La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 161 – Mars 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


CAMP NOTRE-DAME DE FATIMA 2015

L’APOCALYPSE DE SAINT JEAN

 par frère Bruno de Jésus-Marie.

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II. L’AVENIR (suite et fin)

«  DANS LE TEMPS, UNE SEULE FOI, UN SEUL BAPTÊME,
UNE SEULE ÉGLISE, SAINTE, CATHOLIQUE, APOSTOLIQUE.
DANS L’ÉTERNITÉ, LE CIEL  !  » (SŒUR LUCIE)

L’APOCALYPSE est une révélation de Dieu, de son mystère et de son plan dont l’histoire est le théâtre, et qui se déroule infailliblement au cours des siècles, étape par étape. Avec les colères divines, de grands tonnerres, de la grêle, des éclairs et des châtiments… et la Miséricorde.

Notre analyse de l’actualité relève chaque jour – chaque mois  ! – de cette clef. Après avoir éclairé les chrétiens dans leur lutte contre l’empire païen et contre les religions orientales, pendant plus de deux siècles, jusqu’à la paix de l’Église, en 313, elle se trouve remise en service par le malheur des temps, avec le retour du Dragon, du Diable et de ses inventions, dans notre vingtième – vingt et unième siècle.

Et l’abbé de Nantes, frère Georges de Jésus-Marie, notre Père fondateur, en est le Docteur par le combat qu’il a soutenu toute sa vie et dont ses écrits sont le témoignage, contre le Diable, contre Satan en personne, sous la bannière de l’Immaculée qui écrase la tête de ce Dragon infernal de son pied virginal.

Toute sa critique de la Réforme conciliaire, toute son œuvre de Contre-Révolution et de Contre-Réforme, à la fois politique et religieuse, jaillit comme de sa propre source, des chapitres 12 et 13 de l’Apocalypse, où paraît le «  Signe  » de la Femme dans le Ciel, affrontée au Dragon et aux deux Bêtes.

Il n’a pas été illuminé, ni n’a jamais prétendu tirer son œuvre des Livres saints par une inspiration personnelle. Toute son œuvre est bâtie sur la foi de l’Église, pour la défendre et sauver notre civilisation chrétienne tant des attaques de la Bête politique au pouvoir totalitaire que de la Bête du culte de l’homme.

Cet amour de l’Église est la marque tout à fait propre de l’œuvre de notre Père, s’opposant à ceux qui voulaient la “ réformer ” et l’ouvrir au “ monde ”  ! Cette défiance envers le monde qui va à sa perte, est la préparation d’un grand élan missionnaire, c’est toute l’Apocalypse… et c’est toute notre vocation.

En effet, les corrections que le Christ adresse aux Églises d’Asie sont destinées à disposer celles-ci à remplir leur mission de témoignage devant les nations, mission qui, dans le cas de celles qui encourent des reproches, appelle l’intervention du Christ «  marchant  » au milieu des candélabres.

Après les “ lettres aux Églises ” qui font le tableau du “ présent ” (Il est ressuscité n° 158, décembre 2015, p. 7-18) à la veille de la Guerre juive, dans les années soixante, le voyant, saint Jean, est invité à monter au Ciel pour y voir «  ce qui doit arriver par la suite  » (Il est ressuscité n° 159, janvier 2016, p. 4-30).

Il y contemple le trône divin, entouré de vingt-quatre saints de l’Ancien Testament, glorifiés, vêtus de blanc et portant couronne, ainsi que de quatre Vivants, offrant «  gloire, honneur et action de grâces  » au Créateur de l’univers (chap. 4). Celui-ci tient en main «  un livre roulé, écrit au recto et au verso, scellé de sept sceaux  ». C’est l’histoire universelle dont l’Agneau de Dieu est le Seigneur (chap. 5). C’est Lui qui va prendre le livre et le dérouler, c’est-à-dire accomplir tous les événements qui y sont inscrits à mesure qu’il en brise les sceaux (chap. 6).

L’histoire à venir sera faite de quatre composantes. Il y a le bien, apporté par la Parole de Dieu, le Verbe de Dieu qui parcourt la terre sur son cheval blanc. Premier sceau. Et puis, il y a ces fléaux coextensifs à l’histoire humaine  : la guerre, la famine et la mort, sous la figure de trois chevaux  : rouge feu, noir, et verdâtre.

Il y a aussi les persécutions  : c’est le cinquième sceau qui fait entendre les martyrs en appeler à la justice divine, depuis l’innocent Abel, tué par Caïn (Gn 4, 8) jusqu’à Zacharie, fils de Barachie, comme disait Notre-Seigneur (Mt 23, 35).

Au moment où devrait se déchaîner la colère de Dieu, à l’ouverture du sixième sceau qui déclenche un violent tremblement de terre, une accalmie tient tout en suspens pendant que les élus sont marqués du signe de la Croix pour entrer dans la béatitude éternelle (chap. 7).

L’ouverture du septième sceau est ponctuée par «  un silence dans le ciel, d’environ une demi-heure  » dans l’attente du jugement de Dieu, sonné par sept trompettes. Les quatre premières déchaînent des fléaux semblables aux plaies qui frappèrent l’Égypte, jadis, en châtiment de l’endurcissement de Pharaon et pour la délivrance des juifs. Voilà ces fléaux retournés contre l’endurcissement des juifs persécuteurs de l’Agneau. Les ténèbres qui couvrent «  la terre  » sainte au moment de la mort de Jésus, «  premier-né  » de la Vierge Marie, reproduisent la neuvième plaie d’Égypte, suivie de la dixième et dernière, la mort des premiers-nés.

Ces quatre fléaux sont suivis de trois «  malheurs  », annoncés aux juifs par «  un aigle volant au zénith  » (chap. 8).

Le premier «  malheur  » est l’invasion romaine, dont on peut dater les prodromes de l’an 66. Elle se heurte d’abord à une résistance victorieuse de la part des juifs  : la garnison romaine de Jérusalem est massacrée, les troupes envoyées par Hérode Agrippa sont battues et la 12e légion, commandée par le légat de Syrie, est défaite.

Le deuxième «  malheur  », sonné par la sixième trompette, correspond à l’intervention de Vespasien en 67, auquel succède Titus, son fils, qui se présente devant Jérusalem peu avant la Pâque 70, avec quatre légions et des détachements venus d’Égypte et… de l’Euphrate. Or, précisément, une voix «  dit au sixième Ange portant trompette  : “ Relâche les quatre Anges enchaînés sur le grand fleuve Euphrate.  ”  » (9, 14)  !

Mais les juifs «  n’abandonnèrent ni leurs meurtres, ni leurs sorcelleries, ni leurs débauches, ni leurs rapines  » (9, 21).

Au contraire  ! Les factions rivales des juifs s’entre-tuent, et les zélotes se livrent aux pires excès. Ils incendient les réserves de grains, la famine fait des ravages. C’est l’horreur.

Mais au moment de sonner de la septième trompette, un Ange descend du ciel avec «  un petit livre ouvert  » contenant de nouvelles révélations, à charge pour Jean de «  prophétiser contre une foule de peuples, de nations, de langues et de rois  » (10, 11).

