La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly

La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 154 – Août 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


« LOUÉ SOIS-TU, MON SEIGNEUR ! »

par frère Bruno de Jésus-Marie

TOUT ce qui tombe de la bouche ou de la plume de ce Pape est limpide comme “ notre sœur l’eau ”. Les premiers mots sont une louange de gloire  : «  “ Laudato si ’, mi ’ Signore, Loué sois-tu, mon Seigneur  ! ” chantait saint François d’Assise  », dans le Cantique des créatures, appelé aussi Cantique du soleil, que le Poverello composa peu avant sa mort, dans la langue italienne du treizième siècle. L’encyclique s’achèvera sur une prière du pape François dont les deux derniers mots seront “ Laudato si ’ ”.

«  Dans ce beau cantique, continue François, il nous rappelait que notre maison commune est aussi comme une sœur, avec laquelle nous partageons l’existence, et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts  : “ Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la terre, qui nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe. ”  » (n° 1)

LES CAUSES DE LA «  RUINE  ».

Or, en vertu de la thèse de saint Bonaventure, disciple de saint François, «  Omnis creatura clamat verbum Dei, Toute créature clame la génération éternelle du Verbe, Fils de Dieu, Dieu de Dieu, par le Père.  » (Georges de Nantes, Une Mystique pour notre temps, CRC n° 125, janvier 1978, p. 9)

Le Pape nous fait entendre ce «  cri  » aujourd’hui  !

«  Cette sœur crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter. La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi à travers les symptômes de maladie que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants. C’est pourquoi, parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée, qui “ gémit en travail d’enfantement  ” (Rm 8, 22). Nous oublions que nous-mêmes, nous sommes poussière (cf. Gn 2, 7). Notre propre corps est constitué d’éléments de la planète, son air nous donne le souffle et son eau nous vivifie comme elle nous restaure.  » (n° 2)

Mais évidemment, nul n’entend bien cette clameur s’il n’a, ouverts par la grâce de Dieu, les oreilles et les yeux de la foi. C’est pourquoi les appels lancés par «  saint (  ?) Jean XXIII dans son encyclique Pacem in terris, il y a plus de cinquante ans, quand le monde vacillait au bord d’une crise nucléaire  », sont restés lettre morte  : «  À présent, face à la détérioration globale de l’environnement, je voudrais m’adresser à chaque personne qui habite cette planète.  » (n° 3)

L’appel de Jean XXIII ne fut-il donc pas entendu  ? Dans cette encyclique, ce pape dressait le tableau d’une communauté mondiale libre, égale et fraternelle, et aboutissait à condamner, au nom de la Cité nouvelle à promouvoir, les soumissions et fidélité quotidiennes que, depuis toujours, nos communautés historiques et leurs lois, écrites et non écrites, avaient réclamées et obtenues des individus. C’est ainsi que la “ décolonisation ” est entrée dans ce projet idéal et séduisant d’un monde égalitaire et libre, semant en Afrique et en Asie les germes du chaos que François déplore aujourd’hui, et auquel il tente de porter remède.

«  Huit ans après Pacem in terris, en 1971, le bienheureux (  ?) pape Paul VI s’est référé à la problématique écologique  » (n° 4), sans plus de succès puisqu’il persévérait dans le “ progressisme ” de son prédécesseur.

À son tour, «  saint (  ?) Jean-Paul II s’est occupé de ce thème avec un intérêt toujours grandissant […], il a appelé à une conversion écologique globale  » (n° 5).

Sourd au message de Notre-Dame de Fatima qui lui en eût fourni les moyens par la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé, il n’a réussi qu’à aggraver le chaos. L’œuvre de son successeur, Joseph Ratzinger, qui avait été le bras droit de son long pontificat, est résumée par François  :

«  Mon prédécesseur Benoît XVI a renouvelé l’invitation à “ éliminer les causes structurelles des dysfonctionnements de l’économie mondiale et à corriger les modèles de croissance qui semblent incapables de garantir le respect de l’environnement ”  » (n° 6).

Et il a démissionné  !

ÉCOLOGIE INTÉGRALE.

Pourtant, «  nous savons que les choses peuvent changer  » (n° 13). Le pape François fera-t-il mieux que ses prédécesseurs  ? Oui, parce que, à la différence de Paul VI et Jean-Paul II, il ne met pas sa foi en l’homme mais en Dieu  :

«  Le Créateur ne nous abandonne pas, jamais il ne fait marche arrière dans son projet d’amour.  » (ibid.)

François peut même en appeler à son «  cher Patriarche Œcuménique Bartholomée, avec qui nous partageons l’espérance de la pleine communion ecclésiale  » (n° 7).

