La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 158 – Décembre 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


CAMP NOTRE-DAME DE FATIMA 2015

L’APOCALYPSE DE SAINT JEAN

par frère Bruno de Jésus-Marie.

DANS l’Apocalypse, la Parole de Dieu s’exprime par des visions. C’est le dernier mot des Écritures, ultime révélation  : une vision chrétienne de l’histoire, passée, présente et à venir, objet de notre foi, de notre espérance et de notre amour.

 TITULATURE (1, 1-3)

Ange au livre et les sept tonnerres, tapisserie d'Angers1, 1-3. «  Apocalypse de Jésus-Christ  : Dieu la lui donna pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt. Il dépêcha son Ange pour la faire connaître à Jean son serviteur, lequel a attesté la Parole de Dieu et le témoignage de Jésus-Christ  : toutes ses visions. Heureux le lecteur et les auditeurs de ces paroles prophétiques s’ils en retiennent le contenu, car le Temps est proche  !  »

1. «  Apocalypse de Jésus-Christ.  » Le mot «  Apocalypse  » transcrit le substantif grec apokalupsis, dérivé du verbe apokaluptein, «  dévoiler  », révéler. L’Évangile était déjà une «  révélation  » de Jésus-Christ  ! Oui  ! mais après l’Ascension et la Pentecôte, Jésus-Christ n’est plus visible, il est voilé. L’ “ Apocalypse ” est un «  dévoilement de Jésus-Christ  ».

«  Dieu la lui donna  », Dieu le Père «  la donna  » à Jésus-Christ. Dans sa prière sacerdotale, Jésus dit à son Père, avant de remonter auprès de lui, le jour de l’Ascension  :

«  Maintenant ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi  ; car les paroles que tu m’as données, je les leur ai données, et ils les ont accueillies et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d’auprès de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé.  » (Jn 17, 7-8)

«  Pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt.  » Déjà, l’Évangile rapporte des discours de Jésus sur la fin des temps. Mais ici, Jésus envoie son messager  :

«  Il dépêcha son Ange pour la faire connaître à Jean son serviteur…  »

Dieu le Père a envoyé son Fils Jésus qui, maintenant, est remonté auprès du Père et, de là, envoie son Ange pour dévoiler «  à Jean, son serviteur, ce qui doit arriver bientôt  »; à nous, Jean le fait connaître.

2. «  … lequel a attesté la Parole de Dieu et le témoignage de Jésus-Christ  : toutes ses visions.

3. «  Heureux le lecteur  !  » Première des sept “ béatitudes ” de l’Apocalypse où tout va par “ sept ”, le chiffre parfait.

«  Et les auditeurs de ces paroles prophétiques s’ils en retiennent le contenu, car le Temps est proche  !  »

Nous entrons dans les derniers temps. Les grands événements sont là. Il faut lire le livre de l’Apocalypse dans cette pensée, pour en goûter le fruit. Ce sont des événements attendus depuis les origines, selon le grand dessein orthodromique révélé par Dieu tout au long de la Sainte Écriture, dont Jésus lui-même disait qu’il ne savait pas “ l’heure ”. Voici que le Père l’a révélée à son Fils, et celui-ci la fait connaître à Jean  : «  Le Temps est proche  ».

 PROFESSION DE FOI (1, 4-8) 

1, 4. «   Jean, aux sept Églises d’Asie. Grâce et paix vous soient données par “ Il est, Il était et Il vient ”, par les sept Esprits présents devant son trône,

5. «   et par Jésus-Christ, le témoin fidèle, le Premier-Né d’entre les morts, le Prince des rois de la terre.

«   Il nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang,

«  6.  il a fait de nous un Royaume de prêtres, pour son Dieu et Père  ; à lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen.

7. «   Le voici qui vient, escorté des nuées  ; chacun le verra, même ceux qui l’ont transpercé, et sur lui se lamenteront toutes les races de la terre. Oui, Amen  !

8. «  “ Je suis l’Alpha et l’Oméga ”, dit le Seigneur Dieu, “ Il est, Il était et Il vient ”, le Maître de tout.  »

1, 4. «  Jean  », l’Évangéliste, le disciple que Jésus aimait, à qui il a donné Marie pour Mère, du haut de la Croix, et qu’il a donné à Marie pour fils.

«  Aux sept Églises d’Asie  », autrement dit  : à ceux que nous appelons aujourd’hui les “ chrétiens d’Orient ”, mais qui, ici, représentent toute l’Église. Le chiffre 7, chiffre parfait, exprime cette plénitude, universelle, catholique.

«  Grâce et paix vous soient données par “ Il est, Il était et Il vient ”.  » La «  grâce  » est l’œuvre de Dieu  : en Marie «  pleine de grâce  », et en nous pécheurs à qui il a fait grâce. La «  paix  » est le fruit de cette «  grâce  ».

«  Il est  », en hébreu Yahweh. C’est le Nom propre de Dieu révélé à Moïse dans le Buisson ardent (Ex 3). «  Car la Loi fut donnée par Moïse, mais la grâce de la vérité arriva de Jésus-Christ  » (Jn 1, 17) qui ne fait qu’un avec Yahweh-Dieu.

«  Il était  », de toute éternité. L’imparfait exprime le présent qui dure.

«  Il vient  », et non pas “ il sera ”, puisqu’Il est dans un éternel présent, mais «  Il vient  » dans notre histoire qui va à son accomplissement  : Dieu vient  ! C’est le message de l’Apocalypse.

«  Par les sept Esprits présents devant son trône  »  : la plénitude de l’Esprit se manifeste par les sept dons de sagesse et d’intelligence, de conseil et de force, de science, de crainte de Dieu et de piété (Is 11).

5. «  Et par Jésus-Christ  », la deuxième Personne nommée en troisième position, inférieur au Saint-Esprit en tant qu’homme. Il s’est abaissé.

«  Le témoin (martus) fidèle  », le «  martyr  », mis à mort, fidèle jusqu’à la mort à la mission reçue de son Père. L’Apocalypse est véritablement le “ Livre des martyrs ” qui ont donné, à la suite du Chef des martyrs, le témoignage de leur sang.

«  Le Premier-Né d’entre les morts  », ressuscité c’est-à-dire relevé du tombeau comme jailli une deuxième fois du sein maternel de Marie, au matin de Pâques, «  le Premier  » qui, déjà, appelle les autres personnifiés en Jean lui-même, né de Marie lorsque Jésus lui a dit du haut de la Croix  : «  Voici ta Mère  ».

«  Le Prince des rois de la terre  »  : cette seconde naissance qu’est sa résurrection d’entre les morts le constitue chef de tous les rois de la terre et de leurs peuples. Et c’est son Ascension dans le Ciel qui l’a intronisé  !

Le Père éternel, l’Esprit septiforme, Jésus-Christ, martyr, ressuscité, Roi des rois, nous mettent en présence des mystères de la Sainte Trinité et de l’Incarnation de Jésus-Christ, Fils de Dieu, Fils de Marie, notre Sauveur.