Le chapitre 11 sur «  les deux témoins  » est un passage clef. Pour les contemporains, l’identité de ces deux «  témoins  » ne fait aucun doute  : c’est Pierre et Paul, évidemment. Comme «  la Femme  » du chapitre suivant (12, 1) est la Vierge Marie (Il est ressuscité n° 160, février 2016, p. 1-30). Le Temple n’a pas encore disparu, mais il n’en restera bientôt plus rien, selon la prophétie de Notre-Seigneur. C’est la signification de la scène de l’arpentage.

Les «  deux témoins  », Pierre et Paul, ont rempli cet espace de quarante ans, celui de la génération apostolique, de leur prédication, répandant la lumière de leur enseignement et l’onction du Saint-Esprit. C’est pourquoi ils sont comparés à deux «  candélabres  » et aux deux «  oliviers  » traditionnels, que l’on attendait depuis le retour de l’Exil. Au moment où écrit saint Jean, ils vont être ou ils viennent d’être mis à mort par la Bête surgie de l’Abîme et les «  habitants de la terre  » ­coalisés contre eux, c’est-à-dire par une dénonciation des juifs aux autorités romaines. Saint Pierre, le 13 octobre 64. Et saint Paul en 67, au moment du passage du deuxième «  malheur  ». Dès lors, le «  petit livre  » est le Nouveau Testament auquel saint Jean est en train de mettre la dernière main avec l’Apocalypse.

Fin de l’Ancien Testament, c’est-à-dire de l’Ancienne Alliance, et ouverture de la Nouvelle sous l’égide de l’Arche d’Alliance qu’est la Vierge Marie  : «  Une Femme  !  » Ce chapitre contient le récit suivi d’une première attaque du Dragon, Prince de ce monde, contre la Femme et son Enfant qui n’est autre que l’Agneau de Dieu, «  Premier-né d’entre les morts  ». Celui-ci échappe au Démon par son Ascension succédant à sa Résurrection presque immédiatement, au bout de quarante jours. Le Dragon lance alors une attaque contre la Femme, sa Mère, qui lui échappe à son tour par son Assomption. Une troisième attaque s’en prend à l’Église pérégrinante formée par «  le reste de ses enfants  » personnifiée par saint Jean déporté à Patmos.

Un quatrième combat a lieu dans le Ciel, entre Michel et le Dragon, assistés l’un et l’autre, respectivement, des bons et des mauvais anges. Le Dragon est abattu et jeté sur la terre. Le contexte nous fait comprendre que la chute initiale du Démon chassé du Ciel eut pour cause la révolte de cet Ange contre Jésus crucifié, ressuscité et monté aux Cieux (cf. Lettre à mes amis n° 224, p. 4  : «  une Femme qui monte jusqu’auprès de son Trône  ?  » 7 mars 1966).

Mais le Démon n’a pas renoncé à ruiner l’œuvre divine. Il utilise l’Empire romain pour persécuter les chrétiens en singeant la Sainte Trinité  : lui, le diable, prend la place du Père, et il suscite une Bête pour prendre la place de l’Agneau, et une deuxième Bête pour prendre la place de l’Église et de l’Esprit qui l’anime.

C’est grotesque, et pourtant ce n’est pas une plaisanterie. Ces Bêtes sont d’une puissance effrayante. La puissance politique est terrifiante, et elle se double d’un pouvoir spirituel, autre face de l’Antichrist, «  portant deux cornes comme un agneau, mais parlant comme un dragon  » (13, 11). Nous connaissons cette hypocrisie d’un puissance spirituelle qui se veut libérale, pastorale, sympathique, ouverte à toutes les religions au service du monde, au service des hommes.

Mais on ne ment pas à Dieu  ! Voici le jugement  : l’Agneau véritable paraît avec les siens, les «  144 000  » (Ap 7, 4) qui n’ont pas pris part à l’apostasie des derniers temps, qui sont restés «  vierges  » de l’idolâtrie et de la prostitution qui l’accompagne. La moisson des élus est mûre, et la vendange des réprouvés aussi (chap. 14). «  Évangile  », c’est-à-dire “ bonne nouvelle ” éternelle comme le montre le chiffre et la présence des «  144 000  » (Ap 7, 4) déjà marqués du signe de l’Agneau. Évangile éternel  !

Le vin de la colère de Dieu va être répandu sur la terre par sept Anges (chap. 15).

La chute de Jérusalem n’était que le prodrome de la chute de Rome (chap. 16), devenue cité de Satan (chap. 17).

LA CHUTE DE ROME

XVIII, 1. «  Après quoi, je vis descendre du ciel un autre Ange, ayant un grand pouvoir, et la terre fut illuminée de sa splendeur.

  1. «  Il s’écria d’une voix puissante  : “ Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la Grande  ; elle s’est changée en demeure de démons, en repaire pour toutes sortes d’esprits impurs, en repaire pour toutes sortes d’oiseaux impurs et dégoûtants.
  2. “ Car au vin de ses prostitutions se sont abreuvées toutes les nations, et les rois de la terre ont forniqué avec elle, et les trafiquants de la terre se sont enrichis de son luxe effréné. ”
  3. «  Puis j’entendis une autre voix qui disait, du ciel  : “ Sortez, ô mon peuple, quittez-la, de peur que, solidaires de ses fautes, vous n’ayez à pâtir de ses plaies  !
  4. “ Car ses péchés se sont amoncelés jusqu’au ciel, et Dieu s’est souvenu de ses iniquités.
  5. “ Payez-la de sa propre monnaie  ! Rendez-lui au double de ses forfaits  ! Dans la coupe de ses mixtures, mélangez une double dose  !
  6. “ À la mesure de son faste et de son luxe, donnez-lui tourments et malheurs  ! Je trône en reine, se dit-elle, et je ne suis pas veuve, et jamais je ne verrai le deuil.
  7. “ Voilà pourquoi, en un seul jour, des plaies vont fondre sur elle  : peste, deuil et famine. Elle sera consumée par le feu. Car il est puissant le Seigneur Dieu qui l’a condamnée. ”
  8. «  Ils pleureront, ils se lamenteront sur elle, les rois de la terre, les compagnons de sa vie lascive et fastueuse, quand ils verront la fumée de ses flammes,
  9.  retenus à distance par peur de son supplice  : “ Malheur  ! Malheur  ! Immense cité, ô Babylone, cité puissante, car une heure a suffi pour que tu sois jugée  ! ”
  10. «  Ils pleurent et se désolent sur elle, les trafiquants de la terre  ; les cargaisons de leurs navires, nul désormais ne les achète  !
  11. «  Cargaisons d’or et d’argent, de pierres précieuses et de perles, de lin et de pourpre, de soie et d’écarlate  ; et les bois de thuya, et les objets d’ivoire, et les objets de bois précieux, de bronze, de fer ou de marbre  ;
  12. «  le cinnamome, l’amome et les parfums, la myrrhe et l’encens, le vin et l’huile, la farine et le blé, les bestiaux et les moutons, les chevaux et les chars, les corps et les âmes d’hommes
  13. «  Et les fruits mûrs, que convoitait ton âme, s’en sont allés, loin de toi  ; et tout le luxe et la splendeur, c’est à jamais fini pour toi, sans retour  !
  14. «  Les trafiquants qu’elle enrichit de ce commerce se tiendront à distance, par peur de son supplice, pleurant et gémissant  :
  15. “ Malheur  ! Malheur  ! Immense cité, vêtue de lin, de pourpre et d’écarlate, parée d’or, de pierres précieuses et de perles,
  16. “ car une heure a suffi pour ruiner toute cette richesse  ! ” Capitaines et caboteurs, matelots et gens de mer se tinrent à distance  ;
  17. «  et ils criaient, regardant la fumée de ses flammes  : “ Qui donc était semblable à l’immense cité  ? ”
  18. «  Et jetant la poussière sur leur tête, ils s’écriaient, pleurant et gémissant  : “ Malheur  ! Malheur  ! Immense cité, dont la vie luxueuse enrichissait tous les patrons des navires de mer, car une heure a suffi pour consommer sa ruine  ! ”
  19. «  Ô Ciel, sois dans l’allégresse à son sujet, et vous, saints, apôtres et prophètes, car Dieu, en la condamnant, a jugé votre cause.
  20. «  Un Ange puissant prit alors une pierre, comme une grosse meule, et la jeta dans la mer en disant  : “ Ainsi, d’un coup, on jettera Babylone, la grande cité, on ne la verra jamais plus. ”
  21. «  Le chant des harpistes et des trouvères et des joueurs de flûte ou de trompette chez toi ne s’entendra jamais plus  ; les artisans de tout métier chez toi ne se verront jamais plus  ; et la voix de la meule chez toi ne s’entendra jamais plus  ;
  22. «  la lumière de la lampe chez toi ne brillera jamais plus  ; la voix du jeune époux et de l’épousée chez toi ne s’entendra jamais plus. Car tes marchands étaient les princes de la terre, et tes sortilèges ont fourvoyé tous les peuples  ;
  23. «  et c’est en elle que l’on a vu le sang des prophètes et des saints, et de tous ceux qui furent égorgés sur la terre.  »
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Chute de Babylone la GrandeXVIII, 1. «  Après quoi, je vis descendre du ciel un autre Ange, ayant un grand pouvoir, et la terre fut illuminée de sa splendeur.  »

