La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 160 – Février 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


L’APOCALYPSE
RÉVÉLATION DE LA MISÉRICORDE

SAINT Jean l’Évangéliste, le disciple que Jésus aimait, a reçu des lumières singulières sur l’enseignement de son Maître, contemplées avec un regard d’aigle, et fidèlement rapportées dans son Évangile.

Mais après l’Ascension de Jésus dans le Ciel et la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, il a bénéficié d’une nouvelle «  Révélation  » (apokalupsis) de Jésus-Christ  : «  Dieu la lui donna pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt.  » (Ap 1, 1)

Le livre de l’Apocalypse contient cette «  Parole de Dieu et le témoignage de Jésus-Christ  : toutes ses visions  » (Ap 1, 2), dont la première a pour théâtre la terre où Jésus «  marche  » (Ap 2, 1), au milieu de l’Église (chapitres 2-3). La seconde a aussi la terre pour théâtre, mais vue du Ciel, où Dieu trône et d’où il lance ses ordres (chapitres 4-22).

LE PRÉSENT

Les lettres écrites aux sept «  Églises d’Asie  » (Ap 1, 4, cf. Il est ressuscité n° 158, décembre 2015, p. 7-18) sur l’ordre du Christ offrent un tableau de l’Église “ militante ” d’une étonnante actualité en 2016  ! Elles pourraient être signées du pape François dont elles reflètent fidèlement toutes les volontés “ réformatrices ” avec une plénitude sans partage.

À Éphèse, la métropole, est reproché son attiédissement  : «  J’ai contre toi que tu as perdu ton amour d’antan.  » (Ap 2, 4) Laodicée, la septième, fait inclusion  : «  Je connais ta conduite  : tu n’es ni chaud ni froid. Que n’es-tu l’un ou l’autre  ! Ainsi, puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche.  » (Ap 3, 15-16)

C’est le message des homélies du pape François à sa messe quotidienne dans la chapelle de Sainte-Marthe. Tandis que la lettre à l’Église de Smyrne paraît destinée en toute vérité aux chrétiens d’Orient… d’aujourd’hui  :

«  Ne crains pas les souffrances qui t’attendent. Le Diable s’apprête à jeter des vôtres en prison pour vous tenter, et vous subirez dix jours d’épreuve. Reste fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie.  » (Ap 2, 10)

La lettre à l’Église de Philadelphie fait inclusion avec le même encouragement donné à une communauté sans reproche.

En revanche, à Pergame et Sardes, c’est l’horreur  ! «  Je sais où tu demeures, là est le trône de Satan.  » (Ap 2, 13) Le pape Jean-Paul Ier, naguère, parlait ainsi du Vatican…

Quant à Thyatire, c’est peut-être le pire  : «  J’ai contre toi que tu tolères Jézabel.  » (Ap 2, 20) La «  double vie  » du “ libéral ” stigmatisée par le pape François.

L’AVENIR

Une seconde vision inaugurale ouvre sur une révélation touchant «  ce qui doit arriver bientôt  » (Ap 1, 19). Nous en avons commenté les chapitres 4 à 11 le mois dernier (Il est ressuscité n° 159, janvier 2016, p. 4-30). Saint Jean reçoit cette révélation au Ciel, dont la porte est ouverte depuis l’Ascension du Christ. En quarante ans, beaucoup d’élus y ont pris place, à commencer par les saints de l’Ancien Testament que Jésus est allé chercher aux “ Enfers ” entre sa mort et sa résurrection. Là trône «  Quelqu’un  » (Ap 4, 2), vision de lumière sans contours, tenant dans sa «  main droite… un livre roulé… scellé de sept sceaux  » (Ap 5, 1). Mais qui brisera les sceaux afin de le dérouler et de l’accomplir  ?

LES SEPT SCEAUX.

«  L’un des Anciens  », c’est-à-dire un saint de l’Ancien Testament, donne la réponse dont ce rouleau lui-même, qui n’est autre que l’Écriture sainte, témoigne  :

«  Il a remporté la victoire, le Lion de la tribu de Juda, le Rejeton de David  ; c’est lui qui ouvrira le livre aux sept sceaux.  » (Ap 5, 5) Ce Messie apparaît alors à saint Jean sous l’apparence d’ «  un Agneau, comme égorgé  », «  digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation  », chantent les saints dans le Ciel (Ap 5, 8-9).

C’est donc à lui qu’il appartient de prendre le livre et de le dérouler, avec l’acquiescement enthousiaste des patriarches, rois et prophètes de l’Ancien Testament. Non pas seulement pour le lire, mais pour en accomplir les oracles.

À mesure que l’Agneau les brise, chacun des sept sceaux ouvre en effet la voie à une composante de l’histoire universelle  : les quatre premiers, sous la figure de quatre chevaux. Le premier est un «  cheval blanc  », monté par le Messie, qui parcourt la création depuis le commencement de l’histoire universelle. Le deuxième, «  rouge feu  » est celui de la guerre. Le troisième, «  noir  », est celui de la famine. Le quatrième, «  verdâtre  », est celui de «  la mort  », notre sort commun à tous.

«  Pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre.  » (Ap 6, 8) Depuis le commencement des temps jusqu’à la fin du monde, l’histoire humaine connaîtra une certaine tranquillité, par la grâce du «  cavalier blanc  », mêlée de guerres, de famines et de mort.

