La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 155 – Septembre 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


CAMP NOTRE-DAME DE FATIMA 2015

LA PASSION DE SAINTE JEANNE D’ARC

Commentaire de l’oratorio de frère Henry de la Croix
par frère Bruno de Jésus-Marie.

Jugement de Jeanne

«   Mon roi est le plus noble des chrétiens, et qui aime le mieux la foi de l’Église  !  »

NOTRE PÈRE nous a communiqué une grande dévotion à sainte Jeanne d’Arc, dont il disait le message «  plus beau que tout  !  » Il n’a cessé de rappeler ce message à notre pays de France «  en grande pitié  », avec flamme et persévérance, jusqu’à la découverte de l’ouvrage de Charles Boulanger qui l’a décidé à entreprendre une biographie à la hauteur de cette découverte. Il en a confié la rédaction à sœur Hélène. Comme une bonne fille, celle-ci a parfaitement correspondu au dessein de son Père. Restait à le mettre en musique… C’est ce que nous allons faire à l’école de frère Henry, bon fils…

Cette musique parle à ceux qui ont lu le livre. Aux autres… elle donnera envie de le lire  :

«  Jeanne d’Arc, affirmait notre Père, c’est un événement unique dans l’histoire du monde, auquel répond au vingtième siècle l’événement de Fatima, de même importance  : le Ciel, par des miracles tout à fait incontestables intervient, par une humble et fragile femme, dans l’histoire politique des peuples. Telle est la vérité de Jeanne que nous n’aurons jamais fini de contempler et méditer.  » (p. 11)

LE PROLOGUE

Les roulements de timbales et sonneries de cuivres ouvrent le prologue avec solennité pour introduire trois versets du psaume deuxième qui racontent le vain complot des païens contre Yahweh, le Dieu d’Israël et son Oint, c’est-à-dire son Messie, son Roi, son Christ-Roi  :

Quare fremuerunt gentes,
Pourquoi les nations frémissent-elles
et les peuples murmurent-ils un néant  ?
Les rois de la terre prennent position
et les princes forment une union
contre Yahweh et contre son Oint  :
Celui qui siège dans les cieux s’en amuse,
Adonaï les tourne en dérision.

Cette citation du psaume est bienvenue, car c’est toute l’histoire de Jeanne d’Arc  !

L’ouverture du prologue évoque le front des armées rangées en bataille. À cette première sonnerie répond un air de violons, beaucoup plus gracieux, mais bien grave aussi, parce qu’il annonce déjà la cour de Charles VII.

Ce prologue est très couleur “ locale ”, comme une évocation de la musique du quinzième siècle  !

Le jeu des violons nous conduit au premier verset du psaume 2  : «  Quare fremuerunt gentes…  », chanté en polyphonie par le chœur dont toutes les entrées se font en imitation; une sorte de “ fugato ”, solennel, accompagné par les cordes, figure ce «  frémissement  » des Anglais et des Bourguignons ligués contre le Christ, Roi de France, dont Charles VII est le lieutenant.

«  Astiterunt reges terræ…  », les rois prennent position. On passe à trois temps, “ vif et violent ”, toujours en imitation, mais plus rapprochées et à trois voix jusqu’à «  et adversus Christum ejus  », et contre son Oint, où les basses font leur entrée avec les cordes pour la cadence  ; on se croirait au quinzième siècle…

Pour le troisième verset  : «  Qui habitat in cælis…  », retour à la mesure à deux temps et au premier tempo, majestueux comme «  Celui qui siège dans les cieux  », calme et homophonique, c’est-à-dire que toutes les parties ont à peu près le même rythme, contrairement à la polyphonie, et doublé par les cordes et les cuivres.

Ainsi préparés par la musique à ce mystère d’une tragédie où Jeanne proclame hautement la gloire du Christ par ses victoires sur ses ennemis et par son martyre, la scène 1 nous jette dans le camp ennemi.

SCÈNE 1
LA DÉSOLATION DANS LE CAMP ANGLAIS

23 mai 1430. Nous sommes dans le camp anglais devant Compiègne. Les soldats sont au repos et attendent l’ordre d’attaquer. Mais le moral est au plus bas car Jeanne est entrée dans Compiègne pendant la nuit, et elle leur inspire une terreur sacrée.

Le premier mot de l’oratorio est donc un mot anglais  ! «  Goddam  !  » leur juron national  : «  Que Dieu vous damne  !  » d’où vient le mot de Godon, en français, pour désigner ces… damnés Anglais  !

«  Goddam  ! s’il faut aller nous battre contre la Pucelle des Français  ! C’est une sorcière  ! Elle use de sortilèges  ! Son seul nom répand l’effroi.  »

Éloge de Jeanne par ses adversaires  !

«  La vue de son étendard suffit à nous ôter force et courage. Bedford aux abois demande à l’Angleterre des renforts, mais à Londres les soldats refusent de s’embarquer pour la France. Gloucester a dû promulguer un édit contre les réfractaires.

«  À cause de cette femme  !

«  Tant que la Pucelle sera à leur tête, nous ne pourrons rien contre eux.  »

Toutes ces répliques des soldats sont authentiques, attachées à des circonstances diverses.

Ici, nous sommes devant Compiègne.

Bedford  : Jean, duc de Bedford, est l’oncle du roi d’Angleterre, Henry VI de Lancastre qui n’avait pas deux ans lorsqu’il a été proclamé héritier de France et d’Angleterre après la mort du jeune Henry V, le 31 août 1422, en pleine victoire après Azincourt (1415) et la conquête de la Normandie.

Bedford exerce la régence en France, au nom de la domination anglaise solidement installée en Île-de-France et en Normandie.

Gloucester, frère du roi Henry V, exerce la régence en Angleterre.

«  C’est une sorcière  ! Il faudrait la brûler  !  »

C’était le sort des sorcières mais pas celui des prisonniers de guerre. Déjà, à Orléans, les Anglais l’en menaçaient, avec l’appui de l’Université de Paris, de concert avec le régent Bedford et les capitaines anglais.

«  Cessez de craindre, ce n’est qu’une femme, et elle a contre elle des capitaines…  »

Ici, le capitaine anglais, qui a repris le rythme ternaire et syncopé du début, fait une petite parenthèse binaire pour en briser l’élan  :

«  … des jaloux, peut-être même des traîtres  ».

Les soldats reprennent courage et chantent à leur tour en canon, avec modulation, le mot d’ordre de Pétain  : «  Take heart, soldiers, we’ ll get them  ! Courage, soldats, nous les aurons  !  »

Soldats anglais à Compiègne

«  Take heart, soldiers, we’ ll get them  ! Courage, soldats, nous les aurons  !  »

SCÈNE 2
À DOMRÉMY, QUELQUE TEMPS APRÈS

Quelques jours plus tard, alors que la prise de Jeanne n’est pas encore connue, règne une joyeuse animation sur la place du village. Les hommes sont aux champs ou aux armées. Les enfants jouent à la guerre  :

«  Sus à l’Anglais  !

 Jeanne est avec nous  !  »

Les femmes devisent  :

«  Il y a plus d’un an déjà, Jeannette quittait Domrémy pour accomplir sa mission.  »

«  C’était en décembre  » 1428. Durand Laxart vint chercher sa cousine pour les relevailles de son épouse.

«  Sans dire adieu à personne.  »

Même pas à ses parents. Elle avait gardé héroïquement son secret. Une mesure à deux temps vient rompre la mesure à trois temps, pour dire  :

«  La pauvrette  !  »

Mais la musique reprend son cours, et les langues aussi, pour évoquer les actes merveilleux de cette année de grâces  : Vaucouleurs, Chinon, Orléans. Tout cela n’est que mentionné, énuméré, parce que supposé connu des gens de Domrémy… et des bons Français qui vont jouer ou regarder cet oratorio  !

Heureusement, il y a le livre de sœur Hélène  !

Sur le départ, la page 38 est poignante  :

La jeune fille était prête. Il fallait partir sans rien dire, sans un adieu à ses parents. Elle les embrassa un peu plus fort que de coutume, et Durand les prévint que le séjour durerait peut-être quelque temps, jusqu’à ce que son épouse soit complètement remise.

En ce début décembre, Jeanne quittait Domrémy, le cœur broyé… Elle rencontra Mengette.

«  Adieu  ! Mengette, je te recommande à Dieu.  »

Passant devant la maison des voisins, elle dit au père de Gérard Guillemette  :

«  Adieu  ! Je vais à Vaucouleurs.  »

Elle n’eut pas le courage de prévenir sa chère amie Hauviette. Mieux valait pour elles deux ne pas se revoir. «  Son départ me fit beaucoup pleurer, car sa bonté me la faisait beaucoup aimer. Elle était ma compagne de tous les jours.  »

L’hiver était froid, le givre s’accrochait aux branches…

Dans cet arrachement du départ, Jeanne se révèle extrêmement humaine. Elle pleure, elle a peur de cette grande mission qui lui est demandée  : elle ne connaît rien de l’immense pays à traverser. Et cependant, elle part avec courage. L’appel divin est là, plus fort que tout. Le Divin Maître a peu à peu sculpté en elle un cœur de feu, brûlant d’aller sauver la France.

En un mot, Jeanne répond à sa vocation divine avec amour. Elle n’y trouve pas de plaisir, mais un grand attachement, une joie réelle car cette œuvre est celle que Jésus désire voir s’accomplir. Parce que Notre-Seigneur et la Vierge Marie aiment cette œuvre, elle l’aime avec eux, sans rien consulter de ses instincts naturels.

Saisissons bien le fond de son âme à cette heure.

Dans ses profondes méditations, à entendre ses Voix lui dire tout le mal qui se faisait en France, elle avait compris qu’elle ne pouvait aimer Jésus-Christ et Notre-Dame sans souffrir de tant de péchés. Son âme ardente était attirée par le sacrifice et prête à s’immoler avec le Christ, en union à lui, pour les âmes.

Oui, au fur et à mesure que l’archange saint Michel lui avait montré la grande pitié qui étreignait le royaume de France, elle s’était mise à aimer cette tâche qu’elle avait pourtant à craindre et redouter. Plus elle découvrait dans la voix de l’ange combien ce grand dessein était cher aux Cœurs de Jésus et Marie, plus elle l’aimait de l’amour même dont Jésus et Marie l’aimaient. Admirable union de ces trois Cœurs  !

«  Que de merveilles, depuis  !

– Sa démarche auprès de Baudricourt.  »

C’est l’objet du chapitre suivant (p. 39).

«  La chevauchée jusqu’à Chinon pour rencontrer le Roi.  » (chap. 5)

«  La délivrance d’Orléans. Un miracle  !  »

Miracle divin qu’on touche du doigt, qu’on revit au chapitre 10, malgré tous les obstacles humains racontés au chapitre 9  : jalousies et trahisons…

«  . Après cette victoire, elle voulait mener le Roi à Reims sans tarder pour recevoir son Sacre  »

Sur ce mot, la femme déroule une belle vocalise, mais la mélodie chute à cause de l’attitude du Roi  :

«  Il tergiversa, tenant d’inutiles conseils.  »

En effet, après de si merveilleux succès, le Roi et son entourage auraient dû s’attacher à Jeanne aussi passionnément que le peuple et l’armée.

Il n’en fut rien. Plus l’autorité de la Pucelle s’imposait dans le pays, plus la jalousie mordait au cœur de La Trémouille, qui poussait Charles à se soustraire à l’influence de Jeanne et à suivre sa politique tout humaine.

Ce vil courtisan, favori du Roi, faisait sonner haut les écus dont il s’était enrichi par des concussions indignes, allant jusqu’à trafiquer avec le duc de Bourgogne et même avec l’Anglais. Son argent était la principale ressource de la monarchie aux abois. Et il faisait au Roi d’énormes avances, à gros intérêts.

En outre, ennemi juré du connétable de Richemont, dont il avait voulu et obtenu la disgrâce, La Trémouille n’avait pas vu sans un violent dépit Jeanne accepter, devant Beaugency, le renfort des soldats que cet homme lui amenait à ses frais et lui promettre de retrouver la faveur royale.

Il y eut sur ce point lutte ouverte entre Jeanne et La Trémouille qui l’emporta cette fois  : Richemont reçut défense de se présenter devant Charles VII. «  Le Roi faisait ainsi pour l’amour du seigneur de La Trémouille qui avait la plus grant autorité autour de luy.  » La Pucelle fut peinée  : l’union ne se scellait pas. Le sang de France ne voulait donc pas se réunir contre l’ennemi commun  !

Criminel autant que perfide, le favori ne craignait pas de sacrifier à ses vengeances et à ses jalousies les meilleurs défenseurs de la France. Tel était l’homme que la sainte allait trouver sans cesse sur son chemin.

Le chancelier Regnault de Chartres, dévoré d’ambition, secondait La Trémouille et dissimulait mal son parti pris contre cette vierge guerrière.

Enfin, Jeanne avait contre elle les gens de l’hostel du Roi, amis des faveurs et des plaisirs, qui ne pouvaient souffrir l’atmosphère de vertu dont elle voulait entourer Charles ni l’ascendant qu’elle exerçait sur le moral de l’armée et sur les capitaines. L’envoyée du Ciel portait ombrage à tout ce monde léger et égoïste. Pour être latente, l’hostilité contre elle n’en était pas moins palpable.

Impressionnante solitude de cette humble jeune fille au milieu de conseillers qui ne pensent qu’à l’étouffer et se débarrasser d’elle pour s’allier au Bourguignon et faire des affaires avec les Anglais.

Mais la grâce de Dieu agissait en elle. Étrangère aux intrigues de la cour, la Pucelle, fortifiée par ses Voix, restait la pure enfant de Domrémy. Avec sa droiture coutumière, elle n’envisageait que le droit du Roi, l’union des princes et des chefs et le bien du royaume.

D’un côté, les manigances des hommes. De l’autre, l’action de Dieu (p. 134-135).

«  Pourtant, en dix jours elle nettoya la Loire des Anglais  :  »

Les femmes montrent leur étonnement, leur incompréhension de l’attitude du Roi par un passage à deux temps. Puis la musique reprend son allure et les femmes l’énumération des victoires sur la Loire  :

«  Jargeau, Meung, Beaugency, Patay  »,

et sur la route de Reims.

Les cloches disent la liesse du peuple de Reims accueillant son roi Charles.

Puis c’est une explosion de joie  : «  “ Noël  ! Noël  ! ” La France va revivre  !  »

Tous les instruments rivalisent avec les voix.

Le calme revient pour dire le bonheur de la France qui «  a retrouvé sa tête, elle a retrouvé son Père  ». Puis les cris de «  Noël  !  » reprennent de plus belle.

«  Jeanne a été envoyée du Ciel pour cette mission.  »

Les femmes ont repris leur dialogue sur la mission de Jeanne et elles font des prévisions pour un proche avenir, à condition que le Roi le veuille. On sent déjà que ce n’est pas très sûr. Silence inquiet.

«  Hélas  ! Il hésite  », continuent-elles. Il n’avait pourtant pas que de mauvais conseillers (p. 153-154).

Le pieux Gerson, par exemple, donnait cet avertissement au lendemain d’Orléans  :

«  Toutefois, le parti qui a le bon droit doit prendre bien garde que son incrédulité, son ingratitude, ses autres prévarications ne fassent cesser le secours divin qui a déjà produit ses effets merveilleux, comme cela arriva pour Moïse et les fils d’Israël. Dieu sans doute ne change pas ses desseins, mais les fautes des hommes l’y obligent.  »

De son côté, l’archevêque Gélu avait déclaré  :

«  Le Roi, s’il ne suit pas les conseils de la Pucelle, s’il s’appuie sur la prudence humaine, doit craindre, tout en croyant bien faire, d’être abandonné par le Seigneur, de ne pas obtenir ce qu’il désire, d’être frustré dans ses espérances.  »

«  Pourtant Jeanne sait qu’elle ne doit durer plus d’un an  »; à ces mots, la musique s’assombrit tout en gardant la mesure à trois temps.

Soudain, coup de théâtre, les enfants reviennent sur scène en annonçant l’arrivée d’un messager de Vaucouleurs. Tous se pressent autour de lui pour savoir les nouvelles.

Celui-ci leur annonce qu’ «  ils ont pris Jeanne à Compiègne  ». Surprise, stupeur des villageoises marquée par les points d’orgue. Ils ne peuvent ni ne veulent le croire.

