La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly

CAMP NOTRE-DAME DE FATIMA 2015

L’APOCALYPSE DE SAINT JEAN

 par frère Bruno de Jésus-Marie.

*
*       *

II. L’AVENIR (suite)

LA VIERGE ET LE DRAGONLa femme

XII, 1. «  Un signe grandiose apparut au ciel  : une Femme  ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.

2. «  Elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement.

3. «  Puis un second signe apparut au ciel  : un énorme Dragon rouge feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d’un diadème.

4. «  Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre.

«  En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s’apprête à dévorer son Enfant aussitôt né.

5. «  Or la Femme mit au monde un Enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer  ; et l’Enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône.

6. «  Tandis que la Femme s’enfuyait au désert, où Dieu lui a préparé une place pour qu’elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours.

7. «  Alors, il y eut une bataille dans le Ciel  : Michel et ses anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta avec ses anges,

8. «  mais ils eurent le dessous et furent chassés du Ciel.

9. «  On le jeta donc, l’énorme Dragon, l’antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses anges furent jetés avec lui.

10. «  Et j’entendis une voix clamer dans le Ciel  : “ Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu’on a jeté bas l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu. ”

11. “ Eux-mêmes l’ont vaincu grâce au sang de l’Agneau et par la parole dont ils ont témoigné, car ils ont méprisé leur vie jusqu’à mourir.

12. «  “ Soyez donc dans la joie, vous, les Cieux et leurs habitants. Malheur à vous, la terre et la mer, car le Diable est descendu chez vous, frémissant de colère et sachant que ses jours sont comptés. ”

13. «  Se voyant donc rejeté sur la terre, le Dragon se lança à la poursuite de la Femme, la mère de l’enfant mâle.

14. «  Mais elle reçut les deux ailes du grand Aigle pour voler au désert jusqu’en sa place où, loin du Serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d’un temps.

15. «  Le Serpent vomit alors de sa gueule comme un fleuve d’eau derrière la Femme pour l’entraîner dans ses flots.

16. «  Mais la terre vint au secours de la Femme  : ouvrant la bouche, elle engloutit le fleuve vomi par la gueule du Dragon.

17. «  Alors, furieux contre la Femme, le Dragon s’en alla guerroyer contre le reste de sa semence, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus.

18. «  Et il se tint sur le sable de la mer.  »

*
*       *

XII, 1. «  Un signe grandiose apparut au ciel  : une Femme  ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.  »

Il est étonnant de voir les exégètes se perdre en conjectures sur «  la détermination de ces différents symboles  », jusqu’à admettre «  que, tout en s’inspirant de la tradition juive, saint Jean ait été influencé par les traits plastiques des cultes orientaux, en particulier de Cybèle  » (Père Braun, La Mère des fidèles, Casterman 1953, p. 171)  ! Ils n’ont pas reconnu l’Immaculée, saluée par l’ange Gabriel du nom de «  pleine de grâces  », conçue avant la création du soleil, de la lune et des étoiles (Pr 8, 22-23). C’est pourtant le «  signe dans les hauteurs  » annoncé au roi Achaz sept cents ans auparavant  : «  Voici que la Vierge est enceinte et enfantera un fils.  » (Is 7, 14 , LXX)

Ce «  signe  » succède à l’apparition de l’arche d’alliance (Ap 11, 19)

Lorsque saint Jean écrit son Apocalypse, l’arche d’alliance a disparu depuis des siècles avec la ruine du Temple en 586 avant Jésus-Christ, et elle n’a jamais été retrouvée, ni refaite. Depuis que le «  Verbe a fixé sa tente parmi nous et nous avons vu sa GLOIRE  », comme dit saint Jean, la première «  tente  » qui abrita sa gloire fut le sein de la Vierge Marie. La vision de saint Jean dans le ciel de Patmos nous «  dévoile  », c’est le sens du mot apokaluptein, que l’arche d’alliance en était la figure. Et cette vision inaugure le “ Nouveau Testament ”, le «  petit livre  » qu’un ange «  puissant  » a donné à manger à Jean avant le «  troisième malheur  » (Ap 10, 1-2).

Au jour de l’Annonciation, la parole de l’Ange avait déjà laissé entendre à Marie qu’elle était elle-même l’arche nouvelle et éternelle.

La «  puissance  » du Très-Haut qui «  couvre  » Marie de son ombre correspond à la Nuée au-dessus de l’arche d’alliance, signe de la présence de la Gloire divine  ; le mystère de l’Incarnation, de la venue du Fils de Dieu prenant chair dans le sein de la Vierge Marie, accomplit en toute vérité ce qu’annonçait en figure l’habitation de la «  Gloire  » de Yahweh dans le Tabernacle du désert, puis dans le Temple de Jérusalem. Dans le Nouveau Testament comme dans l’Ancien, la Gloire divine est inséparable du Tabernacle et du Temple où elle réside. Dans le Nouveau Testament, c’est Marie  ! l’arche d’alliance, c’est Elle  !

Le jour où elle rend visite à sa cousine Élisabeth, celle-ci s’écrie  : «  Comment m’est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne chez moi  ?  » Comme elle connaît par cœur l’Écriture sainte, elle cite David recevant l’arche d’alliance  :

«  Ce jour-là, David eut peur de Yahweh et dit  : “ Comment l’arche de Yahweh entrerait-elle chez moi  ? ”  » (2 S 6, 9)

Saint Luc a parfaitement compris et fait sentir le parallèle, dans son récit, avec l’histoire de David  :

«  En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda.  » (Lc 1, 39)

«  S’étant mis en route, David et toute l’armée qui l’accompagnait partirent pour Baala de Juda, afin de faire monter de là l’arche de Dieu, qui porte le nom de Yahweh Sabaot, siégeant sur les chérubins.  » (2 S 6, 2)

«  Marie demeura avec elle environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.  » (Lc 1, 56)

«  L’arche de Yahweh demeura trois mois chez Obed-Édom de Gat, et Yahweh bénit Obed-Édom et toute sa famille.  » (2 S 6, 11)

Ce que saint Luc fait comprendre par des allusions au livre de Samuel, saint Jean, lui, le «  dévoile  » clairement parce qu’il l’a vue dans le Ciel  :

«  Alors s’ouvrit le temple de Dieu, dans le ciel, et son arche d’alliance apparut, dans le temple.  » (Ap 11, 19)

Désormais, le “ temple de Dieu ” est le Ciel, comme l’explique saint Paul dans l’Épître aux Hébreux  : «  Ce n’est pas, en effet, dans un ­sanctuaire fait de main d’homme, dans une image de l’authentique, que le Christ est entré, mais DANS LE CIEL LUI-MÊME, afin de paraître maintenant devant la Face de Dieu en notre faveur.  » (He 9, 24)

Cependant, lorsque le Ciel s’ouvre aux yeux de saint Jean, ce n’est pas le Christ qui se montre à lui, mais sa Mère que «  le soleil enveloppe (…) et douze étoiles ­cou­ronnent sa tête  » (Ap 12, 1). Tandis que la vision inaugurale lui avait montré le Christ «  au milieu des candélabres  » (Ap 1, 13); «  dans sa main droite, il a sept étoiles (…) et son visage est comme le soleil qui brille dans tout son éclat.  » Comme si la Reine de la Miséricorde s’interposait au moment où «  un tremblement de terre  » (Ap 11, 19) annonce le jugement de Dieu.

«  Il a été donné à notre siècle de revoir ce Signe merveilleux, écrivait l’abbé de Nantes, notre Père, en 1967, pour le cinquantenaire des apparitions de Fatima. Cette Dame apparue dans le ciel de Fatima, c’est bien la même Femme de la vision de Patmos. D’être ainsi engagés par les événements de notre histoire humaine dans les temps d’Apocalypse, saisit d’émotion et d’effroi. Le chapitre qu’a écrit Notre-Dame de Fatima est d’une limpide simplicité dans sa grandeur même. Il rejoint celui de saint Jean, il le jette dans l’actualité et le fait réentendre aux chrétiens. Les deux s’éclairent mutuellement, au point de ne plus rien laisser dans l’ombre, de ce qui concerne la grande tragédie de notre ­vingtième siècle.  » (Lettre à mes amis n° 247 du 5 juin 1967; Bible, Archéologie, Histoire, t. 3, p. 115)

«  Le soleil l’enveloppe.  » Autant dire qu’elle est elle-même un soleil plus éclatant que l’astre du jour. Ce qu’elle a rendu manifeste à Fatima, par exemple le 13 septembre. À son arrivée, clairement et distinctement manifestée aux yeux des milliers de témoins par le déplacement d’un globe lumineux glissant majestueusement dans l’espace, telle la Nuée au-dessus de l’arche d’alliance jadis, “ l’éclat du soleil diminua, l’atmosphère devint jaune d’or, comme les fois précédentes. Le jour baissa tellement que certains rapportèrent avoir distingué les étoiles dans le ciel. ”  »

Elle est Reine, et victorieuse, comme le manifeste sa couronne d’étoiles. Dans la main du Christ, «  les sept étoiles sont les Anges des sept Églises  » (Ap 1, 20). Sur la tête de la Reine des Anges, la couronne des «  douze étoiles  » est «  couronne de vie  », signe de sa victoire, comme l’écrit saint Jean à l’Ange de l’Église de Smyrne (Ap 2, 10). Elle est la Reine des douze Apôtres.

Elle soutient en effet un terrible combat  :

2. «  Elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement.  »

Les verbes qui expriment la douleur de l’enfantement sont au présent, pour indiquer que cette souffrance «  crucifiante  », selon le sens du mot grec, se prolonge. La naissance messianique décrite ici n’est donc pas celle de Jésus à Bethléem, mais celle du matin de Pâques, et les douleurs de l’enfan­tement sont celles du Calvaire, annoncées par Jésus avant d’entrer dans sa Passion  : «  La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue.  » (Jn 16, 21)

Les premières douleurs sont celles de la compassion de son Cœur Immaculé percé d’un glaive au pied de la Croix, selon la prophétie de Siméon  : «  Et toi-même, une épée te transpercera l’âme afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs.  » (Lc 2, 35) Au moment où Jésus souffre pour acquérir une humanité sanctifiée par son Sang ­précieux, c’est alors qu’elle enfante tout un peuple en la personne de Jean  : «  Femme, voici votre fils  » (Jn 19, 26), selon la prophétie d’Isaïe  : «  Qui a jamais entendu rien de tel, qui a vu rien de pareil  ? Accouche-t-on d’un pays en un seul jour  ? Enfante-t-on une nation toute à la fois  ? Qu’à peine en gésine, Sion ait enfanté ses fils  !  » (Is 66, 8) Marie personnifie Sion.

Ainsi, Marie n’est pas seulement la Mère de Jésus. Elle est l’Épouse de ce nouvel Adam, Père de tous les hommes qu’il sauve sur la Croix en versant son Précieux Sang pour les enfanter à la grâce. Elle est elle-même Médiatrice de cette grâce, connaissant une union d’esprit totale avec ce Rédempteur dont elle est Corédemptrice. Le même Esprit-Saint est en Elle et en Lui pour exercer avec Lui une fonction indivisible de paternité-maternité afin d’illuminer et sauver leurs enfants.

Elle est donc à la fois au Ciel et sur la terre, lorsque saint Jean la voit glorieuse et souffrante. Comme Jésus lui-même «  présent dans tous les tabernacles de la terre  » en même temps que dans le Ciel. C’est ainsi qu’ils prennent part, tous deux, au combat qui se livre sur la terre, décrit dans les versets suivants.

3. «  Puis un second signe apparut au ciel  : un énorme Dragon rouge feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d’un diadème.  »

C’est le serpent tentateur de la Genèse, portant les emblèmes du pouvoir convenant à son rang de prince des démons.

4. «  Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre.  »

Allusion à la chute des mauvais anges, entraînés par Satan, aux origines. Et, avertissement  : ils sont à l’œuvre «  sur la terre  »  !

