La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 159 – Janvier 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


PAPE FRANÇOIS, NOTRE PÈRE,

« GARDEZ-VOUS À DROITE,
GARDEZ-VOUS À GAUCHE ! »

Des pèlerins catholiques assistent à la messe sur le site du baptême du Jourdain. « Plusieurs autres Évêques, Prêtres, religieux et religieuses gravissaient une montagne escarpée, au sommet de laquelle était une grande Croix de troncs bruts comme si elle était en chêne-liège avec l’écorce. »

Des pèlerins catholiques assistent à la messe sur le site du baptême du Jourdain. «  Plusieurs autres Évêques, Prêtres, religieux et religieuses gravissaient une montagne escarpée, au sommet de laquelle était une grande Croix de troncs bruts comme si elle était en chêne-liège avec l’écorce.  »

«  À l’Ange de l’Église de Philadelphie, écris  : “  Ainsi parle le Saint, le Vrai, celui qui détient la clef de David  : s’il ouvre, nul ne fermera, et s’il ferme, nul n’ouvrira.  ”  » (Ap 3, 7)

En cette année de grâce, cette clef ouvre une Porte appelée «  Miséricorde  », du nom de la «  grâce  » dont est rempli le Cœur Immaculé de Marie, Porte de la miséricorde, à jamais  ! selon la parole de Lucie au P. Fuentes  :

«  Le Cœur Immaculé de Marie […], siège de la clémence, de la bonté et du pardon, est comme la porte sûre pour entrer au Ciel.  » (26 décembre 1957)

«  Chrétiens et musulmans, nous sommes tous frères  », a martelé le Pape, lors de sa catéchèse du 9 décembre. Cela est vrai  : Caïn et Abel, enfants d’Ève, étaient deux frères. Et la “ miséricorde divine ” s’est exercée sur l’un et l’autre  : le sang d’Abel, figure du Précieux Sang que verserait le Fils de “ la Femme ” (Gn 3, 15), nouvelle Ève, rachetant son meurtrier.

«  Car Dieu, écrit saint Paul aux Romains, a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde.  » (Rm 11, 32)

 ENCORE L’ERREUR D’UN CARDINAL  !

Après les graves erreurs théologiques du cardinal Re, méconnaissant les révélations de Notre-Dame de Fatima ( Il est ressuscité n° 158, décembre 2015, p. 3-6), voici celles du cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens dont dépend la Commission pour les relations avec le judaïsme. Celle-ci a proposé le jeudi 10 décembre, en la fête de la translation de la Santa Casa, la sainte maison de Jésus, Marie, Joseph, de Nazareth à Lorette, une «  réflexion théologique  » d’une douzaine de pages, intitulée “ Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables (Rm 11, 29) ”.

Ces douze pages sont «  le fruit de deux ans et demi d’intense travail de la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, en partenariat avec la Congrégation pour la doctrine de la foi  » ( La Croix du vendredi 11 décembre 2015).

Le projet remonte même à 2005, a précisé le Père Norbert Hoffman lors d’une conférence de presse. Il a donc fallu dix ans de travail pour que la montagne accouche d’une souris, en ce cinquantième anniversaire de la déclaration conciliaire Nostra ætate, promulguée le 28 octobre 1965, dont l’article 4 «  inscrit les rapports entre l’Église catholique et le peuple juif dans un nouveau cadre théologique  ».

«  Ni “ document magistériel ”, ni “ enseignement doctrinal ”  », est-il précisé dans la préface, et pour cause  ! c’est quoi  ? «  Le texte se veut un “ instrument ” pour de futures discussions  », comme l’était déjà le décret Nostra ætate lui-même en son temps, dont ce nouveau document reprend l’essentiel des «  acquis  ». En réalité, Georges de Nantes a expliqué que ce dernier détruisait «  un pan immense de la foi catholique  ». Puisque le cardinal Re m’a affirmé personnellement ne connaître dans les écrits et l’enseignement de l’abbé de Nantes «  aucune erreur dogmatique, ou doctrinale, ou même simplement théologique  », entrons dans la «  discussion  » en toute assurance, à la lumière de l’enseignement du théologien de la Contre-Réforme catholique.

Notre Père commence par faire remarquer que Nostra ætate traite en bloc deux sujets, totalement différents  :

Celui du judaïsme, explosif, n’ayant pu trouver sa place rêvée parmi les chapitres du décret sur l’Œcuménisme chrétien  : «  Quand même, c’était trop pour nos frères uniates, arabes chrétiens  ! On n’avait pas voulu, non plus, lui consacrer un décret spécial, pas plus qu’à la Bienheureuse Vierge Marie  !… Alors, comme pour la Vierge, on s’était mis d’accord pour le mettre en wagon de queue de l’Acte traitant des religions non chrétiennes  : cette dénomination toute négative est assez insultante, comme d’être jeté dans le panier des invendus à la fin du marché…  » (Vatican II, Autodafé, p. 257)

La Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, après cinquante ans de «  réflexion théologique  », a porté remède à cette humiliation  : elle affirme que le dialogue avec le judaïsme «  a un caractère entièrement différent et se situe à un tout autre niveau que celui avec les autres religions mondiales  ».

