La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 154 – Août 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LE PAPE FRANÇOIS
MÉDIATEUR DE PAIX

Après l’entretien du 10 juin 2015

Après l’entretien du 10 juin 2015 au Vatican   : le sourire des voies de la paix. (© Osservatore romano)

LA Russie s’est à nouveau vue exclue du sommet du G 7 qui s’est tenu en Bavière les 7 et 8 juin 2015, ce qui ne l’empêche pas d’être au cœur de toutes les pensées et conversations de chancelleries. Pour preuve le nombre de chefs d’État et de gouvernement qui ont personnellement rencontré Vladimir Poutine ces dernières semaines. Et pas seulement les dirigeants chinois, le Premier ministre grec et le Premier ministre slovaque, mais aussi Angela Merkel qui s’est rendue à Moscou le 10 mai, dès le lendemain des fêtes commémoratives du soixante-dixième anniversaire de la victoire de la Russie sur l’Allemagne. Vladimir Poutine s’est lui-même rendu en Italie pour visiter le pavillon russe de l’Exposition universelle. Au cours de son déplacement, il a pu saluer le chef de l’État italien et s’entretenir avec Mateo Renzi, chef du gouvernement. Mais la rencontre la plus importante fut sans doute celle du 10 juin dernier entre Vladimir Poutine et le pape François qui ne cède pas aux pressions américaines et se garde bien de “ condamner ” la Russie dans la gestion de la crise ukrainienne. Il a simplement affirmé «  qu’il faut s’engager dans un effort important et sincère pour réaliser la paix  ». Le communiqué officiel du Saint-Siège, inhabituellement long, ajoute  : «  Il a été convenu de l’importance de reconstruire un climat de dialogue et que toutes les parties s’engagent à mettre en application les accords de Minsk.  »

AGRESSION AMÉRICAINE EN UKRAINE.

Plus que jamais, l’Ukraine continue à s’enfoncer chaque jour davantage dans son désastre politique et économique, confirmant de façon prégnante ce que Georges de Nantes prévoyait à son sujet dès 1982 dans son étude sur la Russie  : son incapacité à vivre l’autonomie qu’elle réclamait déjà. Pire, cette crise orchestrée par les Américains leur permet d’alimenter un état de psychose contre la Russie ouvertement présentée comme une menace vis-à-vis de l’Ukraine et de ses voisins.

Pourtant l’origine de cette affaire est l’action conjointe des États-Unis et de leurs alliés européens pour conduire l’Ukraine à conclure avec les seconds un contrat d’association dans la perspective de son intégration pure et simple à l’Union européenne. Dans quel but  ? Celui de faire barrage à la Russie dans son rapprochement avec le reste de l’Europe et assurer un leadership sans partage des États-Unis sur la communauté atlantique. Mais également profiter des avantages de la zone de libre-échange qu’offre la Communauté des États Indépendants (CEI), dont la Russie et l’Ukraine sont membres, pour contourner les barrières douanières de la première par un transfert des marchandises en provenance de l’Union européenne par le marché intérieur de la seconde. C’est ce contrat d’association voulu par les États membres de l’Union européenne sous l’autorité des États-Unis au détriment des intérêts propres tant de l’Ukraine que de la Russie, d’ailleurs ostensiblement exclue de toutes les discussions, qui est la cause première et déterminante de toute l’affaire.

Et la décision technique prise en novembre 2013 par le président Ianoukovitch de reporter – et non pas d’annuler – la signature de cet accord, a constitué le prétexte attendu par différentes organisations américaines et allemandes pour déclencher et encadrer avec l’aide de mouvements d’extrême-droite les manifestations insurrectionnelles du Maïdan qui provoquèrent la destitution illégale du chef de l’État ukrainien.