Ce message initial de saint Jean trouve un écho dans celui de Fatima, enseigné aux voyants en 1916 par l’Ange précurseur de Notre-Dame  :

«  Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément, et je vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels il est lui-même offensé. Par les mérites infinis de son très Saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs.  »

Voici en effet le «  dévoilement  », apocalypse, le “ secret ” de ce très unique et très Saint Cœur  :

«  Il nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang.  » Tel est le mystère de la Rédemption. Pour nous aimer, parce qu’il nous aime, et pour nous aimer encore et toujours, il nous a purifiés de nos péchés par son Sang. La purification des péchés par l’effusion du sang est l’acte sacerdotal par excellence.

Encore faut-il vivre de ce seul sacrifice capable de nous donner la grâce. Jésus, Pasteur qui donne sa vie pour son troupeau, Fils de Celui qui l’a envoyé semer dans la douleur, envoie à son tour ses disciples pour paître ses brebis en leur donnant part à son pouvoir royal et sacerdotal.

6. «  Il a fait de nous un Royaume de prêtres, pour son Dieu et Père…  » afin de lui offrir le Saint-Sacrifice quotidien de son Fils, qui nous «  lave  » en nous plongeant dans la cuve où il verse son Sang vivifiant.

«  … À lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles  !  » La «  gloire  » dans le Ciel, où le Christ est entré, et «  la puissance  » en ce monde où il est «  prince des rois de la terre  ».

Telle est la doxologie qui achève la prière du Canon de la Messe, lorsque le prêtre élève «  le Très Précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ  » qu’il tient entre ses mains  :

 «  Per ipsum et cum Ipso et in Ipso,
Par lui, avec Lui, en Lui,
est tibi Deo Patri omnipotenti,
Vous est donné Dieu, Père Tout-Puissant,
in unitate Spiritus Sancti,
dans l’unité du Saint-Esprit,
omnis honor et gloria,
tout honneur et toute gloire.

7. «  Le voici qui vient, escorté des nuées…  » Comme l’avait annoncé Jésus en face de ses juges, devant le Sanhédrin  : «  Vous verrez le Fils de l’homme venant avec les nuées du ciel.  » (Mc 14, 62)

«  Chacun le verra, même ceux qui l’ont transpercé, et sur lui se lamenteront toutes les races de la terre.  »

Saint Pierre a cru, le jour de la Pentecôte, à cause de cette prophétie de Zacharie (12, 10), que le peuple juif allait regretter d’avoir crucifié son Messie, et qu’il allait pleurer sur lui, et faire le grand deuil national sur le Christ, et se convertir. Comme Pierre en a donné lui-même l’exemple après son reniement… Mais voilà que, depuis quarante ans, à part un petit nombre, «  ceux qui l’ont transpercé  » – les juifs – se sont endurcis dans leur aveuglement. Eh bien  ! «  Le voici qui vient  !  »

Saint Jean a raconté comment, dans ses apparitions après sa résurrection, Jésus montrait ses plaies dans son Corps glorieux. Il annonce ici que tous les verront, même les réprouvés. Ceux-là «  se lamenteront  » sur eux-mêmes, à cause de leur incrédulité qui leur vaut la damnation  !

«  Oui  ! (naì ), Amen  !  » En grec comme en hébreu, Jean atteste solennellement ce Credo, qui n’est autre que la Parole de Dieu, de “ A ” jusqu’à “ Z ”.

8. «  “ Je suis l’Alpha et l’Oméga ”, dit le ­Seigneur Dieu.  » La première et la dernière lettre de l’alphabet de la langue originale de l’Apocalypse et de tout le Nouveau Testament expriment l’éternité de Yahweh, que le grec nomme Kurios, «  Seigneur  », tandis que le latin traduit le nom d’Élohim par «  Deus  ». Au commencement et à la fin de tout est Yahweh-Dieu.

«  “ Il est, Il était et Il vient ”, le Maître de tout  », Pantokratôr. 

LA TAPISSERIE DE L’APOCALYPSE DE LA CATHÉDRALE D’ANGERS

Tapisserie de l'Apocalypse, AngersL’Apocalypse a inspiré de nombreux artistes du Moyen Âge, mais l’une des plus grandioses représentations est sans nul doute la tapisserie d’Angers. Grandiose d’abord par ses dimensions  : à l’origine, elle mesurait 144 m de long sur près de 6 m de hauteur  ! Elle fut commandée par Louis Ier duc d’Anjou frère du roi Charles V en 1380 pour orner la grande salle de son château. Elle sera réalisée en moins de cinq ans.

Chacune des six tapisseries qui en constituaient l’ensemble comportait quatorze tableaux disposés sur deux rangs superposés. Sous chaque tableau était tracée en caractères gothiques l’explication du su­jet, mais ces légendes ont entièrement disparu.

En 1474, Louis XI rattache l’Anjou à la France. Au moment de son entrée dans la ville d’Angers, Louis II d’Anjou fait déployer la tenture, mais l’admiration que le Roi exprime bruyamment l’inquiète et, pour éviter que le monarque l’emporte dans ses bagages, il lègue prudemment son précieux bien au chapitre de la cathédrale d’Angers où elle sera exposée pour les grandes fêtes liturgiques.

Mais bientôt les expositions publiques se raréfient tant son maniement est malcommode. On commence par la raccourcir pour la faire tenir sur les murs, par découper des petits bouts par-ci par-là. Plus tard, les chanoines se plaignent qu’elle étouffe les voix et les chants et que les fidèles n’entendent pas leurs sermons.

De toute façon, la mode des tapisseries est passée depuis longtemps, le dix-­huitième siècle n’aime que la raison, la clarté, les antiquités, et déteste le “ Moyen Âge ” accusé d’obscurantisme. La tapisserie est mise en vente en 1782, à la veille de la Révolution, à un prix dérisoire. Humiliation suprême, elle ne trouve même pas preneur  ! Elle est jetée au rebut dans un dépôt d’œuvres religieuses vieillottes dont plus personne ne veut. Malmenée, découpée, parfois en fines lanières, elle sert à panser les chevaux, à boucher des trous, à protéger les parquets lorsqu’on repeignait les plafonds, à protéger de la pluie, de la boue, et même à s’essuyer les pieds…

Heureusement, au milieu du dix-neuvième siècle, un chanoine de la cathédrale d’Angers, l’abbé Joubert redécouvre la tapisserie et entreprend sa restauration. Mais seuls 67 tableaux sur 98 ont été retrouvés.

Nous remplacerons les scè­nes manquantes par des photographies des miniatures de l’Apocalypse de Saint-Victor de Paris qui avait servi en partie de modèle à Hennequin de Bruges, réalisateur des cartons et des maquettes de la tapisserie d’Angers.

 VISION INAUGURALE (1, 9-20).

1, 9. «  Moi, Jean, votre frère et votre compagnon dans la tribulation, la royauté et la patience, en Jésus. Je me trouvais dans l’île de Patmos, à cause de la Parole de Dieu et du témoignage de Jésus.