«  En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s’apprête à dévorer son Enfant aussitôt né.  »

Ainsi s’accomplit l’oracle des origines, que l’on appelle “ Protévangile ”  :

«  Je mets une hostilité entre toi et la Femme, entre ta semence et la sienne. Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon.  » (Gn 3, 15)

Avant la sentence qui condamne Adam et Ève et énonce leur châtiment dans les versets suivants, brille l’annonce de la maternité virginale de Marie, con­tenue dans cette expression  : «  et sa semence  », en grec sperma autès, la «  semence  » de la femme. Nous ne retrouverons cette expression qu’une seule fois dans toute la Bible  : à la fin de l’histoire du salut, lors des ultimes affrontements entre le Dragon et «  le reste  » des enfants de Marie, «  sa semence  » (Ap 12, 17)  ! que racontent les chapitres suivants.

Au moment où écrit saint Jean, ce «  reste  » est constitué par l’Église naissante que le Dragon va tenter d’anéantir par le martyre de Pierre et de Paul.

«  La femme  », désignée par l’article défini du début (Gn 3, 15) à la fin de la Bible, c’est Marie, l’Imma­culée déjà mystérieusement ­conçue au commencement des œuvres de Dieu  :

«  Yahweh m’a conçue, commencement de sa Voie, avant ses œuvres, depuis toujours. Dès l’éternité, je fus sacrée, dès le commencement, dès les origines de la terre. Quand les abîmes n’existaient pas, je fus enfantée.

«  Quand il n’y avait point de sources regorgeant d’eau, avant que les montagnes ne fussent im­plantées, avant les collines, je fus enfantée  ; alors qu’il n’avait pas encore fait la terre, ni les campagnes, ni le commencement des poussières du monde. Quand il affermit les cieux, j’étais là  ; quand il traça un cercle à la surface de l’abîme, quand il condensa les nuées en haut, quand il rendit puissantes les sources de l’abîme, quand il assigna sa limite à la mer, pour que les eaux n’en franchissent pas le bord, quand il fortifia les fondements de la terre  ; à ses côtés, Je suis, enfant chérie  ; Je suis, faisant ses délices, jour après jour  ; jouant devant lui tout le temps, jouant sur le sol de sa terre, et trouvant mes délices avec les fils d’Adam.  » (Pr 8, 22-31)

Avant Ève, il y a Marie à qui est promis l’enfantement virginal de Celui par qui Elle écrasera la tête du serpent.

5. «  Or la Femme mit au monde un Enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer  ; et l’Enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône.  »

Dans la lettre à Thyatire, le Christ fait la promesse au «  vainqueur  », «  celui qui gardera mes œuvres jusqu’à la fin  », de lui donner «  pouvoir sur les nations  : c’est avec un sceptre de fer qu’il les mènera comme on fracasse des vases d’argile  ! Ainsi moi-même j’ai reçu ce pouvoir de mon Père.  » (Ap 2, 26-28)

La référence à la prophétie du psaume  : «  Tu les paîtras avec un sceptre de fer  » (Ps 2, 9), montre bien que la «  naissance  » dont il s’agit ici est celle de la résurrection du Christ, «  Bonne Nouvelle  » annoncée aux juifs par saint Paul  : «  La promesse faite à nos pères, Dieu l’a accomplie pour nous, leurs enfants, en ressuscitant Jésus, selon ce qui est écrit dans le psaume deuxième  : “ Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui. ”  » (Ac 13, 33)

Il est «  établi Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts, Jésus-Christ Notre-Seigneur  » (Rm 1, 4).

«  Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit  : “ Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ”  ? Et encore  : “ Je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils ”  ?  » (He 1, 5)

«  De même ce n’est pas le Christ qui s’est attribué à soi-même la gloire de devenir grand prêtre, mais il l’a reçue de celui qui lui a dit  : “ Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. ”  » (He 5, 5)

Cette naissance est celle du «  Premier-né d’entre les morts.  » (Ap 1, 5 = Col 1, 18) Elle marque, après la septième trompette, un nouveau départ, une nouvelle phase du combat entre l’Agneau et ses ennemis, immédiatement suivi de l’Ascension. Le Christ enlevé au Ciel est présenté comme un «  enfant  » (teknon). Enfant, non pas seulement de Dieu le Père, mais aussi de «  la Femme  », de la Sainte Vierge, à laquelle l’unit une relation filiale semblable à celle qui l’unit à son Père.

6. «  Tandis que la Femme s’enfuyait au désert, où Dieu lui a préparé une place pour qu’elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours.  »

Saint Luc montre, au début des Actes des Apôtres, la communauté chrétienne réunie dans la «  chambre haute  », c’est-à-dire au Cénacle, sur la colline de Sion, autour de Marie  : «  Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière avec quelques femmes, ET MARIE MÈRE DE JÉSUS, et avec quelques frères.  » (Ac 1, 14)

Comme les Hébreux étaient nourris par la manne dans le désert, pendant l’Exode, la Vierge Marie, que Jésus a laissée ici-bas au milieu de son Église, est nourrie par l’Eucharistie  :

«  Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières.  » (Ac 2, 42)

«  Au désert  »  : selon le rouleau de La guerre des fils de lumière contre les fils de ténèbres, trouvé dans la grotte 1 de Qumrân, les esséniens appelaient leur quartier, au sud-ouest de la Cité sainte  : «  Désert de Jérusalem  ». Ils se considéraient comme «  campés  » dans ce «  désert  » en attendant la restauration de toute chose par le Messie. Le «  désert  » où «  la Femme  » qui est au centre de l’Église, a trouvé refuge, est ce lieu, situé nettement en dehors de la Sion davidique, préparé par Dieu «  pour qu’elle y soit nourrie  », pendant «  mille deux cent soixante jours  », durée historique approximative de la persécution d’Antiochus Épiphane (Dn 7, 25; 12, 7), devenue le symbole du temps d’épreuve, mais en même temps coïncidant avec la durée historique de la «  poursuite  » lancée par Néron à l’apogée de sa puissance, à partir du 13 octobre 64, anniversaire de son “ dies imperii ”, jour de son avènement, marqué, solennisé, célébré par le martyre de saint Pierre donné en spectacle au peuple romain dans le cirque du Vatican, jusqu’à l’avènement de son successeur Galba, proclamé empereur en avril 68, donc trois ans et demi après le martyre de saint Pierre.Michel

7. «  Alors, il y eut une bataille dans le Ciel  : Michel et ses anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta avec ses anges…  »

8. «  … mais ils eurent le dessous et furent chassés du Ciel.  »

Autre que celui des origines (Ap 12, 4), ce combat est celui qu’annonçait Jésus comme la contrepartie de son élévation sur la Croix  : «  Maintenant, le Prince de ce monde va être jeté bas.  » (Jn 12, 31)

9. «  On le jeta donc, l’énorme Dragon, l’antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses anges furent jetés avec lui.  »

En contemplant Jésus sur la Croix, saint Jean assistait à cette victoire sur les puissances mauvaises de Satan.

10. «  Et j’entendis une voix clamer dans le Ciel  : “ Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, et la domination à son Christ, puisqu’on a jeté bas l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu. ”  »

Il y a là une transcription, sous un mode céleste, de l’accusation que les juifs portaient contre les chrétiens, les traînant devant le sanhédrin, les persécutant et les livrant à la prison et à la mort, comme le racontent les Actes des Apôtres. En particulier au chapitre 12, qui a un rapport étroit avec ce chapitre 12 de l’Apocalypse parce qu’il raconte comment saint Pierre emprisonné, est délivré par un Ange et s’enfuit, lui aussi, dans «  un autre endroit  », retiré. C’est que l’accusateur de nos frères, qui les accusait jour et nuit, est maintenant jeté bas.

11. «  “ Eux-mêmes l’ont vaincu grâce au sang de l’Agneau et par la parole dont ils ont témoigné, car ils ont méprisé leur vie jusqu’à mourir. ”  »

Jean parle de son propre frère que le roi Hérode Agrippa Ier fit périr par le glaive (Pâques 44), le premier martyr après saint Étienne, mais aussi de Pierre (13 octobre 64) et de Paul (67).

12. «  “ Soyez donc dans la joie, vous, les Cieux et leurs habitants. Malheur à vous, la terre et la mer, car le Diable est descendu chez vous, frémissant de colère et sachant que ses jours sont comptés. ”  »

Satan avait été créé puissant, et les Anges qui se sont révoltés avec lui également. Maintenant qu’ils sont chassés du Ciel, ils ont encore, pendant un temps compté, jusqu’à la consommation de l’histoire, puissance sur la terre pour essayer d’entraîner les hommes dans leur révolte. Nous sommes avertis, nous qui sommes à leur merci  : Malheur à vous  ! Attention à vous  ! Vous allez être passés au crible. Les démons sont parmi vous. Vous allez subir de leur part bien des sévices, des tentations, des séductions, mais avec la force du Christ ressuscité, vous l’emportez sur eux  !

13. «  Se voyant donc rejeté sur la terre, le Dragon se lança à la poursuite de la Femme, la mère de l’enfant mâle.  »

Mais il ne pourra rien de plus contre elle que la mordre au talon et elle lui écrasera la tête. C’est annoncé depuis le commencement  :

«  Je mets une hostilité entre toi et la femme, entre ta semence et la sienne. Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon.  » (Gn 3, 15)La Femme aux ailes d’aigle

14. «  Mais elle reçut les deux ailes du grand Aigle pour voler au désert jusqu’en sa place où, loin du Serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d’un temps.  »

Nous lisons dans l’Évangile que, lorsque les disciples reviennent de leurs courses apostoliques, Jésus leur dit  : «  Venez vous-mêmes à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu.  » (Mc 6, 31) Et là, il les nourrit avec «  cinq pains et deux poissons  », eux et la foule venue les rejoindre en ce «  lieu désert  ».

Ainsi la «  Femme  » est-elle transportée «  au désert  » jusqu’à la fin du monde. Alors qu’au verset 6 il ne s’agissait pas encore d’Assomption, ici «  les deux ailes du grand Aigle  » sont données à Marie pour voler «  au désert  ». Qu’est-ce à dire  ? L’image est empruntée au récit de l’Exode du peuple hébreu où Yahweh portait son peuple à travers le désert vers la Terre promise, comme un aigle porte ses petits  :

«  Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, et comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle et amenés vers moi.  » (Ex 19, 4)

«  Tel un aigle qui veille sur son nid, plane au-dessus de ses petits, il déploie ses ailes et le prend, il le soutient sur son pennage.  » (Dt 32, 11)

C’est ainsi que la Vierge Marie, au jour de son Assomption, a été emportée au Ciel sur les ailes de son grand Aigle, son Fils et son Époux, pour y être mise en sécurité auprès de son Enfant mâle déjà parvenu en ce lieu au jour de son Ascension.

Ce lieu est le «  désert  » où cette «  colombe  » aspirait à s’enfuir, disant  :

«  Qui me donnera des ailes comme à la colombe, que je m’envole et me pose  ? Oui, je m’enfuirais au loin, je gîterais au désert.  » (Ps 55, 7-8)

«  Un temps et des temps et la moitié d’un temps  ». La formule ouvre sur une durée calquée sur les «  mille deux cent soixante jours  » de séjour au «  désert  » (Ap 12, 6).

Elle est Reine, comme le montre la couronne qu’Elle porte, symbole de sa victoire (Ap 2, 10; 3, 11; 4, 4 et 10; 6, 2; 14, 14).

Et Elle est «  nourrie  » de «  l’arbre de vie placé dans le paradis de Dieu  », dont le fruit est la «  manne cachée  », réservée au «  vainqueur  » des Églises d’ Éphèse et de Pergame (Ap 2, 7 et 17), «  cachée  » sous des apparences bien différentes de celles de la «  manne  » du «  désert  » de jadis.