En effet, après cinquante ans d’errance conciliaire, celui-ci n’est pas loin de nous ramener au royaume de Dieu  : «  Il nous a proposé de passer de la consommation au sacrifice, de l’avidité à la générosité, du gaspillage à la capacité de partager, dans une ascèse qui “ signifie apprendre à donner, et non simplement à renoncer. C’est une manière d’aimer, de passer progressivement de ce que je veux à ce dont le monde de Dieu a besoin. C’est la libération de la peur, de l’avidité, de la dépendance. ” Nous chrétiens, en outre, nous sommes appelés à “ accepter le monde comme sacrement de communion, comme manière de partager avec Dieu et avec le prochain à une échelle globale. C’est notre humble conviction que le divin et l’humain se rencontrent même dans les plus petits détails du vêtement sans coutures de la création de Dieu, jusque dans l’infime grain de poussière de notre planète. ”  » (n° 9)

Pour le pape François, il s’agit d’une «  écologie intégrale  » (chap. 4, nos 137-162), c’est-à-dire catholique, à l’école de saint François d’Assise et au plus loin tant de l’ «  humanisme intégral  » de Jacques Maritain que du «  développement intégral  » de Paul VI  :

«  J’ai pris son nom comme guide et inspiration au moment de mon élection en tant qu’Évêque de Rome. Je crois que François est l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité […].

«  Il a manifesté une attention particulière envers la création de Dieu ainsi qu’envers les pauvres et les abandonnés. Il aimait et était aimé pour sa joie, pour son généreux engagement et pour son cœur universel.  » (n° 10)

«  Son témoignage nous montre aussi qu’une écologie intégrale requiert une ouverture à des catégories qui transcendent le langage des mathématiques ou de la biologie.  » (n° 11)

C’est précisément ce que pose en principe Georges de Nantes, notre Père, selon lequel l’écologie est «  la science et l’art de la vie commune familiale, interfamiliale, humaine  ». Or, «  la loi suprême de la gestion de ce bien familial n’est ni biologique, ni mathématique, ni métaphysique, ni morale, ni religieuse  » ( Les 150 Points de la Phalange de l’Immaculée, point n° 102, Une écologie humaniste).

Ainsi le pape François peut-il se réclamer, comme Georges de Nantes, tertiaire de saint François, du patronage du Poverello d’Assise, «  le saint patron de tous ceux qui étudient et travaillent autour de l’écologie, aimé aussi par beaucoup de personnes qui ne sont pas chrétiennes  » (n° 10).

Et lui-même, le pape François adresse «  à chaque personne qui habite cette planète  » un appel à la «  conversion  »  :

«  Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous […]. Tous, nous pouvons collaborer comme instruments de Dieu pour la sauvegarde de la création, chacun selon sa culture, son expérience, ses initiatives et ses capacités.  » (n° 14)

Le plan du Saint-Père est clair et prometteur  :

«  En premier lieu, je présenterai un bref aperçu des différents aspects de la crise écologique actuelle, en vue de prendre en considération les meilleurs résultats de la recherche scientifique disponible aujourd’hui, d’en faire voir la profondeur et de donner une base concrète au parcours éthique et spirituel qui suit. À partir de cet aperçu, je reprendrai certaines raisons qui se dégagent de la tradition judéo-chrétienne, afin de donner plus de cohérence à notre engagement en faveur de l’environnement. Ensuite, j’essaierai d’arriver aux racines de la situation actuelle, pour que nous ne considérions pas seulement les symptômes, mais aussi les causes les plus profondes. Nous pourrons ainsi proposer une écologie qui, dans ses différentes dimensions, incorpore la place spécifique de l’être humain dans ce monde et ses relations avec la réalité qui l’entoure. À la lumière de cette réflexion, je voudrais avancer quelques grandes lignes de dialogue et d’action qui concernent aussi bien chacun de nous que la politique internationale. Enfin, puisque je suis convaincu que tout changement a besoin de motivations et d’un chemin éducatif, je proposerai quelques lignes de maturation humaine inspirées par le trésor de l’expérience spirituelle chrétienne.  » (n° 15)

Chapitre premier
CE QUI SE PASSE DANS NOTRE MAISON

Le but du Saint-Père, son objectif de “ Nouvelle Évangélisation ” est de «  voir comment la foi apporte de nouvelles motivations et de nouvelles exigences face au monde dont nous faisons partie  ». Mais auparavant, il nous faut «  considérer ce qui se passe dans notre maison commune  » (n° 17)

Cette dernière expression, chère à Gorbatchev, a pour équivalent la «  grande cité  » du “ troisième secret ” montrée par Notre-Dame aux voyants de Fatima, le 13 juillet 1917, jour où elle leur révéla l’amour de son Cœur Immaculé pour la «  Russie  », précisément, et eux, les petits, ne savaient qui était cette «  vieille dame  »  !

«  Le changement est donc désirable, mais il devient préoccupant quand il en vient à détériorer le monde et la qualité de vie d’une grande partie de l’humanité.  » (n° 18)

Il est temps de renoncer à la «  confiance irrationnelle dans le progrès  » et de compatir aux maux réels dont souffre notre planète afin d’y porter remède dans la mesure du possible (n° 19).

Enfin  ! Exit l’encyclique Populorum progressio. Même si François donne le change aux “ progressistes ” en bon jésuite en la citant une fois (n° 127)

I. POLLUTION ET CHANGEMENT CLIMATIQUE

POLLUTION, ORDURE ET CULTURE DU DÉCHET.

