La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly

LA LIGUE

La Ligue

LE MYSTÈRE DU CHRIST ET L’ANTICHRIST

LA reconquête par Dieu de son domaine terrestre malgré les résistances que lui oppose son “ Adversaire ”, le “ Prince de ce monde ”, ne s’est pas arrêtée à la mort du dernier Apôtre  ; ce n’est pas non plus une vieille histoire figée dans la lettre morte d’un vieux livre que l’on appelle la Bible. C’est une guerre sainte, qui se poursuit toujours, et plus que jamais aujourd’hui, d’une manière paradoxale, évangélique, selon un plan révélé dans le livre de l’Apocalypse. Dieu se combat tout en nous révélant son mystère total. Nous savons que cet affrontement et ce mystère sont tous deux entrés dans leur phase finale  ; mais où en sommes-nous exactement  ?

Frère Bruno nous le dévoile dans ce numéro. Le mystère, c’est celui de la vraie miséricorde, celle qui brûle dans les Saints Cœurs de Jésus et Marie pour le salut de leurs enfants  ; c’est ce pur amour de «  grâce et miséricorde  », sa volonté de tout régir et vivifier de la vie des hommes – même la politique des nations, même les pastorales de l’Église – qui fait peur à nos édiles. Mais une peur telle, qu’ils continuent encore à entourer les apparitions et les messages de Tuy et Pontevedra d’un silence «  déicide  » (cf. supra, Notre-Dame de Fatima, reine de miséricorde).

À la divine lumière de la théophanie de Tuy, à la brûlante charité qui s’épanche des saintes plaies du Corps de notre beau Jésus Crucifié, et du Cœur Immaculé de Marie transpercé d’épines, ils ont préféré le rayonnement douteux du Christ polonais de sœur Faustine et de Jean-Paul II  : efféminé, sans plaie, sans cœur. C’est son nouvel Évangile quiétiste, charismatique qui s’est par eux imposé à une pauvre église malade du concile Vatican II. Frère Bruno vient de faire toute la vérité sur cette imposture (cf. supra, Sœur Faustine contre sœur Lucie). Par rapport à la littérature faustinienne et wojtylienne qui va inonder le marché à la faveur des prochaines JMJ de Cracovie, c’est petit, petit comme une graine de sénevé, mais c’est tout puissant de la seule force de la vérité qu’il plaira au Saint-Esprit de faire exploser à son heure. Voilà pour notre pauvre aujourd’hui au plus fort de la grande apostasie  ; mais pour ce qui est d’hier, des lointains temps évangéliques, on croit tout connaître du mystère du Christ et de l’antichrist  ; c’est une illusion.

GEORGES DE NANTES, DOCTEUR DE LA PAROLE DE DIEU.

De nombreuses découvertes archéologiques, dont celle, capitale, du Saint Suaire, preuve de la mort et de la résurrection de Jésus, furent suscitées par Dieu pour venir en aide aux prédicateurs de l’Église afin de soutenir la foi des fidèles dans les derniers temps. Si personne ou presque n’en fit cas, c’est que sous le règne du pape Léon XIII puis sous celui de Pie XI, le mystère du Christ a subi de profondes atteintes, tout d’abord en raison l’hérésie moderniste, puis de l’hérésie démocrate-chrétienne, toutes deux mises à nu et condamnées par saint Pie X. C’est en disciple de ce docteur et saint Pape que notre bienheureux Père a démasqué à son tour les ressorts de ces désorientations diaboliques, particulièrement dans son étude des années 1959 à 1963 sur Le mystère de l’Église et l’Antichrist, que l’on trouve dans les tomes I et II des Lettres à mes Amis. Ce sont pourtant elles qui vont s’imposer à la faveur du concile Vatican II, et faire perdre la foi à notre génération.

L’abbé de Nantes, défenseur de la foi ne s’est pas contenté de s’opposer à cet incroyable travestissement de la personnalité du Christ, il n’a cessé d’approfondir, en fils de l’Église, le mystère de Jésus révélé par les Évangiles. Des références viendront spontanément à l’esprit des disciples du Père, mais il en est une que nous avions oublié, et que frère Bruno nous a fait redécouvrir pendant la Semaine sainte  : Jésus dans sa Passion (S 56). Elle a illuminé notre Jeudi saint, tandis qu’une autre retraite  : La Semaine sainte et le dimanche de Pâques (S 80) a rempli le même office durant les autres jours saints.

