La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 157 – Novembre 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA LIGUE

La Ligue

DÉFENDRE L’ÉGLISE

APRÈS cinquante ans de désorientation conciliaire, ce n’est pas facile de réapprendre à l’Église à marcher (caminare) avec Jésus crucifié, de tout reconstruire (edificare) sur Lui, de se laisser regarder par Lui pour le confesser (confessare) de bouche et l’aimer de cœur… Pas facile de transformer une pieuse et mondaine ONG en une armée de charitables et surnaturels missionnaires… Pauvre Saint-Père, il est aux prises avec tant de contradictions, il doit faire face à tant d’oppositions, frontales ou obliques… Il a vraiment besoin de l’indéfectible soutien de notre communion phalangiste.

Et donc vite  ! pape François, consacrez la Russie au Cœur Immaculé de Marie pour la protéger de ses ennemis, qui sont ceux du Christ-Roi, et répandez sans plus tarder la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois, pour nous délivrer du “ nouvel Évangile ” des “ nouveaux saints ”, qui depuis Vatican II envahissent le sanctuaire sous le couvert de “ nouveaux et étranges critères de sainteté ”…

“ VIE DE MARTHE ROBIN ”
REVUE ET CORRIGÉE

Jeudi 15 octobre, 20 h 30 à la “ catho ” d’Angers, conférence du postulateur de la cause de Marthe Robin, le Père Bernard Peyrous, bien connu de nos lecteurs (cf. Marthe Robin mystère d’Apocalypse, Il est ressuscité n° 150, d’avril 2015, p. 1-14). Forts de l’expérience du mois dernier au Centre-Sèvres, nos amis d’Angers voulaient tenter leur chance, courir le risque d’un “ dialogue ” courtois et compétent, libre, égal et fraternel  ?

Je me présente au Père Peyrous. Sans perdre sa bonne humeur, il se penche en arrière sous le choc de je ne sais quelle émotion ou pour raviver quelque souvenir  :

 Ah oui, c’est vous qui avez écrit un article, je crois…  »

 Grâce à vous mon Père

Il sourit sans me dire tout de suite ce qu’il en pense.

MARTHE AVANT MARTHE

Qui était Marthe Robin  ? Avant la publication de la biographie du postulateur, on pouvait penser qu’il s’agissait de la plus grande sainte de tous les temps, et son C. V. proclamé à cor et à cri par ses admirateurs ne laissait pas d’impressionner. Chaque semaine, durant cinquante ans, Marthe Robin, tétraplégique au dernier degré, a revécu la Passion. Elle n’a jamais ni bu, ni mangé (inédie), elle s’est uniquement nourrie d’une seule hostie consacrée  ; stigmatisée, elle a vécu dans la pénombre, car ses yeux, aveugles depuis 1940, étaient restés tout de même très sensibles à la lumière  : c’est la raison pour laquelle elle n’a jamais assisté au Saint- Sacrifice de la messe. Cette pénombre ne l’a cependant pas empêchée de rencontrer et de conseiller plus de cent mille personnes. Sa réputation de sainteté, entretenue par elle, madame Robin et le Père Faure avant 1936, puis par le Père Finet ensuite, reposait donc sur des incomparables prouesses ascétiques et mystiques. Qu’on y croie ou non, c’était “ over-grand  ! ”. La biographie de Peyrous va démolir cette image de marque  : «  Marthe Robin n’est pas un cas mystique extraordinaire, comme on l’a parfois présentée.  » (Vie de Marthe Robin, p. 438)

«  UN LIVRE MAL FAGOTÉ  !  »

Le Père Peyrous surprit tout le monde, en révélant beaucoup de faits peu édifiants de la vie de Marthe, et bien propres à la faire descendre de son empyrée. Ainsi, celle que l’on croyait paralysée des quatre membres, se levait la nuit «  pour satisfaire ses besoins intimes  ». Se déplacer comme elle le faisait, par reptation, à la seule force des bras puisque ses jambes restèrent toujours paralysées, demande, même pour une personne normale, un effort considérable. Cette dépense d’énergie conduisit tout naturellement à penser qu’elle assurait son minimum vital et qu’elle ne se contentait pas de humer l’arôme des corbeilles de fruits qui étaient dans sa chambre. Quand Peyrous nous apprend qu’elle est morte en dehors de son lit, dans une peu honorable posture et avec des chaussons usés aux pieds, tous les amis de Marthe s’en sont étonnés, certains scandalisés.