«  Un grand pouvoir  »  : pour une mission d’importance.

  1. «  Il s’écria d’une voix puissante  : “ Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la Grande  ; elle s’est changée en demeure de démons, en repaire pour toutes sortes d’esprits impurs, en repaire pour toutes sortes d’oiseaux impurs et dégoûtants ”.  »

Tant qu’une cité est prospère, elle est propre et les animaux y sont domestiqués. La voilà changée en dépotoir, c’est «  dégoûtant  »  !

  1. «  “ Car au vin de ses prostitutions se sont abreuvées toutes les nations, et les rois de la terre ont forniqué avec elle, et les trafiquants de la terre se sont enrichis de son luxe effréné. ”  »

C’est écrit pour notre monde ami du luxe corrupteur et de la volupté, autant et plus que de la Rome antique.

  1. «  Puis j’entendis une autre voix qui disait, du ciel  : “ Sortez, ô mon peuple, quittez-la, de peur que, solidaires de ses fautes, vous n’ayez à pâtir de ses plaies  ! ”  »

Jésus avait déjà recommandé aux chrétiens de sortir de Jérusalem avant que ne tombe le châtiment de Dieu (Lc 21, 20-24), qui est intervenu, quarante ans après, avec le siège et la chute de la ville. Et les chrétiens qui obéiront à Jésus et s’enfuiront à Pella, comme le rapporte l’historien Eusèbe de Césarée, échapperont au massacre. Les juifs restés dans Jérusalem pour “ résister ” à tout prix, périront.

Saint Jean applique ces consignes de Notre-Seigneur à la chute à venir de Rome. En employant les lamentations des prophètes du temps passé  :

  1. «  “ Car ses péchés se sont amoncelés jusqu’au ciel, et Dieu s’est souvenu de ses iniquités. ”  »

Comme les péchés de Sodome et Gomorrhe (Gn 18, 20-21; Jr 51, 9).

  1. «  “ Payez-la de sa propre monnaie  ! Rendez-lui au double de ses forfaits  ! Dans la coupe de ses mixtures, mélangez une double dose  ! ”  »

L’ordre s’adresse maintenant aux exécuteurs de la justice divine  : anges du châtiment et rois (Ap 17, 16).

  1. «  “ À la mesure de son faste et de son luxe, donnez-lui tourments et malheurs  ! Je trône en reine, se dit-elle, et je ne suis pas veuve, et jamais je ne verrai le deuil.  »

Telle était la présomption de l’antique Babylone (Is 47, 7-8).

  1. «  “ Voilà pourquoi, en un seul jour, des plaies vont fondre sur elle  : peste, deuil et famine. ”  »

Les fléaux portés par les cavaliers des deuxième, troisième et quatrième sceaux (Ap 6, 3-8).

«  “  Elle sera consumée par le feu. Car il est puissant le Seigneur Dieu qui l’a condamnée. ”  »

La prophétie s’avère d’une très grande exactitude historique, tant au point de vue économique que politique. Les historiens romains eux-mêmes, Salluste dès le temps de César, Tite-Live sous Auguste, Tacite au temps de Néron, prédécesseurs immédiats de saint Jean qui ne les connaissait pas, reprochaient à la société de leur temps d’abandonner campagne et économie rurale, commerce équilibré entre les provinces lointaines et Rome elle-même, au seul bénéfice du commerce, ­rapportant à Rome beaucoup de richesses, aboutissant à une ivresse de luxe, de prospérité factice, par le pillage des ressources de l’Orient énumérées avec une grande précision, en mettant en scène les rois (Ap 18, 9-10), les marchands (v. 11-17), et les marins (v. 17-19) dont les plaintes relatent au futur, au présent, au passé, les malheurs de la Cité.

  1. «  Ils pleureront, ils se lamenteront sur elle, les rois de la terre, les compagnons de sa vie lascive et fastueuse, quand ils verront la fumée de ses flammes,
  2. «  retenus à distance par peur de son supplice  : “ Malheur  ! Malheur  ! Immense cité, ô Babylone, cité puissante, car une heure a suffi pour que tu sois jugée  ! ”
  3. «  Ils pleurent et se désolent sur elle, les trafiquants de la terre  ; les cargaisons de leurs navires, nul désormais ne les achète  !  »Les trafiquants de la terre

La lamentation des amis de «  Babylone  » s’inspire du chant funèbre d’Ézéchiel sur la chute de Tyr (Ez 27, 12-24).

  1. «  Cargaisons d’or et d’argent, de pierres précieuses et de perles, de lin et de pourpre, de soie et d’écarlate  ; et les bois de thuya, et les objets d’ivoire, et les objets de bois précieux, de bronze, de fer ou de marbre…  »

«  Les bois de thuya  »  : bois particulièrement blanc, dont les patriciens faisaient leur mobilier.

  1. «  … le cinnamome, l’amome et les parfums, la myrrhe et l’encens…  »

«  Parfums  » que l’on brûlait ou répandait dans les banquets, auxquels sont comparées les prières des saints (cf. Ap 5, 8).

«  Encens  » offert par les Mages (Mt 2, 11); seul emploi dans le Nouveau Testament.

«  … le vin et l’huile…  »

Lors du siège de Jérusalem, Vespasien avait interdit de scier les oliviers et de détruire les vignes, qui fournissaient l’huile et le vin à expédier à Rome  !

