La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 160 – Février 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA LIGUE

La Ligue

« MAIS PRIEZ MES ENFANTS ! »

LA prière que le Ciel attend  de nous, c’est une prière qui nous obtienne la grâce de la vérité dans l’esprit pour bien servir l’Église, et la grâce de la charité dans le cœur pour compatir aux grandes souffrances de ses membres, les martyrs du troisième secret, “ ces messieurs et ces dames de toutes conditions ”, chrétiens du Moyen-Orient martyrisés par les djihadistes.

Notre frère Bruno, dans sa conférence d’Actualités du 7 février nous a donné un magnifique exemple de cette vérité, dans son service du Saint-Père, et de cette charité, par sa compassion envers nos frères et sœurs immolés par les islamistes. Le pire, c’est qu’ils sont assassinés avec l’hypocrite complicité des catholiques “ formatés ” par le concile Vatican II  : «  Selon le Père François Jourdan, islamologue et théologien eudiste, l’ère des martyrs, des témoins de la royauté du Christ, est “ dépassée par la liberté religieuse et les droits de l’Homme ”.  »

VŒUX PERPÉTUELS

C’est sous l’égide maternelle de l’Immaculée en deux de ses plus puissantes manifestations que quatre de nos frères et sœurs scellèrent pour toujours leur alliance avec les Saints Cœurs de Jésus et Marie. Le 16 janvier, fête du Cœur Immaculé de Marie refuge des pécheurs, c’était le tour de nos frères Alexis de Jésus-Hostie et Benoît-Joseph de l’Ascension. Entrée en longue procession, au chant du Vexilla Regis et Messe du Cœur Immaculé avec Kyrie IX et Credo I. Ce fut splendide. Dans son homélie, frère Bruno profita de cette occurrence liturgique pour nous faire revivre le mystère des relations du Cœur Immaculé de Marie et de l’abbé des Genettes. L’instrument de Dieu et de l’Immaculée  ? Un pauvre curé de paroisse sans ­paroissien, un prêtre royaliste sans plus de roi, et encerclé de toutes parts par des démocrates endurcis, insouciants et pleins d’argent. Le 3 décembre 1836, premier samedi du mois, il dit sa messe, un peu désespéré, et entend une voix douce qui lui ordonne de consacrer sa paroisse au Très Saint et Immaculé Cœur de Marie.

Frère Bruno, avec son talent de conteur, nous fait assister aux résistances de l’humble prêtre. Il finit par obéir et dès lors, c’est une pluie de grâces, humainement incompréhensibles, qui s’abat sur le bon curé, remplit son église de paroissiens avides de s’instruire, convertit les pécheurs les plus endurcis, et qui va aussi par le truchement de la confrérie du Très Saint et Immaculé Cœur de Marie, opérer des prodiges apostoliques dans l’Église entière (cf. sœur Marie-Angélique de la Croix, L’abbé des Genettes, serviteur et apôtre de Marie). Quel encouragement pour tous à consacrer son cœur, sa famille, son entreprise, sa paroisse, son diocèse et… jusqu’à la Russie au Cœur Immaculé de Marie, puisque Dieu aime beaucoup cela, qu’Il le veut, et le bénit tant et plus.

La famille des profès est toujours émue par les Litanies des saints chantées tandis que leurs enfants sont ensevelis sous le drap mortuaire. Signe fort de mort au monde. Mais nos sœurs ont succombé sous un autre charme  : «  Les frères se sont mis en deux rangs remplissant tout le chœur pour l’accolade au chant du Dominus pars, et vu leur nombre ils ont chanté tout le psaume 15. On pensait aux preux du Cantique des cantiques. C’était beau  !  »

