La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 158 – Décembre 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA RUSSIE DE POUTINE EN ATTENTE
DE LA CONSÉCRATION AU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE (2)

 par frère Pierre-Julien de la Divine Marie

 LA RUSSIE, UNE NATION SOUVERAINE

APRÈS avoir entrepris les difficiles réformes pour restaurer l’autorité de l’État et maintenir l’unité de la nation, Vladimir Poutine a parallèlement entrepris une difficile reconquête de la souveraineté de la Russie dans le monde. Difficile parce que, comme il est exposé au Point 95 des 150 Points de notre doctrine, «  le capitalisme international a entraîné depuis des décennies un mouvement contraire, comme autant d’étapes vers le mondialisme  » avec, à sa tête, les États-Unis agissant soit directement soit par le biais d’organisations internationales telles l’OTAN, l’Union européenne ou même l’OMC pour dominer toutes les relations internationales dans les domaines politique, économique et militaire.

LA RESTAURATION D’UN EMPIRE  ?

Le 12 juin 1990, le Soviet suprême de la République soviétique de Russie, présidé par Boris Eltsine, vota une déclaration de souveraineté. La Russie s’octroyait le droit de se désengager librement de l’Urss. La décision était considérable. C’était le premier pas vers l’indépendance. Aussitôt votée, cette décision provoqua une cascade de déclarations semblables dans les autres républiques, ce qui ne fit qu’accélérer le processus de désintégration de l’Union soviétique qui s’achèvera dix-huit mois plus tard, le 25 décembre 1991.

Du jour au lendemain, la Russie se retrouvait circonscrite dans ses frontières du dix-septième siècle, entourée par les anciennes républiques soviétiques devenues des États indépendants.

Revenant sur ces événements le 25 avril 2005 lors de son discours annuel devant l’Assemblée fédérale, Vladimir Poutine faisait remarquer  : «  Nous devons reconnaître que l’effondrement de l’Union soviétique a été un désastre géopolitique majeur du siècle. Ce fut pour la nation russe un véritable drame. Des dizaines de millions de nos concitoyens et compatriotes se sont retrouvés en dehors du territoire russe.  »

En évoquant plus directement le cas particulier de la Crimée et de l’Ukraine, le chef de l’État, en 2014, faisait encore observer que «  nous devons admettre qu’en lançant la parade des souverainetés, la Russie elle-même aida à l’effondrement de l’Union soviétique. Et lorsque cet effondrement fut formalisé, tout le monde oublia la Crimée et Sébastopol, la base principale de la Flotte de la mer Noire. Des millions de gens se couchèrent dans un pays et se réveillèrent dans un autre devenant, dans la nuit, des minorités ethniques d’anciennes républiques de l’Union, alors que la nation russe devenait l’un des groupes ethniques les plus importants à être divisé par des frontières.  » (Discours du 18 mars 2014 devant l’Assemblée fédérale)

Mais comment aujourd’hui remédier à cette situation qui semble, aux yeux de Vladimir Poutine, avoir gardé toute son actualité  ? «  Nous voulons veiller à ce qu’il n’y ait pas de frontière nationale qui empêche les peuples de communiquer librement les uns avec les autres et nous voulons que l’économie commune développe les avantages hérités de l’Union soviétique. Quels sont-ils  ? Ils incluent les infrastructures communes, le transport ferroviaire, le réseau routier, le système électrique et maintenant je dirais la langue de la grande Russie qui unit toutes les anciennes républiques de l’Union soviétique et nous fait voir clairement les avantages variés de projets d’intégration dans la zone de l’ancienne Union soviétique. Vous avez probablement entendu parler de ce que nous avons d’abord établi, à savoir l’Union douanière que nous avons ensuite transformée en l’Union économique eurasienne.  » (American tv channel CBS and PBS, entretien du 29 septembre 2015)

L’Union économique eurasienne, fondée le 29 mai 2014 entre la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan déjà liés, depuis 2010 par une Union douanière, compte désormais l’Arménie et le Kirghizstan comme nouveaux membres. Cette union, entrée en vigueur le 1er janvier 2015, est fondée sur «  l’égalité, le pragmatisme et le respect mutuel, ainsi que la préservation de l’identité nationale et de la souveraineté de l’État de tous les pays membres. Je suis convaincu qu’une coopération étroite sera une puissante source de développement pour tous les membres de l’Union économique eurasienne.  » (Discours du 4 décembre 2014 devant l’Assemblée fédérale)

Un an auparavant – donc quelques mois avant les événements dramatiques de la place Maïdan en Ukraine – Vladimir Poutine soulignait déjà que «  l’intégration avec nos voisins est notre priorité absolue. La future Union économique eurasienne que nous avons évoquée et dont, récemment, nous avons beaucoup parlé n’est pas seulement une collection d’accords bénéfiques mutuels. L’Union eurasienne est un projet dont le but est de préserver l’identité des nations dans l’espace historique eurasien. L’intégration eurasienne est l’opportunité pour l’ensemble de l’espace postsoviétique de devenir un centre indépendant pour le développement mondial, plutôt que de rester à la périphérie de l’Europe et de l’Asie. Je tiens à souligner que l’intégration eurasienne sera également bâtie sur le principe de la diversité. C’est une union où chacun conserve son identité, son caractère distinctif et son indépendance politique.  » (Discours du 19 septembre 2013 devant le club Valdaï)

Les mots “ diversité ”, “ identité ”, “ indépendance ” ont dans la bouche de Vladimir Poutine une signification particulière. C’est la manière pour les États tout à la fois de sauvegarder leur souveraineté, à commencer par celle de la Russie, et de rééquilibrer les «  intérêts des acteurs du dialogue international  », c’est-à-dire de passer d’un monde unipolaire, celui d’«  un seul centre de pouvoir, un seul centre de force et un seul centre de décision  » à un monde multipolaire.

Lors de la 43e Conférence de Munich, en 2007, Vladimir Poutine exposa sa pensée sur le monde unipolaire. Il remarquait que le paysage international était en train de changer, notamment du fait du développement, sur le plan économique, de toute une série d’États et de régions. Il donnait l’exemple de la Chine et de l’Inde dont la parité de leur pouvoir d’achat dépassait déjà celui des États-Unis. Il soulignait le PIB des pays du groupe BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) qui dépassait celui de l’Union européenne tout entière. Et il en concluait que «  le potentiel économique des nouveaux centres de la croissance mondiale serait inévitablement converti en influence politique, et la multipolarité se renforcerait  ».

C’est donc dans la perspective de rééquilibrer les intérêts des acteurs du dialogue international que l’Union économique eurasienne a été créée et que, parallèlement, la Russie a développé d’autres partenariats internationaux. «  Nous avons un agenda pacifique et positif, tourné vers l’intégration. Nous travaillons activement avec nos collègues… de l’Organisation de coopération de Shanghai, du BRICS [avec un S, l’Afrique du Sud en faisant désormais partie] et avec d’autres partenaires [par exemple les membres de la Ceinture économique de la route de la soie créée à l’initiative de la Chine]. Ce programme vise à renforcer les liens entre les gouvernements, pas à les fragiliser.  »

«  Nous ne prévoyons pas de façonner des blocs ou de participer à un échange de coups. Les allégations et déclarations selon lesquelles la Russie essaie d’établir une sorte d’empire, empiétant sur la souveraineté de ses voisins, n’ont aucun fondement… Tout en respectant les intérêts des autres, nous voulons simplement que nos propres intérêts soient pris en compte et que notre position soit respectée.  » (Discours du 24 octobre 2014 devant le club Valdaï)

La Russie qui a un pied en Europe, un autre dans le Caucase, encore un autre au Moyen-Orient… ou presque, un quatrième en Asie centrale, un cinquième en Extrême-Orient et même un sixième en Arctique, a toutes les cartes en main pour procéder à ce rééquilibrage des intérêts internationaux et on comprend dès lors que les États-Unis voient en la Russie dont la diplomatie est particulièrement active une menace à sa suprématie. Pourtant, la Russie de Vladimir Poutine ne veut en aucune façon rompre avec ses “ partenaires américains ” et ce qu’il faut bien appeler leurs “ vassaux européens ”.