«  … la farine et le blé, les bestiaux et les moutons, les chevaux et les chars…  »

«  Chars  »  : la voiture, réda, à quatre roues, très élégante, dont le musée de la “ Dame de Vix ” à Châtillon-sur-Seine expose un exemplaire.

«  … les corps et les âmes d’hommes.  »

Les grands propriétaires des campagnes romaines avaient parfois jusqu’à vingt ou trente mille esclaves. Trafic de «  corps  » (sômatôn), chair humaine et «  âmes d’hommes  » (psuchas anthrôpôn), non seulement d’ouvriers, mais de prostituées, et de gladiateurs destinés à pratiquer l’homicide organisé dans les “ jeux ” des cirques romains.

  1. «  Et les fruits mûrs, que convoitait ton âme, s’en sont allés, loin de toi  ; et tout le luxe et la splendeur, c’est à jamais fini pour toi, sans retour  !  »

«  Ton âme  »  : bien punie d’avoir fait des «  âmes  » d’autrui une marchandise.

  1. «  Les trafiquants qu’elle enrichit de ce commerce se tiendront à distance, par peur de son supplice, pleurant et gémissant  :
  2. «  “ Malheur  ! Malheur  ! Immense cité, vêtue de lin, de pourpre et d’écarlate, parée d’or, de pierres précieuses et de perles,
  3. «  car une heure a suffi pour ruiner toute cette richesse  ! ”

«  Capitaines et caboteurs, matelots et gens de mer se tinrent à distance…  »

À quelques encablures de la côte, d’où ils assistent à l’incendie.

  1. «  … et ils criaient, regardant la fumée de ses flammes  : “ Qui donc était semblable à l’immense cité  ? ”  »

Ceux qui se lamentent sont ceux qu’enrichissait sa vie lascive et fastueuse  ; ce n’est pas le peuple  ! Ce sont les marchands et non pas les patriciens, ni les hiérarchies naturelles ni les paysans, ni même les habitants de Rome.

  1. «  Et jetant la poussière sur leur tête, ils s’écriaient, pleurant et gémissant  : “ Malheur  ! Malheur  ! Immense cité, dont la vie luxueuse enrichissait tous les patrons des navires de mer, car une heure a suffi pour consommer sa ruine  ! ”  »

«  Une heure  » qui a duré un siècle.

C’est au cinquième siècle que s’accompliront les prophéties de saint Jean, pour les raisons que celui-ci avait discernées avec intelligence de la situation, sous l’inspiration de Dieu. La chute de Rome commence, en 410, lorsqu’elle est prise par Alaric, et s’achève par la mort du dernier empereur, en 476, l’enfant Romulus Augustule, tué par Odoacre, un des fils des compagnons d’Attila. Incendies et ruines, tout cela fut effroyable, comme il était écrit.

À cette lamentation des trafiquants sur la terre répond l’allégresse des saints dans le Ciel.

  1. «  Ô Ciel, sois dans l’allégresse à son sujet, et vous, saints, apôtres et prophètes, car Dieu, en la condamnant, a jugé votre cause.  »

En pleine persécution, les chrétiens reçoivent de saint Jean cette parole de Dieu, qui leur décrit par avance l’événement de leur délivrance par un geste prophétique  :

  1. «  Un Ange puissant prit alors une pierre, comme une grosse meule, et la jeta dans la mer en disant  : “ Ainsi, d’un coup, on jettera Babylone, la grande cité, on ne la verra jamais plus… ”  »

Tel est le châtiment du scandale prévu par Notre-Seigneur dans l’Évangile  :

«  Inévitables sont les scandales, mais malheur à celui par qui ils surviennent  ! Mieux vaudrait pour lui se voir passer autour du cou une pierre à moudre et être jeté à la mer que de scandaliser un seul de ces petits.  » (Lc 17, 1-2)

  1. «  Le chant des harpistes et des trouvères et des joueurs de flûte ou de trompette chez toi ne s’entendra jamais plus  ; les artisans de tout métier chez toi ne se verront jamais plus  ; et la voix de la meule chez toi ne s’entendra jamais plus  ;
  2. «  la lumière de la lampe chez toi ne brillera jamais plus  ; la voix du jeune époux et de l’épousée chez toi ne s’entendra jamais plus. Car tes marchands étaient les princes de la terre, et tes sortilèges ont fourvoyé tous les peuples…  »

Comme le verset 14, ces versets 22-23 apostrophent la cité avec une puissance poétique singulière, pour évoquer l’extinction de toute vie sociale, industrielle, domestique.

  1. «  … et c’est en elle que l’on a vu le sang des prophètes et des saints, et de tous ceux qui furent égorgés sur la terre.  »

Voilà la raison de ce châtiment  : elle a fait couler le sang. Quelquefois dans les jeux du cirque  ! Or le sang chrétien du temps des persécutions était «  précieux aux yeux de Dieu  » (Ps 116, 15).

Alors, éclate l’allégresse dans le Ciel  !

LES NOCES DE L’AGNEAU

XIX, 1. «  Après cela, j’entendis comme un grand bruit de foule immense au Ciel, qui clamait  : “ Alleluia  ! Salut et gloire et puissance à notre Dieu,

  1. «  car ses jugements sont vrais et justes  : il a jugé la Prostituée fameuse qui corrompait la terre par sa prostitution, et vengé sur elle le sang de ses serviteurs. ”
  2. «  Puis ils reprirent  : “ Alleluia  ! Oui, sa fumée s’élève pour les siècles des siècles  ! ”
  3. «  Alors, les vingt-quatre Anciens et les quatre Vivants se prosternèrent pour adorer Dieu, qui siège sur le trône, en disant  : “ Amen, alleluia  ! ”
  4. «  Puis une voix partit du trône  : “ Louez notre Dieu, vous tous qui le servez, et vous qui le craignez, les petits et les grands. ”
  5. «  Alors j’entendis comme le bruit d’une foule immense, comme le mugissement des grandes eaux, comme le grondement de violents tonnerres. On clamait  : “ Alleluia  ! Car il a pris possession de son règne, le Seigneur, le Dieu Maître de tout.
  6. “ Soyons dans l’allégresse et dans la joie, rendons gloire à Dieu, car voici les noces de l’Agneau, et son Épouse s’est faite belle.
  7. “ Il lui a été donné de se vêtir de lin d’une blancheur éclatante. ” Le lin, c’est en effet les bonnes actions des saints.
  8. «  Puis il me dit  : “ Écris  : Heureux les invités au festin de noce de l’Agneau. Ces paroles de Dieu, ajouta-t-il, sont vraies. ”
  9. «  Alors je me prosternai à ses pieds pour l’adorer, mais lui me dit  : “ Non, attention, je suis un serviteur comme toi et comme tes frères qui possèdent le témoignage de Jésus. C’est Dieu que tu dois adorer. Le témoignage de Jésus, c’est l’esprit de prophétie. ”  »
*
*       *L'Ange donne les explications des visions

XIX, 1-2. «  Après cela, j’entendis comme un grand bruit de foule immense au Ciel, qui clamait  : “ Alleluia  ! Salut et gloire et puissance à notre Dieu, car ses jugements sont vrais et justes  : il a jugé la Prostituée fameuse qui corrompait la terre par sa prostitution, et vengé sur elle le sang de ses serviteurs. ”  »

«  Après cela  »  : après la chute de Babylone-Rome, supposée accomplie, qui montre combien le Ciel prend à cœur les combats de la terre.