10. «  Je tombai en extase, le jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi une voix clamer, comme une trompette  :

11. «  “ Ce que tu vois, écris-le dans un livre pour l’envoyer aux sept Églises  : à Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée ”.

12. «  Je me retournai pour regarder la voix qui me parlait  ; et m’étant retourné, je vis sept candélabres d’or

13. «  et, au milieu des candélabres, comme un Fils d’homme revêtu d’une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or.

14. «  Sa tête, avec ses cheveux blancs, est comme de la laine blanche ou de la neige, ses yeux comme une flamme ardente.

15. «  Ses pieds sont pareils à de l’airain précieux que l’on aurait purifié au creuset, sa voix comme la voix des grandes eaux.

16. «  Dans sa main droite il a sept étoiles, et de sa bouche sort une épée acérée, à double tranchant  ; son visage est comme le soleil qui brille dans tout son éclat.

17. «   À sa vue, je tombai à ses pieds, comme mort  ; mais il posa sur moi sa main droite en disant  : “ Ne crains pas, Je Suis le Premier et le Dernier…,

18. «  le Vivant  ; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles, détenant la clef de la Mort et de l’Hadès.

19. «  Écris donc ce que tu as vu  : le présent et ce qui doit arriver plus tard.

20. «  Quant au mystère des sept étoiles que tu as vues dans ma main droite et des sept candélabres d’or, le voici  : les sept étoiles sont les Anges des sept Églises  ; et les sept candélabres sont les sept Églises. ”  »

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recitant_baldaquin021, 9. «  Moi, Jean, votre frère et votre compagnon dans la tribulation, la royauté et la patience (upomonè), en Jésus.  »

«  La tribulation  » est la persécution de Néron, après la mise à mort de Pierre et de Paul (64 et 67).

Saint Paul disait  : «  dans le Christ  »; aujourd’hui, ils disent avec les protestants  : «  en Christ  ». C’est glaçant  ! «  En Jésus  » est plus intime. Saint Jean vit dans cette présence qu’il va nous décrire, où il trouve un modèle de «  patience  » (2 Th 3, 5; He 12, 1-2)

«  Je me trouvais dans l’île de Patmos  », une île de la mer Égée, «  à cause de la Parole de Dieu et du témoignage de Jésus  », marturian Jèsou  : non pas pour prêcher mais pour subir la déportation.

10. «  Je tombai en extase, le jour du Seigneur  », ainsi nommé en mémoire de la Résurrection, jour où Jésus se rend présent, au milieu des fidèles, dans la divine liturgie du Saint-Sacrifice de la messe.

«  Et j’entendis derrière moi une voix clamer, comme une trompette  »  :

11. «  “ Ce que tu vois, écris-le dans un livre pour l’envoyer aux sept Églises  : à Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. ”  »

«  Sept Églises  »  : chiffre de plénitude, suivi d’une énumération qui désigne toutes les Églises. Et Jérusalem  ? l’Église-mère de Jérusalem  ? Première énigme.

12. «  Je me retournai pour regarder la voix qui me parlait  ; et m’étant retourné, je vis sept candélabres d’or  »…

Moïse avait reçu de Dieu l’ordre de confectionner un “ candélabre d’or ” pour le sanctuaire du Seigneur, comme un signe de sa Présence (Ex 25, 31-40; 27, 17-24). Salomon avait déposé, des siècles plus tard, les candélabres d’or dans le Temple de Jérusalem qu’il venait de bâtir (1 R 7, 48). Le prophète Zacharie eut la vision d’un candélabre d’or portant sept lampes, symbolisant les yeux de Yahweh qui voient toute la terre. Tout cela préparait, figurait ce que Jean voit ici. L’Église d’abord. Et au milieu de l’Église  : le Christ.

13. «  … et, au milieu des candélabres, comme un Fils d’homme revêtu d’une longue robe serrée à la taille par une ceinture en or.  »

«  Comme un fils d’homme  », dont le prophète Daniel avait eu la vision dans l’Ancien Testament (Dn 7, 13). Jésus avait cité cette prophétie devant le Sanhédrin  : «  Et vous verrez le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel  » pour y recevoir de son Père un royaume éternel. Jean le voit de ses yeux  : Jésus, Fils de Dieu, Dieu lui-même, qu’il a connu ici-bas comme un homme ordinaire, qui a marché, mangé avec eux, qui a souffert mort et passion, offrant sa vie en sacrifice expiatoire, ressuscité, est Roi. Revêtu de la «  robe  » sacerdotale (podèrè), retenue par une ceinture en or insigne de sa royauté. Jésus, chef d’un “ royaume sacerdotal ” est Victime, Prêtre et Roi.Fils d’homme, tapisserie d'Angers

14. «  Sa tête, avec ses cheveux blancs, est comme de la laine blanche ou de la neige, ses yeux comme une flamme ardente.  »

Il est Prêtre, il est Roi et il est Dieu. Les cheveux blancs signifient son éternité, attribut de «  l’Ancien des jours  » de la vision de Daniel. Il a une connaissance intime des choses et des cœurs. «  Il me regarde, il nous regarde, il te regarde.  » (pape François)

15. «  Ses pieds sont pareils à de l’airain précieux que l’on aurait purifié au creuset, sa voix comme la voix des grandes eaux.  »

«  L’airain précieux  » signifie la stabilité, la force, la puissance, tout le contraire du colosse aux pieds d’argile de la vision de Daniel, figure de la royauté de ce monde. Et sa voix est la voix de Dieu qui paraît dans l’orage et le tonnerre (Ps 29).

16. «  Dans sa main droite il a sept étoiles, et de sa bouche sort une épée acérée, à double tranchant  ; son visage est comme le soleil qui brille dans tout son éclat.  »

Les «  sept étoiles  » sont les sept Églises, dans la main du Christ, sous son pouvoir et sa protection.

L’ «  épée acérée, à double tranchant  » est la Vérité de Dieu qui sort de la bouche du Christ, juge des vivants et des morts.

«  Son visage est comme le soleil  » de la Transfiguration dont Jean fut témoin, sur le mont Thabor (Lc 9; Mc 9; Mt 17; 2 P 1, 16 -18). Mais alors, il parlait de son “ exode ” avec Moïse et Élie personnifiant «  la Loi et les Prophètes  » qui annoncent cet “ exode ”. Tandis que maintenant, parvenu au but, il est ressuscité comme il l’avait annoncé à Pierre, Jacques et Jean, en redescendant de la montagne, mais eux n’avaient pas compris «  ce que signifiait “ ressusciter d’entre les morts ”  » (Mc 9, 10).

17. «  À sa vue, je tombai à ses pieds, comme mort  ; mais il posa sur moi sa main droite  », comme au jour de la Transfiguration, «  Jésus, s’approchant, les touche et leur dit  : “ ­Relevez-vous et n’ayez pas peur. ”  » (Mt 17, 6)

«  … en disant  : “ Ne crains pas, Je Suis (Ego eimi) le Premier et le Dernier ”  » de quoi  ? De tout  ! Il est Dieu, ’ ehyèh, Je Suis.