Après un repas d’Ancien Régime, si bon, si joyeux, si fraternel que même les enfants ne virent pas le temps passer, le chapelet réunit tout le monde à la chapelle. Cette magnifique journée s’acheva par la bénédiction de Jésus-Hostie et une profonde homélie de notre frère Bruno. Il fit jouer les lumières de sa connaissance de l’Apocalypse pour évoquer la vocation particulière de chacun de nos frères, circonscrite en leur nom de religieux, leur «  nom nouveau  ». Frère Benoît-Joseph de l’Ascension eut le Ciel en partage, et notre frère Alexis de Jésus-Hostie aussi puisque «  Que mangerons-nous au Ciel  ? La “ manne cachée ” (Ap 2, 17). Pain vivant par sa Parole, Jésus devait se faire Hostie, c’est-à-dire victime d’un sacrifice rédempteur, en versant son Précieux Sang non seulement pour payer le prix de notre rachat, mais encore pour nous le donner à boire, et livrer sa chair pour nous la donner à manger afin de nous donner la vie.  »

Dimanche 17 janvier 11 heures. Qui sont celles-ci qui s’avancent jusqu’à l’autel de Dieu pour y contracter mariage avec Jésus-Christ leur Dieu né de Dieu  ? Mais ce sont nos sœurs Jeanne-Françoise du Cœur eucharistique de Jésus et Marie, et Muriel du Divin Cœur. Pour la circonstance, les frères et sœurs de Fons comme de Frébourg avaient rallié la maison-mère, tandis que les communautés du Canada et de Magé suivaient la cérémonie depuis une petite lucarne, la porte du tabernacle de leur chapelle, ligne directe avec celle de la maison Saint-Joseph, et communication plus rapide qu’internet… Voici ce qu’ils ont vu et entendu. Elles s’avancèrent donc jusqu’à l’autel face à Jésus bien vivant et présent au Saint-Sacrement, tandis que notre frère Prieur opérait de sa part, en «  ami de l’Époux  » le rit de l’Église qui unissait pour toujours nos jeunes mariées au Divin Cœur… Mon Dieu que ce cérémonial est beau, gracieux et comme il donne à penser…

Lors de son homélie, frère Bruno nous fit revivre les apparitions de la Vierge Marie à Pontmain, mais en les rehaussant de tel ou tel verset de l’Apocalypse particulièrement de circonstance, sans solliciter les textes ni les événements, et toujours dans le but de nous faire comprendre la parfaite correspondance entre les apparitions de l’Immaculée et la parole de Dieu, l’une et l’autre se prêtant un mutuel service pour que l’on comprenne bien, et réalise enfin, la volonté de Bon Plaisir de Dieu.

Le repas fut aussi fraternel que la veille, et le chapelet fervent. La dernière homélie de frère Bruno, fut une fois de plus illuminée par un florilège des ultimes paroles de Dieu, bien à même de nous faire comprendre que Patmos, la rue du Bac, La Salette, Pontmain, Fatima, Pontevedra, Tuy, ne sont pas une suite d’apparitions sans lien les unes avec les autres. C’est un même mystère d’Alliance, une même Miséricorde depuis l’origine des temps (cf. Gn 3, 15), en guerre contre le Dragon et ses avatars juifs et romains, républicains, prussiens, communistes, islamistes, etc. Ce mystère d’Alliance, c’est une Femme, l’Immaculée Conception  ; elle s’appelle Marie, son Cœur immaculé est toute à ses enfants, “ terrible comme une armée rangée en bataille ” contre ceux qui les persécutent, miséricordieux pour tous. À ce coup on comprend le «  royal dessein de Dieu, qui est de tout assujettir au Cœur Immaculé de Marie  ».

24 JANVIER  : PÈLERINAGE À PONTMAIN

À 9 heures, ils étaient une soixantaine, tout comme «  l’élite des preux d’Israël  » (Ct 3, 7), frères et sœurs de Frébourg, frères de Magé, parents, enfants et tout petits enfants, au rendez-vous de saint Ellier-du-Maine. Notre frère Thomas fixa l’ordre de marche vers ­Pontmain, et les grandes intentions de prières  : «  Canta e camina  : Chante et marche  ! selon le vœu du pape François aux Pueri cantores; prie davantage selon la résolution personnelle du Saint-Père, et surtout pour l’Église. Pour lui aussi, notre papa Francisco, qui nous le demande si souvent, et comme frère Bruno nous y exhorte sans cesse.  »