«  En sa place  »  : «  Je m’en vais vous préparer une place  », avait dit Jésus dans le discours d’adieux rapporté par saint Jean, au moment de remonter au Ciel (Jn 14, 2). L’expression est reprise à dessein par saint Jean ici, à deux reprises, aux versets 6 et 14, pour signifier que Marie fut la première introduite en cette «  place préparée  » au jour de son Assomption. Le «  désert  » où elle «  vole  » est toujours Jérusalem, au verset 14 comme au verset 6. Mais en sa personne et en celle de Jésus, la Cité sainte a commencé sa transhumance, se transportant au «  Ciel  », d’où elle descendra à la fin des temps, «  Jérusalem nouvelle  », comme nous le verrons à la fin du livre de l’Apocalypse (21, 2). Et comme nous l’avons vu à Paris, rue du Bac, à Lourdes, à Pontmain, à Fatima.La Femme poursuivie par le Dragon

15. «  Le Serpent vomit alors de sa gueule comme un fleuve d’eau derrière la Femme pour l’entraîner dans ses flots.  »

Si saint Jean contemple Marie «  dans le Ciel  », bien qu’elle souffre en même temps sur la terre les douleurs de l’enfantement, c’est que les assauts diaboliques ont lieu sur la terre et qu’elle échappe cependant à ces assauts par le mystère de son Assomption.

Mais Elle descend sur la terre pour intervenir dans le combat qui continue, jusqu’à l’achèvement du «  temps  » dévolu aux persécutions (Dn 7, 25).

Au temps du roi Achaz, en 734 avant Jésus-Christ, Yahweh avait annoncé par la bouche du prophète Isaïe  :

«  Puisque ce peuple a refusé les eaux de Siloé qui coulent doucement [l’unique source d’eau de Jérusalem, symbole de la secrète protection divine sur laquelle la foi devrait se reposer], et a tremblé devant Raçôn et le fils de Remalyahu [deux roitelets, de Damas et de Samarie, coalisés contre Jérusalem], eh bien  ! voici que le Seigneur fait monter contre lui les eaux du Fleuve, puissantes et abondantes [le roi d’Assur et toute sa gloire]; il grossira dans toutes ses vallées et franchira toutes ses rives  ; il passera en Juda, inondera et traversera  ; il atteindra jusqu’au cou.  » (Is 8, 6-8)

Cet oracle annonçait l’invasion assyrienne, sous la figure d’une inondation de l’Euphrate sortant de son lit, comme un nouveau déluge. L’image est reprise ici par saint Jean pour désigner la soudaine persécution romaine qui menaça une fois encore d’anéantir l’Église en 64, lors de la mise à mort de Pierre.

16. «  Mais la terre vint au secours de la Femme  : ouvrant la bouche, elle engloutit le fleuve vomi par la gueule du Dragon.  »

«  Vint au secours  »  : on ne retrouve nulle part ailleurs cette expression dans l’Apocalypse. Elle désigne donc une circonstance très précise  : l’invasion romaine qui dévaste la «  terre  » sainte comme un déluge sorti de l’enfer.5. Serviteurs combattent le Dragon

17. «  Alors, furieux contre la Femme, le Dragon s’en alla guerroyer contre le reste de sa semence [spermatos autès], ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus.  »

Après le martyre de Jacques en 44, le martyre de Pierre en 64 et de Paul en 67, et l’Assomption de Marie, l’Église est réduite à un «  reste  », contre lequel le Dragon lance sa troisième attaque en exilant à Patmos Jean, donné comme «  fils  » à Marie par Jésus du haut de la Croix, et personnifiant, à lui seul, le «  reste  » de la «  semence  » de la Femme.

«  Les commandements  » enseignés par Jean à ses disciples tiennent en un seul  : «  Aimez-vous les uns les autres.  » (Jn 13, 34) Non plus lancé au milieu des éclairs du haut du Sinaï, mais par les lumières du Saint-Esprit parlant au cœur des enfants de Marie en accomplissement de la promesse de Jésus  :

«  Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui vient du Père, il me rendra témoignage.  » (Jn 15, 26)

18. «  Et il se tint sur le sable de la mer.  »

«  Le Dragon tombé des Cieux se traîne sur la plage de la mer, qui est le lieu de l’agitation et de l’inconstance  ; là, vautré sur le sable stérile, il ose encore continuer la guerre contre Dieu son vainqueur, qui trône avec l’Agneau dans la tranquille majesté du Ciel. Satan appelle de la mer – c’est-à-dire à la fois de l’Abîme et de l’Occident – le redoutable allié humain qu’on va voir apparaître.  » (Allo, p. 184)

LES DEUX BÊTES

XIII, 1. «  Alors je vis surgir de la mer une Bête ayant sept têtes et dix cornes, sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des titres blasphématoires.

2. «  Cette Bête ressemblait à une panthère, avec les pattes comme celles d’un ours et la gueule comme la gueule d’un lion  ; et le Dragon lui transmit sa puissance et son trône avec un empire immense.

3. «  L’une de ses têtes paraissait blessée à mort, mais sa plaie mortelle avait été guérie. Alors, émerveillée, la terre entière suivit la Bête.

4. «  On se prosterna devant le Dragon, parce qu’il avait remis l’empire à la Bête  ; et l’on se prosterna devant la Bête en disant  : “ Qui est comme la Bête, et qui pourra lutter contre elle  ? ”

5. «  Il lui fut donné de proférer des paroles d’orgueil et de blasphème  ; il lui fut donné pouvoir d’agir durant quarante-deux mois.

6. «  Alors, elle se mit à proférer des blasphèmes contre Dieu, à blasphémer son nom et sa demeure, ceux qui demeurent au Ciel.

7. «  Il lui fut donné de mener campagne contre les saints et de les vaincre  ; il lui fut donné pouvoir sur toute race, peuple, langue ou nation.

8. «  Et ils l’adoreront, tous les habitants de la terre dont le nom ne se trouve pas écrit, dès l’origine du monde, dans le livre de vie de l’Agneau égorgé.

9. «  Celui qui a des oreilles, qu’il entende  !

10. «  Les chaînes pour qui doit être enchaîné  ; la mort par le glaive pour qui doit périr par le glaive  ! Voilà qui fonde la patience et la confiance des saints  !

11. «  Je vis ensuite surgir de la terre une autre Bête  ; elle avait deux cornes comme un agneau, mais parlait comme un dragon.

12. «  Au service de la première Bête, elle en établit partout le pouvoir, amenant la terre et ses habitants à adorer cette première Bête dont la plaie mortelle fut guérie.

13. «  Elle accomplit des prodiges étonnants  : jusqu’à faire descendre, aux yeux de tous, le feu du Ciel sur la terre.

14. «  Et, par les prodiges qu’il lui a été donné d’accomplir au service de la Bête, elle fourvoie les habitants de la terre, leur disant de dresser une image en l’honneur de cette Bête qui, frappée du glaive, a repris vie.

15. «  Il lui fut même donné d’animer l’image de la Bête pour la faire parler, et de faire en sorte que fussent mis à mort tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la Bête.

16. «  Par ses manœuvres, tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves, se feront marquer sur la main droite ou sur le front.

17. «  Et nul ne pourra rien acheter ni vendre s’il n’est marqué au nom de la Bête ou au chiffre de son nom.

18. «  C’est ici qu’il faut de la finesse  ! Que l’homme doué d’esprit calcule le chiffre de la Bête, c’est un chiffre d’homme  : son chiffre, c’est 666.  »

*
*       *Le Dragon transmet son pouvoir à la-Bête de la Mer

XIII, 1. «  Alors je vis surgir de la mer une Bête ayant sept têtes et dix cornes, sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des titres blasphématoires.  »

Le démon, bien qu’il se sache irrémédiablement vaincu, veut cependant profiter du temps qui lui reste pour tenter de ruiner l’œuvre divine. Il singe Dieu. À l’Agneau qui règne au Ciel, mais qui est aussi mystérieusement présent sur la terre, Satan oppose sa Bête, «  surgie de la mer  », c’est-à-dire de l’Occident.

2. «  Cette Bête ressemblait à une panthère, avec les pattes comme celles d’un ours et la gueule comme la gueule d’un lion  ; et le Dragon lui transmit sa puissance et son trône avec un empire immense.  »

L’Empire romain succède aux trois empires qui l’ont précédé, symbolisés dans le livre de Daniel (7) par une panthère (Babylone), un ours (les Mèdes), un lion (les Perses). Satan fait surgir cette Bête hybride et féroce comme une contrefaçon du «  Lion de Juda  ».

3. «  L’une de ses têtes paraissait blessée à mort, mais sa plaie mortelle avait été guérie.  »

Néron, après s’être suicidé, passait pour devoir ressusciter. Comme Jésus  ! Diabolique singerie.

«  Alors, émerveillée, la terre entière suivit la Bête.  »

Satan imite, en faveur de cette Bête, la résurrection et l’intronisation de l’Agneau, mais sur la terre, aux yeux des hommes émerveillés et séduits, tandis que l’intronisation de Jésus prenant possession du Livre des destinées s’était déroulée devant la Cour céleste (Ap 5, 6-7).Adoration du Dragon

4. «  On se prosterna devant le Dragon, parce qu’il avait remis l’empire à la Bête  ; et l’on se prosterna devant la Bête en disant  : “ Qui est comme la Bête, et qui pourra lutter contre elle  ? ”  »

La scène se déroule sous les yeux du Dragon, et parodie celle où toutes les créatures, célestes, terrestres, infernales, glorifient l’Agneau comme égal à Dieu (Ap 5, 14).

5. «  Il lui fut donné de proférer des paroles d’orgueil et de blasphème  ; il lui fut donné pouvoir d’agir durant quarante-deux mois.  »

Comme Antiochus Épiphane au temps des Maccabées (Dn 7, 8).Adoration de la Bête

6. «  Alors, elle se mit à proférer des blasphèmes contre Dieu, à blasphémer son nom et sa demeure, ceux qui demeurent au Ciel.  »

Ces derniers, “ Église triomphante ”, sont hors d’atteinte, mais non pas «  ceux qui demeurent  » sur la terre, “ Église militante ”  :

7. «  Il lui fut donné de mener campagne contre les saints et de les vaincre  ; il lui fut donné pouvoir sur toute race, peuple, langue ou nation.  »

Cette citation littérale du prophète Daniel (7, 21) s’applique à la lettre à la guerre Juive où Vespasien et Titus, dont l’Empire s’étend à «  toute race, peuple, langue ou nation  », vont vaincre les «  saints  » en «  quarante-deux mois  », de 67 à 70.9_Adoration-de-la-Bete

8. «  Et ils l’adoreront, tous les habitants de la terre dont le nom ne se trouve pas écrit, dès l’origine du monde, dans le livre de vie de l’Agneau égorgé.  »

«  Les habitants de la terre  » sont les juifs de Jérusalem (Ap 8, 13), endurcis dans leur opposition aux «  saints  », depuis qu’ils ont crié  : «  Nous n’avons d’autre roi que César  !  » (Jn 19, 15)

«  Dès l’origine du monde  »  : «  l’Agneau  » lui-même était donc «  désigné dès avant la fondation du monde  » comme «  égorgé  » pour verser «  un sang précieux  » (1 P 1, 19-20).

9. «  Celui qui a des oreilles, qu’il entende  !