LA RUSSIE ET L’EUROPE

Vladimir Poutine pense que d’un point de vue géographique, la Russie est un pays eurasien. Mais selon une approche culturelle, «  la Russie est sans aucun doute un pays européen, car il a une culture européenne. Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet  » (Gazeta Wyborcza et TVP, entretien du 15 janvier 2002).

Mais il existe un paradoxe. «  Nous saluons le développement des processus d’intégration en Europe. Cependant, je ne peux pas dire que tout nous convienne. Nous sommes préoccupés par certaines choses… Près de la moitié de notre commerce se fait avec l’Europe. Or, avec l’admission de nouveaux membres au sein de la Communauté européenne où certaines règles en vigueur sont plutôt rigides, les relations particulières que nous avions jusqu’alors nouées avec certains États pourraient être sérieusement mises à l’épreuve. C’est le premier point.

«  Le second est que nos concitoyens puissent librement voyager, sans visa, dans les États d’Europe centrale et de l’Est. Ils en sont toutefois privés et cela donne l’impression que la Russie est mise de côté de la politique européenne. Et au même moment, tous veulent développer leurs relations avec la Russie.

«  Voilà ce qui nous préoccupe actuellement, mais il y a aussi des propositions tout à fait positives de la part d’hommes politiques européens. Pour ce qui nous concerne, nous sommes intéressés par une ­coopération et espérons que la situation se développera dans un esprit positif.  » (TF1, entretien du 11 février 2003) Malheureusement, rien ne changera.

En 2012, l’Union européenne est en pleine crise du fait de l’endettement pharaonique de certains de ses membres. Avec réalisme, Vladimir Poutine met le doigt sur les différentes raisons qui ont conduit à cette situation.

La première est politique, avec le régime des partis «  luttant pour le pouvoir, promettant tout sans compter. C’est la nature du monde civilisé d’aujourd’hui. Ils ne cessent de faire des promesses, et essaient ensuite de tenir certaines d’entre elles. Et s’ils n’y parviennent pas, c’en est fait pour eux. Ils n’ont presque aucune chance aux élections suivantes. Du coup, ils font tout pour y parvenir, à n’importe quel prix

«  Le système politique est tel qu’il promet tout, mais il est ensuite incapable d’être à la hauteur. Les citoyens ont pris l’habitude de vivre à un certain niveau. Pas moyen, par exemple, de faire comprendre aux Espagnols, qu’ils doivent vivre de la même façon que les gens des campagnes en Chine… Alors quelle est la source de la croissance  ? La dette, la dette et encore la dette. Ils n’ont cessé de faire tourner la planche à billets… C’est ce qui a causé la crise de la dette.  » (Entretien du 25 octobre 2012 devant le club Valdaï)

Autre critique  : la monnaie commune. «  Il me semble qu’en terme de niveau de développement économique, les pays membres n’ont pas tous été à la hauteur des exigences que suppose un système de monnaie commune.  » ( ibid.) Et à propos de la Grèce, il remarque que si ce pays avait conservé la drachme, il aurait été en mesure de dévaluer à temps sa monnaie et d’éviter ainsi les graves difficultés qu’il a connues et qu’il connaît toujours. Trois ans plus tard, un journaliste italien lui demande  : «  Si la Grèce quitte l’Eurozone, la Russie sera-t-elle prête à lui offrir son assistance politique  ?  »

Voici la réponse très équilibrée de Poutine qui commence par rappeler que les relations internationales sont d’abord des relations d’État à État. Il se garde par ailleurs de s’immiscer dans les affaires intérieures de la Grèce et même, dans une certaine mesure, dans celles de l’Union européenne. Mais cela ne l’empêche pas au passage de mettre en évidence les graves inconvénients de cette organisation internationale.

«  Nous construisons nos relations avec la Grèce, peu importe que ce soit un membre de l’Union européenne, de l’Eurozone ou de l’Otan. Nous avons des relations historiques et de partenariat très étroites avec ce pays. C’est au peuple grec de décider souverainement à quelle union et à quelle zone il veut appartenir

«  Pour une économie comme la Grèce, certaines difficultés sont issues des règles européennes. Ils ne peuvent pas dévaluer la drachme parce qu’ils n’en ont pas le droit, ils sont strictement liés à l’euro. Leurs frontières sont ouvertes aux biens d’origine européenne, ce qui donne un avantage aux économies orientées vers les exportations. Des décisions communes sont prises dans des domaines tels que l’agriculture ou la pêche où la Grèce pourrait avoir des avantages concurrentiels, mais il y a aussi des limites.

«  Un autre secteur où elle a un avantage, c’est celui du tourisme, bien sûr, mais elle applique les règles de Schengen et là aussi il y a des limites. Nous avons passé un accord de dispense de visas avec la Turquie et cinq millions de touristes russes ont visité ce pays l’année dernière, tandis que moins d’un million ont visité la Grèce, autour de 300 000, autant que je sache. Cependant la Grèce bénéficie d’emprunts, de soutiens financiers du Trésor européen, et elle a accès au marché du travail européen. Il y a donc aussi des avantages à être membre de la famille européenne.  » (Corriere della Sera, entretien du 6 juin 2015)

Bref, d’une façon plus générale, Poutine fait remarquer que «  l’Europe agissant à partir de considérations politiques est allée de l’avant, mais trop rapidement. Elle a essayé d’appliquer des règles communes à des économies de marché de pays qui en terme de niveau de développement économique n’étaient pas prêts pour cela.  » (Entretien du 25 octobre 2012 devant le club Valdaï)

La critique de l’Europe par Vladimir Poutine n’est pas seulement politique, elle est aussi spirituelle et morale. «  Nous pouvons voir combien de pays euro-atlantiques rejettent leurs racines, y compris les valeurs chrétiennes qui constituent le fondement de la civilisation occidentale. Ils nient les principes moraux et toutes les identités  : nationales, culturelles, religieuses et même sexuelles. Ils mettent en œuvre des politiques qui assimilent les familles nombreuses avec des partenariats de même sexe, la croyance en Dieu avec la croyance en Satan

«  Les gens dans de nombreux pays européens sont embarrassés ou même effrayés de parler de leur religion. Les fêtes sont abolies ou appelées différemment. Leur essence est cachée, tout comme leur fondement moral.  » (Entretien du 19 septembre 2013 devant le club Valdaï)

Dans ces conditions, il est inutile de demander à Poutine s’il est ou non favorable à une intégration de la Russie à l’Union européenne. Sa réponse est évidemment négative. «  Ce ne serait pas réaliste ni du point de vue de notre taille ni de celui de notre organisation économique.  » (Entretien du 25 octobre 2012 devant le club Valdaï)

Cela ne l’empêche pas de mener une politique très active en faveur d’un rapprochement de la Russie avec l’Union européenne avec laquelle elle réalise près de la moitié de ses échanges commerciaux. Entre, d’un côté, des capacités technologiques européennes considérables et, de l’autre côté, les immenses territoires de la Russie, ses ressources naturelles prodigieuses et une population très instruite notamment dans le domaine des sciences fondamentales, «  la synergie énorme qui en résulterait nous rendrait tous plus concurrentiels.  » (Entretien du 25 octobre 2012 devant le club Valdaï) Exemple concret  : un travail commun sur un système de navigation par satellite qui aurait associé le projet russe glonass et le projet européen galileo et qui aurait permis de concurrencer efficacement le système américain GPS. Malheureusement ce projet n’a pas eu de suite, à l’initiative d’ailleurs des Européens.

