La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 156 – Octobre 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA LIGUE

La Ligue

L’ABBÉ DE NANTES, TOUJOURS ET PARTOUT !

CET incomparable défenseur de la foi et serviteur de l’Église vit et parle encore. En la personne de son fils et successeur, il se déplace, réconforte ses amis  ; son nom seul suffit pour que les pharisiens et pharisiennes d’aujourd’hui déchirent leurs vêtements, se voilent la face ou dénudent leur cœur  : pas beau à voir ou à entendre.

Durant le mois de septembre, notre frère Bruno de Jésus-Marie, s’est plus que jamais dépensé, tout d’abord au service du pape François. L’éditorial Le complot, nous donne un magnifique exemple de son zèle filial  : défense et illustration de la pensée du Saint-Père avec l’incomparable appui de la doctrine de l’abbé de Nantes. Notre frère Prieur nous a livré, tout au long de l’été, et plus que jamais, le fruit de ses méditations et de sa science des Saintes Écritures. Par son commentaire du livre de l’Apocalypse, il ne nous communique pas un savoir desséchant  : «  Je tiens tout du Père  », mais l’onction d’une lumière dans laquelle nous voyons Dieu, sa sagesse, son amour tout diriger, de main de maître et avec grand cœur. C’est à la lumière de cette sagesse biblique, mariale, que frère Pierre-Julien a réalisé son remarquable et très documenté article sur La Russie de Poutine en attente de sa consécration au Cœur Immaculé de Marie. Celui de notre frère Prieur, «  C’est sœur Lucie qu’il faut canoniser  !   », ne le cède en rien  ; et tous deux en avant-garde, en éclaireur du Saint-Père, sont bien faits pour l’encourager à aller de l’avant sur ce chemin que Notre-Dame de Fatima lui a tracé  ; ils lui révèlent aussi “ le pourquoi ” des obstacles qui l’encombrent…

L’esprit et le cœur irradiés par tant de grâces goûtées au gré des camps et des sessions de l’année, mises en œuvre tout au long d’une vie conjugale, familiale, fraternelle qui est notre part d’héritage à tous, nous pouvons aller aux périphéries, nous exposer aux mépris des «  fils de notre Mère  » (cf. Ct 1, 6). S’ils s’emportent contre nous, c’est qu’ils croient rendre un culte à un Dieu, revu et corrigé par Vatican II, prétendument plus charitable que l’ancien… On leur pardonne cet excès de zèle, on les marque de près, à la manière du médecin ou de l’infirmière, et on attend au chevet de leurs âmes malades du Concile, que la fièvre tombe, que l’infection régresse (cf. Page mystique n° 12  : “  Cette maladie ne va pas à la mort ”). Si le malade hurle, s’il se voile la face au seul nom du médecin, c’est bon signe  ; là où il y a de la douleur, il y a encore un peu de vie, et d’espérance par conséquent… C’est ce que nos amis ont vécu le 24 septembre dernier à Paris.

Retour d’expérience sur tant de grâces afin de se tenir bien droit dans les “ bottes de sept lieues ” de notre enthousiasmante vocation CRC.

FRÈRE BRUNO AU CANADA

Du 30 août au 14 septembre, notre frère Prieur a visité nos maisons missionnaires de la belle province de Québec. Séjour désiré chaque année avec la plus filiale des impatiences par frères, sœurs et amis. Nos Canadiens, et il y aurait de quoi nous rendre jaloux, sont les premiers en tout  : pour regarder l’oratorio, pour passer à travers le long diaporama des activités de la CRC française durant l’année, et surtout de l’évolution des différentes fondations. Ils aiment beaucoup cela. Ils ont droit au premier jet des conférences du Congrès, et cette année ils ont eu la primeur d’une grâce de choix. Le Commentaire de notre Règle à la lumière du livre de l’Apocalypse  : prodigieuses correspondances et convergences de l’un à l’autre livre mises en évidence par notre frère, et joie de découvrir à quel point le même Esprit-Saint inspirait, et saint Jean, et notre bienheureux Père.

