La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 156 – Octobre 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA RUSSIE DE POUTINE EN ATTENTE
DE LA CONSÉCRATION AU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE

par frère Pierre-Julien de la Divine Marie

MICHEL Eltchaninoff, agrégé et docteur en philosophie a publié aux éditions Solin / Actes Sud un livre intitulé “ Dans la tête de Vladimir Poutine ” et qui procède à l’étude de nombreux discours et entretiens du chef de l’État russe afin d’en dégager ses idées philosophiques et politiques. L’idée en soi est intéressante et même s’impose, car, et ainsi que le fait frère Bruno de Jésus-Marie à propos du pape François, il faut commencer par lire et écouter celui dont on veut ensuite exposer et expliquer la pensée et les décisions, plutôt que de procéder par prévisions et spéculations à partir de ses préjugés et que les événements démentent ensuite au fur et à mesure qu’ils se déroulent.

Voici sa conclusion  :

«  Finalement, les différents plans de l’idéologie poutinienne s’articulent parfaitement. Pour construire l’empire eurasiatique le plus large possible, Poutine doit mobiliser la population russe autour de l’idée d’une “ voie ” historique particulière. Et pour faire basculer le reste du monde en sa faveur, il a décidé de se faire le champion d’un paradigme anti-moderniste et archéo-conservateur. Ce faisant, il demeure fidèle à son héritage soviétique originel.

«  Durant le vingtième siècle, l’Urss a travaillé, avec un certain succès, à installer ou maintenir des régimes amis, à soutenir les partis frères, à s’emparer des âmes, à faire passer le communisme, dans sa version soviétique, pour le seul grand rêve d’émancipation digne d’être défendu. Mais à la chute de l’Union soviétique, la Russie a dû se résigner à devenir un pays comme un autre, ni pire ni meilleur. Désormais, grâce au pan le plus nationaliste et pseudo-scientifique de la philosophie russe, Poutine rend à la Russie sa vocation idéologique internationale.

«  Le conservatisme identitaire doit devenir un phare pour tous les peuples du monde. La mobilisation conservatrice, initiée et dirigée par le Kremlin, n’a plus de frontière. L’Urss n’était pas un pays, mais un concept. Avec Poutine, la Russie est à nouveau le nom d’une idée.  »

UN PETAIN QUI S’IGNORE.

Ce portrait ahurissant n’a rien de commun avec les jugements, analyses, décisions du chef de l’État russe qui apparaissent en toute circonstance et matière calmes, mesurés, équilibrés et prudents à quiconque les considère sans préjugé. Comment expliquer cette haine aveugle  ?

Récemment, Emmanuel Macron, ministre français de l’Économie et des Finances a fait cette analyse à propos de notre démocratie française  :

«  La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif  : le Roi n’est plus là  ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures  : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. La figure du Président me rappelle parfois celle d’un monarque républicain, mais ne remplace pas la figure royale. On le voit bien avec l’interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. Tout s’est construit sur ce malentendu.  »

Un seul nom manque à cette analyse d’une surprenante vérité  : celui du maréchal Pétain qui fut appelé en 1940 par la République avec mission de sauver le pays du désastre dans lequel elle l’avait laissé face à l’invasion allemande. Le Maréchal reçut aussitôt du pays réel un soutien sans faille qui ne se démentira pas tandis que le régime des partis ramené par un général félon, précisément le général de Gaulle, sous couvert de résistance à l’occupant allemand, jettera ce Sauveur du pays en prison.

Son crime  ? Celui-là même que le monde entier reproche aujourd’hui à Poutine  : celui d’avoir personnellement, réellement et souverainement exercé les fonctions de chef d’État en engageant une œuvre de restauration nationale autour du Travail, de la Famille et de la Patrie en lieu et place de la trilogie satanique de “ Liberté, Égalité, Fraternité ”, et d’avoir ainsi ébranlé les fondements mêmes de la République. C’est la raison pour laquelle celle-ci entretient depuis soixante ans dans le cœur des Français une haine infernale envers celui qui avait fait le don de sa personne à la France pour atténuer son malheur. Plutôt l’y replonger, que laisser les Français confier leur destin à un nouveau maréchal Pétain, si providentiellement il devait s’en présenter un nouveau pour la France  !

En l’occurrence, un nouveau Pétain a été suscité par la Providence en faveur de la Russie qu’aime la Sainte Vierge. C’est Vladimir Poutine qui a su remédier à “ l’incomplétude ” de la démocratie libérale en exerçant avec une liberté souveraine les fonctions de chef de l’État dans le seul souci du bien commun de son pays et de son peuple.

«  DIVINE SURPRISE  ».

En 1999, sept ans après la dissolution de l’Union soviétique, la Russie alors gouvernée par Boris Eltsine avec sa politique de choc ultra libérale, était totalement exsangue, tant au point de vue économique qu’au point de vue politique. Eltsine, lui-même très affaibli physiquement, fut contraint par les événements de nommer un Premier ministre en mesure de tirer le pays de l’abîme dans lequel il l’avait jeté et, par ce biais, sauver sa propre tête. Les qualités requises  ? Un homme loyal… envers le Président qu’il était encore, capable d’inspirer confiance à la Douma, à l’ex-KGB et à l’armée, et d’assurer le prestige international de la Russie. Il désignera tour à tour Evgueny Primakov le 1er septembre 1998 puis Sergueï Stepachine en mai 1999, et le 9 août, Vladimir Poutine, un homme inconnu du grand public et des chancelleries du monde entier  !

Celui-ci a été le premier surpris par cette nomination  :

«  Venant de Saint-Pétersbourg, je suis arrivé à Moscou durant l’été 1996. Trois ans plus tard, en août 1999, j’ai été nommé Premier ministre, et six mois plus tard, je fus élu Président. Quand je suis arrivé à Moscou en 1996, je n’avais aucune relation et point de vrais amis sur lesquels compter. Je suis venu à Moscou parce que l’homme pour lequel je travaillais à Saint-Pétersbourg, Monsieur Sobtchak, avait perdu les élections et je n’avais aucune chance de retrouver un emploi là-bas. Personne ne m’aurait pris.  » (Time, entretien du 19 décembre 2007)

Personne ne l’aurait pris à Saint-Pétersbourg, affirme-t-il, mais il n’empêche qu’une fois à Moscou, il est appelé à l’administration présidentielle au sein de laquelle il enchaîne les postes-clefs  : gestion des biens immobiliers, département du contrôle général, il devient premier adjoint pour les régions et les collectivités territoriales… avant d’assurer la direction du FSB, où il apprendra le souhait de Eltsine de le voir prendre la tête du gouvernement.

«  J’en ai été moi-même stupéfait. Il me semble que l’entourage du Premier président Eltsine a estimé que je serais franc en toute circonstance, que je me donnerais entièrement pour accomplir les devoirs de ma charge, que je serais honnête vis-à-vis du Premier président et ferais tout mon possible pour protéger les intérêts du pays. Je pense que toutes ces raisons furent celles qui décidèrent le président Eltsine et ses proches à me faire cette proposition.  » (ibid.)

En réalité, Vladimir Poutine donne ici les critères qui gouverneront ses propres choix lorsqu’il nommera des candidats à de hautes fonctions au service de l’État.

Il poursuit, commentant la proposition de Eltsine  :

«  Nous en avons parlé à plusieurs reprises. La première fois qu’il me fit la proposition, je lui répondis par un refus. Je savais dans quelle situation se trouvait le pays et cette proposition était pour moi si inattendue. Je disais que je ne savais pas… que ce qui m’attendait serait très difficile, que je n’étais pas sûr d’être prêt à l’accomplir. Mais le président Eltsine insista. Il dit  : “ Nous reviendrons sur cette conversation. Je vous demande simplement de ne pas dire non. ” “ Très bien, lui ai-je répondu, nous en reparlons plus tard. ”  » (ibid.)

Vladimir Poutine acceptera finalement cette proposition pour le plus grand bien de la Russie.

«  Lorsque je suis devenu président, le pays était confronté au chaos d’une guerre civile dans le Caucase et devait faire face à des difficultés économiques considérables, à l’effondrement de la sphère sociale et à un nombre élevé de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté.