La vision de Vladimir Poutine est encore plus large puisqu’il plaide en faveur d’un espace économique commun qui s’étendrait de Lisbonne à Vladivostok. Tout le monde applaudit à une telle idée, en particulier la France, l’Allemagne et l’Italie dont les échanges économiques et commerciaux sont très intenses avec la Russie. Mais au niveau européen, c’est tout le contraire qui se réalise. Poutine prend l’exemple des Pays baltes. Ils ont rejoint l’Union européenne. «  Bon, pas de problème  », commente le chef de l’État russe. «  Mais aujourd’hui, on nous dit que ces pays, qui sont membres à part entière du système énergétique de l’ancienne Union soviétique et de la Russie, doivent rejoindre le système énergétique de l’Union européenne. Nous demandons  : Y a-t-il des problèmes avec la fourniture d’énergie ou avec quelque chose d’autre  ? Est-ce vraiment nécessaire  ? – Non, il n’y a pas de problème, mais nous avons décidé que ce serait mieux de procéder ainsi.  » (­Corriere della Sera, entretien du 6 juin 2015)

Conséquence pratique d’une telle décision pour la Russie  : «  Cela signifie que nous serons obligés de renforcer nos capacités de production dans certaines régions de l’Ouest de la Russie. Puisque des lignes de transport d’électricité traversent les États baltes pour desservir certaines régions russes et vice versa, elles vont toutes être basculées vers l’Europe et nous aurons à réaliser de nouvelles lignes de transport dans notre pays pour assurer la fourniture d’électricité. Cela nous coûtera entre deux et deux milliards et demi d’euros.  » ( ibid.)

Mais l’Ukraine va constituer le point névralgique de l’opposition entre l’Europe et la Russie, opposition qui remonte à l’année 2004.

L’UKRAINE

À la fin de l’année 1991, au moment de la dissolution de l’Union soviétique, les anciennes républiques, à l’exception des trois Pays baltes et de la Géorgie, forment entre elles la Communauté des États Indépendants ( cei). Au sein de la zone de libre-échange, les liens commerciaux entre l’Ukraine et la Russie restent importants. La Russie doit pouvoir exporter son gaz naturel vers l’Europe par les trois gazoducs qui traversent le territoire de son voisin et importer, en retour, l’acier produit dans le Donbass, le bassin industriel de l’Est du pays. De leur côté, les Ukrainiens ont besoin du gaz naturel russe pour faire tourner leur industrie. C’est sur le marché russe qu’ils écoulent une grande partie de leur production agricole, notamment leur blé.

Mais la base navale russe de Sébastopol, du fait de la dissolution de l’Union soviétique, se trouvait désormais en dehors des frontières de la Russie qui conserve le contrôle de la cité, mais par le biais d’un contrat de bail, et le droit d’y maintenir en permanence un contingent de 20 000 militaires pour assurer la protection de sa flotte. Cette base va devenir un grave point d’achoppement entre les deux nations.

L’Ukraine, surtout, est un pays très divisé. Le Sud et l’Est sont majoritairement peuplés par des russophones orthodoxes. Russe à l’origine, la région qui s’étend entre Kharkov, Lugansk, Donetsk, Nikolayev, Kerson et Odessa avait été rattachée d’autorité à l’Ukraine en 1922 par Moscou dans le but de créer un prolétariat ukrainien puissant capable de contrer la paysannerie considérée par les bolcheviks comme un groupe de “ petits bourgeois ”.

Le Nord et le Nord-Ouest, terres naguère sous influence de la Pologne et de la Lituanie, sont peuplés d’uniates, catholiques fidèles à Rome. Cette division religieuse devait se prolonger par une division politique que la classe dirigeante de ce pays, très corrompue, ne saura résorber.

LA RÉVOLUTION ORANGE.

Sous la pression de la rue, lors des événements dits de la “ révolution orange ”, un troisième tour est illégalement organisé en 2004. Il consacra l’élection de Viktor Iouchtchenko, en remplacement de Viktor Ianoukovitch. «  La position de la Russie n’est pas de s’opposer au choix du peuple ukrainien… Mais nous sommes opposés à cette méthode qui consiste à changer le gouvernement. Partout dans le monde, c’est une mauvaise méthode, mais elle est particulièrement inacceptable dans cette région où beaucoup d’anciennes républiques soviétiques n’ont pas encore de traditions d’État et n’ont pas encore développé de systèmes politiques stables.  » (Entretien du 22 octobre 2015 devant le club Valdaï)

Une fois installé au pouvoir, ce Iouchtchenko n’aura de cesse d’exacerber les relations de son pays avec la Russie. Il entame des négociations pour faire adhérer l’Ukraine à l’Otan. Un plan d’action bilatérale est mis en place dès l’année 2005 dans le cadre de la politique de voisinage avec l’Union européenne pour renforcer les coopérations politiques et économiques, en prévision d’une future intégration. Le président Iouchtchenko ira même jusqu’à menacer la Russie de ne pas renouveler le bail de Sébastopol et prendra position contre son voisin dans le conflit armé qui l’opposera, en 2008, à la Géorgie.

Poutine ne se fait aucune illusion. Il sait que les États-Unis et leurs alliés européens tirent les ficelles de cette situation. Et dès l’année 2007, il les mettait en garde contre leurs agissements qui menaient l’Ukraine tout droit à la catastrophe que le pays connaîtra en 2014 comme prévu.

«  Je propose que nous parlions franchement. Des gens aux États-Unis ont certaines raisons de penser qu’une partie de l’élite ukrainienne est pro-américaine tandis que l’autre est pro-russe. Et ils ont décidé de soutenir le camp de celui qu’ils pensent être en faveur des Américains, ceux qui ont mené ce que l’on a appelé la “ révolution orange  ”.

«  C’est votre choix. Si vous voulez les soutenir, soutenez-les, bien que je pense que ce n’est pas la bonne approche. En réalité, il y a seulement des gens avec des points de vue politiques différents. Et, en général, si un homme politique veut être populaire chez lui, il doit défendre les intérêts de son pays. Donc tous doivent être des Ukrainiens nationalistes, dans le sens positif du terme. Et ils le sont tous  : il n’y a pas de pro-Américains, de pro-Russes ou même de pro-Européens. Ils sont tous pro-Ukrainiens. Mais pour certaines raisons, vous avez décidé de les diviser entre factions des pro-Européens, des pro-Occidentaux et des pro-Russes. Très bien, quoi qu’il en soit, vous les avez divisés et vous avez décidé qui soutenir. C’est une erreur. Ce serait mieux de les laisser résoudre par eux-mêmes leurs problèmes nationaux. Mais vous avez fait pire en les soutenant dans ce qui apparaît clairement comme une action inconstitutionnelle. Tout ce qui s’est passé sur place l’a été en violation de la Constitution. Et qu’en est-il résulté  ? Les différents groupes politiques et même les différents groupes au sein de la population ont perdu confiance les uns envers les autres. En procédant de cette manière, vous avez commencé à détruire l’Ukraine, en portant atteinte à son intégrité territoriale et à sa souveraineté.  » (Time, entretien du 19 décembre 2007)

Donc ce que préconisait Poutine, dès l’année 2007, c’était d’aider les Ukrainiens, c’est-à-dire tous les Ukrainiens, à régler par eux-mêmes et conformément à leurs intérêts propres leurs problèmes intérieurs, mais en se gardant de prendre parti pour un groupe de la population contre un autre, en faisant tout, au contraire, pour préserver l’unité du pays. Poutine craignait que les Américains et leurs alliés européens ne fassent qu’accentuer la division de l’Ukraine en prenant parti pour les pro-Européens contre les pro-Russes et finissent par déstabiliser le pays.

Pour enrayer le mouvement, il préconise que «  tous les efforts soient faits pour consolider la société et le pays. Il faut que les pro-russes et les pro-occidentaux se réunissent et réfléchissent sur l’avenir de leur pays pour construire un pouvoir qui tisse les liens de l’unité nationale et non pas qui le divise entre l’Ouest et le Sud-Est.  » ( ibid.)

Malheureusement, il ne sera pas écouté et les années qui vont suivre vont confirmer ses craintes.

L’ACCORD D’AGRÉMENT.