Ce qui a surtout ravi notre frère Prieur durant ce séjour, c’est de voir combien nos frères font partie intégrante de la vie paroissiale. Ils dirigent les chants pour le bonheur de tous. Le curé Lacombe ne manque pas de recevoir chaque année frère Bruno et frère Pierre pour un bon parloir. L’abbé Saint-Onge, le sympathique auxiliaire du curé donne dans la plus grande simplicité, sans cérémonie. Pour lui, le supérieur des frères, c’est un frère, et il ne lui en faut pas plus pour franchement blaguer et rigoler avec lui, à l’entrée ou la sortie de la Messe… Dur, dur le retour en France sous ce rapport…

ÉCHEC AU MENSONGE ET À L’HYPOCRISIE

(Paris, Centre-Sèvres, 24 septembre 2015)

«  Redécouvrir Paul VI  : pape du Concile et inspirateur du pape François.  » Tel était le thème de la réunion publique organisée par les éditions Salvador à l’occasion de la sortie d’une biographie de Paul VI, le 24 septembre au soir, dans les splendides locaux des jésuites du Centre-Sèvres. L’Église allait fêter ce “ bienheureux ” dans trois jours, une belle opération de marketing en perspective, et pour cette noble cause les caciques du tout-Paris clérical étaient au rendez-vous  : La Procure, le journal La Croix en la personne de la pugnace Isabelle de Gaulmyn, et tutti quanti. KTO, notre chaîne préférée devait retransmettre cette émission de haut niveau  : la présentation des intervenants, le film retraçant la carrière de Paul VI, et puis surtout la conférence très attendue du cardinal Tauran président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Entre catholiques, le dialogue était aussi au programme, car cette soirée devait s’achever par un débat. Le nonce en personne, quelques évêques et même un haut fonctionnaire du quai d’Orsay, honoraient l’assemblée de leur présence.

Pour honorer, lui aussi, cet événement, frère François avait mobilisé les jeunes de la Permanence  ; entraînement intensif suivi avec enthousiasme  : «  Puisqu’il s’agissait de Paul VI, nous sommes revenus aux fondamentaux. Frère François nous y avait exhortés, en nous disant  : “ Surtout lisez le Liber Accusationis, vous verrez c’est facile  ! ” Et de fait, ce fut une découverte, ce livre se lit presque comme un roman, tant l’articulation de l’argumentation est claire, quand on a été bien formé sur saint Pie X, Paul VI, le Concile, et la véritable stature de l’humanisme laïc. Une fois de plus l’intelligence éclairée du Père a forcé notre admiration.  » Des questions aux réponses non religieusement correctes avaient été préparées, ainsi qu’un tract qui mettait particulièrement bien en valeur le dilemme shakespearien de la soirée, François ou Paul VI  ?…

C’est alors que notre frère Prieur surprit la communauté en décidant de se rendre lui aussi à Paris, de prendre part au débat, et surtout de demander une audience au cardinal Tauran. Aussitôt dit, aussitôt fait. Il en fait part aux organisateurs, présente sa demande d’audience. Pas de réponse  : “ Qui ne dit mot consent ”. Le voici qui arrive sur site après un passage à la rue du Bac, au pied de cet autel où l’Immaculée a promis de venir en aide à ceux qui la prieront avec confiance. Il est accompagné de nos frères François et Benoît-Joseph.

OFFRE DE DIALOGUE AU CARDINAL TAURAN

20 h 20  : Ils arrivent dans l’ambiance confinée, et très “ intellectuel rive gauche ” du Centre-Sèvres. L’entrée est filtrée, une certaine tension fige le sourire poli des jeunes gens qui les accueillent et leur donnent de petits billets blancs pour les questions, «  si vous en avez  ». Dans l’amphithéâtre, les journalistes sont au premier rang  ; un public clairsemé, du troisième âge, prend place. Frère Bruno rencontre un ancien confrère de séminaire, Mgr Tomaso… Cordiales salutations, joie de se retrouver  : «  Tu diras bonjour à Gérard, je ne l’ai pas oublié, tu sais, tu lui diras.  » Et notre sympathique Monseigneur de rejoindre ses confrères, tandis que notre frère s’installe au centre de la salle.

«  C’était “ sympa ” de se retrouver, nous dira frère Bruno, de se tutoyer entre confrères.  » La soirée se présentait donc sous les favorables auspices de cette cordiale simplicité, “ très pape François ”. Las, la charité de notre frère Prieur, son acte de foi en l’Église devait encore s’orner d’un nouvel affront. Car ce soir-là, “ la secte ” ne s’est pas contentée d’assassiner la foi, la vérité, le simple bon sens, elle s’en est aussi furieusement prise au «  dialogue  », tout comme les pharisiens, leurs pères, en usaient avec la Loi  : on en parle tout le temps, on ne le pratique vraiment, jamais  !

LES PRÉLIMINAIRES DU DIALOGUE.

Notre frère Bruno comptait bien l’engager, de la plus charmante manière  : «  Si j’avais eu le micro, voici ce que j’avais prévu de dire  : Éminence, j’ai trois mots à vous dire, les trois mots du pape François  : Merci, pardon, s’il vous plaît.