DIRE LA VÉRITÉ TOUT EN DISSIMULANT LE MENSONGE.

Marthe se déplaçait  ? elle n’était donc pas absolument paralysée  ? Mais alors, pourquoi les Robin, n’en ont-ils jamais rien dit  ? Comment se fait-il que le Père Finet ait prolongé, puis amplifié ce manque de simplicité  ? Il s’agit plutôt d’un gros mensonge, puisque aux personnes qui surprirent Marthe en flagrant délit de déplacement, le Père Finet n’hésitait pas à dire que c’était le démon qui prenait la forme de Marthe. L’honneur était donc sauf, soulagement de ces personnes et de Marthe elle-même. Pourquoi n’a-t-elle pas eu la simplicité de reconnaître qu’elle récupérait de temps à autre un peu de motricité  ? Tous ses amis en auraient rendu grâces à Dieu, et l’auraient aidée, plutôt que de la laisser seule comme une bête  ! Peyrous “ charge ” le Père Finet tout en disant qu’il ne veut pas faire son procès, mais les faits sont là, accusateurs pour l’un comme pour l’autre. Car ce mensonge, on le pressent, en voile beaucoup d’autres.

Tous les amis de Marthe étaient persuadés qu’à la fin de sa vie, c’était le démon qui l’avait jetée hors de son lit et tuée. Marthe elle-même l’avait annoncé. Peyrous nous assure, plus de dix ans après son décès qu’elle est morte d’un cancer généralisé, sans douleurs préliminaires autres que celles inhérentes à une toux persistante…

LE VÉRITABLE ENJEU.

Cette mort naturelle est d’un enjeu capital, rien de moins que sa canonisation. Impossible en effet de béatifier une personne dont on sait qu’elle a été tuée par le démon…

Le risque était donc grand de voir Marthe Robin tomber de l’affiche, et disparaître de tous les “ théâtres ” de France et de Navarre, entraînant dans sa chute les Foyers de Charité, l’Emmanuel, et de proche en proche, toutes les “ communautés nouvelles ” du charismatisme français. Redoutable faillite, mystique et financière en perspective.

Mais il y allait surtout de l’avenir de cette nouvelle religion prophétisée par Marthe, accomplie par Vatican II, réalisée par les mouvements charismatiques. C’est pourquoi Bernard Peyrous, l’impresario de Marthe, est monté au créneau. Maintenant que je le connais, je le vois rouler ses bons gros yeux, se récrier avec un rude aplomb et dire aux braves gens qui s’étonnaient de ces mensonges  : «  On s’est étonné  : cet étonnement n’est pas sérieux. Cela montre que Marthe Robin n’est pas un corps glorieux (sic). C’est un être humain qui a des besoins légitimes et se bat pour les honorer. Sa pudeur est très grande en ce domaine, qui ne fait pas l’objet de ses confidences.  » Pour un peu, il nous donnerait le regret d’avoir osé soupçonner le mensonge et plein de vilaines choses dans cette affaire…

UN POSTULATEUR MANŒUVRIER.