«  Je peux affirmer en toute certitude que je ne me suis pas contenté de prendre cet emploi comme il se trouvait. J’ai pris l’engagement personnel de faire tout ce qui était en mon pouvoir, de consentir à tous les sacrifices, pour remettre le pays en ordre. C’est devenu le but principal de ma vie et je décidais en conséquence que ma vie au sens large, que mes intérêts personnels avaient pris fin. Le destin m’a donné la chance de jouer un rôle positif dans l’histoire de mon peuple, et je me considère comme membre à part entière de ce peuple et ressens intensément mon lien avec lui. Je l’ai toujours senti et le ressens encore aujourd’hui. Et depuis le moment où j’ai pris ma décision, j’ai orienté toute ma vie vers ce but.  » (ibid.)

Autrement dit, Vladimir Poutine a fait le don de sa personne à son pays en pleine déliquescence politique, économique et social, pour atténuer son malheur.

Dès le 31 décembre 1999, après avoir pris les premières mesures en Tchétchénie alors en révolte au sein de la Fédération, Vladimir Poutine publia un texte qu’il intitula “ La Russie au tournant du millénaire ”. En quelques pages, il tire les conclusions qui s’imposent à partir d’un constat d’échec précis et clairvoyant de la période soviétique et des années qui ont suivi l’effondrement de l’Urss  :

«  Je suis convaincu que le choix d’assurer les nécessaires dynamiques de croissance n’est pas seulement un problème économique. C’est aussi un problème politique et, d’une certaine manièreje n’ai pas peur d’utiliser ce mot –, idéologique, spirituel et moral. Il me semble que cette dernière dimension est d’une importance particulière dans nos efforts actuels pour assurer l’unité de la société russe.  »

L’UNITÉ DE LA RUSSIE

Évoquant les soixante-quatorze années de régime communiste, Vladimir Poutine juge que «  ce serait une erreur de ne pas reconnaître les réalisations incontestables de cette période. Mais ce serait une erreur encore plus grave de ne pas réaliser le prix excessif que notre pays et son peuple ont dû payer pour cette expérience sociale.  » (“ La Russie au tournant du millénaire ”) Et il ajoute que ce serait une autre erreur de ne pas comprendre la «  futilité historique  » de cette doctrine. «  Le communisme et le pouvoir des Soviets n’ont pas fait de la Russie un pays prospère avec une société dynamique et un peuple libre.  » S’il juge Staline comme un «  dictateur guidé dans une large mesure par son intérêt à préserver son pouvoir personnel…  », il fait aussitôt remarquer que ce fut «  sous son gouvernement que le pays gagna la Seconde Guerre mondiale et cette victoire est dans une large mesure associée à son nom. Ce serait folie de l’ignorer.  » (Gazeta Wyborcza et TVP channel, entretien du 15 janvier 2002)

Vladimir Poutine veut éviter qu’une critique trop exacerbée du communisme et, de façon générale de toute la période soviétique tourne à une chasse aux sorcières des anciens membres du Parti. Il rappelle qu’en Union soviétique, «  il y avait 19 millions de communistes. La pire chose que nous puissions faire serait de commencer à rechercher tous ceux qui en étaient membres. En Union soviétique, il était impossible de faire partie de la fonction publique et de poursuivre une carrière sans être membre du Parti communiste. Je vous assure que l’écrasante majorité des 19 millions n’avait qu’une idée très vague des fondements principaux de l’idéologie communiste, mais était simplement contrainte d’être membre du Parti communiste si elle voulait avoir une carrière… Régler ses comptes au communisme ne signifie pas organiser des purges et pourchasser les gens au motif qu’ils étaient membres du Parti communiste ou qu’ils travaillaient au sein d’organisations paramilitaires en relation avec le Parti communiste. Ce serait la pire erreur. Cela signifierait semer la discorde dans la société.  » (Le Figaro, entretien du 26 octobre 2000)

LE DRAPEAU.

À la fin de l’année 2000, il aborde une question très épineuse, en discussion depuis dix ans et qui divise la Russie  : la question des symboles nationaux. Faut-il revenir à ceux de la période impériale  ? Faut-il conserver ceux de la période soviétique  ? Dans sa déclaration à la Douma, le 4 décembre 2000, il met fin au débat  :

«  Il y a toujours eu des moments où les autorités ont traité leur peuple avec une cruauté déraisonnable et leurs actions ne pouvaient être justifiées. Mais si nous suivons cette logique, alors nous allons oublier les réalisations de notre peuple au cours des siècles… Comme si nous n’avions rien d’autre à nous rappeler de l’époque soviétique que les camps staliniens et les répressions  ?… Si nous sommes d’accord pour ne pas utiliser de symboles d’époques précédentes, y compris de l’époque soviétique, alors nous devons admettre que des générations entières de nos concitoyens, nos mères et nos pères ont vécu une vie inutile et absurde, qu’ils ont vécu cette vie pour rien. Je ne peux accepter cela avec mon cœur.  » (Déclaration du 4 décembre 2000)

Aussi prend-il la décision de proposer à la Douma, comme symboles de la Russie, le drapeau tricolore, – blanc, bleu, rouge –, traditionnel depuis plus de trois cents ans. Il demande également aux députés d’approuver le blason de l’aigle à deux têtes, qui remonte à environ cinq cents ans. Les forces armées russes, quant à elles, conservent le drapeau rouge avec lequel elles ont remporté la victoire de la Seconde Guerre mondiale, “ la Grande Guerre patriotique ”. Enfin la mélodie soviétique de l’hymne national a été conservée, les paroles en revanche ont été modifiées.

À ceux qui discutent encore, il déclare  :

«  Je vous exhorte à ne pas dramatiser la situation, à ne pas ériger d’insurmontables barrières, à ne pas brûler les ponts et diviser à nouveau la société.  » (ibid.)

Imaginez que Charles de Gaulle ait eu la même sagesse en 1944… au lieu d’infliger à la France le «  régime d’abattoir  » qu’elle a dû subir sous le nom de “ Libération ”…  !

À ceux qui proposent de nouveaux symboles nationaux, Poutine répond  :

«  Nous avons déjà vécu une période de l’histoire au cours de laquelle nous avions tout réécrit. Nous pourrions aujourd’hui agir de la même manière. Nous pourrions changer le drapeau, l’hymne et les armoiries. Mais alors, nous serions comparables à des “ Ivan qui ne se souviennent pas de leurs parents ”. Souvenez-vous comment joyeusement et bruyamment nous avions l’habitude de chanter “ Nous détruirons tout de fond en comble et ensuite nous construirons notre propre monde où celui qui n’était rien sera tout . ” Vous savez comment tout cela s’est terminé.  »

EMPIRISME ORGANISATEUR.

Lui-même montre l’exemple en assumant, sans rupture, toute la période des années 1990 au cours de laquelle Mikhaïl ­Gorbatchev n’a fait que précipiter l’effondrement de l’Union soviétique, et Boris Eltsine poursuivre le déclin inexorable de la Russie par sa politique ultralibérale au point de placer la nation en cessation de paiement en août 1998. Il s’est cependant bien gardé de prononcer la moindre parole contre ces anciens dirigeants, en particulier contre Boris Eltsine, affirmant jusqu’au bout sa loyauté vis-à-vis de celui qui lui avait confié les rênes du pouvoir au moment où la nation courait de grands périls. Au contraire, il fait leur éloge, et certainement en toute sincérité  :

«  Mais je pense néanmoins que lui [Boris Eltsine] et Gorbatchev ont réalisé ce que je n’aurais sans doute pas pu faire moi-même. Ils ont pris la décision d’abolir un système que le peuple russe n’était plus en mesure de supporter. Je ne pense pas que j’aurais été en mesure de prendre une telle décision. Gorbatchev a franchi la première étape et Eltsine a achevé ce que je considère être une transition historique très importante pour la Russie et son peuple. Tous les deux – Eltsine surtout, évidemment – ont donné à la Russie la liberté, et cela est sans conteste la réalisation historique de l’ère Eltsine.  » (Time, entretien du 19 décembre 2007)

Cela n’empêchera pas Vladimir Poutine de tirer en toute lucidité les conclusions qui s’imposent  :

«  La Russie a atteint ses limites pour ce qui est des bouleversements politiques et socio-économiques, des cataclysmes et des réformes radicales. Seuls des fanatiques, ou des forces politiques totalement apathiques ou indifférentes envers la Russie et son peuple peuvent en appeler à une nouvelle révolution. Que ce soit sous des slogans communistes, nationalistes ou libéraux, notre pays et notre peuple ne supporteraient pas une nouvelle rupture radicale. La résistance de la nation et sa capacité à survivre comme à travailler de façon constructive a atteint ses limites. La société se désintégrerait tout simplement sur le plan économique, politique, psychologique et moral.  » (“ La Russie au tournant du millénaire ”)

Vladimir Poutine juge qu’il faut offrir à la nation «  une stratégie de redressement et de prospérité fondée sur les éléments positifs de la période des réformes démocratiques et économiques [donc initiés par Boris Eltsine], mais introduites selon des méthodes progressives et prudentes  » (ibid.), et non selon un “ choc sans thérapie ” comme le fit Igor Gaïdar en 1992, sous l’autorité de Boris Eltsine, introduisant du jour au lendemain les règles d’une économie de marché, en particulier la libéralisation presque totale des prix après soixante-­quatorze années d’économie socialiste et planifiée.