«   Merci d’être présent, car cette présence nous rappelle la joie que nous avons eue de voir apparaître le pape François le jour de son élection. C’est un peu le pape François qui nous visite en la personne de celui qui l’a annoncé au monde.

«   Pardon parce que ce que vous avez dit du pape Paul VI est absolument contredit par la critique qu’en a faite notre Père, l’abbé de Nantes  ; ses écrits ont été examinés par Rome en 1968 lors d’un procès doctrinal, aucun jugement canonique avec les attendus qui le fonde n’a été prononcé.

«   S’il vous plaît, est-ce que vous pourriez porter au pape François une lettre que j’ai écrite à mon évêque, Mgr Stenger, sur sa demande, il y a déjà quatre ans pour lui résumer notre position.

«  Il m’avait promis de la porter à Rome. À chaque fois que je lui en parle, il me dit  : “ Vous savez à Rome les choses sont très lentes… ”

«  Ah bon… peut-être que vous pourriez vous en charger, Éminence, les faire avancer un peu plus vite  ?  »

En 1978, en 1993, cette requête ne rencontra ni l’esprit ni le cœur de personne à Rome… Mais avec le pape François, elle est tellement dans l’esprit de l’Église et respectueuse de l’autorité finalement, qu’elle pourrait peut-être se faire entendre de nouveau  ? Notre frère Prieur l’espéra d’une belle et édifiante espérance surnaturelle. Elle finira pas atteindre son objectif, nous n’en doutons pas. Mais à Paris, le 24 septembre 2015, il fallut bien se rendre à l’évidence…

MENSONGES ET VIOLENCES DE LA SECTE

Il n’y eut ce soir-là, au Centre-Sèvres, et c’est bien navrant, ni charité, ni liberté, ni unité hormis celle, d’une pensée unique plus stalinienne que chrétienne, imposée par les organisateurs. Reprenons le fil de cette ennuyeuse soirée pour prendre la mesure du courage de notre frère Prieur et de la belle conduite «  au feu  » de nos jeunes gens. Elle commence par un film sur la vie du pape Paul VI.

UN FILM NUL.

«  Pour nous qui avons beaucoup étudié la vie de Paul VI, c’est d’un ennui profond, aucune question importante n’est abordée.  » Ni les accointances du jeune Montini avec les démocrates-chrétiens, condamnés par saint Pie X  ; ni sa sympathie protectrice pour les milieux progressistes français, secrète, efficace  ; ni sa trahison de Pie XII à deux reprises, vrai responsable du sang versé par les catholiques de Chine et par ceux d’Union soviétique, ces derniers ayant été vendus par le jésuite crypto-communiste Tondi, secrétaire et protégé de Mgr Montini. Nous ne saurons rien de sa politique de connivence avec le communisme, et par conséquent de sa féroce opposition à Fatima  ; rien surtout du bilan désastreux de son pontificat… Mais ce n’était qu’un film, réalisé par une personne sans envergure. Interrogée par Isabelle de Gaulmyn, cette brave dame essaiera vainement de communiquer cette fameuse «  joie contagieuse  » qui devait tous nous enivrer. Elle a découvert en son cher Paul VI “ un homme ”. Un homme de Dieu  ? un homme d’Église  ? Non  ! Un «  homme spirituel  », et pour tout dire «  un homme humain  »… Ce fut l’apport positif de cette soirée, que de nous prouver tant et plus, malgré de superficiels et «  très tenus  » (de l’aveu même du cardinal) points de contacts…qu’entre Bergoglio et Montini, c’était vraiment le jour et la nuit…

PAUL VI EN VRAI.

Nous retrouverons les mêmes criminelles impasses dans l’agréable conférence de son Éminence. C’est un cardinal, et qui plus est diplomate. Il a entassé mensonge par omission sur mensonge par omission tout au long de sa conférence. Tout le monde sait qu’au moment même où Pie XII condamnait les théologiens modernistes, et les prêtres ouvriers, progressistes ou crypto-communistes de la “ Mission de France ”, faute de pouvoir les ramener à la raison, Jean-Baptiste Montini les assurait de son efficace protection. Guitton lui-même l’a avoué, tant d’autres s’en sont vantés… Ce sera aussi une des causes de son éloignement de Rome. Le cardinal Tauran n’en tient pas rigueur à Pie XII, mais à son entourage, à ce «  parti de corbeaux  » – le mot haineux a littéralement giclé de sa bouche – parti ­d’ambitieux conservateurs, nommément Mgr Tardini et le cardinal Ottaviani, qui «  jalousaient  » son pauvre ­Montini qui, lui au moins, travaillait «  vite et bien  »…