La vie de Marthe Robin par le Père Peyrous  ? «  C’est un livre mal fagoté  !  » À cette confidence de Mgr Bouvier, promoteur de la foi, “ l’avocat du diable ”, j’objectais que ce désordre, ce mépris de la chronologie, ces reptations de la pensée avaient été savamment dosés pour effacer la pénible impression des faits bruts, et nous imposer une nouvelle image de marque. Il en tombait d’accord. Les impresarios savent faire cela, c’est leur métier. Quand leur vedette vieillit, ou tombe dans telle affaire peu honorable, il faut vite rebondir, prendre appui sur la réalité, même déplorable, en tirer un parti médiatique et vite changer l’image de marque. Marthe Robin revue et corrigée par Bernard Peyrous, est désormais capable d’intégrer le club des bienheureux postconciliaires. Les éditions de l’Emmanuel peuvent écrire en toute bonne conscience  : «  ­Bernard Peyrous nous dresse le portrait le plus complet à ce jour de Marthe Robin. Celui d’une femme qui, loin des excès prêtés aux mystiques, se révèle au contraire désarmante de simplicité et admirable de courage.  »

UNE CONFÉRENCE SATURÉE DE MENSONGES.

L’aumônier de la “ catho ” présente le conférencier, et celui-ci commence son instruction en toute simplicité, il parle avec la sympathique rondeur d’un cuisinier qui présente sa recette devant les caméras, c’est éblouissant, ça va très vite. On passe en moins de cinq minutes de 1902 à 1928. Marthe est une petite fille pieuse [elle n’apprenait pas bien son catéchisme] qui est née dans un village anticlérical, [c’est vrai] au sein d’une famille dont les parents ne s’entendaient pas bien [il a raison d’être discret sur ce sujet]. Elle tombe gravement malade en 1918, et pendant dix ans personne ne va la voir, car les braves gens la croient atteinte de la grippe espagnole, et donc contagieuse. Là, c’est du roman, du mensonge par omission à jet continu… La maladie en question  ? citation du livre de Peyrous page 42 de l’édition de poche  : «  On la disait hystérique ajoutant que ce diagnostic avait été fait par le docteur Modrin d’Hauterives.  » Peyrous ne dira rien non plus de la tendance à l’anorexie de cette «  grande maigre  », pourtant signalée dans les biographies du Père Peyret. Il ne mentionnera pas non plus dans sa conférence les amies fidèles rencontrées par Marthe durant cette période, et dont au moins deux furent de très généreuses et compatissantes bienfaitrices. Il ne nous dira rien de cette grande clarté qui apparaissait à Marthe depuis 1922, ce qui lui évitera de préciser que cette clarté lui fera refuser à deux reprises le pèlerinage de Lourdes qu’on lui offrait. Dans son livre, Peyrous mentionne ces choses sous le titre  : “ grâces mariales ”… Il ne nous dira rien non plus des “ apparitions ” de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, ni de la mission que lui donne la sainte de Lisieux, rien de moins que de prolonger sa mission d’amour… Il ne parlera pas davantage de l’omniprésence du démon durant cette période.

Il insistera avec raison sur 1928. C’est à partir de cette date, nous dira-t-il, qu’elle commence à lire les mystiques pour trouver un vocabulaire adapté à ses propres expériences  : C’est un gros mensonge, ­Bernard  ! C’est dès le début des années vingt qu’elle lit beaucoup, les livres de la bibliothèque paroissiale, et ceux de son amie madame du Bäy. Pourquoi un tel mensonge  ? C’est pour éviter l’accusation de plagiat qui crève les yeux et le cœur quand on suit Marthe sans tricher, en suivant l’ordre chronologique de sa pauvre vie de grande malade…

Ensuite, Peyrous a raison de le mentionner, c’est saint François d’Assise qui entre dans sa vie par le truchement de la prédication d’un Père capucin, le Père Marie-Bernard. Le temps d’incorporer ce nouveau venu avec son hyper-suggestibilité d’hystérique, et moins de deux ans plus tard, Jésus en personne la stigmatise. C’est plus fort que saint François lui-même, qui avait reçu cette grâce par le truchement d’un séraphin  ?  !