10. «  Les chaînes pour qui doit être enchaîné  ; la mort par le glaive pour qui doit périr par le glaive  ! Voilà qui fonde la patience et la confiance des saints  !  »

Au moment de son arrestation au jardin des Oliviers, à saint Pierre qui a tiré son glaive pour le défendre, Jésus dit  : «  Rengaine ton glaive  ; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive.  » (Mt 26, 52) Jean s’en souvient et applique l’oracle de Jérémie (15, 2; 43, 11) à l’Église des «  saints  », c’est-à-dire aux chrétiens de Jérusalem au moment de l’invasion romaine  : qu’ils ne tirent pas le glaive mais observent plutôt les consignes du Seigneur  : «  Lorsque vous verrez l’abomination de la désolation installée là où elle ne doit pas être (que le lecteur comprenne  !), alors que ceux qui seront en Judée s’enfuient dans les montagnes.  » (Mc 13, 14)Deuxième bête

11. «  Je vis ensuite surgir de la terre une autre Bête  ; elle avait deux cornes comme un agneau, mais parlait comme un dragon.  »

Pour que la Bête de la mer pût rivaliser avec l’Agneau, il lui faut le secours d’un autre monstre  : la Bête de la terre qui sait mieux se donner des airs d’Agneau. Jésus nous en avait prévenus  : «  Méfiez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous recouverts de peaux de brebis et, à l’intérieur, ils sont des loups ravisseurs.  » (Mt 7, 15)

Cette hypocrisie d’un pouvoir spirituel qui se veut libéral, pastoral, sympathique, ouvert, au service du monde, au service des hommes caractérise le Magistère de l’Église depuis le concile Vatican II. Sous les apparences d’un agneau, c’est un «  Dragon  »  ! reconnaissable aux «  cornes  » qui caractérisent le faux prophète et signifient son pouvoir spirituel imité de celui de l’Agneau. Nous avons vécu l’accomplissement de cette prophétie  : à partir du règne de Jean XXIII, le pouvoir spirituel, vicaire de l’Agneau de Dieu, parlait comme un Dragon, évacuant la Croix et adorant «  l’homme  » comme un dieu. Mais déjà, quand saint Pierre voulut faire obstacle au chemin de Croix annoncé par Jésus, il s’attirait cette réponse  : «  Arrière de moi, dégage, Satan  !  » Saint Pierre, le futur saint Pierre, pas encore saint, s’identifiait au tentateur, à la Bête infernale  !… C’est ainsi que «  hors de ses bornes, l’Église elle-même peut devenir le lieu de l’Apostasie des hommes d’Église, soit qu’ils la proclament par un honteux abus sous les apparences du Magistère ordinaire, soit qu’ils la reçoivent sous les apparences de la foi et de l’obéissance  », écrivait l’abbé de Nantes, notre Père, appliquant à Paul VI ce verset de l’Apocalypse (CRC n° 5, février 1968, p. 11). En avril, il soutenait cette accusation d’Apostasie devant le Saint-Office… qui est resté sans voix jusqu’à ce jour. Nous sommes en attente d’une sentence depuis… cinquante ans  !

12. «  Au service de la première Bête, elle en établit partout le pouvoir, amenant la terre et ses habitants à adorer cette première Bête dont la plaie mortelle fut guérie.  »

Les deux Bêtes imitent les deux «  témoins  » du chapitre 11 par des prestiges calqués sur leurs miracles, et même plus éclatants.

13. «  Elle accomplit des prodiges étonnants  : jusqu’à faire descendre, aux yeux de tous, le feu du Ciel sur la terre.  »

Jean a entendu Jésus les prévenir  : «  Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes qui opéreront des signes et des prodiges pour abuser, s’il était possible, les élus.  » (Mc 13, 22)

14. «  Et, par les prodiges qu’il lui a été donné d’accomplir au service de la Bête, elle fourvoie les habitants de la terre, leur disant de dresser une image en l’honneur de cette Bête qui, frappée du glaive, a repris vie.  »

«  Les habitants de la terre  »  : les juifs eux-mêmes, rebelles au Christ, se précipitent dans le culte des faux messies.

15. «  Il lui fut même donné d’animer l’image de la Bête pour la faire parler, et de faire en sorte que fussent mis à mort tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la Bête.  »

Dans l’Église, c’est l’Esprit qui procure cette «  animation  » et provoque la foi au Christ ressuscité.

Ainsi, le Diable singe la Sainte Trinité pour la supplanter dans le cœur des hommes par ses sortilèges  : le Dragon et la première Bête imitent le Père et le Fils, et la deuxième Bête imite l’Esprit.Chiffre de la bête

16. «  Par ses manœuvres, tous, petits et grands, riches ou pauvres, libres et esclaves, se feront marquer sur la main droite ou sur le front.  »

Toutes les catégories de la société vouées à «  la colère  » divine (Ap 6, 15) portent la marque de l’apostasie, tel, de nos jours, l’anneau remis par le pape Paul VI à tous les Pères conciliaires.

17. «  Et nul ne pourra rien acheter ni vendre s’il n’est marqué au nom de la Bête ou au chiffre de son nom.  »

De la «  Femme  » revêtue de soleil du chapitre 12, notre Père écrivait qu’ «  il a été donné à notre siècle de revoir ce Signe merveilleux  » (supra, p. 5).

C’était en 1917.

Cinquante ans plus tard, il identifia la Bête apparue «  aux yeux des croyants ébahis  », et lui donna le nom de MASDU, Mouvement d’animation spirituelle de la démocratie universelle  :

«  Ce nom même, je l’ai trouvé dans un discours du Saint-Père  : “ L’Église… ne peut se désintéresser de l’animation idéologique, morale et spirituelle de la vie publique ” et, en ce domaine, elle invite à “ travailler avec confiance  ; oui, avec confiance dans les institutions qui forment la norme et l’histoire de notre société, et qui sont aujourd’hui les institutions démocratiques. ” (30 janvier 1965)  » (Lettre à mes amis n° 200, Annonciation 1965)

Dans son discours de clôture du concile Vatican II, le 7 décembre 1965, le pape Paul VI, en proclamant «  le culte de l’Homme  », a mis la Religion nouvelle créée par le Concile au service de la Puissance temporelle.

Jacques Maritain en avait été le précurseur, dès 1936  : «  La sainteté chrétienne n’aura-t-elle pas à travailler là aussi où travaille l’héroïsme particulier de la faucille et du marteau, ou du faisceau, ou de la croix gammée  ?  » (L’Humanisme intégral, p. 132)

À partir du concile Vatican II qui opère une mue dont le Père Congar fut le docteur, toutes les religions doivent servir la Bête en vertu de cet «  humanisme intégral  », mais l’Église catholique en tout premier lieu.

18. «  C’est ici qu’il faut de la finesse  ! Que l’homme doué d’esprit calcule le chiffre de la Bête, c’est un chiffre d’homme  : son chiffre, c’est 666.  »

Chiffre de l’imperfection maxima – six, six, six –, empêché d’aller jusqu’à sept qui est le chiffre parfait. C’est un chiffre satanique.

Mais saint Jean ne veut pas en rester là. En grec comme en hébreu chaque lettre de l’alphabet avait une valeur numérique  : «  C’est un chiffre d’homme.  » Invitation à calculer  : 666 est le chiffre de César-Néron, l’empereur divinisé, figure de tous les totalitarismes à venir, qui sont des idolâtries.

L’AGNEAU

XIV, 1. «  Puis voici qu’un Agneau apparut à mes yeux  ; il se tenait sur le mont Sion, accompagné de cent quarante-quatre milliers portant inscrits sur le front son nom et le nom de son Père.

2. «  Et j’entendis un bruit venant du ciel, comme le mugissement des grandes eaux ou le grondement d’un orage violent, et ce bruit me faisait songer à des joueurs de harpe touchant de leurs instruments.

3. «  Ils chantent un cantique nouveau devant le trône et devant les quatre Vivants et les Anciens. Et nul ne pouvait apprendre le cantique, hormis les cent quarante-quatre milliers, rachetés à la terre.

4. «  Ceux-là ne se sont pas souillés avec des femmes, ils sont vierges  ; ceux-là suivent l’Agneau partout où il va  ; ceux-là ont été rachetés d’entre les hommes comme prémices pour Dieu et pour l’Agneau.

5. «  Jamais leur bouche ne connut le mensonge  : ils sont immaculés.  »

*
*       *L’Agneau sur le mont Sion

XIV, 1. «  Puis voici qu’un Agneau apparut à mes yeux  ; il se tenait sur le mont Sion…  »

Figure d’un lieu saint où la Bête n’a pas accès…

«  … accompagné de cent quarante-quatre milliers portant inscrits sur le front son nom et le nom de son Père  ».

Il y a les païens, il y a les renégats qui sont marqués du chiffre de la Bête, et il y a les cent quarante-quatre milliers marqués du nom de l’Agneau, fils de Dieu, et de son Père.

2. «  Et j’entendis un bruit venant du ciel, comme le mugissement des grandes eaux ou le grondement d’un orage violent, et ce bruit me faisait songer à des joueurs de harpe touchant de leurs instruments.Le cantique nouveau

3. «  Ils chantent un cantique nouveau devant le trône et devant les quatre Vivants et les Anciens.  »

Le cantique des Hébreux ayant échappé à la tyrannie de l’Égypte à la suite de Moïse (Ex 15, 1-21), laisse place au «  cantique nouveau  » des chrétiens qui, à la suite du Christ, ont échappé à la tyrannie de Satan. Ils sont au Ciel, tandis que règne sur terre l’horrible oppression de l’Empire païen.

«  Et nul ne pouvait apprendre le cantique, hormis les cent quarante-quatre milliers, rachetés à la terre.  »

«  À la terre  » d’Israël.

4. «  Ceux-là ne se sont pas souillés avec des femmes, ils sont vierges  ; ceux-là suivent l’Agneau partout où il va  ; ceux-là ont été rachetés d’entre les hommes comme prémices pour Dieu et pour l’Agneau.  »

Pour prendre part à cette liturgie céleste, il faut être “ vierge ”, c’est-à-dire n’avoir pas pris part à l’immense apostasie du peuple juif, représenté tout au long de l’histoire sainte par les prophètes comme une fiancée aimée de Dieu qui voulait en faire son épouse, et elle s’est conduite comme une putain. C’est le mot, et même la chose expérimentée par le prophète Osée dans son mariage contracté avec une prostituée sur l’ordre de Dieu  ! (Os 1, 2)

Lorsque cet Époux divin a pris chair dans le sein de l’Immaculée Vierge Marie, il s’est quand même trouvé cent quarante-quatre milliers qui ne s’étaient «  pas souillés avec des femmes  » dans la prostitution sacrée des cultes païens.

Eux ont suivi Jésus, l’Agneau de Dieu montré du doigt par saint Jean-Baptiste à Jean l’Évangéliste, sur les bords du Jourdain  : «  Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde  », et il l’a suivi partout, jusque dans le palais du grand prêtre au jour de la Passion  ! jusqu’au tombeau de sa sépulture, trouvé vide le jour de la Résurrection  !

«  Ceux-là ont été rachetés du milieu des hommes  », rachetés de l’esclavage du péché, «  comme des prémices pour Dieu et pour l’Agneau  ». Les «  prémices  » sont des prélèvements opérés sur les «  premiers  » produits du sol que l’on considérait comme les «  meilleurs  » de la récolte.

5. «  Jamais leur bouche ne connut le mensonge  : ils sont immaculés.  »

«  Le mensonge  » est celui de l’idolâtrie, opposée à la vérité de la profession de foi, à la fidélité au vrai Dieu. Ces cent quarante-quatre milliers sont sans tache, sans souillure, comme les «  prémices  » du troupeau, offerts en victimes dans les sacrifices.

Telles sont les cent quarante-quatre mille victimes des persécutions demeurées fidèles à leur foi, à leur loi, triomphant au Ciel.

Conclusion pratique pour nous  : si nous voulons être sauvés dans les temps durs qui fondent sur nous, il faut rester purs ou le redevenir, il faut rester dans la vérité absolue du «  dogme de la foi  » ou la reconquérir à l’école du Cœur Immaculé de Marie. Après cinquante ans d’apostasie conciliaire d’une Église adultère, de l’aveu même de Mgr Le Couëdic proclamant au retour de la première session du concile Vatican II, que l’Église avait «  épousé le monde  »  !