En 2009, l’Union européenne engage un Partenariat oriental avec six pays de l’ancienne Union soviétique  : l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la Moldavie et bien entendu l’Ukraine. Objectif  : parvenir, à terme, à conclure des accords bilatéraux d’association pour approfondir des relations politiques et économiques. Or la conclusion de tels accords suppose l’adoption d’un accord dit de “ libre-échange approfondi et complet ”, c’est-à-dire l’ouverture réciproque des marchés intérieurs et l’adhésion possible du pays candidat au système européen d’énergie. Ce Partenariat oriental entrait en concurrence directe avec l’Union économique eurasienne que la Russie proposait au même moment et presque aux mêmes pays, donc à l’Ukraine.

Viktor Ianoukovitch, qui entre-temps a repris la direction du pays, se trouve en face de deux adhésions possibles et restera jusqu’au bout très partagé. À la fin de l’année 2013, la Russie est disposée à apporter un soutien financier massif à l’Ukraine qui n’avait pas, pourtant, entrepris les réformes politiques et économiques qui s’imposaient à la suite de son retrait de l’Union soviétique.

La Russie a toujours respecté les décisions de l’Ukraine en tant que pays indépendant et souverain. «  Nous ne sommes pas du tout contre le fait que l’Ukraine signe un accord d’agrément avec l’Union européenne. Mais, naturellement, nous voulions participer aux décisions finales, sachant que l’Ukraine était et est encore un membre de la zone de libre-échange et de la cei. Nos deux nations, en tant que telles, ont des obligations réciproques.  » (Corriere della Sera, entretien du 6 juin 2015)

Cette discussion s’imposait d’autant plus que la Russie partage avec l’Ukraine des infrastructures communes comme celles du transport et de l’énergie, que leurs deux économies sont profondément orientées l’une vers l’autre.

Dans ce contexte, l’ouverture des frontières entre l’Europe et l’Ukraine avantageait d’abord la première, mais pas la seconde. «  L’Union européenne a unilatéralement supprimé ses droits de douane pour l’Ukraine. Cependant, le volume des ventes vers le marché européen n’a pas augmenté. Il n’y a pas de demande en Europe de produits ukrainiens… Nous avons un marché pour l’Ukraine, mais beaucoup de liens ont été unilatéralement rompus par la partie ukrainienne. Par exemple, tous les moteurs pour nos hélicoptères de combat venaient d’Ukraine. Aujourd’hui, les livraisons sont stoppées. Nous avons déjà construit une usine à Saint-Pétersbourg et une autre sera achevée cette année, mais la production de ces moteurs en Ukraine sera interrompue parce que l’Italie, la France et l’Allemagne n’ont pas besoin et n’auront jamais besoin de tels moteurs. C’est impossible pour l’Ukraine de diversifier sa production. Pour le faire, cela nécessiterait d’investir des milliards.  » ( ibid.)

Mais l’Union européenne et, en coulisse, ses alliés américains écartent ostensiblement la Russie de toutes les discussions concernant l’Accord d’association “ offert ” à l’Ukraine. «  On nous a dit que ce n’était pas nos affaires ou, pour le dire simplement, on nous a dit “ où  ” aller. Tous les arguments rappelant que la Russie et l’Ukraine sont des membres de la zone de libre-échange de la CEI, que nous avons historiquement établi une coopération profonde dans l’industrie et l’agriculture, et que nous partageons essentiellement la même infrastructure – personne ne voulait entendre ces arguments, et encore moins en tenir compte. Notre réponse a été de dire  : Très bien, si vous ne voulez pas avoir de dialogue avec nous, nous allons devoir protéger nos intérêts légitimes unilatéralement et nous ne paierons pas pour ce que nous considérons comme une politique erronée.  » (Discours du 4 décembre 2014 devant l’Assemblée fédérale)

Finalement après avoir beaucoup tergiversé, «  l’ancien président Viktor Ianoukovitch a déclaré qu’il avait besoin de réfléchir sur la signature de l’Accord d’association avec l’Union européenne, pour effectuer quelques changements, tenir des consultations avec la Russie, son principal partenaire économique et commercial. Et c’est en relation avec ce report ou, plutôt, sous ce prétexte qu’ont éclaté des émeutes à Kiev, activement soutenues par nos partenaires européens et américains. Un coup d’État s’en est suivi, un acte totalement anticonstitutionnel. Les nouvelles autorités ont annoncé qu’elles allaient signer l’Acte d’association, mais qu’elles en retarderaient la mise en œuvre jusqu’au 1er janvier 2016.  » (Corriere della Sera, entretien du 6 juin 2015)

Parvenus à leurs fins, c’est-à-dire au renversement du gouvernement légitime d’Ukraine, les Américains et leurs alliés européens croyaient bruyamment avoir gagné la partie. Mais comme en Irak et en Libye, après avoir allumé en Ukraine ce nouvel incendie, ce fut aussitôt – et c’était prévisible – pour en perdre le contrôle… mais pas le but réel de toute cette affaire  : circonscrire par tous les moyens la Russie dans ses frontières.

De fait, à peine le président Ianoukovitch était-il illégalement destitué que le gouvernement insurrectionnel de Kiev tentait de supprimer le russe comme langue officielle et que des représailles étaient commises contre les russophones, notamment à Odessa. Vladimir Poutine jugea alors que les conditions étaient réunies pour se porter au secours des populations de Crimée directement menacées par les insurgés de Kiev et sauvegarder les intérêts stratégiques de défense nationale de la Russie que constitue le port naval de Sébastopol. Poutine accéda donc à la demande des autorités de Crimée d’accueillir le retour à la mère patrie de la péninsule criméenne.

«  Ce fut un événement d’une importance particulière pour notre pays et notre peuple, parce que la Crimée est une terre où vivent nos compatriotes, et que son territoire est d’une importance stratégique pour la Russie, car c’est là que se trouvent les racines spirituelles de la nation russe, diverse, mais solidement unie, et de l’État russe centralisé. C’est en Crimée, dans l’ancienne ville de Chersonèse ou Korsun, comme les anciens chroniqueurs russes l’appelaient, que le Grand Prince Vladimir a été baptisé avant d’apporter le christianisme au Rus.  » (Discours du 4 décembre 2014 devant l’Assemblée fédérale)

Mais le renversement de l’ordre constitutionnel, la tentative de suppression pure et simple du russe comme langue officielle, les exactions commises contre les russophones provoquèrent par ricochet le soulèvement de la région du Donbass, plongeant le pays dans une véritable guerre civile, avec à la clef des milliers de morts et de blessés, un million d’Ukrainiens contraints de se réfugier en Russie, sans compter le désastre économique que connaît le pays, plus que jamais sous la dépendance des aides financières étrangères et menaçant par ailleurs ses créanciers de ne pas pouvoir rembourser ses dettes.

Après une première tentative de cessez-le-feu en 2014, les accords dits de Minsk-2 furent signés le 12 février 2015 entre les autorités de Kiev, les représentants des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk et la Russie, avec le concours de la France et de l’Allemagne. Ces accords comprennent un volet militaire et un volet politique qui prévoit la levée du blocus financier imposé par Kiev, l’organisation d’élections dans les zones de conflit et surtout une réforme constitutionnelle en vue d’une décentralisation et d’un statut spécial en faveur des régions “ insurgées ”.

Ces accords demeurent, dans leur principe, une victoire pour la Russie. D’abord, parce qu’ils permettent de maintenir la souveraineté de l’État ukrainien, jamais remise en cause par la Russie, sur l’ensemble de son territoire tout en reconnaissant une relative autonomie à la région du Donbass. Ensuite, parce que tous les pays, de près ou de loin concernés par cette affaire ukrainienne, y compris les États-Unis, sont finalement d’accord pour reconnaître que son règlement passe nécessairement par la pleine application des accords de Minsk-2. Mais encore faut-il qu’ils soient appliqués et c’est bien là toute la difficulté qui vient exclusivement des autorités de Kiev.