À tant mentir, la physionomie du cardinal s’altéra, il perdit son calme. Son Éminence ne nous dira rien non plus du bilan catastrophique du pontificat de Paul VI, des scandales financiers et moraux à tous les degrés de la hiérarchie. Mois après mois dans ses conférences publiques d’actualités, l’abbé de Nantes a démontré, preuves à l’appui, la complicité du Pontife avec le communisme, pour le plus grand malheur des nations chrétiennes. Ce n’était un secret pour personne, les “ Informations catholiques internationales ”, (I.C.I.), “ Témoignage Chrétien ”, etc., s’en félicitaient. Aucune allusion non plus à l’implacable tyrannie néo-cléricale qui s’abattit sur l’Église à la faveur de la Réforme de la liturgie et de la catéchèse (1968-1970); elle persécuta les uns, jeta les autres, clercs ou laïcs, dans l’apostasie, par «  générations entières  », c’est un aveu du pape François… Les loups ont ravagé le troupeau, et on veut nous canoniser son tranquille “ Bon Pasteur ”, bien au frais pendant ce temps-là dans les coûteux jardins suspendus du Vatican, option pour les pauvres oblige  ?  !

Non  ! ce qui a été bienheureux dans la vie de ce “ saint ”, ce fut sa mort, une véritable délivrance. Lorsque Albino Luciani apparut «  vêtu de blanc  », à la loggia de Saint-Pierre, le 26 août 1978, ce fut l’immense clameur d’une église asphyxiée et qui reprenait enfin son souffle  : un Pape qui souriait, un Pape qui parlait gentiment avec une onction spirituelle qui vous transperçait le cœur, quel bonheur  !… Oui vraiment, Jean-Paul Ier, que l’on aurait dû béatifier et canoniser depuis longtemps a vite fait oublier Paul VI. Tous ceux qui ont vécu ces événements peuvent en témoigner, la joie de ne plus le voir, de ne plus l’entendre a été une «  joie contagieuse  » cqfd.

Le cardinal Tauran est dans la position de celui qui sert deux maîtres. S’il s’est fait l’avocat de Paul VI, il n’a pas caché non plus son admiration pour François  : «  François est un Pape qui prie.  » Parole dite avec conviction, qui en sous-entendait long sur la piété de ses prédécesseurs… Mais quand la question de notre frère Prieur fut posée  : «  Le rôle des catéchèses du Saint-Père sur la famille dans la préparation du prochain synode  ?  » Le cardinal ne sut rien articuler, il ne les avait visiblement pas bien suivies, et il se prêcha probablement lui-même en recommandant de «  les lire et relire  ».

LE DIALOGUE PHASE 1  : UN STYLO ET DU PAPIER.

Première entorse au dialogue, il n’y aura pas de débat contradictoire, le micro ne sera pas donné, les gens ne pourront pas librement poser leurs questions ou objections. Jean a bien saisi le pourquoi de cette obstruction, et ce qui va être offert à nos amis  : «  Un minaudage informe, caractéristique du microcosme clérical parisien. À quoi bon avoir un débat d’idées quand cette fasciste notion de vérité est probablement votre dernière préoccupation  ?  »

Pendant que chacun écrivait sa question, Isabelle de Gaulmyn interviewait les intervenants. Alexandre Siniakov, jeune pope russe au parfait accent français, nous apprend que l’humble Paul VI s’adressait au patriarche de Moscou, en ces termes  : «  Du primat de l’ancienne Rome au patriarche de la nouvelle Rome  »… Sourire rusé du Russe qui balaie le plateau d’un air de dire, pas mal, hein  ?

Michel Cool, journaliste, même moule que les autres. Il agacera nos amis, mais il aura pour lui de nous raconter la touchante histoire des deux statues de saint Joseph qui occupent la chambre du pape François. C’est aux pieds de ses deux saints Joseph, qu’il dépose ses intentions de prières les plus pressantes, car c’est lui, saint Joseph, le patron de l’Église universelle… Piété, foi et religion populaire… Gaulmyn se gausse  : «  On avait envoyé cela à la poubelle...  » Finalement tout le monde admire… Paul VI est très loin derrière, sous ce rapport comme sous tous les autres…

Le Père de Charentenay, auteur d’un petit livre sur “  Le pape Paul VI inspirateur du pape François ”, va essayer de le vendre, et pour ce faire, échafauder une laborieuse herméneutique de la continuité entre les deux Pontifes. Son cœur penche pour François, mais ici à Paris, au Centre-Sèvres, pas question de «  trahir Paul  », il l’a bien compris…

LE DIALOGUE PHASE 2  : BEAUCOUP TROP DE PAPIERS.