Nos pèlerins partirent donc joyeux dans la brume matinale, en chantant le chapelet. À 10 h 30 célébration de la messe paroissiale dans une basilique archicomble  : joie de se retrouver parmi des paroissiens fervents, de voir des servants d’autel bien stylés, des célébrants qui aiment la Vierge Marie, de cœur et très sincèrement, mais peine aussi de voir combien cette piété reste pauvre en raison du discours “ conciliairement correct ” qui afflige l’Immaculée, réduit son mystère glorieux, celui-là même que proclament pourtant les apparitions de Pontmain…

Après la messe, c’est dans le sanctuaire béni de l’église paroissiale que nos amis se retrouvèrent près de deux cents, pour une instruction dont voici un extrait.

«  Ce que notre frère Bruno nous enseigne dans son commentaire de l’Apocalypse, l’abbé Guérin en avait la profonde intuition surnaturelle. Sa dévotion mariale s’abouche à l’Immaculée Conception qui se révèle à la rue du Bac, en 1830, alors que la révolution vient de découronner son propre fils, Jésus-Christ, vrai Roi de France… La Vierge aux étoiles et de la Médaille miraculeuse, c’est la Femme de l’Apocalypse qui lutte contre le Dragon, contre la Révolution. Pour ce royaliste, cela ne fait pas de doute.

«  Nous sommes en 1871; six ans plus tard, les catholiques libéraux vont empêcher le retour du Roi, et ils vont nous ramener la République. De monsieur Thiers à Gambetta jusqu’à François Hollande, c’est toujours le même fléau. Voilà pourquoi il nous faut prier pour obtenir le secours de Notre-Dame. Dans les moments terribles, que tout le monde appréhende, il nous faut entendre la voix du saint abbé Guérin, celle-là même de Notre-Dame de Pontmain  : Mes priez mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon fils se laisse toucher.. Cet ordre, notre Père nous l’a explicité, développé dans une admirable lettre à la Phalange en décembre 1995  :

«  L’important est en ceci que, pour une bonne moitié de notre ouvrage de Croisés, il ne nous est demandé que de prier. Non de bâtir, non de courir ni de conquérir, non de polémiquer ni de se battre, ni même de prêcher dans les rues, non de faire des miracles ni de nous épuiser en mortifications  ; non d’entreprendre de grands travaux ni même de réussir dans notre devoir d’état. Mais de prier. S’il était possible, longuement et avec un ardent amour  ; sinon, par petites doses, de moments en moments, parfois dans le silence de la nuit. Ce n’est pas rien. Ce ne sont, surtout pas  ! des paroles que nul n’écoute et qui ne produisent rien. Car voici l’explication de ce premier devoir de notre Croisade  : Prier, c’est demander à notre très chéri Père Céleste et obtenir que l’énorme machine de sa création se mette en marche ou accélère son mouvement pour que s’accomplissent les trois merveilles que nous exprimons par de simples paroles  : Notre Père qui êtes aux Cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au CielJe vous aime ô Marie pleine de grâce… et parler n’est-il pas à la portée de tous, en tout lieu, en tout temps  ?  »

Notre frère Benoît compléta heureusement cette instruction, en rappelant ensuite à nos amis, dont beaucoup sont dans l’épreuve, combien il était bon, profitable pour eux d’associer leur croix intime, familiale, à la grande épreuve que le Christ et la Vierge Marie connaissent en leur Église comme en France. Ce fut aussi un des buts de notre pèlerinage, que cette présentation de toutes nos peines et difficultés en une gerbe familiale commune, tandis qu’un de ses fruits parmi les plus savoureux, fut le réconfort de se savoir soutenus par la présence, priante et chaleureuse, de si bons amis.