Le Ciel exulte (cf. Ap 18, 20).

«  Alleluia  »  : «  Louez Yahweh  !  » acclamation liturgique de langue hébraïque passée dans la langue grecque, seulement ici dans le Nouveau Testament, ainsi qu’aux versets 3, 4 et 6.

«  Salut et gloire et puissance à notre Dieu  »  : la victoire, la délivrance, le bonheur obtenu sont le fait de «  notre Dieu  ».

  1. «  Puis ils reprirent  : “ Alleluia  ! Oui, sa fumée s’élève pour les siècles des siècles  ! ”  »

«  La fumée  » de l’incendie à venir est évoquée par une citation de l’Apocalypse d’Isaïe annonçant jadis le châtiment d’Édom, le voisin détesté  : «  Nuit et jour il ne s’éteint pas, éternellement s’élève sa fumée, d’âge en âge il sera desséché, toujours et à jamais, personne n’y passera.  » (Is 34, 10)

  1. «  Alors, les vingt-quatre Anciens et les quatre Vivants se prosternèrent pour adorer Dieu, qui siège sur le trône, en disant  : “ Amen, alleluia  ! ”  »

«  Les vingt-quatre Anciens et les quatre Vivants  »  : la mention ultime de ces êtres célestes fait inclusion avec la vision inaugurale (Ap 4, 4 et 6). Ils acquiescent aux louanges précédentes (cf. Ap 5, 14 et 7, 12).

  1. «  Puis une voix partit du trône  : “ Louez notre Dieu, vous tous qui le servez, et vous qui le craignez, les petits et les grands. ”  »

«  Vous tous qui le servez  », désigne les juifs convertis au Christ.

«  Vous qui le craignez  » sont les prosélytes païens.

«  Petits et grands  », sans distinction, selon la parole de saint Paul dans l’Épître aux Galates  : «  Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme  ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus.  » (Ga 3, 28) L’invitation à louer Dieu s’adresse à toute l’Église du Ciel.

  1. «  Alors j’entendis comme le bruit d’une foule immense, comme le mugissement des grandes eaux…  »

Semblables aux torrents de montagne qui «  mugissent  » comme des applaudissements sans fin (Ps 98, 7-8).

«  … comme le grondement de violents tonnerres…  »

Qui font entendre la «  voix de Yahweh  » (Ps 29). Ici, c’est la voix de ceux qui louent Yahweh  :

«  On clamait  : “  Alleluia  ! Car il a pris possession de son règne, le Seigneur, le Dieu Maître de tout. ”  »

Jérusalem a crucifié Jésus-Christ. Elle sera réduite en cendres. Rome a fait couler le sang chrétien, celui des Apôtres Pierre et Paul, elle sera détruite. Remplacée par la Cité sainte, épouse de l’Agneau.

  1. «  “ Soyons dans l’allégresse et dans la joie, rendons gloire à Dieu, car voici les noces de l’Agneau, et son Épouse s’est faite belle. ”  »

«  Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les Cieux  », avait promis Jésus (Mt 5, 12).

«  Son Épouse  »  : une Jérusalem-Rome nouvelle, resplendissante  ! C’est l’Église.

  1. «  “ Il lui a été donné de se vêtir de lin d’une blancheur éclatante. ” Le lin, c’est en effet les bonnes actions des saints.  »

Telle Jeanne dans sa robe de condamnée  ! que son appel à Rome rendait contemporaine des vierges martyres des premiers siècles  : sainte Agnès, sainte Cécile, sainte Blandine… jusqu’à sainte Maria Goretti…

La nouvelle Rome ne sera plus assise sur une Bête immonde, ni vêtue comme une prostituée. Saint Jean voit déjà la Rome chrétienne, avec ses cortèges de vierges et de prêtres, revêtus de lin d’une blancheur éclatante, et de gens vertueux. La prophétie s’est accomplie à la lettre  : Rome va devenir la cité des saints.

Notre Père aimait à nous le répéter avec enthousiasme  : s’il y a un lieu au monde où a fleuri la sainteté, c’est Rome. On ne peut pas faire trois pas dans la Ville éternelle sans rencontrer les souvenirs vivants, les vestiges des saints. Il n’y a pas un lieu au monde où la sainteté a fleuri avec une telle densité, après tant et tant de crimes. Rome a été la cité des saints pendant vingt siècles, jusqu’à nos jours.

  1. «  Puis il me dit  : “ Écris  : Heureux les invités au festin de noce de l’Agneau. ”  »

Quatrième béatitude (Ap 1, 3; 14, 13; 16, 15).

La nouvelle liturgie met ces paroles dans la bouche du célébrant au moment de la communion, qui est une prégustation de ce banquet de vie éternelle.

«  “  Ces paroles de Dieu, ajouta-t-il, sont vraies. ”  »

Saint Jean est transporté d’admiration  :

  1. «  Alors je me prosternai à ses pieds pour l’adorer, mais lui me dit  : “ Non, attention, je suis un serviteur comme toi et comme tes frères qui possèdent le témoignage de Jésus. C’est Dieu que tu dois adorer. Le témoignage de Jésus, c’est l’esprit de prophétie. ”  »

Saint Jean a tout à fait conscience d’être inspiré, en fixant par écrit les révélations de l’Ange attestées par Jésus.

JÉRUSALEM NOUVELLE

XIX, 11. «  Alors je vis le ciel ouvert, et voici un cheval blanc  ; celui qui le monte s’appelle “ Fidèle ” et “ Vrai  ”, il gouverne et fait la guerre avec justice.

  1. «  Ses yeux  ? Une flamme ardente  ; sur sa tête, plusieurs diadèmes  ; inscrit sur lui, un nom qu’il est seul à connaître.
  2. «  Le manteau qui l’enveloppe est trempé de sang; et son nom  ? Le Verbe de Dieu.
  3. «  Les armées du Ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtues de lin d’une blancheur parfaite.
  4. «  De sa bouche sort une épée acérée pour en frapper les païens  ; c’est lui qui les mènera avec un sceptre de fer  ; c’est lui qui foule dans la cuve le vin de l’ardente colère de Dieu, le Maître de tout.
  5. «  Un nom est inscrit sur son manteau et sur sa cuisse  : “ Roi des rois et Seigneur des seigneurs ”.
  6. «  Puis je vis un Ange, debout dans le soleil, crier d’une voix puissante à tous les oiseaux qui volent au zénith  : “ Venez, ralliez le grand festin de Dieu  !
  7. “ Vous y avalerez chairs de rois, et chairs de grands capitaines, et chairs de héros, et chairs de chevaux avec leurs cavaliers, et chairs de toutes gens, libres et esclaves, petits et grands  ! ”
  8. «  Je vis alors la Bête, avec les rois de la terre et leurs armées rassemblés pour engager le combat contre le Cavalier et son armée.

20. «  Mais la Bête fut capturée, avec le faux prophète, celui qui accomplit au service de la Bête des prodiges par lesquels il fourvoyait ceux qui avaient reçu la marque de la Bête et les adorateurs de son image. Ils furent jetés tous deux, vivants, dans l’étang de feu, de soufre embrasé.