Ce dernier échappa de justesse à un assassinat programmé par les organisateurs de ce coup d’État grâce à l’intervention des forces spéciales russes. Les autorités insurrectionnelles qui s’emparèrent du pouvoir signèrent aussitôt le fameux contrat d’association, mais sa mise en œuvre fut reportée… au 1er janvier 2016. Tout portait à croire que la partie était gagnée pour les Américains et leurs alliés. Mais, comme en Irak et en Libye, après avoir allumé en Ukraine ce nouvel incendie, ce fut aussitôt – et c’était prévisible – pour en perdre le contrôle… sans, toutefois, perdre de vue le but réel de toute cette affaire  : circonscrire la Russie par tous les moyens dans ses frontières à défaut de pouvoir renverser directement Vladimir Poutine.

De fait, à peine le président Ianoukovitch était-il remplacé par un gouvernement illégal que ce dernier interdit le russe comme langue officiel et des agressions furent commises contre les populations russophones notamment à Odessa. Vladimir Poutine jugea alors que les conditions étaient réunies pour se porter au secours des populations de Crimée directement menacées par les insurgés de Kiev et sauvegarder les intérêts stratégiques de défense nationale de la Russie que constitue le port naval de Sébastopol. Il accéda à la demande des autorités de Crimée d’accueillir ce territoire comme nouveau sujet de la Fédération et prit ainsi de court toutes les chancelleries y compris les “ autorités ” illégales de Kiev qui assistèrent impuissantes à ce magnifique coup de force diplomatique conduit personnellement par Vladimir Poutine et qu’on ose à peine qualifier de “ militaire ”. En effet, il n’y eut aucune invasion de la péninsule par les forces armées russes et les 20 000 soldats ukrainiens purent être neutralisés sans faire la moindre victime.

Parallèlement, le renversement de l’ordre constitutionnel, la suppression pure et simple du russe comme langue officielle provoquèrent le soulèvement des régions du Donbass, plongeant le pays dans ce qu’il faut appeler une véritable guerre civile opposant les forces “ régulières ” de Kiev à celles des Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk. Après plusieurs mois de combats meurtriers au cours desquels les forces de Kiev ont d’ailleurs souvent été mises en échec, le bilan est dramatique  : plus de 5 000 morts, plus de 11 000 blessés et un million d’Ukrainiens réfugiés en Russie. À ce bilan humain, s’ajoute un désastre économique sans précédent  : 80 % du potentiel économique a été détruit dans les zones de combat, l’inflation connaît des taux records, la production en Ukraine a reculé de 6 % en 2014 et devrait encore chuter de 10 % en 2015. Le pays a besoin plus que jamais d’une nouvelle aide financière majeure alors que sa situation économique menace ses créanciers d’un défaut sur sa dette souveraine.

LES ACCORDS DE MINSK.

Après une première tentative de cessez-le-feu au mois de septembre, les accords dits de Minsk-2 furent signés le 12 février dernier entre les autorités de Kiev, les représentants des Républiques de Donetsk et de Lougansk et la Russie. Ces accords comprennent un volet militaire – la suspension des combats, le retrait des armes lourdes et l’organisation d’une zone démilitarisée entre les belligérants – mais également un volet politique qui prévoit la levée du blocus financier imposé par Kiev, l’organisation d’élections locales dans les zones de conflit et surtout une réforme constitutionnelle en vue d’une décentralisation et d’un statut spécial en faveur «  des régions particulières de Donetsk et de Lougansk  ». Même si des concessions ont été faites de part et d’autre, ces accords restent, dans leur principe, une victoire pour la Russie qui a toujours considéré que le règlement de ce conflit devait être diplomatique et non militaire et devait nécessairement passer par une décentralisation du pouvoir en Ukraine, voire une autonomie en faveur des régions du Donbass, eu égard à la profonde division politique et religieuse du pays. Mais encore faut-il que ces accords soient appliqués et c’est là toute la difficulté.

Le cessez-le-feu n’a jamais été parfaitement respecté et les observateurs de l’OSCE insistent sur le fait que ces violations sont actuellement, le plus souvent, le fait des forces de Kiev, et notre ancien ambassadeur en Russie (mai 2009 – octobre 2013), Jean de ­Gliniasty, y voit «  la main de Washington  ». Les autorités ukrainiennes, de surcroît, ne mettent pas en œuvre la réforme constitutionnelle qui est pourtant l’élément clef du règlement du conflit. Elles n’ont pas non plus levé le blocus financier imposé aux régions du Donbass. Il est clair que les autorités de Kiev ne s’empressent pas de mettre en œuvre des accords qu’elle a pourtant signés, afin d’entretenir délibérément une tension à l’intérieur du pays et tenter ainsi de ressouder ses soutiens internationaux qui semblent aujourd’hui se déliter.