LA SEMAINE SAINTE AU MONASTÈRE

La retraite commença le Mercredi saint à 18 heures par une chronologie de la vie publique de Jésus, dont le but était surtout de nous faire saisir la différence d’intensité entre le ministère du Christ en Galilée et celui qu’il va accomplir à Jérusalem. En Galilée, c’est assez irénique, calme, Jésus vise surtout à la formation de ses Apôtres. Mais c’est au cœur de la Ville sainte, dans le Temple, que le Christ va enseigner et dire toute la vérité sur Lui-même, sur Jérusalem et sur les païens aussi.

Les Synoptiques abordent ces controverses par le truchement de paraboles  ; notre Père excelle à nous en faire ressortir le caractère tragique, obvie. Toutes concourent à confondre l’orgueil et l’hypocrisie des scribes et des pharisiens, leur perfide désorientation de la Loi de Moïse surtout  : «  On les appellera “ perfides ” parce que, précisément, cette Loi de Moïse qui était si juste, si libérale, si ouverte à tous les hommes, ils l’avaient rendue peu à peu rigide, dure  ; et ces hypocrites s’en servaient pour accabler le peuple de prescriptions sans cesse nouvelles, prescriptions dont eux-mêmes ne se souciaient guère.  »

Pour imposer leur aggiornamento de la Loi de Moïse, les pharisiens et les sadducéens vont condamner à mort le Fils de Dieu  ; la destruction de Jérusalem punira ce déicide, tandis que la Bonne Nouvelle du salut sera prêchée aux païens. Notre Père conclut ainsi cette partie sur la prédication à Jérusalem selon les Synoptiques  : «  Vous voyez que c’est tout à fait différent de ce qu’on nous enseigne aujourd’hui, où l’on nous montre une sorte de peuple juif et de gens de Jérusalem très huppés et fort intelligents, très connaisseurs de la Loi, gens tout à fait libres et bien disposés, qui finiront par condamner Notre-Seigneur on se demande pour quelle raison, soit par malentendu, disent certains, soit parce que Jésus s’est mis en tort en ne se faisant pas bien comprendre. C’est une déformation absolue de l’Évangile, des trois Synoptiques pour commencer.  »

Quand on ouvre saint Jean, comme le fit ensuite notre Père, l’opposition est encore plus frontale, sans équivoque. Jésus ne parle plus en paraboles, il invective, révèle son identité divine  : «  Mon Père et moi, sommes UN  », et celle de ses adversaires qui ont Satan pour père, raison pour laquelle, ils sont menteurs et seront bientôt déicide.

Durant les trois Jours saints, nous écouterons toujours avec grand profit notre Père nous expliquer les offices ou les cérémonies de la liturgie (cf. S 68  : Liturgie de la Semaine sainte). L’Église est Épouse et Mère, cela se sent plus que jamais dans ces offices. Plus nous nous trouvons par elle unis à Jésus, et plus aussi nous prendrons la mesure des froides désorientations que lui a imposées le concile Vatican II, au rebours de toute la Tradition de l’Église…

JEUDI SAINT

Matines à 6 heures pour les quelques amis présents. L’office est long, très long pour les jeunes personnes qui y assistent pour la première fois. Après chaque psaume, frère Alexis éteint un cierge, il y en a quinze. Or, tant de temps déjà écoulé, et à peine trois cierges éteints… «  Mon Dieu, mon Dieu, venez à mon aide…  » Mais voilà frère Christian qui sort de son banc. Que fait-il  ? Il pleure  ? Presque, il chante les lamentations de Jérémie. À ce coup, on comprend que c’est grave, hier comme aujourd’hui, et on prend patience, mieux, on s’applique à bien chanter au rythme des frères et des sœurs, pour tâcher de consoler Jésus. À la fin des matines, le “ Christus factus est  ” retentit, chaque jour un peu plus vainqueur. Oui, vraiment, ces matines de la Semaine sainte avec les frères et les sœurs, cela vaut le voyage…

LE CHRIST-ROI (S 56-1).