C’est précisément ce que nous, enfants légitimes de cette sainte Église, ne pourrons jamais accepter  !

L’ÉVANGILE ÉTERNEL

XIV, 6. «  Puis je vis un autre Ange qui volait au zénith, ayant un Évangile éternel à annoncer à ceux qui demeurent sur la terre et à toute nation, race, langue et peuple.

7. «  Il criait d’une voix puissante  : “ Craignez Dieu et rendez-lui gloire, car voici l’heure de son Jugement  ; adorez donc Celui qui a fait le ciel et la terre et la mer et les sources. ”

8. «  Un autre Ange, un deuxième, le suivit en criant  : “ Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la Grande, elle qui a abreuvé toutes les nations du vin de sa furieuse prostitution. ”

9. «  Un autre Ange, un troisième, les suivit, criant d’une voix puissante  : “ Quiconque adore la Bête et son image, et se fait marquer sur le front ou sur la main,

10. “ lui aussi devra boire le vin de la fureur de Dieu qui se trouve préparé, sans mélange, dans la coupe de sa colère. Il subira le supplice du feu et du soufre, devant les saints Anges et devant l’Agneau.

11. “ Et la fumée de leur supplice s’élève pour les siècles des siècles  ; non, point de repos, ni le jour ni la nuit, pour ceux qui adorent la Bête et son image, pour qui reçoit la marque de son nom. ”

12. «  Voilà qui fonde la patience des saints, ceux qui gardent les commandements de Dieu et la foi en Jésus.

13. «  Puis j’entendis une voix me dire, du ciel  : “ Écris  : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur  ; dès maintenant – oui, dit l’Esprit – qu’ils se reposent de leurs fatigues, car leurs œuvres les accompagnent. ”  »

*
*       *Annonce aux justes

XIV, 6. «  Puis je vis un autre Ange qui volait au zénith, ayant un Évangile éternel à annoncer à ceux qui demeurent sur la terre et à toute nation, race, langue et peuple.  »

«  Un Évangile éternel  »  : seul emploi du mot “ Évangile ” par saint Jean. On ne le trouve nulle part ailleurs, ni dans son “ Évangile ”, ni dans l’Apocalypse, ni dans ses Épîtres.

En quoi consiste cette «  bonne nouvelle éternelle  », consolante pour les fidèles, juifs, et capable de faire réfléchir les païens  ?

7. «  Il criait d’une voix puissante  : “ Craignez Dieu et rendez-lui gloire, car voici l’heure de son Jugement  ; adorez donc Celui qui a fait le ciel et la terre et la mer et les sources. ”  »

«  Craignez Dieu.  » Jésus disait  : «  Craignez Celui qui peut perdre dans la Géhenne à la fois l’âme et le corps  » (Mt 10, 28), lors du Jugement.

«  Voici l’heure  » de ce «  Jugement  », sonnée par la «  septième trompette  » (Ap 11, 15), et tenue en suspens par l’apparition d’ «  une Femme  » dans le Ciel (Ap 12, 1).

Le Juge est Celui qui, en six jours, «  a fait le Ciel et la terre, et la mer et les sources  » au début des temps, comme il est raconté au livre de la Genèse. Telle est la «  bonne nouvelle éternelle  » annoncée «  à toute nation, race, langue et peuple  », et condamnant l’idolâtrie qui est une «  prostitution  ».Annonce de la Chute de Babylone

8. «  Un autre Ange, un deuxième, le suivit en criant  : “ Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la Grande, elle qui a abreuvé toutes les nations du vin de sa furieuse prostitution. ”  »

Ces oracles d’Isaïe annonçaient la fin de l’Exil aux juifs déportés à Babylone (Is 21, 9). Saint Jean exilé à Patmos pour cause de persécutions annonce la chute de Rome, nouvelle Babylone persécutrice. Cette «  bonne nouvelle  » qui se répète est donc bien «  éternelle  ».

9. «  Un autre Ange, un troisième, les suivit, criant d’une voix puissante  : “ Quiconque adore la Bête et son image, et se fait marquer sur le front ou sur la main,

10. “ lui aussi devra boire le vin de la fureur de Dieu qui se trouve préparé, sans mélange, dans la coupe de sa colère. Il subira le supplice du feu et du soufre, devant les saints Anges et devant l’Agneau. ”  »Ange annonçant la Bonne Nouvelle

C’est vraiment «  un Évangile éternel  » depuis que «  Yahweh fit pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe du soufre et du feu venant de Yahweh  » (Gn 19, 24). Le «  vin de la fureur de Dieu  » s’oppose au «  vin de la furieuse prostitution  » de Babylone (Ap 14, 8).

11. «  “ Et la fumée de leur supplice s’élève pour les siècles des siècles  ; non, point de repos, ni le jour ni la nuit, pour ceux qui adorent la Bête et son image, pour qui reçoit la marque de son nom. ”  »

«  La fumée de leur supplice s’élève pour les siècles des siècles.  » Abraham avait pourtant intercédé (Gn 18, 17-33). En vain  : «  Levé de bon matin, ­Abraham vint à l’endroit où il s’était tenu devant Yahweh et il jeta son regard sur Sodome, sur Gomorrhe et sur toute la Plaine, et voici qu’il vit la fumée monter du pays comme la fumée d’une fournaise  !  » (Gn 19, 27-28) Figure de la damnation éternelle, face au Ciel, des persécuteurs et de leurs complices, sous le regard des persécutés et de l’Agneau.

12. «  Voilà qui fonde la patience des saints, ceux qui gardent les commandements de Dieu et la foi en Jésus.  »

L’enfer existe et je puis y tomber. Tel est le fondement de la constance des fidèles à observer les «  commandements de Dieu  » que Jésus n’est pas venu abolir mais accomplir.Le repos des Justes

13. «  Puis j’entendis une voix me dire, du ciel  : “ Écris  : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur  ; dès maintenant – oui, dit l’Esprit – qu’ils se reposent de leurs fatigues, car leurs œuvres les accompagnent. ”  »

Deuxième des sept “ béatitudes ” de l’Apocalypse (1, 3).

«  Qu’ils se reposent  »  : tandis que les adorateurs de la Bête ne «  connaîtront pas de repos  » (v. 11). Requiescant in pace. Évangile éternel  !

«  Dès maintenant  », sans attendre le Jugement dernier. Cette affirmation de la béatitude des âmes séparées, dès la séparation de leur corps, s’achève sur une septième vision  : celle du jugement à la consommation de l’histoire, sous la figure d’une moisson.

LA MOISSON

XIV, 14. «  Et voici qu’apparut à mes yeux une nuée blanche sur laquelle était assis comme un Fils d’homme, ayant sur la tête une couronne d’or, et dans la main une faucille aiguisée.

15. «  Puis un autre Ange sortit du temple et cria d’une voix puissante à celui qui était assis sur la nuée  : “ Jette ta faucille et moissonne, car c’est l’heure de moissonner, la moisson de la terre est mûre. ”

16. «  Alors celui qui était assis sur la nuée jeta sa faucille sur la terre, et la terre fut moissonnée.

  1. «  Puis un autre Ange sortit du temple, au ciel, tenant également une serpe acérée.

18. «  Et un autre Ange sortit de l’autel, l’Ange préposé au feu, et cria d’une voix puissante à celui qui tenait la serpe  : “ Jette ta serpe acérée, vendange les grappes dans la vigne de la terre, car ses raisins sont mûrs. ”

19. «  L’Ange alors jeta sa serpe sur la terre, il en ­vendangea la vigne et versa le tout dans la cuve de la colère de Dieu, cuve immense  !

20. «  Puis on la foula hors de la ville, et il en coula du sang qui monta jusqu’au mors des chevaux sur une étendue de mille six cents stades.  »

*
*       *La moisson des Justes

XIV, 14. «  Et voici qu’apparut à mes yeux une nuée blanche sur laquelle était assis comme un Fils d’homme, ayant sur la tête une couronne d’or, et dans la main une faucille aiguisée.  »

«  Un Fils d’homme, sur une nuée blanche  » contraste avec le Dragon rouge et ses deux Bêtes, qui montent de la mer et de la terre  ! Cette vision aussi appartient à «  l’Évangile éternel  », puisque le prophète Daniel l’a eue (Dn 7, 13) telle que nous la récitons dans notre profession de «  foi en Jésus  »  : Et iterum venturus est cum gloria judicare vivos et mortuos. De nouveau, il viendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts.

Et déjà, sa Mère le précède sur son petit nuage à la Cova da Iria le 13 août 1917  !

Ce n’est plus l’Agneau «  comme égorgé  ». C’est le Fils de l’homme dans toute sa gloire, «  ayant sur la tête une couronne d’or  » et non plus sa couronne d’épines (Mc 15, 17), ou plutôt  : la couronne d’épines est transfigurée.

Il vient du Ciel, d’auprès de son Père, non plus pour être humilié et pour souffrir, ni pour un temps de miséricorde, mais pour exercer son jugement, dans sa majesté sereine et tranquille.

15. «  Puis un autre Ange sortit du temple et cria d’une voix puissante à celui qui était assis sur la nuée  : “ Jette ta faucille et moissonne, car c’est l’heure de moissonner, la moisson de la terre est mûre. ”  »

L’ordre divin est transmis au «  Fils d’homme  » par un Ange, parce que seul le Père connaît «  le jour et l’heure  » (Mc 13, 32; Ac 1, 7), et c’est du Père que le Fils reçoit le pouvoir d’exercer le jugement (Jn 5, 22-27) en accomplissement de la parabole évangélique  :

«  Et il disait  : “ Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui aurait jeté du grain en terre  : qu’il dorme et qu’il se lève, nuit et jour, la semence germe et pousse, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, puis plein de blé dans l’épi. Et quand le fruit s’y prête, aussitôt il y met la faucille, parce que la moisson est à point.  » (Mc 4, 26-29)

16. «  Alors celui qui était assis sur la nuée jeta sa faucille sur la terre, et la terre fut moissonnée.  »

«  Sur la terre  »… sainte, la terre d’Israël.

Le bon grain semé par le Semeur sorti pour semer sa semence, a donné dix, vingt ou cent pour un… Il s’agit maintenant d’engranger cette moisson d’élus dans le Ciel (Mt 13, 30).

  1. «  Puis un autre Ange sortit du temple, au ciel, tenant également une serpe acérée.  »

«  Un autre Ange  », autre que celui venu annoncer au Fils de l’homme, à Jésus, que l’heure de la moisson était venue.Vendange des réprouvés

18. «  Et un autre Ange sortit de l’autel, l’Ange préposé au feu, et cria d’une voix puissante à celui qui tenait la serpe  : “ Jette ta serpe acérée, vendange les grappes dans la vigne de la terre, car ses raisins sont mûrs. ”  »

«  De l’autel  » d’où montent le cri du sang des martyrs (Ap 6, 9; 11, 1) et la prière des saints (Ap 8, 3-5; 9, 13).

«  … «  La vigne de la terre  » est la vigne d’Israël chantée par Isaïe (Is 5, 1-7).Cuve de la colère de Dieu

19. «  L’Ange alors jeta sa serpe sur la terre, il en vendangea la vigne et versa le tout dans la cuve de la colère de Dieu, cuve immense  !  »

Isaïe avait prophétisé la vengeance divine en comparant Yahweh à un vendangeur aux habits tachés de rouge  :

«  Quel est donc celui-ci qui vient d’Édom, de Boçra en habits éclatants, magnifiquement drapé dans son manteau, s’avançant dans la plénitude de sa force  ?

– C’est moi qui parle avec justice, qui suis puissant pour sauver.

 Pourquoi ce rouge à ton manteau, pourquoi es-tu vêtu comme celui qui foule au pressoir  ?