«  Il existe des formes de pollution qui affectent quotidiennement les personnes. L’exposition aux polluants atmosphériques produit une large gamme d’effets sur la santé, en particulier des plus pauvres, en provoquant des millions de morts prématurées. Ces personnes tombent malades, par exemple, à cause de l’inhalation de niveaux élevés de fumées provenant de la combustion qu’elles utilisent pour faire la cuisine ou pour se chauffer. À cela, s’ajoute la pollution qui affecte tout le monde, due aux moyens de transport, aux fumées de l’industrie, aux dépôts de substances qui contribuent à l’acidification du sol et de l’eau, aux fertilisants, insecticides, fongicides, désherbants et agro-chimiques toxiques en général. La technologie, liée aux secteurs financiers, qui prétend être l’unique solution aux problèmes, de fait, est ordinairement incapable de voir le mystère des multiples relations qui existent entre les choses, et par conséquent, résout parfois un problème en en créant un autre.  » (n° 20)

«  Il faut considérer également la pollution produite par les déchets, y compris les ordures dangereuses présentes dans différents milieux. Des centaines de millions de tonnes de déchets sont produites chaque année, dont beaucoup ne sont pas biodégradables  : des déchets domestiques et commerciaux, des déchets de démolition, des déchets cliniques, électroniques et industriels, des déchets hautement toxiques et radio­actifs. La terre, notre maison commune, semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir.

«  À plusieurs endroits de la planète, les personnes âgées ont la nostalgie des paysages d’autrefois, qui aujourd’hui se voient inondés d’ordures. Aussi bien les déchets industriels que les produits chimiques utilisés dans les villes et dans l’agriculture peuvent provoquer un effet de bio-accumulation dans les organismes des populations voisines, ce qui arrive même quand le taux de présence d’un élément toxique en un lieu est bas. Bien des fois, on prend des mesures seulement quand des effets irréversibles pour la santé des personnes se sont déjà produits.  » (n° 21)

Le Bon Dieu avait pourtant bien fait les choses  : «  Il nous coûte de reconnaître que le fonctionne­ment des écosystèmes naturels est exemplaire  : les plantes synthétisent des substances qui alimentent les herbivores  ; ceux-ci à leur tour alimentent les carnivores, qui fournissent d’importantes quantités de déchets organiques, lesquels donnent lieu à une nouvelle génération de végétaux.  »

Quel contraste avec «  le système industriel  » de production et de consommation incapable «  d’ab­sorber et de réutiliser déchets et ordures  » (n° 22)  !

LE CLIMAT COMME BIEN COMMUN.

«  Le climat est un bien commun, de tous et pour tous. Au niveau global, c’est un système complexe en relation avec beaucoup de conditions essentielles pour la vie humaine.  »

C’est le Bon Dieu qui fait la pluie et le beau temps, au niveau local comme au niveau “ global ”, et non pas l’homme. De même que les catéchèses du mercredi préparent le Synode sur la famille, la présente encyclique anticipe la grande conférence internationale (COP21) qui se tiendra à Paris fin novembre.

«  Il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique. Au cours des dernières décennies, ce réchauffement a été accompagné de l’élévation constante du niveau de la mer, et il est en outre difficile de ne pas le mettre en relation avec l’augmentation d’événements météorologiques extrêmes, indépendamment du fait qu’on ne peut pas attribuer une cause scientifiquement déterminable à chaque phénomène particulier.  » (n° 23).

Du moins existe-t-il des causes historiques prévisibles et prévues. Le climat a une “ histoire  ” qui entre dans ce que nous appelons “ l’orthodromie divine ”. Comment ne pas penser aux avertissements de Notre-Seigneur dans l’Évangile lorsque le Pape prend en compte les «  facteurs  » qui «  provoquent ou accentuent ce réchauffement  », indépendamment des «  causes humaines  » (Mc 13; Mt 24).

«  L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent.

«  Il y a, certes, d’autres facteurs, comme le volcanisme, les variations de l’orbite et de l’axe de la terre, le cycle solaire.

[«  Le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera pas sa clarté, les astres tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées. » (Mt 24, 30)]

«  Mais de nombreuses études scientifiques signalent que la plus grande partie du réchauffement global des dernières décennies est due à la grande concentration de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, oxyde de nitrogène et autres) émis surtout à cause de l’activité humaine. En se concentrant dans l’atmosphère, ils empêchent la chaleur des rayons solaires réfléchis par la terre de se perdre dans l’espace.  »

En conséquence, le Pape remet en cause «  l’utilisation intensive de combustibles fossiles (houille, pétrole), qui constitue le cœur du système énergétique mondial  », ainsi que «  le fait de changer de plus en plus les utilisations du sol, principalement la déforestation pour l’agriculture  » (n° 23).

Ces questions relèvent-elles du magistère pontifical  ? Le Saint-Père a prévenu l’objection en sous-titrant les premiers paragraphes consacrés aux interventions de ses prédécesseurs, de Jean XXIII à Benoît XVI, «  rien de ce monde ne nous est indifférent  ». Surtout si les phénomènes observés en annoncent l’inquiétante détérioration  :

«  À son tour, le réchauffement a des effets sur le cycle du carbone. Il crée un cercle vicieux qui aggrave encore plus la situation, affectera la disponibilité de ressources indispensables telles que l’eau potable, l’énergie ainsi que la production agricole des zones les plus chaudes, et provoquera l’extinction d’une partie de la biodiversité de la planète.