Autre mensonge par omission du Père Peyrous  ; il ne dira pas qu’après avoir été séduit pendant un temps, le Père Marie-Bernard fut convaincu de la fausse mysticité de Marthe Robin  ; celui-ci s’affole de voir qu’à partir de 1930 – et donc bien avant d’avoir rencontré le Père Finet – Marthe fait jouer les ressorts de ses stigmates pour attirer à elle une foule de gens. Petits conseils, petits cadeaux, c’est maman Robin qui gère le commerce, et c’est le brave Père Faure qui fait le secrétaire des révélations de Marthe…

De 1930 à 1936, l’Esprit qui la guide se contente de l’entreprise familiale et du pauvre Père Faure. Marthe construit son réseau de relations, notamment parmi le clergé… Mais quand vient le moment de faire les choses en grand, quand vient la révélation de fonder des Foyers de charité, on trouve comme par hasard l’homme de la situation, le Père Finet. Celui-ci obtient toutes les permissions, et même les encouragements de ses supérieurs et directeurs, à une exception près, celle du cardinal Maurin, que Peyrous ne mentionnera pas…

Peyrous passera vite sur les Foyers de charité, on ne saura rien de la farouche et laïcarde opposition de Marthe à la hiérarchie, quand il s’est agi de donner un statut canonique à son œuvre. Ce qui intéresse Bernard, c’est Marthe Robin en tant qu’experte en humanité, et c’est pourquoi il a bâclé sa vie en moins de dix minutes pour en arriver là.

MARTHE ROBIN EXPERTE EN HUMANITÉ.

Il va donc nous raconter des histoires pendant plus d’une demi-heure. Peyrous les a sélectionnées  ; il donne tout de suite dans le genre matrimonial, sûr d’un facile succès. Marthe est très ouverte d’esprit, c’est une vraie mystique et la preuve, c’est qu’elle considère les choses de la chair avec réalisme. C’est sous ce seul rapport d’ailleurs que Bernard nous parlera de mystique ce soir-là. Ainsi, lorsqu’une pieuse jeune fille, un peu scrupuleuse et hésitante se demande si elle doit se marier, Marthe lui rappelle crûment que le mariage consiste à «  coucher avec un homme  »; rires faciles dans la salle, ils n’ont pas été jusqu’aux applaudissements  : merci les amis… À une femme qui n’arrive pas à avoir d’enfant, et qui se demande à quel saint se vouer, quelles prières faire, Marthe conseille d’aller voir un gynécologue, etc., rires dans la salle. Il y a aussi Marthe qui parle d’égal à égal avec les plus grands philosophes et théologiens… Ceux-ci ressortent de chez elle, éblouis  ; ou encore Marthe experte en mécanique du bâtiment. Là, de fait on aborde un certain charisme, un puissant esprit la guide, l’inspire, c’est trop certain.

Peyrous en bon impresario poursuit son objectif, il n’insistera pas sur les histoires extraordinaires, mais il en choisira d’autres – on en a fait des livres – qui privilégient ses qualités humaines de bon sens, de conseil, d’acceptation des souffrances. La raison de cette discrétion sur les grâces ou phénomènes mystiques de la vie de Marthe, c’est que le décret d’héroïcité des vertus et bientôt celui de béatification ne s’appuient pas sur ces considérations. Bon. Doit-on croire que Rome ne s’est pas inquiétée de savoir si c’était l’esprit de vérité ou l’esprit de mensonge qui animait Marthe  ?

Le postulateur finira en beauté sur Châteauneuf, «  carrefour de sainteté  », à l’instar de Cluny, source vive d’une prodigieuse effloraison de sainteté personnelle et de renaissance pour l’Église… Et là, notre impresario donne des chiffres. On est content d’apprendre que les Français, trente-huit, morts après 1960, se bousculent au portillon des futurs bienheureux. Or la plupart ont connu Marthe et vécu de son esprit. Le Père Peyrous ne nous dira rien des scandales financiers et de mœurs des futurs “ saints ”, dont Marthe a été la directrice et l’inspiratrice, quand on lui en fera l’objection.

QUI CORRIGE UN RAILLEUR S’ATTIRE LE MÉPRIS.