«  Ils ont pris Jeanne à Compiègne. – Jeanne ? Prise ? Non... »

«  Ils ont pris Jeanne à Compiègne.
– Jeanne  ? Prise  ? Non…  »

Après avoir repris son souffle, le messager se lance dans le récit navrant de cette sombre journée. En quelques phrases, il résume toute l’affaire. D’abord, avec calme  : «  Jeanne a fait une sortie, en fin d’après-midi.  » Puis il s’anime au rythme de l’action qu’il décrit  :

«  Rencontrant de la résistance, la masse des Français, pris de panique, refluait vers la ville, quand le pont-levis se releva, laissant la Pucelle hors les murs, presque seule.  »

Puis, sur une pédale de quinte aux cuivres, il dit  : «  L’ordre émanait du capitaine de la place, nommé Flavy. Il a trahi pour de l’argent.  »

La phrase est lourde, les villageois laissent éclater leur indignation  : «  Le traître  !  »

L’arrestation de Jeanne est racontée par sœur Hélène, aux pages 189-190  :

«  Hâtez-vous de regagner la ville, lui crièrent ses gens, sinon, vous et nous sommes perdus.  »

– Taisez-vous, répondit Jeanne “ très marrie ”, il ne tient qu’à vous qu’ils soient déconfits. Ne pensez qu’à frapper sur eux.  »

Hélas  ! c’était déjà trop tard, les ennemis occupaient les abords du boulevard et du pont. La masse des Français rentrait, poussée, pressée, bousculée, confuse, par le pont. Subitement la partie de celui-ci qui formait pont-levis se releva. L’ordre émanait de Flavy.

«  Le capitaine de la place, voyant la grande multitude de Bourguignons et Anglais prêts d’entrer sur son pont, pour la crainte qu’il avait de la perte de la place, fit lever le pont de la ville et fermer la porte  », nous rapporte Perceval de Cagny. Comment un Français pouvait-il ainsi laisser consciemment la Pucelle hors les murs  ? Jeanne était trahie par les siens.

«  Et ainsi la Pucelle demeura enfermée dehors et peu de gens avec elle. Quand les ennemis le virent, tous s’efforcèrent de la prendre  ; mais elle résista très fort contre eux.  » En effet, elle tâchait toujours de couvrir les nôtres restés avec elle. À la fin, elle fut acculée au fossé où six hommes ensemble tentèrent de la saisir. «  Les uns mettant la main sur elle, les autres sur son cheval, chacun d’iceulx disant  :

 Rendez-vous à moy et baillez votre foy.

 Je ay donné et baillé ma foy à un aultre que à vous, et je luy tiendrai mon serment  !  »

Cri d’amour et de fidélité à son unique Seigneur  !

Mais notre vaillante guerrière «  tirée bas de son cheval par un archier qui appartenait au bâtard de Vendôme, fut emmenée à Margny et avec elle Poton et aulcuns aultres  », notamment son frère Pierre et Jean d’Aulon. En même temps qu’elle, son prestigieux étendard tombait aux mains de l’ennemi. Quel cri de triomphe devant ce trophée  !

Un immense et implacable Hourrah  ! jaillit dans le camp des Bourguignons et des Anglais. Le soldat qui avait capturé Jeanne fut plus joyeux que s’il eût pris «  un roy  ». Les Anglais «  firent de grands cris et resbaudissements, car ils ne redoutaient aucun chief de guerre tant comme ycelle Pucelle  ». Rien ne prouve mieux l’importance du rôle de Jeanne que cette joie tapageuse (p. 189-190).

Le messager ajoute que Jeanne avait annoncé la trahison, et le chœur chante ce qu’elle avait dit  :

«  Mes enfants et mes chers amis, je vous signifie que l’on m’a vendue et trahie et que bientôt je serai livrée à la mort.  » Sur un air triste et lourd. Les cordes détachent les notes pour souligner le caractère implacable, accablant, de cette “ nécessité ”, tandis que le chant lié inspire un sentiment de soumission.

Les femmes en sont abattues et concluent tristement, mais avec une pointe d’espérance  :

«  Sûrement, le Roi va faire quelque chose. Il ne peut pas l’abandonner…  »

Sitôt la chose connue, le très loyal archevêque Gélu, bouleversé, écrivit au souverain «  de ne rien épargner pour libérer la captive  ; sinon il se rendrait coupable de la plus noire des ingratitudes  » (p. 194).

Des prières seront ordonnées en quelques villes, mais c’est tout. Sainte Thérèse avait tout compris  :

«  Jeanne, tu m’apparais plus brillante et plus belle Qu’au sacre de ton Roi, dans ta sombre prison. Ce céleste reflet de la gloire éternelle Qui donc te l’apporta  ? Ce fut la trahison.

«  Ah  ! si le Dieu d’amour en la vallée des larmes N’était venu chercher la trahison, la mort, La souffrance pour nous aurait été sans charmes. Maintenant nous l’aimons, elle est notre trésor.  » (Poésie 50, mai 1897, À Jeanne d’Arc [sur la trahison])

SCÈNE 3
JEANNE DANS SA PRISON DE ROUEN

Du côté français, hélas  ! Jeanne semble être tombée dans l’indifférence. Après être passée de prison en prison, des Bourguignons aux Anglais et finalement à Rouen, place forte des Anglais où le petit roi Henry VI d’Angleterre demeurait avec son oncle Bedford, régent pour le royaume de France, et son grand-oncle Henry Beaufort, cardinal de Winchester, et Richard de Beauchamp, comte de Warwick, capitaine de la forteresse.

«  Dieu a-t-il abandonné Jeanne  ? Non, bien sûr. Cependant, il fallait que la seconde face de la vie de notre sainte témoigne de l’authentique et divine vérité de la première, par la Croix. Nous entrons là plus profondément dans l’histoire mystique de la Pucelle, âme aimée de Dieu  », écrit notre sœur Hélène (p. 198).

Un chœur chante tristement, et même avec une certaine lourdeur, les premiers versets du psaume 21, pour exprimer la déréliction où se trouve Jeanne après des mois de prison  :

«  Mon Dieu, mon Dieu  ! secourez-moi  ; pourquoi m’avez-vous abandonnée  ?  »

La mesure à trois temps est “ cassée ” par la mesure à deux temps sur «  La clameur de mes cris angoissés monte vers vous  », plus pressant en une longue montée de plus d’une octave.

Après ce «  cri angoissé  », la musique se calme et on découvre Jeanne enchaînée dans sa prison, se plaignant doucement à Dieu de l’abandon où elle est.

Elle commence doucement, en comparant l’empressement de ses ennemis à l’indifférence de ses amis, passant, en trois bonds, de la douceur à l’indignation  :

«  Les Bourguignons m’ont capturée, Les Anglais m’ont achetée à grand prix, Mais que font les Français  ?  »

Sa deuxième phrase reprend la même progression, en trois bonds  :

«  Me voilà enchaînée, Abandonnée des miens…  »

Mais la troisième partie de la phrase est plus développée et dramatique, avec renfort d’instruments, batteries de violons et crescendo  :

«  … À la merci de mes geôliers, Vraies bêtes féroces…  »

La fin est lourde, et marque la fatigue d’une longue lutte  :

«  … Acharnées à me déshonorer…  »

La musique devient plus calme, mais vibrante de son amour de Jésus, de l’Eucharistie, qui l’entraîne à faire de grandes choses, et qui est premier.

«  J’ai une telle faim de Vous, Ô mon Dieu, ma force, Et tout sacrement m’est refusé…  »

À la fin de la phrase, les cordes se taisent, la laissant à sa solitude.

Tout à coup, on entend des voix célestes, le chœur “ bouches fermées ” soutenu par les cordes en trémolos légers qui laissent entendre les bois exécutant des arpèges descendants. Ce sont sainte Catherine et sainte Marguerite qui viennent la consoler. Elles entrent par-derrière Jeanne, qui semblera les voir devant elle, extasiée.

«  Oh  ! mes saintes, vous venez donc pour me délivrer  ?  »

Ces paroles sont empruntées à la Récréation pieuse de sainte Thérèse (n° 3). Pauvre Jeanne, elle attend sa délivrance. Le piano l’accompagne, plus intime.

Sainte Marguerite ne la détrompe pas  :

Jeanne, sainte Catherine et sainte Marguerite.

«   Jeanne, dans ta prison, sous le poids de ta chaîne. Tu souffres pour ton Dieu, et tu sauves ton Roi…  »

«  Oui je te l’ai promis, la victoire est certaine, Le royaume des Francs conservera la foi…  »

Rythme martial et sauts de quartes et trompettes pour la victoire, mais elle ne dit pas de quelle sorte sera cette victoire… jusqu’à la fin ses Voix la réconforteront sans tout lui dire, uniquement ce qu’il faut pour la guider dans les réponses à faire à ses juges.

Sainte Thérèse, docteur de l’Église, met la clef de ce “ secret ”, l’enjeu du drame, dans la bouche de sainte Marguerite  :

«  Jeanne, dans ta prison, sous le poids de ta chaîne Tu souffres pour ton Dieu, et tu sauves ton Roi.  »

Tout est dit  ! L’orgue reprend sa place pour ce passage éminemment religieux dans un si bémol mineur très doux, la leçon est toute maternelle. Cette pensée si riche de sainte Thérèse est reprise en duo par les deux saintes avec un accompagnement de violoncelles et contrebasse, bientôt rejoints par les autres cordes pour donner de l’ampleur et terminer dans le ton glorieux mais doux de mi bémol majeur après bien des modulations.

SCÈNE 4
À LA COUR DE CHARLES VII

Encore une petite scène, avant le procès, qui nous permettra de juger l’état des esprits dans le camp français. Nous verrons l’autre camp dans la scène suivante.

Il s’agit de trois dames de la cour, qui devisent dans la salle d’honneur où l’on voit le trône du Roi. Elles sont toutes trois acquises à Jeanne.

Yolande d’Aragon, belle-mère du Charles VII, plus lucide que lui et défendant la “ politique ” de Jeanne. C’est elle qui fut chargée, à Poitiers, d’examiner l’intégrité corporelle de Jeanne (p. 60).

Marie d’Anjou, sa fille, épouse de Charles VII, reine de France.

Jeanne les rencontrera à Tours. Toutes deux reconnaissaient en la Pucelle l’envoyée de Dieu (p. 118). Mais, hélas  ! l’ensemble de la cour ne partageait pas leur opinion.

La troisième femme est Marguerite La Touroulde, dame d’honneur à qui fut confiée Jeanne lors de son séjour à Bourges (p. 175). Elle aussi acquise à Jeanne.

Nos trois dames s’indignent du peu de cas que l’on fait de la captivité de Jeanne. Elles sont très lucides sur les intentions de Cauchon et des Anglais, et sans illusion sur l’inertie française, pour ne pas dire plus… Le Roi a sa politique qui n’est pas celle de Jeanne, l’envoyée de Dieu.

Dans leur entretien, elles alignent les raisons que le Roi a de croire en Jeanne, et de lui porter secours  :

  •  son examen à Poitiers par des théologiens,
  •  sa virginité, signe de sa “ mission divine ”,
  •  les secrets du Roi connus d’elle,
  •  la délivrance d’Orléans et bien d’autres choses encore.

Il ne reste plus qu’à obéir puisque le Ciel a parlé.

La musique est ici un peu particulière, volontairement influencée par les maîtres du quinzième siècle, tel Dufay  : c’est un trio, dans une musique à 6 / 8 profane, où la première chante une phrase et, tandis que la deuxième lui répond sur la même mélodie, la première l’accompagne en vocalisant sur une syllabe, ainsi de suite, avec, bien sûr, des syncopes, une basse instrumentale indépendante  ; et l’orgue exécute des motifs ornementaux bien d’époque. Ajoutez des bois pour soutenir chacun une voix et la clochette, vous êtes à la cour de Charles VII… ou de Bourgogne  ! Cela vaut toute une description savante de bien des “ historiens ”…

« Le Roi n’a rien tenté pour Jeanne. Il a sa politique d’entente avec les Bourguignons. »

«  Le Roi n’a rien tenté pour Jeanne. Il a sa politique d’entente avec les Bourguignons.  »

SCÈNE 5
L’ASSEMBLÉE DES CONJURÉS

Nous entrons maintenant dans le camp ennemi. L’évêque de Beauvais Pierre Cauchon réunit ses principaux acolytes pour leur donner des instructions, comme il le fera tout au long de ce procès.

Cauchon va établir les buts et les règles du procès, afin de faire périr Jeanne «  en bonne forme et dans les règles  » (p. 200).

En fait, l’ensemble de ce tribunal, mises à part quelques consciences délicates vite étouffées, est aux ordres des «  ennemis capitaux  » de l’accusée.

Tout au long du procès, nous constaterons un apparent “ respect des formes ”, joint à un mépris flagrant du droit et de toute justice.

Avec un luxe de procédure, mise en œuvre par soixante assesseurs ou délibérants, tous choisis par Cauchon et vendus aux Anglais. La plupart sont de la puissante Université de Paris, elle-même aux mains des Anglo-Bourguignons, non par opportunisme mais par conviction et esprit schismatique  : ils sont conciliaristes en religion, nominalistes en philosophie, démocrates en politique  !

Ce sont eux qui vont juger de la triple fidélité de Jeanne à son Dieu, au Pape de Rome et à son Roi  !

Dans cette scène, tout est historique mais recomposé.

« Le procès d’office va s’ouvrir et il faut que Jeanne en sorte coupable dans une légalité apparente. »

«  Le procès d’office va s’ouvrir et il faut que Jeanne en sorte coupable dans une légalité apparente.  »

Le chœur commence par la première strophe d’une hymne, composée à la manière du “ Stabat Mater ” dont elle épouse la métrique, et qui va parcourir tout le procès avec des airs différents selon le contexte. Inutile de vous dire que l’hymne est de la composition de nos sœurs.

La première strophe, traitée en canon à deux voix et basse libre, démasque la résolution de ces démons  : “ Souillons le lys de France ”.

Cauchon attaque directement  : «  Jeanne déclare avoir reçu sa mission de Dieu…  », sur un ton déclamatoire, autoritaire, «  Pour la perdre dans l’opinion, et Charles VII à travers elle, nous proclamerons que sa mission était de Satan.  »

Après un petit intermède où les bois reprennent sa mélodie, il continue  : «  Nous ferons un procès en matière de foi. Elle doit abjurer.  » Les violons entrent en crescendo à mesure que son plan diabolique se dévoile  : «  Tout est déjà programmé, jusqu’à la sentence finale. L’Université de Paris nous soutient.  » C’est maintenant l’entrée des cuivres tandis que les violons sont de plus en plus déchaînés. «  Le très redouté roy de France et d’Angleterre paie les frais du procès  : nous ne pouvons les décevoir.  »

C’est clair  : c’est un procès anglais conduit par l’Université de Paris.

La musique est retombée, Jean de La Fontaine, commissaire conseiller, chargé d’interroger Jeanne, passe pour avoir quitté Rouen sur les menaces de Cauchon parce qu’il était trop bon avec Jeanne.

Il prend la parole pour rendre compte des résultats des examens corporels qu’on a fait subir à Jeanne sous la direction de la duchesse de Bedford. Il est mal assuré, car il sait qu’il va contrarier Cauchon  :

«  La duchesse a déclaré que Jeanne était vierge et intacte, et elle a fait défendre aux gardiens de la violenter.  » Pour Cauchon, qui traitait Jeanne de fille débauchée depuis le début, c’est un grave désaveu (p. 204). Il résout la question en étouffant la constatation finale, et en imposant le silence à tous.

Les bois accompagnent le chant de La Fontaine donnant les résultats de l’enquête qui conclut à la virginité de Jeanne, tandis que les cuivres soutiennent Cauchon qui donne ses ordres pour que ça ne se sache pas.

La Fontaine rapporte aussi les résultats de deux enquêtes faites à Domrémy afin d’y récolter des informations pour le dossier. Mais elles sont favorables à Jeanne. Fureur de Cauchon – accents violents aux cordes et chant saccadé – qui soupçonne les enquêteurs d’être du parti de Jeanne, refuse de les indemniser et de verser les enquêtes au dossier.

Ici, frère Henry prête à Courcelles, le plus fielleux membre de l’Université, qui passe pour un saint homme, toujours les yeux baissés  ! l’idée de se servir de ces deux enquêtes pour en tirer des articles contre Jeanne en matière de foi. Le chant est tortueux, tandis que la réponse de Cauchon est accompagnée par les cuivres, lugubres. «  Oui, Manchon va nous faire un rapport, dans ce sens  », ce sera le “ rapport Manchon ” qui se substitue aux témoins  !