Un homme réceptionne les petits papiers des questions, c’est Cool. Mais le voilà qui panique. Sur les dizaines de questions qu’il a devant lui, pratiquement toutes attaquent Paul VI, ou citent le nom de l’abbé de Nantes et sa démarche de 1973  ! Il essaie de les trier, sous les yeux rieurs de Siniakov qui regarde par-dessus son épaule. Cool, anxieux se dissimule derrière une feuille de papier et interroge Isabelle qui est en train de faire réciter sa leçon au Père de Charentenay  : «  Maîtresse, il y a un groupe dans la salle  ».

PHASE 3  : “ ÉLIE ” DE NANTES – “ JÉZABEL ” DE GAULMYN.

Madame de Gaulmyn, particulièrement réactive, prend la situation en main. Elle lit les questions, mais elle les tronque. La question de Pierre sur la modernité faisait référence au culte de l’homme proclamé par Paul VI le 7 décembre 1965. Isabelle fait sauter «  le culte de l’homme  », là en l’occurrence, c’est très mal. Isabelle ne le sait pas encore, mais comme le disent nos amis Canadiens, elle vient de «  frapper un nœud  ».

Pierre, debout, lève la main, et reste dans cette position, silencieux, durant d’interminables minutes. C’est très fort, très intense, la pression monte. Notre ami polarise l’attention des intervenants, qui bafouillent… Jean-Baptiste intervient  : «  Il y a un monsieur qui demande la parole, on pourrait lui donner, c’est ça aussi le dialogue  !  » charivari dans la salle, nos amis surenchérissent  ; une voix de stentor domine le vacarme et proclame  : «  Le pape François a dit que ne pas répondre à un opposant, c’est un péché  !  » Merci Éric  ! doit penser Pierre qui reste obstinément et silencieusement debout. Les officiels invoquent le règlement, et «  le règlement c’est le règlement  »  : «  Qu’il parle par écrit, comme tout le monde.  » Nouvelle intervention d’Éric qui crie à ses accusateurs que «  le procès de l’abbé de Nantes n’a donné lieu à aucun jugement, il n’est pas clos  !  »

Prodigieuse réaction des intervenants, espérons qu’elle a été filmée par KTO, et qu’ils la garderont en archives. Mais c’est là qu’il faut un esprit de finesse, biblique, celui de notre frère Bruno, pour comprendre ce qui se passe en vérité. Il nous le révélera le lendemain. Tout le monde a vu et entendu que le seul nom de l’abbé de Nantes a suscité un tollé. Madame de Gaulmyn n’a pas été jusqu’à déchirer ses vêtements, heureusement  ! mais son sang n’a fait qu’un tour, et d’Isabelle elle s’est muée en Jézabel. Sa voix de femme de carrière, énergique, virile, mais respectable tout de même, s’est transformée en une grasse et graveleuse expectoration  : «  Ah ouais, ça y est  ! nous y voilà…  » C’était la voix de Jézabel que le seul nom d’Élie mettait en transe (cf. 1 R 19). Actuelle la Bible  ! Merci frère Bruno…

Jézabel reprend ses intervenants en main  ; un colossal agent de sécurité somme notre ami de quitter la salle. Pierre s’exécute en silence, bravo  ! La situation redevient calme, frère Bruno est au centre de la salle, content car nos jeunes gens ont bien manœuvré. Frère Benoît-Joseph lui dit aussi que c’en est fini de leur retransmission avec ce charivari… Exit Paul VI et le rapprochement blasphématoire avec François… Mission accomplie  : Deo et Mariæ gratias  !

DIALOGUE PHASE 4  : FUITE À TOUT PRIX.

En s’inscrivant pour assister à la conférence et prendre part au débat, notre frère Bruno avait ajouté  : «  J’aurais souhaité avoir un entretien avec Son ­Éminence  ; pouvez-vous m’indiquer à qui je dois m’adresser – peut-être à lui-même  ? – pour obtenir cette audience, dans la journée de jeudi, si possible  ? Mais l’heure et le jour du cardinal seront les miens, d’ici jeudi soir. Mes coordonnées suffiront à indiquer au cardinal le souci dont je souhaite l’entretenir.  »

Signé  : frère Bruno de Jésus-Marie, prieur des Petits frères du Sacré-Cœur, fondés par l’abbé de Nantes, décédé le 15 février 2010.

Point de réponse  !