18. «  … “ le Vivant  ; je fus mort, et me voici vivant pour les siècles des siècles, détenant la clef de la Mort et de l’Hadès ”  ».

Il a «  la clef  » du séjour des morts, c’est-à-dire le pouvoir d’en délivrer les hommes. Après y être passé lui-même… pour dérober la clef à son propriétaire…

Le Christ est Dieu fait Homme, Rédempteur et Sauveur  ; il peut arracher les hommes à la mort, à la “ première ” et à la “ seconde ” qui est la damnation.

19. «  “ Écris donc ce que tu as vu  : le présent et ce qui doit arriver plus tard. ”  »

La prophétie prend ici la forme de visions, comme à Fatima … D’abord «  le présent  », “ l’actualité ” de l’Église, et ensuite son avenir jusqu’à la fin des temps.

20. «  “ Quant au mystère des sept étoiles que tu as vues dans ma main droite et des sept candélabres d’or, le voici  : les sept étoiles sont les Anges des sept Églises  ; et les sept candélabres sont les sept Églises. ”  »

Cette vision est une parabole vivante  : le chandelier représente l’Église, d’Éphèse, de Smyrne, de ­Pergame…, et l’étoile, qui est la flamme de ce flambeau, est son ange, c’est-à-dire son évêque, à qui saint Jean doit écrire, par lequel le Christ l’a bien en main, la gouverne. Il l’avait dit à ses Apôtres  :

«  Vous êtes la lumière du monde. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le candélabre, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux.  » (Mt 5, 14-16)Sept Églises d’Asie, tapisserie d’Angers

LE PRÉSENT DES SEPT ÉGLISES

L’ordre des sept villes d’Asie Mineure, destinataires de l’avertissement divin, correspond à l’itinéraire d’un courrier abordant l’Asie Mineure à Éphèse et visitant chacune des villes jusqu’à Laodicée. D’ailleurs, au début, le Christ déclare qu’il «  marche au milieu des sept candélabres d’or  » (Ap 2, 1), ce qui correspond bien à l’image d’un visiteur passant d’une communauté à une autre, disposées en arc de cercle sur la carte.

CHAPITRE 2  : ÉPHESE, SMYRNE, PERGAME, THYATIRE.

ÉPHÈSE.

2, 1. «  À l’Ange de l’Église d’Éphèse, écris  : Ainsi parle celui qui tient les sept étoiles en sa droite et qui marche au milieu des sept candélabres d’or.

2. «  Je connais ta conduite, tes fatigues et ta patience  ; je le sais, tu ne peux souffrir les méchants  : tu as mis à l’épreuve ceux qui usurpent le titre d’apôtres, et tu les as trouvés menteurs.

3. «  La patience aussi ne te manque pas  : n’as-tu pas souffert pour mon nom, sans te lasser  ?

4. «  Mais j’ai contre toi que tu as perdu ton amour d’antan.

5. «  Allons  ! rappelle-toi d’où tu es tombé, repens-toi, reprends ta conduite première. Sinon, je vais venir à toi pour changer ton candélabre de son rang, si tu ne te repens pas.

6. «  Il y a cependant pour toi que tu détestes les agissements des nicolaïtes, et je les déteste moi-même.

7. «  Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises  : Au vainqueur, je ferai manger de l’arbre de vie placé dans le Paradis de Dieu.  »

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2, 1. «  À l’Ange de l’Église d’Éphèse, écris  : Ainsi parle celui qui tient les sept étoiles en sa droite et qui marche au milieu des sept candélabres d’or.  »

Éphèse est la métropole, capitale de la Province romaine d’Asie, peuplée de 200 000 habitants. Fondée par saint Paul (Ac 19), elle fut la destinataire de son Épître aux Éphésiens, écrite de Rome où il était prisonnier entre 60 et 63.

2. «   Je connais ta conduite, tes fatigues et ta patience (upomonè; cf. 1,9); je le sais, tu ne peux souffrir les méchants  : tu as mis à l’épreuve ceux qui usurpent le titre d’apôtres, et tu les as trouvés menteurs.  »

Ce qui caractérise l’Église métropolitaine d’Éphèse, c’est l’orthodoxie, qui démasque les «  faux apôtres  », menteurs sur la foi.

3. «  La patience aussi ne te manque pas  : n’as-tu pas souffert pour mon nom, sans te lasser  ?  »

Orthodoxie, courage dans les persécutions que lui a attirées sa fermeté dans la foi sont les grandes vertus de la communauté des Éphésiens, dont saint Paul les félicitait (Ep 1, 15-16).

4. «  Mais j’ai contre toi que tu as perdu ton amour d’antan.  »

C’est donc un attiédissement de sa ferveur première que Jésus reproche à Éphèse, moins de dix ans après la fondation de la communauté.

5. «  Allons  ! rappelle-toi d’où tu es tombé, repens-toi, reprends ta conduite première. Sinon, je vais venir à toi pour changer ton candélabre de son rang, si tu ne te repens pas.  »

Elle ne peut rester Église mère si elle ne donne pas le bon exemple de l’enthousiasme, si elle n’entraîne pas les Églises filles.

6. «  Il y a cependant pour toi que tu détestes les agissements des nicolaïtes, et je les déteste moi-même.  »

Haïr les agissements des hérétiques, des schismatiques et des scandaleux… c’est encore de l’amour, c’est aimer Jésus  !

Les «  nicolaïtes  » étaient des chrétiens qui toléraient les usages des païens, participaient même à leurs cérémonies. Nous dirions aujourd’hui qu’ils avaient des tendances “ libérales ” en fait de religion, mi-iréniques ou syncrétistes ou œcuméniques… Et cela les entraînait aussi à une licence des mœurs. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil  ! Nous sommes avertis  ! aujourd’hui comme hier, Jésus déteste les libéraux  :

7. «  Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises  : Au vainqueur, je ferai manger de l’arbre de vie placé dans le Paradis de Dieu.  ».

Tel le bon larron auquel Jésus dit, avant de mourir  : «  Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis.  » Encore faut-il être «  vainqueur  » de la tentation libérale.

SMYRNE.

2, 8. «  À l’Ange de l’Église de Smyrne, écris  : Ainsi parle le Premier et le Dernier, celui qui fut mort et qui a repris vie.

9. «  Je connais tes épreuves et ta pauvreté – tu es riche pourtant – et les diffamations de ceux qui usurpent le titre de juifs  : une synagogue de Satan plutôt  !

10. «   Ne crains pas les souffrances qui t’attendent. Le Diable s’apprête à jeter des vôtres en prison pour vous tenter, et vous subirez dix jours d’épreuve. Reste fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie.