«  La fonte des glaces polaires et de celles des plaines d’altitude menace d’une libération à haut risque de méthane  ; et la décomposition de la matière organique congelée pourrait accentuer encore plus l’émanation de dioxyde de carbone.  »

Pour mesurer l’ampleur de la catastrophe qui menace notre «  maison commune  », il suffit de penser aux dégâts de la dernière panne de congélateur à la maison Saint-Joseph  !…

«  De même, la disparition de forêts tropicales aggrave la situation, puisqu’elles contribuent à tempérer le changement climatique.  »

Rien à voir avec le défrichement des forêts européennes au Moyen Âge, ou américaines par les Canadiens acharnés à «  faire de la terre  » en Nouvelle-France. Les uns et les autres fondateurs de civilisation.

Tandis que «  la pollution produite par le dioxyde de carbone augmente l’acidité des océans et compromet la chaîne alimentaire marine. Si la tendance actuelle continuait, ce siècle pourrait être témoin de changements climatiques inédits et d’une destruction sans précédent des écosystèmes, avec de graves conséquences pour nous tous. L’élévation du niveau de la mer, par exemple, peut créer des situations d’une extrême gravité si on tient compte du fait que le quart de la population mondiale vit au bord de la mer ou très proche, et que la plupart des mégapoles sont situées en zones côtières.  » (n° 24)

Il y va de la civilisation, et de la survie des plus défavorisés  : «  L’augmentation du nombre de migrants fuyant la misère, accrue par la dégradation environnementale, est tragique.  » (n° 25)

D’où «  la sainte colère du pape François  » ( Le Figaro du 19 juin 2015).

«  Beaucoup de ceux qui détiennent plus de ressources et de pouvoir économique ou politique semblent surtout s’évertuer à masquer les problèmes ou à occulter les symptômes, en essayant seulement de réduire certains impacts négatifs du changement climatique. Mais beaucoup de symptômes indiquent que ces effets ne cesseront pas d’empirer si nous maintenons les modèles actuels de production et de consommation. Voilà pourquoi il devient urgent et impérieux de développer des politiques pour que, les prochaines années, l’émission du dioxyde de carbone et d’autres gaz hautement polluants soit réduite de façon drastique, par exemple en remplaçant l’utilisation de combustibles fossiles et en accroissant des sources d’énergie renouvelable.  » (n° 26)

II. LA QUESTION DE L’EAU

Le Pape en vient ensuite à «  l’épuisement des ressources naturelles  » (n° 27) Et d’abord à “ notre sœur l’eau ”, comme l’appelait saint François.

«  L’eau potable et pure représente une question de première importance, parce qu’elle est indispensable pour la vie humaine comme pour soutenir les écosystèmes terrestres et aquatiques. Les sources d’eau douce approvisionnent des secteurs sanitaires, agricoles et de la pêche ainsi qu’industriels. La provision d’eau est restée relativement constante pendant longtemps, mais en beaucoup d’endroits la demande dépasse l’offre durable, avec de graves conséquences à court et à long terme. De grandes villes qui ont besoin d’une importante quantité d’eau en réserve, souffrent de périodes de diminution de cette ressource, qui n’est pas toujours gérée de façon équitable et impartiale aux moments critiques. Le manque d’eau courante s’enregistre spécialement en Afrique, où de grands secteurs de la population n’ont pas accès à une eau potable sûre, ou bien souffrent de sécheresses qui rendent difficile la production d’aliments. Dans certains pays, il y a des régions qui disposent de l’eau en abondance et en même temps d’autres qui souffrent de grave pénurie.  » (n° 28)

«  Un problème particulièrement sérieux est celui de la qualité de l’eau disponible pour les pauvres, ce qui provoque beaucoup de morts tous les jours. Les maladies liées à l’eau sont fréquentes chez les pauvres, y compris les maladies causées par les micro-organismes et par des substances chimiques. La diarrhée et le choléra, qui sont liés aux services hygiéniques et à l’approvisionnement en eau impropre à la consommation, sont un facteur significatif de souffrance et de mortalité infantile. Les eaux souterraines en beaucoup d’endroits sont menacées par la pollution que provoquent certaines activités extractives, agricoles et industrielles, surtout dans les pays où il n’y a pas de régulation ni de contrôles suffisants. Ne pensons pas seulement aux décharges des usines. Les détergents et les produits chimiques qu’utilise la population dans beaucoup d’endroits du monde continuent de se déverser dans des rivières, dans des lacs et dans des mers.  » (n° 29)

De nouveau, le Pape se fâche  :

«  Ce monde a une grave dette sociale envers les pauvres qui n’ont pas accès à l’eau potable, parce que c’est leur nier le droit à la vie, enraciné dans leur dignité inaliénable. Cette dette se règle en partie par des apports économiques conséquents pour fournir l’eau potable et l’hygiène aux plus pauvres. Mais on observe le gaspillage d’eau, non seulement dans les pays développés, mais aussi dans les pays les moins développés qui possèdent de grandes réserves. Cela montre que le problème de l’eau est en partie une question éducative et culturelle, parce que la conscience de la gravité de ces conduites, dans un contexte de grande injustice, manque.  » (n° 30)

