La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 157 – Novembre 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LE PAPE FRANÇOIS DÉJOUE LE COMPLOT

Le pape François a ouvert le Synode sur la famille par une admirable homélie. «   Centrée sur trois thèmes   : le drame de la solitude, l’amour entre l’homme et la femme, et la famille   ».

Le premier, celui de la solitude «   qui, encore aujourd’hui, afflige tant d’hommes et de femmes   », avait reçu, aux origines, une issue dans l’amour entre l’homme et la femme. Cependant, «   l’amour durable, fidèle, consciencieux, stable, fécond est de plus en plus moqué et regardé comme s’il était une affaire de l’antiquité. Il semblerait que les sociétés les plus avancées soient précisément celles qui ont le taux le plus bas de natalité et le taux le plus élevé d’avortements, de divorces, de suicides et de pollution environnementale et sociale.   »

Le remède, c’est Jésus qui l’apporte, «   face à la demande rhétorique qui lui est faite, – probablement comme un piège, pour le faire devenir tout à coup antipathique à la foule qui le suivait et qui pratiquait le divorce comme réalité enracinée et intangible –, il répond de manière franche et inattendue   : il fait tout remonter à l’origine de la création, pour nous apprendre que Dieu bénit l’amour humain, que c’est lui qui unit dans l’unité les cœurs de deux personnes qui s’aiment et qui les unit dans l’unité et l’indissolubilité. Cela signifie que le but de la vie conjugale n’est pas seulement de vivre ensemble pour toujours, mais de s’aimer pour toujours   !

«   Jésus rétablit ainsi l’ordre qui était à l’origine et qui est origine.

«   Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas.   » ( Mc 10, 9 )

C’est la condamnation de «   toute forme d’individualisme   », surtout sous son appellation de prétendu “  personnalisme  ”, «   qui cache un égoïsme mesquin et une peur de rallier la signification authentique du couple et de la sexualité humaine selon le projet de Dieu   ».

Et quel est donc «   le projet de Dieu   »   ? Le pape François l’exprime dans toute sa profondeur   : «   en effet, c’est seulement à la lumière de la folie de la gratuité de l’amour pascal de Jésus que la folie de la gratuité d’un amour conjugal unique et jusqu’à la mort apparaîtra compréhensible.   »

Cette “  folie  ”, qui n’est autre que la “  folie de la Croix  ”, faisait dire à sainte Thérèse de l’Enfant-­Jésus   : «    Ô Jésus   ! laisse-moi dans l’excès de ma reconnaissance, laisse-moi te dire que ton amour va jusqu’à la folie   !   »

Ici, le pape François cite par deux fois Joseph ­Ratzinger (1989 ), et le même devenu Pape ( ency­clique Caritas in veritate no 3 ). Ainsi, “  Le complot  ” que nous dénoncions le mois dernier ( éditorial de Il est ressuscité no 156, octobre 2015 ), est déjoué   : nul ne pourra accuser François d’être infidèle à Benoît.

Cependant, c’est bien lui, Ratzinger, qui disait en 1967   : «   Au-dessus du Pape en tant qu’expression de l’autorité ecclésiale, il y a la conscience à laquelle il faut d’abord obéir, au besoin même à l’encontre des demandes de l’autorité de l’Église.   » C’est tout l’esprit du concile Vatican  II dont Benoît  XVI est “  conservateur  ”, en vertu duquel «   il n’y a plus aujourd’hui l’épaisseur d’un papier à cigarette entre morale objective et subjectivité   » ( Georges de Nantes, commentant Gaudium et Spes  16, in Vatican  II, Autodafé, p. 337 ).

LE MARIAGE EST UN SACRIFICE.

Il en va tout autrement de François qui, lui, a souligné le caractère “  révolutionnaire  ”, c’est son mot   ! du mariage chrétien institué par Jésus-Christ, dans sa catéchèse du 6 mai 2015   :

«   En parlant de la vie nouvelle dans le Christ, saint Paul dit que les chrétiens – tous – sont appelés à s’aimer comme le Christ les a aimés, c’est-à-dire “  soumis les uns aux autres  ” ( Ep 5, 21), ce qui signifie au service les uns des autres. Et il introduit ici l’analogie entre le couple mari-femme et le couple Christ-Église. Il est clair qu’il s’agit d’une analogie imparfaite, mais nous devons en saisir le sens spirituel qui est très élevé et révolutionnaire, et en même temps simple, à la portée de tous les hommes et femmes qui se confient à la grâce de Dieu.

«   Le mari, dit Paul, doit aimer sa femme “  comme son propre corps  ” ( Ep 5, 28 ) ; l’aimer comme le Christ “  a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle  ” ( v. 25 ). Mais vous, les maris qui êtes présents ici, comprenez-vous cela   ? Aimer votre femme comme le Christ aime l’Église   ? Ce ne sont pas des plaisanteries mais c’est sérieux   !

«   L’effet de cette radicalité du dévouement demandé à l’homme, pour l’amour et la dignité de la femme, à l’exemple du Christ, doit avoir été immense, dans cette communauté chrétienne.

«   Cette semence de la nouveauté évangélique, qui rétablit la réciprocité originelle du dévouement et du respect, a mûri lentement dans l’histoire, mais a finalement prévalu.

«   Le sacrement du mariage est un grand acte de foi et d’amour   : il témoigne du courage de croire à la beauté de l’acte créateur de Dieu et de vivre cet amour qui pousse à aller toujours plus loin, au-delà de soi et aussi au-delà de sa propre famille. La vocation chrétienne à aimer sans réserve et sans mesure est ce qui, avec la grâce du Christ, se trouve à la base du libre consentement qui constitue le mariage.

«   L’Église elle-même est pleinement impliquée dans l’histoire de chaque mariage chrétien   : elle s’édifie dans ses réussites et souffre dans ses échecs. Mais nous devons nous interroger sérieusement   : Acceptons-nous jusqu’au bout, nous-mêmes, en tant que croyants et en tant que pasteurs, ce lien indissoluble de l’histoire du Christ et de l’Église avec l’histoire du mariage et de la famille humaine   ? Sommes-nous disposés à assumer sérieusement cette responsabilité, c’est-à-dire que tout mariage va sur la voie de l’amour que le Christ a pour l’Église   ? C’est grand, cela  !   »

Autrement dit, l’amour réciproque des époux est appelé à prendre pour modèle et pour source l’amour sacrificiel qui joint le Christ et l’Église   :

«   Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ.

«   Que les femmes le soient à leurs maris comme au Seigneur   : en effet, le mari est chef de sa femme, comme le Christ est chef de l’Église, lui le sauveur du Corps ; or l’Église se soumet au Christ ; les femmes doivent donc, et de la même manière, se soumettre en tout à leurs maris. Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église   : il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne ; car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée.

«   De la même façon, les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme, c’est s’aimer soi-même. Car nul n’a jamais haï sa propre chair ; on la nourrit au contraire et on en prend bien soin. C’est justement ce que le Christ fait pour l’Église   : ne sommes-nous pas les membres de son Corps   ? Voici donc que l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair   : ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église. Bref, en ce qui vous concerne, que chacun aime sa femme comme soi-même, et que la femme révère son mari.   » ( Ep 5, 21-33 )

Aux yeux de saint Paul, le rapprochement entre l’union du Christ et de l’Église d’une part, et l’union de l’homme et de la femme dans le Christ d’autre part, n’est pas une comparaison… c’est l’union même du Christ à l’Église qui se réalise, s’actualise dans l’union des époux. À chacun, il appartient d’accomplir, selon son sexe, ce que le Christ et l’Église accomplissent eux-mêmes.