11. «   Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises  : Le vainqueur n’a rien à craindre de la seconde mort.  »

*
*       *

2, 8. «  À l’Ange de l’Église de Smyrne, écris  : Ainsi parle le Premier et le Dernier, celui qui fut mort et qui a repris vie.  »

Ces attributs de Jésus doivent inspirer confiance à une Église éprouvée  : la mort n’est donc pas définitive puisque Jésus, qui était bien mort et enseveli, est ressuscité.

9. «  Je connais tes épreuves et ta pauvreté – tu es riche pourtant – et les diffamations de ceux qui usurpent le titre de juifs  : une synagogue de Satan plutôt  !  »

Dans son Évangile, saint Jean ne conteste pas ce “ titre ”, cette “ identité ”, comme nous disons aujourd’hui, des «  juifs  » ennemis de Jésus. Mais depuis qu’ils l’ont tué, ceux qui se sont repentis et ont pleuré celui qu’ils avaient transpercé, voilà les vrais juifs, les vrais fils d’Abraham. Les autres, qui s’endurcissent, sont des «  fils de Satan  », comme Jésus le leur disait déjà de son vivant (Jn 8, 44). Et saint Jean le répète dans sa première Épître (1 Jn 3, 8-15).

«  Satan  » mot hébreu qui signifie et désigne «  l’adversaire  » du dessein de Dieu, à l’œuvre depuis les origines où il tenta Adam et Ève en leur inspirant la jalousie qui le dévore lui-même (Sg 2, 24)  : «  Vous serez comme Dieu.  » (Gn 3, 5)

La jalousie des juifs les incite à dénoncer les chrétiens auprès des païens pour qu’ils les exterminent. Les juifs étaient le peuple élu, mais maintenant qu’ils se sont séparés du Christ, l’Église est le véritable Israël, et leur «  synagogue  » n’est qu’une secte satanique.

10. «   Ne crains pas les souffrances qui t’attendent. Le Diable s’apprête à jeter des vôtres en prison pour vous tenter, et vous subirez dix jours d’épreuve.  »

«  Dix jours  »  : une épreuve brève, mais violente, fomentée par le «  Diable  », autre nom de Satan, mot grec signifiant «  calomniateur  ». C’est par la calomnie répandue contre eux que les chrétiens se retrouvent en prison.

«  Reste fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie.  »

Non seulement Jésus a «  repris vie  », mais il peut communiquer cette vie de ressuscité à celui qui sera mort martyr de sa fidélité. «  La couronne de vie  » qui lui est promise est la gloire dans l’immortalité.

Voilà une Église chère au Cœur de Jésus.

11. «  Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises  : Le vainqueur n’a rien à craindre de la seconde mort.  »

Smyrne est une Église sans reproche  ! à qui est promise, comme à ceux qui appartiennent à Jésus par son Esprit, une mort qui est une «  entrée dans la vie  », dira sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.

PERGAME.

2, 12. «   À l’Ange de l’Église de Pergame, écris  : «  Ainsi parle celui qui possède l’épée affilée à double tranchant.

13. «  Je sais où tu demeures  : là est le trône de Satan. Mais tu tiens ferme à mon nom et tu n’as pas renié ma foi, même aux jours d’Antipas, mon témoin fidèle, qui fut mis à mort chez vous, dans ce pays de Satan.

14. «  J’ai contre toi quelque grief  : tu as là des gens qui tiennent la doctrine de Balaam  ; il montrait à Balaq le piège à tendre aux fils d’Israël pour qu’ils mangent des viandes immolées aux idoles et qu’ils se prostituent.

15. «  Ainsi, chez toi aussi, il en est qui tiennent la doctrine des nicolaïtes.

16. «  Allons  ! repens-toi, sinon je vais bientôt venir à toi pour combattre ces gens avec l’épée de ma bouche.

17. «  Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises  : au vainqueur, je donnerai de la manne cachée  ; je lui donnerai aussi un caillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit.  »

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2, 12. «  À l’Ange de l’Église de Pergame, écris  : Ainsi parle celui qui possède l’épée affilée à double tranchant.  »

Cette épée est la parole qui sort de la bouche de Jésus  ; non seulement elle fulmine des sentences (Ap 1, 16) mais, «  plus efficace et incisive qu’aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles  » (He 4, 12) comme une arme de conquête des esprits et des cœurs (Ep 6, 17).

13. «  Je sais où tu demeures  : là est le trône de Satan.  »

Derrière le culte de l’empereur divinisé, vivace à Pergame, se cache Satan.

«  Mais tu tiens ferme à mon nom et tu n’as pas renié ma foi, même aux jours d’Antipas, mon témoin fidèle, qui fut mis à mort chez vous, dans ce pays de Satan.  »

«  Témoin fidèle  », le nom même dont Jésus a été appelé au chapitre premier (1, 15). Donc, le martyre est l’imitation parfaite du Christ.

Et cependant  :

14. «  J’ai contre toi quelque grief  : tu as là des gens qui tiennent la doctrine de Balaam  ; il montrait à Balaq le piège à tendre aux fils d’Israël pour qu’ils mangent des viandes immolées aux idoles et qu’ils se prostituent.  »

Balaam était un devin païen des bords de l’Euphrate, qui reconnaissait Yahweh pour son Dieu (Nb 22, 18); mais il était au service de Balaq, roi de Moab, ennemi d’Israël  ; celui-ci lui ordonna de maudire Israël, mais Balaam, inspiré par Dieu, «  bénit les tentes d’Israël  », et fut ainsi cause de la victoire des Hébreux sur les Moabites.

Cependant, les Hébreux victorieux épargnèrent les femmes sur le conseil de Balaam lui-même (Nb 31, 16). Elles furent une tentation pour eux (Nb 25) par les séductions de l’idolâtrie et de la prostitution sacrée. Comme quoi, les suites néfastes de “ l’interreligion ” ne datent pas du concile Vatican II  !

15. «  Ainsi, chez toi aussi, il en est qui tiennent la doctrine des nicolaïtes.  »

Dénomination d’une perversion qui traverse les siècles jusqu’à nous et que Georges de Nantes formulait ainsi  : «  Chaque fois que vous vous éloignez du vrai culte du Christ dans l’Église catholique, vous tombez immanquablement dans l’idolâtrie du pouvoir politique et dans la corruption des sens. C’est toujours pareil  ! On n’a pas attendu Taizé pour savoir que toutes les fausses religions aboutissent à la drogue et à la prostitution, sous couvert de mystique. Cela s’appelle la prostitution sacrée. C’était déjà comme ça en Canaan et ça reviendra d’ici peu dans le Renouveau charismatique. Dès que vous vous éloignez de la discipline de l’Église, ce sont ces deux choses-là qui dominent, parce que c’est l’homme qui a pris la place de Dieu, et l’homme est un porc.  »

16. «  Allons  ! repens-toi, sinon je vais bientôt venir à toi pour combattre ces gens avec l’épée de ma bouche.  »

Pour les juger et les condamner.