Beaucoup de retard a été pris dans leur mise en œuvre, mais aujourd’hui cette situation semble moins inquiéter Vladimir Poutine. «  Malgré quelques difficultés, ces accords sont mis en œuvre et, ce qui est le plus important, leurs clauses, leurs principes et leur logique ne sont pas remis en question.  » ( interfax and anadolu news agencies, entretien du 13 novembre 2015)

Néanmoins, le Congrès américain a adopté des résolutions rendant possible la livraison d’armes létales à l’Ukraine. On se demande pourquoi puisque les hostilités ont cessé et que les cas de tirs sont rares. «  La question se pose de savoir s’il n’y a pas là le désir de déclencher une nouvelle guerre ou, du moins, de provoquer des hostilités.  » ( ibid.) Et les États-Unis et leurs alliés maintiennent toujours les “ sanctions ” économiques vis-à-vis de la Russie. Ces sanctions sont d’autant plus absurdes qu’elles ont fait chuter de 20 % les échanges entre l’Union européenne et la Russie alors que, sur la même période, les échanges entre la Russie et nos “ alliés ” américains ont progressé de… 7 %  !

LA CROISADE DE TCHÉTCHÉNIE

La première guerre de Tchétchénie éclata en 1991 au moment de l’effondrement de l’Union soviétique. Elle s’acheva en 1996 par une indépendance de facto de cette petite république du Caucase. Les troupes russes furent mises en échec, et contraintes de se retirer du territoire tandis que les institutions locales de la Fédération de Russie furent tout simplement démantelées.

Que s’est-il ensuite passé  ? «  La place vide laissée par le pouvoir central fut rapidement occupée par les éléments les plus violents de l’islam… Les plus radicaux d’entre eux, d’ailleurs téléguidés pour la plupart par des mercenaires venus de pays musulmans étrangers, se fixèrent un autre but, celui de séparer de la Russie toute la région du Sud, l’ensemble du Caucase du Nord et même d’autres régions de la Fédération de Russie pour former un véritable État  : un Califat islamique, de la mer Caspienne à la mer Noire. Ceux qui ont suivi les événements savent que leur but était de créer un califat mondial. Nous étions à la première étape de ce qui finalement n’était pas très différent de l’idée d’un monde communiste avec, comme seule différence, des slogans musulmans.  » (Presse régionale de France, entretien du 12 février 2003)

Poutine explique ensuite comment les djihadistes musulmans tentèrent de s’implanter dans la république du Daghestan et comment les forces armées russes durent les repousser. En guise de représailles, les djihadistes provoquèrent une vague d’attentats perpétrés à Moscou et dans d’autres villes. Au total  : 1 500 victimes  !

Ces événements obligèrent la Russie, en 1999, à engager des opérations militaires de grande envergure en Tchétchénie pour juguler la révolte et contrer l’offensive islamiste dans le Caucase. Et comme il l’avait annoncé, le 24 septembre 1999, Vladimir Poutine va poursuivre les terroristes «  jusqu’aux chiottes  », en particulier les deux chefs musulmans Khattab et Bassaïev qui seront éliminés. Il refuse de faire une distinction entre les “ groupes modérés ” et les “ groupes radicaux ”. Il refuse toute négociation avec les rebelles.

Parallèlement aux opérations militaires destinées à neutraliser les djihadistes, les autorités russes rétablissent la sphère économique et sociale de la république et nomment à sa tête la famille tchétchène Kadyrov, nationaliste et loyale envers Moscou. Après l’assassinat d’Akhmad Kadyrov le 9 mai 2004, son fils Ramzan lui succède et conduit, au nom de Moscou, la pacification de cette petite république.

Quatorze années plus tard, Vladimir Poutine révélait le véritable rôle qu’ont joué les pays occidentaux dans cette guerre de Tchétchénie.

«  Le soutien occidental au séparatisme en Russie, incluant un soutien informationnel, politique et financier, en plus du soutien des services spéciaux, était absolument évident et ne laissait aucun doute sur le fait qu’ils seraient heureux de laisser la Russie suivre le scénario yougoslave de désintégration et de démantèlement, avec toutes les retombées tragiques que cela entraînerait pour le peuple russe.  » (Discours du 4 décembre 2014 devant l’Assemblée fédérale)

LES ACTIONS UNILATÉRALES

GUERRE EN IRAK.

Le 20 mars 2003, l’armée américaine avec ses alliés envahissait le pays, sans mandat du Conseil de sécurité de l’ONU. Motif invoqué  : le régime de Saddam Hussein détiendrait à profusion des armes de destruction massive. Aucune arme de cette nature ne sera trouvée, mais l’État irakien n’en sera pas moins décapité, Saddam Hussein exécuté, ce qui plongera le pays dans le chaos. En 2007, Poutine commentait ces événements  : «  Notre position au sujet de l’Irak est bien connue. Dès l’origine, je savais que l’invasion de l’Irak était une erreur et je l’ai dit publiquement. Non seulement il n’y a aujourd’hui aucune raison de changer d’avis, mais, au contraire, tous les événements qui se sont déroulés ces dernières années montrent que cette position était correcte.

«  Si vous regardez une carte du monde, l’Irak se remarque moins que la Russie ou les États-Unis. Et apparemment il est facile d’écraser un pays aussi petit. Cependant les ramifications, les répercussions sont telles que même aujourd’hui nous ne savons ce qu’il faut faire. C’est un petit peuple très fier… Et il ne perçoit plus l’occupation [de son pays] comme le combat contre le régime tyrannique de Saddam Hussein, mais plutôt comme une insulte personnelle. Et les terroristes profitent de cette situation. Et alors qu’il n’y avait pas de terroristes avant en Irak, ils ont désormais fait leur apparition.  » (Time, entretien du 19 décembre 2007)

GUERRE EN LIBYE.

Ce scénario va dramatiquement se répéter en Libye en 2011. Au cours du mois de février, des émeutes éclatent à Benghazi et al-Baïda contre le gouvernement de Mouammar Kadhafi qui ne parvient pas à empêcher l’insurrection de s’étendre. Le Conseil de sécurité des Nations-Unis impose le 26 février un embargo sur la vente d’armes au pays et le 17 mars le même Conseil, dans le cadre de la résolution 1973, autorise les pays qui le souhaitent à participer à une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye. Le texte précise qu’il s’agit de «  prendre toutes mesures nécessaires… pour protéger les populations et les zones civiles menacées d’attaque en Jamahiriya arabe libyenne  ». Le texte, à dessein ambigu, trompe la Russie qui s’abstient d’exercer son droit de veto.

Sous couvert de se porter au secours des populations civiles, l’opération menée conjointement par la France, le Royaume-Uni et les États-Unis tourne au bombardement des forces régulières libyennes et à la capture et au lynchage de Kadhafi le 20 octobre 2011. L’État libyen est décapité, le pays sombre à son tour dans le chaos.

«  Apparemment, commente Vladimir Poutine, ceux qui ont commis ces fameuses actions militaires en Libye étaient inspirés par de nobles motifs. Ils ont combattu pour la démocratie. Mais quel a été le résultat  ? Où est cette démocratie  ? Le pays est divisé en plusieurs parties administrées par différentes tribus. Tout le monde se bat contre tout le monde. Où est la démocratie  ? Ils ont tué l’ambassadeur américain. Est-ce que vous réalisez que c’est aussi le résultat de la politique actuelle  ? C’en est le résultat direct.  »

Et il en tire cette conclusion  :

«  Nous devons réaliser qu’il y a probablement des pays et même des régions entières qui ne peuvent fonctionner selon les modèles de démocratie américaine et européenne. Il faut comprendre qu’il existe d’autres sociétés avec d’autres traditions.  » (Entretien du 19 septembre 2013 devant le club Valdaï) Chaque État est différent et aucun ne peut imposer son modèle de développement. «  Nous ne devons pas oublier le passé. En ce qui nous concerne, par exemple, nous nous souvenons notamment de l’histoire de l’Union soviétique. L’exportation d’expériences sociales, les tentatives visant à provoquer des changements dans l’un ou l’autre pays en partant de ses propres orientations idéologiques, ont souvent eu des répercussions tragiques et ont été synonymes non de progrès, mais de dégradation. Cependant, personne, semble-t-il, ne tire les leçons des erreurs d’autrui, qui ne cessent d’être répétées. Et l’exportation de ce qu’on appelle désormais les révolutions “ démocratiques  ” se poursuit.  » (Discours du 28 septembre 2015 devant les Nations-Unies)

GUERRE EN SYRIE.