«   La soumission prêchée à la femme n’est pas n’importe quelle soumission, enseignait Georges de Nantes, notre Père, c’est cette soumission, mieux vaudrait dire cette adhésion toute particulière qui est celle de l’Église au Christ. C’est dire que la femme doit faire de son union à son époux un exercice de foi et d’amour.

«   L’abandon total, totalement confiant, qui doit en résulter, épanouira dans la vie de la femme cet abandon même en lequel se résument l’attitude et la relation vivante de l’Église en face du Christ. Cela suppose évidemment ce que saint Paul ajoute en des termes exprès   : que l’homme, de son côté, doit se considérer et se comporter envers sa femme comme Chef et comme Sauveur, au sens où ces termes s’appliquent au Christ face à l’Église. C’est-à-dire que l’homme doit se livrer, pour la femme et à elle, dans un amour qui soit une réelle participation de l’amour sacrificiel du Christ pour l’Église.

«   Tout cela est sous-tendu par l’affirmation, non moins explicite, que la femme devient, dans le mariage, corps de l’homme, et l’homme chef, tête de la femme. Il faut l’entendre selon la manière dont le Christ et l’Église le deviennent l’un pour l’autre. Mais cela, bien entendu, trouve sa base dans la réalité de l’union charnelle. Cependant, cette réalité découvrant enfin toutes ses perspectives spirituelles, il s’ensuit que c’est tout le rapport entre l’homme et la femme dans le mariage qui est transporté et comme exhaussé à l’intérieur du sacrifice…

«   Les relations entre l’homme et la femme, établies sur la base du rapport charnel, n’apparaissent plus comme une alternative à la vie de sacrifice, à l’imitation du Christ. Elles deviennent une possibilité nouvelle de réaliser cette vie sacrificielle.   »

LE «   MARTYRE MATERNEL   ».

C’est bien dans cette perspective que se place d’emblée le pape François lorsqu’il donne pour titre à sa catéchèse inaugurale du 7  janvier 2015, après avoir offert à notre dévotion «   l’exemple de la Sainte Famille   » ( 17 décembre 2014 )   : «   éloge du “  martyre maternel  ”   », dont le modèle emblématique est la Vierge Marie   :

«   Chaque personne humaine doit la vie à une mère et presque toujours, elle lui doit une grande partie de l’existence qu’elle mènera ensuite, de sa formation humaine et spirituelle. Or, bien que la mère soit exaltée d’un point de vue symbolique – beaucoup de poèmes, beaucoup de jolies choses sont dites sur elle –, elle est peu écoutée et peu aidée dans la vie quotidienne, peu considérée dans le rôle central qu’elle joue dans la société. Et même, souvent, on profite du fait que les mères sont prêtes à se sacrifier pour leurs enfants pour “  économiser  ” sur les dépenses sociales.

«   Il arrive que dans la communauté chrétienne aussi on ne prenne pas dûment en considération la mère, qu’on ne l’écoute pas beaucoup. Pourtant, au centre de la vie de l’Église, il y a la Mère de Jésus.   »

À sa ressemblance, «   les mères sont l’antidote le plus fort contre la propagation de l’individualisme égoïste   ». Le Pape évoque alors sa propre mère   : «   Je me souviens à la maison, nous étions cinq enfants, et lorsqu’il y en avait un qui faisait des siennes, l’autre se mettait lui aussi à en faire, et cette pauvre maman allait d’un côté et de l’autre, mais elle était heureuse. Elle nous a beaucoup donné.   »

À commencer par «   le sens le plus profond de la pratique religieuse   : dans les premières prières, les premiers gestes de dévotion qu’un enfant apprend, s’inscrit la valeur de la foi qui caractérisera la vie d’un être humain. C’est un message que les mères croyantes savent transmettre sans beaucoup d’explications   : ces explications arriveront après, mais le germe de la foi réside dans ces premiers et très précieux moments. Sans les mères, non seulement il n’y aurait pas de nouveaux fidèles, mais la foi perdrait une bonne partie de sa chaleur simple et profonde.

«   Et l’Église est mère, avec tout cela, elle est notre mère   ! Nous ne sommes pas des orphelins, nous sommes les enfants de l’Église, nous sommes les enfants de la Vierge et les enfants de nos mères.

«   Très chères mamans, merci, merci pour ce que vous êtes dans la famille et pour ce que vous donnez à l’Église et au monde. Et à toi, Église bien-aimée, merci, merci d’être mère. Et à toi, Marie, Mère de Dieu, merci de nous faire voir Jésus. Et merci à toutes les mamans qui sont ici aujourd’hui   : un bel applaudissement pour elles   !   »

Leur croix ne leur vient pas seulement du souci que leur donnent les enfants. Tableau du «   mauvais père   » ( 28 janvier 2015 ).

Le Père.

Ce nom de «   Père   » nous est cher, à nous chrétiens, plus que tout autre, rappelle le Pape, «   parce que c’est le nom avec lequel Jésus nous a appris à appeler Dieu   : Père. Le sens de ce mot a reçu une nouvelle profondeur, précisément à partir de la manière dont Jésus l’employait pour s’adresser à Dieu et manifester sa relation particulière avec Lui. Le mystère béni de l’intimité de Dieu, Père, Fils et Esprit, révélé par Jésus, est le cœur de notre foi chrétienne.   » ( 28 janvier 2015 )

Mais le mot de «   Père   », avant même cette révélation, «   indique une relation fondamentale   » au sein de la création première, qui définit la condition humaine depuis les origines. Or, le malheur de notre société présente est d’en être arrivée à prétendre l’abolir   :

«   Dans un premier temps, cela a été perçu comme une libération   : libération du père-patron, du père en tant que représentant de la loi qui s’impose de l’extérieur, du père en tant que censeur du bonheur de ses enfants et obstacle à l’émancipation et à l’autonomie des jeunes.   »

Eh bien   ! le Pape commence par reconnaître qu’un certain «   autoritarisme   », abusif a pu justifier cette rébellion, mais ce n’est pas une raison pour passer «   d’un extrême à l’autre   ». En effet, «   le problème de notre époque ne semble plus tellement être la présence envahissante des pères, mais leur absence, leur effacement.   »

Le Pape raconte   :

«   Lorsque j’étais évêque de Buenos Aires, je percevais le sentiment d’être orphelins que vivent aujourd’hui les jeunes ; je demandais souvent aux papas s’ils jouaient avec leurs enfants, s’ils avaient assez de courage et d’amour pour perdre du temps avec leurs enfants. Et la réponse n’était pas bonne, dans la majorité des cas   : “  Mais, je ne peux pas, parce que j’ai beaucoup de travail…  ” Et le père était absent de ce fils qui grandissait, il ne jouait pas avec lui, non, il ne perdait pas de temps avec lui. Maintenant, avec ce parcours commun de réflexion sur la famille, je voudrais dire à toutes les communautés chrétiennes qu’il faut que nous soyons plus attentifs   : l’absence de la figure paternelle dans la vie des petits et des jeunes crée des lacunes et des blessures qui peuvent même être très graves. Et, en effet, les déviances des enfants et des adolescents peuvent en bonne partie être dues à ce manque, à cette carence d’exemples et de guides autorisés dans leur vie de tous les jours, au manque de proximité, au manque d’amour de la part des parents. Le sentiment d’être orphelins que vivent beaucoup de jeunes est plus profond que nous ne le pensons.   »

Le Pape étend aux institutions éducatives «   une certaine responsabilité, nous pouvons dire paternelle, envers les jeunes   », laissés «   orphelins d’une voie sûre à parcourir, orphelins d’un maître en qui avoir confiance   ». Celui-ci est remplacé par toutes sortes «   d’idoles   », par lesquelles «   on leur vole leur cœur ; on les pousse à rêver de divertissements et de plaisirs, mais on ne leur donne pas de travail ; on les trompe avec le dieu argent, et on leur refuse les vraies richesses   ».