Tout cela ne fait qu’introduire les instructions données par Cauchon, sur un ton sentencieux, à la veille de l’ouverture du procès d’office. L’évêque n’a qu’un souci  : garder les apparences de la légalité afin que l’opinion ne s’élève pas contre lui (p. 207).

Il ne veut qu’une chose  : déclarer Jeanne coupable, et à ce titre la punir, selon la volonté du gouvernement anglais. Seul “ juge ” en réalité, il va tout conduire, faisant mouvoir au gré de son ambition, de sa haine et de sa cupidité, le vice-inquisiteur et ses assesseurs, convoqués uniquement pour servir de caution morale au jugement réclamé. C’est ce qu’il explique à ses acolytes dans notre texte. Il se montrera extrêmement ombrageux. À la moindre parole qui semblera favorable à l’accusée, il répondra par des menaces d’emprisonnement, voire de noyade dans la Seine.

Il n’hésitera pas non plus à faire “ chanter ” ceux qui sont compromis dans des scandales, tel l’huissier Jean Massieu, prêtre, dans une affaire de corruption, plus tard poursuivi pour atteinte aux mœurs  !

Cauchon est un homme puissant, calculateur, sans scrupule et parfaitement maître de lui.

Le chœur, consterné de ce qu’il vient d’entendre, reprend son hymne à la deuxième strophe, stigmatisant l’attitude inique de ces juges prétendus. Chœur sobre, malgré une mélodie ornementale aux premiers violons, qui se termine dans les graves pour évoquer «  le venin du sombre enfer  » qui coule dans leurs veines.

SCÈNE 6
LE PROCÈS D’OFFICE

Première partie

Le 9 janvier 1431 eut lieu l’ouverture du procès d’office. Il se déroulera en six séances publiques et se poursuivra en interrogatoires secrets, en comités restreints, dans la cellule de Jeanne.

Frère Henry a résumé ces six séances en trois parties, en abrégeant, car les juges reviennent sans cesse sur les mêmes questions, parfois ridicules, pour déstabiliser l’accusée. Mais Jeanne fait front avec un calme, un courage, une assurance, un équilibre souverains. Et même une certaine candeur qui va jusqu’à la bonne humeur. Il y avait là de quoi réveiller la conscience des juges, tous ecclésiastiques  !

Cauchon siège, entouré de ses assesseurs, dont le nombre est allé jusqu’à plus de soixante  !

Ces six premières séances offrent le caractère commun d’être orageuses, ces “ maîtres en Israël ” se laissant aller à leur impétuosité. Ils interrogeaient tous à la fois, brisant le fil du débat principal, coupant les réponses de Jeanne, cherchant à la déconcerter et à l’embarrasser. «  Avant qu’elle eût donné sa réponse à l’un, un autre des assistants lui interjetait une autre question, par quoi elle était souvent précipitée et troublée en ses réponses.  » Jeanne leur disait calmement mais fermement  :

«  Beaux seigneurs, faites l’un après l’autre.  »

Et Massieu ajoute, admiratif  :

«  Et je m’étonnais de voir comment elle pouvait répondre aux interrogations subtiles et captieuses qui lui étaient faites, auxquelles un homme lettré aurait eu peine à bien répondre. L’examen durait généralement de huit heures à onze heures du matin.  »

Le second trait commun est l’absence totale d’impartialité. Ils étaient dévoués aux Anglais corps et âme  : ces derniers voulaient la mort de Jeanne, il fallait donc la condamner. Toute forme d’injustice était permise. Ainsi de faux greffiers, à la dévotion de Monseigneur de Beauvais, furent installés afin de gêner le greffier assermenté  :

«  Furent mis deux hommes du commandement de Monseigneur de Beauvais en une fenêtre près du lieu où étaient les juges. Et y avait une serge près de ladite fenêtre afin qu’ils ne fussent vus  ; lesquels deux hommes écrivaient et rapportaient ce qui faisait charge contre Jeanne, en taisant les explications qui l’excusaient  », confiera Manchon.

Guillaume Manchon, chanoine de Rouen, greffier et notaire du procès, était au traité de Troyes, en 1420. Et il sera au procès de … sa propre réhabilitation, en 1456  !

La scène s’ouvre sur une forme musicale très répandue au quinzième siècle  : le faux-bourdon qui nous vient… d’Angleterre  ! C’est peut-être la seule chose heureuse qu’on doive aux Anglais et ils nous l’ont fait payer cher  ! «  Une armée victorieuse est précédée par des trompettes et suivie par des professeurs de musique  », disait un historien pour expliquer cette influence anglaise sur notre musique du quinzième siècle.

Aux demandes de Jeanne d’assister à la Messe, répond un déchaînement verbal et instrumental  :

«  Vu ses crimes et l’inconvenance de son habillement, il convient de surseoir  » à cette demande d’assister à la Messe, disent les assesseurs, et Cauchon approuve, évidemment. Puis, il demande sèchement qu’on fasse entrer «  la femme  ».

Dans cette assistance entièrement hostile à Jeanne, la tension était à son comble  : cette sorcière, cette menteuse, ils allaient enfin la voir  ! Tous les regards étaient fixés sur la porte où paraît la Pucelle aux côtés de Massieu, en habit d’homme, les fers aux pieds et aux mains. Toujours simple et modeste, elle va prendre place sur le siège qui lui est préparé, près de la table des greffiers. Mais tous se lèvent, même Cauchon  !

Une mélodie simple, sans artifice, traduit l’effet produit, qui a déconcerté un instant l’Adversaire. L’innocence de cette humble jeune fille en impose  !

Commence alors la première passe d’armes entre Cauchon et Jeanne à propos du serment qu’il veut lui faire prêter sans restriction. Jeanne sent le piège et refuse, à trois reprises.

Dans la réalité, ce fut beaucoup plus long, et la lutte reprit à chaque séance, entre cette vierge pure, et ce démon. Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, est un ignoble personnage. Il cumule les charges et les bénéfices  ; son parcours est celui d’un redoutable révolutionnaire  ; il le mène en 1413 à conduire la révolte des cabochiens, qui déchaîna un enfer dans Paris. C’est un scénario que nous connaissons maintenant  : sous prétexte de porter enfin remède aux maux de la France, un parti des “ réformes ” s’était constitué dans la ville, sous l’égide du duc de Bourgogne (1412). Pour guérir la plaie d’argent, chronique depuis trente ans, on convoqua les états généraux, en janvier et février 1413.

Vraiment ladite “ Révolution française ”, satanique dans son essence, n’a rien inventé, parce que le diable n’a pas d’imagination. Il veut détruire le règne du Christ toujours par les mêmes procédés.

La révolte populaire soutient dans la rue les plans de la réforme aristocratique. L’émeute éclate le 27 avril 1413 par la prise de la Bastille. La corporation des bouchers, dirigée par Simon Caboche, tient le pavé de Paris. D’où le nom de “ révolution cabochienne ”. Arrestations arbitraires, emprisonnements massifs de tous les modérés, suspects d’être des “ Armagnacs ”, enfin massacres atroces dans les prisons, scènes effrayantes de barbarie diabolique et de carnage dans la rue, accompagnent la promulgation par le Roi de l’ordonnance “ cabochienne ” du 26 mai 1413. Elle prévoyait la constitution de nombreux conseils élus qui assisteraient le Roi, contrôleraient son pouvoir et celui de ses officiers  : un régime parlementaire s’instituait, sous la puissance effective de Bourgogne, le Rebelle, qui avait arraché à Charles VI cette ordonnance.

En 1415, sûr de son fait, Henri V d’Angleterre débarque et conquiert méthodiquement le pays, ravageant tout. Déjà l’empereur d’Allemagne, retourné contre nous, lui donne du “ roi de France  ”  ! Un instant réconciliée, toute la chevalerie française court à la bataille contre l’Anglais, consommant son anéantissement… C’est Azincourt  : sept mille tués contre quatre à cinq cents du côté ennemi, malgré un rapport de force deux à trois fois supérieur en faveur des Français  ; mille cinq cents prisonniers dont l’un des plus illustres de la maison de France, Charles, duc d’Orléans, cousin du Roi.

Dès l’année suivante, Henri V entreprend la conquête de la Normandie. Il met le siège devant Rouen  : après une résistance acharnée et héroïque, la ville, réduite à la famine, subit les conditions du vainqueur. En 1419, toute la Normandie est anglaise.

Cette même année 1419, à Montereau, les gens du Dauphin tuent Jean de Bourgogne, dit Jean sans Peur, par défiance de sa traîtrise et pour se venger de l’assassinat du duc d’Orléans. La France se trouve coupée en deux. Le midi tient pour Armagnac, le nord pour Bourgogne…

L’abbé de Nantes, dans son histoire volontaire de France, résume ainsi la suite des événements  :

«  Philippe, dit le Bon, fils de Jean sans Peur, se jette alors ouvertement dans l’alliance anglaise. Déjà son père tenait Paris et là, à sa merci, le pauvre roi dément et la reine tombée en une autre folie, de scandaleuse luxure. Déjà ils avaient proclamé la déchéance du “ soi-disant Dauphin ”, futur Charles VII, et aboli sa lieutenance sur le royaume, l’exhérédant du trône, au grand émoi et à la magnifique protestation juridique et mystique de Jean de Terrevermeille.

«  Mais voici, entre ces hideux complices autour du Roi fou, la trahison suprême, l’horrible traité de Troyes qui achevait la ruine du royaume  : Charles VI donnerait sa fille Catherine à Henri V d’Angleterre, qui serait ainsi reconnu maître du gouvernement de la France et héritier unique, exclusif, du trône de Saint Louis.  »

«  “ Il est convenu, stipule le traité où l’on fait parler le pauvre Charles VI, que, aussitôt après notre décès, et dorénavant, la couronne et le royaume de France avec tous leurs droits et appartenances demeureront perpétuellement à notre fils le roi d’Angleterre et à ses héritiers. ”  »

S’installa alors ce qu’on appela la «  double monarchie  »  : désormais les armes d’Angleterre porteront, à côté des léopards traditionnels, les fleurs de lys de France. C’était le 21 mai 1420.

Là encore, l’Université de Paris joua son rôle, ratifiant avec enthousiasme le texte du traité. Le corps parisien députa maître Pierre Cauchon et ses collègues universitaires, Jean Beaupère et Guillaume Manchon à Troyes. En récompense de ses bons services, Cauchon sera nommé comte-évêque de Beauvais, pair de France. (p. 17-18)

Revenons à notre “ procès ”.

Cauchon ordonne à Jeanne de prêter serment, sur un ton calme, carré en 2 / 4, tandis que les réponses de Jeanne sont plutôt ingénues, presque joyeuses en 3 / 8, comme si elle ne se considérait pas en présence d’ennemis sans foi ni loi  :

«  Je ne sais sur quoi vous voulez m’interroger  ; peut-être me demanderez-vous des choses que je ne dois pas vous dire.  »

Déchaînement des assesseurs qui la traitent d’insolente, de ribaude et bien d’autres mots qui ne se mettent pas en musique  ! Les cuivres et l’orgue plein jeu soutiennent ce chœur de six voix d’hommes dans un beau désordre  !

Cauchon les calme, se donnant l’air impartial, et répète sa demande, sur un ton plus haut, pour essuyer un nouveau refus où Jeanne accepte seulement avec tendresse de parler de son père et de sa mère, et, sur un ton martial, du «  chemin de France  » qu’elle prit un jour  ; mais elle change de mesure pour affirmer avec une fermeté inébranlable – à deux temps – qu’elle ne dira à personne ses révélations sinon à son Roi, «  dût-on me couper la tête…  » Nouveau déchaînement des assesseurs, et Anglais.

Cauchon reprend pour la troisième fois, plus haut, exaspéré, mais en limitant sa demande. Cette fois, Jeanne accepte de jurer sur le missel que lui tend Massieu, toujours en 3 / 8, avec fraîcheur et souplesse.

Pendant que chacun se met en place, le chœur raconte qu’à chaque séance ils tenteront d’élargir ce serment sans succès, Jeanne refusant de prêter un serment sans restriction qui la livrerait à ses ennemis.

Jean Beaupère, ancien recteur de l’Université, payé par les Anglais, est chargé de l’interroger. Sa tactique est de revenir sans cesse sur les mêmes sujets pour fatiguer Jeanne et la déstabiliser.

Le piano accompagne souvent ses questions, tandis que l’orgue soutient Jeanne. Mais ce n’est pas pour donner systématiquement le mauvais rôle au piano, car il interviendra aussi dans les passages intimes…

Pareillement, le rythme binaire servira plutôt les premiers tandis que le ternaire, surtout le 3 / 8, plus souple, sera pour Jeanne.

Beaupère attaque donc sur les Voix, et les assesseurs en rajoutent, sur le ton le plus soupçonneux et grave  :

«  Saint Michel avait-il une couronne  ?

«  Quels étaient ses vêtements  ?  »

Les réponses de Jeanne sont souvent savoureuses, parfois elle semble s’amuser, mais pas insolente comme la présentent les films.

À un assesseur qui s’inquiète parce qu’elle n’a pas remarqué les vêtements de saint Michel  :

«  Était-il donc nu  ?  » Elle répond  : «  Pensez-vous que Dieu n’ait pas de quoi le vêtir  ?  »

Surpris de la réponse, quelques-uns commenceraient à se laisser conquérir, si Cauchon ne veillait…

Un autre, chauve, lui demande si saint Michel avait des cheveux… «  Qui les lui aurait rasés  ?  » répond-elle, espiègle. Sourire des juges. Cauchon est obligé de les fusiller du regard pour les rappeler à leur devoir… d’ennemis.

« Il faut que tu ailles en France, Jeanne, va en France ! »

«  Il faut que tu ailles en France, Jeanne, va en France  !  »

Beaupère revient à la question cruciale  : «  Que vous disaient vos Voix  ?

– Elles me racontaient la grande pitié qui était au royaume de France, m’enseignant que ce royaume appartient à Jésus-Christ dont le dauphin est le lieutenant, et que moi seule sauverais le pays.  »

Magnifique réponse qui dit toute sa vocation.

Le chœur chante ce que lui disent ses Voix  : «  Il faut que tu ailles en France, Jeanne, va en France  !  » sur un rythme martial et répété jusqu’à ce qu’elle se mette en route.

L’interrogateur continue en affinant sur les enseignements moraux des Voix. Comme la réponse de Jeanne ne donne aucune prise à leur inquisition, Beaupère tire alors le débat vers la personne du roi Charles. Comment l’a-t-elle reconnu  ?

C’est l’annonce du récit de la rencontre de Chinon et de la reconnaissance du Roi, que nous allons voir jouer. Et la scène s’achève sur une demi-cadence qui sert de points de suspension…

SCÈNE 7
LA RECONNAISSANCE DU ROI CHARLES

« Moi je te dis de la part de Messire que tu es vrai héritier de France et fils du Roi. »

«  Moi je te dis de la part de Messire que tu es vrai héritier de France et fils du Roi.  »

Tout à coup, on assiste à un “ flash-back ”, comme on dit en… français  ! c’est-à-dire à un retour en arrière.

Nous nous retrouvons à Chinon dans la grande salle d’honneur, où des groupes discutent avec animation près du trône du Roi, tandis qu’une musique de cour, charmante, contraste avec l’excitation ambiante. On attend quelque chose…

Le dauphin Charles installe sur son trône Charles de Bourbon, et va se cacher. Puis tous les regards se tournent vers Jeanne qui fait son entrée, conduite par un seigneur qui lui montre Charles de Bourbon en lui disant  : «  Voilà le Roi, Jeanne.  » Celle-ci avance vers le faux Roi, tandis que le piano imite le chant du seigneur. Mais Jeanne se retourne et dit  : «  Ce n’est pas le Roi. Je le reconnaîtrais aussitôt si je l’apercevais.  »

Nous sommes le 6 mars 1429, dimanche de Lætare, au milieu du Carême, jour où l’on chante l’introït si joyeux  : «  Réjouis-toi, Jérusalem. Vous tous qui pleuriez sur elle, laissez maintenant déborder votre joie.  »

La foule est admirative, mais Jeanne cherche le Roi. Celui-ci, mû par la curiosité, cherche à voir ce qui se passe et aussitôt que Jeanne le voit, elle le reconnaît. La musique a développé la fin du chant de Jeanne et, de plus en plus hésitante avec des silences et des points d’orgue, figurant la curiosité de Charles.