17. «  Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises  : au vainqueur, je donnerai de la manne cachée  ; je lui donnerai aussi un caillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit.  »

«  La manne  »  : au lieu des viandes consacrées aux idoles, la chair du Christ (Jn 6). «  Cachée  », parce que ce mystère est soumis à la discipline de l’arcane  : on ne le révélait qu’aux baptisés. Mais ici, il s’agit du «  pain de vie  » (Jn 6, 35) tel qu’il sera donné au «  vainqueur  » au Ciel  ! Mystère…

«  Un caillou blanc  », couleur de la victoire, billet d’entrée pour le Ciel.

THYATIRE.

2, 18. «   À l’Ange de l’Église de Thyatire, écris  : Ainsi parle le Fils de Dieu, dont les yeux sont comme une flamme ardente et les pieds pareils à de l’airain précieux.

19. «  Je connais ta conduite  : l’amour, la foi, le service, la patience dont tu fais preuve  ; tes œuvres vont sans cesse en se multipliant.

20. «  J’ai contre toi que tu tolères Jézabel, cette femme qui se prétend prophétesse  ; par son enseignement, elle induit mes serviteurs à se prostituer en mangeant des viandes immolées aux idoles.

21. «  Je lui ai laissé le temps de se repentir, mais elle refuse de se repentir de ses prostitutions.

22. «  Je vais donc la jeter sur un lit de douleur, et ses compagnons de prostitution dans une épreuve terrible, s’ils ne se repentent de leurs agissements.

23. «  Ses enfants, je les frapperai de mort  ; ainsi, toutes les Églises sauront que c’est moi qui sonde les reins et les cœurs  ; et je vous paierai chacun selon vos œuvres.

24. «  Quant à vous autres, à Thyatire, qui ne partagez pas cette doctrine, vous qui n’avez pas connu “ les profondeurs de Satan ”, comme ils disent, je vous déclare que je ne vous impose pas d’autre fardeau.

25. «  Du moins, ce que vous avez, tenez-le ferme jusqu’à mon retour.

26. «  Le vainqueur, celui qui restera fidèle à mon service jusqu’à la fin, je lui donnerai pouvoir sur les nations.

27. «  C’est avec un sceptre de fer qu’il les mènera comme on fracasse des vases d’argile  !

28. «  Ainsi moi-même j’ai reçu ce pouvoir de mon Père. Et je lui donnerai l’Étoile du matin.

29. «  Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises  !  »

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2, 18. «  À l’Ange de l’Église de Thyatire, écris  : Ainsi parle le Fils de Dieu, dont les yeux sont comme une flamme ardente et les pieds pareils à de l’airain précieux.  »

«  Fils de Dieu  »  : cette expression ne se rencontre qu’ici dans toute l’Apocalypse.

«  Flamme ardente  », il voit jusqu’au fond des consciences (Ap 1, 14), et pénètre les «  profondeurs de Satan  » (2, 24).

«  L’airain précieux  », chalkolibanos (1, 15), était un produit renommé de l’industrie métallurgique de la ville de Thyatire.

19. «  Je connais ta conduite  : l’amour, la foi, le service (diakonian), la patience dont tu fais preuve  ; tes œuvres vont sans cesse en se multipliant.  »

Cet éloge est précisément l’inverse du blâme à Éphèse.

20. «  J’ai contre toi que tu tolères Jézabel, cette femme qui se prétend prophétesse  ; par son enseignement, elle induit mes serviteurs à se prostituer en mangeant des viandes immolées aux idoles.  »

«  Jézabel  » est le nom de la femme d’Achab, roi d’Israël  ; elle avait entraîné celui-ci à l’idolâtrie et avait poursuivi de sa haine le prophète Élie (cf. 1 R 17 – 2 R 2); symbole, personnification de toutes les méchantes femmes, épouvantables mégères, idolâtres, malfaisantes conseillères des «  serviteurs  » du Christ dont elle prétend prononcer les oracles en qualité de «  prophétesse  ».

21. «  Je lui ai laissé le temps de se repentir, mais elle refuse de se repentir de ses prostitutions.  »

Jésus a été patient avec cette nouvelle Jézabel, mais elle s’est opiniâtrée dans ses infidélités.

22. «  Je vais donc la jeter sur un lit de douleur, et ses compagnons de prostitution, dans une épreuve terrible, s’ils ne se repentent de leurs agissements.  »

Tout crûment, Jésus annonce qu’il va payer de leur pièce ces débauchés, tous ces étourneaux qui se sont laissé entraîner à tous les relâchements par cette femme.

23. «  Ses enfants, je les frapperai de mort  ; ainsi, toutes les Églises sauront que c’est moi qui sonde les reins et les cœurs  ; et je vous paierai chacun selon vos œuvres.  »

La miséricorde du Christ en vient à se transfigurer en justice contre ceux qui s’opiniâtrent dans la rébellion, sans aucune contrition.

24. «  Quant à vous autres, à Thyatire, qui ne partagez pas cette doctrine, vous qui n’avez pas connu “ les profondeurs de Satan ”, comme ils disent, je vous déclare que je ne vous impose pas d’autre fardeau.  »

«  Comme ils disent  »  : les enfants de Jézabel font donc ouvertement profession d’adhésion à Satan. Comme l’autre jour au “ Bataclan ”  !

«  Je vous déclare que je ne vous impose pas d’autre fardeau  ». Jésus joue sur le verbe ballô, jeter, imposer  : alors qu’il va jeter Jézabel, ballô autèn, sur un lit de douleur, il n’impose pas, ou ballô, d’autre fardeau à ceux de Thyatire… Comme les Apôtres au concile de Jérusalem (Ac 15, 28), Jésus dit  : Tenez-vous-en aux prescriptions de l’Église. Ni plus ni moins.

25. «  Du moins, ce que vous avez, tenez-le ferme jusqu’à mon retour.  »

À savoir  : la foi catholique.

26. «  Le vainqueur, celui qui restera fidèle à mon service jusqu’à la fin, je lui donnerai pouvoir sur les nations.  »

À tous ces braves gens de Thyatire qui vont garder la foi, Notre-Seigneur ne promet pas moins qu’une participation à son pouvoir de juridiction sur les nations, en citant le psaume deuxième  :

27. «  C’est avec un sceptre de fer qu’il les mènera comme on fracasse des vases d’argile  !  »

Rome était la seule puissance exerçant un tel pouvoir sur les nations. Cette promesse au «  vainqueur  » annonce un pouvoir supérieur à celui de Rome  !

28. «  Ainsi moi-même j’ai reçu ce pouvoir de mon Père. Et je lui donnerai l’Étoile du matin.  »

«  L’Étoile du matin  » précisément prophétisée par Balaam (Nb 24, 17)  ! Opposée aux «  profondeurs de Satan  » (Is 14, 12), issue «  des hauteurs de là-haut  » (Is 7, 11). C’est-à-dire Jésus lui-même, et sa Sainte Mère, l’anti-Jézabel  !

29. «  Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises  !  »

CHAPITRE 3  : SARDES, PHILADELPHIE, LAODICEE.

SARDES.