Ensuite, repas dans la grande salle communale, suivi d’une instruction, le récit des merveilles de grâces opérées par Notre-Dame de Pontmain, figuratif de ce qui aurait dû se produire à l’échelon national, et de ce qui se produira pour l’Église tout entière quand le Saint-Père obéira à Notre-Dame de Fatima  :

«  Quand M. l’abbé Picquerel arriva à Saint-Laurent-de-Terregatte (diocèse de Coutances), il y a cinq ans, il trouva une paroisse qui, au point de vue matériel, tombait littéralement en ruine  : le presbytère était inhabitable  ; l’église délabrée menaçait de s’écrouler  ; point de maison d’école pour les religieuses  ; le cimetière était sans clôture, et le Calvaire qu’on y avait dressé autrefois était dans l’état le plus pitoyable. Plein de zèle, le nouveau curé s’est mis à l’œuvre, et, cinq années après son installation, nous avons pu admirer les fruits de ses efforts  ; une église neuve et vraiment belle, un presbytère neuf et le plus convenable de la contrée, une maison d’école spacieuse, le cimetière entouré de murs et, au centre, un calvaire splendide. Comment s’est faite cette admirable transformation  ? Monsieur le curé nous répond  :

«  “ J’ai mis toute mon espérance en Notre-Dame de Pontmain. Ma grande ressource dans toutes mes difficultés a été de m’adresser à Elle. Je puis dire que, pendant ces cinq années, j’ai célébré plus de la moitié des messes en son honneur. Quand je me sentais à bout, je faisais une aumône au sanctuaire de Pontmain et Marie me le rendait au centuple (…). Monseigneur, je dois le proclamer bien haut  : notre grande bienfaitrice, c’est Notre-Dame de Pontmain. Grâce à la protection continuelle de Notre-Dame de Pontmain, avec peu d’argent et en peu de temps, nous avons pu faire tous nos travaux. On a voulu s’y opposer, on a employé toutes sortes de moyens pour nous susciter des embarras  ; mais, Monseigneur, nous avons prié Notre-Dame de Pontmain, et, grâce à son secours, jamais les oppositions ni les difficultés n’ont été capables d’arrêter notre travail un seul instant (…). Grâce à Notre-Dame de Pontmain, au milieu de cette multitude de corvées que nos paroissiens ont bien voulu faire avec une bonté qui défie tous les éloges, il n’est arrivé aucun accident, pas même un doigt blessé. Tel est le motif, Monseigneur, pour lequel nous avons voulu placer au milieu de nous l’image de Pontmain, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de notre église.  »

La chronique (Revue catholique du diocèse de Coutances, 1882) ne nous en dit pas plus, mais ce fut suffisant pour cheviller au cœur de nos amis une vive foi et confiance en l’avenir de l’Église.

Pendant ce temps-là, nos sœurs s’occupaient d’une multitude de tout-petits, tandis que nos frères donnaient une instruction aux autres, puis ils sortirent jouer avec eux. Il suffisait de les voir pour se rendre compte que la joie était intense, et mutuelle…

À 14 h 30, nous étions tous dans la basilique pour soutenir les paroissiens en chantant avec eux les bontés de l’Immaculée pour la France.

Après les vêpres et la bénédiction de Jésus-Hostie, cette journée s’acheva comme d’habitude, grâce à l’inlassable dévouement de nos bons amis, par un goûter, dont les crêpes au chocolat resteront, pour sûr, gravées dans les mémoires… Il faisait beau, les amis ne se résolvaient pas à s’en aller, tant ils sentaient du réconfort à deviser ensemble… À l’an prochain si Dieu le veut en pèlerinage précurseur de celui de Fatima  !

DEUX JOURS À SAINT-PARRES

La première fin de semaine du mois de février est toujours fort prisée par nos amis et leurs enfants, car en plus des Exercices de la dévotion réparatrice du premier samedi pour consoler le Cœur Immaculé de Marie, le dimanche est jour de solennité de la Chandeleur. La fête de la Présentation de l’Enfant-Jésus au Temple, sa belle et lumineuse procession, sans parler des crêpes et autres douceurs fort appréciées des enfants, a donc cette fois-ci encore attiré une foule de familles à la maison Saint-Joseph.