En le reconnaissant, elle lui dit sur un ton joyeux, de la majeur, succédant au la mineur et au do majeur  :

«  Dieu vous donne vie, gentil Dauphin  !  »

Une musique lente et descendante accompagne les inclinations et révérences que Jeanne fait à son Roi. Celui-ci tente de la tromper une seconde fois en désignant un autre seigneur habillé plus richement que lui. Mais Jeanne ne se laisse pas prendre et elle continue dans son 3 / 8 enjoué, se présentant  : «  J’ai nom Jeanne la Pucelle  », puis lui révélant sa mission en binaire 2 / 4, solennellement  :

«  Et le Roi des Cieux vous mande par moy que vous serez sacré et couronné en la ville de Reims.  »

Et comme le Roi est hésitant, elle se met à le tutoyer, et touche à la plaie vive de son âme  :

«  Moi je te dis, de la part de Messire, que tu es vrai héritier de France et fils du Roi.  »

Tous les violons entrent, c’est un grand moment de notre histoire de France  :

«  Et il m’envoie à toi pour te conduire à Reims, où tu recevras la couronne et le sacre.  »

Puis elle termine doucement  :

«  Si tu le veux.  »

L’affaire devient trop intime et ne peut se poursuivre en public. Le Roi la prend donc à part (p. 52).

Le chœur entonne la troisième strophe de l’hymne, racontant la scène étonnante de la donation du royaume, jouée sur la scène, «  une action symbolique, à la manière des prophètes de l’Ancien Testament, unique dans toute notre histoire. Nous sommes là au cœur de la mission de la Pucelle, révélatrice de la Religion royale.

«  Jeanne demanda au Dauphin de se démettre de son Royaume, d’y renoncer purement et simplement, et de le rendre à Dieu de qui il le tenait.  »

Charles y consent. «  Voici le plus pauvre chevalier de son royaume  !  » dit-elle.

Tout cela par-devant quatre notaires. Après quoi, «  elle investit le roi Charles du royaume de France  ».

Elle est non seulement messagère de Dieu mais ministre de l’accomplissement de sa volonté. L’hymne résume cette action en une phrase  :

«  En Nom Dieu, des mains de Jeanne, Charles reçut lieutenance du royaume de France.  » Accompagné principalement par les cuivres, musique royale oblige  !

« En Nom Dieu, des mains de Jeanne, Charles reçut lieutenance du royaume de France. »

«  En Nom Dieu, des mains de Jeanne, Charles reçut lieutenance du royaume de France.  »

SCÈNE 8
LE PROCÈS D’OFFICE

Deuxième partie

De retour au tribunal, nous entendons quelques notes de l’hymne des deuxièmes vêpres de sainte Jeanne d’Arc  ; ré, mi, fa, sol, sol, la, sol, mi, fa, sol, «   Salve virilis pectoris, Salut, vierge au cœur viril, patronne de la France  ! En supportant de cruels tourments, tu nous représentes l’image du Christ.  »

Cauchon tente à nouveau de lui faire prêter un serment sans restriction, d’une voix plus haute car il espère bien l’emporter cette fois-ci. Mais Jeanne, dans son 3 / 8 habituel répond avec calme et affabilité, avec cependant une réserve  : «  … et encore pas tout…  » C’est presque taquin. Mais le ton change, les cordes entrent, la mesure passe à deux temps pour dire avec fermeté et une certaine solennité  :

«  Je suis venue de par Dieu.  » Énergique  : «  Je n’ai rien à faire ici.  » Puis elle reprend son 3 / 8 serein mais ferme  : «  Que l’on me renvoie à Dieu d’où je suis venue.  » (p. 213)

Parole magnifique qui l’identifiait à Notre-Seigneur. C’était leur dire clairement, avec autorité, qu’elle les récusait tous.

Cette scène pénible se prolongea. Finalement, Cauchon, vaincu, en rabattit et dut se contenter de la réponse.

Question piège de Courcelles, le plus fielleux membre de l’Université, qui passe pour un saint homme. Toujours les yeux baissés. Monsieur Lesourd dans la vie de notre Père  !

«  Jeanne, êtes-vous en état de grâce  ?  »

Si elle disait oui, quelle présomption  ! Si elle disait non, elle se reconnaissait en état de péché  ; alors de quel droit se disait-elle envoyée de Dieu  ?

«  Si je n’y suis, Dieu m’y mette, et si j’y suis, Dieu m’y garde. Je serais la plus dolente de tout le monde, si je savais que je ne suis point en la grâce de Dieu… Mais si j’étais en état de péché, croyez-vous que la Voix viendrait à moi  ? Je voudrais que tout le monde le comprît aussi bien que moi.  »

Angélique réponse, soutenue en sa première partie par les violons doux et liés avec une alternance très souple des mesures à trois et deux temps.

La Pucelle, candide comme la colombe et rusée comme le serpent, échappait à tous leurs filets, tel Notre-Seigneur face aux pharisiens.

«  De cette réponse, dira le greffier maître Colles, dit Boisguillaume, ceux qui l’interrogeaient furent stupéfaits.  »

Mais les juges reprennent sans répit leurs questions.

Ils reviennent sur l’habit d’homme avec insistance. Ce sera finalement le seul motif de la condamnation à mort  ! (p. 218-219)

Puis viennent les questions sur le roi Charles, afin de la compromettre, et d’en venir aux “ signes ” qu’elle ne veut pas dire, cependant, elle les renvoie au dossier de Poitiers, ce qui n’était pas pour leur plaire  !

De là on en vient à l’épée puis à l’étendard, qu’elle préfère quarante fois plus que son épée, le portant elle-même pour éviter de tuer personne, mais cible de tous  !

Elle termine à nouveau sur des points de suspension et une demi-cadence  : «  Ainsi, lors de la délivrance d’Orléans…  », pour introduire la scène de la libération d’Orléans… annoncée par le geste de Jeanne qu’elle fit à ses braves avant l’assaut  !

SCÈNE 9
LA LIBÉRATION D’ORLÉANS

« Prenez garde quand la queue de mon étendard touchera contre le boulevard ! Allons hardiment en Nom Dieu ! »

«  Prenez garde quand la queue de mon étendard touchera contre le boulevard  ! Allons hardiment en Nom Dieu  !  »

Sans changement de décor, nous nous transportons à Orléans où nous la retrouvons, non plus entourée par les juges mais par ses preux, et toujours au tribunal puisque c’est là qu’elle en fait le récit. Au fond, nous ne nous transportons pas à Orléans, mais c’est Orléans qui entre au tribunal  ! comme le fait majeur, la preuve irrécusable du miracle  : la cause est entendue  !

La marche de Robert Bruce, jouée par les troupes écossaises pour l’entrée de Jeanne à Orléans, servira ici de fond ou d’accompagnement au chant de Jeanne qui s’élève, comme indépendant, en contrepoint, au-dessus de celui-ci.

La progression instrumentale va croissante jusqu’au chant des soldats  :

«  Jhesus  ! Maria  ! Suivons la Colombe Immaculée Du Dieu des armées Jusqu’à la victoire  !  »

Avec les cuivres, et enfin tout le chœur  :

«  Sus aux Anglais  ! Ils sont déjà nôtres  ! Bataillons tous Et Michel Archange nous assistera  !   »

Le tout s’achève doucement avec les bois.

Le texte chanté par Jeanne est un florilège de ses plus belles et vigoureuses exhortations. Certes, nous ne pouvions représenter la prise des Tourelles sur notre petite scène. Mais la musique figure puissamment l’élan irrésistible de la victoire, gage de la mission divine de Jeanne, “ apocalyptique ”, c’est-à-dire “ révélatrice ” des éternels desseins de Dieu sur notre Patrie.

SCÈNE 10
LE PROCÈS D’OFFICE

Troisième partie

Nous reprenons la séance du procès d’office. Après quelques mesures de piano improvisant sur l’air précédent, le temps pour chacun de reprendre sa place, Beaupère tente de lancer Jeanne sur l’affaire des trois Papes qui déchirait alors la Chrétienté. Mais là encore, elle ne se laisse pas aller à des réponses imprudentes.

La Pucelle n’a pas été envoyée de Dieu pour trancher ces questions mais pour délivrer la France des Anglais. Elle prend pourtant le bon parti du Pape de Rome. Puis elle leur jette à la figure sans transition et d’un ton ferme, en forme de prophétie  :

«  Avant sept ans, les Anglais perdront un gage plus considérable qu’Orléans. Les Anglais auront en France plus grande perte qu’ils n’ont eue oncques [jamais], et ce, par grande victoire que Dieu enverra aux Français.  » (p. 221)

Cela dit avec fermeté et animation, sur fond de batteries de violons et sonneries de trompettes.

Les juges, contrariés, reprennent les interrogations avec plus de violence, mais aux questions sur ses Voix, elle prononce les noms de ses saintes avec tendresse. Alors les questions fusent  :

«  Quelles formes voyez-vous de vos saintes  ?

 Leurs visages  », chante-t-elle avec ravissement.

Un juge, visiblement obsédé par sa propre calvitie, l’interroge sur les cheveux de ses saintes. Puis commence une scène qui s’est produite à plusieurs reprises, que j’ai déjà décrite au début de ce commentaire.

Ils interrogent tous à la fois, coupent la parole à Jeanne, cherchant à la déconcerter et à l’embarrasser.

La musique traduit ce désordre des questions de plus en plus serrées et sans suite, avec des batteries de violons très piqués, les interrogateurs ne laissant pas à l’accusée le temps de répondre, et l’harmonie progressant aussi, avec chromatisme.

Bientôt, les cuivres viennent en appoint des violons tandis que la flûte pousse des gémissements.

Puis les questions ne tuilent même plus, ils parlent tous en même temps, de plus en plus agressifs, debout, gesticulant, jusqu’à ce que Jeanne, ne sachant plus où donner de la tête, leur lance calmement mais fermement  :

«  Beaux seigneurs, faites l’un après l’autre.  »

Ce qui les laisse sans voix et provoque le sourire et même l’hilarité des pires qui oublient un moment leur “ devoir ” d’ennemis.

Le piano et quelques violons avec la clarinette s’en amusent, les juges se regardent les uns les autres comme pour dire  : «  C’est pas mal  !  » «  Elle se débrouille bien  !  » ou  : «  Elle nous a bien eus  !  »

Mais les d’Estivet et Érard ne rient pas et ­Cauchon, ombrageux, fronce bientôt les sourcils (trémolos aux basses et timbales), menaçant les assesseurs du regard. Ceux-ci retrouveront bientôt leur sérieux et chacun reprend sa place, son rôle. Il ne faut surtout pas que naisse une sympathie pour Jeanne, en présence des Anglais inquiets, car le procès n’avance pas, et on le reprochera à Cauchon.

Beaupère reprend l’interrogatoire, sur les saintes, ce qui suscite toujours des réponses savoureuses de Jeanne, à des questions même idiotes  :

«  Sainte Marguerite parle-t-elle anglais  ?

– Comment parlerait-elle anglais  ? Elle n’est pas du parti anglais, elle  !  »

Ils ont dû le sentir passer, tous ces traîtres  ! Elle refuse ensuite de leur révéler les promesses de ses saintes, mais leur dit en une nouvelle prophétie, qui les fait frémir de rage, «  que mon Roi serait rétabli dans son royaume, que ses adversaires le veuillent ou non. Elles m’ont dit aussi qu’elles me conduiraient au Paradis  : je les en ai bien requises.  » (p. 223)

Elle sait être ferme et presque insolente quant à la question sur le signe qu’elle a donné au Roi  :

«  Je vous ai toujours répondu que vous ne me l’arracheriez pas de la bouche. Allez le lui demander…  » (p. 225)

On revient sur les sacrements qu’elle recevait pendant ses campagnes en habit d’homme. Puis un assesseur lui pose une question à laquelle Jeanne dit avoir déjà répondu il y a huit jours. Un greffier, maître Colles, dit Boisguillaume, affirme, en montrant ses papiers, qu’elle n’y a pas répondu, et les assesseurs disent de même. Mais l’autre greffier, Manchon, trouve dans ses notes, qu’elle y avait bien répondu.

Elle s’en réjouit fort et dit, sur un ton enjoué  :

«  Maître Colles  ! si vous vous trompez une autre fois, je vous tirerai les oreilles  !  » (p. 229)

On retrouve cette bonne humeur et cette simplicité malicieuse si caractéristique de notre sainte colombe.

« Maître Colles ! si vous vous trompez une autre fois, je vous tirerai les oreilles ! » On retrouve cette bonne humeur et cette simplicité malicieuse si caractéristique de notre sainte colombe.

«  Maître Colles  ! si vous vous trompez une autre fois, je vous tirerai les oreilles  !  »
On retrouve cette bonne humeur et cette simplicité malicieuse si caractéristique de notre sainte colombe.

Cette réponse inattendue déclenche chez les assesseurs, sans doute un peu tendus, les rires, figurés par le piano et le trombone en staccato, si bien que Cauchon, fortement irrité, interrompt la séance et annonce que l’interrogatoire sera repris «  sans discontinuer aucunement, mais à huis clos  », avec quelques docteurs et maîtres de son choix.

L’intention de cette mesure était évidente  : Jeanne se défendait trop bien. Les premiers interrogatoires publics ne paraissaient apporter ni preuve ni même présomption d’une culpabilité quelconque de la prétendue sorcière. Des bruits commençaient à courir en sa faveur. Il ne fallait pas que cela s’étende. Devant un nombre restreint de juges choisis à dessein, l’évêque pourrait, sous une apparente légalité, aménager les choses afin de les mener où il voulait.

La sainte jeune fille, par sa présence d’esprit, sa force morale, sa confiance en Dieu et en ses Voix, n’avait succombé à aucun des pièges tendus. Elle avait évité celui du serment inconditionnel qui l’eût livrée pieds et poings liés à ses ennemis. Elle avait clamé haut et fort, à la face de tous ces vendus, son loyalisme à son Roi, à sa Reine, à son Dieu (p. 228).

L’ensemble de ces interrogatoires constitue un document saisissant d’authenticité et de sincérité, sorte de procès de canonisation fait par ces vrais «  avocats du diable  » que sont ses adversaires, du vivant de la sainte, avec sa propre collaboration, répondant sous serment, sachant qu’elle engage sa vie et son salut éternel.

Une telle force d’âme aurait dû toucher les juges. Ils repoussèrent au contraire cette grâce suprême que Dieu leur faisait et leurs cœurs s’endurcirent, comme des suppôts de Satan déjà damnés (p. 229).

Les cuivres concluent doucement, mais avec gravité, les séances publiques du procès d’office.

SCÈNE 11
LES MAUVAIS TRAITEMENTS DES GEÔLIERS

« Jour et nuit, Jeanne en sa prison souffrait les odieux affronts des léopards d’Albion. »

«  Jour et nuit, Jeanne en sa prison souffrait les odieux affronts des léopards d’Albion.  »

Cette scène ne sera qu’une brève allusion à ce qui fut un véritable calvaire pour notre sainte, vierge si pure, si chaste et immaculée.

La captive fut commise à cinq ou six soldats anglais, les pires, surnommés les “ houspailleurs ”, chargés de la garder nuit et jour. Ils ne devaient la laisser communiquer avec personne, et y veilleront furieusement, ne la perdant jamais de vue, lui imposant leur présence, leurs injures, leurs paroles haineuses, leurs propos obscènes, leurs menaces, leurs tentatives de violence. Un enfer.

Terrible bataille, le plus difficile après toutes les autres, contre la Puissance des ténèbres (p. 199).

Pour nous introduire à ce combat singulier avec le Diable, le chœur reprend son hymne, résumant en trois vers, les “ labeurs de prison ” de notre sainte, sur un ton triste et déchirant accompagné par les cordes  :

«  Jour et nuit, Jeanne en sa prison souffrait les odieux affronts des léopards d’Albion.  »

Puis il se fait un calme insolite. Jeanne est seule en sa prison, du moins le croit-elle, assise sur la planche qui lui sert de lit, en prière.

Quelques notes tenues, d’abord à l’orgue, aux violoncelles, violon 1 puis contrebasse, une quinte qui traîne en longueur évoquant la longue solitude. Bientôt, une flûte esquisse quelques notes inquiétantes, toujours sur la quinte, tandis qu’on voit paraître deux geôliers.

Quelques notes de timbales, la flûte qui s’interrompt et reprend, et les geôliers approchent à pas feutrés pour surprendre Jeanne plongée dans sa prière, qui ne les a pas entendus entrer. Atmosphère lourde.

Soudain, les premiers violons font un mouvement ascendant chromatique aboutissant à un accord dissonant à l’orgue et au piano. La tension monte. Puis un soudard s’assied près d’elle sur le lit, goguenard. Aussitôt, elle s’en éloigne, toujours sur sa planche, priant de plus en plus intensément. La flûte a esquissé deux petits groupes de notes rapides qui figurent son trouble intérieur plus que le mouvement  ; la crécelle figure les ricanements.

