l’enseignement de notre Père qui donne l’amour du passé de nos nations catholiques, sur lequel nous pourrons un jour rebâtir ces nations plus belles, plus conquérantes, j’ai eu la grâce de faire pèlerinage au Mexique du 26 mars au 15 avril, en tant que petit frère du Sacré-Cœur, sur les traces de notre frère Bruno qui s’y était rendu voilà trente-cinq ans. Je fus reçu par le clergé local, qui se montra très accueillant.

Dès mon arrivée, j’ai pu voir un entretien du pape François avec une journaliste mexicaine, au cours duquel celui-ci expliquait que les maux de ce pauvre pays ne viennent pas seulement du fait d’un mauvais gouvernement, mais surtout du fait que cette nation est haïe par le démon, car elle a reçu l’Image de Celle par qui le Verbe s’est incarné. De plus, c’est une nation qui a donné tant de missionnaires et de martyrs.

Il va de soi que la première chose à faire, fut de rendre hommage à la Reine du pays, dans son sanctuaire du Tepeyac, bien entretenu, avec un nouveau parvis qui vient de doubler sa capacité pour recevoir les pèlerins.

LA PAUVRETÉ SAUVERA LE MONDE.

La première semaine du pèlerinage se passa loin de la ville, dans la campagne profonde du Mexique, avec quelques membres de ma famille et des amis. Là, nous eûmes la joie de rencontrer un vieux curé mexicain, ayant le souci des âmes. Au long des offices de la Semaine sainte, où se pressait une grande foule, il exhorta son troupeau à se ranger sous la bannière du Roi des rois, qui est Jésus. Non seulement en chantant Viva Cristo Rey, mais en vivant en enfants de Dieu, c’est-à-dire en renonçant à l’union libre, en pratiquant les sacrements régulièrement. Il rappela la miraculeuse présence de Jésus parmi nous jusqu’à la fin des temps par son Eucharistie. Il dit fermement que le péché engendre la damnation éternelle, mais que la mort avec Jésus est le passage à la Vie éternelle. Il rappela que la vocation de l’Église est de témoigner de la mort et la résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et si malheureusement, l’Église a vu des papes, des évêques, des nonces apostoliques et des prêtres ne pas vivre à la lumière de cette résurrection, c’est la preuve que l’Église est divine et non humaine. Sans quoi il y a bien longtemps qu’elle aurait disparu.

Malgré les six messes qu’il doit célébrer le dimanche, dans des églises bondées, ce bon curé ne se fait pas une gloire d’un tel ministère, car il sait que beaucoup de brebis sont encore loin du bercail, que les vocations sont rares et que les sectes abondent. Mais se rend-il compte des vraies causes du drame  ?

Au long de notre Semaine sainte, nous essayâmes d’imiter, en famille, à notre toute petite mesure, les camps-vélos de frère Gérard. Prière du matin, oraison sur le message de Fatima, puis vélo. Non pour améliorer la forme physique ou faire une randonnée plaisante, mais pour mettre en pratique les petites demandes de Notre-Dame qui en échange nous promet la paix dans le monde  : réciter le chapelet tous les jours, cesser d’offenser Dieu, prier et se sacrifier pour les pauvres pécheurs. Le soleil et les montagnes du Mexique nous en fournirent bien des occasions  !

Cependant, notre surprise fut de découvrir les petites chapelles mexicaines. En effet, chaque jour, nous prîmes la route vers un des bourgs qui environnent le village. Arriver dans le tiers monde n’est pas surprenant, mais y trouver une chapelle avec un magnifique retable du seizième siècle, ce l’est dans une région si pauvre  ! Ce n’est pas un lieu touristique mais la maison du Bon Dieu, où le pauvre peuple vient déposer les épreuves de la vie au pied des crucifix, des images de Notre-Dame de Guadalupe et des statues des saints. Cela se voit par les multitude de fleurs, les cierges allumés et la propreté du lieu  ! C’est la seule vraie richesse des habitants, qu’ils nous offrirent avec joie, en apprenant que nous venions réciter le chapelet.

Ce fut aussi très émouvant de toucher la foi si profonde de ces gens. Le malade à qui on parle du Ciel, de la grande valeur du sacrifice offert avec Jésus en Croix, répond par un torrent de larmes de joie. Le monsieur qui constate que toute la politique est corrompue, à qui on explique qu’il n’est de salut qu’en Notre-Dame de Guadalupe, et qu’on va la prier afin qu’Elle nous envoie un homme providentiel qui ait le courage et la sagesse de nous sortir de l’anarchie, acquiesce avec joie. Devant le Tabernacle, les dames prient à mi-voix, montrant par là leur foi qui sait que, derrière la petite porte d’or, Jésus les voit et entend leur prière. La grand-mère apprend à son petit-fils à dire bonjour à Jésus…

En 1980, lors de son pèlerinage à la Villa de Guadalupe, notre frère Bruno avait dit avoir touché et compris le fond de l’âme mexicaine «  au contact de cette foule misérable, sale, sous-alimentée mais fervente et infatigable, qui chantait la “ parfaite et toujours Vierge Marie Mère de Dieu ” avec une foi entière et naïve, et lui prouvait son amour par toutes sortes de pénitences héroïques  ».