3, 1. «  À l’Ange de l’Église de Sardes, écris  : Ainsi parle celui qui possède les sept Esprits de Dieu et les sept étoiles. Je connais ta conduite  ; tu passes pour vivant, mais tu es mort.

2. «  Réveille-toi, ranime ce qui te reste de vie défaillante  ! Non, je n’ai pas trouvé ta vie bien pleine aux yeux de mon Dieu.

3. «  Allons  ! rappelle-toi de quel cœur tu accueillis  ; garde et repens-toi. Car si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur sans que tu saches à quelle heure je te surprendrai.

4. «  À Sardes, néanmoins, quelques-uns des tiens n’ont pas souillé leurs vêtements  ; aussi me feront-ils une blanche escorte, car ils en sont dignes.

5. «  Le vainqueur sera donc revêtu de blanc  ; et son nom, je ne l’effacerai pas du livre de vie, mais j’en répondrai en présence de mon Père et de ses Anges.

6. «  Celui qui a des oreilles, qu’il écoute ce que l’Esprit dit aux Églises.  »

*
*       *

3, 1. «  À l’Ange de l’Église de Sardes, écris  : Ainsi parle celui qui possède les sept Esprits de Dieu et les sept étoiles. Je connais ta conduite  ; tu passes pour vivant, mais tu es mort.  »

Alors, l’exhortation n’est plus  : «  Convertis-toi  », ou «  fais pénitence  », mais  :

2. «  Réveille-toi, ranime ce qui te reste de vie défaillante  ! Non, je n’ai pas trouvé ta vie bien pleine aux yeux de mon Dieu.  »

Jésus parle ici, comme dans l’Évangile de saint Jean à Marie-Madeleine dont il a chassé sept démons, de «  mon Dieu  » pour désigner son Père.

Comme pour Marie-Madeleine, il y a quand même une rémission pour Sardes  :

3. «  Allons  ! rappelle-toi de quel cœur tu accueillis  ; garde et repens-toi. Car si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur sans que tu saches à quelle heure je te surprendrai.  »

Les verbes «  accueillir  » et «  garder  » sont ici sans complément d’objet, pour inclure non seulement «  la parole  » évangélique, comme suppléent ordinairement les traductions, mais toute la tradition apostolique, selon la recommandation de saint Paul aux Phi­lippiens  : «  Ce que vous avez appris, reçu, entendu de moi et vu en moi, voilà ce que vous devez pratiquer.  » (Ph 4, 9)

Sardes, ville fortifiée, réputée imprenable, avait cependant été prise deux fois  : une fois par Cyrus le Perse, une autre fois par Antiochus Épiphane.

4. «  À Sardes, néanmoins, quelques-uns des tiens n’ont pas souillé leurs vêtements  ; aussi me feront-ils une blanche escorte, car ils en sont dignes.  »

Le blanc est signe de pureté et de victoire (Ap 19, 14).

5. «  Le vainqueur sera donc revêtu de blanc  ; et son nom, je ne l’effacerai pas du livre de vie, mais j’en répondrai en présence de mon Père et de ses Anges.  »

Comme promis par Jésus dans l’Évangile  :

«  Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux.  » (Mt 10, 32)

6. «  Celui qui a des oreilles, qu’il écoute ce que l’Esprit dit aux Églises.  »

PHILADELPHIE.

3, 7. «  À l’Ange de l’Église de Philadelphie, écris  : Ainsi parle le Saint, le Vrai, celui qui détient la clef de David  : s’il ouvre, nul ne fermera, et s’il ferme, nul n’ouvrira.

8. «  Je connais ta conduite  : j’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer et, disposant pourtant de peu de puissance, tu as gardé ma parole sans renier mon nom.

9. «  Je forcerai ceux de la Synagogue de Satan – ils usurpent la qualité de juifs, les menteurs –, oui, je les forcerai à venir se prosterner devant tes pieds, à reconnaître que je t’ai aimé.

10. «  Puisque tu as gardé la parole de ma patience, à mon tour je te garderai de l’heure de l’épreuve qui va fondre sur le monde entier pour éprouver les habitants de la terre.

11. «  Mon retour est proche  : tiens ferme ce que tu as, pour que nul ne ravisse ta couronne.

12. «  Le vainqueur, je le ferai colonne dans le Temple de mon Dieu  ; il n’en sortira plus jamais et je graverai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la Cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem qui descend du Ciel, de chez mon Dieu, et le nom nouveau que je porte.

13. «  Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises.  »

*
*       *

3, 7. «  À l’Ange de l’Église de Philadelphie, écris  : Ainsi parle le Saint, le Vrai, celui qui détient la clef de David  : s’il ouvre, nul ne fermera, et s’il ferme, nul n’ouvrira.  »

«  Le Saint  », comme Yahweh à qui Jésus s’identifie (Is 6, 3).

«  Le Vrai  », «  le pain qui vient du Ciel, le vrai  » (Jn 6, 32); «  la vigne véritable  » (Jn 15, 1); «  celui qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé, celui-là est vrai  » (Jn 7, 18).

Notre-Seigneur est le maître des événements parce qu’il détient tous les pouvoirs du roi David comme l’ange Gabriel l’a annoncé à la Vierge Marie (Lc 1, 32).

8. «  Je connais ta conduite  : j’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer et, disposant pourtant de peu de puissance, tu as gardé ma parole sans renier mon nom.  »

Dans les Épîtres de saint Paul, la porte ouverte signifie la libre prédication de l’Évangile (1 Co 16, 8-9; 2 Co 2, 12-13; Col 4, 3) et dans les Actes des Apôtres, l’expression signifie l’accès des païens à la foi (Ac 14, 27).

9. «  Je forcerai ceux de la Synagogue de Satan – ils usurpent la qualité de juifs, les menteurs –, oui, je les forcerai à venir se prosterner devant tes pieds, à reconnaître que je t’ai aimé.  »

Selon les Actes des Apôtres, le zèle missionnaire de Paul auprès des païens lui a valu la persécution de ses coreligionnaires juifs (Ac 13, 44-45; 17, 5 et 13).

Les juifs rebelles au Christ ne sont pas les vrais juifs. Ce sont les chrétiens qui sont les vrais juifs.

Reprenant les paroles d’Isaïe annonçant que les païens viendraient un jour rendre leurs hommages à Yahweh à Jérusalem (Is 45, 14; 60, 14), mais en les appliquant aux juifs, Notre-Seigneur annonce qu’un jour viendra où ces juifs se convertiront grâce à la perfection, au zèle des chrétiens de Philadelphie.

10. «  Puisque tu as gardé la parole de ma patience, à mon tour je te garderai de l’heure de l’épreuve qui va fondre sur le monde entier pour éprouver les habitants de la terre.  »

«  La parole de ma patience  »  : l’enseignement qui se fonde sur «  la patience du Christ  » (Ap 1, 9).