 À la cuve j’ai foulé solitaire, et des gens de mon peuple pas un n’était avec moi. Alors je les ai foulés dans ma colère, je les ai piétinés dans ma fureur, leur sang a giclé sur mes habits, et j’ai taché tous mes vêtements. Car j’ai au cœur un jour de vengeance, c’est l’année de ma rétribution qui vient. Je regarde  : personne pour m’aider  ! Je montre mon angoisse  : personne pour me soutenir  ! Alors mon bras est venu à mon secours, c’est ma fureur qui m’a soutenu. J’ai écrasé les peuples dans ma colère, je les ai brisés dans ma fureur, et j’ai fait ruisseler à terre leur sang. ”  » (Is 63, 1-6)

Les Pères de l’Église ont appliqué cette image à Jésus, qui se disait lui-même la vraie “ vigne ” (Jn 15, 1) dont il a versé «  le sang de la grappe  » (cf. Gn 49, 11; Dt 32, 14) sur la Croix pour notre salut. Mais ici est prophétisé le châtiment des juifs qui auront méprisé ce salut.

20. «  Puis on la foula hors de la ville, et il en coula du sang qui monta jusqu’au mors des chevaux sur une étendue de mille six cents stades.  »

«  Hors de la ville  »  : les élus sont engrangés dans «  la ville  » sainte, c’est-à-dire dans l’Église. Tandis que l’exécution capitale se fait hors les murs de cette cité bien-aimée, séjour des élus.

«  Mille six cents stades  », c’est le carré de 4 puissance 10, symbole des quatre coins de la terre sainte dans toute son étendue mesurée du nord au sud  : plus de 300 km  !

Tel est “ l’Évangile éternel ” proclamé pour donner aux «  saints  » le temps de se sanctifier, aux pécheurs le temps de se convertir. Mais viendra le jour de la moisson, qui séparera le bon grain de l’ivraie, les bons des méchants à jamais  !

Ensuite, il n’y aura plus qu’un Ciel et un enfer, dans un Face à face éternel. Donc, pendant qu’il en est encore temps, convertissons-nous  !

LES SEPT COUPES

XV, 1. «  Puis je vis dans le ciel un autre signe, grand et merveilleux  : sept Anges, portant sept fléaux, les derniers puisqu’ils doivent consommer la colère de Dieu.

2. «  Et je vis aussi comme une mer de cristal mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom, debout près de cette mer de cristal. S’accompagnant sur les harpes de Dieu,

3. «  ils chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l’Agneau  :

“ Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu Maître de tout  ; justes et droites sont tes voies, ô Roi des nations.

4. “ Qui ne donnerait, Seigneur, révérence et gloire à ton nom  ? Car tu es seul saint  ; et tous les païens viendront se prosterner devant toi, parce que tu as fait éclater tes jugements. ”

5. «  Après quoi, ma vision se poursuivit. Au ciel s’ouvrit le temple, la tente du Témoignage,

6. «  d’où sortirent les sept Anges aux sept fléaux, vêtus de robes de lin pur, éblouissantes, serrées à la taille par des ceintures en or.

7. «  Puis, l’un des quatre Vivants remit aux sept Anges sept coupes en or remplies de la colère du Dieu qui vit pour les siècles des siècles.

8. «  Et le temple se remplit d’une fumée produite par la gloire de Dieu et par sa puissance, en sorte que nul ne put y pénétrer jusqu’à la consommation des sept fléaux des sept Anges.  »

*
*       *Sept Anges aux harpes

XV, 1. «  Puis je vis dans le ciel un autre signe, grand et merveilleux  : sept Anges, portant sept fléaux, les derniers puisqu’ils doivent consommer la colère de Dieu.  »

«  Un autre signe  »  : autre que ceux de la Femme (Ap 12, 1) et du Dragon (12, 3). Ce nouveau septénaire répond à la septième trompette.

2. «  Et je vis aussi comme une mer de cristal mêlée de feu, et ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom, debout près de cette mer de cristal. S’accompagnant sur les harpes de Dieu…  »

Une «  mer de cristal  »  : le Ciel. Dans la vision inaugurale  : devant le trône de Dieu, «  on dirait une mer, transparente autant que du cristal  » (Ap 4, 6). Le ciel bleu qui est au-dessus de nous, vu d’en haut, “ d’avion ”, est une «  mer  », parce que ce sont «  les eaux d’en haut  » qui tombent sur la terre les jours de pluie (Gn 1, 7).

Mais ici, elle est «  mêlée de feu  », jeté par l’Ange (Ap 8, 4), versé par la coupe de la colère de Dieu (Ap 15, 8) sur ceux qui, sur la terre, «  adorent la Bête et son image et se font marquer sur le front ou sur la main  » (Ap 14, 10). Ceux qui sont «  debout  » sur les bords de cette «  mer de cristal mêlée de feu  » sont ceux qui l’ont traversée comme le peuple hébreu traversa la mer des Roseaux. En vainqueurs de l’épreuve.

3. «  … ils chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l’Agneau  :

“ Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu Maître de tout  ; justes et droites sont tes voies, ô Roi des nations. ”  »

Le cantique de Moïse, après la traversée miraculeuse de la mer des Roseaux (Ex 15) et celui de l’Agneau ne font qu’un puisque l’Agneau, Jésus, est le nouveau Moïse, selon saint Jean (Jn 1, 17; 3, 14; 6, 14), annoncé par le Deutéronome (18, 15), qui a renouvelé au centuple les prodiges de l’Exode.

4. «  “ Qui ne donnerait, Seigneur, révérence et gloire à ton nom  ? Car tu es seul saint  ; et tous les païens viendront se prosterner devant toi, parce que tu as fait éclater tes jugements. ”  »

Quand il était sur la terre, Jésus disait qu’il n’était pas venu pour juger, mais pour sauver. Mais ceux qui ne veulent pas de ce salut vont-ils mettre Dieu en échec  ? Non  ! Ils vont le payer cher  !

5. «  Après quoi, ma vision se poursuivit. Au ciel s’ouvrit le temple, la tente du Témoignage,

5. «  d’où sortirent les sept Anges aux sept fléaux, vêtus de robes de lin pur, éblouissantes, serrées à la taille par des ceintures en or.  »

Au temps de Moïse, au désert, Dieu résidait dans la “ tente du Témoignage ”, où étaient déposées les deux tables sur lesquelles étaient écrit le Décalogue, les dix commandements de Dieu, gravés sur la pierre de la main même de Dieu. Maintenant, le Ciel est le temple de Dieu, et les Anges sont les ministres de sa justice.Remise des sept coupes

7. «  Puis, l’un des quatre Vivants remit aux sept Anges sept coupes en or remplies de la colère du Dieu qui vit pour les siècles des siècles.  »

Comme si les «  prières des saints  » (Ap 8, 4-5) avaient obtenu gain de cause (Ap 6, 9-10).

8. «  Et le temple se remplit d’une fumée produite par la gloire de Dieu et par sa puissance, en sorte que nul ne put y pénétrer jusqu’à la consommation des sept fléaux des sept Anges.  »

Il ne faut pas nous représenter cette «  fumée  » comme celle du bûcher de Jeanne, mais comme la «  nuée  » lumineuse qui remplit le Temple de Yahweh, comme elle avait envahi le Temple de Salomon au jour de sa dédicace, au point que «  les prêtres ne purent pas continuer leur fonction, à cause de la nuée  : la gloire de Yahweh remplissait le Temple de Yahweh  !  » (1 R 8, 10-11)

Il n’y a plus de pardon, le temps de la miséricorde est clos. Voici le temps de la justice.

LA CHUTE DE JÉRUSALEM.

XVI, 1. «  Et j’entendis une voix qui, du temple, criait aux sept Anges  : “ Allez, répandez sur la terre les sept coupes de la colère de Dieu. ”

2. «  Le premier s’en alla répandre sa coupe sur la terre  ; alors, ce fut un ulcère mauvais et pernicieux sur les gens qui portaient la marque de la Bête et se prosternaient devant son image.

3. «  Et le deuxième répandit sa coupe dans la mer  ; alors, ce fut du sang – on aurait dit un meurtre  ! – et tout être vivant mourut dans la mer.

4. «  Et le troisième répandit sa coupe dans les fleuves et les sources  ; alors, ce fut du sang.

5. «  Et j’entendis l’Ange des eaux qui disait  : “ Tu as raison, ô Il est, ô Il était, ô Saint, d’avoir ainsi châtié.

6. “ C’est le sang des saints et des prophètes qu’ils ont versé, c’est donc du sang que tu leur as fait boire, ils le méritent bien  ! ”

7. «  Et j’entendis dire de l’autel  : “ Oui, Seigneur, Maître de tout, tes châtiments sont vrais et justes. ”

8. «  Et le quatrième répandit sa coupe sur le soleil  ; alors, il lui fut donné de brûler les hommes par le feu.

9. «  Et les hommes furent brûlés par une chaleur torride. Mais, loin de se repentir en rendant gloire à Dieu, ils blasphémèrent le Nom du Dieu qui détenait en son pouvoir de tels fléaux.

10. «  Et le cinquième répandit sa coupe sur le trône de la Bête, alors, son royaume devint ténèbres, et l’on se mordait la langue de douleur.

11. «  Mais loin de se repentir de leurs agissements, les hommes blasphémèrent le Dieu du Ciel sous le coup des douleurs et des plaies.

12. «  Et le sixième répandit sa coupe sur le grand fleuve Euphrate  ; alors, ses eaux tarirent, livrant passage aux rois de l’Orient.

13. «  Puis, de la gueule du Dragon, et de la gueule de la Bête, et de la gueule du faux prophète, je vis surgir trois esprits impurs, comme des grenouilles.

14. «  Ce sont en effet des esprits démoniaques, des faiseurs de prodiges, qui s’en vont rassembler les rois du monde entier pour la guerre, pour le grand Jour du Dieu Maître de tout.

15. «  Voici que je viens comme un voleur  : heureux celui qui veille et garde ses vêtements pour ne pas aller nu et laisser voir sa honte.

16. «  Ils les rassemblèrent au lieu dit, en hébreu, Harmagedôn.

17. «  Et le septième répandit sa coupe dans l’air  ; alors, partant du temple, une voix clama  : “ C’en est fait  ! ”

  1. «  Et ce furent des éclairs et des voix et des tonnerres, avec un violent tremblement de terre  ; non, depuis qu’il y a des hommes sur la terre, jamais on n’avait vu pareil tremblement de terre, aussi violent  !

19. «  La Grande Cité se scinda en trois parties, et les cités des nations croulèrent  ; et Babylone la Grande, Dieu s’en souvint pour lui donner la coupe où bouillonne le vin de sa colère.

20. «  Alors, toute île prit la fuite, et les montagnes disparurent.

21. «  Et des grêlons énormes – près de 80 livres  ! – s’abattirent du ciel sur les hommes. Et les hommes blasphémèrent Dieu, à cause de cette grêle désastreuse  ; oui, elle est bien cause d’un effrayant désastre.  »

*
*       *Premier fléau sur la terre

XVI, 1. «  Et j’entendis une voix qui, du temple, criait aux sept Anges  : “ Allez, répandez sur la terre les sept coupes de la colère de Dieu. ”  »

Dans le septénaire des sept sceaux, il y avait un espace de miséricorde. Un quart seulement des êtres humains étaient frappés (Ap 6, 8). Lorsque Dieu a châtié Jérusalem, parce que sa rébellion était plus grave, un tiers (Ap 7, 8). Et maintenant, parce que «  la terre  » sainte a reçu la plénitude de la vérité, se révoltant contre elle, elle est sans excuse. Ce n’est pas un quart, ni un tiers, ni la moitié, c’est tout qui sera dévasté.