Et il ajoute que l’expérience des années 1990 démontre que des modèles abstraits tirés tout droit de livres étrangers ne peuvent assurer à la Russie un redressement réussi sans coût excessif. La Russie doit trouver sa propre voie de renouveau.

«  Notre futur dépend de la combinaison des principes universels de l’économie de marché et de la démocratie [mais il ajoute aussitôt et c’est capital]… avec les spécificités russes.  » (ibid.)

ENQUÊTE SUR LA “ DÉMOCRATIE ”.

En 2002, Adam Michnik posa cette question à Vladimir Poutine  : «  Lorsque Soljénitsyne écrivit des lettres aux leaders soviétiques, il insista sur le fait qu’il n’y aurait jamais de système démocratique en Russie alors qu’Andreï Sakharov a dit que non, nous sommes un pays normal et il peut être démocratique comme les autres.  » ( Gazeta Wyborcza et TVP channel, entretien du 15 janvier 2002)

Vladimir Poutine lui répondit  : «  Tout dépend de la manière dont vous interprétez ce que ces deux personnages ont voulu dire. Peut-être ont-ils voulu exprimer à peu près la même chose, mais nous connaissons les vues particulières qui distinguent Alexandre ­Soljénitsyne. Il est très pénétrant sur l’histoire russe. Son analyse du présent et sa vision du futur du pays sont fondées sur les événements historiques et je pense que c’est très important. Cependant, mon opinion personnelle est que si nous devons prendre en considération tout ce qui touche à la spécificité de la Russie, certains principes généraux universellement admis tels que la démocratie et la liberté et sans lesquels nous ne construirons jamais un État démocratique, doivent être reconnus.  » (ibid.)

Et de fait dans le souci d’assumer le passé immédiat de son pays, Vladimir Poutine n’a procédé à aucune réforme constitutionnelle. Il a maintenu la Constitution rédigée par Anatoli Sobtchak et adoptée par Boris Eltsine en 1993. C’est assurément la Constitution d’un régime de type démocratique accordant au Président de la Fédération de très larges pouvoirs. En 1999, Vladimir Poutine avait estimé qu’ «  amender la Constitution ne semble pas être une tâche urgente et prioritaire. Notre Constitution est bonne. Son contenu concernant les droits et les libertés individuels est considéré comme le meilleur instrument constitutionnel dans son genre au monde. Plutôt que d’élaborer un nouveau code de lois pour le pays, la tâche principale consiste à mettre en œuvre la Constitution existante et les lois qui en découlent et appliquer la Constitution pour l’État, la société et chaque individu.  » (“ La Russie au tournant du millénaire ”)

Toutefois, lors de son discours annuel à l’Assemblée fédérale du 25 avril 2005, il précise bien que «  la création d’un système juridique et politique efficace est une condition essentielle pour développer la démocratie dans notre pays. Mais le développement de procédures démocratiques ne doit pas se faire au détriment de l’ordre, de la loi, de la stabilité à laquelle nous avons travaillé si durement ni au prix de la voie de développement économique que nous avons choisie.  »

En 2012, il souligne que la compétition politique ne peut en aucune façon être l’occasion de remettre en cause l’unité, l’intégrité et la souveraineté de la Russie qui sont inconditionnelles. Quiconque reçoit de l’argent de l’étranger pour ses activités politiques et qui, par conséquent, sert des intérêts nationaux étrangers, ne peut jouer un rôle politique au sein de la Fédération de Russie.

Toutes les formes de discussions sur l’avenir du pays, sur la modernisation du système politique, sont possibles, mais à condition qu’elles se déroulent dans le respect de la loi et qu’elles ne soient pas l’occasion d’une destruction de l’État.

Certainement, Vladimir Poutine avait encore à l’esprit ­Kasparov, le célèbre champion d’échec qui fut l’un de ses adversaires politiques les plus acharnés et pour lequel le monde entier dit “ libre ” avait pris fait et cause lorsqu’il avait été arrêté un bref laps de temps en 2007. Interrogé par un journaliste américain sur cette affaire ridicule, il répondit le plus simplement du monde  :

«  Pourquoi, selon vous, Monsieur Kasparov parlait-il anglais plutôt que russe [lors de sa brève détention]  ? Cela ne vous a pas sauté aux yeux  ? Je pense tout d’abord que ses actions ne visaient pas son propre peuple, mais plutôt un public occidental. Une personne qui travaille pour un public international ne peut jamais être un chef de file dans son propre pays. Il doit d’abord penser aux intérêts de son propre peuple et donc commencer par lui parler dans sa langue maternelle.  » (Time, entretien du 19 décembre 2007)

LES “ ONG ”, AGENTS DE L’ÉTRANGER.

Au cours de l’année 2012, Vladimir Poutine fit adopter une loi contraignant les organisations non gouvernementales engagées dans des activités politiques et financées par des fonds venant de l’étranger à se faire enregistrer. Cette loi est en fait de portée assez limitée puisqu’elle ne concerne que les organisations à caractère politique. «  Après tout, si les étrangers paient pour une activité politique dans notre pays, ils en attendent probablement d’une façon ou d’une autre un certain résultat.  » (Rencontre du 31 juillet 2012 lors du Forum d’éducation de la jeunesse de Seliger) Vladimir Poutine n’est donc pas dupe quant à l’objet véritable de ces organisations  : celui de déstabiliser la Russie. L’Ukraine et la Géorgie en savent quelque chose.

La même année encore, le chef de l’État fut affronté à d’importantes manifestations, peu de temps après sa réélection. Comme toujours, il commente les événements de façon calme, équilibrée, mais lucide.

«  Maintenant, en ce qui concerne les gens qui sont venus participer à divers rassemblements… Beaucoup de ces personnes avaient un état d’esprit patriotique… Cependant, ce n’est un secret pour personne que certaines personnes se montrent toujours contre tous et contre tout, contre toute forme de gouvernement et notamment contre le gouvernement russe. Cela n’est pas nouveau  ; ce mouvement est appelé anarchisme et il se développe très activement, notamment en Russie. Je ne pense pas que cela soit la bonne direction pour le développement de notre société et de notre nation, parce que l’anarchisme n’a jamais produit quelque chose de bon  ; il suffit de se rappeler la période difficile après 1917.  » (ibid.)