  1. «  Tout le reste fut exterminé par l’épée du Cavalier qui sort de sa bouche, et tous les oiseaux se repurent de leurs chairs.  »
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La chevauchée du Verbe de DieuXIX, 11. «  Alors je vis le ciel ouvert, et voici un cheval blanc  ; celui qui le monte s’appelle “ Fidèle ” et “ Vrai  ”, il gouverne et fait la guerre avec justice.  »

«  Un cheval blanc  »  : couleur de victoire. Le cavalier qui le monte, parti en vainqueur et pour vaincre (Ap 6, 2), va juger.

  1. «  Ses yeux  ? Une flamme ardente  ; sur sa tête, plusieurs diadèmes  ; inscrit sur lui, un nom qu’il est seul à connaître.  »

«  Une flamme ardente  », comme les yeux du «  Fils d’homme  » de la vision inaugurale (Ap 1, 14), qui sont ceux du «  Fils de Dieu  » (Ap 2, 18).

«  Sur sa tête, plusieurs diadèmes.  » Il exerce tous les pouvoirs sur l’univers  ; non pas comptés comme sur les têtes du Dragon (12, 3) et de sa Bête (13, 1), mais dans leur totalité comme les pouvoirs de l’Agneau «  Roi des rois et Seigneur des seigneurs  » (Ap 17, 14).

  1. «   Le manteau qui l’enveloppe…  »

Telle la chlamyde d’un général romain, dont les soldats de Pilate revêtirent Jésus dans sa Passion par dérision (Mt 27, 28 et 31).

«  … est trempé de sang…  »

De son propre sang par lequel il «  nous a lavés de nos péchés  » (Ap 1, 5).

«  … et son nom  ? Le Verbe de Dieu.  »

Ainsi, ce cavalier qui parcourt le monde est la Parole de Dieu qui «  était au commencement  » et qui «  est Dieu  » (Jn 1, 1). Il «  s’est fait chair et il a habité parmi nous  » (Jn 1, 14).

C’est «  Jésus-Christ  » par qui nous est venue «  la grâce de la vérité  » (Jn 1, 17).

Saint Jean le voit dans toute sa gloire.

  1. «  Les armées du Ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtues de lin d’une blancheur parfaite.  »

«  Le suivaient  »  : les saints «  suivent l’Agneau partout où il va  » (Ap 14, 4), «  avec les siens  : les appelés, les choisis, les fidèles  » (Ap 17, 14).

  1. «  De sa bouche sort une épée acérée pour en frapper les païens.  »

Comme dans la vision inaugurale (Ap 1, 16). Non pas pour exterminer, mais pour convaincre par la force de l’Esprit, arme de conquête, car «  le glaive de l’Esprit, c’est la Parole de Dieu  » (Ep 6, 17).

«  C’est lui qui les mènera avec un sceptre de fer.  »

Selon la prophétie du psaume (2, 9), rappelée dans la lettre à Thyatire (Ap 2, 17) et dans la vision de la Femme et du Dragon (12, 5).

«  C’est lui qui foule dans la cuve le vin de l’ardente colère de Dieu, le Maître de tout.  »

L’image du pressoir, selon la prophétie d’Isaïe (63, 1-6), devient le symbole émouvant du mystère de la Rédemption, puisque, en définitive, «  c’est lui  », Jésus, qui va, dans sa Passion, fouler ce «  vin de la colère  » changé en «  vin de la miséricorde  », son propre Sang  !

  1. «  Un nom est inscrit sur son manteau et sur sa cuisse  : Roi des rois et Seigneur des seigneurs.  »

Les titres blasphématoires de la Bête (Ap 13, 1; 17, 3), et des empereurs païens, ses suppôts, sont supplantés par la titulature du Pantocrator, «  Maître de tout  ». L’Antiquité avait coutume de graver sur les cuisses des statues les noms des personnalités représentées.

  1. «  Puis je vis un Ange, debout dans le soleil, crier d’une voix puissante à tous les oiseaux qui volent au zénith  : “ Venez, ralliez le grand festin de Dieu  ! ”

«  Debout dans le soleil  »  : au point le plus haut du firmament. Tandis que la «  Femme  » est «  enveloppée du soleil  » (Ap 12, 1)

  1. “ Vous y avalerez chairs de rois, et chairs de grands capitaines, et chairs de héros, et chairs de chevaux avec leurs cavaliers, et chairs de toutes gens, libres et esclaves, petits et grands  ! ”  »

Depuis l’ouverture du sixième sceau, tout ce monde «  se terre dans les cavernes et parmi les rochers des montagnes  » (Ap 6, 15).

  1. «  Je vis alors la Bête, avec les rois de la terre et leurs armées rassemblés pour engager le combat contre le Cavalier et son armée.  »

Reste à ce Cavalier «  vainqueur  » à «  vaincre encore  » (Ap 6, 2) «  les rois de la terre et leurs armées rassemblés  » par la Bête pour engager le combat eschatologique contre Lui.

  1. «  Mais la Bête fut capturée, avec le faux prophète, celui qui accomplit au service de la Bête des prodiges par lesquels il fourvoyait ceux qui avaient reçu la marque de la Bête et les adorateurs de son image.  »

Comme il a été dit au chapitre 13.Le Cavalier jette les bêtes-dans l’étang de feu

«  Ils furent jetés tous deux, vivants, dans l’étang de feu, de soufre embrasé  ».

Comme Datân et Abiron dans l’Ancien Testament  :

«  Moïse dit  : “  À ceci vous saurez que c’est Yahweh qui m’a envoyé pour accomplir toutes ces œuvres, et que je ne les fais pas de mon propre chef  : si ces gens meurent de mort naturelle, atteints par la sentence commune à tous les hommes, c’est que Yahweh ne m’a pas envoyé. Mais si Yahweh fait quelque chose d’inouï, si la terre ouvre sa bouche et les engloutit, eux et tout ce qui leur appartient, et qu’ils descendent vivants au shéol, vous saurez que ces gens ont rejeté Yahweh. ”

«  Comme il achevait de prononcer toutes ces paroles, le sol se fendit sous leurs pieds, la terre ouvrit sa bouche et les engloutit, eux et leurs familles, ainsi que tous les hommes de Coré et tous ses biens. Ils descendirent vivants au shéol, eux et tout ce qui leur appartenait. La terre les recouvrit et ils disparurent du milieu de l’assemblée. À leurs cris, tous les Israélites qui se trouvaient autour d’eux s’enfuirent. Car ils se disaient  : “  Que la terre ne nous engloutisse pas  ! ”

«  Un feu jaillit de Yahweh, qui consuma les deux cent cinquante hommes porteurs d’encens.  » (Nb 16, 28-35)

À cette préfiguration répond ici la révélation terrifiante de l’enfer éternel comme d’un lieu physique, réel. Les voyants de Fatima l’ont vu de leurs yeux le 13 juillet 1917.

  1. «  Tout le reste fut exterminé par l’épée du Cavalier qui sort de sa bouche, et tous les oiseaux se repurent de leurs chairs.  »

Cette image d’un grand carnage final est inspirée d’Ézéchiel, mais elle annonce ici une victoire “ totale ” sur la puissance politique et l’idolâtrie romaine par l’ «  épée acérée  » qui sort de la bouche du Christ, à savoir sa Parole.