Lors du sermon de la messe, notre frère Prieur récapitula fort heureusement les enseignements des précédentes conférences de notre Père, et raviva notre intérêt pour ces prières inspirées. Après le chapelet sur la tombe de notre bienheureux Père, le reste de la journée, ainsi que le dimanche matin, fut consacrée à l’étude des Psaumes, bien faite pour nous apprendre qui est Dieu, comment le louer et bien servir. Première conférence du samedi  : Dieu le Père tout-puissant. Le Très-Haut, l’omniscient, est aussi d’une paternelle condescendance, tout entier attentif à la moindre de ses créatures  ; Jésus le découvre avec ravissement, ainsi que les splendeurs concrètes de la création et de la Providence (cf. Psaumes 8; 18; 28; 88; 102; 103; 138). La conférence suivante  : La loi de Dieu nous montre comment Jésus va s’attacher aux volontés et commandements de Dieu à l’imitation de saint Joseph, l’homme juste par excellence. Il apprend de lui comment haïr l’idolâtrie et aimer Dieu, ces «  deux faces d’une même loyauté  ». Les psaumes 36; 72; 48 constituent un petit monument de doctrine sur le problème de la rétribution, le sort du juste et de l’injuste, au-delà des apparences trompeuses, en toute vérité. C’est déjà le Ciel ou l’enfer…

À 18 h 30, magnifique méditation du premier samedi du mois, le commentaire du psaume 19  : «  C’est un appel à Yahweh afin que se lève le Roi-Messie comme «  le soleil  », sur une création rénovée par la «  Torah immaculée  », antérieure au péché, et rédemptrice. Dans cette introduction à son deuxième livret, le psalmiste personnifie la Torah. Elle est «  du Ciel  » (v. 2), temple du soleil de justice (v. 5), épouse du grand Roi (v. 6), médiatrice universelle de son ardeur (v. 7). Mieux que la Torah et ses préceptes, je suis, par mes petites demandes, la conversion des âmes, la sagesse des simples (v. 8), la joie des cœurs, la lumière des yeux (v. 9).  »

Le dimanche matin, à l’oraison, commentaire aussi original et profond du Psaume 8, encore par la grâce d’une meilleure, car plus fidèle, traduction. L’homme dont ce psaume chante la gloire, c’est Jésus seul, et non pas l’homme en tant qu’homme  : à bon entendeur salut  !…

Après le petit déjeuner et le chapelet, conférence de notre Père sur Jérusalem, bien faite pour parler au cœur de nos amis  : «  J’imagine l’Enfant Jésus ayant toujours aux lèvres les Psaumes des montées (119-128), et ne cessant de parler de Jérusalem  : “ Quand retournerons-nous à Jérusalem, Maman  ? Quand irons-nous à Jérusalem  ?  ” et de chanter les cantiques de Jérusalem, comme un enfant qui revient de Lourdes chante pendant des mois Ave, ave, ave Maria ou bien La Guadalupana si c’est un enfant qui revient de Mexico.  »

Messe et Procession de la Chandeleur pour la plus grande joie des enfants et de notre bon Pasteur chargé d’ans et de mérites, comme le saint vieillard Siméon… Au sermon, frère Bruno trouva, une fois de plus, un psaume de circonstance liturgique, le Psaume 23  : «  Le roi introuvable parce qu’ “ innocent ” et de main et de cœur, qui entrera dans le Temple saint de Yahweh, c’est Yahweh lui-même  ! En la personne de Jésus, de l’Enfant-Jésus présenté au Temple par Marie et Joseph, Jésus qui ne fait qu’un avec son Père.  »

LES ACTUALITÉS  : LES MARTYRS

Pour titrer une conférence d’actualité  : Les martyrs, il faut, comme notre frère Prieur, analyser les événements à la lumière du troisième secret de Fatima. Cette immense lumière qui est Dieu illumine le théâtre de notre histoire contemporaine et ses principaux acteurs. Or, on n’y voit pas nos leaders démocratiques ni les efforts qu’ils déploient en vue de leur élection, mais bien plutôt leurs victimes, les témoins de la foi catholique, les martyrs et à leur tête, vacillant, le Saint-Père.