Peut-être Vladimir Poutine évite-t-il ici d’évoquer ses “ partenaires ” américains et européens, à l’origine de ces mouvements “ anarchistes ”, mais il n’hésite pas à les comparer aux mouvements de trahison nationale dont avait été victime la Russie durant la guerre russo-japonaise, et surtout durant la Première Guerre mondiale de la part des bolcheviques  :

«  Il faut savoir que durant la Première Guerre mondiale, les bolcheviques souhaitaient la défaite de leur patrie. Pendant que les soldats russes et leurs officiers versaient héroïquement leur sang sur les différents fronts, certains ne songèrent qu’à ébranler la Russie de l’intérieur et l’ont fait jusqu’à ce que l’État s’effondre et se déclare vaincu par un pays qui perdit la guerre. C’est incroyable et absurde et pourtant c’est bien de cette façon que les choses se sont passées. Ce fut une trahison complète des intérêts de la nation. Aujourd’hui, on retrouve ce genre de personnes dans notre pays. Que pouvons-nous faire  ? Malheureusement aucune nation ne peut ­l’éviter. Mais les fondements de base de la viabilité de notre État ne laisseront jamais de telles personnes prendre position dans le gouvernement.  » (Rencontre du 29 août 2014 lors du Forum d’éducation de la jeunesse de Seliger )

Au cours de son discours à l’Assemblée fédérale qu’il prononça le 12 décembre 2012, Vladimir ­Poutine fait apparemment profession de foi à la démocratie dont la Russie a adopté les principes universels. Mais il fixe les limites  :

«  La démocratie en Russie signifie le pouvoir des Russes avec leurs propres traditions d’auto­régulation et non pas l’exécution de normes qui nous seraient imposées de l’étranger.  » Ce qui concrètement implique que «  l’unité, l’intégrité et la souveraineté russe sont inconditionnelles  » et que «  toute ingérence étrangère directe ou indirecte dans nos procédures politiques internes est inacceptable. Quiconque reçoit de l’argent de l’étranger pour ses activités politiques et pour le service de certains intérêts étrangers nationaux ne peut faire de la politique au sein de la Fédération de Russie.  » (Discours à l’Assemblée fédérale du 12 décembre 2012)

En outre, si «  les partis, les gouvernements, les présidents peuvent changer, le cœur même de l’État et de la société, la continuité du développement national, la souveraineté et les libertés des personnes doivent demeurer intacts.  » (ibid.) Ce ne sont pas des paroles en l’air puisque Vladimir Poutine a eu l’occasion de les mettre en pratique.

En 2008, à la fin de son second mandat présidentiel, «  il aurait été possible et même assez facile de modifier la Constitution… pour briguer un troisième mandat. La Constitution ne permet pas un troisième mandat. Elle dispose  : pas plus de deux mandats consécutifs. J’ai respecté cela et n’ai pas essayé de réécrire la Constitution pour me l’adapter, j’ai quitté le poste de Président pour en prendre un plus modeste, néanmoins important pour la vie de mon pays [celui de Premier ministre]. Plus tard, conformément à la Constitution, j’ai utilisé mon droit constitutionnel de me présenter aux élections et j’ai été élu Président. Je pense que tout cela a permis d’envoyer à notre société un signal très important, en fait plusieurs. Premièrement ce grand changement de pouvoir s’est produit de façon calme et, deuxièmement, lorsque nous respectons la Constitution et ses règles, le pays continue à fonctionner et à se développer.  » (Rencontre du 29 août 2014 lors du Forum d’éducation de la jeunesse de Seliger )

C’est l’application d’une vérité chère à l’abbé de Nantes, selon laquelle «  une société ne peut vivre que si elle a un ordre immuable et sacré, dont une autorité ayant la majesté du droit, la majesté souveraine, est l’interprète.  » ( Politique totale, “ Du bien commun national ”, conférence du 15 décembre 1983)

«  Enfin, poursuit Vladimir Poutine, un dialogue est possible seulement avec les forces politiques qui présentent leurs demandes selon une procédure civilisée, les défendent, mais tout en respectant la loi. Le changement et la modernisation du système politique sont naturels et même nécessaires, mais, comme je l’ai déjà dit par le passé, il serait inadmissible de permettre la destruction de l’État pour satisfaire cette soif de changement. Toute l’histoire de la Russie plaide en ce sens.  » (Discours du 12 décembre 2012 à l’Assemblée fédérale)

Sous le nom de “ démocratie ”, Vladimir Poutine instaure en Russie, en définitive, un État efficace au service du bien commun.

UN ÉTAT EFFICACE.

«  Notre État, ses institutions et ses structures ont toujours joué un rôle exceptionnel et important dans la vie du pays et de son peuple. Pour les Russes, un État puissant n’est pas une anomalie dont il faut se défaire. Au contraire, c’est une source d’ordre et la principale force de direction de tout changement.  » (“ La Russie au tournant du millénaire ”)

Quelques mois plus tard, il précisera  : «  Lorsque je parle d’État fort, le public occidental est un peu effrayé, car un État fort est immédiatement associé à une dictature… Par un État fort nous pensons à quelque chose de différent, à la déréglementation, à l’absence d’ingérence de l’État dans les affaires civiles ou dans l’économie et à la création de règles communes dans la sphère des relations sociales, dans la sphère économique. Mais après avoir fixé les règles, l’État doit s’assurer qu’elles sont respectées. Il doit garantir qu’elles sont appliquées par chacun de façon uniforme. Voilà ce que nous entendons par “ État fort  ” et par “ suprématie de la loi  ”. Nous pourrions tout aussi bien parler “ d’État efficace  ” plutôt que “ d’État fort  ”  » (ZDF, entretien du 9 juin 2000)

Efficace, d’abord pour maintenir l’unité de la Fédération qui était en train de se désagréger au moment où Vladimir Poutine prenait les rênes du pouvoir.

«  Des tendances séparatistes, et pas seulement en Tchétchénie ont surgi un peu partout au sein de la Fédération de Russie. Cela a conduit à des situations absurdes qui défiaient toutes les règles et même le simple bon sens.

«  Par exemple, dans notre pays, les chefs de régions qui sont élus sont des représentants de l’exécutif. Mais jusqu’à encore récemment, ils étaient également membres de la chambre haute du Parlement travaillant donc à l’élaboration des lois… Dès qu’une loi devait être adoptée au niveau de la Fédération, elle était systématiquement bloquée alors qu’elle n’avait aucune incidence sur les intérêts régionaux.  » (Rencontre du 12 février 2003 avec la presse et les chaînes de télévision régionales françaises)

Vladimir Poutine s’attaquera directement à l’autorité usurpée de ces chefs de région qui paralysaient le bon fonctionnement des institutions fédérales. En mai 2000, il programme leur remplacement au Conseil de la Fédération par des sénateurs-fonctionnaires nommés en concertation entre le pouvoir central et les instances régionales.

Mais après la tragédie de Beslan survenue le 13 septembre 2004, pour porter un coup décisif à la corruption et au terrorisme, Vladimir Poutine abolit l’élection directe des chefs d’exécutif des régions et des républiques. Libérés des contraintes électorales et des pressions, ils auront alors la liberté de mettre en œuvre, dans leurs provinces respectives, les grands projets nationaux alors fixés par le chef de l’État  : agriculture, logement, santé et éducation, tout en conservant une grande marge de manœuvre.

Et en 2012, décision est prise de rétablir leur élection directe, mais, précise Vladimir Poutine, «  le Président conservera ses pouvoirs de contrôle et de réponse incluant le droit de démettre de leur poste les gouverneurs, ce qui assurera un bon équilibre entre la décentralisation et la centralisation.  » (“ Démocratie et qualité du gouvernement ”, 6 février 2012) Tout cela montre la liberté politique avec laquelle agit Vladimir Poutine. Il en profite d’ailleurs pour rappeler ce qu’écrivait Alexandre Soljénitsyne à propos des élections locales  :

«  C’est seulement dans ce format que les gens seront en mesure de choisir immanquablement les représentants qu’ils connaissent bien par leurs qualités au travail, mais aussi par leurs vertus morales.  »

D’où la conclusion pratique qu’en tire Vladimir Poutine  : «  Les hommes politiques et les administrateurs gouvernementaux devraient se tourner vers le système de gouvernement local pour leur formation professionnelle.  » (ibid.) Bref, il faut commencer par apprendre à administrer son village avant de jouer au chef d’État et faire le malheur de son pays  !

Ce n’étaient pas seulement les gouverneurs qui menaçaient l’unité de la fédération, c’étaient toutes les législations régionales qui divisaient le pays.

«  Dans toutes les régions de la Russie, la charte ou la Constitution… violait la moitié des dispositions de la Constitution russe actuelle. Ces constitutions et ces chartes ont à leur tour donné lieu à un corps de législations locales qui allaient à l’encontre de la législation fédérale. Bien sûr, cela a entravé le développement de la Russie et a empêché nos partenaires, notamment dans le domaine économique, de travailler efficacement. Certaines régions russes, durant plusieurs années, se sont abstenues de reverser des impôts dont elles étaient redevables vis-à-vis du budget fédéral. L’unité de la Russie était minée et dans les faits elle avait cessé d’être un pays uni dans le sens plénier du mot.