«  Ne reprends pas le railleur, il te haïrait, reprends le sage, il t’aimera.  » (Proverbes 9, 7-8) Si j’avais connu ce proverbe inspiré avant la période de question de cette soirée, je me serai méfié…

Une amie compatissante a tout vu. Elle m’écrit  : «  Le conférencier s’est ensuite levé pour annoncer l’ouverture de la période de questions. Il a évoqué un sujet capital qu’il n’avait pas voulu aborder, à savoir que Marthe ne mangeait pas et se nourrissait uniquement de l’Eucharistie, une fois par semaine.

«  Vous avez alors posé votre question mon bien cher frère, et le Père Peyrous s’est tout de suite mis sur la défensive. Je n’ai pas bien compris votre question, car il vous coupait à chaque mot, mais le mot “ mensonge ” est bien ressorti. Pour se tirer d’embarras, il s’est moqué de vous et vous a fait passer pour un intégriste fermé à toute forme d’explication. L’amphithéâtre entier se moquait, pas un n’a rebondi sur votre réaction.  »

Faute de débat contradictoire et en présence d’une salle irrationnellement acquise au conférencier, les moqueries faisaient donc partie du contrat.

REFUS DU CONTRÔLE DE L’INÉDIE DE MARTHE ROBIN.

En 1949, le docteur Assailly, psychiatre catholique, voulait persuader un de ses amis, psychiatre catholique lui aussi, de la sainteté de Marthe. Il voulait lever le soupçon qui pesait sur son inédie, et en finir avec l’importun, selon lui, conseil de son ami  : «  Ne vous fourvoyez pas dans cette affaire, vous vous feriez le complice d’une supercherie magistrale et notre Église n’y gagnerait pas  !  »

Pourquoi Marthe Robin et le Père Finet ont-ils refusé la proposition du docteur Assailly, leur ami dévoué, d’une hospitalisation d’un mois sous surveillance  ?

Peyrous va le légitimer d’une façon nouvelle, en évoquant le cas d’une autre inédique, Thérèse Neumann (1898-1962). Celle-ci subit une surveillance stricte, puis une foule d’analyses de ceci, cela, pas très ragoûtantes, pour finalement aboutir à un résultat nul et déconcertant… Marthe ne voulut donc pas servir de cobaye de laboratoire, et c’est d’ailleurs au Père Finet que revint la décision, Marthe étant prête à obéir à tout.

La cause était entendue. Mais poussé à bout par nos questions sur l’inédie et l’absence d’examens médicaux sérieux, Peyrous, exaspéré, martela impérieusement  : «  Il n’existe aucune preuve que Marthe ait mangé quoi que ce soit, et d’ailleurs le Procès n’en parle pas.

 Mais pourquoi n’a-t-elle pas voulu accéder à la demande de son ami, le docteur Assailly  ?  !

 Pour faire comme Thérèse Neuman  ? (sous-entendu, c’était indigne et serait de toute manière pas probant)

Je n’avais pas le micro, et parus sans réponse. La voici. Il n’était pas question d’envoyer Marthe à l’hôpital pour la barder de tuyaux médicaux et d’appareils de mesure. Il s’agissait de l’installer confortablement en une chambre, dans la pénombre qui lui convenait, avec un contrôle médical proche en cas de défaillance, et de la laisser ainsi sous stricte surveillance. Le Père Finet aurait pu la visiter, lui faire revivre la passion, mais seulement en présence de deux témoins assermentés. Au bout d’un mois, test concluant  : le confrère du docteur Assailly n’avait plus qu’à rendre les armes, et nous aussi. Pourquoi n’a-t-on pas agi de cette façon  ? Parce que l’on avait quelque chose de fondamental à cacher, et dont la révélation aurait définitivement détruit l’œuvre des Foyers  ? Que ce fait ne se trouve pas dans le dossier de béatification, ne veut rien dire en nos mauvais temps d’apostasie, car il n’y a rien non plus dans les dossiers de Paul VI et de Jean-Paul II, sur les désordres – en tous genres – de l’un et de l’autre, pourtant canoniquement dénoncés par l’abbé de Nantes, en 1973, 1983, 1993.

TÉMOIGNAGES.