Alliée objective de l’islam assassin, une autre fausse et sectaire religion est encore aujourd’hui, et plus que jamais, cause première du martyre des chrétiens, c’est la démocratie. Elle s’infiltre dans l’Église depuis la Révolution française  ; elle y demeure en féroce maîtresse depuis le concile Vatican II. Elle a désarmé et ruiné les dernières nations encore chrétiennes au nom du droit social à la liberté en matière de religion  ; elle a paralysé l’élan missionnaire au nom de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux. Ce sont les systèmes nerveux, musculaire et immunitaire de l’Église, en ses membres et en son chef, qui en sont affectés, et qui les vouent à une inexorable consomption. C’est le prodigieux intérêt des deux parties de cette conférence d’actualités de nous démontrer que cette maladie de l’Église ne mènera pourtant pas à la mort.

LA FOI DE FRANÇOIS.

Si le Saint-Père semble vaciller sous le coup de la pastorale conciliaire qu’il a faite sienne, sa foi catholique se redresse vite, humble, cordiale et populaire, afin de prononcer, modestement, mais bien réellement, le plus aimable des Non possumus. N’en déplaise au grand rabbin de Rome, François continuera à parler des pharisiens comme Jésus dans l’évangile «  dans un sens péjoratif  », et à professer un tranquille et fort christocentrisme. N’en déplaise à ses amis protestants, François ne permettra pas l’intercommunion.

Frère Bruno analyse les relations du Saint-Père et des luthériens à l’aide de notre bienheureux Père et de son vigoureux Autodafé. C’est dire si la critique est vive, très pertinente et instructive, bien faite pour révéler aux yeux des âmes de bonne volonté les équivoques de cette pastorale conciliaire, notamment à propos du baptême. C’est un travail de Contre-Réforme que notre frère et notre Père mènent ensemble, comme d’habitude, malgré ce que d’aucuns s’imaginent  : “ honni soit qui mal y pense… ”

Mais quand on en vient à l’intercommunion, François ne refuse pas d’une manière fracassante, certes. Il écoute son ami pasteur  ; il comprend la peine de la luthérienne qui souffre de ne pouvoir partager le repas du Seigneur avec son mari catholique. Mais à l’un et l’autre il répond finalement  : «  Je n’oserais jamais donner la permission de faire ça ou ça, car cela n’entre pas dans mes compétences.  » Comme il y connaît «  un brin  » en théologie, François sait qu’il y a un problème à propos de cette présence eucharistique affirmée par certains protestants, et il semble minimiser nos divergences  : «  Ce sont des explications, des interprétations  ». Un intégriste se scandaliserait d’une telle affirmation et sortirait ses griffes. L’abbé de Nantes non, frère Bruno, pas davantage. L’un et l’autre vont faire ici œuvre géniale de renaissance catholique, développer la pensée du Saint-Père, et nous faire comprendre la raison profonde de son atermoiement. Notre frère nous explique alors la critique de notre Père à propos de la défaillante explication thomiste de la transsubstantiation  ; et comment les protestants en ont pris argument pour s’écarter du grand mystère de la foi.

LES MARTYRS  : LEURS BOURREAUX, LEUR DÉFENSEUR.

Dans la deuxième partie de sa conférence, frère Bruno fit le tour des pays du Moyen-Orient. Que ces pays arabes persécutent les chrétiens – à l’exception du courageux président égyptien – c’est dans l’ordre des choses. Mais notre frère nous montre aussi que c’est surtout en conséquence de la criminelle politique des démocraties occidentales, complice des islamistes, que le sort de nos frères et sœurs a empiré, la persécution tournant au génocide. Le sang des martyrs coule sous les couteaux musulmans et sur l’autel de la démocratie, mais c’est la victoire de notre foi. En regard de ces héros, Christian de Chergé, dont notre frère analysera le Testament d’apostat, figure bien ces cadavres de la vision du troisième secret.