Quelle différence y a-t-il  ?

«  La foi des juifs attestée dans la Bible n’est pas pour les chrétiens une autre religion mais le fondement de leur propre foi.  » C’est pourquoi il est préférable de parler d’un «  dialogue “ intra-religieux ” ou “ intra-­familial ”  ». La référence au chapitre onzième de l’Épître aux Romains doit nous faire comprendre ce caractère spécifique du «  dialogue  » avec le judaïsme.

ANCIEN ET NOUVEAU TESTAMENT.

Au commencement, il y a l’Alliance du Dieu unique avec Abraham et sa descendance, Alliance réelle, historique et sainte, à jamais. Et le christianisme en est sorti. Il eût suffi qu’il ne s’en séparât pas, ou n’en soit pas rejeté, pour que cette union soit le môle le plus solide de la nouvelle et universelle réconciliation de toutes les religions projetée par le concile Vatican II  :

«  Scrutant le mystère de l’Église, le Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament avec la lignée d’Abraham.  » (Nostra ætate, n° 4)

Georges de Nantes fait observer qu’ «  être “ de la lignée d’Abraham ”, est un fait biologique sans aucun rapport avec quelque réalité spirituelle  ». Néanmoins, il est vrai que la religion d’Abraham est réservée par Dieu à sa «  lignée  », en vue de l’Incarnation du Verbe.

Mais le «  “ peuple du Nouveau Testament ” n’est pas à proprement parler un peuple, une nation, ni un empire, ni une confédération  ; l’expression est métaphorique dans la mesure où, semblables aux liens du sang ou de la “ naturalisation ” qui font d’une multitude une communauté civile organisée, les liens de la foi et du baptême font une communauté supranationale, mais organisée, visible, hiérarchique, analogue à un peuple  » (p. 273).

En effet, le «  peuple  », dit par le Concile «  du Nouveau Testament  », a pour “ lien substantiel ”, non la circoncision, non le lieu de naissance, ni la langue, mais seulement la foi en Jésus-Christ, Sauveur du monde, de la «  lignée de David  » et objet de la foi d’Abraham  :

«  Abraham portait biologiquement toute la semence de sa race, oui  ! Et il portait dans son âme la bénédiction à lui octroyée par Yahweh, et la promesse que toutes les multitudes de tous les peuples hériteraient de lui le salut et “ se béniraient en lui ”… Ce qui fait que ce peuple traversant la mer Rouge sauvait de l’anéantissement son héritage biologique, sa semence charnelle, mais aussi en même temps les Promesses divines en faveur de toutes les nations. Le “ spirituel ” était porté par le “ charnel ”, se serait enchanté Péguy, mais sans y être lié évidemment, sinon pour un temps, comme le porteur et le trésor dont il est chargé.  » (p. 274)

Ici intervient la référence au chapitre onzième de l’Épître aux Romains, en vertu de laquelle, explique le cardinal Koch, «  la Nouvelle Alliance ne révoque pas les alliances antérieures, mais les porte à leur accomplissement  ». C’est déjà ce que le texte conciliaire affirmait en rappelant que l’Église «  a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l’antique Alliance, et qu’elle se nourrit de la racine de l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les Gentils (Rm 11, 17-24). L’Église croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les Juifs et les Gentils par sa Croix et, en lui-même, des deux a fait un seul (Rm 11, 28-29).  »

Donc, le Christ a réussi la greffe et, des deux peuples, n’en a fait qu’un, rameaux juifs ou païens confondus.

Oui, mais le Concile ne cite pas l’allégorie de l’olivier dans son intégralité. En effet, si le verset 18 dit bien que «   l’Église se nourrit de la racine de l’olivier franc  » le verset précédent nous apprend que «  quelques-unes des branches ont été coupées…  », et le verset 20 précise qu’ «  elles ont été coupées pour leur incrédulité…  » Quant à la conclusion qu’en tire saint Paul, nul ne peut l’ôter de la Sainte Écriture  :

«  Ennemis, il est vrai selon l’Évangile [après le Christ], à cause de vous, ils sont, selon l’élection [avant le Christ], chéris à cause de leurs pères. Car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance.  » (Rm 11, 28-29)

C’est pourquoi, «  s’ils ne demeurent pas dans leur incrédulité, ils seront greffés  : Dieu est bien assez puissant pour les greffer à nouveau  » (Rm 11, 23).