2. «  Le premier s’en alla répandre sa coupe sur la terre  ; alors, ce fut un ulcère mauvais et pernicieux sur les gens qui portaient la marque de la Bête et se prosternaient devant son image.  »

Cet «  ulcère  » ressemble à la sixième plaie d’Égypte (Ex 9, 8-11) et répond à la cinquième trompette (Ap 13, 15-17). L’empreinte de la Bête se change en ulcère mortel.Deuxième fléau dans la mer

3. «  Et le deuxième répandit sa coupe dans la mer  ; alors, ce fut du sang – on aurait dit un meurtre  ! – et tout être vivant mourut dans la mer.  »

«  La mer  » représente l’Occident (Ap 13, 1). Le châtiment de la «  terre  » sainte est le prodrome de celui de l’Empire romain. De la même manière que Dieu a châtié les juifs, il châtiera les païens.3e et 4e fléaux

4. «  Et le troisième répandit sa coupe dans les fleuves et les sources  ; alors, ce fut du sang.  »

Les désordres de la Rome décadente, la cruauté des mœurs font du monde un abattoir. Du sang partout  !

5. «  Et j’entendis l’Ange des eaux qui disait  : “ Tu as raison, ô Il est, ô Il était, ô Saint, d’avoir ainsi châtié.

6. “ C’est le sang des saints et des prophètes qu’ils ont versé, c’est donc du sang que tu leur as fait boire, ils le méritent bien  ! ”  »

Œil pour œil, dent pour dent. Il est vrai que Notre-Seigneur avait aboli la loi du talion et enseigné à rendre le bien pour le mal. Mais c’était au temps de la miséricorde. Maintenant, l’heure de la justice est venue pour ceux qui s’obstinent dans le mal. On ne se moque pas de Dieu  !

7. «  Et j’entendis dire de l’autel  : “ Oui, Seigneur, Maître de tout, tes châtiments sont vrais et justes. ”  »

Voix des «  âmes de ceux qui furent égorgés  » pour la Parole de Dieu, et qui sont «  sous l’autel  » (Ap 6, 9). Ils approuvent la punition des persécuteurs.

8. «  Et le quatrième répandit sa coupe sur le soleil  ; alors, il lui fut donné de brûler les hommes par le feu.  »

«  Brûler  ». Comme la plante de la parabole «  brûlée faute de racine  » (Mc 4, 6 et Mt 13, 6). On ne rencontre ce mot nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament, sauf une fois pour signifier une réprobation sans rémission (He 6, 8).

L’abbé de Nantes, notre Père, faisait remarquer qu’à Fatima, lorsque le soleil a paru se rapprocher de la terre, les vêtements des soixante-dix mille personnes présentes, trempées par la pluie, ont séché instantanément, mais elles-mêmes ont commencé à sécher de frayeur… et à demander pardon  !

9. «  Et les hommes furent brûlés par une chaleur torride. Mais, loin de se repentir en rendant gloire à Dieu, ils blasphémèrent le Nom du Dieu qui détenait en son pouvoir de tels fléaux.  »

La révolte des hommes contre ce Dieu qui les punit justement est telle qu’ils n’ont plus en eux-mêmes la moindre bonté capable de repentir. Leur méchanceté est irrémédiable.

10. «  Et le cinquième répandit sa coupe sur le trône de la Bête, alors, son royaume devint ténèbres, et l’on se mordait la langue de douleur.  »

Comme à la cinquième trompette, où il était annoncé que Dieu allait s’en prendre directement aux «  habitants de la terre  » (Ap 8, 13), c’est-à-dire à la population de Jérusalem, après avoir frappé la terre et ses minéraux et végétaux, la mer, les astres et la lumière du jour et de la nuit, l’autorité prestigieuse de l’Empire romain persécuteur est atteinte et subit une éclipse. Mais ce n’est qu’une éclipse. Rome est une “ Ville éternelle ”, comme “ l’Évangile ”…

11. «  Mais loin de se repentir de leurs agissements, les hommes blasphémèrent le Dieu du Ciel sous le coup des douleurs et des plaies.  »

Méchanceté sans remède qui s’en prend à Dieu au lieu de s’en prendre à soi-même et de se repentir.

12. «  Et le sixième répandit sa coupe sur le grand fleuve Euphrate  ; alors, ses eaux tarirent, livrant passage aux rois de l’Orient.  »

C’est l’invasion barbare. De la même manière que, miraculeusement, Dieu avait asséché le Jourdain pour que le peuple élu entre en Terre promise, Dieu fait le même miracle, en sens inverse  : il assèche l’Euphrate qui était la frontière naturelle – le limes, la «  limite  », comme le Rhin entre la Gaule et la Germanie – entre la civilisation et la barbarie.

Dieu assèche le fleuve pour ouvrir la porte aux Parthes qui vont ravager l’Empire.

De fait, l’histoire a accompli la prophétie. Les siècles les plus durs de la fin de l’Empire et du haut Moyen Âge ont été ceux d’une invasion perpétuelle des barbares. Sans le christianisme, Rome aurait disparu sous les coups des fléaux de Dieu qui sont le juste salaire de l’impiété des hommes.

Mais soudain, coup de théâtre  :Les Grenouilles (6e fléau)

13. «  Puis, de la gueule du Dragon, et de la gueule de la Bête, et de la gueule du faux prophète, je vis surgir trois esprits impurs, comme des grenouilles…  »

Que signifie ce renouvellement de la deuxième plaie d’Égypte  ? Voici  :

14. «  Ce sont en effet des esprits démoniaques, des faiseurs de prodiges, qui s’en vont rassembler les rois du monde entier pour la guerre, pour le grand Jour du Dieu Maître de tout.  »

Au moment où la puissance impériale, la puissance païenne est attaquée de toutes parts, au moment où elle devrait, dans un sursaut de lucidité et de courage, faire front contre les barbares, son impiété lui dicte la décision suicidaire, sous l’inspiration des «  esprits démoniaques  », de faire la guerre aux saints.

L’Empire romain va, pendant deux siècles et demi, achever la décadence de la société romaine en persécutant les chrétiens.

La chose se répète aujourd’hui  ! Au moment où l’État islamique est aux portes, à quoi pensent nos législateurs  ? À corrompre la société et la dresser contre l’Église, pourtant seule planche de salut, seule force de cohésion sociale  ! Ce n’est pas explicable, sinon par un aveuglement diabolique  !

Il y a de quoi désespérer  ? Mais non  ! au contraire  :

Voix de Jésus  :

15. «  Voici que je viens comme un voleur  : heureux celui qui veille et garde ses vêtements pour ne pas aller nu et laisser voir sa honte.  »

Cette troisième béatitude (Ap 1, 3; 14, 13) est un rappel de la lettre à l’Église de Sardes  :

«  Allons  ! rappelle-toi de quel cœur tu accueillis la parole  ; garde-la et repens-toi. Car si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur sans que tu saches à quelle heure je te surprendrai.  » (Ap 3, 3-4)

Et à Laodicée  :

«  Aussi, suis donc mon conseil  : achète chez moi de l’or purifié au feu pour t’enrichir, des habits blancs pour t’en revêtir et cacher ta honteuse nudité, un collyre enfin pour t’en oindre les yeux et recouvrer la vue.  » (Ap 3, 18)

16. «  Ils les rassemblèrent au lieu dit, en hébreu, Harmagedôn.  »

«  Harmagedôn  »  : si on lit Har, montagne, «  la montagne de Megiddo  », l’expression n’est pas cohérente avec la ville de Syrie du même nom, théâtre de la défaite du roi Josias en 609, mais située dans la plaine, et non pas sur une montagne. Donc, il faut lire Har comme une transposition de l’hébreu ‘îr, «  ville  ».7e fléau dans les airs

17. «  Et le septième répandit sa coupe dans l’air  ; alors, partant du temple, une voix clama  : “ C’en est fait  ! ”  »

C’est la fin du monde  !

  1. «  Et ce furent des éclairs et des voix et des tonnerres, avec un violent tremblement de terre  ; non, depuis qu’il y a des hommes sur la terre, jamais on n’avait vu pareil tremblement de terre, aussi violent  !  »

Celui de Jérusalem (Ap 11, 13) n’avait détruit qu’un dixième de la ville, où sept mille hommes seulement avaient péri.

19. «  La Grande Cité se scinda en trois parties, et les cités des nations croulèrent  ; et Babylone la Grande, Dieu s’en souvint pour lui donner la coupe où bouillonne le vin de sa colère.  »

«  La Grande Cité, Sodome ou Égypte comme on l’appelle symboliquement, là où leur Seigneur aussi fut crucifié  » (Ap 11, 8), est Jérusalem. Elle se «  scinde en trois parties  »  : une partie va former l’Église, «  Jérusalem nouvelle  » (Ap 21, 2). L’ancienne, jamais nommée dans l’Apocalypse de ce nom béni dont elle s’est rendue indigne, va disparaître dans la guerre Juive, sous les coups des Romains. Mais une troisième partie, «  synagogue de Satan  », va survivre et persécuter l’Église (Ap 2, 9 et 3, 9).

20. «  Alors, toute île prit la fuite, et les montagnes disparurent.

21. «  Et des grêlons énormes – près de 80 livres  ! – s’abattirent du ciel sur les hommes. Et les hommes blasphémèrent Dieu, à cause de cette grêle désastreuse  ; oui, elle est bien cause d’un effrayant désastre.  »

Décrit au chapitre suivant  :

ROME, CITÉ DE SATAN

XVII, 1. «  Alors l’un des sept Anges aux sept coupes s’en vint me dire  : “ Viens, que je te montre le jugement de la Prostituée fameuse, assise au bord des grandes eaux.

2. “ C’est avec elle qu’ont forniqué les rois de la terre, et les habitants de la terre se sont soûlés du vin de sa prostitution. ”

3. «  Il me transporta au désert, en esprit. Et je vis une femme, assise sur une Bête écarlate couverte de titres blasphématoires et portant sept têtes et dix cornes.

4. «  La femme, vêtue de pourpre et d’écarlate, étincelait d’or, de pierres précieuses et de perles  ; elle tenait à la main une coupe en or, remplie d’abominations et des souillures de sa prostitution.

5. «  Sur son front, un nom était inscrit – un mystère  ! – “ Babylone la Grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre. ”

6. «  Et sous mes yeux, la femme se soûlait du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus. À sa vue, je fus ravi d’admiration.

7. «  Mais l’Ange me dit  : “ Qu’as-tu à être ainsi ravi d’admiration  ? Je vais te dire, moi, le mystère de la femme et de la Bête qui la porte, la Bête aux sept têtes et aux dix cornes.

8. “ Cette Bête-là, elle était et elle n’est plus  ; elle va remonter de l’Abîme, mais pour s’en aller à sa perte  ; et les habitants de la terre, dont le nom ne fut pas inscrit dès l’origine du monde dans le livre de vie, s’émerveilleront au spectacle de la Bête, de ce qu’elle était, n’est plus, et reparaîtra.

9. “ C’est ici qu’il faut avoir un esprit doué de finesse  ! Les sept têtes sont sept collines sur lesquelles la femme est assise. Ce sont aussi sept rois,

10. “ dont cinq ont passé. L’un vit, et le dernier n’est pas encore venu  ; quand il sera là, il faut qu’il demeure un peu de temps.

11. “ Quant à la Bête qui était et n’est plus, elle-même fait le huitième, l’un des sept cependant  ; il s’en va à sa perte.

12. “ Et ces dix cornes-là, ce sont dix Rois  ; ils n’ont pas encore reçu de royauté mais ils recevront un pouvoir royal, pour une heure seulement, avec la Bête.

13. “ Ils sont tous d’accord pour remettre à la Bête leur puissance et leur pouvoir.

14. “ Ils mèneront campagne contre l’Agneau, et l’Agneau les vaincra, car il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois, avec les siens  : les appelés, les choisis, les fidèles.

15. “ Et ces eaux-là, poursuivit l’Ange, au bord desquelles est assise la Prostituée, ce sont des peuples, des foules, des nations et des langues.

16. “ Mais ces dix cornes-là et la Bête vont prendre en haine la Prostituée, ils la dépouilleront de ses vêtements, toute nue, ils en mangeront la chair, ils la consumeront par le feu.