Mais l’autre soldat vient s’asseoir à son tour de l’autre côté de Jeanne, encore plus près. Se voyant ainsi enserrée, elle se lève d’un bond, toujours plus implorante. Le piano se déchaîne tout à la fois pour exprimer son émoi et l’amusement infernal des houspailleurs.

Ceux-ci se lèvent à leur tour et, lentement, s’approchent d’elle. Ils vont porter la main sur elle, crescendo aux cordes qui s’arrêtent net lorsque Cauchon et quelques assesseurs font irruption en interpellant Jeanne.

SCÈNE 12
LES INTERROGATOIRES SECRETS DU 10 AU 17 MARS

Les geôliers s’immobilisent et Cauchon leur fait signe, avec autorité, de se retirer. Mais l’évêque ne fait même pas mine d’être étonné, encore moins mécontent des traitements infligés à la prisonnière. Pour la bonne raison qu’il en a donné l’ordre lui-même…

Les interrogatoires supplémentaires, secrets, se dérouleront pendant sept jours, en neuf séances, résumées ici en une seule scène.

L’évêque, comme il le dit à Jeanne, a chargé maître Jean de La Fontaine de mener l’instruction, lui-même «  ayant trop d’affaires pour retenir celle-là  », disait-il. Alors qu’il ne pense qu’à cela  ! (p. 230)

La Fontaine va concentrer tout son effort sur trois chefs  : la moralité de Jeanne et de ses Voix  ; la soumission à l’Église  ; le port de l’habit d’homme.

Faussement paternel, Cauchon prétexte hypocritement de la fatigue de Jeanne pour poursuivre l’instruction en prison, à huis clos.

La Fontaine attaque sur la soumission à l’Église. Pour ces maîtres de l’Université de Paris, l’Église c’est eux. Mais Jeanne ne se laissera pas prendre. Elle demande qu’on examine ses réponses et lui dise ses erreurs. Et plus loin, pour affirmer son amour de l’Église, elle répond avec chaleur, soutenue par tous les violons  : «  … Je l’aime et la voudrais soutenir de tout mon pouvoir.  » Puis elle continue, indignée  :

«   Ce n’est pas moi qu’on devrait empêcher d’aller à l’église et d’entendre la Messe…  »

Cauchon et ses acolytes n’étaient pas l’Église quoiqu’ils le prétendissent. La Fontaine tente pourtant d’expliquer à Jeanne, avec condescendance, la distinction entre Église triomphante, très loin dans le Ciel, et Église militante (musique emphatique), qu’il décrit avec admiration sous les traits de l’Église conciliariste  !

Encore une fois, Jeanne échappe au piège. Elle répond par une profession de foi en l’Église triomphante de Là-Haut… à laquelle elle a obéi et obéira.

Après cette envolée, – les musicologues parlent d’ “ échappée ” – sur le Nom de Marie, et un grand apaisement sur «  les benoîts saints et saintes du Paradis  », La Fontaine amène maladroitement la question de l’obéissance au Pape, ce qui gêne Cauchon. Jeanne répond avec assurance et énergie qu’elle veut bien qu’on la mène devant le Pape…

S’ils avaient été loyaux, Cauchon et tous les autres auraient dû s’avouer dessaisis de l’affaire par l’appel à Rome. Ils passèrent outre délibérément.

Cauchon fait signe à La Fontaine de changer de sujet pendant que les instruments reprennent la mélodie de Jeanne. Se rendant compte de leur manège, elle lance à Cauchon  :

«  Vous dites que vous êtes mon juge, (sévère), je ne sais si vous l’êtes  ; mais avisez-vous bien de ne pas juger mal, vous vous mettriez en grand danger  ; et vous en avertis, afin que si Notre-Seigneur vous en châtie, j’aie fait mon devoir de vous le dire.  »

Tout comme Notre-Seigneur devant Caïphe, c’est elle, l’accusée, qui les juge. Elle les domine par sa vertu, sa sainteté incontestable, sa certitude d’être du parti de Notre-Seigneur, de la bienheureuse Vierge Marie… De son côté, le bon droit, la justice et la pureté. Du leur, un dossier vide et une mauvaise foi, une perversité évidentes.

Cauchon s’écrie à l’adresse de Manchon  : «  N’écrivez pas cela  !  »

Au procès de réhabilitation, Isambard témoignera que Jeanne lança à Cauchon  :

«  Ah  ! vous écrivez bien tout ce qui est contre moi, mais vous ne voulez pas qu’on écrive ce qui est pour moi  !  » (p. 248)

Il y eut donc bien des réponses qui ne furent pas notées.

Mais Cauchon fait signe de continuer…

À la question de l’obéissance à ses parents, Jeanne a cette belle et ferme réponse qu’elle chante dans son 3 / 8 enlevé et souple, avec deux flûtes  :

«  Puisque Dieu commandait, eussé-je cent pères et cent mères je serais partie.  »

Les deux derniers mots sont chantés en binaire, affirmatifs.

Vient la question piège, qu’on posera à sainte Bernadette en d’autres temps  :

«  Depuis que vos Voix vous ont dit que vous iriez finalement au royaume de Paradis, vous tenez-vous assurée d’être sauvée et de ne pas être damnée en enfer  ?

 Je crois fermement ce que mes Voix m’ont dit, que je serai sauvée  ; je le crois aussi fermement que si je l’étais déjà.

– Après cette révélation, croyez-vous que vous ne puissiez plus pécher mortellement  ?

 Je n’en sais rien, et de tout m’en attends à Notre-Seigneur.

 Cette réponse est de grand poids.

 Oui, et je la tiens pour un grand trésor  !  »

Elle y revint d’elle-même, l’après-midi du 14 mars  :

«  Au sujet de la réponse que je vous ai faite ce matin sur la certitude de mon salut, j’entends cette réponse ainsi  : pourvu que je tienne la promesse que j’ai faite à Notre-Seigneur de bien garder la virginité de mon corps et de mon âme.  » (p. 234-235)

L’autre pousse plus avant  :

«  Avez-vous besoin de vous confesser, puisque vous croyez que vous serez sauvée  ?

 Je crois qu’on ne peut trop nettoyer sa conscience.  »

Question délicate en présence des Anglais  :

«  Les saintes, et puis enfin, Dieu, haïssent-ils les Anglais  ?

«  Les saintes aiment ce que Dieu aime et haïssent ce que Dieu hait…  »

Admirable réponse soulignée par les violons.

«  De l’amour ou haine que Dieu a aux Anglais, je ne sais rien  ; mais je sais bien qu’ils seront boutés hors de France, et que Dieu enverra victoire aux Français contre les Anglais.  »

Chacun chez soi  !

On passe à l’étendard auquel on aurait bien voulu prêter un pouvoir maléfique. Réponse bien connue et sublime dans sa simplicité, victorieuse de la perfidie captieuse de celui qui l’a posée  :

«  Pourquoi votre étendard fut-il plus porté en l’église de Reims au sacre que ceux des autres capitaines  ?

– Il avait été à la peine, c’était bien raison qu’il fût à l’honneur.  »

Retour sur le port de l’habit d’homme (p. 244).

Jeanne avait pris ce costume militaire en vue de sa mission  ; elle le déposerait sa mission achevée. D’où l’insistance des juges. Ils voulaient qu’elle déposât l’habit d’homme comme preuve qu’elle n’avait pas reçu de mission.

«  N’est-ce pas mal à une femme de porter l’habit d’homme  ?

 Puisque je le porte du commandement de Notre-­Seigneur et pour son service, je ne crois point mal faire… Devant faire œuvre d’homme, il valait mieux porter vêtement d’homme. Cet habit est une protection. Dans la prison, il me garde de ces ignobles houspailleurs.  »

Que l’on vient de voir à l’œuvre  !

La musique devient plus pathétique quand la pauvre Jeanne demande, supplie qu’on la mène en prison d’Église avec des femmes. Demande on ne peut plus légitime  !

Mais les juges insistent sur l’habit d’homme, feignant de ne pas comprendre  :

«  Mais enfin quel garant et quel secours en Notre-Seigneur espérez-vous tirer de votre habit d’homme  ?

 De cet habit et d’autres choses que j’ai faites, je n’ai voulu avoir autre loyer que le salut de mon âme.  »

Affirmation de son entière soumission à la volonté de Dieu, pénétrée de l’horreur du péché auquel l’expose la violence de ses gardiens, et aspirant à l’union éternelle avec son unique Seigneur. Et par là, la Pucelle remettait ses juges en face de leur propre salut éternel dont ils n’ont apparemment aucun souci  !

Et ce fut tout sur les crimes supposés de Jeanne  ! écrit sœur Hélène. En vingt-cinq jours, elle avait subi quinze interrogatoires, d’environ trois heures chacun (p. 245).

Mais Jeanne revient à la charge avec des accents de plus en plus pathétiques  :

«  Permettez-moi d’entendre la Messe avec l’habit que je porte, et de recevoir avec ce même habit l’Eucharistie le jour de Pâques.  »

L’évêque insiste sournoisement pour qu’elle se rende  :

«  Voulez-vous avoir conseil de vos saintes pour savoir si vous devez prendre des habits de femme  ?  »

Vraiment, la duplicité de ce Cauchon est insondable  : ne prétendait-il pas jusque-là que les Voix venaient du Diable  ?

Jeanne a une telle faim de son Dieu qu’elle insiste à nouveau, suppliante  :

«  Ne peut-il donc m’être permis d’entendre la Messe dans l’état où je suis  ?  »

Les violons, après une longue absence, font leur entrée pour la suite si poignante  :

«  Je le désire ardemment  ! Quant à changer mon habit, je ne le puis, ce n’est pas en mon pouvoir.  »

Cauchon la tente une dernière fois  :

«  Prenez l’habit de femme, Jeanne  ! afin de pouvoir communier à Pâques.  »

C’est du chantage  !

Une douloureuse note de détresse perce dans l’imploration finale où notre héroïque sainte reste néanmoins déterminée à obéir aux volontés du Ciel.

« Prenez l’habit de femme, Jeanne, afin de pouvoir communier à Pâques. » « Doux Dieu ! Mon cœur n’a pas fléchi ! Votre conseil fut mon abri, Il confond mes ennemis ! »

«  Prenez l’habit de femme, Jeanne, afin de pouvoir communier à Pâques.  »
«  Doux Dieu  !
Mon cœur n’a pas fléchi  !
Votre conseil fut mon abri,
Il confond mes ennemis  !  »

«  Je ne puis changer mon habit  ; je serai donc privée de viatique.  »

Puis une ultime imploration où elle tente de toucher leurs cœurs de prêtres de Jésus-Christ, appuyée par les violons  :

«  Je vous en supplie, messeigneurs, permettez-moi d’entendre la Messe en habit d’homme.  »

Après des sol bémol aigus attendrissants, la mélodie retombe un peu, comme si Jeanne savait que ses efforts sont vains  :

«  Ce vêtement ne charge pas mon âme, et n’est pas contraire aux lois de l’Église  !  »

Mais rien n’y fait. Cauchon coupe court, annonçant que l’instruction est close.

L’insistance du juge sur l’habit d’homme est un prétexte. On pressent déjà tout le parti que l’évêque en tirera lorsqu’il voudra brusquer le dénouement.

Ayant accompli leur vilaine besogne, ravis que Jeanne se soit obstinée, ils allèrent tranquillement assister à la messe des Rameaux. Ils laissèrent donc Jeanne éplorée dans sa sinistre prison et, après que Cauchon eut donné ses instructions à d’Estivet, au moment de sortir, La Fontaine ne peut cacher son admiration  :

«  Cette jeune fille répond comme un docteur  !  »

On dit que La Fontaine dût partir avant la fin du procès sous les menaces de Cauchon, parce que trop favorable…

Mais Beaupère, plus acharné et méfiant lui rétorque  : «  Cette femme est bien subtile  », comme il le dira vingt-cinq ans plus tard.

«  Ce n’est que ruse diabolique  », tranche Cauchon.

Le chœur, ému, chante la cinquième strophe de notre Stabat Mater, triste mais paisible, la prière d’une âme éprouvée mais entièrement abandonnée à la volonté tout aimable du Bon Dieu  :

«  Doux Dieu  ! Mon cœur n’a pas fléchi  ! Votre conseil fut mon abri, Il confond mes ennemis  !  »

SCÈNE 13
LE PROCÈS ORDINAIRE DES 27 ET 28 MARS

Au procès préparatoire d’office, succède le procès ordinaire.

Pour observer les formes juridiques, l’évêque était obligé de reprendre les séances publiques, ce qui ne le réjouissait pas, d’autant que le comte de Warwick était là pour stimuler le zèle de ces juges français, stipendiés de l’Angleterre.

L’évêque commence par adresser à l’accusée une monition canonique d’une hypocrisie consommée, prétendant que tous les assistants, loin de chercher la vengeance et le châtiment, ne veulent que l’instruction de l’accusée et son retour dans la voie de la vérité et du salut. Et pour preuve de sa bienveillance, il lui offre de choisir pour conseil tel des assistants qu’il lui plaira désigner, et pousse la sollicitude jusqu’à lui offrir de choisir pour elle  !

L’envoyée de Dieu se méfia  ; sa réponse est pleine de finesse  : elle le remercie, sur un ton détendu, de prendre soin de son âme, ainsi que toute la compagnie, qui en montre du contentement, mais elle n’a point l’intention, sur un ton plus vigoureux, de se départir du conseil de Notre-Seigneur (p. 252-253).

L’assemblée, un moment flattée, l’injurie, la traitant de paillarde, d’orgueilleuse, d’audacieuse. Cauchon les calme et donne la parole au promoteur Jean d’Estivet, qui va prononcer un réquisitoire dans lequel il demande aux juges de condamner la captive comme «  sorcière, devineresse, fausse prophétesse, schismatique, sacrilège, hérétique…  » Incroyable diatribe commencée avec un calme apparent, avec mesure mais, en s’échauffant, il monte, s’enfle, devient brutal, soutenu par des batteries de violons, jurant qu’il n’est inspiré par aucun sentiment mauvais et qu’il n’agit que par zèle pour la foi. Évidemment  ! On se rappelle que c’est lui qui, pendant le procès d’office, l’a souvent injuriée. C’est lui aussi, un jour que Massieu conduisait Jeanne à la séance et lui avait permis «  qu’en passant devant la chapelle, elle fît oraison  », le reprit violemment  :

«  Truand, qui te fait si hardi de laisser approcher cette p… excommuniée de l’Église sans licence  ? Je te ferai mettre en telle tour que tu ne verras ni lune ni soleil d’ici un mois si tu le fais encore  !  »

À la fin de son réquisitoire, d’Estivet reprend son calme, c’est du moins ce que la musique exprime. Il donne la parole à maître Thomas de Courcelles. Ce dernier doit faire la lecture des soixante-dix articles rédigés par d’Estivet, reprenant les principaux points des interrogatoires passés, noyés dans un ramassis de calomnies absurdes, d’attaques contre cette vierge sans tache, accusée de divination et de sorcellerie, sans tenir compte des réponses de Jeanne.

Notez la différence de ton chez d’Estivet, brutal et excessif lorsqu’il s’adresse à Jeanne, mais courtois et civil et même onctueux lorsqu’il s’adresse à son confrère.

Courcelles, nous l’avons déjà dit, est à la fois le plus fielleux membre de l’Université de Paris, et le religieux tenu pour le plus exemplaire.

Jeanne sera interrogée sur chacun des soixante-dix articles, et les points sur lesquels elle gardera le silence seront par là même considérés comme avoués.

Fatiguée, lassée de tant de mauvaise foi, Jeanne ne fit guère que nier ou répondre, à la fin des articles  : «  Je m’en remets à Dieu.  » Ou  : «  Je m’en rapporte à mes déclarations précédentes.  »

À l’article 18, elle est accusée d’avoir persuadé Charles et les siens de ne consentir aucun traité de paix, aucun arrangement.

Mais elle précise avec fermeté et courage à la face de ses adversaires  :

«  Quant à monseigneur de Bourgogne, je l’ai requis par mes ambassadeurs et mes lettres qu’il y eût paix entre mon Roi et lui  ; mais quant aux Anglais, la paix qu’il leur faut, c’est qu’ils s’en aillent dans leur pays en Angleterre.  » (p. 255)

Cela déchaîne une fois de plus l’ire d’Estivet qui l’accable jusqu’à ce que Cauchon fasse signe à Courcelles de reprendre l’interrogatoire.