Après l’office de prime, nous écoutons la première magistrale conférence de cette journée. «  Mes bien chers frères, je voudrais vous montrer que Notre-Seigneur a été l’athlète de Dieu, avant d’être la Victime, Celui qui se laisse battre. Il fallait qu’Il fasse cette démonstration et qu’Il soit reconnu et applaudi par la ville de Jérusalem comme étant le Grand Prêtre, le Prince, le Roi pour que son écrasement ne soit pas un scandale, encore aujourd’hui.  »

Et notre Père d’enchaîner les passages des chapitres 7 à 10 de saint Jean, plus sublimes, plus terribles les uns que les autres  : «  Je dis, moi ce que j’ai vu auprès du Père  ; et vous, vous faites ce que vous avez appris de votre père.  » «  Le père dont vous êtes issus, c’est le diable… c’est un meurtrier dès le début.  » «  Qui de vous me convaincra d’erreur  ? Et si je dis la vérité, pourquoi ne croyez-vous pas  ? Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu, et si vous ne les écoutez pas, c’est parce que vous n’êtes pas de Dieu.  » «  Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez point  ; mais si je les fais, quand même vous ne voudriez pas me croire, croyez à mes œuvres afin d’apprendre et de reconnaître que le Père est en moi et que je suis dans le Père.  »

Notre bienheureux Père ne les lit pas, il les vit. Ce ne sont pas des péricopes qui se succèdent, mais le débit de sa parole, au rythme de son cœur qui vibre à l’unisson de celui de Jésus, tout cela fait que nous sommes – que vous serez si vous écoutez cette conférence – à Jérusalem, aux côtés du Maître, de saint Jean et de Marie-Madeleine. Conclusion  : «  Jésus était un être surhumain, le Savant qui sait toutes choses sans avoir fait d’études, le Saint que personne n’a pu convaincre de péché  : il faut aimer Jésus, être son disciple.  »

LE CHRIST, SOUVERAIN PRÊTRE (S 56-3).

C’est toute la liturgie du Jeudi saint qui nous révèle ce mystère, mais quel est le prédicateur qui en fait cas depuis le Concile  ? L’officiel «  Prions en Église  », et à sa suite la plupart des prédicateurs, traite uniquement du lavement des pieds, signe sensible d’un service exemplaire à rendre à tout homme, modèle unique de la charité catholique. Oubliés les sacrements qui confèrent la divine grâce  : l’Eucharistie et le Sacerdoce… Notre bienheureux Père, lui, va unir les trois gestes forts de la dernière Cène, et nous plonger au plus chaud du Cœur de Jésus grand prêtre de la Nouvelle et Éternelle Alliance.

«  J’ai tant désiré manger avec vous cette Pâque avant de souffrir.  » (Lc 22, 15) «  Quand on a lu cette phrase avec attention, on se dit qu’il va y avoir quelque chose d’énorme pendant ce repas, une manifestation d’amour que l’on n’oubliera jamais. Or, voici que Jésus se lève pour laver les pieds de ses Apôtres.  » Plutôt que de se cantonner à des considérations moralisantes sur l’humilité et un service tout humain, notre Père, met ce geste singulier en étroite relation avec sa vocation de Rédempteur  : «  Je suis venu pour servir et donner ma vie en rançon pour la multitude.  » (Mc 10, 45)

«  Jésus au milieu de ses Apôtres a l’air d’être le Maître et le Roi. En fait, comme le montre le lavement des pieds, Il est d’ores et déjà leur Victime, leur Serviteur, leur Esclave, livré à cause d’eux, pour eux. C’est le lavement des pieds qui donne à l’institution de l’Eucharistie sa signification, et qui nous montre que nous sommes dans l’atmosphère de la Rédemption.