«  La Fédération compte 89 sujets et chacune possède de nombreux organismes fédéraux. Pour rendre la situation plus gouvernable, j’ai créé sept districts fédéraux [loi du 13 mai 2000], qui coordonnent les efforts des organismes fédéraux dans chaque région

«  Mais nous n’avons pas l’intention de revenir à un système d’administration trop centralisée, comme ce fut le cas à l’époque soviétique. Le système n’était pas efficace. Les administrations régionales et municipales doivent être investies de droits, ils doivent avoir des fonctions et des sources de financement nécessaires pour remplir ces fonctions...  » (Rencontre du 12 février 2003 avec la presse et les chaînes de télévision régionales françaises)

En quelques lignes, Vladimir Poutine dresse le redéploiement d’une politique fédérale qui d’un côté restaure l’autorité de l’État et lui évite la désintégration, mais de l’autre équilibre les pouvoirs au profit des régions et des villes, mieux à même de prendre directement en charge les politiques de leur ressort territorial tout en leur assurant les ressources budgétaires nécessaires.

Un État n’est efficace que si les lois sont appliquées. À cet égard, Vladimir Poutine, juriste, n’a pas hésité à parler de la “ dictature de la loi  ”, du moins au début de sa première présidence, tant cette expression choquait les oreilles occidentales. Pourtant le chef de l’État russe a lui-même bien expliqué de quoi il s’agissait.

«  Lorsque je parle de la suprématie de la loi, de la dictature de la loi, je veux dire une seule chose  : que la loi doit être interprétée de manière uniforme par tous et partout dans la Fédération de Russie.  » (ZDF, entretien du 9 juin 2000)

Cette obligation de respecter la loi concerne donc tous les citoyens de la Fédération de Russie, y compris les grands capitaines d’industrie, notamment ceux qui formaient à l’origine une véritable oligarchie. Leur puissance financière ne peut leur conférer une influence supplémentaire sur les décisions politiques autre que celles qui leur sont reconnues par la loi et la Constitution. «  Ils n’auront pas d’autres leviers d’influence, c’est absolument clair.  » (ibid.)

Et joignant les actes à la parole, Vladimir Poutine signifiera personnellement le 28 juillet 2000 aux oligarques les plus influents de la Russie la fin de leur autorité usurpée et procédera même à l’arrestation de l’un d’entre eux, Mikhaïl Khodorkovski le 25 octobre 2003.

L’abbé de Nantes, notre Père, faisait remarquer  : «  Un État, c’est toujours une autorité personnelle… Il n’y a d’autorité efficace et visible, respectée, qu’une autorité personnelle, et d’autre part une autorité absolue, c’est-à-dire qui gouverne en dernier ressort, sans pouvoir être contrôlée et mise en échec par d’autres.  » ( Politique totale, “ Du bien commun national ”, conférence du 25 avril 1984)

Cette autorité personnelle en Russie est incontestablement exercée dans sa plénitude depuis 1999 par Vladimir Poutine au service du bien commun.

AU SERVICE DU BIEN COMMUN.

Au journaliste qui lui demande à partir de quel moment il s’est considéré comme un leader, il répond en toute simplicité  : «  Je n’ai jamais pensé que je serai un jour président. Avant tout, il y a quelque chose à laquelle je n’ai jamais songé, c’est que je serai un jour Président. Et maintenant, pour être franc, j’essaie de ne pas y songer, car je considère que lorsque les gens commencent à penser qu’ils sont exceptionnels, qu’ils sont une sorte de leader exceptionnel, ils commencent à perdre contact avec la réalité. Je ne me suis jamais présenté comme un leader national. Ce sont les autres qui m’ont appelé ainsi. Je n’ai jamais songé à cette qualité et ne l’ai jamais recherchée.  » (Time, entretien du 19 décembre 2007)

Vladimir Poutine insiste  : «  Et comme toujours quel est le problème  ? Le respect de son propre peuple. Vous devez clarifier votre position sans jamais supposer que tout ce que vous faites sera adopté par tous sans aucune réserve.  » ( Gazeta Wyborcza et TVP Channel entretien du 15 janvier 2002)

Il sait que ses décisions ne rencontrent pas toujours des “ hourras ”, mais plutôt des incompréhensions et même de la résistance. «  Mais dans ce cas, vous devez prouver votre point de vue et être honnête avec le peuple, conduire un dialogue direct et démontrer qu’il s’agit de mesures qui certes ne sont pas agréables, mais qui n’en restent pas moins nécessaires. Et qu’en dernière analyse, ces mesures auront un effet positif à moyen ou long terme. Mais il est très important que le peuple en soit convaincu. Cela suppose que cette personne [le chef d’État] ne mente jamais. Tout le monde peut faire des erreurs, mais vous devez être honnête en essayant d’atteindre, par vos actions, un résultat positif.  » (Time, entretien du 19 décembre 2007)

Le 16 avril 2015, au cours de l’émission de télévision Direct Line qui a duré plus de trois heures, Poutine a répondu en direct à soixante-quatorze questions posées par ses concitoyens sur tous les grands sujets de politique intérieure et extérieure  : difficultés auxquelles doivent faire face les producteurs de lait du fait de la faiblesse des prix du marché, difficultés des petites entreprises pour financer leurs activités auprès des banques russes du fait de taux d’intérêt très élevés, livraison des missiles S-300 à l’Iran, soutien par l’État du marché de la construction, services des trains de banlieue, conflit en Ukraine, les conséquences de l’incendie de huit maisons dans un village de la région de Khakassia, assassinat de l’opposant Boris ­Nemtsov, célébration de la victoire de la Grande Guerre, État islamique, faillite de la société en charge de la construction d’un nouveau centre spatial, le refus par la France de livrer ses navires Mistral, critique de sa politique économique par son ancien ministre, Alexeï Koudrine…

Bref, tout y passe et on ne peut qu’admirer le calme, la pertinence, la prudence et la sagesse de toutes les réponses de Vladimir Poutine qui explique son action réelle et qui montre, non pas qu’il s’occupe de tout, mais que, assisté par son gouvernement, il assume l’entière responsabilité de la direction du pays dans le seul intérêt de tous c’est-à-dire «  le bien primordial de la multitude et de chacun des individus, dans la mesure où ils font partie de cette multitude organisée de la nation  » (Georges de Nantes “ Politique totale ”, conférence du 19 janvier 1984, à Paris).

«  Nous devons résolument, de manière cohérente et patiemment expliquer notre position, expliquer pourquoi nous agissons comme nous le faisons et où se situent les intérêts du pays dans son ensemble et ceux de chaque citoyen russe lorsque le chef prend certaines décisions.  » ( Gazeta Wyborcza et TVP channel, entretien du 15 janvier 2002), car, précise-t-il, «  je sais, je suis même convaincu que tout citoyen russe peut comprendre quels sont les intérêts de son propre pays, de son propre État.  »

Et de fait, les Russes le comprennent très bien, d’autant plus enclins à le faire que leur chef mène une vie saine. «  Si je fais du sport, notamment du judo [qu’il a pratiqué à un très haut niveau universitaire] je ne le fais pas pour impressionner qui que ce soit, mais simplement parce que j’aime cela. J’en fais depuis l’âge de quatorze ans et je n’ai pas l’intention d’arrêter, même si je n’ai plus beaucoup de temps libre… La presse a montré un intérêt très vif pour cela… Si deux ou trois personnes suivent mon exemple, je serai heureux.

«  Si la presse écrit que je ne fume pas, que je n’abuse pas d’alcool [qui est un fléau en Russie] et que je fais du sport, c’est un plus. Ce n’est pas seulement un plus pour moi, cela favorise un mode de vie sain.  » (Le Figaro, entretien du 26 octobre 2000) Toutes les questions touchant à la santé de son peuple préoccupent beaucoup Vladimir Poutine qui le 7 septembre dernier, par exemple, a pris part à la session plénière du Forum pour une médecine de qualité et abordable.