Trompée par les États-Unis et leurs alliés sur le but réel de leur intervention militaire en Libye, la Russie va déployer tous ses efforts à propos de la Syrie qui, à son tour, entre dans la tourmente du “ printemps arabe ”. Des émeutes éclatent le 15 mars 2011 dans la ville frontalière de Deraa puis à Homs. Le mouvement se radicalise et devient rapidement une rébellion armée contre le gouvernement de Bachar el-Assad. Son but  : donner le sentiment que «  le pays vit un bain de sang quotidien afin de faire progresser l’option d’une intervention étrangère “ à la libyenne  ”  » (Rapport de janvier 2012 du Centre international de recherche et d’études sur le terrorisme).

Vladimir Poutine, lui, reste prudent. «  La situation dans ce pays est très compliquée.  » (Conférence de presse du 18 novembre 2011) «  Nous pensons cependant que pour le traitement de telles affaires, le recours à la force militaire [extérieure] doit être évité  » ( ibid.), sachant que ce conflit «  a immédiatement été alimenté de l’étranger. Des armes ont commencé à affluer, des combattants ont commencé à arriver dès le début, peut-être même avant.  » (Entretien du 19 septembre 2013 devant le club Valdaï)

Mais les États-Unis, leurs alliés européens, la France en particulier, l’Arabie saoudite, le Katar, la Turquie prennent aussitôt fait et cause pour la rébellion dont la plupart des composantes sont salafistes, voire en lien avec les mouvements terroristes du Front Al-Nosra et Al-Quaïda. Ils dénoncent la répression de la révolte par l’État syrien, rompent leurs relations diplomatiques et en appellent au départ de Bachar el-Assad. C’est l’escalade. Les États-Unis cherchent à réitérer le scénario libyen et préparent les esprits à une intervention militaire contre l’État syrien.

Mais Poutine ne cède pas à l’hystérie de ses partenaires américains. «  Dans mes discussions avec mes collègues, je leur dis  : “ Ok  ! vous voulez prendre leur parti [celui des opposants au régime de Bachar el-Assad] et les aider à prendre le pouvoir. Mais ensuite que ferez-vous  ? Ils répondent  : “ Nous ne savons pas  ”. Voilà une discussion directe, il n’y a rien à cacher. Mais si vous ne savez pas ce que vous ferez ensuite, pourquoi se précipiter et lancer des bombes si vous ne savez pas quel en sera le résultat  ? Voilà la grande question.  »

Mais Poutine, en vrai diplomate et avec l’expérience de l’affaire d’Ukraine, peut les prévenir avec autorité et avec une liberté souveraine de ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter à tout prix. «  Si nous essayons d’intervenir en faveur de l’une des parties au conflit, en lui donnant notre soutien, il sera ensuite impossible d’établir un équilibre dans le pays. Tout commencera à se désintégrer et ce sera l’effondrement. Difficile de faire autrement que de les forcer à rechercher un terrain d’entente, à passer entre eux des accords pour parvenir à un équilibre entre les intérêts en présence. Et alors il sera possible d’apporter au pays une stabilité durable… Mais si nous agissons par la force en faveur de l’une ou l’autre des parties, alors aucun équilibre ne sera possible.  » (Entretien du 19 septembre 2013 devant le club Valdaï)

Mais rien n’y fait. Les États-Unis sont décidés à “ sanctionner ” Bachar el-Assad accusé d’utiliser des armes chimiques pour réprimer son propre peuple… À moins d’un miracle…

Le 5 septembre 2013, Vladimir Poutine reçoit de façon inattendue le soutien du pape François qui lui écrit  : «  Il est regrettable que, depuis le début du conflit en Syrie, des intérêts unilatéraux aient prévalu, et aient de ce fait entravé la recherche d’une solution qui aurait permis d’éviter le massacre insensé qui a eu lieu… Aux leaders présents [au sommet du G20], je lance un appel sincère pour permettre de trouver des moyens pour surmonter ces conflits et de mettre de côté la poursuite futile d’une solution militaire.  »

Mais le Saint-Père ne s’arrête pas là. Le 7 septembre, il organise place Saint-Pierre une immense veillée de prières. Plus de 100 000 personnes accoururent, réciter ensemble le chapelet en faveur de la paix en Syrie. Pour la Sainte Vierge, c’était suffisant pour réaliser le miracle demandé et clouer au sol nos bombardiers prêts à décoller aux ordres des Américains.

De fait, le 9 septembre, la Russie crée la surprise en proposant que le stock d’armes chimiques de la Syrie soit placé sous contrôle international, à la condition évidemment qu’une telle mesure permette d’éviter une frappe militaire américaine. La proposition est acceptée par la Syrie et par les États-Unis qui signent un accord le 14 septembre 2013 avec la Russie. Les frappes aériennes n’auront pas lieu, la paix est préservée, grâce à la Sainte Vierge, au Pape et à la Russie  !

Cette première victoire diplomatique survient providentiellement au moment où la Syrie doit faire face sur son territoire à de nouveaux mouvements terroristes islamistes d’une violence inouïe  : le Front Al-Nosra et surtout le prétendu État islamique qui a pris naissance sur les décombres de l’État irakien. Poutine explique très bien la puissance de ce mouvement terroriste auquel rien ne semble résister.

«  … Après que Saddam Hussein a été renversé, les institutions de l’État, y compris l’armée, ont été laissées en ruine. Nous avons dit, à l’époque, soyez très prudents. Vous mettez les gens à la rue, et que vont-ils y faire  ? N’oubliez pas que, légitimement ou non, ils faisaient partie de la direction d’une grande puissance régionale, et en quoi est-ce que vous les transformez maintenant  ? Quel fut le résultat  ? Des dizaines de milliers de soldats, d’officiers et d’anciens militaires du parti Baas se sont retrouvés à la rue et ont aujourd’hui rejoint les rangs des rebelles. Peut-être cela explique-t-il pourquoi l’État islamique s’est avéré si efficace. En termes militaires, il agit très efficacement et il a certains cadres très compétents.  » (Discours du 24 octobre 2014 devant le club Valdaï)

Avec l’expérience de la Tchétchénie, Vladimir Poutine sait que cet “ État islamique ” veut «  établir un califat dont le territoire s’étendrait du Portugal au Pakistan  » (American tv channel CBS and PBS, entretien du 29 septembre 2015).

Les exactions des terroristes de l’État islamique provoquent un exode de réfugiés qui déferlent dans les pays d’Europe totalement dépassés par la situation.

Les Américains et leurs alliés vont prétendre combattre les mouvements terroristes islamistes durs, mais sans pour autant renoncer à soutenir les rebelles “ modérés ” qu’ils approvisionnent en armes et qu’ils forment au combat… contre le gouvernement de Bachar el-Assad, son renversement demeurant la condition préalable, selon eux, à tout processus de règlement politique de la crise syrienne.