«  Ceci est mon corps livré pour vous… Ceci est mon sang, le sang de la Nouvelle Alliance, répandu pour beaucoup d’hommes en rémission des péchés…  »

«  En mangeant ce Corps et en buvant ce Sang, les Apôtres savent qu’ils mangent et qu’ils boivent le Corps et le Sang de Celui qui s’est fait leur esclave pour précisément les laver de leurs souillures, et leur rendre la vie. Chose extraordinaire, c’est Lui qui a la vie et c’est Lui qui est l’humilié  ; ce sont eux les pécheurs et ce sont eux qui sont les bénéficiaires. Quel renversement des sorts  ! Voilà ce que Jésus a fait à la Cène.  »

Cette prodigieuse puissance de sanctification par le Christ en personne ne devait pas profiter aux seuls Apôtres. La Cène doit se reproduire des millions de fois et jusqu’à la consommation des siècles en conséquence de l’ordre du Seigneur  : Faites ceci en mémoire de moi. Parole créatrice fondatrice du sacerdoce catholique, et qui donne aux prêtres «  le pouvoir de recommencer l’œuvre de la Rédemption  ».

Avouez qu’il y a là de quoi renouveler notre ferveur de communiants, de ranimer celle de nos pauvres prêtres «  en crise d’identité  », et de partir à la conquête des «  périphéries  » avec Jésus Souverain Prêtre, “ maître de l’impossible ”…

L’Heure sainte qui suivit le dépouillement de l’autel prolongea cette méditation  : L’authentique discours après la Cène (S 80, 3). C’est un sommet de piété et de science biblique, où notre Père nous montre que saint Jean a regroupé les deux repas, de la dernière Cène et de l’Ascension, en un seul. Se résolvent ainsi des difficultés, des incompréhensions, et se réalise l’objectif que notre Père s’était fixé, de sauver notre foi et de fonder notre piété en toute vérité  : sagesse d’un docteur «  in medio Ecclesiæ  »…

VENDREDI SAINT

La première conférence de la matinée sur La chronologie exacte de la Passion (en audio et vidéo  : S 91, 1) allait illustrer de manière magistrale le propos de notre Père sur la fécondité de la vraie science. Il nous fit part de la découverte, dans les années cinquante, des deux calendriers liturgiques qui avaient cours au temps de Jésus  : le traditionnel, celui des Galiléens, et l’officiel, celui des autorités de Jérusalem. Jésus a suivi l’ancien calendrier, et c’est donc le mardi soir qu’il mangea la Pâque avec ses disciples et qu’il fut ensuite arrêté. Ainsi, tous les événements de la Passion prennent leur place, dans l’espace comme dans le temps, et de nombreuses contradictions entre les Évangiles sont résolues. Vraie science qui fonde et nourrit aussi notre compassion pour Jésus en plus grand et plus long labeur de rédemption. Le mérite de cette découverte revient à une exégète française, Annie Jaubert; faute d’avoir pu la réfuter, les modernistes, Ratzinger en tête, l’ignorèrent superbement…

À 15 heures, les amis remplissaient la chapelle pour écouter frère Bruno et suivre avec lui l’incomparable Chemin de Croix composé par notre bienheureux Père. En fin d’après-midi, après le chant de la Passion et les grandes prières universelles de l’office des présanctifiés, le sermon “ Le Christ règne par la Croix ” (S 80, 5), disposa nos cœurs à la touchante cérémonie de l’adoration de la Croix. Notre Père s’attacha une fois de plus à fonder notre piété sur le roc de la vérité historique des faits évangéliques. Il s’y employa en commentant le psaume 21 et le chapitre 53 du prophète Isaïe, puis il conclut ainsi  :

«  Vous avez entendu les lamentations de Jérémie  : les enfants demandent du pain et du vin et il n’y a rien pour les nourrir et soutenir leurs forces. Les enfants sont toujours à demander du pain et du vin  ; de génération en génération, ce Pain et ce Vin leur sont donnés abondamment dans le Saint-Sacrifice de la Messe. C’est le Sacrifice de la Croix qui ­nourrit l’humanité d’une vie surnaturelle, qui la réunit à Dieu dans la Communion mystique de l’Eucharistie. C’est le Sacrifice de la Messe qui est la commémoration de la Croix. Alors, en nous approchant de cette Croix et en la baisant avec beaucoup de foi et d’amour, nous sentirons que nous sommes des privilégiés, que Notre-Seigneur est notre grand bienfaiteur et que nous avons cette chance inouïe d’avoir la foi et de pouvoir l’exercer en pleine clarté, en pleine charité, en pleine espérance, alors que tant d’autres hommes sont tombés dans les ténèbres de l’erreur et de l’incrédulité. Prions pour eux, com­prenons notre chance, soyons fidèles à Jésus-Christ  !  »

SAMEDI SAINT

Jésus ne souffre plus, il est hors d’atteinte des méchants. L’Église en est soulagée et elle a traduit ce sentiment du cœur en allégeant l’office des matines  ; les psaumes sont moins longs, et le grégorien lui aussi anticipe à sa manière, bien sensible, la résurrection de Jésus. C’est la grande paix, la grande solitude du Samedi saint, que notre bienheureux Père nous engagea à passer en compagnie de la Vierge Marie.