De fait, après avoir plongé l’Ukraine dans cette guerre civile, les États-Unis insistent désormais sur la nécessité pour Kiev d’appliquer les accords car ils n’entendent pas porter le fardeau de ce pays dont l’économie se désintègre. L’Allemagne et la France ont emboîté le pas. Après avoir joué le rôle déterminant que l’on sait dans la négociation et la rédaction des accords de Minsk-2, ils ont décidé dans le cadre du Conseil européen qui s’est tenu à Riga les 21 et 22 mai derniers qu’aucun élargissement de l’Union européenne n’était prévu d’ici les cinq prochaines années. Donc, exit l’espoir de l’Ukraine et d’ailleurs des cinq autres pays de l’ancienne Union soviétique d’intégrer à plus ou moins brève échéance cette organisation internationale.

Mais plus intéressant encore  : le fameux accord de libre-échange entre l’Ukraine et l’Union européenne est désormais soumis dans son application à «  un accord trilatéral  ». Qu’est-ce à dire, sinon que les intérêts de la Russie sont enfin pris en considération, comme elle ne cesse de le réclamer depuis l’année 2012  !

La Russie, puisqu’elle les a signés, est évidemment favorable à la mise en œuvre des accords de Minsk, en particulier de leur volet politique sans lequel il ne peut y avoir de règlement durable du conflit. Cela n’empêche pas les États-Unis et leurs alliés européens de la tenir pour seule responsable de cette crise en raison de sa prétendue “ annexion ” de la Crimée et de son soutien humanitaire, logistique et militaire aux Républiques populaires autoproclamées.

Au cours de l’année 2014, les États-Unis, l’Union européenne et d’autres pays de l’OCDE ont progressivement mis en place contre la Russie des mesures économiques de rétorsion, à tort appelées “ sanctions économiques ” car cette expression laisse croire que les États qui les mettent en œuvre disposent d’un prétendu pouvoir disciplinaire supranational. Et la Russie fut alors contrainte d’adopter la même stratégie vis-à-vis de ses partenaires à compter du mois d’août.

En décembre 2014, le rouble subit une chute spectaculaire qui ne peut s’expliquer que par des mouvements de spéculation conduits en partie depuis les places financières occidentales (en particulier Wall Street et la City ), destinés à affaiblir la devise russe.

Quatre mois après les accords de Minsk-2, les pays de l’Union européenne, se soumettant aux directives des États-Unis données lors du sommet du G 7 au début du mois de juin, ont annoncé le maintien des prétendues “ sanctions ” économiques pour une nouvelle période de six mois soit jusqu’au 31 janvier 2016.

LA PIEUVRE YANKEE.

© Osservatore romano.

Enfin, les États-Unis et les forces de l’OTAN multiplient leurs activités et exercices aux frontières de la Russie, notamment et tout récemment sur les territoires des pays Baltes et en mer Baltique. Surtout, les États-Unis menacent de renforcer leur présence militaire dans plusieurs pays Baltes et d’Europe en envoyant des armes lourdes y compris des chars, et jusqu’à 5 000 hommes. Le prétexte avancé est celui de contrer une éventuelle agression de la Russie vis-à-vis de l’un de ces pays européens.

Il faut pourtant rappeler que la Russie n’a jamais procédé à une invasion militaire de l’Ukraine et ne s’est jamais préparée à le faire, ainsi que l’a confirmé le général Gomart, directeur du renseignement militaire français, lors de son audition par la Commission de la défense nationale le 25 mars 2015. Comme l’explique très bien Vladimir Poutine, «  … seule une personne insensée et encore seulement dans un rêve peut imaginer que la Russie voudrait tout d’un coup attaquer l’OTAN  ».