17. “ Car Dieu leur a inspiré la résolution de réaliser son propre dessein, de se mettre d’accord pour remettre leur pouvoir royal à la Bête, jusqu’à l’accomplissement des paroles de Dieu.

18. “ Et cette femme-là, c’est la Grande Cité, celle qui règne sur les rois de la terre ”.  »

C’est la cité de Satan.

*
*       *La Grande Prostituée sur le bord des eaux

XVII, 1. «  Alors l’un des sept Anges aux sept coupes s’en vint me dire  : “ Viens, que je te montre le jugement de la Prostituée fameuse, assise au bord des grandes eaux. ”  »

«  Le jugement  »  : la sentence de condamnation, l’arrêt de justice.

«  La Prostituée fameuse, assise au bord des grandes eaux  »  : Rome qui règne sur tout le pourtour de la Méditerranée. La chute de «  Babylone  » a déjà été annoncée à deux reprises (Ap 14, 8; 16, 19), mais voici enfin la description de cette cité et l’explication de son symbolisme qui dénonce son idolâtrie et sa débauche.

2. «  “ C’est avec elle qu’ont forniqué les rois de la terre, et les habitants de la terre se sont soûlés du vin de sa prostitution. ”  »

Par exemple Pergame (Ap 2, 14), Thyatire (Ap 2, 20). Mais surtout Jérusalem désignée par l’euphémisme des «  habitants de la terre  ».

3. «  Il me transporta au désert, en esprit.  »

«  Au désert  »  : résidence du Diable, où Jésus l’a affronté (Mt 4, 1; Mc 1, 12-13; Lc 4, 1-2).La Prostituée assise sur la Bête

«  Et je vis une femme, assise sur une Bête écarlate couverte de titres blasphématoires et portant sept têtes et dix cornes.  »

«  Une Femme  »  : cette apparition démoniaque oppose cette «  femme  » à celle du chapitre 12.

Les «  sept têtes  » sont les sept collines de Rome, et les «  dix cornes  » désignent des rois vassaux. La «  femme  » siège sur «  une Bête écarlate  », couleur du «  Dragon rouge feu  » affrontant «  la Femme revêtue de soleil  » (Ap 12, 3).

4. «  La femme, vêtue de pourpre et d’écarlate, étincelait d’or, de pierres précieuses et de perles  ; elle tenait à la main une coupe en or, remplie d’abominations et des souillures de sa prostitution.  »

Cette «  femme  » est vêtue comme une courtisane de luxe, «  vêtue de pourpre  », couleur impériale, symbole de la Rome décadente aux mœurs corrompues décrites par les Annales de Tacite.

5. «  Sur son front, un nom était inscrit – un mystère  ! – “ Babylone la Grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre. ”  »

«  Sur son front  »  : à la manière des courtisanes romaines qui portaient sur leur front un ruban ou une lamelle avec leur nom inscrit.

«  Un mystère  »  : ce n’est donc pas son véritable nom mais une appellation symbolique dont il faut percer le secret.

Pendant toute une part de l’histoire d’Israël, la plus tragique, Babylone a été la grande ennemie  : Empire corrompu, sauvage, barbare, mais Empire tout-puissant, dont le petit peuple de Juda et d’Israël avait tout à craindre. Finalement, c’est Babylone qui mettra le siège devant Jérusalem et qui conduira tous les Hébreux en exil, six cents ans avant la naissance du Christ, pendant soixante-dix ans, selon les prophéties d’Isaïe, de Jérémie, d’Ézéchiel et d’autres petits prophètes.

Ce «  mystère  » se renouvelle aujourd’hui dans le “ troisième secret ” de Fatima qui met en scène «   une grande ville à moitié en ruine  ». Ici, elle a un nom connu de tous, inscrit entre les lignes de la description qu’en fait saint Jean  : c’est Rome.

6. «  Et sous mes yeux, la femme se soûlait du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus.  »

Les «  saints  » sont les chrétiens dont Rome va faire des «  martyrs  » pendant plus de deux siècles, jusqu’à la conversion de Constantin.

«  Sang des martyrs  »  : recueilli par «  deux Anges  » dans la vision contemplée par les voyants de Fatima le 13 juillet 1917.

«  À sa vue, je fus ravi d’admiration.  »

Saint Jean, bien que lui-même victime de cette persécution, ne peut se défendre d’admirer la civilisation romaine.

7. «  Mais l’Ange me dit  : “ Qu’as-tu à être ainsi ravi d’admiration  ? Je vais te dire, moi, le mystère de la femme et de la Bête qui la porte, la Bête aux sept têtes et aux dix cornes.  »

L’Orient ancien représentait les déesses et les dieux, objets de leur culte idolâtrique, assis ou debout sur leur animal symbole.

8. «  “ Cette Bête-là, elle était et elle n’est plus  ; elle va remonter de l’Abîme, mais pour s’en aller à sa perte  ; et les habitants de la terre, dont le nom ne fut pas inscrit dès l’origine du monde dans le livre de vie, s’émerveilleront au spectacle de la Bête, de ce qu’elle était, n’est plus, et reparaîtra. ”  »

«  Elle était et elle n’est plus  », mais elle «  reparaîtra  ». Elle singe «  Celui qui est, qui était et qui vient  » en se donnant l’air de mourir et de ressusciter comme le Christ, mais ce sera pour recevoir son châtiment final.

«  Les habitants de la terre  », infidèles à la Parole de Dieu, au témoignage de Jésus, les juifs qui ne sont pas parmi les prédestinés s’émerveillent, mais les vrais juifs, non. Pendant des siècles, les fidèles qui se fiaient aux Écritures restaient absolument impavides en face des succès de Thèbes ou d’Alexandrie, de Babylone ou de Ninive. Ils voyaient des Empires grandir puis disparaître. C’est la leçon du livre de Daniel. Tandis que Yahweh domine les siècles  : «  Il est, Il était, et Il vient.  »

Mais les mauvais juifs, dont la foi était incertaine, s’éprenaient d’amour pour la puissance égyptienne, puis complotaient de quitter l’alliance égyptienne pour se précipiter dans l’alliance assyrienne. C’est ce qu’Isaïe leur reprochait au septième siècle avant Jésus-Christ. Leur inconstance politique venait de leur absence de foi en leur Dieu, en leur nation, en leur Temple, qui les conduit à admirer la vitalité de l’Empire romain au moment où il va à sa perte.

9. «  “ C’est ici qu’il faut avoir un esprit doué de finesse  ! Les sept têtes sont sept collines sur lesquelles la femme est assise ”.  »

C’est Rome, nous l’avons compris depuis le début de la vision (v. 3).

«  “ Ce sont aussi sept rois… ”  »

C’est-à-dire sept empereurs romains.

«  Sept  », chiffre symbolique de perfection.

10. «  “ … dont cinq ont passé… ”  » Soyons attentifs.

Si l’on part d’Auguste (31 av. J.-C. à 14 après), sous lequel est né le Christ, auquel succèdent Tibère (14-37), Caligula (37-41), Claude (41-54), Néron (54-68), on compte bien cinq «  rois  ».

«  “ L’un vit, et le dernier n’est pas encore venu  ; quand il sera là, il faut qu’il demeure un peu de temps ”.  »

Le cinquième, Néron, est le premier Empereur persécuteur. En 64, il martyrise Pierre, le 13 octobre  ! Il se suicide en 68. Mais une légende court, selon laquelle il s’est réfugié chez les Parthes et qu’il va en revenir.

Le sixième «  vit  », c’est Vespasien (69-79), qui mettra le siège devant Jérusalem. Jean écrit donc sous son règne.

Le septième sera Titus (79-81).

11. «  “ Quant à la Bête qui était et n’est plus, elle-même fait le huitième, l’un des sept cependant  ; il s’en va à sa perte ”.  »

C’est Néron, Nero redevivus. Si Néron revient, il sera le huitième, mais en fait, Néron est «  l’un des sept  », puisque c’est le cinquième. Si Néron revient, ce sera à la fois le cinquième et le huitième.

12. «  “ Et ces dix cornes-là, ce sont dix Rois  ; ils n’ont pas encore reçu de royauté mais ils recevront un pouvoir royal, pour une heure seulement, avec la Bête ”.  »

Ces dix rois sont des rois barbares, soumis encore à Rome, mais qui en seront les destructeurs. Au point de vue romain ce sont des vassaux, des «  cornes  » (Ap 17, 7) et non des «  têtes  » (v. 9).

En effet, l’Empire s’était flatté de coloniser les royaumes étrangers, de les maintenir sous sa loi, mais en donnant à leurs rois, comme nous ferons nous-mêmes à l’école de Lyautey dans nos protectorats, une participation au pouvoir romain.

Saint Jean prévoit que cette coalition sera fragile. Comme le Père de Foucauld deux mille ans plus tard prévoira la ruine de notre Empire africain, et pour les mêmes raisons  :

13. «  “ Ils sont tous d’accord pour remettre à la Bête leur puissance et leur pouvoir ”.  »

En faisant allégeance au Sénat romain, c’est à la Bête infernale qu’ils se soumettent. Comme notre Algérie française à la République. «  Tous d’accord  » pour détruire l’Église.

14. «  “ Ils mèneront campagne contre l’Agneau, et l’Agneau les vaincra, car il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois, avec les siens  : les appelés, les choisis, les fidèles ”.  »

Les persécutions vont durer deux bons siècles. Jusqu’à la conversion de l’Empereur lui-même reconnaissant au Christ l’autorité souveraine que s’arrogeait l’Empereur romain.

«  Avec les siens  »  : lui aussi, «  l’Agneau, Roi des rois et Seigneur des seigneurs  », a ses princes qui règnent sous sa gouverne  : ce sont les Apôtres, chefs de l’Église, dont la hiérarchie est calquée sur celle de Rome régnant sur ses provinces par ses préfets.

15. «  “ Et ces eaux-là, poursuivit l’Ange, au bord desquelles est assise la Prostituée, ce sont des peuples, des foules, des nations et des langues ”.  »

Ce caractère universel de Rome est aujourd’hui l’ambition de l’empire communiste, en Orient, de la pieuvre yankee en Occident, l’un et l’autre dominant les peuples par-dessus les frontières comme une singerie diabolique de l’Église catholique, «  seule internationale qui tienne  ».

16. «  “ Mais ces dix cornes-là et la Bête vont prendre en haine la Prostituée, ils la dépouilleront de ses vêtements, toute nue, ils en mangeront la chair, ils la consumeront par le feu ”.  »

«  Ils en mangeront la chair  »  : comme Jézabel «  cette femme qui se prétend prophétesse  » à Thyatire (Ap 2, 20), figure de l’épouse d’Achab dont le cadavre fut dévoré par les chiens (2 R 9, 36).

Après un temps de “ mondialisation ” sous le pouvoir de Rome jadis, de Moscou hier, de Washington aujourd’hui, de l’État islamique demain, en réalité sous le pouvoir de la Bête, du Dragon qu’est Satan, un jour viendra où, à cause de sa guerre contre l’Agneau, l’Empire totalitaire tombera sous les coups des barbares.

17. «  “ Car Dieu leur a inspiré la résolution de réaliser son propre dessein, de se mettre d’accord pour remettre leur pouvoir royal à la Bête, jusqu’à l’accomplissement des paroles de Dieu ”.  »

La révolte de ces pays satellites entre dans le grand dessein de l’orthodromie divine, qui est de châtier Rome idolâtre et persécutrice. D’abord alliés de la Bête pour lutter contre l’Agneau, ils se retourneront ensuite contre Rome, la grande Prostituée.

18. «  “ Et cette femme-là, c’est la Grande Cité, celle qui règne sur les rois de la terre ”.  »

C’est la cité de Satan. (À suivre.)

frère Bruno de Jésus-Marie.

Précédent    -    Suivant