LA ROYAUTÉ UNIVERSELLE DE JÉSUS-CHRIST (S 80, 6).

La grande conférence de la matinée nous fit revivre les événements de la Passion de Jésus et entrer dans le drame intime de chacun de ses acteurs.

Notre Père analyse le cas de Judas, et scrute les textes  : «  Autrefois, prenant au pied de la lettre la parole de saint Matthieu  : “ Il s’est repenti ”, j’avais pensé qu’il s’était repenti et qu’il aurait encore pu être sauvé, mais que son acte irrémédiable avait été précisément le désespoir. À la différence de la contrition de saint Pierre qui, ayant renié son Maître, pleura amèrement, Judas, lui, a désespéré.

«  Il en a été certainement autrement, parce que saint Jean nous dit que, lorsqu’il eut mangé la bouchée, Satan entra en lui. En annonçant cette dénonciation dont Judas allait se rendre coupable, Notre-­Seigneur a eu ces paroles sur lui, les plus terribles qu’on ait jamais prononcées sur un homme  : “ Celui qui a mis la main avec moi dans le plat, celui-là me trahira, car le Fils de l’Homme s’en va, selon ce qui est écrit à son sujet. Mais malheur à cet homme par qui est trahi le Fils de l’Homme  ! Il eût mieux valu pour cet homme qu’il ne fût jamais né  !  ” Prenant la parole, Judas, celui qui allait le trahir, lui dit  : “ Serait-ce moi, Rabbi  ? ” Il lui dit  : “ Tu l’as dit  !  ”

«  Or, si Notre-Seigneur, à ce moment-là, a dit  : “ Il aurait mieux valu pour cet homme qu’il ne fût jamais né  !  ” il ne faut pas que les théologiens modernes nous embrouillent. Cela veut dire que Judas est en enfer.  »

«  Anne et Caïphe, ces hommes impies, matérialistes, mondains, méritent le nom de déicides. Ils se sont aveuglés volontairement, car ils ne voulaient pas que Jésus règne sur Jérusalem, et prenne leur place. Ils l’ont mis à mort, et maintenant ils le craignent encore, précisément à cause de cette lucidité démoniaque qu’ils ont sur son mystère et sa personne.  »

Notre Père en donne des preuves, ne retenons que celle-ci qui atteste aussi de la vérité historique du fait de la Résurrection  : «  Le grand signe que Jésus va donner à tous, bons et mauvais, comme l’ultime chance de salut.  » Ils vont payer les soldats de garde afin qu’ils mentent en accusant les Apôtres d’avoir volé le corps. Or, «  jamais il ne sera question du crime d’avoir ouvert une tombe scellée, pourtant puni de mort, et d’avoir enlevé le corps. L’ensemble du Sanhédrin atteste donc de cette manière négative du fait de la résurrection du Christ.  »

Le peuple de Jérusalem. «  C’est une masse ondoyante qui fut facilement menée d’un extrême à l’autre. Désorientés par une campagne de calomnies, et aussi par l’attitude de Jésus lui-même se livrant à ses ennemis, les habitants de Jérusalem ont finalement pris le parti du plus fort, celui de leurs chefs qui menaçaient d’exclure de la synagogue les partisans du Christ.  » (cf. Jn 9, 21-22)

Les païens en la personne du petit groupe de Grecs ont participé au triomphe des Rameaux, ils ont été fascinés par la majesté de Jésus. Même les soldats romains qui l’ont pourtant torturé, humilié, ont subi cet ascendant  ; et Pilate combien davantage puisqu’il voulut le faire échapper à la jalousie homicide du sanhédrin.