N’oublions pas que celle-ci est dominée par la présence de l’Immaculée. C’est Elle qui gouverne tout du haut du Ciel, et qui prépare la réunion des Églises d’Orient et d’Occident, avant même que le Saint-Père ne lui consacre la Russie. Frère Bruno terminera sa conférence sur une note d’espérance, l’entrevue du pape François et du patriarche Cyrille à Cuba. Rome-Moscou, pape François et président Poutine, ces noms vont très bien ensemble, et font songer à un mariage, celui de la Sainte Sophie de Russie et du Christ-Roi en la personne de son vicaire de Rome. Soloviev entrevoyait cela en prophète fulgurant, frère Bruno nous montre que c’est une donnée géopolitique, d’actualité, dont nos frères et sœurs de Syrie ressentent déjà le bienfait sauveur.

Après cette conférence roborative, les conversations allaient bon train, joyeuses, tant nos amis étaient réconfortés. Ils ne leur restaient plus qu’à recevoir la bénédiction de Jésus-Hostie, tandis qu’un dernier sermon sur l’amour des martyrs et du martyre, prêché par sainte Thérèse en personne (Lettre au père Roulland du 9 mai 1897), les persuadait, s’il en était besoin, que notre Père, frère Bruno, et elle, ne faisaient qu’un seul cœur et bon esprit catholique. Durant cette dernière cérémonie, frère Bruno invita les enfants à donner un petit baiser au divin Enfant-Jésus que leur tendait frère Gérard  : bienheureuse vision de paix…

IN MEMORIAM.

Comment faire aimer aux jeunes générations le docteur Georges Pélissier, cet homme supérieur et si discret, qui vient de rendre son âme à Dieu le 18 janvier. Heureusement que ce disciple de la première heure nous a révélé son cœur, c’est-à-dire tout son être relationnel, en publiant  : Souvenirs et chroniques d’un chirurgien rapatrié. Nos frères en ont fait une magnifique recension (CRC n° 365, mars 2000, p. 29-32). Il suffit de lire cet article pour apprécier ce grand chrétien, sa “ valeur ”, comme dirait notre Père, pour en être édifié, prendre aussi la mesure de la peine qui doit affliger son épouse et ses enfants, et y compatir de tout cœur.

Georges Pélissier naît, en 1927, à Guyotville, à 15 km d’Alger. Ses ancêtres étaient des gens modestes chez qui les vertus naturelles, le sens du travail, le sérieux de la vie compensaient l’absence de toute religion. Dès qu’il a l’âge de raison, le petit Georges s’attache à celui qui va assurer son éducation, le grand-père Pélissier  : «  Avec sa droiture d’esprit absolue, son altruisme, sa bonté, sa tempérance, il était mon permanent modèle à penser.  » Les souvenirs du jeune enfant studieux puis de l’adolescent font revivre, toujours minutieusement, une famille qui réunit plusieurs générations sous le même toit ou la même ville, le quartier avec ses “ gens d’état ”, ses rues, ses fêtes, sous le grand soleil algérois  !

La question religieuse s’impose à lui alors qu’il est étudiant en médecine – sa passion – non par le truchement d’un auteur, fût-il Pascal, mais par un cœur, celui d’un grand chirurgien, grand patron, grand catholique, le professeur Goinard. Georges Pélissier le décrit d’une manière admirable  ; c’est à lui qu’il doit d’avoir été un des meilleurs praticiens de sa génération, le récit des opérations qu’il relate dans son livre vous en persuadera. Le jeune étudiant goûte aussi, au contact de ce professeur et de son épouse, le charme d’une vie conjugale catholique.

Le Bon Dieu lui prépare une grâce semblable, la sainte rencontre de Charlette. Durant les longues années studieuses de leurs fiançailles, elle sera son meilleur soutien. Il l’épouse et découvre d’un seul mouvement du cœur, l’amour conjugal et l’amour de Dieu  : «  Le départ de ma foi fut ton fait. Ma raison a basculé, ma gêne s’est estompée, pour faire pénétrer dans mon esprit le mystère de la Trinité, le rôle capital de la venue du Christ et ses manifestations qui asseyent la foi  : Noël, Pâques, Résurrection, Ascension, retour permanent du Christ dans l’Eucharistie (…).