«  Les habitants de la terre  »  : l’expression désigne les habitants de la Terre sainte, précisément, les juifs…

11. «  Mon retour est proche  : tiens ferme ce que tu as, pour que nul ne ravisse ta couronne.  »

Jésus exhorte cette Église, à laquelle il n’adresse pas de reproche, pas plus qu’à Smyrne, à «  tenir ferme ce qu’elle a  », de peur qu’elle ne perde sa «  couronne  », c’est-à-dire sa récompense éternelle.

12. «  Le vainqueur, je le ferai colonne dans le Temple de mon Dieu  ; il n’en sortira plus jamais et je graverai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la Cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem qui descend du Ciel, de chez mon Dieu, et le nom nouveau que je porte.  »

«  Le nom de mon Dieu  » est «  Père  »; celui de sa «  Cité,  » «  nouvelle Jérusalem  », est celui d’ «  Église  », et le «  nouveau nom  » de Jésus est «   Verbe de Dieu  ».

13. «  Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises.  »

LAODICÉE.

3, 14. «  À l’Ange de l’Église de Laodicée, écris  : Ainsi parle l’Amen, le Témoin fidèle et vrai, le Principe des œuvres de Dieu.

15. «  Je connais ta conduite  : tu n’es ni froid ni chaud. Que n’es-tu l’un ou l’autre  !

16. «  Ainsi, puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche.

17. «  Tu t’imagines  : me voilà riche, je me suis enrichi et je ne manque de rien  ; mais tu ne le vois donc pas  : c’est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu  !

18. «  Aussi, suis donc mon conseil  : achète chez moi de l’or purifié au feu pour t’enrichir  ; des habits blancs pour t’en revêtir et cacher ta honteuse nudité  ; un collyre enfin pour t’en oindre les yeux et recouvrer la vue.

19. «  Ceux que j’aime, je les semonce et je les corrige. Allons  ! Un peu d’ardeur, et repens-toi  !

20. «  Voici que je me tiens à la porte et je frappe  ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi.

21. «  Le vainqueur, je lui donnerai de prendre place auprès de moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai pris place auprès de mon Père sur son trône.

22. «  Celui qui a des oreilles, qu’il écoute ce que l’Esprit dit aux Églises.  »

*
*       *

3, 14. «  À l’Ange de l’Église de Laodicée, écris  : Ainsi parle l’Amen, le Témoin fidèle et vrai, le Principe des œuvres de Dieu.  »

«  Amen  » est le mot hébreu qui désigne l’attribut de Dieu par excellence  : le Vrai, le Fidèle, l’Immuable, le Solide, le Certain  ; et le même mot exprime en retour notre allégeance, notre adhésion à ce titre, à ce Nom divin attribué au Christ.

«  Le Principe des œuvres de Dieu  »  : l’expression renferme toute la théologie de saint Paul dans les Épîtres de la captivité, en particulier l’Épître aux Colossiens où la première des œuvres de Dieu est le Christ.

15. «  Je connais ta conduite  : tu n’es ni froid ni chaud. Que n’es-tu l’un ou l’autre  !  »

Point d’éloge pour cette Église, mais un reproche cinglant qui fait inclusion avec celui que Jésus adresse à Éphèse d’avoir «  perdu son amour d’antan  » (2, 4).

16. «  Ainsi, puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche.  »

Affreux  !

Laodicée était une ville riche, où l’on produisait des collyres qui rapportaient beaucoup d’argent. On fabriquait aussi des vêtements de laine noire, très renommés, de première qualité  ; et puis on avait de l’or en abondance.

17. «  Tu t’imagines  : me voilà riche, je me suis enrichi et je ne manque de rien  ; mais tu ne le vois donc pas  : c’est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu  !  »

Tout le contraire de Smyrne (2, 9).

18. «  Aussi, suis donc mon conseil  : achète chez moi de l’or purifié au feu pour t’enrichir…  »

Au lieu de ton sale métal qui te souille les mains et le cœur  ! l’or de ma grâce, l’or de ma vérité, l’or de la charité sont des trésors que ni la rouille ni les vers ne peuvent corrompre.

«  … des habits blancs pour t’en revêtir et cacher ta honteuse nudité…  »

La robe nuptiale de la parabole évangélique du banquet de noces au lieu de tes vêtements noirs qui sont bien à l’image de ton péché  !

«  … un collyre enfin pour t’en oindre les yeux et recouvrer la vue.  »

La lumière de la grâce qui rendra ton œil clair pour la contemplation.

19. «  Ceux que j’aime, je les semonce et je les corrige. Allons  ! Un peu d’ardeur, et repens-toi  !  »

Au moment où Jésus lui dit qu’il va la vomir, il lui dit qu’il l’aime  ! C’est comme un cri d’amour pour la décider à changer de conduite. Il l’aime par pure grâce, puisqu’elle n’a rien d’aimable avec son or, son lainage noir et son collyre frelaté. Elle n’a rien d’aimable, mais il l’aime. Il la corrige comme un Père, et désire entrer chez elle comme son Époux.

En effet, pour cette Église qui est tiède, envers laquelle Notre-Seigneur a des duretés qu’il n’a pas pour les autres, l’Esprit dicte la plus belle des promesses mystiques, en écho au quatrième poème du Cantique des cantiques où l’Époux frappe à la porte de la bien-aimée  : «  Ouvre-moi, ma sœur  » (Ct 5, 2-3).

20. «  Voici que je me tiens à la porte et je frappe  ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi.  »

Quelle intimité  ! Il ne s’agit plus du grand banquet public des paraboles. Mais Notre-Seigneur donne aussi à cette promesse mystique un éclat de gloire, public, officiel. Il ne s’agit pas d’un amour caché, mais d’un amour proclamé à la Face de Dieu et des anges  :

21. «  Le vainqueur, je lui donnerai de prendre place auprès de moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai pris place auprès de mon Père sur son trône.  »

Cette promesse fait la transition avec la vision du trône dans le Ciel, qui ouvre la deuxième partie de l’Apocalypse, sur «  ce qui doit arriver plus tard  » (1,19).

22. «  Celui qui a des oreilles, qu’il écoute ce que l’Esprit dit aux Églises.  » (À suivre )

LA RÉPUBLIQUE, TRÔNE DE SATAN  !

Au “ Bataclan ”, les “ Aigles de la Mort ” étaient en train de chanter “ Kissing the Devil ”, le vendredi 13 novembre. Quelques minutes avant l’attaque, la salle faisait avec deux doigts le signe des cornes du diable. Effrayant renouvellement de la vision de l’Enfer du 13 juillet 1917  ! par des gens «  passant pour vivants alors qu’ils sont morts  » (Ap 3, 1).

À l’Ange de l’Église de Clovis, de Saint Louis et de Jeanne d’Arc, l’Esprit dit  : «  J’ai contre toi que tu as perdu ton amour d’antan. Allons, repens-toi  !  » (2, 4)

Il semble que la France mérite aujourd’hui tous les avertissements divins adressés aux sept Églises à l’exception de Smyrne et Philadelphie qui sont sans peur et sans reproche  : «   Je sais où tu demeures  : là est le trône de Satan.  » (2, 13)

frère Bruno de Jésus-Marie.

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