Les disciples de Jésus, quelques centaines de braves gens. Ils espéraient en Lui avec noblesse, pour la libération temporelle de leur peuple opprimé par des païens – ce qui était insupportable à des juifs –, mais en même temps, pour sa rénovation spirituelle. Les deux disciples d’Emmaüs sont des modèles du genre. «  Admirable innocence des disciples et témoins absolument irrécusables de la vie parfaitement sainte du Christ  !  » (cf. Lc 24, 13-35)

Les Apôtres. Ils sont complètement brisés, pour deux raisons. D’une part, la mort de Jésus est une mort définitive. On n’a pas l’habitude de voir les gens ressusciter (…). Mais ce qui les ronge davantage, ce qui les épuise, ce qui les accable plus que cela, c’est que dans cette mort, ils se sont tous montrés des lâches et l’ont abandonné.

Les saintes femmes partagent ces sentiments, même si elles ont fait preuve de davantage d’amour, et qu’un plus grand nombre ont été jusqu’à la Croix.

Les intimes  : Saint Jean et sainte Marie-Madeleine, ils étaient pourtant au pied de la Croix, mais ils avaient perdu la foi. Marie-Madeleine, l’amante du Christ a compensé par son amour, toujours en éveil  ; quant à saint Jean, «  il était tout proche de la foi. Cependant, il lui a fallu le signe du Saint Suaire plié à la manière dont Jésus pliait sa couverture de voyage, pour avoir le choc du réel et, de l’incrédulité ou du doute, passer à la foi.  »

L’Immaculée Vierge Marie. Notre Père finira en beauté par Elle, car c’est Elle et Elle seule qui dans cette Passion a gardé la foi et l’amour. Elle est debout au pied de la Croix, en épouse corédemptrice, et mère de l’humanité rachetée. Elle ne se rend pas au tombeau, car son Fils ayant dit qu’il ressusciterait le troisième jour, elle le croit et attend sa venue.

Dans l’attente de la veillée Pascale, nos amis passèrent l’après-midi dans la considération d’un autre mystère de mort et de résurrection, Sacerdos alter Christus, celui de notre bienheureux Père. Ils regardèrent avec profit les dernières conférences réalisées par notre frère Bruno  : Un procès… de béatification (L 158-1) et Sagesse surnaturelle (L 158, 2).

Le Saint-Père était présent parmi nous, «  vacillant  », comme d’habitude… Ses paroles si cordiales, si pleines d’onction spirituelle lors de son homélie de la Messe chrismale nous réconfortèrent beaucoup. En revanche, le tour d’horizon politique qui précéda la bénédiction urbi et orbi, fit dire à notre frère Bruno que la situation politique était insoluble, bloquée, tant que le Saint-Père n’obéirait pas à la Sainte Vierge… Cela reste donc toujours notre grande intention de prières… S’il y a quelque chose d’efficace à faire, c’est cela…

Le sermon de la Veillée pascale  : Tout un peuple dans l’attente de la résurrection (S 80, 7), fut particulièrement savoureux, notre Père parle en témoin oculaire pour ainsi dire, en ami intime, en confident des uns et des autres. Il nous donne ainsi l’impression de vivre en direct les premières apparitions de Jésus ressuscité à ses pauvres disciples. C’est à écouter. En voici la conclusion  :

«  Cette nuit, reconnaissons que nous sommes dans un mauvais temps, que notre vie chrétienne est difficile, que nous devons passer, nous aussi par bien des tribulations, autant matérielles aujourd’hui que morales. Chrétiens fidèles à Notre-Seigneur, nous acceptons de traverser ces tribulations, et plus nous avançons dans la vie en portant notre croix, plus la certitude de la résurrection glorieuse est notre espérance. Il nous apparaîtra un jour comme Il est apparu aux saintes Femmes et aux pauvres Apôtres. Il nous réconfortera et Il nous emmènera avec Lui dans la gloire  !  »

DIMANCHE DE PÂQUES

Pas de matines, mais un joyeux Regina Cæli à 7 heures, suivi des laudes. À l’oraison, méditation du père de Foucauld, lue par notre bienheureux Père, sur l’apparition de Jésus à sainte Marie-Madeleine (S 130, 3; 30 mars 1997).