Pour avoir frôlé l’arrestation pour crime d’ O. A. S., notre docteur comprend, en 1962, que la cause est perdue, qu’il faut partir, tout de suite, sans attendre le référendum, afin de sauver la famille. Douloureusement, sa carrière, sa famille subirent les cent contrecoups de cet exode… Après les cris de détresse et le désespoir rampant qui ont ébranlé la foi d’un si grand nombre de rapatriés, le docteur Pélissier témoigne  : «  Alors, me direz-vous, où en est votre catholicisme  ? Il n’a jamais été aussi puissant que depuis qu’avec Charlette je connais, je vénère, j’aime l’abbé Georges de Nantes et notre Contre-Réforme catholique.  »

Dieu les prévenait de sa miséricorde en mettant sur leur chemin de croix ce prêtre chassé de ses paroisses pour crime d’Algérie française qui, au surplus, leur expliquait toute la crise religieuse et politique dont l’abandon de l’Algérie n’était qu’un épisode tragique. Il leur imprimait l’espérance surnaturelle dont leur âme avait besoin. Le drame devint épreuve fécondante pour laquelle et dans laquelle ils avaient reçu un maître, mieux, un Père. Le docteur en épousa si bien la pensée, qu’il fut dès lors d’une fidélité, réconfortante pour notre Père, notamment lors de l’appel au jugement de Dieu.

Le 8 décembre 1986, l’abbé de Nantes aux prises avec la forfaiture des autorités romaines, avait lancé un appel à Dieu, afin que le Très-Haut juge, et que ce jugement montre à tous où étaient la foi et où l’impiété. Il ne s’agissait de rien moins qu’une ordalie. Entre l’abbé de Nantes, et le cardinal Lustiger, champion de la religion conciliaire, Dieu devait juger dans l’année, faire vivre celui qui avait gardé la foi catholique, et mourir l’autre. Le docteur ne s’étonna pas d’une telle pureté et radicalité de la foi en son Père  :

«  J’ai prié chaque jour de cette année précédant le 8 décembre, mais je doutais, je le confesse humblement de l’apparition d’un signe éclatant  : parce que ce signe a éclaté à Fatima et que pour sauver la foule des âmes le Seigneur a choisi une autre voie, a déjà parlé et donné le remède, remède que les vicaires du Christ ne nous ont pas administré. Cependant il ne pouvait demeurer muet à la demande pressante de vous-même et de tant de ses enfants  : Il a répondu par la mise en évidence – pour tout catholique de tradition éclairé par un esprit logique et animé par le bon sens – de la mort spirituelle du cardinal Lustiger que vous avez sitôt annoncée et mon âme demeure pleine d’une joie paisible et sans réserve  ; qu’importe si nous, continuons à être calomniés (…)  !

«  C’est de ténacité, de persévérance, que tous ont besoin pour ne pas succomber à la lassitude, cette déprime de l’âme. Besoin aussi d’être consolés de notre tristesse de ne pas avoir vu, par un signe miraculeux espéré, tous nos frères dans la foi, convaincus de l’erreur où les mènent nos pasteurs.  » (lettre du 6 janvier 1988)

Ce signe nous l’avons aujourd’hui, en la personne du pape François, mais comme tous les signes du Ciel, il renferme suffisamment de lumière pour être cru par les âmes dociles et de bonne volonté, suffisamment d’ombre pour être rejeté par les autres… Que ce cher ami, cœur à cœur avec notre Père et tant d’autres phalangistes dans le Ciel, intercède pour nous, dans la «  poursuite du combat  » que seul notre frère Bruno mène aujourd’hui dans l’Église, dans le respect filial de ses autorités, pour le bonheur et le salut d’une multitude de frères et sœurs de toutes races, nations et religions.

frère Philippe de la Face de Dieu.