Frère Bruno a donc tenté de remettre au cardinal sa lettre adressée à Mgr Stenger, à sa demande, il y a quatre ans, et demeurée sans suite à ce jour. Elle présente en peu de mots tout le “ souci ” de notre frère Prieur. Le Père de Charentenay lui indique l’endroit où attendre le cardinal, habile, mais mensongère diversion (“ confession samedi ” pour ce bon Père) qui permet à son Éminence de filer comme un lapin. Alors, pour ne pas être forfait, voici la lettre en encart.

UN CONGRÈS CRC RÉCONFORTANT

Les 26 et 27 septembre, les amis étaient venus nombreux, et leur amitié phalangiste, rayonnante, faisait vraiment plaisir à voir. Après la Messe et le repas, conférence de frère Gérard sur le calendrier de nos activités CRC. À la demande de frère Bruno, il adressa à nos amis des paroles franches et vraies, fort bien résumées par nos sœurs  :

«  “ À l’école de saint Jean Bosco, on ne cherche pas à se faire plaisir, nous les frères éducateurs et vous les parents, mais on cherche ensemble à progresser, à collaborer pour l’éducation des enfants. Ce sont de petites choses, mais qui en disent long sur ce qu’on peut améliorer en famille… ”

«  Bref, frère Gérard avait son ton paternel, ferme et bon tout ensemble, mais se faisant un devoir de faire connaître aux parents la peine et le souci des frères pour leurs enfants… Réflexion d’un père de famille  : “ Il n’y a qu’à Saint-Parres qu’on ose nous dire la vérité. ”  »

Après le chapelet sur la tombe de notre bienheureux Père, conférence de frère Bruno, la suite du commentaire de l’encyclique du pape François, Laudato si ’, où notre frère excelle à nous montrer, citations à l’appui, combien la doctrine de l’abbé de Nantes vient en renfort, prolonge, rectifie, consolide celle, parfois vacillante, du pape François (cf. supra).

LA LEÇON DE LA PASSION DE SAINTE JEANNE D’ARC.

Après une petite récréation, sous le beau soleil de Champagne, tout le monde était d’attaque pour s’instruire, toujours de la louange de gloire de Notre-Seigneur, mais d’une manière cette fois plus existentielle, grâce au commentaire de l’oratorio par notre frère Bruno, indispensable préparation pour bien le savourer ensuite. Nos sœurs qui avaient été de tous les dévouements touchaient leur récompense en cette fin de journée, voici leur témoignage, il est véridique  :

«  Au début, on a entendu quelques rires dans la salle, aux mimiques des acteurs et chanteurs, mais à mesure que les scènes se déroulaient et que le tragique l’emportait, un profond silence a traduit l’émotion de tous. À la fin, frère Bruno a dit que c’était plus qu’un spectacle  : une liturgie. La leçon de Jeanne, c’est de savoir que plus les choses vont mal en France, plus nous pouvons compter sur la Providence. Ce qui nous est demandé aujourd’hui, c’est de croire en cette mission de la France et de croire aussi que c’est pour le monde entier. Il faut essayer de réveiller le Ciel en notre faveur. Que le Ciel recommence son miracle, retourne le cœur du Pape, c’est à nous à le demander avec persévérance. Au temps de Jeanne, les Français savaient qu’une Pucelle viendrait sauver la France, de même, nous savons que la Sainte Vierge doit venir nous sauver aujourd’hui. Il faut le demander avec confiance.  »

LE RÉCONFORT DE LA VÉRITÉ

La conférence sur Vladimir Poutine et la Russie, très attendue, fut passionnante, argumentée avec des documents de première main, soutenue par une analyse paternelle, toujours actuelle. Et donc malgré tant de périls, cette conférence redonna confiance à nos amis, nouveau courage afin de beaucoup prier pour le Saint-Père. Notre frère Bruno a été très applaudi.

Sa conférence de l’après-midi aussi, écoutée avec gravité par nos amis. C’est sœur Lucie qu’il faut canoniser et non Jean-Paul II  ! Cela paraît tellement vertigineux, et pourtant force est de reconnaître que la vérité et la charité sont tout du côté de sœur Lucie, et que les méchants mensonges et autres vilains procédés sont tout du côté de «  nos chefs  »…Prions pour que le pape François se désolidarise de la méchante attitude des Papes dont il se veut le successeur…

Sermon enthousiasmant pour cette messe de la solennité de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus  : L’entrée miraculeuse de Jeanne dans Orléans. Prodigieux figuratif d’une simple parole toujours actuelle  : «  Il suffit d’obéir.  » Pratiquons cette obéissance de la foi pour aider le Saint-Père à s’y résoudre…