Après tierce, conférence de retraite sur La Résurrection de Jésus-Christ et la vie éternelle (S 80, 8). Notre Père nous fit remarquer deux choses. Premièrement, combien la douceur de Jésus, sa tendresse, son inlassable condescendance pour le petit peuple de Galilée rendaient davantage crédible la vigueur des invectives qu’il va adresser aux pharisiens, à Jérusalem. Deuxièmement, la polémique, c’est difficile. C’est pourquoi Jésus va s’assurer du concours d’un instrument de choix «  pour faire sa propagande  »  : saint Paul. C’est lui, c’est le témoignage qu’il donne au chapitre 15 de la première Épître aux Corinthiens qui fonde solidement notre foi dans «  les faits de la résurrection  ». Voilà pour les faits, mais pour le mystère, voici  : impossible de goûter la grâce de la Résurrection, de comprendre le dogme de la foi, si l’on ne se reconnaît pas d’abord pécheur, car c’est pour la rémission des péchés que Jésus est mort et ressuscité. Grande union de pensée entre le pape François et le théologien de la Contre-­Réforme catholique sur ce point capital.

À 11 heures, grand-messe solennelle de la Résurrection et savoureuse homélie de notre bienheureux Père  : Le plus indubitable des événements historiques (S 80, 9). La démonstration fut certes scientifique, mais surtout elle fut cordiale. Notre Père nous amusa beaucoup en nous montrant comment les Évangélistes, «  Marc le paysan  », et «  Matthieu le publicain un peu jaloux de Marie-Madeleine, un peu misogyne aussi  », se débrouillèrent pour voiler, d’une part les préférences du Cœur de Jésus ressuscité, et d’autre part les nécessaires monitions qu’il dut adresser aux Apôtres.

S’il n’est pas question de l’apparition de Jésus ressuscité à la Sainte Vierge dans les Évangiles, c’est que les cœurs n’étaient pas alors assez purs pour recevoir cette révélation, ni les esprits prêts à entrer dans l’intelligence du mystère de ce cœur à cœur. Mais notre Père, à la suite de saint Ignace et de toute la Tradition de l’Église inspirée par l’Esprit, ne s’en est pas privé…

L’après-midi fut particulièrement joyeux et instructif, grâce une émission de La religion en vrai, témoignage de nos trois frères anciens sur “ La vocation des Petits frères du Sacré-Cœur au sein de l’Église  ”. Elle nous préparait bien au sermon final de la retraite sur l’apparition de Jésus ressuscité à sainte Marie-­Madeleine, puis à ses Apôtres au bord du lac de Tibériade. L’ardent amour de la sainte nous parlait de l’âme de notre bienheureux Père, tandis que la profession de foi de saint Jean  : «  C’est le Seigneur  !  » et l’ordre du Maître à saint Pierre  : «  Toi, suis-moi  !  » évoquait l’engagement radical de nos frères anciens à la suite d’un jeune prêtre, Sacerdos alter Christus, pour un incomparable service de l’Église…

TROIS PRISES D’HABIT

Isti sunt agni novelli… En ce lundi de Pâques, ils étaient trois à être officiellement reçus dans la “ bergerie ” de notre bienheureux Père, après avoir effectué leur temps de postulat réglementaire. C’est au milieu d’une magnifique cérémonie que revêtus de l’habit de notre ordre ils revinrent dans le chœur pour recevoir de notre frère Prieur leur nouveau nom, d’éternité. Augustin Issenmann est désormais parmi nous frère Augustin de Notre-Dame de toutes grâces, tandis qu’Ombline Bertin et Hélène Henri-Galli, sont devenues sœur Ombline de Notre-Dame de Pontmain, et Hélène-Marie du Très Saint Rédempteur. Merci mon frère  ! ont-ils tous répondu  !