Les conséquences sont prévisibles  :

«  Une grande pénurie d’eau provoquera l’augmentation du coût des aliments comme celle du coût de différents produits qui dépendent de son utilisation. Certaines études ont alerté sur la possibilité de souffrir d’une pénurie aiguë d’eau dans quelques décennies, si on n’agit pas en urgence. Les impacts sur l’environnement pourraient affecter des milliers de millions de personnes, et il est prévisible que le contrôle de l’eau par de grandes entreprises mondiales deviendra l’une des principales sources de conflits de ce siècle.  » (n° 31)

Elle l’est déjà au Moyen-Orient, par exemple, pour la répartition de l’eau du Jourdain…

III. LA PERTE DE LA BIODIVERSITÉ

Les disparitions d’espèces végétales et animales, causées par la disparition de forêts et autres végétations inquiètent le Pape (n° 32), à juste titre, car la diversité des êtres vivants fonctionne comme un “ tissu vivant ”  : qu’une maille se défasse et tout le tissu risque de se déchirer.

Cependant, le souci majeur n’est pas seulement, aux yeux du pape François, la perte d’éventuelles «  “ ressources  ” exploitables  ». Il est de voir qu’ «  à cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en avons pas le droit.  » (n° 33)

Ainsi, le premier mot de l’encyclique Laudato si ’n’est pas un vain mot, il en est vraiment la clef. Son premier fruit est de nous guérir du «  culte de l’homme  », proclamé par le pape Paul VI dans son discours de clôture du concile Vatican II, et inscrit en toutes les lignes des Actes de ce Concile  :

«   Croyants et incroyants sont généralement d’accord sur ce point  : tout sur terre doit être ordonné à l’homme comme à son centre et à son sommet.  » ( Gaudium et Spes, 12, 1) Non, nous ne sommes pas d’accord, et le pape François non plus  !

«  Probablement, cela nous inquiète d’avoir connaissance de l’extinction d’un mammifère ou d’un oiseau, à cause de leur visibilité plus grande. Mais, pour le bon fonctionnement des écosystèmes, les champignons, les algues, les vers, les insectes, les reptiles et l’innombrable variété de micro-­organismes sont aussi nécessaires. Certaines espèces peu nombreuses, qui sont d’habitude imperceptibles, jouent un rôle fondamental pour établir l’équilibre d’un lieu.  » (n° 34)

Par exemple, le nombre des abeilles sauvages du Nord – Pas-de-Calais a été réduit de 50 à 75 % depuis la Seconde Guerre mondiale. Or, ces espèces sauvages jouent un rôle crucial dans la pollinisation non seulement de la flore sauvage mais encore des cultures. N’oublions pas que parmi les cinquante-sept plantes les plus cultivées et destinées à notre alimentation, 70 % sont dépendantes des pollinisateurs, domestiques ou sauvages.

Qui donc est responsable de la disparition des très industrieuses abeilles sauvages du Nord – Pas-de-Calais  ? Deux événements successifs  : d’abord l’urbanisation du début du vingtième siècle et les pollutions diverses qui l’ont accompagnée, ainsi que l’agriculture intensive ont été les causes de pertes massives de nombreuses espèces végétales, du pied-d’alouette au coquelicot… Remplacées par des plantes importées intentionnellement pour décorer jardins publics et privés, ou au gré des voyages des hommes et des marchandises. “ Migrations ” envahissantes  : rien ne pousse, par exemple, entre les pieds de la renouée du Japon. Et ces plantes étrangères n’ont pas les mêmes relations avec les insectes, les papillons et les autres espèces végétales… français…

D’où un nouvel appauvrissement… Les espèces locales disparaissent, vaincues par l’invasion d’une flore uniforme. Cette perte de la diversité compromet le bon fonctionnement de toute la nature, parce que certaines espèces étaient capables de résister à la sécheresse, d’autres à la pluie, d’autres encore à tel parasite qui va achever sa cousine qui est, selon les biologistes, l’assurance-vie des écosystèmes.

Certes, «  les efforts des scientifiques et des techniciens, qui essaient d’apporter des solutions aux problèmes créés par l’être humain, sont louables et parfois admirables  », reconnaît le Pape.

Mais ils ne sont pas toujours innocents  : «  Nous remarquons que ce niveau d’intervention humaine, fréquemment au service des finances et du consumérisme, fait que la terre où nous vivons devient en réalité moins riche et moins belle, toujours plus limitée et plus grise, tandis qu’en même temps le développement de la technologie et des offres de consommation continue de progresser sans limite. Il semble ainsi que nous prétendions substituer à une beauté, irremplaçable et irrécupérable, une autre créée par nous.  » (ibid.)