Suite à nos questions, la salle murmurait, et c’est dans ce bruit de fond, qu’une femme, d’une cinquantaine d’années, donna son témoignage larmoyant sur la retraite qu’elle avait faite aux foyers de charité dans sa jeunesse, un vieux monsieur fit de même, dans l’indifférence générale.

Mais lorsqu’une de nos amies donna le sien, d’une sincérité navrée, émouvante, vécue  ; tous firent silence, et tous entendirent que l’on peut revenir d’une retraite de Châteauneuf avec une foi exaltée à transporter les montagnes, puis perdre cette même foi à la première épreuve. La retraite à Châteauneuf leur avait donné les apparences de la piété, mais pas ce qui en fait la force (cf. 2 Tm 3, 5). Notre amie poussa son avantage  : «  Nos églises d’Anjou sont vides et cela fait cinq ans qu’il n’y a pas eu d’ordinations dans le diocèse. Où est le renouveau prophétisé par Marthe Robin  ?  » Brouhaha dans la salle. Le Père de ­Mauvoisin avouera à frère Thomas qu’il ne touche qu’ 1 % des étudiants de l’université…

MISSION ACCOMPLIE.

Lorsque je m’approchais du Père Peyrous, il me dit qu’il n’était pas d’accord du tout avec notre article du mois d’avril. «  Mais, lui répondis-je, qu’est-ce qui est fautif, qu’est-ce que je dois rétracter  ?  » Pour toute réponse, il prit la fuite, me lançant  : «  Je suis pressé, j’ai une confession.  » De fait, cela pressait.

Nous avions accompli notre mission en manifestant notre opposition – faute d’avoir pu la démontrer – à cette fausse mystique quiétiste qui achève d’annihiler ce qui reste de piété traditionnelle et de convictions fermes dans l’Église. C’est bien ce qu’a compris notre amie  :

«  Les vrais prophètes comme sœur Lucie ou notre Père sont méprisés, comptés pour rien. Enfin nous avons fait ce que nous avons pu sous votre conduite, et c’est toujours une fierté de défendre la vérité. Il me semble que les conversations que nous avons eues après la conférence avec les jeunes n’auront pas été inutiles. Frère Jean Duns et Gonzague ont bien su leur parler.  » Notre amie aussi.

PRIER AVEC JÉSUS, MARIE, JOSEPH

Les psaumes sont ces cent cinquante prières inspirées, exhalaison du cœur des “ pauvres de Yahweh ” au fil des joies, peines et souffrances de leur vie, personnelle ou communautaire, toujours dominée par l’espérance du Messie qui doit venir et restaurer toute justice. Chantés, médités par la Sainte Famille, ils ont donc façonné l’esprit et le cœur humain du Fils Unique de Dieu. C’est pour cette raison que frère Bruno voulut que nous réécoutions cette année la magnifique retraite de notre Père  : Chanter les psaumes à Nazareth  : S 50.

LA JOIE DE NOTRE VOCATION CRC

Elle nous fut communiquée en abondance durant notre session de la Toussaint du 30 octobre au 1er novembre. Tout d’abord par notre frère Bruno au fil de ses conférences et prédications  ; par notre frère Henry grâce à son oratorio; et, point d’orgue de cette session, par l’équipe de frère Sébastien, qui monta une émission de La religion en vrai, sur notre vocation de Petits frères et Petites sœurs du Sacré-Cœur. Je vous assure qu’elle fera date dans les annales. Plus de deux cents jeunes gens en profitèrent, c’est beaucoup et c’est peu. En voici une brève et, si possible, suggestive évocation afin de vous décider à passer commande au plus vite, et vous réjouir avec nous dans l’intelligence, la beauté et la vérité de notre service CRC de l’Église.

VENDREDI 30 OCTOBRE.