Cette foi bien ancrée n’est autre que le résultat de l’évangélisation et de la colonisation si fécondes que réussirent les missionnaires espagnols avec l’aide et la protection de Notre-Dame de Guadalupe.

LES VESTIGES D’UNE CHRÉTIENTÉ MAGNIFIQUE.

Si les ennemis de l’Église n’ont pas réussi à éteindre la foi des Mexicains, ils ont réussi à leur inculquer une haine viscérale pour l’Espagne. C’est l’Espagne qui a tué des millions d’Indiens, qui leur a volé leurs biens. Et pourtant il suffit de regarder autour de soi pour que ce mensonge se dissipe.

C’est ainsi que la deuxième semaine de notre pèlerinage fut marquée par la visite de quelques magnifiques églises du temps de la Nouvelle-Espagne. Chaque église vaut un livre d’explication  ! Nous commençâmes par deux monastères fondés par les augustins au seizième siècle. Chaque fois ce fut le même scénario. Nous arrivions dans une petite ville enlaidie par une croissance mal organisée (la population du Mexique est passée de 15 millions d’habitants en 1925 à 115 millions en 2015). Mais il suffit d’avancer vers le centre de la ville, pour se trouver face à un monastère digne de faire concurrence à ceux de l’Espagne. En effet, les missionnaires qui arrivèrent au Mexique furent des moines- missionnaires (franciscains, dominicains, augustins, jésuites). Ils commençaient par fonder un monastère d’où ils évangélisaient les Indiens et desservaient les paroisses environnantes. Plusieurs paroisses équivalaient à une région. Plusieurs régions à une province, pour enfin aboutir aux trente-trois provinces qui forment le Mexique.

Un autre jour, nous parcourûmes toute la rue Madero, dans le centre-ville de Mexico. Cette simple rue donne une idée de ce que dut être la Nouvelle-Espagne. Dans cette seule rue se trouvent trois églises, plus belles les unes que les autres, ainsi que le palais de l’Empereur et de multiples maisons coloniales.

La rue débouche sur la place centrale de la ville, où se trouve une magnifique cathédrale baroque ainsi que le palais présidentiel, rappelant les heureux temps où l’Église et l’État étaient concertés. Concertation qui a disparu officiellement depuis 1857, où la nouvelle Constitution mit fin à cette “ funeste ” entente.

À l’intérieur de la cathédrale, nous nous arrêtâmes dans la chapelle du premier saint mexicain, saint Philippe de Jésus, martyr du Japon, et patron secondaire de la ville. Dans cette même chapelle se trouve la dépouille du premier Empereur du Mexique, Agustín Iturbide (1783-1824).

Ce jeune officier commença par combattre victorieusement les deux prêtres indépendantistes (1810-1813) qui voulaient en découdre avec les Espagnols. C’est ainsi qu’il monta jusqu’au grade de général. Cependant, en 1820, voyant arriver d’Espagne des lois qui combattaient les droits de l’Église, il leva une armée pour se rendre indépendant de l’Espagne libérale. Pour cela, il établit le plan de Iguala, qui garantissait que la religion catholique serait la seule religion, ainsi que l’indépendance du pays en offrant la couronne au roi Ferdinand VII, et la fidélité à l’héritage de l’Espagne catholique. C’est ainsi que le Mexique obtint son indépendance en fille aînée de l’Espagne. Mais comme Ferdinand VII refusa la couronne de l’Empire du Mexique, ainsi que les autres princes de la famille royale, toute la population en liesse se tourna vers Iturbide qui fut couronné à la cathédrale. Mais hélas  ! très peu de temps après, voyant quelques généraux se retourner contre lui (ils étaient francs-maçons), il abdiqua sans lutter, à la plus grande consternation des Mexicains. Il ne se rendait pas compte qu’il venait de jeter le Mexique dans les mains des libéraux et des États-Unis.

Nous poursuivîmes donc notre pèlerinage (dans le même quartier), jusqu’à l’église de Jésus-Nazaréen où se trouve la dépouille du grand conquistador Hernan Cortes (1485-1547). Nous le priâmes afin qu’il intercède auprès de Notre-Dame de Guadalupe, pour qu’Elle fasse un miracle pour ce pauvre pays.