Une «  autre  » quoi  ? Une autre «  beauté  »  ? Tout ce premier chapitre de l’encyclique nous montre plutôt comment «  notre monde moderne paraît au contraire avoir perdu le sens, le secret et même le souci de la beauté  », observait Georges de Nantes, en introduisant son étude d’une mystique pour notre temps par une “ ontologie esthétique ”, c’est-à-dire une considération de l’être sous l’aspect de la beauté. Et son analyse atteignait la même profondeur que celle du Pape  :

«  Ne faut-il pas incriminer, si crime il y a, une certaine maîtrise de l’univers par l’homme, maîtrise qui est dans la ligne de son destin certes, mais qui se solderait finalement par un recul de la beauté, une défaite du mysticisme et de l’art, comme si de telles lumières s’évanouissaient devant l’orgueil dominateur de l’homme  ? On démontrerait facilement que la sagesse séculaire s’était retenue jusqu’à nos temps modernes dans la sujétion de la beauté universelle, dans le savourement respectueux des mystères de la nature. Vint une époque où cette retenue fut jugée ridicule. L’homme osa forcer les derniers secrets, violer et dominer la terre sans craindre le sacrilège. Et la beauté se retira, en des lieux inaccessibles, pour un temps.  » (CRC n° 123, novembre 1977, p. 4)

C’est ce que dénonce le Pape tout au long de cette encyclique. Ce n’est pas seulement la beauté qui se retire, mais c’est la vie elle-même  !

«  Quand on analyse l’impact environnemental d’une entreprise, on en considère ordinairement les effets sur le sol, sur l’eau et sur l’air, mais on n’inclut pas toujours une étude soignée de son impact sur la biodiversité, comme si la disparition de certaines espèces ou de groupes d’animaux ou de végétaux était quelque chose de peu d’importance.  » (n° 35)

Mais le Pape ne se résout pas à «  être témoin muet  » de cette «  grave injustice  » par laquelle «  certains prétendent obtenir d’importants bénéfices en faisant payer au reste de l’humanité, présente et future, les coûts très élevés de la dégradation de l’environnement  » (n° 36).

«  Dans la préservation de la biodiversité, les spécialistes insistent sur la nécessité d’accorder une attention spéciale aux zones les plus riches en variétés d’espèces, aux espèces endémiques rares ou ayant un faible degré de protection effective. Certains endroits requièrent une protection particulière à cause de leur énorme importance pour l’écosystème mondial, ou parce qu’ils constituent d’importantes réserves d’eau et assurent ainsi d’autres formes de vie.  » (n° 37)

Le Pape cite l’exemple de «  ces poumons de la planète pleins de biodiversité que sont l’Amazonie et le bassin du fleuve Congo, ou bien les grandes surfaces aquifères et les glaciers  » (n° 38).

Mais le Document d’Aparecida (29 juin 2007) met en garde contre les «  propositions d’internationalisation de l’Amazonie, qui servent uniquement des intérêts économiques des corporations transnationales  ».

L’assèchement des «  zones humides  » doit être mené en prenant garde de sauvegarder «  l’énorme biodiversité qu’elles accueillaient  » (n° 39). Difficile dilemme  !

Quant à «  la vie dans les fleuves, lacs, mers et océans, qui alimente une grande partie de la population mondiale  », elle «  se voit affectée par l’extraction désordonnée des ressources de pêche, provoquant des diminutions drastiques de certaines espèces  » (n° 40).

«  En pénétrant dans les mers tropicales et subtropicales, nous trouvons les barrières de corail, qui équivalent aux grandes forêts de la terre, parce qu’elles hébergent approximativement un million d’espèces, incluant des poissons, des crabes, des mollusques, des éponges, des algues, et autres. Déjà, beaucoup de barrières de corail dans le monde sont aujourd’hui stériles ou déclinent continuellement  : “ Qui a transformé le merveilleux monde marin en cimetières sous-marins dépourvus de vie et de couleurs  ?  ” Ce phénomène est dû en grande partie à la pollution qui atteint la mer, résultat de la déforestation, des monocultures agricoles, des déchets industriels et des méthodes destructives de pêche, spécialement celles qui utilisent le cyanure et la dynamite. Il s’aggrave à cause de l’élévation de la température des océans. Tout cela nous aide à réaliser comment n’importe quelle action sur la nature peut avoir des conséquences que nous ne soupçonnons pas à première vue, et que certaines formes d’exploitation de ressources se font au prix d’une dégradation qui finalement atteint même le fond des océans.  » (n° 41)

«  Il est nécessaire d’investir beaucoup plus dans la recherche pour mieux comprendre le comportement des écosystèmes et analyser adéquatement les divers paramètres de l’impact de toute modification importante de l’environnement. En effet, toutes les créatures sont liées, chacune doit être valorisée avec affection et admiration, et tous en tant qu’êtres, nous avons besoin les uns des autres. Chaque territoire a une responsabilité dans la sauvegarde de cette famille et devrait donc faire un inventaire détaillé des espèces qu’il héberge, afin de développer des programmes et des stratégies de protection, en préservant avec un soin particulier les espèces en voie d’extinction.  » (n° 42)

La “ famille ” humaine étant la cellule fondamentale de toute cette grande “ famille ” de la création, cette encyclique est le prolongement magistral de l’enseignement hebdomadaire dispensé par le pape François depuis le 10 décembre 2014, pour préparer le Synode. «  En effet, toutes les créatures sont liées, chacune doit être valorisée avec affection et admiration, et tous en tant qu’êtres, nous avons besoin les uns des autres.  » (ibid.)