La grâce du Congrès, ce fut aussi de prier sur la tombe de notre bienheureux Père, sous un bienfaisant soleil d’automne dans les hauteurs, tandis qu’ici-bas, c’est en embrassant la Croix de notre bienheureux Père et des saints de chez nous que chacun déposait avec confiance son paquet de soucis, ses croix…

Après les vêpres, notre frère Bruno résuma l’enseignement du pape François sur la famille  ; enthousiasme parfaitement communiqué. Là encore, mission bien accomplie par notre frère, chacun des disciples de l’abbé de Nantes repartira l’esprit et le cœur pleins de fortes convictions et résolutions pour servir l’Église, le pape François, le Cœur Immaculé de Marie, c’est tout un. Jésus-Hostie bénit solennellement son petit troupeau lors du Salut du Saint-­Sacrement, et ensuite, c’est dans un joyeux échange des grâces reçues pendant ces deux jours que nos amis prirent un long goûter qui n’en finissait pas tant ils étaient heureux d’être ensemble…

frère Philippe de la Face de Dieu

LETTRE À MGR STENGER DU 29 SEPTEMBRE 2012

Excellence,

À la suite de notre entretien, je ne puis que reprendre les termes d’une lettre adressée naguère par l’abbé de Nantes, notre Père, au cardinal Marty  :

«  Je suis prêt pour ma part, et je vous saurai un gré infini de le faire savoir à Sa Sainteté le pape Paul VI, à faire tout ce qui est en mon pouvoir afin que mes amis, mes frères et moi retrouvions la pleine communion avec le Souverain Pontife et avec l’Épiscopat en communion avec Lui, rien n’étant plus souhaitable aujourd’hui et plus urgent que la manifestation de la Sainte Unité Catholique de l’Église romaine. Et cela selon cette vénérable maxime, souvent rap­pelée par S. S. Paul VI  : “ In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas ”.  »

Vous trouverez, Monseigneur, dans le livre que je vous ai remis ( Georges de Nantes, docteur mystique de la foi catholique, p. 294-297), le récit de l’entrevue de notre Père avec les cardinaux Marty et Etchegaray, à laquelle je ne pouvais m’empêcher de songer en m’entretenant avec vous. La démarche aboutit aux propos encourageants d’un certain Père Lucien Lefeuvre, alors en poste à la secrétairerie d’État, que vous avez repris presque mot à mot lorsque vous m’avez dit que ce serait long et qu’il faudrait être patient…

C’était il y a plus de trente ans. Mais notre patience ne s’est pas lassée, et je tiens à vous dire sans tarder la réaction unanime de toutes nos communautés que j’ai aussitôt consultées  : bien sûr que nous souhaitons une réconciliation  ! En effet, comme vous avez commencé par le reconnaître, nous n’avons jamais quitté l’Église, ni de fait ni de cœur. Nous avons toujours eu recours à ses sacrements dans les paroisses. Pour manifester notre attachement à l’Église, nous nous sommes toujours contentés de la place qui nous était laissée, la dernière  ! Nous avons toujours tout accepté, y compris les avanies de la part de ceux qui nous considèrent injustement comme des excommuniés. Nous ne faisons d’ailleurs que suivre l’exemple de notre Père fondateur.

Comme vous l’avez souligné vous-même, notre situation est donc radicalement différente de celle des disciples de Mgr Lefebvre.

Cependant, si nous n’avons jamais fait schisme, et si nous sommes bien décidés à ne jamais nous séparer de l’Église, nous ne pouvons pas davantage accepter ce qui, en conscience, nous paraît hérétique. Toute démarche de conciliation a donc pour préalable obligé le jugement doctrinal. En effet, si les démonstrations théologiques de l’abbé de Nantes entraînent notre adhésion raisonnée et irréductible, pas plus que lui nous ne prétendons être infaillibles. C’est la raison pour laquelle notre foi catholique et nos droits de baptisés nous font réclamer un jugement sur les points précis que nous contestons dans les nouveautés conciliaires. Nous réconcilier en l’absence de ce jugement serait une hypocrisie de notre part.

Vous m’avez dit qu’il nous fallait «  adhérer au Concile  ». L’abbé de Nantes a clairement reconnu dans sa Lettre à mes amis n° 212, du 15 septembre 1965, la pleine légitimité du concile Vatican II. Son argumentation a été soumise aux juges du Saint-Office lors de l’instruction de son procès en mai 1968, et n’a jamais été mise en cause. Toutefois, il est non moins indubitable que ni le pape Paul VI ni les Pères n’ont voulu que ce Concile soit infaillible. Ses Actes mêmes le précisent  :

«  Compte tenu de l’usage conciliaire et du but pastoral du présent Concile, ce saint Synode ne définit comme devant être tenus par l’Église que les seuls points concernant la foi et les mœurs qu’il aura déclarés ouvertement tels.  » (Notification ajoutée à la constitution Lumen gentium)

Dès lors, tout baptisé a le droit et, si je ne m’abuse, le devoir de suspendre son adhésion à ce qui, dans ces enseignements, lui paraît hérétique, dans l’attente du jugement clairement déclaré infaillible par le Souverain Pontife.