Jésus-Christ, démuni de toute puissance militaire, vaincra finalement cet Empire par la séduction de son «  Cœur doux et humble  » (Mt 11, 29), non pas dans une grande guerre apocalyptique, mais plutôt par une lente conquête des cœurs à force de martyres, par le sang de sainte Cécile, de sainte Agnès, de sainte Jeanne d’Arc, du bienheureux Père de Foucauld et de saint Maximilien-­Marie Kolbe, par la parole des saints docteurs et pontifes, Grégoire, Léon, Augustin, «  Romains  » pourtant  !

C’est le glaive de la Parole de Dieu qui a vaincu l’esprit du paganisme antique et l’orgueil de l’homme, dans le cœur de saint Augustin, rhéteur romain de sang berbère…

Telle est la première victoire du Christ  : la disparition de l’Empire romain et son absorption dans une société nouvelle tout entière fondée sur Jésus-Christ, vraiment mort et ressuscité, «  maître de tout  » et de tous, de «  toutes gens  » (Ap 19, 18).

LE RÈGNE DE MILLE ANS

XX, 1. «  Puis je vis un Ange descendre du Ciel, tenant en main la clef de l’Abîme, ainsi qu’une énorme chaîne.

  1. «  Il maîtrisa le Dragon, l’antique Serpent, – c’est le Diable, Satan, – et l’enchaîna pour mille années.
  2. «  Il le jeta dans l’Abîme, tira sur lui les verrous, apposa des scellés, afin qu’il cessât de fourvoyer les nations jusqu’à l’achèvement des mille années. Après quoi, il doit être relâché pour un peu de temps.
  3. «  Puis je vis des trônes sur lesquels des juges s’assirent, et le jugement leur fut remis  ; et aussi les âmes de ceux qui furent décapités pour le témoignage de Jésus et la Parole de Dieu, et tous ceux qui refusèrent d’adorer la Bête et son image, de se faire marquer sur le front ou sur la main  ; ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années.
  4. «  Les autres morts ne purent reprendre vie avant l’achèvement des mille années. C’est la première résurrection.
  5. «  Heureux et saint celui qui participe à la première résurrection  ! La seconde mort n’a pas pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ avec qui ils régneront mille années.
  6. «  Les mille ans écoulés, Satan, relâché de sa prison,
  7. «  s’en ira séduire les nations des quatre coins de la terre, Gog et Magog, et les rassembler pour la guerre, aussi nombreux que le sable de la mer.
  8. «  Ils montèrent sur toute l’étendue du pays, puis ils investirent le camp des saints, la Cité bien-aimée. Mais un feu descendit du ciel et les dévora.
  9. «  Alors, le diable, leur séducteur, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre embrasé, y rejoignant la Bête et le faux prophète, et leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles.
  10. «  Puis je vis un trône blanc, très grand, et Celui qui siège dessus. Le ciel et la terre s’enfuirent de devant sa Face, et il ne se trouva plus de place pour eux.
  11. «  Et je vis les morts, grands et petits, debout devant le trône. Des livres furent ouverts, puis un autre livre, celui de la vie. Alors, les morts furent jugés d’après le contenu des livres, chacun selon ses œuvres.
  12. «  Et la mer rendit les morts qu’elle gardait, la Mort et l’Hadès rendirent les morts qu’ils gardaient, et chacun fut jugé selon ses œuvres.
  13. «  Alors, la Mort et l’Hadès furent jetés dans l’étang de feu, – c’est la seconde mort, cet étang de feu –,
  14. «  et celui qui ne se trouva pas inscrit dans le livre de vie, on le jeta dans l’étang de feu.  »
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*       *

XX, 1. «  Puis je vis un Ange descendre du Ciel, tenant en main la clef de l’Abîme, ainsi qu’une énorme chaîne.  »

«  L’Abîme  » est donc une prison souterraine, déjà connue du prophète Isaïe (24, 21-22), résidence normale de la gent démoniaque, comme le révèle clairement l’Évangile, lorsque Jésus en délivre le Gérasénien (Lc 8, 30-31). Eh bien  ! voici qu’ils vont s’y trouver enfermés pour mille ans  !

«  Chaîne  », ici seulement dans les écrits johanniques  ; peut-être empruntée à saint Marc, à propos du Gérasénien, précisément  ! (Mc 5, 3-4) ou à saint Luc (8, 29).

  1. «  Il maîtrisa le Dragon, l’antique Serpent, – c’est le Diable, Satan, – et l’enchaîna pour mille années.  »

Reprise et suite de l’histoire du Diable  : «  Jeté sur la terre  », il s’en était allé «  faire la guerre à la descendance  » de la «  Femme  » (Ap 12, 9 et 17-18) en donnant puissance et pouvoir à «  la Bête  » (13, 2 et 4).

Le Diable n’a de puissance que dans l’exacte mesure où Dieu la lui laisse. Il envoie un Ange quelconque, même pas saint Michel, non  ! un petit Ange qui traîne derrière lui «  une énorme chaîne  », et qui passe les menottes au grand Diable pour mille ans.

La Chrétienté succédera à l’Empire romain, pour établir une société civilisée ouvertement, officiellement fidèle à la Parole de Dieu et au «  témoignage de Jésus  ».

Mille ans de paix romaine  ! Pax romana.

  1. «  Il le jeta dans l’Abîme, tira sur lui les verrous, apposa des scellés, afin qu’il cessât de fourvoyer les nations jusqu’à l’achèvement des mille années. Après quoi, il doit être relâché pour un peu de temps.  »

Pour nous qui pouvons revenir sur deux mille ans d’histoire, en considérer la “ divine orthodromie ”, l’enchaînement est parfaitement conforme aux prophéties de l’Apocalypse  : quarante ans après la mort, la résurrection et l’ascension du Christ, Jérusalem a été détruite en châtiment de son incrédulité, comme l’avait annoncé Jésus.

Ensuite, l’expansion de la persécution romaine a été l’instrument de la puissance de Satan, jusqu’à l’édit de Milan qui y a mis fin en 313, promulgué par Constantin. Vainqueur de Maxence l’année précédente, au pont Milvius, selon la promesse lue dans une vision de la Croix  : «  In hoc signo vinces  », il frappa ses emblèmes de ce signe de victoire, et la chute de Rome sous les coups des barbares, en 410, fit de l’Église l’héritière de la “  Ville éternelle ” pour conquérir au Christ la terre entière sous cet étendard de la Croix.

  1. «  Puis je vis des trônes sur lesquels des juges s’assirent, et le jugement leur fut remis  ; et aussi les âmes de ceux qui furent décapités pour le témoignage de Jésus et la Parole de Dieu, et tous ceux qui refusèrent d’adorer la Bête et son image, de se faire marquer sur le front ou sur la main  ; ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années.  »

«  Décapités  »  : un verbe qui évoque le coup de hache, ici seulement dans le Nouveau Testament.