Notre Père écrivit un jour  : «  J’ai beaucoup parcouru, avec bonheur, ce berceau de notre proche Chrétienté, de La Chaise-Dieu à Saint-Denis, de la Grande Chartreuse à Saint-Remi de Reims, de Cluny à Fontenay et à Clairvaux. Dans leurs solitudes, au profond des forêts jubilantes de hêtres et de chênes immémoriaux, j’ai évoqué leurs antiques règles et coutumes. Sous les voûtes basses des églises romanes qu’ils ont construites dans les villages qui existent encore, tout de même qu’en leur temps, je me suis senti relié à travers les générations aux fondateurs de notre Église et de notre monarchie très chrétienne, et adopté par eux, chez moi chez eux […]. Je ne vis pas mille ans en arrière comme m’en brocardaient mes confrères. Je vis de ces mille ans qui ont bâti mon univers – et le leur, hélas  ! qui leur indiffère à moins qu’il ne leur soit étranger et ennemi –, et qui lui ont mérité de Dieu et de son Christ de survivre. J’y puise toute ma sagesse, à leurs cent cinquante vérités et bontés, beautés humaines et chrétiennes, ou pour mieux dire monastiques et monarchiques.  » (Georges de Nantes, Docteur mystique de la foi catholique, p. 82-83) Cela ne s’applique-t-il pas au Mexique  ?

VIVA CRISTO REY Y LA VIRGEN DE GUADALUPE  !

La dernière fin de semaine, nous fîmes pèlerinage au Cerro del Cubilete, sur les pas du Bx Anacleto González Flores (1888-1927). Lorsqu’il était encore jeune, il prit conscience, lors d’une mission prêchée dans son village, que le Mexique s’engageait sur le chemin de l’apostasie. Il décida de communier tous les jours puis entra au séminaire. Se rendant compte que là n’était pas sa vocation, il étudia le droit. Rapidement, il se montra un chef de file. Il fit la théologie de l’histoire du Mexique, concluant que «  notre vocation, traditionnellement, historiquement, spirituellement, religieusement et politiquement, c’est la vocation de l’Espagne. C’est le secret de notre force, de nos victoires, de notre prospérité, comme peuple et comme race, mais aussi avec l’Espagne, arrive sur notre terre l’Église catholique…  » Il fustigea les responsables de nos malheurs  : la Révolution, les protestants et les francs-maçons. Enfin, il secoua les catholiques attiédis, qui voulaient que Jésus règne dans les sacristies et non sur les places publiques. C’est ainsi, qu’après de longues années de luttes intellectuelles, il finit par signer son œuvre avec son propre sang. Il fut martyrisé le 1er avril 1927, en s’écriant  : «  Que les Amériques entendent pour la deuxième fois ce saint cri  : “ Je meurs, mais Dieu ne meurt pas  ! Viva Cristo Rey  ! ”  » Il reprenait la parole de Garcia Moreno.

Le Cerro del Cubilete, dédié au Christ-Roi, se trouve dans le centre géographique du pays. Les catholiques mexicains reconstruisirent ce monument cinq fois à cause des interdictions du gouvernement. Ce n’est qu’en 1942 qu’ils parvinrent à édifier au sommet de la montagne (2 700 m) un sanctuaire où se dresse une statue de 17 m du Christ-Roi en bronze, qui domine toute la région. C’est là que se garde encore la mémoire des Cristeros.

Il ne nous était pas demandé de verser notre sang mais afin de nous unir à nos chers martyrs, nous montâmes à pied la côte de 13 km en récitant notre Rosaire. Nous revenait alors en mémoire ce qu’une visitandine mexicaine écrivit dans son journal, au 13 juin 1932  : «  Hier, le Sacré-Cœur m’a fait voir combien il aime le Mexique, sa prédilection pour lui. Aujourd’hui tout est comme voilé, mais un jour à la vue de tout l’univers, se découvriront des secrets d’amour qui laisseront les nations ébahies, et l’on saura que si Jésus aime le Mexique, le Mexique aime Jésus, qu’ils s’aiment de manière indicible.  »

Mais en ces temps si difficiles notre prière fut celle qu’écrivit cette même religieuse en pleine révolution de 1914  : «  Je viens à vous ma Souveraine, pour vous prier pour mon pays  ; aujourd’hui le Mexique attend de vous la consolation. Plus il est coupable, plus il mérite de compassion  ! Souvenez-vous, aimable Mère, que c’est votre Royaume et possession…  »

Arriva enfin le jour de dire au revoir à la Reine du pays. En la remerciant pour ces trois semaines de grâces, nous lui rappelions la grâce reçue jadis par notre Père, le Jeudi saint 1948, sur la Vigne qui porte du fruit, afin qu’après son long chemin de croix, son œuvre puisse parvenir jusqu’au Mexique. En attendant, il fallait rentrer à la maison Saint-Joseph, où le devoir m’appelait  !

fray Juan Pablo de Guadalupe.

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