Sur ces mots se fonde notre espérance traditionnelle en la conversion des juifs. Encore faut-il qu’ils se convertissent. Dix ans après l’Épître aux Romains, saint Jean annonce à l’Église de Smyrne l’imminence du châtiment «  de ceux qui usurpent le titre de juifs – une synagogue de Satan plutôt  !  » (Ap 2, 9)

Deux mille ans après, la «  réflexion théologique  » du cardinal Koch trouverait dans la volonté divine révélée au monde par l’incomparable envoyée qu’est l’Immaculée Vierge Marie, une réponse à la question cruciale que soulève le décret conciliaire Nostra ætate  : comment concilier la conviction que «  les juifs prennent part au salut de Dieu  », malgré leur incrédulité, avec la profession de foi chrétienne selon laquelle «  il ne peut y avoir qu’une seule voie menant au salut  », le Christ  ?

Il y faudrait une «  nouvelle Nouvelle Alliance  »…

Précisément, le cardinal Cerejeira, patriarche de Lisbonne, déclarait le 13 octobre 1942  : «  Nous croyons que les apparitions de Fatima ouvrent une ère nouvelle  : celle du Cœur Immaculé de Marie.  » L’ère de l’accomplissement des prophéties de l’Apocalypse  : «  Un signe grandiose apparut au ciel  : une Femme  ! le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.  » (Ap 12, 1)

Ce «  signe  » succède à l’apparition de l’ «  Arche d’alliance  » décrite au verset précédent  :

«  Alors s’ouvrit le Temple de Dieu, dans le ciel, et son arche d’alliance apparut, dans le Temple.  » (Ap 11, 19)

L’arche d’alliance, jadis Tabernacle de la présence de Yahweh en Israël, a disparu avec la ruine du Temple en 586 avant Jésus-Christ, et elle n’a jamais été retrouvée, ni reconstruite. Au jour de l’Annonciation, l’ange Gabriel révèle à Marie qu’elle est elle-même l’arche d’alliance nouvelle et éternelle  : le mystère de l’Incarnation, la venue du Fils de Dieu prenant chair dans son sein, accomplit en toute vérité ce qu’annonçait en figure l’habitation de la «  Gloire  » de Yahweh dans le Tabernacle du désert, puis dans le Temple de Jérusalem. Selon le Nouveau Testament comme selon l’Ancien, la Gloire divine est inséparable du Tabernacle et du Temple où elle réside. Le nouveau “ ­Testament ”, c’est Marie  ! l’arche d’alliance, c’est Elle  !

Désormais, le «  temple de Dieu  » est le Ciel. Cependant, lorsqu’il s’ouvre aux yeux de saint Jean, ce n’est pas le Christ qui se montre à lui, mais sa Mère que «  le soleil enveloppe (…) et douze étoiles couronnent sa tête  ». Tandis que la vision inaugurale lui avait montré le Christ «  au milieu des candélabres  » (Ap 1, 13) avec, «  dans sa main droite, sept étoiles (…), et son visage comme le soleil qui brille dans tout son éclat  » (Ap 1, 16).

«  Il a été donné à notre siècle de revoir ce Signe merveilleux, écrivait notre Père en 1967 pour le cinquantenaire des apparitions de Fatima. Cette Dame apparue dans le ciel de la Cova da Iria, c’est bien la “ Femme ” apparue à saint Jean dans le ciel de Patmos. D’être ainsi engagés par les événements de notre histoire humaine dans les temps d’Apocalypse, saisit d’émotion et d’effroi. Le chapitre qu’a écrit Notre-Dame de Fatima est d’une limpide simplicité dans sa grandeur même. Il rejoint celui de saint Jean, il le jette dans l’actualité et le fait réentendre aux chrétiens. Les deux s’éclairent mutuellement, au point de ne plus rien laisser dans l’ombre, de ce qui concerne la grande tragédie de notre vingtième siècle.  » (Lettre à mes amis n° 247 du 5 juin 1967; Bible, Archéologie, Histoire, t. 3, p. 115)

Conclusion qui s’impose, mais le cardinal a-t-il des yeux pour voir  ? En effet, il faut être atteint d’un incroyable, d’un infernal aveuglement pour ne pas reconnaître, non pas «  un mystère divin insondable  », comme dit la «  réflexion théologique  », dans l’affirmation du salut des juifs malgré leur incrédulité, mais une contradiction diabolique insurmontable, une œuvre d’hypocrites consommés, de schizophrènes apostats, à moins qu’il ne faille dire  : d’apostats schizophrènes, dans cette affirmation permanente d’un accord du vrai et du faux, du oui et du non, depuis cinquante ans  ! Le seul remède à cette maladie mentale est l’établissement de la dévotion la plus chère au Sacré-Cœur de Jésus, qu’il veut faire passer jusque devant la sienne, la dévotion au Cœur Immaculé de sa Divine Mère, notre Mère à tous, à jamais  ! capable d’ouvrir les yeux et des uns et des autres  : responsables de ladite Commission, et juifs en “ dialogue ” avec eux.

frère Bruno de Jésus-Marie.