Ainsi en va-t-il du droit social à la liberté religieuse contenu dans la déclaration Dignitatis humanæ promulguée le 7 décembre 1965. Nous ne demandons pas de dialoguer, ni de discuter d’égal à égal avec Rome comme la FSSPX. Nous demandons au Magistère de nous dire en quoi nous nous trompons lorsque nous refusons le droit social à la liberté religieuse proclamé par le Concile.

«  Le concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse.  » ( Dignitatis humanæ, § 2)

Dieu nous a créés pour l’adorer, le prier, le servir et l’aimer, afin de gagner ainsi la vie éternelle. Dieu fait donc un devoir à tout homme d’adhérer librement à cette Alliance, sans contrainte ni empêchement.

Quant aux autres religions, et irréligions, comment ce Dieu infiniment saint pourrait-il ne pas les haïr comme des pièges de Satan, et en interdire l’existence même, publique ou privée, comme une offense majeure à sa gloire, et un dommageable obstacle au salut de tous les hommes  ?

Certes, l’Église ne contraint personne à faire son salut à l’encontre de sa conscience erronée, trompée. Mais elle a le devoir de combattre toutes les manifestations de ces erreurs diaboliques et d’exiger leur interdiction dans le domaine public. Elle a le devoir de veiller à ce que tout ce qui est conforme à la foi catholique et à la morale soit imposé à tous les sujets d’un État catholique.

Néanmoins, des circonstances particulières peuvent rendre légitime une certaine tolérance que la législation peut reconnaître avec l’accord de l’épiscopat. Cependant, cette tolérance ne crée jamais un droit imprescriptible.

Le Concile «  déclare  » donc, Monseigneur, une chose tout à fait injurieuse à son Dieu et Sauveur, et tout à fait contraire à sa propre mission de salut universel. Et d’ailleurs invariablement condamnée comme une «   opinion erronée, on ne peut plus fatale à l’Église catholique et au salut des âmes, et que notre Prédécesseur d’heureuse mémoire, Grégoire XVI, appelait un délire  », écrivait le bienheureux Pie IX en 1864, dans son encyclique Quanta cura.

Anathème, celui qui professe la liberté religieuse comme un Droit de l’homme à l’encontre de la raison naturelle et de la Révélation du Christ, empiétant sur les Droits de Dieu  !

Vous trouverez dans le livre que je vous ai remis la profession de foi de Georges de Nantes (p. 251-257). Nous la faisons nôtre. Si elle peut être mise en défaut, que la Congrégation pour la doctrine de la foi, selon la constitution Pastor bonus qui règle son fonctionnement, veuille bien nous le faire savoir par votre intermédiaire et nous aurons alors à préciser le contenu de notre foi. Si vous convenez que la Congrégation n’a rien à nous objecter qui tienne ou, dans le cas contraire, après notre soumission au jugement définitif et motivé de la Congrégation, la voie d’une réconciliation sera ouverte.

Je n’ai mentionné que notre refus du droit social à la liberté religieuse parce que c’est le «  point focal  » de notre opposition, comme disait l’abbé de Nantes. Mais ce n’est pas le seul article en cause. Nous sommes disposés à dresser la liste complète de nos objections à soumettre au jugement du Saint-Siège.

Il nous semble impossible, Monseigneur, si vous voulez sincèrement que notre situation se régularise, que vous n’entrepreniez pas les démarches nécessaires pour aboutir en toute vérité et honnêteté à une «  réconciliation  » de cette manière respectueuse de l’autorité du Saint-Siège. D’autant plus que c’est là l’exercice de notre droit légitime (canons 212 et 221).

En attendant qu’aboutisse une telle procédure, il semble que le plus sage est de continuer à vivre dans l’Église catholique en association privée, en jouissant de tous les droits de fidèles baptisés, nous efforçant de vivre au plus près de l’idéal du Père de Foucauld, selon les dispositions prévues dans la Règle provisoire que notre Père nous a laissée.

Dans cette attente, je vous prie de croire à ma sincère et filiale déférence,

frère Bruno de Jésus-Marie.