Mais si l’on retrouve Vladimir Poutine dans un sous-marin ou à bord d’un avion de chasse, c’est dans un tout autre dessein. «  D’abord, je veux personnellement prouver mon attitude positive envers les militaires et ainsi insister sur l’importance des forces armées et de toutes les affaires militaires de l’État. Par ailleurs, l’armée doit comprendre que ses activités sont placées sous un strict contrôle des civils, y compris au niveau opérationnel. Et enfin, en vertu de mes fonctions, je suis le Commandant des forces armées et je considère que je dois personnellement prendre connaissance de certaines choses qui me semblent très importantes en terme de sécurité nationale et en terme de prises de décision, si je suis appelé à prendre de telles décisions.  » (ibid.)

Par exemple, le 19 septembre 2015 Vladimir ­Poutine a assisté dans la région de Orenburg au stade final de gigantesques exercices réalisés par 95 000 militaires avec un déploiement de 7 000 armes et équipements. Le scénario  ? Éliminer un important groupe terroriste utilisant des forces d’assaut aériennes et aéroportées, des roquettes et de l’artillerie, ainsi que des forces robotisées et du génie. En prévision d’une éventuelle intervention en Syrie  ?

Et aussitôt après l’exercice, le chef de l’État a présidé avec son ministre de la défense une réunion de la Commission militaro-industrielle pour examiner les premiers résultats des contrats de défense exécutés en 2015 ainsi que l’implémentation du programme de substitution des importations.

Et plus concrètement encore, c’est le chef de l’État qui a personnellement supervisé dans la nuit du 22 au 23 février 2014 les opérations de sauvetage de Viktor Ianoukovitch, le président de l’Ukraine, illégalement destitué à la suite des événements du Maïdan et menacé de mort. Et au petit matin, il prend la décision de se porter au secours des populations de Crimée en procédant au rattachement de leur territoire à la Fédération de Russie. Là encore, Vladimir Poutine a personnellement supervisé toutes les opérations pour signifier à ses personnels tant civils que militaires qu’ils pouvaient remplir leurs missions jusqu’au bout, leur chef en assumant l’entière responsabilité. Résultat  : un magnifique coup de force diplomatique et militaire qui sauva les populations de Crimée des représailles de Kiev et permit à la Russie de sauvegarder ses intérêts de défense nationale.

Vladimir Poutine s’occupe des militaires, mais également des fonctionnaires de l’État, qui sont au premier chef, avec lui, au service du bien commun de la nation.

«  Notre priorité est de rendre la gestion de l’État plus efficace, assurant que les fonctionnaires respectent strictement la loi et que des services publics de qualité soient offerts à la population.  » (Discours à l’Assemblée fédérale du 25 avril 2005) Il n’hésite pas à stigmatiser ceux qui, bien qu’au service de l’État, se sont empressés de profiter de la stabilisation de l’économie russe pour le service de leurs seuls intérêts personnels «  au lieu de travailler à accroître la prospérité de la société  » (ibid.).

Il note au passage que «  les élites du monde politique et économique n’ont pas fait mieux à cet égard que la bureaucratie d’État.  » (ibid.) Pire. «  En focalisant les efforts des organismes d’application de la loi sur la lutte contre la criminalité, y compris la fraude fiscale, nous avons rencontré de fréquentes violations des droits des acteurs du monde des affaires, et parfois un vol flagrant de la part de fonctionnaires de l’État.  » (ibid.)

Aussi, Vladimir Poutine insiste-t-il sur le fait qu’«  un fonctionnaire russe moderne doit apprendre à parler au public en utilisant le langage moderne de la coopération, le langage de l’intérêt public commun du dialogue et de la démocratie réelle, plutôt que le jargon des ordres militaires.  » (ibid.).

Mais le mal endémique demeure, «  celui de la corruption. Selon moi, la responsabilité sociale doit se trouver à la base même du travail des fonctionnaires et des affaires, et ils doivent comprendre que la source du bien-être et de la prospérité de la Russie est le peuple de ce pays.  » (Discours à l’Assemblée fédérale du 10 mai 2006)

Six ans plus tard, il revient sur le même sujet  : «  les gens doivent voir que les autorités sont transparentes, accessibles, travaillent dur dans le seul intérêt du pays, de la ville, de la région, du village et de chaque citoyen et réagissent par rapport à l’opinion du public. Les autorités ne doivent pas être une caste isolée.  » (Discours à l’Assemblée fédérale du 12 décembre 2012)

Mais les députés devant lesquels s’exprime Vladimir Poutine ne sont pas épargnés  :

«  Vous allez bientôt commencer à travailler sur le budget pour 2007, l’année des élections à la Douma d’État. Naturellement, la procédure d’adoption du budget sera déterminée en grande partie par votre désir de faire autant que vous pourrez pour vos électeurs.  » (ibid.)

Aussi juge-t-il prudent de les mettre en garde contre leur propre faiblesse et leur demande d’agir comme lui l’a toujours fait. «  Mais si nous voulons vraiment faire quelque chose d’utile et de nécessaire pour nos citoyens, je propose que vous mettiez de côté toute ambition politique, que vous vous absteniez de dissiper les ressources pour vous concentrer sur la résolution des problèmes les plus vitaux auxquels le pays doit faire face et dont l’un d’eux est le problème démographique ou, comme Soljénitsyne l’a dit, la question de la “ conservation du peuple  ” au sens large.  » (ibid.).

Et le chef de l’État d’annoncer toute une série de mesures pour terminer ainsi  : «  Concluant sur ce sujet, je constate que nous ne pouvons pas résoudre le problème de la faiblesse du taux de natalité sans changer les attitudes au sein de notre société vis-à-vis des familles et des valeurs familiales. L’académicien Likhachev a écrit que “ l’amour pour sa patrie, pour son pays, commence par l’amour pour sa famille  ”. Nous devons rétablir ces valeurs séculaires de l’amour et des soins pour la famille et la maison.  » (ibid.)

Salazar ne parlait pas autrement  : «  Nous ne discutons pas la famille. Quand la famille se défait, la maison tombe en ruine.  »

UNE RÉVOLUTION NATIONALE.

En 2007, interrogé sur la religion et le rôle qu’elle devrait jouer dans la société, Vladimir Poutine répondit  :

«  À propos des questions de gestion et de formulation des problèmes de gestion, d’abord et avant tout nous devons être guidés par le bon sens. Mais ce bon sens doit être fondé sur des principes moraux. Or il ne peut y avoir dans le monde de moralité ni de vertu indépendamment de valeurs religieuses.  » (Time, entretien du 19 décembre 2007)

Il faudra attendre l’année 2012, son retour à la présidence de la Fédération, pour l’entendre livrer de façon très explicite son analyse à propos d’une renaissance morale, spirituelle et même intellectuelle nécessaire à la Russie pour accompagner son relèvement économique et politique.

D’abord un constat  : l’effondrement de l’Union soviétique s’est accompagné d’un rejet pur et simple par la société russe des slogans communistes. Mais ce faisant, elle a perdu de nombreux “ guides moraux ” provoquant du même coup l’indifférence vis-à-vis des affaires publiques, la corruption, des manifestations d’extrémisme, des comportements agressifs. «  Cela crée à long terme, explique-t-il, des menaces contre la société, la sécurité et même l’intégrité de la Russie.  » (Discours à l’Assemblée fédérale du 12 décembre 2012)

«  Cela me fait de la peine de le dire, poursuit-il, mais je dois le dire  : aujourd’hui la société russe souffre d’un déficit évident de valeurs spirituelles comme la charité, la compassion, le soutien et l’assistance mutuelle. Un déficit de valeurs qui, tout au long de notre histoire, nous ont rendus plus solides et plus forts. Des valeurs dont nous avons toujours été fiers.  » (ibid.).