IV. DÉTÉRIORATION DE LA QUALITÉ
DE LA VIE HUMAINE ET DÉGRADATION SOCIALE

Quels sont «  les effets de la dégradation de l’environnement  », fruit «  du modèle actuel de développement  », c’est-à-dire du “ progrès ” dont nous sommes si fiers, et dont le résultat est «  la culture du déchet  » (n° 44)  ?

En ville, c’est le «  chaos  » où les habitants sont condamnés à vivre «  en étant toujours plus envahis par le ciment, l’asphalte, le verre et les métaux, privés du contact physique avec la nature  » (n° 44).

On n’en finit plus, «  en campagne comme en ville  » (n° 45), d’énumérer les «  signes qui montrent que la croissance de ces deux derniers siècles n’a pas signifié sous tous ses aspects un vrai progrès intégral ni une amélioration de la qualité de vie  » (n° 46).

Quel aveu libérateur  ! En 1970, le mythe du progrès, exalté par le concile Vatican II, habitait l’Église. C’était au beau milieu du règne de Paul VI, «  bienheureux  »  ? vraiment  ? Et pourquoi pas “ docteur du développement des peuples ”. Après quarante ans de «  culte de l’Homme  », voici enfin venue la fin des illusions. Ajoutez à cela «  les dynamiques des moyens de communication sociale et du monde digital, qui, en devenant omniprésentes, ne favorisent pas le développement d’une capacité de vivre avec sagesse, de penser en profondeur, d’aimer avec générosité  » (n° 47).

Le dommage capital est bien identifié par le Pape  :

«  Les relations réelles avec les autres tendent à être remplacées, avec tous les défis que cela implique, par un type de communication transitant par Internet. Cela permet de sélectionner ou d’éliminer les relations selon notre libre arbitre  » et non pas par les dispositions de la Providence.

«  C’est pourquoi nous ne devrions pas nous étonner qu’avec l’offre écrasante de ces produits se développe une profonde et mélancolique insatisfaction dans les relations interpersonnelles, ou un isolement dommageable.  »

V. INEGALITE PLANÉTAIRE

Conséquence  : «  La détérioration de l’environnement et celle de la société affectent d’une manière spéciale les plus faibles de la planète. […]. Par exemple, l’épuisement des réserves de poissons nuit spécialement à ceux qui vivent de la pêche artisanale et n’ont pas les moyens de la remplacer  ; la pollution de l’eau touche particulièrement les plus pauvres qui n’ont pas la possibilité d’acheter de l’eau en bouteille, et l’élévation du niveau de la mer affecte principalement les populations côtières appau­vries qui n’ont pas où se déplacer.  » (n° 48)

C’est pourquoi «  une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres  » (n° 49).

Certains ne craignent pas «  de proposer une réduction de la natalité  » alors que «  la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire  » (n° 50).

Où est donc l’erreur  ? Elle est dans l’exploitation des «  pays moins développés  », spécialement l’Afrique, par des multinationales qui, après avoir épuisé les réserves naturelles du sol et du sous-sol, laissent derrière elles, «  en cessant leurs activités et en se retirant, chômage, populations sans vitalité, déforestation, appauvrissement de l’agriculture et de l’élevage local, cratères, coteaux bouleversés, fleuves contaminés  » (n° 51).

Tout le contraire de ce qu’apportait la civilisation française  ! Il ne fallait pas décoloniser  !

Sur 1, 2 milliards d’Africains, 250 millions souffrent de malnutrition chronique. Ce n’est quand même pas la faute du dérèglement climatique dû à nos émissions de CO 2  ! «  La terre des pauvres du Sud est riche et peu polluée, écrit le Pape, mais l’accès à la propriété des biens et aux ressources pour satisfaire les besoins vitaux leur est interdit par un système de relations commerciales et de propriété structurellement pervers.  » (n° 52)

De fait, beaucoup d’études décrivent actuellement l’Afrique comme le nouvel Eldorado, avec des taux de croissance similaires à ceux de la Chine. Mais la comparaison ne vaut pas  : la Chine est un État centralisé tandis que l’Afrique compte cinquante-quatre États aux PNB très faibles, incapables de s’entendre.

La concurrence est féroce entre pays qui vendent essentiellement des matières premières non transformées à l’extérieur. L’Afrique ne bénéficie donc pas des fruits de la croissance. Le commerce intérieur ne représente que 10 % du montant des échanges, faute de routes et de sécurité.

Il faudrait seulement mettre au travail une population croissante dont la moitié a moins de dix-huit ans, et dont les deux tiers des 18-25 ans sont au chômage. C’est parmi les jeunes diplômés, surtout en sciences humaines, et guère en ingénieurs ou médecins, que les sectes et le djiḥadisme recrutent en cultivant la haine de l’Occident.

Le Père de Foucauld l’avait prévu en 1912. Voici ce qu’il écrivait à sa cousine, Madame de Bondy  :

«   Priez aussi pour tous les musulmans de notre empire nord-ouest africain maintenant si vaste. L’heure présente est grave pour leurs âmes comme pour la France. Depuis quatre-vingts ans qu’Alger est à nous, on s’est si peu occupé du salut des âmes des musulmans qu’on peut dire qu’on ne s’en est pas occupé. On ne s’est pas occupé davantage de les bien administrer ni de les civiliser. On les a maintenus dans la soumission et rien de plus.