Le mercredi suivant, le Pape prêche une tout autre conduite au père de famille, afin qu’il imite saint Joseph, «   homme juste, qui “  prit chez lui son épouse  ” ( Mt 1, 24 ) et est devenu le père de la famille de Nazareth.   » ( 4 février 2015 )

Saint Joseph est le modèle des pères de famille, «   gardiens et médiateurs irremplaçables de la foi dans la bonté, de la foi dans la justice et dans la protection de Dieu   ». Pour l’imiter, il faut d’abord que le père «   soit proche de sa femme pour tout partager, les joies et les peines, les fatigues et les espoirs. Et qu’il soit proche de ses enfants pendant leur croissance   : quand ils jouent et quand ils s’engagent, quand ils sont insouciants et quand ils sont angoissés, quand ils s’expriment et quand ils sont taciturnes, quand ils osent et quand ils ont peur, quand ils font un faux pas et quand ils retrouvent leur chemin ; un père présent, toujours.

«   Dire présent ne veut pas dire contrôleur   ! Parce que les pères qui contrôlent trop détruisent leurs enfants, ils ne les laissent pas grandir. L’Évangile nous parle de l’exemplarité de notre Père qui est aux Cieux, le seul, dit Jésus, qui puisse être vraiment appelé “  Père bon  ” ( cf. Mt 10, 18 ). Tout le monde connaît cette parabole extraordinaire dite du “  fils prodigue  ” ou, mieux, du “  père miséricordieux  ”, qui se trouve dans l’Évangile de Luc au chapitre  15 ( cf. Lc 15, 11-32 ). Quelle dignité et quelle tendresse dans l’attente de ce père qui se tient à la porte de sa maison, attendant que son fils revienne   ! Les pères doivent être patients. Si souvent, il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre ; prier et attendre avec patience, douceur, magnanimité, miséricorde. Un bon père sait attendre et sait pardonner, du fond du cœur. Bien sûr, il sait aussi corriger avec fermeté   : ce n’est pas un père faible, complaisant, sentimental. Le père qui sait corriger sans humilier est le même que celui qui sait protéger sans se ménager.   »

LES ENFANTS.

Le fondement de la «   dignité de la personne, une dignité que rien ni personne ne pourra détruire   », est «   être fils ou fille selon le dessein de Dieu   » (11 février 2015 ).

Encore un souvenir de famille   :

«   Je me souviens de ma maman, elle disait   : “  J’ai cinq enfants.  ” Quand on lui demandait   : “  Lequel préfères-tu   ?  ” elle répondait   : “  J’ai cinq enfants, comme j’ai cinq doigts [ le Pape montre ses doigts ]. Si on tape sur celui-ci, j’ai mal ; si on tape sur cet autre, j’ai mal. Ils me font mal tous les cinq. Ce sont tous mes enfants, mais tous différents comme les doigts d’une main.   »

Chef-d’œuvre d’une famille chrétienne   !

«   On aime son enfant parce que c’est son enfant, pas parce qu’il est beau ou parce qu’il est comme ceci ou comme cela. Non   ! Parce que c’est son enfant   ! Non pas parce qu’il pense comme moi ou qu’il incarne mes désirs. Un enfant est un enfant   : une vie engendrée par nous, mais destinée à lui, à son bien, au bien de la famille, de la société, de toute l’humanité.

«   C’est de là que vient aussi la profondeur de l’expérience humaine d’être fils ou fille, qui nous permet de découvrir la dimension plus gratuite de l’amour, qui n’a jamais fini de nous étonner. C’est la beauté d’être aimés en premier   : les enfants sont aimés avant d’arriver. Je rencontre très souvent, sur la place, des mamans qui me montrent leur ventre et me demandent la bénédiction… Ces enfants sont aimés avant de venir au monde. Et cela, c’est la gratuité, c’est l’amour ; ils sont aimés avant leur naissance, comme l’amour de Dieu qui nous aime toujours en premier. Ils sont aimés avant d’avoir fait quoi que ce soit pour le mériter, avant de savoir parler ou penser, et même carrément avant de venir au monde   !   »

Dès lors, «   le quatrième commandement demande aux enfants, et nous sommes tous des enfants   ! d’honorer leur père et leur mère ( cf. Ex 20, 12 ).

«   Ce commandement vient aussitôt après ceux qui concernent Dieu lui-même. En effet, il contient quelque chose de sacré, quelque chose de divin, quelque chose qui se trouve à la racine de toutes les autres formes de respect entre les hommes. Et dans la formulation biblique du quatrième commandement, il est ajouté   : “  Afin d’avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.  ” Le lien vertueux entre les générations est une garantie d’avenir, et c’est la garantie d’une histoire vraiment humaine.

«   Une société d’enfants qui n’honorent pas leurs parents est une société sans honneur ; quand on n’honore pas ses parents, on perd son propre honneur   ! C’est une société destinée à se remplir de jeunes arides et avides. Mais une société avare de générations, qui n’aime pas s’entourer d’enfants, qui les considère surtout comme une préoccupation, un poids, un risque, est une société déprimée.

«   Pensons à toutes les sociétés que nous connaissons ici, en Europe   : ce sont des sociétés déprimées parce qu’elles ne veulent pas d’enfants, elles n’ont pas d’enfants, le taux de naissance n’atteint pas un pour cent. Pourquoi   ? Que chacun de nous y réfléchisse et réponde. Si une famille généreuse en enfants est regardée comme si elle était un poids, il y a quelque chose qui ne va pas   !   »

Dans une famille nombreuse, «   les enfants apprennent à prendre en charge leur famille, ils mûrissent en en partageant les sacrifices, ils grandissent en appréciant les cadeaux que celle-ci représente. L’expérience joyeuse de la fraternité inspire le respect et le soin envers les parents, auxquels est due notre reconnaissance.   »

L’autre jour, au Centre-Sèvres, j’ai posé une question au cardinal Tauran, et mon papier a franchi la “  douane pastorale  ”   :

«   Quel est le rôle de la catéchèse du pape François sur la famille dans la préparation du Synode   ?   »

Réponse évasive du cardinal   :

«   Il faut les lire et les relire   !   »

On avait le sentiment que le cardinal ne les avait pas vraiment suivies.

Et c’est vrai. Dans la confusion actuelle, ce sont des perles précieuses   : «   Dans la multiplication des générations, il y a un mystère d’enrichissement de la vie de tous qui vient de Dieu lui-même. Nous devons le redécouvrir et braver les préjugés ; et le vivre, dans la foi, dans une joie parfaite.

«    Et je vous dis aussi    : comme c’est beau, lorsque je passe au milieu de vous et que je vois les papas et les mamans qui soulèvent leurs enfants pour qu’ils soient bénis ; c’est un geste quasi divin. Merci de faire cela   !   »

LA BEAUTÉ DU LIEN FRATERNEL.

«   Le lien fraternel a une place spéciale dans l’histoire du peuple de Dieu, qui reçoit sa révélation dans le vif de l’expérience humaine. Le psalmiste chante la beauté du lien fraternel   : “  Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble.  ” ( Ps 132, 1) Et c’est vrai, la fraternité est belle   ! Jésus-Christ a mené à sa plénitude cette expérience humaine qui est d’être frères et sœurs, en l’assumant dans l’amour trinitaire et en la développant au point qu’elle va bien au-delà des liens de parenté et qu’elle peut surmonter tous les murs de l’inconnu.