Le chef de l’État explique cette situation par le fait que l’identité nationale de la Russie subit les conséquences de l’effondrement à deux reprises de l’État russe  : d’abord en 1917 du fait de la révolution bolchevique, et en 1991 du fait de l’effondrement de l’Union soviétique. «  Le résultat a été un coup dévastateur aux codes spirituel et culturel de notre nation. Nos traditions et notre communion avec l’histoire de notre pays en furent bouleversées, avec, comme conséquence, une diminution de la moralité au sein de notre société et un déficit de la confiance et du sens de la responsabilité. Ce sont là les causes profondes des problèmes urgents auxquels nous devons faire face aujourd’hui.  » (Discours du 19 septembre 2013 devant le club Valdaï )

Après l’effondrement de l’Union soviétique, on a cru qu’un nouveau modèle de développement allait s’imposer tout seul. Il n’en fut rien. L’État, les autorités, les classes politiques et intellectuelles, tous se sont dérobés tandis qu’une certaine “ élite ” sut tirer profit de cette situation pour piller le pays au lieu de travailler à son avenir. Or la pratique montre que non seulement un nouveau modèle de société n’apparaît jamais spontanément, par le simple fait du jeu des règles du marché, mais elle montre également qu’il ne suffit pas de recopier servilement des modèles étrangers. Cela est d’autant plus vrai en Russie que les sentiments d’indépendance et de souveraineté dans les domaines politique, spirituel et idéologique sont partagés par une large majorité de Russes.

Toutefois, et c’est la seconde idée de Vladimir Poutine, ce qu’il appelle “ identité nationale ”, “ idée nationale ” ne peut pas être imposé d’en haut, à partir d’un monopole idéologique de l’État. Au contraire «  nous avons besoin d’une créativité historique, d’une synthèse des meilleures expériences et idées nationales, d’une compréhension de nos traditions culturelles, spirituelles et politiques selon différents points de vue...  » (ibid.) Et il en appelle à ce que les partisans des grands mouvements de pensée en Russie, qu’ils soient occidentalistes, slavophiles, étatistes ou libéraux travaillent ensemble pour créer «  des objectifs communs de développement  » (ibid.).

Concrètement «  cela signifie que les libéraux doivent apprendre à parler avec des représentants de la gauche et, inversement, que les nationalistes doivent se souvenir que la Russie a été, dès son origine, formée spécifiquement comme un pays multi-ethnique et multi-confessionnel.  » (ibid.). Vladimir Poutine se garde bien de trancher en homme de parti en faveur des uns contre les autres, mais il impose le souci commun de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale fondé sur un vrai sentiment patriotique.

L’AMOUR DE LA PATRIE.

Il consiste dans «  le sentiment d’être fier de son pays, de son histoire et de ses réalisations. C’est le combat pour améliorer la situation de son pays, le rendre plus riche, plus fort, plus heureux. Quand ces sentiments sont exempts de tout nationalisme vaniteux et d’ambitions impériales, ils n’ont rien de répréhensible ou d’intolérant. Le patriotisme est la source du courage, de la loyauté et de la force de notre peuple. Si nous perdons le patriotisme, comme la fierté et la dignité nationales qui lui sont liées, nous ne serons plus une nation capable de réaliser de grandes choses.  » (“ La Russie au tournant du millénaire ”)

Mais attention, «  être un patriote ne signifie pas seulement traiter son histoire nationale avec amour et respect, ce qui naturellement est important, mais cela signifie d’abord et avant tout, servir le pays et la société. Comme Soljénitsyne l’a dit, le patriotisme est un sentiment organique et naturel. Et comme une société ne peut pas survivre sans responsabilité civile, un pays aux multiples nationalités comme le nôtre ne peut pas exister sans responsabilité à l’échelle nationale.  » (Discours du 12 décembre 2012 à l’Assemblée fédérale)

«  À l’issue des soixante-dix années de l’ère soviétique, les Russes ont connu une période où leurs intérêts privés ont repris de l’importance. Ce fut une étape nécessaire et naturelle. Mais travailler pour ses propres intérêts a ses limites. On ne peut vivre dans la prospérité quand le désordre et l’insécurité règnent au-delà des murs de votre maison. Vous ne pouvez pas vivre sans vous soucier des autres, sans aider les faibles, sans étendre votre responsabilité au-delà de votre cercle familial et professionnel. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes dans notre pays comprennent cela. Cela à conduit à plus d’engagements civiques. Les gens commencent à mettre en relation leurs vies personnelles et leur travail avec le souci des autres, les aspirations de la nation tout entière et des intérêts de l’État.  » (ibid.)

Vladimir Poutine n’a de cesse de puiser à la source de l’unité de son peuple  : le baptême en 988 du grand-prince Vladimir, petit-fils de sainte Olga, princesse de Kiev, comparable au baptême de Clovis, cinq cents ans plus tôt. «  De débauché qu’il était, il devient saint d’un seul coup. Son modèle de Kiev est le modèle des États chrétiens, aux mœurs évangéliques  » écrit l’abbé de Nantes (“ La Russie avant et après 1983 ”, La Contre-Réforme catholique n° 184, décembre 1982, p. 17).

Vladimir Poutine reconnaît qu’ «  il est impossible de surestimer la signification de cet événement – l’acquisition de la foi et le soutien spirituel. Le baptême a marqué un tournant historique dans l’histoire de la Russie… Le prince Vladimir a été destiné à devenir un grand souverain. Son choix fut clairvoyant et responsable et devint la source du développement à la fois d’un pays, la Russie, et d’une civilisation… La décision du prince reflète l’aspiration de notre peuple aux nobles idéaux de bonté, de vérité, de justice, d’unité fraternelle et de solidarité, et ce en faveur du monde entier… Le grand prince est devenu un véritable bâtisseur de son pays, le fondateur de son développement culturel et économique, un souverain sage et avisé. Après le saint baptême, il est demeuré dans la ville antique de Chersonèse ou Korsun. Ces sources spirituelles continuent à nourrir les peuples fraternels de Russie, d’Ukraine et de Biélorussie.  » (discours du 29 juillet 2015 à l’occasion du millénaire de la mort du saint Vladimir)

Vladimir Poutine ne cache pas son admiration pour saint Serge de Radonège, «  l’une des plus grandes figures de la vie monastique russe, dépositaire de notre héritage spirituel et fondateur du monastère de la Trinité-Saint-Serge  » (Discours du 18 juillet 2014 à l’occasion du 700e anniversaire de la naissance de saint Serge de Radonège). Le chef de l’État n’hésite pas à le présenter comme un “ bâtisseur ” de la Russie et surtout comme un maître dont les paroles prophétiques “ notre salut réside dans l’amour et l’unité ” animées d’une «  foi inébranlable contribuèrent à unir les terres de Russie et marquèrent de leur empreinte et pour toujours l’âme de notre peuple et notre mémoire historique.  » (ibid.)

Il souligne le rayonnement de ce grand saint anachorète qui «  inspira une résurgence patriotique, nationale et morale et aida à renforcer l’Église orthodoxe [c’est-à-dire catholique romaine, le schisme n’était pas encore consommé] et à édifier des monastères qui n’étaient pas seulement des centres spirituels, mais qui étaient aussi de véritables forteresses protégeant le pays… L’héritage de Serge Radonège fournit la clef pour comprendre la Russie et apprendre davantage sur ses fondements et ses traditions historiques d’unité et de consolidation. C’est cette unité, vérité et justice, et nos valeurs séculaires qui font la force de la Russie ainsi que son grand passé, présent et futur.  » (ibid.)

Le passé de la Russie est chrétien, mais il est aussi militaire. En 2012, il s’étonnait de ce qu’il n’existât pas un seul monument national dédié aux héros de la Première Guerre mondiale. «  Nos prédécesseurs l’ont appelée la Grande Guerre, mais elle a été indignement oubliée pour des raisons politiques et idéologiques.  » (Discours à l’Assemblée fédérale du 12 décembre 2012)

L’enseignement de la langue russe et de la littérature préoccupe également Vladimir Poutine. Il s’inquiète de la baisse d’intérêt vis-à-vis des livres, en particulier chez les jeunes. «  Le fait que le livre a cessé de jouer un rôle important dans la société témoigne – et je le dis avec regret – d’une diminution du niveau de la culture générale, du déplacement et de l’altération des lignes directrices éthiques et de l’appauvrissement de la langue parlée.  » (Discours du 21 novembre 2013 devant l’Assemblée de littérature russe) C’en est au point que beaucoup de jeunes Russes ne savent plus exprimer clairement leurs idées. C’est donc pour lui une nécessité de revoir les programmes d’enseignement du russe et de la littérature. C’est d’autant plus nécessaire que «  la langue russe joue un rôle fédérateur pour notre nation multi-ethnique et a permis d’établir un contexte éducatif et culturel commun dans notre pays  » (ibid.)