Nous enjambons les articles pour aller au dernier, où le procureur d’Estivet fait preuve d’un aplomb derrière lequel on sent toute la pression anglaise.

«  En conclusion, nous affirmons que toutes les propositions contenues dans les articles qui précèdent sont vraies  : l’accusée a reconnu et confessé plusieurs fois les faits pour lesquels elle est poursuivie.  »

Cauchon lui demande ce qu’elle a à dire sur cet article.

Sans se départir du calme admirable ni de la présence d’esprit dont elle avait fait preuve durant ces deux rudes journées, Jeanne répondit  :

«  Je nie tout ce que je n’ai pas reconnu et confessé  », dans son 3 / 8 habituel.

La sagesse de ses paroles confond encore nos esprits modernes, écrit sœur Hélène. Jeanne domine ses juges et conserve toute sa foi. Elle est tout ensemble vigoureuse, absolument humaine, et profondément mystique. En face de ces hommes perfides, elle a des phrases d’une sagesse qu’aucun théologien ne saurait égaler par sa réflexion personnelle. Illuminée par ­l’Esprit-Saint, Jeanne, docile à ses Voix, déborde de foi, d’espérance et de charité (p. 257).

L’inquisiteur l’invite “ paternellement ” à se soumettre à l’Église militante, c’est-à-dire eux-mêmes  !

Jeanne s’en rapporte à Dieu. Le même Jean Lemaître insiste  :

«  Ne vous croyez-vous donc pas soumise à l’Église de Dieu qui est sur la terre, c’est-à-dire au Pape, notre seigneur  ; aux cardinaux, aux archevêques, évêques et autres prélats de l’Église  ?

 Oui, je m’y crois soumise  : mais Dieu premier servi  !  » (p. 258)

Tout est dit, ils sont à quia.

Jeanne sort sur une musique victorieuse  !

Mais le lendemain de Pâques, les conjurés se réunissent à nouveau. Voyant qu’ils ne pouvaient pas maintenir les soixante-dix articles après une telle réfutation par l’accusée, ils décidèrent d’en extraire certaines assertions et propositions, et de les enfermer en douze articles. Ce compendium est de Nicolas Midy  ; l’une des âmes damnées de Cauchon.

Celui-ci fait signe à Midy de parler pour en donner lecture.

Ce texte servira de base aux consultations et délibérations, et ne sera même pas lu à Jeanne  !

« Il en résulte clairement que les révélations et apparitions de cette femme sont l’œuvre du démon. »

«  Il en résulte clairement que les révélations et apparitions de cette femme sont l’œuvre du démon.  »

Sur tous les points, Jeanne s’était déjà expliquée de la manière la plus naturelle, nous l’avons vu. Mais sous la plume de Midy, mû par sa passion et par sa haine, tout était dénaturé. Les révélations et apparitions devenaient l’œuvre du démon  ; l’habit qu’elle portait pour défendre sa pudeur, une violation des lois naturelles et une impiété  ; son départ de chez ses parents, une révolte  ; sa tentative d’évasion, un suicide  ; son affirmation d’innocence, orgueil  ; sa vénération pour ses saintes, idolâtrie  ; et tout à l’avenant (p. 261).

C’est Midy qui en fait lui-même la lecture sur un ton neutre, déclamatoire, juridique, apparemment sans passion aucune, et Cauchon s’empresse de le transmettre à nombre de maîtres en science sacrée, et en particulier à “ la Mère féconde ”, l’Université de Paris, pour leur demander leurs avis, orientant leurs réflexions et laissant bien entendre la réponse souhaitée. Une réponse autre eût été la perte du signataire. Tous s’écrasèrent.

À la fin de la séance, les deux greffiers, Guillaume Manchon et Guillaume Colles, sortent les derniers en échangeant leurs impressions sur ce procès inique. Ils sont, selon les dires de Manchon vingt-cinq ans plus tard, horrifiés des irrégularités flagrantes dont quelques-unes sont ici mentionnées  ; d’où il ressort qu’on agit par haine en dépit de toute justice.

La preuve  : Loyseleur, commis pour confident et confesseur de Jeanne, est payé pour trahir le secret de confession  ; au mépris du droit on n’a pas donné lecture à Jeanne du texte sur lequel elle sera jugée  ; sans compter les falsifications dont nos deux greffiers sont complices, et les menaces de prison ou de noyade  : Houppeville, dominicain, mis en prison pour avoir fait des réserves sur les irrégularités du procès  ; Lohier a fui à Rome, et même La Fontaine quittera Rouen avant la fin parce que jugé trop favorable à l’accusée.

Mais tous deux, pas plus courageux que les autres, concluent que s’ils ne veulent «  pas boire plus que de raison à la Seine  », il vaut mieux fermer les yeux… et signer tout ce qu’on voudra  ! Ce procès est une ignominie qui marque l’Église d’une tache indélébile. Loyseleur, le confesseur sacrilège donné en référence par des ouvrages où l’on soutient que le confesseur n’était pas tenu au secret dans les procès d’hérésie  !

SCÈNE 14
DANS SA PRISON

Cette scène coupe en deux la scène précédente. Jeanne est seule en sa prison, le 1er avril 1431, jour de Pâques. Elle entend les cloches de la cité normande sonner joyeusement la Résurrection tandis qu’elle est éloignée de la Table sainte le jour où tous les chrétiens y sont convoqués

Nous apprenons par la réponse qu’elle fit à l’article 50, comment Jeanne s’adressait à son Dieu. Précieux trésor que le texte du procès ne donne pas ailleurs  :

«  Très doux Dieu, en l’honneur de votre sainte Passion, je vous requiers, si vous m’aimez, que vous me révéliez comment je dois répondre à ces gens d’Église.  » (p. 256)

Quelques tintements de cloches ont précédé sa prière, un doux accompagnement d’orgue la soutient. Sa voix se fait entendre, avec tendresse, son chant monte, et les cordes avec elle, puis s’apaise comme elle a commencé dans la solitude.

Les cloches recommencent à sonner, tandis que les violons à l’unisson, en notes piquées, doublés au piano en octaves, imitent le carillon. Jeanne chante.

«  J’entends les cloches innombrables Qui annoncent joyeusement  »…

C’est le sommet de son chant, mais les cloches deviennent presque insupportables tant elles insistent…

«  Joyeusement la Résurrection, Tandis que je vais passer ici La fête de Pâques  »…

Son chant descend…

«  Dans la douleur, sans messe ni communion.  »

La musique est de plus en plus faible et grave, exprimant la profondeur de sa solitude.

Trois derniers accords aux instruments doux et graves, et derniers tintements de cloches, c’est la déréliction.

Le chœur reprend l’hymne, à la sixième strophe du Stabat. Ce sont ses Voix qui viennent la réconforter et l’enseigner  :

«  Fille de Dieu  ! l’Époux est là, Te liant à sa Sainte Croix Il s’unit sans cesse à toi.  »

Long accord final avec encore quelques tintements de cloches.

SCÈNE 15
LES “ ADMONESTATIONS CHARITABLES ”
… PLEINES D’UNE HAINE DIABOLIQUE

Dans le cours des procès d’inquisition, quand l’instruction avait révélé la culpabilité de l’accusée, on devait l’amener à l’aveu et au repentir. C’était le but des “ admonestations charitables ”.

Lorsqu’il y avait eu commencement de preuve à l’encontre de l’accusé, il était permis de lui appliquer la torture.

La première de ces admonestations eut lieu dans la prison, car Jeanne était malade, mourante à la suite d’un empoisonnement, sans doute en mangeant du poisson. Warwick la fit soigner, car il tenait beaucoup à ce qu’elle soit brûlée. Le Roi l’avait achetée trop cher pour la laisser mourir de mort naturelle, comme il en fit l’aveu net et brutal aux médecins convoqués d’urgence  ! (p. 263)

Cauchon, lui, en joua pour tenter la Pucelle par un chantage à peine voilé  : les sacrements contre l’abjuration

Les autres séances eurent lieu en public. Cauchon avait convoqué jusqu’à soixante-sept assesseurs, afin qu’ils soient nombreux à constater l’opiniâtreté et l’orgueil de cette menteuse endiablée.

Avant la comparution de Jeanne, il leur adressa un discours d’un pharisaïsme consommé, et c’est le début de notre scène.

«  Soutenu par les maîtres de l’Université et les docteurs consultés, nous avons tenté de remettre cette femme dans la voie de la vérité.  »

Le ton est sentencieux  :

«  Nous lui avons aussi envoyé secrètement des docteurs éminents pour la convaincre. En vain  : l’astuce du diable a continué de prévaloir. C’est pourquoi il nous a paru opportun de l’admonester solennellement devant vous, avec douceur et charité.  »

La musique, quoique très sobre, par son figuralisme, donne son caractère à chacun de ces textes  : tantôt solennel et juridique, hypocritement préoccupé de son salut, contrarié…

Enfin, il ordonne sèchement de la faire entrer. Mais pour donner la parole à maître Jean de Châtillon, un ancien confrère de l’Université avec Beaupère, il se fait courtois, onctueux…

Châtillon commence par des généralités si souvent entendues que notre sainte lui dit de lire son papier qu’il a en main  ! (p. 268) Il passe donc aux “ monitions particulières ” dans un long discours contractant les douze articles en six points.

Pour en arriver à ceci  :

«  Jeanne, si vous ne voulez pas croire l’article du Credo  : l’Église une, sainte, catholique, vous serez déclarée hérétique et, par d’autres juges, punie de la peine du feu.  »

On sent quand même que les juges s’essoufflent et ne savent que rabâcher sans plus d’espoir d’arriver à bout de Jeanne.

Elle aussi est lasse et répond de plus en plus brièvement ou renvoie à ses précédentes réponses. Mais il y a encore des réponses savoureuses  :

«  Je m’en attends à Dieu mon Créateur, de tout  ; je l’aime de tout mon cœur  !  » (p. 268)

Un des rares passages de cette scène où les cordes viennent “ réchauffer ” le chant.

Une “ maladresse ” de Châtillon dut contrarier l’évêque qui ne fera pas figurer la réponse dans le procès-verbal, nous le savons par Isambard de La Pierre .

Châtillon  : «  Voulez-vous vous soumettre à notre Saint-Père le Pape  ?  »

Jeanne  : «  Pourvu que je sois menée et conduite à lui, je lui répondrai. Mais je ne veux pas me soumettre à ceux ici présents, car ce sont mes ennemis mortels.  »

«  Passez outre  !  » dit Cauchon, agacé.

Mais quelle énergie chez cette pauvre fille épuisée  ! Cet appel à Rome rendait invalide la suite du procès.

Châtillon revient sur le port de l’habit d’homme, mais comme elle les tance, il passe à la menace  :

«  Si vous n’avouez pas la vérité, nous serons dans l’obligation de vous soumettre à la torture…  »

Allusion à la séance du 9 mai, dans la “ grosse Tour ”, où elle fut mise en présence des instruments de torture. Mais là non plus elle ne faiblit pas  :

«  Vraiment, si vous deviez me détacher les membres et me faire partir l’âme hors du corps, ne vous dirai-je pas autre chose.  »

Son chant est plein d’une héroïque assurance, et on trouve dans la mélodie un certain figuralisme sur “ me détacher les membres ”, avec des intervalles disjoints, et la mélodie qui monte rapidement par paliers sur une octave à “ faire partir l’âme… ”

Quelques jours plus tard, on délibéra pour savoir s’il fallait appliquer la torture. Seulement trois d’entre eux opinèrent par l’affirmative, dont le “ pieux ” Courcelles, ainsi que Loyseleur, un de ses familiers, homme infâme entre tous, que, depuis le début de l’instruction, Cauchon avait envoyé à Jeanne. Il se prétendra Lorrain pour gagner sa confiance, et demandera à être son confesseur. «  Et ce qu’elle lui disait dans le secret, il trouvait manière de le faire venir à l’ouïe des notaires  », avouera Manchon, en 1450 (p. 272). C’est donc un confesseur sacrilège.

Le 23 mai, anniversaire de la capture de Jeanne, eut lieu la dernière “ admonestation charitable ” devant un petit nombre choisi.

Pierre Morice exhorta Jeanne de manière parfaitement calculée en vue de la journée du lendemain  :

«  Jeanne, amie très chère, votre procès va finir. Ah  ! pesez bien ce qui vous fut dit  !  »

Le ton est chaleureux, “ paternel ” bien sûr, comme le furent ces maîtres et docteurs qui veillèrent sur son âme “ avec sollicitude ” tout au long du procès  ! L’appel final prend un tour dramatique  :

«  En obéissant à l’Église, vous sauverez votre âme, vous rachèterez, comme je l’estime, votre corps de la mort  ; si vous vous obstinez, votre âme sera engloutie dans la damnation et, je crains, la destruction du corps. Ce dont Jésus-Christ daigne vous préserver.  »

Les violoncelles et contrebasse ont soutenu gravement son chant, mais cette nouvelle menace du bûcher n’ébranle pas Jeanne.

Au contraire, elle répond avec calme  :

«  Si j’étais en jugement, que je visse le feu allumé, et allumées les bourrées, et le bourreau prêt à bouter le feu, et si moi-même j’étais dedans le feu, je ne dirais autre chose, et soutiendrais jusqu’à la mort tout ce que j’ai dit  !  »

Sa voix monte comme les flammes du bûcher, mais elle reste ferme. Beaupère se lève et dicte aux greffiers  :

«  Responsio superba  !  » «  Réponse orgueilleuse  !  »

Cauchon procède à la conclusion de l’affaire et fixe «  au jour de demain  », le 24, l’audience «  pour ouïr la sentence  ».

Fin empreinte de tristesse et de douceur.

« Et si moi-même j’étais dedans le feu, je ne dirais autre chose, et soutiendrais jusqu’à la mort tout ce que j’ai dit ! – Responsio superba ! »

«  Et si moi-même j’étais dedans le feu, je ne dirais autre chose
et soutiendrais jusqu’à la mort tout ce que j’ai dit  !
– Responsio superba  !  »

SCÈNE 16
LA PRÉTENDUE ABJURATION

C’est l’événement, le “ montage ” qui a trompé des générations au point de retarder le procès de canonisation de plusieurs siècles.

Nous l’avons compris depuis “ l’assemblée des conjurés ” (scène 5), avant l’ouverture du procès  : Jeanne doit abjurer, afin de discréditer le Roi et la Religion royale.

Un chœur chante la septième strophe de l’hymne  :

«  Ces âmes fourbes conçurent
 Une suprême imposture
 Pire que la torture…  »

Le 24 mai 1431, tout est en place au cimetière Saint-Ouen pour “ jouer ” la scène du «  preschement  » aux inculpés d’hérésie ou de sorcellerie, rituel en tout procès de foi, nommé «  abjuration  » parce que destiné à leur faire abjurer leur erreur (p. 277).

Il se déroulait de bon matin, dans les cimetières, près des fosses communes, pour inspirer une crainte salutaire à ceux qui allaient entendre leur condamnation à mort.

Après une nouvelle exhortation de Beaupère, dans sa cellule, Jeanne est amenée sur une charrette, toujours enchaînée, au cimetière Saint-Ouen, première sortie après cinq mois d’enfermement. Le peuple accourt pour la voir. En arrivant sur la place, ­Loyseleur, le faux confident et confesseur sacrilège, lui glisse à l’oreille  :

«  Jeanne, croyez-moi, si vous le voulez, vous serez sauvée  : prenez l’habit de votre sexe et faites tout ce qui vous sera ordonné  ; sans cela vous êtes en péril de mort.  »

Il l’accompagne ensuite sur l’estrade qui lui est réservée en face de la tribune dressée pour les juges, le tribunal au complet ainsi que le cardinal Winchester et une quarantaine de dignitaires anglais. C’est dire l’importance qu’on attachait à cette “ abjuration ”, sans compter la foule et les soldats.

Le dominicain Guillaume Érard prononce un discours long et pompeux, commentant le passage de saint Jean  : «  Le sarment ne saurait lui-même porter du fruit s’il ne demeure attaché à la vigne  », sur fond agité des premiers violons et clarinette figurant l’animation de la foule.

Il conclut en lisant la cédule “ des cinq cents mots ”, mais pendant qu’Érard parle, ce sont les Voix de Jeanne que nous entendons, chantées par le chœur  :

«  Réponds-lui hardiment, à ce prêcheur  !  ».

On devait la sommer de répéter phrase à phrase la cédule, puis de signer. Or, il n’en fut pas ainsi.