«   Nous savons que quand la relation fraternelle se détruit, quand se détruit la relation entre frères, la voie est ouverte vers des expériences douloureuses de conflit, de trahison, de haine. Le récit biblique de Caïn et Abel présente l’exemple de cette issue négative. Après le meurtre d’Abel, Dieu demande à Caïn   : “  Où est ton frère Abel   ?   ” ( Gn 4, 9 a ) C’est une question que le Seigneur continue de répéter à toutes les générations. Et pourtant, à toutes les générations, la dramatique réponse de Caïn se répète aussi   : «   Je ne sais pas. Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère   ?   » ( Gn 4, 9 b ) La rupture du lien entre frères est quelque chose de grave et de mauvais pour l’humanité. Même en famille, quand des frères se disputent pour de petites choses, ou pour un héritage, et qu’ils ne se parlent plus, ne se saluent plus. C’est grave   ! La fraternité est quelque chose de grand, quand on pense que tous les frères ont habité dans le sein de la même maman pendant neuf mois, qu’ils viennent de la chair de leur mère   ! Et on ne peut pas détruire la fraternité.   » ( 18 février 2015 )

Et voici une vérité dont «   nous ne sommes pas toujours conscients, mais c’est précisément la famille qui introduit la fraternité dans le monde   ! À partir de cette première expérience de fraternité, nourrie par les sentiments et par l’éducation familiale, le style de la fraternité irradie comme une promesse sur la société tout entière et sur les relations entre les peuples.

«   La bénédiction que Dieu, en Jésus-Christ, répand sur ce lien de fraternité le dilate d’une façon inimaginable, le rendant capable de surpasser toutes les différences de nations, de langues, de cultures et même de religions […]. Les chrétiens, en effet, vont à la rencontre des pauvres et des faibles, non pas pour obéir à un programme idéologique, mais parce que la parole et l’exemple du Seigneur nous disent que nous sommes tous frères. C’est le principe de l’amour de Dieu et de toute justice entre les hommes.   »

LES GRANDS-PARENTS ET LEURS PETITS-ENFANTS.

Le Pape commence par dénoncer «   les lacunes d’une société programmée sur l’efficacité qui, par conséquent, ignore les personnes âgées […]. On les met au rebut. C’est triste de voir des personnes âgées écartées, c’est triste, c’est dommage   !   » ( 4  mars 2015 ).

Le Pape cite l’Écriture    : «    Ne fuis pas la conversation des vieillards – eux-mêmes ont appris de leurs pères – car auprès d’eux tu acquerras l’intelligence et l’art de répondre en temps voulu.   » ( Si 8, 9 )

Celui que le peuple philippin appelait “  Lolo Kiko  ”, “  Grand-Père François  ” est la preuve vivante de cette vérité, nous l’avons dit le mois dernier ( éditorial cité, p. 3 ). Il remplit à la perfection sa “  vocation  ” qui est de se mettre, avec tous nos grands-parents, à l’école de Siméon et Anne qui accueillirent Marie et Joseph venus présenter l’Enfant Jésus au Temple ( 11  mars 2015 ).

Le Pape conclut cette catéchèse en embrassant ses innombrables enfants   :

«   Comme je voudrais une Église qui défie la culture du rebut par la joie débordante d’une nouvelle étreinte entre les jeunes et les personnes âgées  ! Et c’est ce que je demande aujourd’hui au Seigneur, cette étreinte   !   »

Suit une deuxième catéchèse sur les enfants   : «   Un don et une richesse.   » ( 18  mars 2015 )

«   En premier lieu, les petits enfants nous rappellent que tous, dans les premières années de la vie, nous avons été totalement dépendants des soins et de la bienveillance des autres. Et le Fils de Dieu ne s’est pas épargné ce passage. C’est le mystère que nous contemplons tous les ans à Noël. La crèche est l’icône qui nous communique cette réalité de la manière la plus simple et directe.

«   Mais c’est curieux   : Dieu n’a pas de difficultés à se faire comprendre des enfants, et les enfants n’ont pas de problèmes pour comprendre Dieu. Ce n’est pas le hasard si, dans l’Évangile, il y a quelques paroles très belles et fortes de Jésus sur les “  petits  ”. Ce terme de “  petits  ” indique toutes les personnes qui dépendent de l’aide des autres, et en particulier les enfants. Jésus dit par exemple   : “  Père, Seigneur du Ciel et de la terre, je proclame ta louange   : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits  ” ( Mt 11, 25 ), et encore   : “  Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les Cieux voient sans cesse la Face de mon Père qui est aux cieux.  ” ( Mt 18, 10 )

«   Par conséquent, les enfants sont en soi une richesse pour l’humanité et aussi pour l’Église, parce qu’ils nous rappellent constamment la condition nécessaire pour entrer dans le Royaume de Dieu   : ne pas se considérer comme se suffisant à soi-même, mais comme ayant besoin d’aide, d’amour, de pardon. Et tous, nous avons besoin d’aide, d’amour et de pardon   !   »

La suite montre que la fréquentation de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus porte ses fruits de «   contre-réforme   »   :

«   Les enfants nous rappellent autre chose de beau   : ils nous rappellent que nous sommes toujours des enfants   : même si l’on devient adulte, ou âgé, même si l’on devient un père ou une mère, si l’on occupe un poste de responsabilité, en dessous de tout cela, demeure l’identité d’enfant. Nous sommes tous des enfants. Et cela nous conduit toujours au fait que nous ne nous donnons pas la vie à nous-mêmes, mais nous l’avons reçue. Le grand don de la vie est le premier cadeau que nous ayons reçu. Parfois, nous risquons de vivre en oubliant cela, comme si nous étions nous-mêmes maîtres de notre existence, et au contraire nous sommes radicalement dépendants. En réalité, c’est un motif de grande joie de sentir qu’à tous les âges de la vie, dans toutes les situations, dans toutes les conditions sociales, nous sommes et nous demeurons des enfants. C’est le message principal que les enfants nous donnent, par leur présence même   : rien que par leur présence, ils nous rappellent que nous sommes tous et chacun des enfants.   »

Nous sommes loin du «   culte de l’homme   » proclamé à Saint-Pierre par le pape Paul  VI dans son discours de clôture du Concile, le 7 décembre 1965 ( ci-dessous )   :

«   LE CULTE DE L’HOMME   » AU CONCILE

«   L’Église du Concile, il est vrai… s’est beaucoup occupée de l’homme, de l’homme tel qu’en réalité il se présente à notre époque, l’homme vivant, l’homme tout entier occupé de soi, l’homme qui se fait non seulement le centre de tout ce qui l’intéresse, mais qui ose se prétendre le principe et la raison dernière de toute réalité…

«   L’humanisme laïque et profane enfin est apparu dans sa terrible stature et a en un sens défié le Concile. La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion – car c’en est une – de l’homme qui se fait Dieu.

«   Qu’est-il arrivé   ? un choc, une lutte, un anathème   ? Cela pouvait arriver, mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes l’a envahi tout entier. La découverte des besoins humains – et ils sont d’autant plus grands que le fils de la terre (sic) se fait plus grand – a absorbé l’attention de ce Synode.

«   Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous, humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaître notre nouvel humanisme   : nous aussi, nous plus que quiconque nous avons le culte de l’homme.   »

Le pape François nous guérit du culte de l’homme qui se fait Dieu et nous ramène au culte du Dieu qui s’est fait homme, par «   la confiance spontanée en Dieu, en Jésus, en la Vierge Marie   » et par la «   tendresse   » qu’ils inspirent, et qui consiste à «   avoir un cœur “  de chair  ” et non “  de pierre  ”, comme le dit la Bible ( Ez 36, 26 ).   » Voilà pourquoi «   Jésus invite ses disciples à “  devenir comme les enfants  ” parce que “  le Royaume de Dieu appartient à ceux qui leur ressemblent  ” ( cf. Mt 18, 3 ; Mc 10, 14 ).