«  Si les chrétiens de France ne comprennent pas qu’il est de leur devoir d’évangéliser leurs colonies, c’est une faute dont ils rendront compte, et ce sera la cause de la perte d’une foule d’âmes qui auraient pu être sauvées. Si la France n’administre pas mieux les indigènes de sa colonie qu’elle ne l’a fait, elle la perdra et ce sera un recul de ces peuples vers la barbarie avec perte d’espoir de christianisation pour longtemps.  » (Lettre du 21 septembre 1912)

Le remède  ? «  Il faut, écrit le Pape, que les pays développés contribuent à solder cette dette, en limitant de manière significative la consommation de l’énergie non renouvelable et en apportant des ressources aux pays qui ont le plus de besoins, pour soutenir des politiques et des programmes de développement durables.  » Encore faut-il les doter de dirigeants éclairés et intègres. L’Afrique n’a pas le monopole de la corruption. Mais là, elle est paralysante…

VI. LA FAIBLESSE DES RÉACTIONS

«  Ces situations provoquent les gémissements de sœur terre, qui se joignent au gémissement des abandonnés du monde, dans une clameur exigeant de nous une autre direction. Nous n’avons jamais autant maltraité ni fait de mal à notre maison commune qu’en ces deux derniers siècles.  »

C’est-à-dire à partir de la Révolution française qui a brisé la société chrétienne millénaire que saint Pie X voulait restaurer comme le seul moyen d’arriver «  à la plus grande somme de bien-être possible pour la société et pour chacun de ses membres par la fraternité, ou, comme on dit encore, par la solidarité universelle  » (Lettre sur le Sillon, 25 août 1910, n° 24).

«   Nous le désirons de tout notre cœur  », disait le saint Pontife. Et le pape François aussi  :

«  Nous sommes appelés à être les instruments de Dieu le Père pour que notre planète soit ce qu’il a rêvé en la créant, et pour qu’elle réponde à son projet de paix, de beauté et de plénitude.  » (n° 53)

Mais comment y parvenir  ?

«  La faiblesse de la réaction politique internationale est frappante.  » Tout est soumis à la technologie et aux sciences… qui ne sont pas innocentes  ! «  Il y a trop d’intérêts particuliers, et très facilement l’intérêt économique arrive à prévaloir sur le bien commun et à manipuler l’information pour ne pas voir affectés ses projets.  » (n° 54)

Au point que «  les habitudes nuisibles de consommation ne semblent pas céder mais s’amplifient et se développent […]. Si quelqu’un observait de l’extérieur la société planétaire, il s’étonnerait d’un tel comportement qui semble parfois suicidaire.  » (n° 55)

C’est que l’argent reste roi (n° 56). Conséquence  :

«  Il est prévisible que, face à l’épuisement de certaines ressources, se crée progressivement un scénario favorable à de nouvelles guerres, déguisées en revendications nobles. La guerre produit toujours de graves dommages à l’environnement comme à la richesse culturelle des populations, et les risques deviennent gigantesques quand on pense aux armes nucléaires ainsi qu’aux armes biologiques.  » (n° 57)

Sans méconnaître de belles réalisations telles que «  l’assainissement de certaines rivières polluées durant de nombreuses décennies, ou la récupération de forêts autochtones, ou l’embellissement de paysages grâce à des œuvres d’assainissement environnemental, ou des projets de construction de bâtiments de grande valeur esthétique, ou encore, par exemple, grâce à des progrès dans la production d’énergie non polluante, dans les améliorations du transport public.  » (n° 58)

Mais ce n’est pas assez pour remédier à une écologie plus superficielle ou apparente que réelle, «  qui consolide un certain assoupissement et une joyeuse irresponsabilité  » (n° 59).

VII. DIVERSITÉ D’OPINIONS

Entre ceux qui «  soutiennent à tout prix le mythe du progrès et affirment que les problèmes écologiques seront résolus simplement grâce à de nouvelles applications techniques, sans considérations éthiques ni changements de fond  », et ceux qui accusent l’être humain de menacer et nuire à «  l’écosystème mondial  » par «  n’importe laquelle de ses interventions  » (n° 60), le Pape nous invite au réalisme  :

«  Des points de rupture semblent s’observer, à cause de la rapidité des changements et de la dégradation, qui se manifestent tant dans des catastrophes naturelles régionales que dans des crises sociales ou même financières, étant donné que les problèmes du monde ne peuvent pas être analysés ni s’expliquer de façon isolée. Certaines régions sont déjà particulièrement en danger et, indépendamment de toute prévision catastrophiste, il est certain que l’actuel système mondial est insoutenable de divers points de vue, parce que nous avons cessé de penser aux fins de l’action humaine  : “ Si le regard parcourt les régions de notre planète, il s’aperçoit immédiatement que l’humanité a déçu l’attente divine. ”  » (n° 61)  (À suivre.)

frère Bruno de Jésus-Marie.

Précédent    -    Suivant