Le cinquième sceau brisé dévoile, «  sous l’autel les âmes de ceux qui furent égorgés pour la Parole de Dieu  » (Ap 6, 9). Ils réclament «  vengeance  ». La réponse ne tarde pas  : l’ouverture du sixième sceau déchaîne «  la colère de l’Agneau  » (Ap 6, 16). Cependant, ce n’est pas encore la fin du monde, car il reste à marquer les élus qui doivent échapper au châtiment. Non seulement les justes de l’Ancien Testament, mais encore les élus sans nombre, «  de toute nation, race, peuple et langue  » (Ap 7, 9) auxquels il a été fait miséricorde par la grâce du «  sang de l’Agneau  » (Ap 7, 14). Ils sont marqués du «  sceau du Dieu vivant  » (Ap 7, 2), qui n’est autre que le signe de la Croix.

LE JUGEMENT  : LES SEPT TROMPETTES.

La rupture du septième sceau permet enfin de dérouler le livre et de mener l’histoire à sa consommation. Celle-ci s’accomplit au son de sept trompettes sonnées par les anges, qui déclenchent quatre fléaux et trois «  malheurs  » (Ap 8, 13).

Les quatre fléaux ressemblent aux plaies d’Égypte qui, jadis, châtièrent Pharaon de son endurcissement et délivrèrent les juifs de leur esclavage et qui, maintenant, se retournent contre eux, en châtiment de leur propre endurcissement imité de celui de Pharaon  : «  et le tiers  » seulement des éléments de la création où ils sévissent, terre, arbres, mer, fleuves et sources, en pâtissent, afin de servir de leçon aux deux tiers épargnés. Mais lorsque sonne la cinquième trompette, celle du premier «  malheur  », invasion de «  sauterelles  » sorties du «  puits de l’abîme  » (Ap 9, 2-3), loin de se convertir, «  les hommes rechercheront la mort sans la trouver, ils souhaiteront mourir et voilà que la mort les fuira  !  » (Ap 9, 6)

Cette prophétie annonce l’invasion romaine, dont la sixième trompette sonne le déclenchement. L’heure de la destruction de Jérusalem est venue, «  au tiers  » (Ap 9, 15). Mais loin d’en comprendre la leçon, les survivants «  ne renoncèrent même pas aux œuvres de leurs mains  : ils ne cessèrent d’adorer les démons, ces idoles d’or, d’argent, de bronze, de pierre et de bois, incapables de voir, d’entendre ou de marcher. Ils n’abandonnèrent ni leurs meurtres, ni leurs sorcelleries, ni leurs débauches, ni leurs rapines.  » (Ap 9, 20-21)

Alors, «  plus de délai  !  » (Ap 10, 6) Et pourtant, avant que ne tombe le troisième «  malheur  » au son de la septième trompette, voici qu’ «  un autre ange puissant  » interrompt le cours des «  malheurs  » et remet à Jean «  un petit livre ouvert  » qui contient l’ultime jugement dont Dieu seul connaît le jour et “ l’heure ” (Ap 10, 1-4).

C’est le Nouveau Testament auquel Jean est en train de mettre la dernière main par ses prophéties (Ap 10, 11). Il lui faut aussi se livrer à un travail d’arpenteur, pour «  mesurer le Sanctuaire de Dieu, l’autel et les adorateurs qui s’y trouvent  » (Ap 11, 1), tandis que les païens «  fouleront la Ville sainte durant quarante-deux mois  » (Ap 11, 2).

Alors, c’est la fin, l’échec définitif, la victoire de l’Ennemi de Dieu  ?

Non, parce que l’Église va succéder à «  la grande Cité, Sodome ou Égypte, comme on l’appelle au sens spirituel, là où leur Seigneur aussi fut crucifié  » (Ap 11, 8), au terme de cet ultime délai rempli de la prédication des «  deux témoins  », Pierre et Paul, finalement vaincus et tués par «  la Bête qui surgit de l’Abîme  » (Ap 11, 7). Les juifs, «  Les habitants de la terre, s’en réjouissent  » (Ap 11, 10) parce qu’ils pensent en avoir fini avec l’Église. «  Mais, passés les trois jours et demi, Dieu leur infusa un souffle de vie qui les remit sur pieds, au grand effroi de ceux qui les regardaient.  » (Ap 11, 11) Deux événements datés précisément de la Guerre juive qui aboutit, le 29 août 70, à la prise du parvis intérieur et à l’incendie du Temple. Mais «  le Temple de Dieu  », désormais, est «  dans le ciel  » (Ap 11, 19), d’où Jean a entendu «  une voix puissante  » crier à Pierre et Paul ressuscités  : «  Montez ici  !  » (Ap 11, 12)

Est-ce le dénouement de l’histoire  ?

«  Alors s’ouvrit le Temple de Dieu, dans le ciel, et son arche d’alliance apparut, dans le Temple.  » (Ap 11, 19) Une Nouvelle Alliance, alors  ? Oui, et voici l’arche de cette Nouvelle Alliance  : «  Un signe grandiose apparut au ciel  », celui-là même que le roi Achaz avait méprisé au temps d’Isaïe  : «  Une Femme  ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.  » (Ap 12, 1)

frère Bruno de Jésus-Marie.