«   Chers frères et sœurs, les enfants apportent la vie, la joie, l’espérance, et aussi des ennuis. Mais la vie est comme cela. Ils apportent aussi, certainement, des préoccupations et parfois beaucoup de problèmes ; mais il vaut mieux une société avec ces préoccupations et ces problèmes qu’une société triste et grise parce qu’elle est restée sans enfants   ! Et quand nous voyons que le taux de naissance d’une société arrive à peine à un pour cent, nous pouvons dire que cette société est triste, qu’elle est grise parce qu’elle est restée sans enfants.   »

FRANÇOIS NOUS RÉAPPREND LA PRIÈRE.

Le 25 mars 2015, en la fête de l’Annonciation, le Pape a invité son auditoire à «   renouveler la prière pour le synode des évêques sur la famille   ».

Il a clairement expliqué son intention, que beaucoup n’ont pas encore comprise, comme le montre le débat de ce mois d’octobre soulevé par la deuxième session du Synode   :

«   Je voudrais que cette prière, comme tout le cheminement synodal, soit animée de la compassion du Bon Pasteur pour son troupeau, en particulier pour les personnes et les familles qui, pour divers motifs, sont “  fatiguées et épuisées, comme des brebis sans berger   »  ” ( Mt 9, 36 ). Ainsi, soutenue et animée par la grâce de Dieu, l’Église pourra être encore plus engagée, et encore plus unie, dans le témoignage de la vérité de l’amour de Dieu et de sa miséricorde pour les familles du monde, sans en exclure aucune, qu’elle soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’enclos.

«   Je vous demande, s’il vous plaît, de ne pas nous priver de votre prière. Tous, le Pape, les cardinaux, les évêques, les prêtres, les religieux et les religieuses et les fidèles laïcs, nous sommes tous appelés à prier pour le synode. C’est ce dont nous avons besoin, et non de commérages   !   »

Puis il a invité la foule à réciter la belle prière qu’il avait fait imprimer au verso d’une image et distribuer   :

«    Jésus, Marie et Joseph
, en vous nous contemplons 
la splendeur de l’amour véritable, à vous nous nous adressons avec confiance.

«    Sainte Famille de Nazareth, fais aussi de nos familles
 des lieux de communion et des cénacles de prière, des écoles authentiques de l’Évangile
et des petites églises domestiques.

«    Sainte Famille de Nazareth, que jamais plus dans les familles on ne fasse l’expérience
 de la violence, de la fermeture et de la division   : que quiconque a été blessé ou scandalisé
 connaisse rapidement consolation et guérison.

«    Sainte Famille de Nazareth, que le prochain Synode des Évêques 
puisse réveiller en tous la conscience du caractère sacré et inviolable de la famille, sa beauté dans le projet de Dieu.

«   Jésus, Marie et Joseph, écoutez-nous, exaucez notre prière.   »

LA “  PASSION  ” DES ENFANTS.

Cri d’indignation de notre Père commun   :

«   Beaucoup d’enfants sont, dès le commencement, refusés, abandonnés, privés de leur enfance et de leur avenir. On ose même dire, presque pour se justifier, que c’était “  une erreur  ” de les laisser venir au monde. C’est honteux   ! Ne déchargeons pas nos fautes sur les enfants, s’il vous plaît   ! Les enfants ne sont jamais “  une erreur  ”.   » ( 8  avril 2015 )

Ils sont «   le plus beau fruit de la bénédiction que le Créateur a donnée à l’homme et à la femme   ».

Si Jésus a réprimandé ses apôtres qui ne le laissaient pas l’approcher, que dire de ceux qui ne les laissent même pas venir à l’existence   ! «   Imaginez ce que serait une société qui déciderait, une fois pour toutes, d’établir ce principe   : “  C’est vrai que nous ne sommes pas parfaits et que nous faisons beaucoup d’erreurs. Mais quand il s’agit des enfants qui viennent au monde, aucun sacrifice d’adultes ne sera jugé trop coûteux ni trop grand pourvu que l’on évite qu’un enfant pense qu’il est une erreur, qu’il ne vaut rien et qu’il soit abandonné aux blessures de la vie et à la tyrannie des hommes.  ” Comme elle serait belle, cette société   ! Je dis qu’à une telle société, on pardonnerait beaucoup de ses innombrables erreurs. Vraiment beaucoup.

«   Le Seigneur juge notre vie en écoutant ce que lui rapportent les anges des enfants, des anges qui “  voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux  ”
(cf. Mt 18, 10 ). Demandons-nous toujours   : que raconteront de nous à Dieu les anges de ces enfants   ?   »

IL LES CRÉA HOMME ET FEMME.

«   Comme nous le savons tous, la différence sexuelle est présente dans de nombreuses formes de vie, dans toute la gamme des vivants. Mais c’est seulement dans l’homme et dans la femme qu’elle porte en elle l’image et la ressemblance de Dieu ; le texte biblique le répète trois fois en deux versets ( 26-27 )   : l’homme et la femme sont à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cela nous dit que non seulement l’homme pris pour lui-même est à l’image de Dieu, non seulement la femme prise pour elle-même est à l’image de Dieu, mais aussi l’homme et la femme, en tant que couple, sont à l’image de Dieu. La différence entre l’homme et la femme n’est pas pour l’opposition, ou la subordination, mais pour la communion et la génération, toujours à l’image et à la ressemblance de Dieu.   » ( 15  avril 2015 )

Je ne connais qu’un seul théologien au monde qui sache exposer ce mystère du couple humain conçu et créé par la Trinité divine. Avant lui, théologiens et moralistes ont échoué à établir une relation entre la Trinité d’une part, dans le Ciel, haute perfection de vie pluripersonnelle et unitaire, loin de nous ; et le couple mâle-femelle, d’autre part, dont l’union sans grandeur a pour seule fin la reproduction nécessaire au genre humain.

La trouvaille toute simple, marque du génie de notre docteur mystique de la vie trinitaire, consiste à expliquer que «   la Trinité n’a pas de vestige réel, véritable, analogique dans le monde créé parce qu’il n’y a pas dans le monde d’être total qui puisse figurer la plénitude de vie trinitaire et qu’il n’y a pas non plus de créature si parfaite et puissante qu’elle soit digne de figurer l’Un, le Père. Tous les vestiges véritables du Mystère trinitaire dont le Créateur a voulu imprimer la ressemblance dans son œuvre, sont les dyades qui, suspendues à Lui, sorties, émanées de sa Puissance créatrice et paternelle, font avec Lui et non sans Lui, jamais sans Lui, des triades à son image et ressemblance. Si je compte l’homme et la femme un et deux, je mets faussement l’homme à la place de Dieu, le Premier, et dès lors le couple humain apparaît forcément irréductible à la Trinité, dissemblable à Dieu, et déjà, comme par nature, par situation interpersonnelle, en révolte contre Lui   !