11 h 30, grand-messe des Défunts, et sermon de notre frère Prieur, typique de la ligne de crête qu’il veut que nous suivions au service du Saint-Père  : «   Malheur a l’homme par qui le scandale arrive  !  » Lors de l’audience du 14 octobre, le pape François fit repentance en prenant sur lui les «  scandales  », connus de tous à Rome, mais dont il n’a pas précisé la nature. Frère Bruno en profita pour remonter au principe et fondement de tous ces scandales  : l’apostasie qui a ravagé l’Église par la faute des catéchismes postconciliaires, tout en indiquant à notre miséricordieux Saint-Père les vrais responsables  : le pape Paul VI en personne, ainsi que tant et tant d’épiscopats collégialement complices…

«  Le rapport tendre et mystérieux de Dieu avec l’âme des enfants ne devrait jamais être violé  », s’est exclamé, navré, le pape François. C’est vraiment cette même peine qui a poussé notre Père à entrer en lice contre la prolifération des nouveaux catéchismes, assassins de la foi des «  petits  »…

Après le commentaire de l’oratorio, le chapelet sur la tombe de notre bienheureux Père, conférence de notre frère Bruno  : 1968  : Un procès romain en béatification (cf. Georges de Nantes, chap. 17). À entendre notre frère Bruno, une grâce passe  : on voit pour ainsi dire le Saint-Esprit à l’œuvre en notre bienheureux Père. Face à l’apostasie, il s’est dressé seul, tel Élie, fort de la seule connaissance vraie, profonde de Jésus-Christ. Impossible pour ses juges de dresser le moindre attendu doctrinal, et pour cause  : il n’y avait pas d’erreurs théologiques dans les écrits de l’accusateur du concile Vatican II et du pape Paul VI  ?  ! Donc, c’est ce dernier qui est dans l’erreur, tout comme jadis l’évêque Cauchon face à sainte Jeanne d’Arc. Comme elle, notre Père connut un crucifiant dilemme, et comme elle, il le résolut en obéissant «  à Dieu plutôt qu’aux hommes  ».

L’oratorio, La passion de sainte Jeanne d’Arc, fut très applaudi  ; frère Bruno souligna à quel point ce mystère est à lui seul une prière instante pour la France.

SAMEDI 31 OCTOBRE.

À l’oraison, nous écoutâmes le témoignage enthousiasmant de frère Gérard sur notre Père  : fils légitime de l’Église, docteur de la foi, fondateur d’une œuvre menacée. Trente minutes que l’on voudrait savoir par cœur et qui nous font tellement admirer nos frères anciens (cf. CRC n° 330, février 1997, p. 3-7).

Ni schisme, ni hérésie  : sagesse surnaturelle, cette conférence tirée du chapitre 18 de Georges de Nantes docteur mystique de la foi catholique, nous fit prendre la mesure du “ progressisme ” de notre bienheureux Père. Il a posé les jalons de progrès théologiques et institutionnels que le pape François signerait des deux mains, s’il les connaissait, et si surtout il comprenait à quel point Vatican II y fait obstacle.

Le sermon sur La troisième voie du pape François prolongera cette réflexion. Anecdotes savoureuses illustrant que le point de départ du Saint-Père est le Credo, et qu’il veut marcher à la suite de Jean-Paul Ier, avec les pauvres, mais “ pas à gauche ”, sous les applaudissements actuels comme sous les huées à venir des foules versatiles.

Les conférences et le sermon de l’après-midi furent dominés par la chaleureuse présence du pape Saint Jean-Paul Ier. C’est sous le mystérieux état de grâce de son règne que notre Père entreprit une démarche de réconciliation et qu’une fraternelle communion avec les plus hautes autorités parut possible. Il faut dire que notre Père bâtissait depuis 1974, année après année, une œuvre théologique positive, À la recherche de la communion, au rebours de tout esprit de schisme, ce qui forçait l’admiration des meilleurs théologiens.