Il faut aussi donner le goût de la lecture des classiques qui ont passé l’épreuve du temps, ainsi que des auteurs contemporains. Mais tout cela ne doit pas être laissé à l’initiative des seules règles du marché. «  Le gouvernement doit aussi soutenir la littérature parce que lui seul est en mesure de réaliser un diagnostic plus précis de l’état de la société et de mettre en lumière ses faiblesses.  » (ibid.) D’autant plus que, «  sans exagération, nous avons une responsabilité, vis-à-vis de la civilisation mondiale, de préserver la littérature russe, de la conserver ainsi que tout son potentiel humaniste  » (ibid.).

Mais Vladimir Poutine ne s’intéresse pas seulement à l’enseignement de la littérature. C’est la question générale de l’école qui le préoccupe et qui, selon lui, doit retrouver son utilité absolue. «  Cela signifie rénover le contenu éducatif, tout en maintenant nos traditions et nos avantages tels notre enseignement fondamental des mathématiques, sans oublier l’importance considérable d’un enseignement de haute qualité en russe, en histoire, en littérature, et même dans l’étude des fondements de l’éthique laïque et des religions traditionnelles, bref sur tous les sujets qui forment une personnalité, un individu.  » (Discours du 12 décembre 2012 à l’Assemblée fédérale)

Donc, il faut choisir les enseignants de façon attentive et les soutenir. Vladimir Poutine préconise par ailleurs l’organisation, durant l’été, de camps de sport et de tourisme qui soient dédiés aux jeunes. Ces camps itinérants doivent être accessibles à tous, peu importe où habitent les enfants et ce que gagnent leurs parents.

Une visite du centre Sirius à Sotchi, le 1er septembre 2015, donna l’occasion à Vladimir Poutine de brosser devant un parterre de jeunes adolescents une rétrospective historique des grandes réalisations russes, particulièrement dans le domaine scientifique avec beaucoup d’exemples à l’appui, pour leur faire admirer leurs aînés et les inciter à suivre leur exemple.

Il les encourage donc à beaucoup travailler… mais pour «  le bien de leur pays  », de leur patrie. «  Ce sentiment que nous avons pour notre patrie, il est naturel, il est doux, il est comme une affection filiale.  » Pas une seule fois, Vladimir Poutine n’évoque les petites individualités de son jeune auditoire, leur épanouissement personnel et encore moins leur carrière personnelle. Au contraire, il leur rappelle que «  tant dans la société que dans les amitiés, les gens sont jugés non pas par leur carrière, leurs succès ou leurs richesses, mais sur leurs actes, leur niveau culturel, leur honnêteté, leurs relations avec leur famille, leurs enfants, leurs parents et leurs amis.  » (Discours du 1er septembre 2015 aux enseignants et étudiants du Centre éducatif Sirius )

LA QUESTION DES NATIONALITÉS.

Vladimir Poutine insiste beaucoup sur la diversité historique des nationalités au sein de la Fédération. «  Tout au long des siècles et dès les origines, la Russie s’est développée en nation multi-ethnique, en un état civilisé soudé grâce au peuple russe, la langue russe et la culture russe, et nous maintenant dans l’unité tout en nous préservant d’une dissolution dans la diversité du monde. Nous traitons et continuons à traiter avec beaucoup de soin et respect chaque groupe ethnique, chaque nation au sein de la Fédération de Russie. Notre diversité a toujours été et reste la source de notre beauté et de notre force.  » (Discours du 12 décembre 2012 à l’Assemblée fédérale)

Mais ce que redoute le chef de l’État… c’est le nationalisme, qu’il distingue du patriotisme, et qui dans sa bouche est synonyme de séparatisme. «  Nous ne devons pas oublier que toute forme de nationalisme ou de chauvinisme peut être de grave conséquence, surtout parmi les populations et les groupes ethniques dont les intérêts sont supposés être défendus par les nationalistes… Nous devons considérer toute tentative pour provoquer des tensions ethniques et religieuses comme un défi à l’unité de l’État russe et une menace pour nous tous.  » (ibid.)

Il souligne par ailleurs que «  pour le reste du monde… nous avons été et sommes toujours un seul peuple. Je me souviens de l’une de mes rencontres avec des vétérans. Ils étaient issus de plusieurs nationalités  : Tatars, Ukrainiens, Géorgiens et Russes naturellement. L’un d’entre eux qui n’était pas Russe dit “ pour le monde entier, nous sommes un seul peuple, nous sommes tous des Russes.  ” C’était vrai pendant la guerre, et cela l’a toujours été.  » (ibid.)

Vladimir Poutine semble ne faire aucune différence, entre la vraie religion chrétienne fidèle à Rome, l’orthodoxie schismatique et les autres religions. «  En vertu de notre loi, nous avons quatre religions principales traditionnelles. Elles sont toutes égales.  » (Rencontre du 31 juillet 2012 du Forum d’éducation de la jeunesse de Seliger)

Ainsi, le 23 septembre 2015 à l’occasion de l’inauguration en plein Moscou de la plus grande mosquée d’Europe, il s’est félicité de ce que le nombre de mosquées et de centres islamiques ait sensiblement augmenté ces vingt dernières années notamment dans les républiques du Tatarstan et de Tchétchénie. «  Je note le grand rôle que jouent les musulmans et leurs leaders spirituels dans le renforcement de l’harmonie interethnique et interconfessionnelle. Leur rejet et leur condamnation de toutes les formes de fondamentalisme et de radicalisme ont apporté une contribution majeure dans le combat contre le nationalisme et l’extrémisme religieux.  » (Discours du 23 septembre 2015 à l’occasion de l’inauguration de la mosquée cathédrale de Moscou)

On comprend, dans une certaine mesure, le souci de Vladimir Poutine de maintenir la paix, l’ordre et la concorde au sein de son peuple qui s’apparente à une mosaïque de nationalités et de religions. Mais comment se fait-il que ces populations notamment musulmanes que la Russie a pourtant prises en charge depuis maintenant plus de deux cents ans sous son drapeau ne soient toujours pas converties à la religion chrétienne  ? C’est tout simplement parce que la Russie n’est toujours pas revenue de sa première erreur du schisme de 1429 qui l’a séparée de Rome et donc de l’unique Église du Christ et qui, depuis, la prive de la vie de la grâce.

L’œuvre accomplie par Vladimir Poutine en quinze ans pour sauver l’État russe, rétablir son économie et remettre le pays en ordre de marche, est impressionnante. Dès l’année 1999, il avait une connaissance clairvoyante de la situation dans laquelle se trouvait la Russie et savait quelles décisions prendre et il les a prises.

Démophile plus que démocrate, il a su entraîner à sa suite, sans cassure, sans rupture, tout un peuple convaincu, après l’effondrement de l’Union soviétique et le déclin de l’ère Eltsine, ce «  tsar de carnaval  », comme l’appelait l’abbé de Nantes, d’être enfin gouverné par un homme droit et honnête, «  profondément habité par l’intérêt de son pays  », comme Georges W. Bush dut lui-même le reconnaître. Vladimir Poutine n’est pas un président de la République, mais un chef d’État qui exerce réellement ses fonctions.

Son génie est d’avoir compris que le redressement politique, économique et social de la Russie passe par un redressement moral et spirituel de son peuple. Après l’effondrement de l’Union soviétique et de l’idéologie communiste qui en était “ l’âme ”, la Russie doit renouer avec sa vocation reçue avec la grâce du baptême du grand-prince Vladimir, afin de se libérer définitivement de ses «  erreurs  ». Après celle de la démocratie, qu’elle soit populaire ou libérale, celle du schisme, pour rejoindre l’unique Église du Christ, qui est à Rome, et achever d’atteindre à cette unité à laquelle travaille de toutes ses forces Vladimir Poutine.

À vues humaines, c’est impossible à moins d’un miracle, fruit de l’obéissance du Saint-Père à la Sainte Vierge descendue du Ciel pour demander la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé.

Or le temps presse plus que jamais, au moment où la situation internationale est particulièrement tendue et où aucune des crises majeures qui secouent le monde aujourd’hui, ne saurait être réglées sans le concours de la Russie, comme d’ailleurs notre Saint-Père le pape François vient de le reconnaître à l’agence Tass, le 19 septembre 2015 dans l’avion qui le conduisait à Cuba. (À suivre. )

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