Émotion assurée au chant de l’Ecce quam bonum  : accolades entre frères, embrassades entre sœurs, et salutation à la famille… Notre cher “ Bon Pasteur ” n’a pas succombé sous le poids de tant d’émotions, bien au contraire, il a poursuivi la messe et entonné le Credo 3 avec une voix de stentor… Puis vint le moment attendu de l’homélie de notre frère Bruno, particulièrement savoureuse puisqu’il réussit à unir ces trois vocations en une seule «  comme dans le mystère de la Sainte Trinité  », mais «  à condition de tout centrer sur la Vierge Marie, Médiatrice de toutes grâces  ; saint Augustin est le “ docteur ” de la grâce dont le Cœur Immaculé de Marie est la source intarissable, ou plutôt  : la “ Médiatrice ” universelle, puisque cette “ grâce  ” jaillit du Cœur Sacré, transpercé, du Saint Rédempteur, son Divin Fils crucifié qu’Elle nous montre à Pontmain avec l’infinie tristesse du Dieu de pitié dont Elle tient la place, pour allumer dans nos cœurs un ardent amour et désir de la consoler de ce grand chagrin que les voyants de Fatima ont encore contemplé à Fatima moins de cinquante ans plus tard, sur son Visage empreint de la tristesse de Dieu lui-même, notre très chéri Père Céleste tellement offensé par l’ingratitude de ses enfants adoptifs, rachetés d’un si grand prix…  »

Après un joyeux repas en famille, le chapelet, la journée s’acheva par la bénédiction du Saint-Sacrement, et une dernière homélie de notre frère Prieur sur La théophanie trinitaire de Tuy, et ses correspondances avec l’Apocalypse. À la suite de saint Maximilien Kolbe et de notre bienheureux Père, il approfondit encore les motifs que nous avons de croire en la souveraineté royale de l’Immaculée Conception sur la création et son histoire, ainsi que sur la rédemption du genre humain et sur sa sanctification.

PETITE RETRAITE DES ENFANTS

En Bretagne tout d’abord, les 12 et 13 mars, pour frère Gérard, trois frères accompagnateurs, et une centaine de petits enfants. Tout ce beau monde bien accueilli, hébergé, nourrit, grâce aux prouesses de dévouement de nos chers amis. Frère Gérard prépara tout de suite les enfants à faire une bonne confession, «  pas de routine, ni d’Ancien Testament, mais de Nouveau Testament  : est-ce que j’aime le Bon Dieu  ?  » Il leur donna en exemple les martyrs de la Croisade espagnole de 1936, comme Santiago Mosquera, jeune adolescent de seize ans qui fut martyrisé pour avoir refusé de blasphémer.

Entre le récit des martyrs au fil des diaporamas sur Barbastro, El Pilar, El Valle de los Caïdos, et le commentaire des Pages mystiques sur le baptême, frère Gérard fut intarissable. Le zèle des Pères confesseurs ne fut pas moindre, et surtout leur enthousiasme. C’est une nouveauté qu’il convient de souligner, afin d’en attribuer le mérite, pas uniquement à ces bons prêtres, mais aussi au pape François qu’ils aiment, car ils se sentent soutenus, encouragés par lui. C’est sous leur houlette bienveillante que tout notre groupe put faire le parcours du jubilé et gagner ainsi l’indulgence plénière.

Comme il est de tradition, notre frère refit cette petite retraite à la maison Saint-Joseph les 19 et 20 mars, la fin de semaine des Rameaux. “ Admirer, aimer, servir l’Église et la Chrétienté ” à l’exemple des saints martyrs, des soldats de la Grande Guerre, et en tout premier lieu grâce à l’exemple de Jésus et Marie. Notre frère Gérard leur apprit ainsi que la vie est un combat contre Satan et le monde, qui consiste d’abord pour eux à aimer le catéchisme et bien l’apprendre.

PÈLERINS DE CHARTRES

Le dimanche 20 mars, une trentaine de jeunes étudiants de la Permanence renouèrent avec une tradition initiée par messieurs Jean-Loup Perret et Jacques-François Pons en 1973. Départ de la gare de Saint-Piat, une quinzaine de kilomètres d’une marche priante et fraternelle, un sermon de notre bienheureux Père, particulièrement tonique, messe des Rameaux dans la cathédrale en compagnie des jeunes du pèlerinage officiel des diocèses d’Ile-de-France. C’est vraiment une expérience à renouveler, qui en plus d’aérer nos jeunes étudiants parisiens, leur permet surtout d’exercer leur office de Croisés eucharistiques et marials  : Prie, communie, sacrifie-toi, sois apôtre, et d’obtenir ainsi «  grâce et miséricorde  » pour eux-mêmes, et pour bien d’autres…

frère Philippe de la Face de Dieu.