Mais les terroristes de l’État islamique «  ont commencé à produire du pétrole et ont été en mesure de payer plus  ; et des rebelles de la prétendue “ opposition modérée  ” se sont précipités pour rejoindre l’État islamique. C’est vraiment une politique à courte vue, totalement inefficace et qui ne repose en rien sur la réalité de la situation  », souligne Vladimir Poutine. «  On a dit qu’il fallait soutenir en Syrie l’opposition civilisée et démocratique. Elle a donc obtenu soutien et armes. Et la demi-journée suivante, ses combattants ont déserté pour rejoindre les rangs de l’État islamique. Était-ce donc si difficile de prévoir plus tôt une telle éventualité  ? Nous sommes tout simplement opposés à une telle politique.  » (Entretien du 24 octobre 2014 devant le club Valdaï)

Quelle gabegie, quelle incurie de la part du Pentagone. «  À l’origine, l’objectif était de former entre 5 000 et 6 000 soldats et encore 12 000. Il se trouve que soixante combattants seulement ont été correctement formés et quatre ou cinq personnes portent réellement les armes tandis que les autres ont déserté pour rejoindre l’État islamique, emportant avec eux les armes américaines.  » (American tv channel CBS and PBS, entretien du 29 septembre 2015)

Les États-Unis emmènent également une coalition pour procéder à des frappes aériennes contre l’État islamique en Irak, également en Syrie mais sans autorisation préalable du gouvernement de Bachar al-Assad pour pénétrer dans l’espace aérien syrien. Un an après, on ne peut pas dire que l’efficacité de cette coalition ait été très élevée. L’État islamique continue à avancer en Syrie et se rapproche dangereusement de Damas.

La Russie, de son côté, tente de former une vraie coalition pour combattre les terroristes, en lui intégrant la Syrie représentée par son gouvernement légitime, celui de Bachar el-Assad.

«  Je crois profondément qu’en agissant autrement, en détruisant les corps d’un État légitime, nous créerions une situation à laquelle nous assistons dans d’autres pays de la région ou dans d’autres régions du monde, par exemple en Libye où toutes les institutions d’État ont été totalement désintégrées… Il n’y a pas d’autre manière possible pour régler le conflit en Syrie que de renforcer les institutions gouvernementales légitimes, de les soutenir dans leur combat contre le terrorisme et, bien entendu, de les encourager à commencer un dialogue positif avec la partie “ modérée  ” de l’opposition pour parvenir à des réformes politiques.  » (American tv channel CBS and PBS, entretien du 29 septembre 2015)

Et sur la question du départ ou non de Bachar el-Assad, Poutine est tout aussi clair  :

«  C’est seulement au peuple syrien vivant en Syrie de déterminer qui, comment et selon quels principes doit gouverner leur pays et tout avis extérieur serait absolument inapproprié, nuisible et contraire à la loi internationale.  » ( ibid.)

Lorsque Vladimir Poutine s’envole pour New York le 28 septembre 2015, sa décision est prise, les forces armées russes entreront en action dans l’espace aérien de la Syrie dans les quarante-huit heures. Son discours à l’ONU, attendu et minuté, revient longuement sur l’affaire syrienne. Il stigmatise de manière accablante la responsabilité écrasante des États-Unis et de leurs alliés «  dans la formation de zones anarchiques  » en Irak, en Libye et en Syrie, rapidement envahies par des extrémistes et des terroristes.

Il va plus loin en faisant remarquer que l’État islamique «  n’a lui-même pas surgi de nulle part  ». On l’a «  choyé  » comme un instrument de lutte contre les États laïcs jugés indésirables. «  Après avoir créé une tête de pont en Syrie et en Irak, l’État islamique poursuit activement son expansion dans d’autres régions et cherche à dominer le monde islamique. Il est clair que ses plans ne se limiteront pas à cette région… Dans ce contexte, il est hypocrite et irresponsable de faire de grandes déclarations sur la menace du terrorisme international tout en fermant les yeux sur les flux de financement et de soutien des terroristes, notamment le trafic de drogues, de pétrole et d’armes, ou d’essayer de manipuler des groupes extrémistes, de les utiliser pour atteindre ses propres objectifs politiques dans l’espoir de s’en débarrasser ensuite ou, plus simplement, de les éliminer.  »

Il insiste sur le risque que l’instabilité que l’on constate en Syrie et Irak se propage à d’autres régions, voire même que des attentats soient perpétrés dans les pays occidentaux et la Russie puisque «  des combattants de nombreux pays, y compris européens, sont “ formés  ” dans les camps de l’État islamique  ». Aussi la Russie apporte-t-elle son aide militaire à l’Irak, à la Syrie et à d’autres régions qui luttent contre les groupes terroristes. «  Nous estimons que refuser de coopérer avec les autorités syriennes, avec l’armée gouvernementale, avec ceux qui affrontent courageusement le terrorisme, est une grave erreur. Il faut enfin reconnaître que, hormis les troupes gouvernementales du président Bachar el-Assad et les milices kurdes en Syrie, personne ne se bat réellement contre l’État islamique et les autres organisations terroristes.  »

Et aussitôt Poutine, après avoir stigmatisé les responsabilités de chacun et exposé l’intérêt commun qui concerne tous les acteurs de cette affaire internationale, propose de former une coalition, sur les bases du droit international, pour coordonner les forces qui luttent contre l’État islamique et, accessoirement – Poutine n’oublie rien – régler le problème qui mine actuellement les pays européens  : les vagues d’invasion de migrants. «  J’aimerais souligner que les réfugiés ont évidemment besoin de compassion et de soutien. Cependant, on ne pourra résoudre définitivement ce problème qu’en rétablissant la structure étatique là où elle a été détruite, en renforçant les institutions gouvernementales là où elles existent encore ou sont en train d’être reconstruites, et en fournissant une aide multiforme.  »

Après une demande officielle d’une assistance militaire de la part des autorités syriennes, ce qui le dispense d’un mandat de l’onu conformément à la Charte de cette institution, Vladimir Poutine ordonne le 30 septembre une intervention militaire des forces russes dans l’espace aérien de ce pays contre l’État islamique et le Front Al-Nosra.

Le succès de ces frappes aériennes s’explique surtout par leur coordination avec les forces terrestres syriennes qui, parallèlement, mènent des offensives de grande envergure, coordination qui manque à la coalition américaine qui n’a jamais voulu faire alliance avec Bachar el-Assad.

Conformément à sa doctrine, la Russie apporte son assistance militaire à l’État syrien dans le but de stabiliser la situation et pour créer les conditions favorables à un règlement politique de la guerre qui mine ce pays depuis l’année 2011. Mais en aucun cas, la Russie ne se substitue à l’État syrien et à son armée régulière qui gardent l’initiative, y compris sur les aspects militaires. «  Si l’armée syrienne démontre sa capacité et surtout sa bonne volonté à combattre le terrorisme, et si elle montre que les autorités peuvent réaliser cela, alors cela ouvrirait de bien plus grandes possibilités pour parvenir à des compromis politiques.  » ( ibid.)

Vladimir Poutine continue à prendre les initiatives et expose publiquement en trois points sa politique pour la Syrie.

Premièrement  : libérer les territoires syrien et irakien des forces de l’État islamique et des autres groupes terroristes, mais avec les armées régulières des deux pays, la milice kurde et les forces d’opposition, mais à la condition de combattre réellement l’ennemi commun.

Deuxièmement  : tenter ensuite un règlement politique avec la participation de toutes les forces patriotiques et légitimes de la société syrienne. Conformément à sa doctrine, ce sont les Syriens, et les seuls Syriens, qui doivent décider de l’avenir politique de leur pays avec l’aide respectueuse de la souveraineté de la Syrie de la part des pays associés à ce processus de règlement.

Enfin, troisièmement  : rédiger une feuille de route pour le développement économique et social de la région, pour restaurer les infrastructures de base. Le but est de stopper le flux des réfugiés vers les pays européens et commencer à faire revenir ceux qui ont quitté leur patrie.

Bref, Poutine préconise d’autorité ce qu’il a fait et réussi dix ans auparavant, en Tchétchénie.