Cependant, Érard insultait abondamment Charles et Jeanne  :

«  Ah  ! France, que tu fus abusée, toi la nation très chrétienne  ! Charles qui se dit ton roi n’est qu’un hérétique, un schismatique, pour avoir donné sa foi aux paroles d’une femme de bas étage, perdue de réputation, déshonorée. Que dis-je Charles  ? Et tout son clergé par lequel elle a été examinée (à Poitiers), comme elle dit, sans avoir été reprise

«  Noble maison de France, immaculée jusqu’ici, quelle pitié de voir où tu en es  !

«  Noble maison de France, tu n’avais jamais produit de monstres  : en voici un  ! Celui qui se prétend ton roy, et qui entend recouvrer son royaume par cette sorcière hérétique  ! Maison de France, te voilà infâme  !  »

Voyant Jeanne indifférente, il la pointe du doigt et l’interpelle violemment  :

«  C’est à toi, Jeanne, à qui je parle, et te dis que ton roy est hérétique et schismatique.  »

Jeanne réplique vivement  :

«   Par ma foi, sire, révérence gardée, j’ose bien vous le dire et jurer sous peine de ma vie que c’est le plus noble chrétien de tous les chrétiens, et qui aime le mieux la foi de l’Église, et n’est point tel que vous dites.  »

Tel est le seul “ serment ” que Jeanne prononça ce 24 mai au cimetière Saint-Ouen  ! (p. 279-280)

«  Faites-la taire  !  » hurlent Érard et Cauchon, dont on imagine la fureur. Cette fermeté d’acier n’annonce pas qu’elle va abjurer  !

Un chœur à l’unisson raconte comment l’évêque s’était muni de deux sentences  : l’une de mort si elle ne se rétractait pas, l’autre la condamnant à la prison perpétuelle si elle abjurait.

L’évêque s’était muni de deux sentences... Il commença à lire la première.

L’évêque s’était muni de deux sentences… Il commença à lire la première.

Il commence à lire la première, mais on ne l’entend pas.

La foule devient houleuse, entraînée par les Anglais, et vocifère pour tenter d’effrayer Jeanne.

«  Faites ce que l’on vous conseille  ! Voulez-vous donc la mort  ? Signe  ! Jeanne, abjure  ! Sauve ta vie  !  »

Jeanne interrompt la lecture pour dire en toute vérité  :

«  Je n’ai rien fait de mal. Je crois aux douze articles de foi et au Décalogue, et m’en rapporte à l’Église universelle. Je n’entends point révoquer quelque chose si ce n’est pourvu qu’il plaise à notre Sire Jésus-Christ.  »

« Faites ce que l’on vous conseille ! Voulez-vous donc la mort ? Signe ! Jeanne, abjure ! Sauve ta vie ! »

«  Faites ce que l’on vous conseille  !
Voulez-vous donc la mort  ?
Signe  ! Jeanne, abjure  ! Sauve ta vie  !  »

Puis à la fin de la lecture, elle se tourne du côté du cardinal Winchester, cardinal de la sainte Église romaine  ! pour en appeler de nouveau au Pape. L’heure est solennelle… Cet appel au Pape, lancé par Jeanne à la face d’un cardinal et d’un évêque prévaricateurs, résonne à travers les siècles (p. 281).

Embarrassé et contrarié, Cauchon lui fait remarquer que le Pape est loin et que les ordinaires sont juges en leurs diocèses.

À cette monition, renouvelée trois fois, précise le procès-verbal, elle répéta inébranlablement  :

«  Je m’en rapporte à Dieu et à notre Saint-Père le Pape.  »

Nous arrivons au nœud de la comédie de la prétendue abjuration. L’appel à Rome étant suspensif, il retirait la procédure aux maîtres de Rouen. Mais Winchester et Cauchon décidèrent d’un commun accord de ne pas en tenir compte. Nouvelle et criante forfaiture  ! Ils feignirent de comprendre qu’elle se soumettait, et la “ reçurent à pénitence ”.

Ensuite, pendant que Cauchon se prépare à lire la sentence, Massieu et quelques autres tentent de lui faire signer la cédule, mais elle leur répond  :

«  Vous vous donnez beaucoup de mal pour me séduire.  »

Elle n’est pas du tout effondrée.

Cauchon se lève donc, et, pour faire croire que Jeanne a vraiment abjuré, il change de sentence et prononce celle de la condamnation à la prison perpétuelle.

On l’entend déclamer des extraits de la sentence sur fond de musique qui développe le thème de l’introduction “ Au nom du Seigneur. Amen ”, en commençant doucement avec l’orgue, puis s’amplifiant par l’adjonction d’instruments, et une harmonie de plus en plus déchirante à mesure que l’injustice éclate.

Comment Cauchon a-t-il pu prononcer ces mots  : «  Tu as refusé de te soumettre au Pape et au Concile général…  », alors que la place résonnait encore de son appel au Pape  !

« Au nom du Seigneur. Amen. Nous t’avons maintes fois et charitablement avertie de te soumettre à la détermination de notre sainte Mère l’Église. »

«  Au nom du Seigneur. Amen. Nous t’avons maintes fois et charitablement avertie de te soumettre à la détermination de notre sainte Mère l’Église.  »

À la fin de la sentence, la musique retombe, et Loyseleur, pervers jusqu’au bout, porte la tromperie à son comble en disant  :

«  Jeanne, vous avez fait une bonne journée, s’il plaît à Dieu, et vous avez sauvé votre âme.  »

Jeanne réclame d’être conduite en prison d’Église pour échapper aux nouveaux tourments qui l’attendent, «  en la main de ces Anglais  ». Mais Cauchon, impitoyable, ordonne à ses gardiens  : «  Menez-la où vous l’avez prise  !  » Warwick et les Anglais sont furieux parce que ce qu’ils voulaient c’était le bûcher. Richard de Beauchamp, comte de Warwick, était l’ennemi personnel de Jeanne qui avait battu son fils. Il n’avait qu’une pensée  : la faire brûler. D’où le reproche qu’il lance à Cauchon  : «  Le Roi a bien perdu son argent avec vous  !  » Un assesseur l’entendant, ou Cauchon lui-même  : «  N’ayez cure, nous saurons bien la ravoir  !  »

Car l’évêque avait besoin d’une vraie abjuration. C’est ce que chante le chœur  :

«  Cauchon laissait croire que Jeanne avait abjuré. Mais il n’avait pu lui extorquer la moindre signature.  »

Sans scrupule, il commença par falsifier le procès-verbal de cette séance du 24 mai et contraignit les notaires à prêter à Jeanne de fausses déclarations.

Au procès de révision, aucun témoignage sérieux ne pourra authentifier la version “ Cauchon ” des faits, à savoir qu’elle aurait signé d’une croix, puis écrit son nom guidée par Calot, au bas d’une cédule, etc. Cauchon inventera ensuite plusieurs autres rétractations, mais à vouloir trop prouver, il rendait intenable son système de mensonge (p. 285).

Pendant que tous sortent, Cauchon prend Massieu, l’homme de toutes les basses besognes, à part. Cette petite scène va nous révéler son plan diabolique. Il a besoin d’une abjuration et, pour cela, il faut que Jeanne quitte ses vêtements masculins et accepte ceux de femme, moyennant la promesse de la soustraire aux soldats anglais et d’entendre la Messe.

On se rappelle que, dès le début, Cauchon a donné à l’habit d’homme une importance capitale, tout en laissant la prisonnière le porter, alors qu’il aurait été facile de le lui enlever de force. Et pendant les “ exhortations solennelles ”, il a pris grand soin de lier ensemble l’abjuration et la promesse de prendre l’habit de femme.

Il ordonne donc à Massieu de le lui faire enlever, de force s’il le faut, après quoi elle sera bien obligée de revêtir la robe qu’on lui présentera. La chose sera vite connue et sera le signe de son “ abjuration ”, et reniement de sa mission.

Massieu écoute cela un peu effrayé, car c’est un travail singulier pour un ecclésiastique, même sans scrupule. Il proteste timidement  : «  Mais

– Demandez des renforts  !  » lui rétorque sèchement Cauchon en lui tournant le dos, le laissant seul, interdit, pensif – musique statique – puis il sort à son tour.

Le chœur reprend son hymne pour chanter la parfaite chasteté de notre sainte  :

«  Source divinement scellée, Nul assaut n’a pu profaner Sa parfaite intégrité.  »

SCÈNE 17
JEANNE AUX OUTRAGES LE PROCES DE RELAPSE

Pour l’exaltation de sainte Jeanne d’Arc, vierge très pure et vraie martyre, il nous faut maintenant sonder les profondeurs de Satan dont elle repoussa victorieusement les assauts.

Nous revenons dans la prison où Jeanne est seule, en prière, en habit d’homme. Quelques mesures aux basses (violoncelles et contrebasse) esquissent une gamme mineure descendante, menaçante.

Cauchon et quelques assesseurs font irruption dans la cellule, et constatent avec satisfaction la «  récidive  ». Jeanne est revenue à ses errements. Elle est donc coupable  !

Cauchon joue l’étonnement, la contrariété, le mécontentement, la colère, alors qu’il sait très bien ce qui s’est passé, ayant lui-même tout organisé pour obtenir la condamnation de Jeanne comme relapse.

Mais après avoir refusé de prendre les habits de femme le 24 mai au matin, le procès-verbal, version Cauchon, dit qu’elle aurait accepté l’après-midi.

En fait, on la dépouilla par la force (p. 290) de son habit d’homme et on ne lui laissa point d’autre vêtement que celui de femme. Les témoins de la scène, encore en vie lors des enquêtes de la révision, se garderont de dévoiler cette ignominie, et pour cause  ! Sauf un, Migiet, qui avouera  : «  Les juges saisirent l’occasion de la condamner en tant que relapse parce qu’elle avait repris l’habit masculin, d’elle enlevé.  »

Ensuite, Cauchon fit en sorte que tout le personnel de la prison sache et dise au-dehors qu’elle avait réellement abjuré.

Pendant trois jours et trois nuits, du 24 au 27 mai, il la laissa en habit de femme aux mains de ses geôliers contre lesquels elle dut soutenir d’effroyables assauts contre sa virginité. Un véritable calvaire. Ce fut par un éclatant miracle de la puissance de Dieu que sainte Jeanne d’Arc demeura vierge, blanche colombe échappée à ces outrages par une protection invincible de l’Immaculée, comme l’a compris sainte Thérèse qui lui fait dire  :

«  Et vous, ô ma divine Mère  ! Marie, mon astre radieux… Vous avez été ma lumière, Me protégeant du haut des Cieux. De votre éclatante blancheur Ô Douce et lumineuse étoile Quand donc verrai-je la splendeur  ? Quand serai-je sous votre voile Me reposant sur votre cœur  ?…  »

Le miracle est certain, proclamé par l’Église, attesté “ a contrario  ” par les Anglais eux-mêmes  : s’ils avaient réussi dans leur noir dessein, ils l’auraient claironné dans toute la Chrétienté (p. 292).

Revenons maintenant à notre scène. Cauchon joue la comédie de la surprise, tandis que Warwick et les soldats observent par la grille.

«  Ah  ! Jeanne, pourquoi avez-vous repris les habits d’homme  !  »

Jeanne, «  éplorée, le visage plein de larmes, défigurée, outragée en telle sorte qu’elle faisait pitié et compassion…  », au dire des témoins, continue cependant à tenir tête à son juge  :

«  En m’arrachant de force mes habits on m’a obligée de prendre vêtements de femme  », sur un ton ferme, indigné et haletant.

« En m’arrachant de force mes habits, on m’a obligée de prendre vêtement de femme. »

«  En m’arrachant de force mes habits, on m’a obligée de prendre vêtement de femme.  »

Elle reprend un peu son calme pour affirmer  :

«  Pendant trois jours et trois nuits, j’ai été livrée à ces bêtes féroces qui ont tenté de me forcer.  » Les rythmes sont à nouveau violents. Plus plaintive  : «  Les Anglais m’ont fait en prison beaucoup de tort et de violence.  »

«  Puis, de nouveau, raconte-t-elle, on m’a enlevé l’habit de femme me contraignant à revêtir celui d’homme.  » Le rythme est enlevé, le chant est haut, les harmonies tendues.

Cauchon prétend que sur l’échafaud, le 24 mai, elle avait reconnu ses mensonges et renié ou abjuré ses Voix. Elle s’en défend absolument avec indignation  :

«  Je n’ai point dit ou entendu révoquer mes apparitions […]. Vrai est que Dieu m’a envoyée.  »

Mais l’évêque tient son motif de condamnation  : «  Devant témoins, Jeanne, – sur une basse lourde, obsédante, aux violoncelles, contrebasse et trombone –, je vous déclare hérétique, obstinée, rechue, récidivée, retournée à votre méfait parce que vous avez dedans la prison repris l’habit d’homme.  »

«  Sortant de la prison, l’évêque avise le comte de Warwick et grande multitude d’Anglais qui attendaient dehors, auxquels il dit ostensiblement, exultant et riant, à haute voix intelligible  : “ Farewell, Farewell, c’en est faict. Elle est prise, faites bonne chère. ”  » (p. 296), sur un air très joyeux à trois temps, repris sans cesse par tous avec force instruments.

Cette exultation de Cauchon venant de condamner au feu celle qui lui était apparue «  éplorée, le visage plein de larmes, défigurée  », était un véritable cri de triomphe du diable  !

L’hymne nous dit une fois de plus la similitude entre la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ et celle de son épouse  :

«  Comme les perfides prêtres condamnèrent Avant la Pâque son Rédempteur et Maître, Les juges vouèrent au feu Jeanne, Avant la Fête-Dieu la prétendant relapse.  »

Le 29 mai, Cauchon convoqua le tribunal dans la chapelle de l’archevêché de Rouen, en pleine intrusion, car il n’est pas évêque de Rouen, et tous prononcèrent que Jeanne était relapse.

Personne ne protesta, alors que tous la savaient innocente.

«  Que vous en semble  ? Il mérite la mort  !  » (Mt 26, 66)

Ainsi, après une lutte acharnée de cinq mois contre Jeanne, malgré une accumulation de faux et d’impostures, Cauchon n’avait à présenter qu’un changement d’habit d’homme obtenu par force  !

Un rapprochement s’impose avec notre Père. Mgr Le Couëdic, évêque de Troyes, n’avait à présenter contre lui, comme motif de la suspense a divinis, que la publication de la Lettre au cardinal Ottaviani, en date du 16 juillet 1966, qui était un appel à Rome infaillible tout empreint de l’amour de l’Église. Notre Père en appelait à Rome contre les nouveautés et erreurs du Concile et de Paul VI. Comme Cauchon, Mgr Le Couëdic ne tenait aucun compte de l’appel au Pape  !

SCÈNE 18
LA DERNIÈRE COMMUNION DE JEANNE

«  Jeanne  ! Il vous faut préparer à paraître devant Dieu.  »

C’est une scène touchante où l’on voit le cœur humain de la pauvre Jeanne, mais assisté par l’Esprit de Dieu et par ses saints, qui ne faiblit pas.

À l’aube du 30 mai 1431, Cauchon envoya à Jeanne ses trois confesseurs Loyseleur, Morice et Ladvenu afin de l’exhorter. Les deux juges ainsi que des assesseurs les rejoindront (p. 299).

Un air triste mais calme, doucement plaintif, se fait entendre au piano, interrompu par l’entrée des confesseurs dans la cellule de Jeanne.

Celle-ci est épuisée par tant de souffrances et de privations. Aussi Ladvenu, qui n’est pas le plus mauvais, doit-il la tirer de son sommeil pour lui apprendre le plus doucement possible sa mort prochaine. Elle en frémit de tout son être. Une douloureuse lamentation sort de son cœur oppressé. Musique pathétique à trois temps, dans la suite du prélude, avec un motif de noires détachées à la basse, passant des altos aux violoncelles et contrebasse puis aux autres parties, donnant à l’ensemble de la plainte un caractère d’abandon à la Volonté de bon plaisir, tandis que le chant de Jeanne, par opposition, est lié, plaintif, comme la supplication de Jésus au jardin des Oliviers.

«  Hélas  ! me traite-t-on ainsi horriblement et cruellement qu’il faille que mon corps net et entier, – entrent la flûte et le hautbois à l’octave, en un long gémissement –, qui ne fut jamais corrompu, – qu’ils n’ont pas réussi à forcer  ! – soit aujourd’hui consumé et réduit en cendres  ! Ah  ! ah  ! j’aimerais mieux être décapitée sept fois que d’être ainsi brûlée.  »

C’est l’agonie d’une âme sainte et pure à l’annonce de l’horrible supplice.