«   Mais la vérité est inscrite dans le récit imagé de la Création de l’homme, mâle et femelle, au livre de la Genèse. Dieu, l’Un, le Principe de tout, crée l’homme qui est son Fils ( Lc 3, 38 ), et qui avec lui fait Deux   : ressemblance, dissemblance. L’homme avec Dieu, voilà la Dyade sacrée   ! Mais de cette Dyade, voici que procède la Femme, similitude de l’Homme, “  ombre  ” ou moitié de l’Homme, tout à la fois création de Dieu et émanation de l’homme, sortie de l’un et de l’autre pour faire retour à l’Un par l’autre   : Dieu le Père, Adam et Ève tirée du flanc de celui-ci par Celui-là. Voici la dyade conciliée avec la triade. Ou plutôt, précontenu dans la Trinité divine, voici le couple humain.   » (Georges de Nantes, L’amour devant Dieu, CRC no  157, février 1973, p. 11-12 )

«   L’anatomie le suggère et la biologie le montre mieux, mais c’est la Révélation qui va le mettre en pleine lumière   : Dieu, l’Homme et la Femme entretiennent entre eux trois une très profonde et mystérieuse union, de complémentarité et de subordination conspirant à une certaine égalité tangentielle. Dieu le Père est la Source, il est Tout. L’Homme sorti de Lui est à l’image et à la ressemblance du Fils qui est la Force, la Sagesse, le Verbe de Dieu. Adam est à la ressemblance de la Deuxième Personne, il est avec Dieu et dans une certaine mesure déjà, comme Dieu. Il est dans le monde créé, le Chef qui doit croître et se multiplier, et dominer. La Femme, tirée par Dieu d’Adam, est l’image et la ressemblance du Saint-Esprit, qui est l’Amour, le Don, le doux rayonnement de la joie divine et le terme du mouvement en qui celui-ci se retourne vers son Principe. Ève est le terme de la création, en qui la force se fait tendresse et la sagesse recueillement, joie et amour. Cheminement paradoxal   : ce n’est pas la connaissance du Saint-Esprit, “  grand méconnu  ”, qui nous donne une connaissance étendue de “  l’éternel féminin  ”. C’est notre connaissance obsédante de la nature féminine qui nous donne à mieux entendre ce que la Révélation nous dit du Divin Esprit dont la Femme est l’image, appelée à être mieux encore, son sanctuaire.   » ( ibid., p. 12 )

Le pape François est le premier Pontife des temps modernes à poser la question dans toute son ampleur   : «   L’expérience nous l’enseigne   : pour bien se connaître et grandir de façon harmonieuse, l’être humain a besoin de la réciprocité entre l’homme et la femme. Quand cela ne se produit pas, on en voit les conséquences. Nous sommes faits pour nous écouter et nous aider mutuellement. Nous pouvons dire que, sans l’enrichissement réciproque dans cette relation – dans la pensée et dans l’action, dans les sentiments et dans le travail, et aussi dans la foi – ni l’un ni l’autre ne peuvent comprendre jusqu’au fond ce que signifie être un homme et être une femme.

«   La culture moderne et contemporaine a ouvert de nouveaux espaces, de nouvelles libertés et de nouvelles profondeurs pour l’enrichissement de la compréhension de cette différence. Mais elle a aussi introduit beaucoup de doutes et de scepticisme. Par exemple, je me demande si la fameuse théorie du genre n’est pas aussi l’expression d’une frustration et d’une résignation qui vise à annuler la différence sexuelle parce qu’elle ne sait plus se confronter à celle-ci […]. Je voudrais exhorter les intellectuels à ne pas déserter cette question, comme si elle était devenue secondaire pour l’engagement en faveur d’une société plus libre et plus juste.   »

De la doctrine de Georges de Nantes découle une riche réponse   :

«   L’homme, dans sa relation sexuelle, est appelé à être Image du Fils, à être et paraître Fort et Sage aux yeux de sa femme comme un fils de Dieu, comme une image de Dieu pour elle. Il est son chef, son maître, mais au nom du Seul qui le soit principalement, absolument, et qui est le Père. D’où sa force, son autorité, son prestige, certains mais tout relatifs.

«   La femme, dans sa condition même d’épouse, ne peut être considérée comme un objet, comme une chose inférieure dont use, profite et jouit l’homme à sa guise. Elle est, dans sa soumission et son infériorité même, comme la Troisième Personne divine, l’Amour qui reçoit tout, et qui rend à celui qui l’épouse tout autant qu’elle reçoit de lui, soumise et subordonnée mais dans l’égalité de nature et l’égalité tangentielle de l’échange, de la réciprocité et de l’union d’amour. Parce qu’elle est plus que la compagne de l’homme, plus que la “  moitié  ” de l’homme, elle est aussi le terme de la bénédiction divine, elle est aux yeux de son époux l’inattendu, l’immérité, le merveilleux et le plus ardemment désiré des dons sans lequel il ne trouverait aucune complétude   : dans la femme, image de la grâce, l’homme trouve l’ultime sujet de son action de grâces et de sa reconnaissance au Père.   » ( ibid. ).

Le pape François appelle cette théologie de notre Père lorsqu’il indique «   parmi tant d’autres, deux points qui, je crois, doivent nous voir nous engager en priorité.

«   Le premier   : il ne fait aucun doute que nous devons faire beaucoup plus en faveur de la femme, si nous voulons redonner davantage de force à la réciprocité entre les hommes et les femmes. En effet, il est nécessaire que non seulement la femme soit plus écoutée, mais que sa voix ait un poids réel, une autorité reconnue dans la société et dans l’Église. La manière même dont Jésus a considéré la femme dans un contexte moins favorable que le nôtre, parce qu’à cette époque la femme était vraiment à la seconde place, et Jésus l’a considérée d’une manière qui donne une lumière puissante, qui illumine une voie qui mène loin et dont nous n’avons parcouru qu’une partie. Nous n’avons pas encore compris en profondeur ce que peut nous apporter le génie féminin, ce que la femme peut apporter à la société et à nous aussi   : la femme sait voir les choses avec un autre regard qui complète la pensée des hommes. C’est une voie à parcourir avec plus de créativité et d’audace.

«   Une seconde réflexion concerne le thème de l’homme et de la femme créés à l’image de Dieu. Je me demande si la crise collective de confiance en Dieu, qui nous fait tant de mal, qui nous rend malades de résignation à l’incrédulité et au cynisme, n’est pas aussi liée à la crise de l’alliance entre l’homme et la femme. En effet, le récit biblique, avec sa grande fresque symbolique sur le Paradis terrestre et le péché originel, nous dit précisément que la communion avec Dieu se reflète dans la communion du couple humain et que la perte de la confiance dans notre Père Céleste génère la division et le conflit entre l’homme et la femme.   »

C’est précisément le sujet du paragraphe suivant de l’abbé de Nantes, sous le titre   : “  Le couple révolté  ”   :

«   Dans une humanité révoltée, séparée de sa Source divine, asservie au péché, le couple n’est plus la deuxième et la troisième personne de la Trinité originelle. Le deuxième s’y est fait premier et force la troisième à le considérer comme son tout   : tyrannie, violence, oppression, folie… Et la troisième, entraînée dans sa rébellion, provoquée au mal par le mal, se veut l’égale, l’image totale et la ressemblance entière de son Tout   : insubordination, révolte, haine… C’est la “  lutte des classes  ”, c’est la fameuse universelle “  dialectique du Maître et de l’Esclave  ” en germe dans la lutte des sexes provoquée par la révolte contre Dieu. Au lieu de la sagesse filiale, la folie d’orgueil de l’homme ; au lieu de l’amour reconnaissant et de sa tendre soumission, voici la haine du ressentiment et de la révolte de la femme-objet contre son oppresseur. L’effet de cette fermeture du couple sur soi dans le rejet de Dieu est sa stérilité voulue, sinon physique du moins morale. Les enfants sont de trop dans un couple que ne rassemble que le plaisir égoïste et passager, la passion de domination de l’un et la révolte de l’autre.   » ( ibid., p. 12-13 )

Le pape François conclut   :

«   D’où la grande responsabilité de l’Église, de tous les croyants, et avant tout des familles croyantes, pour redécouvrir la beauté du dessein créateur qui inscrit l’image de Dieu aussi dans l’alliance entre l’homme et la femme. La terre se remplit d’harmonie et de confiance quand l’alliance entre l’homme et la femme est vécue dans le bien. Et si l’homme et la femme la cherchent ensemble entre eux et avec Dieu, ils la trouvent indubitablement. Jésus nous encourage explicitement à témoigner de cette beauté qui est l’image de Dieu.   »

Les catéchèses suivantes vont le montrer.