Après avoir tergiversé John Kerry a reconnu que l’aide de la Russie et de l’Iran était nécessaire pour inviter le président Bachar el-Assad à la table des négociations. Une réunion s’est tenue à Vienne le 30 octobre, en présence de dix-neuf États, dont l’Iran. C’est le grand retour sur la scène diplomatique de l’allié traditionnel de la Syrie qui lui apporte un soutien financier et militaire direct. Aucun accord significatif n’a été conclu. Mais «  nous avons enfin réussi à rassembler autour d’une même table tout le monde sans exception  », s’est félicité Sergueï Lavrov. «  Le processus devrait désormais conduire à un accord entre les parties [syriennes] pour parvenir à la création d’une structure inclusive qui permette de régler les questions vitales pour le pays, de préparer une nouvelle Constitution et d’organiser des élections générales.  »

Sur le terrain, comme Vladimir Poutine l’a convenu avec le président Bachar el-Assad, les forces russes sont entrées en contact avec certains groupes armés syriens d’opposition. «  Si tout se déroule comme prévu, l’armée du président Bachar el-Assad d’un côté et l’opposition armée de l’autre combattent leur ennemi commun. Cela pourrait servir de base ensuite à un règlement politique.  » (Conférence de presse du 16 novembre 2015 lors du sommet du G 20 à Antalya)

François Hollande, lui, continue à mener sa politique étrangère irresponsable, rompant toute relation avec le gouvernement de Bachar el-Assad, ce qui a pour résultat de nous crever les yeux sur la présence de djihadistes français en Syrie… et en France, à Paris  !

Et ce qui devait arriver est arrivé  : faute d’entente avec les renseignements syriens, le 13 novembre 2015 Paris subit une vague d’attentats sans précédent, sous les yeux pour ainsi dire de Hollande qui en est le premier responsable. La plupart des auteurs présumés étaient connus des renseignements syriens, pour avoir été formés dans les rangs de l’État islamique. Vladimir Poutine nous en avait pourtant bien prévenus dans son discours devant les Nations-Unies.

Qu’à cela ne tienne  ! Hollande persiste à soutenir qu’ «  Assad n’a aucun rôle à jouer dans le futur de son pays.  » À quoi le président syrien répond  :

«  Le peuple syrien a-t-il désigné le président Hollande pour être son porte-parole  ? Accepteriez-vous, en tant que citoyen français, qu’une remarque pareille vienne d’un homme politique étranger, quel qu’il soit  ?  »

Même réponse de Poutine  :

«  Je crois que le destin du président de la Syrie doit demeurer entre les mains du peuple syrien. De surcroît, nous sommes tous d’accord qu’il est impossible, sans opérations terrestres, de combattre avec succès le terrorisme en Syrie et il n’existe pas d’autres forces que l’armée gouvernementale de Syrie qui puissent conduire des opérations terrestres contre l’État islamique, le Front Al-Nosra et d’autres organisations terroristes. À cet égard, je considère que l’armée du président el-Assad et lui-même sont nos alliés naturels dans le combat contre le terrorisme. D’autres forces clament peut-être leur volonté de combattre la terreur. Nous essayons actuellement d’établir avec elles des liens, nous l’avons d’ailleurs déjà fait avec certaines d’entre elles et, comme je l’ai dit à plusieurs reprises, nous serons prêts à soutenir leurs efforts, comme nous soutenons l’armée syrienne.  » (Conférence de presse à la suite de la rencontre avec François Hollande du 26 novembre 2015)

Difficile de défendre une position plus équilibrée qui préserve à la fois l’autorité d’un gouvernement légitime et qui, en même temps, prépare les voies d’une réconciliation nationale syrienne. Comme pour l’Ukraine, il ne s’agit pas, pour la Russie, de prendre parti pour un camp et combattre l’autre au risque d’achever de briser l’unité nationale. Seuls seront admis à participer au règlement politique de la crise en Syrie ceux qui auront œuvré pour la Syrie et non pour une puissance étrangère, qu’elle soit américaine, saoudienne ou même turque… car la Turquie dévoile aujourd’hui au grand jour son double jeu.

Lors du sommet du G 20, Vladimir Poutine a montré à ses homologues, dont le chef de l’État turc, une photographie prise par l’aviation russe. Sur le cliché, on aperçoit, jusqu’à perte de vue, une file continue de camions-citernes acheminant du pétrole, en provenance des gisements syriens sous contrôle de l’État islamique, vers la Turquie.

Preuve du trafic de pétrole à grande échelle auquel se livre la Turquie, membre de l’Otan et de la coalition emmenée par les Américains, et apportant en sous-main un soutien passif et actif à l’État islamique dans le but de renverser Bachar el-Assad. Cette photo allait signer l’arrêt de mort de l’un des meilleurs pilotes de l’aviation russe.

Dix jours plus tard, le 24 novembre 2015, un bombardier Su-24 russe était abattu par un chasseur F-16 de l’armée de l’air turque, alors qu’il se trouvait dans l’espace aérien de la Syrie, sans constituer pour autant une menace contre la Turquie. L’agression provoqua la mort du pilote et d’un fusilier marin qui tentait de se porter au secours de ses frères d’armes. Le navigateur a pu, lui, être rapatrié sain et sauf.

La Turquie a aussitôt prétendu que l’avion russe avait violé son espace aérien et qu’elle n’hésiterait pas à agir ainsi si un nouvel incident devait se renouveler. Elle n’a donc pas exprimé le moindre regret.

Il est donc trop clair que la Turquie soutient l’État islamique et à un niveau de complicité que même Vladimir Poutine ne soupçonnait pas avant cet “ incident ” du 24 novembre. Et tout montre qu’elle n’est pas prête à renoncer au pétrole dérobé à la Syrie par l’État islamique.

Le 28 novembre, le chef de l’État russe a signé un décret visant à renforcer la sécurité nationale et à infliger une série de mesures de rétorsion économique contre la Turquie. Sur le terrain des opérations, il a fait déployer par les forces armées russes le système de missile antiaérien S-400 afin de pouvoir parer à toute nouvelle agression de la part de la Turquie.

CONCLUSION

Dans le numéro spécial de la Contre-Réforme catholique de juin et juillet 1992 consacré au traité de Maastricht, l’abbé de Nantes expliquait la vraie raison de la condamnation du maréchal Pétain le 15 août 1945. Ce qui lui a été reproché «  c’est très précisément d’avoir voulu conserver pour lui seul, obstinément et jusqu’au bout, le pouvoir de décision, d’exercice et de sauvegarde de la souveraineté nationale, contre le clan des ja et le clan des yes qui ne rêvaient que de l’aliéner à leur parti pro-anglais ou pro-allemand.  » Il resta au pouvoir, au bénéfice exclusif de «  la France, la France seule  !  »

Vladimir Poutine ne travaille que pour la Russie, la Russie seule, qui n’est pas au service des États-Unis ni le faire-valoir de l’Europe. Mais elle ne cherche pas non plus à s’en faire des adversaires. «  Nous ne chercherons jamais la confrontation avec nos partenaires, ni à l’Est, ni à l’Ouest, mais au contraire nous ferons tout notre possible pour construire des relations de bon voisinage, civilisées, comme chacun est censé le faire dans le monde moderne.  »

Vladimir Poutine, par ailleurs, est un adversaire, sous toutes ses formes, de la révolution internationale, qu’elle soit islamiste ou démocratique. Au contraire, la stabilité, l’ordre dans les relations internationales doivent nécessairement passer, selon lui, par le respect de la souveraineté des nations et de leurs gouvernements légitimes. Mais il ajoute  : «  Les relations internationales doivent être fondées sur le droit international, qui lui même doit reposer sur des principes moraux tels que la justice, l’égalité et la vérité. Peut-être le plus important est-il le respect de ses partenaires et de leurs intérêts. C’est une formule évidente et le fait de la respecter pourrait changer radicalement la situation mondiale.  »

Certes… mais nous savons par notre Père, l’abbé de Nantes, que la situation mondiale ne changera radicalement qu’à compter du jour où le Cœur Immaculé de Marie triomphera. Et avec Vladimir Poutine, nous le voyons venir, c’est certain. Mais encore faut-il que la Russie se convertisse. Lorsque le Saint-Père ordonnera à tous les évêques du monde entier de s’unir à lui pour consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie, elle se convertira. «  Ce sera prodigieux, écrit notre Père, la Russie par son étonnante conversion sera un objet de stupéfaction et un instrument de salut pour tous les autres peuples, tombés dans l’anarchie, l’immoralité, l’apostasie.  »

frère Pierre-Julien de la Divine Marie.

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