La musique reprend son chant mais s’arrête net lorsque Cauchon entre à son tour. Trémolos aux basses. Jeanne se ressaisit comme son Divin Maître au jardin des Oliviers, et lui lance avec une calme assurance  : «  Évêque, je meurs par vous  !  »

Elle ne se contente plus de le récuser, elle le met en accusation (p. 300).

Cauchon, troublé, blême, veut lui faire remontrance en bredouillant  :

«  Ah  ! Jeanne  », rythme incertain, «  vous mourez pour ce que vous n’avez pas tenu ce que vous m’aviez promis, et que vous êtes retournée à votre premier maléfice.  »

Mais elle, toujours aussi ferme  :

«  J’en appelle de vous devant Dieu.  »

C’est grandiose  ! Évidemment, ces paroles ne figurent pas au procès-verbal, mais dans les témoignages de Toutmouillé et de Ladvenu, en 1450, quand ils n’auront plus rien à craindre.

Décontenancé, trémolos aux cordes, Cauchon va se retirer quand Ladvenu s’acquitte de sa commission en lui rapportant les ultimes demandes de Jeanne, pour la confession et la communion.

Toujours calculateur, l’évêque accorde la confession mais réserve sa décision pour la communion, comme un ultime chantage pour lui faire renier sa mission.

En menaçant notre Père de suspens a divinis, Mgr Le Couëdic était persuadé que notre Père allait obtempérer pour pouvoir continuer à dire la Messe. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil de Satan  !

Finalement, Cauchon fera donner la communion à Jeanne, non pas par piété mais, au contraire, par indifférence impie envers ce sacrement, tel Judas  !

Quelles âmes noires  !

Jeanne reste avec Ladvenu tandis que le chœur chante les strophes 11-12 du Stabat Mater  :

«  À l’aurore du supplice, Le Corps de l’Agneau sans péché, Ultime Pain, lui fut apporté.

«  Unie au Saint-Sacrifice, Son cœur tout virginal s’offrit En véritable Hostie.  »

SCÈNE 19
LA VICTIME SAINTE

Nous sommes sur la place du Vieux-Marché le 31 mai 1431. Jusqu’à la fin, Cauchon s’efforcera d’extorquer à Jeanne une parole de faiblesse, un acte d’abjuration.

«  Nous exhortâmes spécialement Jeanne à croire le conseil de deux vénérables Frères prêcheurs [Ysambard et Ladvenu], se tenant alors auprès d’elle, et que nous lui avions commis, pour l’instruire sans relâche et lui prodiguer, avec zèle, efficaces admonestations et salutaires conseils  », écrira l’évêque.

Après la mort de la Pucelle, les Anglais affirmeront dans les lettres officielles envoyées dans toute la Chrétienté, qu’au moment de mourir Jeanne avait renié ses Voix.

Le procès-verbal du 7 juin, rédigé par Cauchon, reproduit ces prétendues lettres d’information, sans y rien ajouter  :

«  … Et voyant approcher sa fin, elle connut pleinement et confessa au grand jour publiquement que les esprits qu’elle disait lui être apparus souventes fois étaient mauvais et mensongers, et qu’elle avait été moquée et déçue. Ici est la fin des œuvres, ici est l’issue de cette femme  ! Et nous vous la signifions, présentement, pour vous informer véridiquement de cette matière…  » (p. 303-304)

C’est précisément le contraire de la vérité. Jeanne a réaffirmé sa mission et sa foi en ses Voix jusque sur le bûcher. Sa mort fut celle d’une sainte, réplique bouleversante du sacrifice sauveur de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Huit cents soldats anglais faisaient escorte et montaient la garde autour de la place du Vieux-Marché quand Jeanne est arrivée vers 8 heures du matin avec ses confesseurs et Massieu.

Elle priait à haute voix d’une manière si touchante que ceux qui se pressaient sur son passage en étaient bouleversés.

Une multitude était déjà rassemblée, bruyante, frémissante, grouillante. Cette arrivée de Jeanne sur la place est figurée par une musique dramatique avec de nombreuses percussions  : la grosse caisse, la caisse-claire, les timbales et la cymbale. Les basses exécutent des motifs réguliers, répétitifs en notes staccato inquiétantes  ; les premiers violons des sextolets rapides et piqués, répétitifs aussi, représentent l’agitation de la foule. Les trompettes créent une impression à la fois martiale et funèbre.

Jeanne, revêtue d’une longue robe blanche et coiffée d’un chaperon qui lui cache le visage, s’avance vers la tribune où elle doit s’entendre encore prêcher. Comme Jésus parlant aux femmes de Jérusalem dans sa montée du Calvaire, en voyant le bûcher, elle chante  :

«  Rouen, Rouen, mourrai-je ici  ? Ah  ! Rouen, j’ai grand-peur que tu n’aies à souffrir de ma mort  !  » tandis que la musique se détend, s’estompe.

Puis on entend Nicolas Midy prêcher sur la parole de saint Paul  : «  “ Si un membre souffre, tous les autres souffrent avec lui. ”  » Jeanne était ce membre gangrené qu’il fallait retrancher du corps. La clarinette dialogue avec le chant. Midy conclut en disant  : «  Jeanne, va en paix, – musique très apaisante en effet – l’Église ne peut plus te défendre, elle te laisse au bras séculier.  »

Les basses inquiétantes du début refont de brèves mesures par intermittence.

La sainte victime eut ensuite à entendre la sentence de sa condamnation, de la bouche même de l’évêque Cauchon. Il rappelle ses fautes, son abjuration, sa rétractation orgueilleuse… Mais «  elle l’ouït moult paisiblement  ».

«  Mais après cette abjuration de tes erreurs, dit-il, l’auteur du schisme et de l’hérésie a fait irruption dans ton cœur, qu’il a de nouveau séduit […]. Ô honte  ! que comme le chien qui revient à ce qu’il a vomi, toi, tu es revenue à tes erreurs et à tes crimes  »  !  !

Cauchon chante, très solennel  :

«  Au Nom du Seigneur. Amen.  »

« Comme un membre pourri, nous te rejetons de l’unité de l’Église, et t’abandonnons au pouvoir séculier. »

«  Comme un membre pourri, nous te rejetons de l’unité de l’Église, et t’abandonnons au pouvoir séculier.  »

Quelques notes inquiétantes aux violoncelles, puis des trémolos aux violons sans basses vont soutenir ce discours mensonger conclu par ces mots  :

«  Jeanne, nous te déclarons retombée dans tes erreurs anciennes, et revenue à tes crimes, et nous décrétons que tu es hérétique et relapse.  »

L’orgue fait son entrée  :

«  Comme un membre pourri, nous te rejetons de l’unité de l’Église, et t’abandonnons au pouvoir séculier, le priant de modérer son jugement sur toi  ; et si des signes vrais de pénitence apparaissent en toi, que le sacrement de la Pénitence te soit administré  !  »

Alors qu’il vient d’autoriser Ladvenu à confesser Jeanne et à lui donner la communion  !

Après un passage musical en imitation, Jeanne s’agenouille et prie à haute voix  :

«  Elle fit de très belles oraisons, recommandant son âme à Dieu, à la très Sainte Vierge Marie et à tous les saints, les invoquant et demandant pardon pour ses juges et pour les Anglais…  » (p. 305-306)

Commencent alors de douloureuses litanies, paisibles et suppliantes, mais pas désespérées  :

«  Bénie Trinité, ayez pitié de moi  !

«  Jésus, ayez pitié de moi  !

«  Vierge Marie (avec une envolée tout empreinte de confiance, soutenue par les cordes), priez pour moi  !

«  Bénis saints du Paradis, priez pour moi  !

«  Saint Michel, priez pour moi  !

«  Sainte Catherine, sainte Marguerite, aidez-moi  !  »

Puis elle se lève pour demander pardon.

«  Elle requérait à toutes manières de gens de quelque condition qu’ils fussent, tant de son parti que de l’autre, mercy très humblement, et qu’ils voulussent prier pour elle, en leur pardonnant le mal qu’ils lui avaient fait… Elle pria tous les prêtres, qui étaient là en grand nombre, de lui dire chacun une messe.  »

Malaise palpable chez tous ses juges, que ces paroles jugeaient, en vérité  !

Elle voulait n’oublier personne, protestant aussi que le Roi n’était coupable de rien en son fait. Sa lamentation douce et forte résonnait dans le silence impressionnant de la place. Chacun retenait son souffle pour saisir les dernières paroles de cette vaillante Pucelle. Les regards se fixaient sur elle, épiant ses moindres mouvements, et tous étaient émus aux larmes, même les juges, qu’elle jugeait elle-même par ces paroles  !

«  Je ne crois pas qu’il soit un seul homme ayant le cœur si dur, qui, s’il eût été présent, n’eût versé des larmes  », dit un chroniqueur.

Certains prétendirent avoir vu pleurer Loyseleur, Cauchon, et même le cardinal Winchester, ne mesurant pas la noirceur de ces démons. Il est vrai que Judas lui-même reconnut avoir livré un sang innocent…

La règle voulait que les juges ecclésiastiques se retirent une fois l’accusée livrée à la puissance séculière. Seuls demeurèrent les deux dominicains et l’huissier Massieu.

Insensible à l’émotion générale, la soldatesque anglaise commençait à s’impatienter  !

Sur un air enlevé, ils interpellent le bailli, l’officier qui rend la justice au nom du Roi ou du seigneur  : «  Hé  ! Bailli, nous ferez-vous donc dîner ici  ?  »

Le bailli, pour les satisfaire, livre la victime au bourreau sans autre sentence que «  Bourreau, fais ton devoir  !  »

Un membre du tribunal lui ôte son chaperon et la coiffe d’une mitre de honte et de dérision, qui porte en gros caractères ces mots  : hérétique, relapse, apostate, idolâtre, encadrés de deux diables.

Les violoncelles ont recommencé leur marche lugubre et, pendant qu’on la mène sur le bûcher, elle demande une croix. Un soldat anglais s’empresse de lui en fabriquer une avec une branche du bûcher. «  Dévotement la reçut et la baisa, et mit cette croix en son sein, entre sa chair et ses vêtements..  »

Pendant que le bourreau l’attache au poteau, elle demande qu’on lui apporte la croix de l’Église et qu’on la tienne élevée tout droit devant ses yeux jusqu’au pas de la mort.

Une fois le feu allumé, elle pensera à dire à son confesseur de descendre pour ne pas être brûlé  !

Le bourreau a bouté le feu aux bourrées. On l’entend crépiter tandis que la fumée commence à monter au travers des fagots. Le piano exécutera, jusqu’au suprême appel, des triolets arpégés pour figurer cet embrasement.

«  Mon Seigneur ! tout est achevé, à votre Colombe immolée ouvrez votre Cœur Sacré. Plus ardent que le brasier votre amour, Divin Crucifié, a gardé mon cœur entier. »

«   Mon Seigneur  ! tout est achevé, à votre Colombe immolée ouvrez votre Cœur Sacré. Plus ardent que le brasier votre amour, Divin Crucifié, a gardé mon cœur entier.  »

Sur le bûcher, on l’entendit confesser fermement  :

«  Non, je ne suis ni hérétique ni schismatique  !  » et répéter le doux Nom de Jésus  ! À ce moment, elle aura comme un moment d’angoisse, vite apaisé au Nom de Marie invoqué au milieu des furieux crépitements des flammes.

Puis elle s’écrie  : «  Mes Voix sont bien de Dieu  », en suffoquant et cherchant sa respiration.

Tout cela, sur fond de musique paisible, malgré l’indicible tristesse et avec des accents dramatiques, car dans son sacrifice elle est entièrement abandonnée à son Époux Céleste.

Et le feu continue implacablement ses ravages…

Puis, avec la vigueur de l’innocence qui l’habitait, l’envoyée de Dieu proclame une dernière fois, à la face de ses ennemis  :

«  Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait de l’ordre de Dieu… Non  ! mes voix ne m’ont pas trompée  !… Les révélations que j’ai eues venaient de Dieu  !…  »

Rassemblant ce qui lui restait de forces avec une énergie miraculeuse, elle lance un dernier appel à son Bien-Aimé, «  Jésus  !  » si puissamment «  qu’on entendit ce cri jusqu’au bout de la place  ». Ultime élan d’amour d’un cœur qui n’avait jamais failli, lancé dans une longue vocalise, qui commence haut, descend pour mieux remonter jusqu’au “ la ” aigu qu’elle tient longtemps, par quelle assistance respiratoire  ?  ! tandis que le chœur, “ bouches fermées ”, dessine l’envolée de son âme, sous la forme d’une blanche colombe qu’on vit sortir des flammes.

Cette montée du chœur, commencée en ré mineur, aboutit à un sol majeur triomphant, ton dans lequel nous restons pour les deux dernières strophes (13-14) de notre hymne, mais avec douceur, comme la joie après une interminable épreuve encore toute proche.

«  Mon Seigneur  ! Tout est achevé, À votre Colombe immolée Ouvrez votre Cœur Sacré.

«  Plus ardent que le brasier Votre amour, Divin Crucifié, A gardé mon cœur entier.  »

Brève allusion à son cœur que le bourreau n’a pas pu consumer.

La fanfare du prologue reprend aux cuivres et timbales, et fait inclusion pour nous amener au chœur final  : une prière à Jeanne, composée par sainte Thérèse, sa «  sœur chérie  ».

Un chœur puissant, doublé par les cuivres, chante  :

«  Jeanne, c’est toi notre unique espérance, Du haut des Cieux, daigne entendre nos voix. Descends vers nous, viens convertir la France, Viens la sauver une seconde fois.  »

Répondant à cet appel en mi mineur, si doux, pour l’ «  Amen  » final qui reprend l’air des violons du prologue, après la première sonnerie des cuivres, elle paraît entre sainte Marguerite et sainte Catherine qui lui imposent la «  couronne de vie  » promise au «  vainqueur  » par Jésus dans l’Apocalypse.

MYSTÈRE DE RÉDEMPTION

«  Jésus, jetant un grand cri, expira.  » (Mc 15, 37) Chose stupéfiante de la part d’un homme atteint de tétanie généralisée.

Où Jeanne a-t-elle trouvé l’air dont elle a rempli ses poumons asphyxiés par le feu et la fumée pour pousser ce grand cri à la ressemblance de celui de Jésus  ? C’est un miracle. Comme le cri de «  Jésus  !  » Celui-ci a converti le centurion  : «  Voyant qu’il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, s’écria  : “ Vraiment cet homme était Fils de Dieu. ”  » (Mc 15, 39)

De même  : «  Nous sommes perdus  ; nous avons brûlé une sainte  !  » s’écria Jean Tressart, secrétaire du roi d’Angleterre.

«  Un soldat anglais, qui la haïssait extraordinairement, avait juré que, de sa propre main, il poserait un fagot sur le bûcher de Jeanne. À l’instant où il le faisait, l’entendant clamer le nom de Jésus au moment de mourir, il demeura tout frappé de stupeur et comme en extase… Il confessa qu’il avait grandement péché, qu’il se repentait de tout ce qu’il avait fait contre Jeanne, qu’il croyait qu’elle était bonne. Car lorsque Jeanne avait rendu l’esprit, cet Anglais, comme il lui semble, vit une colombe blanche sortir des flammes.  » (p. 308-309)

Plus qu’une ressemblance, c’est une identification du martyre de Jeanne avec celui de Jésus, gage d’une alliance divine du Christ avec la France, aussi indéfectible que l’alliance scellée sur la Croix avec l’Église dont la France est la fille aînée. Il nous faut donc répéter cette instante prière de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus  :

«  Continuez, Seigneur, les merveilles que vous avez commencées en faveur de votre peuple, et comme autrefois vous avez détruit les Philistins par l’entremise de votre serviteur, le petit pâtre David qui tua le géant Goliath, de même aujourd’hui faites éclater votre puissance en la personne de votre servante Jeanne, la timide bergère, qui en votre nom chassera l’étranger du royaume de France et détruira la puissance de Satan, autre Goliath qui voudrait anéantir la foi de la fille aînée de l’Église.  »

Et Jeanne répondra à notre prière  :

«  Oh  ! ma France chérie  ! c’est avec bonheur que j’obéis à mes Voix qui m’invitent à voler encore à ton secours  !… Désormais tu ne seras plus chargée de chaînes puisque ton cœur s’est tourné vers le Ciel Si tu m’avais invoquée plus tôt, je serais depuis longtemps venue vers toi.  »

frère Bruno de Jésus-Marie.

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