Le soir à la veillée, le générique de La religion en vrai retentit et déclencha, comme d’habitude, les plus chaleureux applaudissements, les premiers de la soirée. Frère Michel-Marie interrogea nos frères anciens. Frère Christian d’abord sur l’idéal monastique tel que notre Père, curé de campagne le vivait, de jour comme de nuit, à Villemaur. Témoignage savoureux, drôle, très édifiant. Notre frère Gérard nous plongea en plein drame de la guerre d’Algérie  : radical, émouvant. Notre frère Bruno, lui, va atteindre au cœur de notre vocation de moines-missionnaires et dissiper bien des illusions. En point d’orgue à sa démonstration, un extrait vidéo de notre bienheureux Père  : «  La mort à soi-même, justement appelée par saint François de Sales, le trépas de la volonté, est la condition préalable à tout charisme ecclésiastique ou civil efficace, profitable. L’Esprit-Saint nous donnera d’abord de mourir à nous-mêmes dans la mesure où il a prévu de faire de nous un instrument docile entre les mains du Christ pour le salut de l’Église et des âmes. Donc, il faut être détruit, comme dit saint Paul.  » Joie de revoir notre frère Pierre à l’écran, et de l’entendre témoigner de la plus aimable manière des conseils de notre Père au début de notre fondation canadienne  ; si bien mis en œuvre par la suite…

DIMANCHE Ier NOVEMBRE, FÊTE DE LA TOUSSAINT.

À l’oraison, commentaire enthousiaste du Manifeste phalangiste par notre frère Bruno  : ce que nous devons croire, aimer, haïr aussi, pour bien servir l’Église et la Patrie.

La conférence d’Actualités, très attendue galvanisa nos amis, car on y voit le bien à l’œuvre dans l’Église et en Russie. La banquise du religieusement et politiquement correct craque. Le pape François a fermement rappelé au Congrès américain les exigences évangéliques, donc politiques, de l’amour du prochain. Horrible, en revanche, cette catéchèse célébrant la Déclaration conciliaire Nostra ætate, sans signe de Croix, ni “ Notre Père ”, ni bénédiction  ! Tandis qu’à La Mecque les musulmans, loués par Nostra ætate, numéro 3, lapidaient le grand Satan  ! Bilan de leur onction spirituelle au-dessus de tout soupçon  : deux mille morts  !

Frère Bruno nous fit ensuite un compte rendu du dernier livre de François Fillon  : «   Faire  ». Vingt-cinq chapitres, trois reniements, mais l’envergure tout de même d’un homme d’État, capable de bien servir le pays dans les années difficiles à venir.

La Syrie, nous dira frère Bruno avec l’art des formules à l’intelligence pénétrante, c’est «  un Verdun diplomatique et militaire  ». L’artisan de cette victoire c’est Vladimir Poutine, son armée, et c’est aussi un autre lui-même en la personne du jeune président syrien  : Bachar el-Assad. Ces personnalités, aussi éminentes soient-elles, ne sont que des instruments au service d’une cause qui les dépasse  : le triomphe du Cœur Immaculé de Marie. Dieu le veut, mais encore faut-il que le Saint-Père ne se laisse pas abuser par de mauvais conseillers. La Providence des Saints Cœurs de Jésus et Marie, lui a envoyé une très bonne conseillère, docteur et prophète, lors du Synode  : madame Anca-Maria Cernea, une Roumaine.

«  Notre-Dame de Fatima a dit que les erreurs de la Russie se diffuseraient dans le monde entier (…). Le marxisme classique prétendait redessiner la société, en s’emparant violemment de la propriété. Maintenant, la révolution va plus en profondeur  ; elle prétend redéfinir la famille, l’identité sexuelle et la nature humaine. Cette idéologie se dit progressiste. Mais elle n’est rien d’autre que la proposition de l’antique serpent, pour que l’homme prenne le contrôle, remplace Dieu et organise le salut ici, dans ce monde. C’est une erreur de nature religieuse, c’est le gnosticisme. C’est la tâche des pasteurs de le reconnaître et de prévenir le troupeau de ce danger.  »

Lors du sermon de clôture, notre frère Bruno nous offrit la trentième catéchèse du pape François sur la famille  : L’identité familiale est fondée sur la promesse, admirable et parfaite illustration de l’acte d’Allégeance prononcé par une belle promotion de jeunes gens, à marier ou déjà mariés, dans la liberté d’un amour renouvelé  : Ego promitto fidelitatem.

frère Philippe de la Face de Dieu.