C’est aussi la conclusion de Georges de Nantes, sous le titre   : “  Dans le Christ et l’Église  ”   :

Le parallèle est merveilleux.

Le mercredi 22 avril 2015, le pape François cite le second récit biblique de la création selon lequel le Seigneur «   modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant   » ( Gn 2, 7 ).

«   L’Esprit-Saint, qui a inspiré toute la Bible, commente le Saint-Père, suggère pendant un moment l’image de l’homme seul – il lui manque quelque chose –, sans la femme. Et il suggère la pensée de Dieu, presque le sentiment de Dieu qui le regarde, qui observe Adam seul dans le jardin   : il est libre, il est seigneur… Mais il est seul. Et Dieu voit que cela “  n’est pas bon  ”   : c’est comme un manque de communion, il lui manque une communion, un manque de plénitude. “  Ce n’est pas bon  ”, dit Dieu, et il ajoute   : “  Je vais lui faire une aide qui lui correspondra.  ” ( Gn 2, 18 )

«   Alors, Dieu présente à l’homme tous les animaux ; l’homme donne à chacun d’eux son nom – et ceci est une autre image de la seigneurie de l’homme sur la création –, mais il ne trouve en aucun animal l’autre semblable à lui. L’homme continue seul. Quand finalement Dieu présente la femme, l’homme reconnaît en exultant que cette créature, et celle-là seulement, fait partie de lui   : “  L’os de mes os et la chair de ma chair.  ” ( Gn 2, 23 )   »

Georges de Nantes n’hésite pas à écrire   : «   Dieu a créé les sexes selon la chair et selon l’esprit pour être son image dans l’union spirituelle et sa ressemblance dans l’étreinte et la fécondité charnelles. C’est un élément constituant, non pas secondaire ni accessoire mais essentiel, de la création terrestre ( les Anges, autre chapitre   ! ). Quand, sur la suggestion du diable, l’orgueil de l’homme le détourna de Dieu, immédiatement ce fut en lui la révolte de l’instinct sexuel charnel contre l’âme spirituelle et de là contre Dieu.   » ( ibid., p. 13 )

Le pape François de même le 29 avril 2015   :

«   La confiance de Dieu dans l’homme et dans la femme, auxquels il confie la terre, est généreuse, directe et pleine. Il leur fait confiance. Mais voilà que le Malin introduit dans leur esprit le soupçon, l’incrédulité, la méfiance. Et finalement arrive la désobéissance au commandement qui les protégeait. Ils tombent dans ce délire de la toute-puissance qui pollue tout et détruit l’harmonie.   »

Le remède   ? c’est Jésus   :

«   Au début de son Évangile, l’Évangéliste Jean raconte l’épisode des noces de Cana, où étaient présents la Vierge Marie et Jésus, avec ses premiers disciples ( cf. Jn 2, 1-11 ). Non seulement Jésus a participé à ce mariage, mais il “  a sauvé la fête  ” par le miracle du vin   ! Le premier de ses signes prodigieux, par lesquels il révèle sa gloire, il l’a donc accompli dans le contexte d’un mariage, et cela a été un geste de grande sympathie à l’égard de cette famille naissante, sollicité par l’attention maternelle de Marie. Cela nous rappelle le livre de la Genèse, quand Dieu termine l’œuvre de la création et fait son chef-d’œuvre   : ce chef-d’œuvre, c’est l’homme et la femme. Et ici, Jésus commence précisément ses miracles par ce chef-d’œuvre, pendant un mariage, à des noces   : un homme et une femme. Jésus nous enseigne ainsi que le chef-d’œuvre de la société est la famille   : l’homme et la femme qui s’aiment   ! Voilà le chef-d’œuvre   !   »

Dans la même perspective biblique et franciscaine, Georges de Nantes écrit   :

«   Il était donc non seulement naturel pour le Verbe Fils de Dieu mais très nécessaire pour l’humanité dépravée, qu’il prît en s’incarnant le sexe créé à son image, et qu’il fût homme dans toute l’acception du terme, dans toute la perfection du premier sexe. Sage, fort, mais de la Sagesse et de la Force de son Dieu et Père, comme son Fils et son Image, très Saint, très Parfait, envoyé par Lui pour être sur la terre ce qu’il est de toute éternité dans le Ciel et réapprendre à l’homme une telle vocation de filiale sainteté.

«   Il était, explique Saint Paul, le Nouvel Adam. Désireux comme l’autre, non seulement de dominer toute la création mais de recevoir de son Père, non sans son propre concours, vraiment tirée de sa chair et de son sang, une compagne semblable à lui, une épouse, une femme dans des liens immortels.   » ( ibid.)

Le pape François en vient précisément à ce mystère, objet de la catéchèse du 6 mai 2015   :

«   Le mariage chrétien est un sacrement qui se réalise dans l’Église et qui fait aussi l’Église, en initiant une nouvelle communauté familiale.   »

Georges de Nantes est plus explicite   :

«   Le chrétien est pour sa femme dans le sacrement de mariage comme le Christ est pour l’Église. L’analogie comporte une identification réelle, mais toute surnaturelle. Son épouse peut voir en lui le Christ, car s’il est chrétien et surtout s’il est saint, il est membre du Christ. Et lui, l’époux, doit voir en elle l’Église, car elle en est membre véritable, et cela d’autant plus qu’elle lui sera non une conquête charnelle, non sa propriété humaine, mais le don que Dieu lui aura fait pour l’aider à s’élever vers Lui.

«   De même donc qu’il y a un seul Dieu Père engendrant un seul Fils, l’époux chrétien est unique. Et de même qu’un seul Esprit est le terme rassasiant de la double procession des Personnes divines, ainsi n’y a-t-il qu’une seule épouse. La monogamie primitive n’a été restaurée et ne tient encore en catholicisme que sur cette Révélation du Fils Unique et de l’Unique Esprit dont le mariage est le symbole sacramentel ( Mt 19, 8 ). Quant aux lois qui président à la fécondité, est-il nécessaire de montrer comment elles s’articulent sur la Sagesse et l’Amour déployés par le Père Céleste dans la création   ?   » ( ibid., p. 14 )

Revenons au pape François   :

«   La roue est ainsi marquée pour toujours, c’est la roue de l’amour   : on aime comme Dieu aime, pour toujours. Le Christ ne cesse pas de prendre soin de l’Église   : il l’aime toujours, il la garde toujours, comme lui-même. Le Christ ne cesse pas d’enlever du visage humain les tâches et les rides en tout genre.   »

Chaque matin, en offrant à son Père le Saint-Sacrifice de la messe, comme le représente la théophanie eucharistique et mariale dont sœur Lucie fut favorisée à Tuy en 1929.

«   Cette irradiation de la force et de la tendresse de Dieu, qui se transmet d’un couple à l’autre, d’une famille à l’autre, est émouvante et très belle. Saint Paul a raison   : c’est vraiment un “  grand mystère  ”   !   »

Dans la même perspective «   très ouverte à tout ce qui est humain, à tout ce qui nous est révélé de Dieu, écrit Georges de Nantes, nous comprenons que le Verbe fait chair, fait homme, soit venu ainsi sur terre à la recherche d’une compagne semblable à lui, et ne pouvant en trouver dans un univers frappé par le péché, qu’il s’en soit remis à Dieu son Père dans le sommeil dont il fut frappé sur la Croix, de tirer de son flanc ouvert cette Femme parfaite qui lui serait complémentaire, soumise et eschatologiquement égale, l’Église, la nouvelle Humanité dont la Vierge Mère fut et demeure la personnification, dont l’Esprit-Saint est l’Âme incréée et dont la vocation personnelle est l’Amour Virginal, cependant rendu par grâce inépuisablement fécond jusqu’au dernier jour.   » ( ibid., p. 13-14 )

TROIS MOTS POUR VIVRE EN PAIX.