De fait, le rapport des forces en présence exclut d’emblée une telle agression de la part de la Russie quand on sait que le budget militaire américain est supérieur à celui de tous les autres pays du monde pris ensemble et que les dépenses militaires des pays de l’OTAN sont dix fois plus élevées que celles de la Fédération de la Russie. En outre, cette dernière ne dispose presque plus de bases à l’extérieur de son territoire.

Dans ces conditions, il est inutile de discuter des intentions réelles ou supposées de la Russie. Il est clair que la «  pieuvre Yankee  », comme Georges de Nantes désignait les États-Unis, étend ses tentacules sur toute l’Europe avec la complaisance, pour ne pas dire la complicité des pays Baltes et de certains pays de l’Europe de l’Est, en particulier de la Pologne.

Dans le scénario dramatique qui se déroule actuellement sous nos yeux, ceux-ci veulent jouer à dessein le rôle de pays de première ligne pour, en contrepartie, se voir généreusement attribuées des aides supplémentaires dans tous les domaines, que ce soit sur le plan militaire, économique ou financier.

Sans oublier l’émergence d’une véritable transversale “ verte ” du terrorisme islamiste créant un foyer de tension durable en Europe du sud-est sur une ligne ­Bosnie – Sandjak – Kosovo – Macédoine. Le 20 avril dernier, un groupe de quarante membres de l’UCKM (section macédonienne de l’UCK), masqués et armés, ont purement et simplement attaqué un poste de police dans le village de Gošince et, après avoir brutalisé et ligoté les quatre policiers macédoniens de faction, filmé leur revendication  : former l’ “ État islamique ” européen de la grande Albanie. Les 10 et 11 mai suivants, de véritables scènes de guerre opposèrent pendant plus de vingt heures ­l’armée macédonienne à un groupe de guérilleros de l’ancienne UCK, parmi lesquels trois chefs qui avaient pris part à la guerre du Kosovo en 1999.

Question  : cette recrudescence des violences islamistes dans les Balkans, qui s’annonce préjudiciable à l’Europe tout entière, sert-elle les intérêts des États-Unis  ? en tout cas, ils ne font rien pour la contenir.

Dans ce contexte, Vladimir Poutine, le 15 juin dernier, a annoncé le renforcement de l’arsenal nucléaire russe avec le déploiement de plus de quarante missiles intercontinentaux capables de déjouer les systèmes de défense antimissile les plus sophistiqués, c’est-à-dire américains.

C’est donc l’escalade… vers la guerre  ? En Europe  ? Cela ne semble pas croyable et pourtant… Après avoir implacablement enrôlé la presque totalité de l’Europe sous le drapeau de l’OTAN, après avoir dépecé la Serbie, proclamé l’indépendance du Kosovo, mis à feu et à sang l’Irak, la Libye, fait la guerre à la Syrie, organisé un coup d’État en Ukraine puis une guerre civile, on ne voit plus ce qui arrêterait les Américains contre la Russie désormais ouvertement désignée comme le danger pour l’ordre international, car seule capable de s’opposer à leur hégémonie.

De son côté, la Russie n’attaquera pas, mais elle se défendra. Comme l’a déclaré sans ambages Vladimir Poutine devant le club Valdaï le 19 septembre 2013  : «  La souveraineté de la Russie, son indépendance et sont intégrité territoriale sont inconditionnelles. Ce sont les lignes rouges que nul n’est autorisé à franchir.  » Et c’est sans doute ce message que Vladimir Poutine a voulu lancer au monde entier lors du gigantesque défilé militaire des forces armées russes sur la place Rouge, le 9 mai dernier.

Alors nous aurons la guerre. «  Maintenant, les gens ne se rendent pas compte qu’on risque d’aller vers la guerre. C’est une catastrophe.  » (Jean de Gliniasty) Sauf si le pape consentait enfin à consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie et obtenir la conversion de la Russie et la restauration de l’unité entre les chrétiens russes et ukrainiens. Car ainsi que l’a souligné le Saint-Père de façon si poignante, la “ crise ukrainienne ” est d’abord une guerre entre chrétiens.

frère Bruno de Jésus-Marie.