L’audience du 13 mai 2015 se déroula sous la présidence de Notre-Dame de Fatima dont la statue ornait la place Saint-Pierre. Le pape François invita la foule à suivre un Ave Maria récité en portugais par un de ses collaborateurs avec les Portugais et les Brésiliens présents. Au terme de l’audience, le Pape a recommandé de dire le chapelet tous les jours   :

«   Chers jeunes, apprenez à cultiver la dévotion à la Mère de Dieu, par la prière quotidienne du Rosaire. Chers malades, sentez Marie présente à l’heure de la Croix. Et vous, nouveaux mariés, priez-la afin que jamais l’amour et le respect mutuel ne manquent dans votre maison.   »

Il venait d’en indiquer le moyen par la pratique d’une “  morale totale  ” résumée en «   trois mots pour vivre en paix   » inscrits par François sur «   la porte d’entrée d’une suite de réflexions sur la vie de famille, sa vie réelle, avec ses temps et ses événements   », fruit de ces catéchèses sur la famille dont on peut dire qu’elles établissent le pape François vrai chef de notre famille catholique, unique famille qui les contient toutes.

«   Ces mots sont   : “  s’il te plaît  ”, “  merci  ” et “  pardon  ”.

Mais attention de ne pas «   glisser de l’observance formelle dans la mondanité spirituelle […]. Nous, en revanche, nous comprenons la bonne éducation dans son sens authentique, lorsque le style des bonnes relations est fermement enraciné dans l’amour du bien et dans le respect de l’autre. La famille vit de cette finesse de l’amour.   »

Dont le Cœur Sacré de Jésus, transpercé pour nos péchés, est la source vive, et le Cœur Immaculé de Marie le bassin d’accumulation.

«   Voyons   : le premier terme est “  S’il te plaît  ”.

«   Quand nous nous préoccupons de demander gentiment même ce à quoi nous pensons peut-être pouvoir prétendre, nous mettons une véritable protection pour l’esprit de vie commune matrimoniale et familiale. Entrer dans la vie de l’autre, même lorsqu’il fait partie de notre vie, demande la délicatesse d’une attitude non invasive, qui renouvelle la confiance et le respect. En somme, la confiance n’autorise pas à tout considérer comme acquis. Et plus l’amour est intime et profond, plus il exige le respect de la liberté et la capacité d’attendre que l’autre ouvre la porte de son cœur.   »

Une seule chose compte   : l’amour. Il faut tout faire par amour.

«   À ce propos, souvenons-nous de cette parole de Jésus dans le livre de l’Apocalypse   : “  Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi.  ” ( Ap 3, 20 ) Le Seigneur aussi demande la permission d’entrer   ! Ne l’oublions pas. Avant de faire quelque chose en famille   : “  S’il te plaît, est-ce que je peux le faire   ? Tu aimes que je fasse cela   ?  ” Ce langage vraiment bien élevé, mais plein d’amour. Et cela fait beaucoup de bien aux familles.

«   Le second mot est “  Merci  ”. On en vient parfois à penser que nous sommes en train de devenir une civilisation des mauvaises manières et des mots désagréables, comme si c’était un signe d’émancipation. Nous les entendons bien souvent même en public. La gentillesse et la capacité de remercier sont vues comme une marque de faiblesse, cela suscite même de la méfiance. Il faut lutter contre cette tendance au sein même de la famille. Nous devons devenir intransigeants sur l’éducation à la gratitude, à la reconnaissance   : la dignité de la personne et la justice sociale passent toutes les deux par là.   »

Et la vie chrétienne   : par l’action de grâces.

«   Si la vie familiale néglige ce style, la vie sociale aussi le perdra. La gratitude, pour un croyant, est aussi au cœur même de la foi   : un chrétien qui ne sait pas remercier est quelqu’un qui a oublié la langue de Dieu. C’est vraiment triste   ! Souvenons-nous de la question de Jésus, lorsqu’il a guéri dix lépreux et qu’un seul d’entre eux est revenu le remercier ( cf. Lc 17, 18 ).

«   Une fois, j’ai entendu dire d’une personne âgée, très sage, très bonne, simple, mais avec cette sagesse de la piété, de la vie   : “  La gratitude est une plante qui ne pousse que dans la terre d’âmes nobles.  ” Cette noblesse de l’âme, cette grâce de Dieu dans l’âme nous poussent à dire merci, à la gratitude. C’est la fleur d’une âme noble. C’est beau, cela   !

«   Le troisième mot est “  Pardon  ”. Une parole difficile, c’est vrai, et pourtant tellement nécessaire. Quand elle manque, les petites fissures s’élargissent, même sans le vouloir, jusqu’à devenir de profonds fossés. Ce n’est pas pour rien que, dans la prière enseignée par Jésus, le Notre Père, qui résume toutes les questions essentielles pour notre vie, nous trouvons cette expression   : “  Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs.  ” ( Mt 6, 12 )

«   Reconnaître que l’on a commis une faute, et être désireux de restituer ce qui a été pris – respect, sincérité, amour – rend digne du pardon. Et c’est comme cela que l’infection s’arrête. Si nous ne sommes pas capables de demander pardon, cela veut dire que nous ne sommes pas non plus capables de pardonner.

«   Dans la maison où l’on ne demande pas pardon, l’air commence à manquer, les eaux deviennent stagnantes. Beaucoup de blessures des sentiments, beaucoup de déchirements dans les familles commencent avec la perte de ce terme précieux   : “  Pardon  ”.

«   Dans la vie de mariage, on se dispute souvent… et même “  les assiettes volent  ”, mais je vous donne un conseil   : ne finissez jamais la journée sans faire la paix. Vous entendez bien   : vous vous êtes disputés entre mari et femme   ? Entre enfants et parents   ? Vous vous êtes beaucoup disputés   ? Ça ne va pas, mais ce n’est pas cela le problème. Le problème c’est que ce sentiment soit encore là le jour d’après. C’est pourquoi, si vous vous êtes disputés, ne finissez jamais la journée sans faire la paix en famille. Et comment dois-je faire la paix   ? Me mettre à genoux   ? Non   ! Seulement un petit geste, une petite chose et l’harmonie familiale reviendra. Une caresse suffit, sans paroles. Mais ne finissez jamais la journée en famille sans faire la paix. Compris cela   ? Ce n’est pas facile, mais il faut le faire. Et avec cela, la vie sera plus belle.   »

À vrai dire, c’est impossible, sinon par la grâce de Dieu.

«   Ces trois mots-clefs de la famille sont des mots simples et dans un premier temps, peut-être nous font-ils sourire. Mais lorsque nous les oublions, il n’y a plus de raison de rire, n’est-ce pas   ?   »

C’est la guerre, que nous voyons embraser le monde, faute de la grâce de Dieu qui nous adviendra moyennant la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie par le pape François et les évêques en communion avec lui. C’est même la seule conclusion du Synode qui tienne, «   s’il vous plaît   !   »

«   Que le Seigneur nous aide à les remettre à leur juste place, dans notre cœur, dans notre maison, et aussi dans notre société. Ce sont les mots pour entrer vraiment dans l’amour de la famille.   »

Et la conduire au Ciel   !

 

frère Bruno de Jésus-Marie.

Pape François et Benoit XVI