Après l’édit de Milan (313), les nations se sont converties. D’un seul coup, sur tout le pourtour de la Méditerranée, les peuples sont passés au christianisme avec une prodigieuse vitalité, comme une résurrection du peuple de Dieu, sous le patronage des saints confesseurs et des martyrs des temps de persécution. Morts corporellement, ils vivent spirituellement car la foi au Christ les a fait «  passer de la mort à la vie  » (Jn 5, 24; 1 Jn 3, 14), à «  la vie éternelle  » (Jn 6, 40).

  1. «  Les autres morts ne purent reprendre vie avant l’achèvement des mille années. C’est la première résurrection.  »

Ceux qui n’ont pas quitté l’état de mort spirituelle, n’ont pas été régénérés par la foi au Christ (Is 26, 14). Ces morts ne seront «  debout  » que pour le jugement dernier (Ap 20, 12-13)

  1. «  Heureux et saint celui qui participe à la première résurrection  ! La seconde mort n’a pas pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ avec qui ils régneront mille années.  »

«  Heureux  »  : cinquième béatitude (Ap 1, 3; 14, 13; 16, 15; 19, 9).

«  Et saint  » parce que, régénéré par la foi, il vit à jamais dans l’union à Jésus.

Qu’est-ce que «  la première résurrection  »  ?

Les Catacombes romaines et leurs loculi, où les martyrs ont été ensevelis en pleine persécution, sont les cimetières de la «  première mort  », mort corporelle, ignominieuse, de condamnés pour cause de sédition.

Lorsque est intervenue la paix de l’Église, les chrétiens ont exhumé ces reliques pour les transporter dans des basiliques et les élever sur les autels, en triomphe, pour leur rendre un culte. Dès lors, les saints règnent sur le peuple de Dieu, selon une nouvelle vie qui est celle de leur glorification.

Ce règne était annoncé dès l’apparition de «  l’Agneau égorgé  »  : «  Un royaume de prêtres régnant sur la terre  » (Ap 5, 10).

Quand viendra la résurrection de la chair, nous les reverrons vivants. Ils reprendront leur corps pour entrer en partage de la joie de leur Maître, comme celui-ci l’a promis à l’Église de Smyrne (2, 10). «  Heureux  », bienheureux sont-ils  !

«  La seconde mort  » est le séjour éternel dans «  l’étang de feu  », comme on va le voir (20, 14; 21, 8).

LA GRANDE APOSTASIE.

  1. «  Les mille ans écoulés, Satan, relâché de sa prison…  »

«  Pour un peu de temps  » (Ap 20, 3), désigne une durée brève par rapport aux «  mille ans  », «  le temps que fussent au complet leurs compagnons de service et leurs frères qui doivent être mis à mort comme eux  » (Ap 6, 11).

  1. «  … s’en ira séduire les nations des quatre coins de la terre, Gog et Magog, et les rassembler pour la guerre, aussi nombreux que le sable de la mer  ».

«  Gog, prince au pays de Magog  » et ses armées désignent, depuis le prophète Ézéchiel, toutes «  les nations des quatre coins de la terre  » (Ez 38, 2-4).Satan attaque la Cité bien aimée

  1. «  Ils montèrent sur toute l’étendue du pays, puis ils investirent le camp des saints, la Cité bien-aimée.  »

«  La Cité bien-aimée  »  : l’Église catholique romaine, Jérusalem nouvelle.

Le temps des verbes passe du futur au parfait prophétique. Mais pour nous, c’est le présent de notre “  bel aujourd’hui ”  !

«  Mais un feu descendit du ciel et les dévora.  »

Annoncé comme imminent par le grand “ secret ” confié aux voyants de Fatima par Notre-Dame, le 13 juillet 1917  :

«   Nous vîmes à gauche de Notre-Dame, un peu plus haut, un Ange avec une épée de feu à la main gauche  ; elle scintillait, émettait des flammes qui paraissaient devoir incendier le monde.  »

  1. «  Alors, le diable, leur séducteur, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre embrasé, y rejoignant la Bête et le faux prophète, et leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles.  »

Les puissances infernales des derniers temps sont, à leur tour, rejetées en enfer où elles vont rejoindre Néron et les juifs persécuteurs de l’Église primitive. C’est le châtiment définitif.

JUGEMENT.

  1. «  Puis je vis un trône blanc, très grand, et Celui qui siège dessus.  »

Qui est-ce  ? Le Père ou le Fils  ? Inutile de le préciser puisqu’ils ne font qu’un seul Dieu avec le Saint-Esprit.

«  Le ciel et la terre s’enfuirent de devant sa Face, et il ne se trouva plus de place pour eux.  »

Tout l’ordre ancien disparaît. Le champ est libre pour «  un ciel nouveau et une terre nouvelle  » (Ap 21, 1). Et la mer  ? Attendez  :

  1. «  Et je vis les morts, grands et petits, debout devant le trône.  »

Donc, ressuscités, en chair et en os. Tous, quelle qu’ait été leur condition sur la terre.

«  Des livres furent ouverts  »,

Où se trouvent inscrites les actions bonnes ou mauvaises de chacun, qui seront jugées «  à livre ouvert  », comme le prophète Daniel l’avait annoncé (Dn 7, 10).

«  puis un autre livre, celui de la vie  ».

Là se trouvent inscrits les noms des prédestinés (Ap 3, 5), «  dès l’origine du monde  » (Ap 13, 8; 17, 8).

«  Un autre livre  »  : il y a donc deux livres, parce que Dieu ne tient pas compte seulement de nos bonnes et mauvaises actions. Il met le poids de la grâce et de la miséricorde dans la balance. La bonté de Dieu pèse plus lourd que notre liberté  ! Heureusement  !

«  Alors, les morts furent jugés d’après le contenu des livres, chacun selon ses œuvres.  »

«  Il faut que tous nous soyons mis à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun recouvre ce qu’il aura fait étant dans son corps, soit en bien soit en mal.  » (2 Co 5, 10).

  1. «  Et la mer rendit les morts qu’elle gardait, la Mort et l’Hadès rendirent les morts qu’ils gardaient, et chacun fut jugé selon ses œuvres.  »

Lors de la «  résurrection de la chair  », à laquelle nous croyons, que nous attendons, «  la mer  » rend ses noyés et c’est son dernier rôle  ; elle disparaît avec le ciel et la terre.

  1. «  Alors, la Mort et l’Hadès furent jetés dans l’étang de feu, – c’est la seconde mort, cet étang de feu.  »

Saint Paul avait annoncé que «  le jour  » du Jugement «  doit se révéler dans le feu, et c’est ce feu même qui discerne ce que vaut l’œuvre de chacun  » (1 Co 3, 13).

«  Cet étang de feu  » n’est pas une image médiévale  ! C’est une réalité physique. Lucie, François et Jacinthe l’ont vu et entendu le 13 juillet 1917  :

«  Notre-Dame ouvrit de nouveau les mains, comme les deux derniers mois. Le reflet de la lumière parut pénétrer la terre et nous vîmes comme un océan de feu. Plongés dans ce feu nous voyions les démons et les âmes des damnés.

«  Celles-ci étaient comme des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant formes humaines. Elles flottaient dans cet incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes, avec des nuages de fumée. Elles retombaient de tous côtés, comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur.

«  C’est à la vue de ce spectacle que j’ai dû pousser ce cri  : “ Aïe  !  ” que l’on dit avoir entendu de moi.

«  Les démons se distinguaient des âmes des damnés par des formes horribles et répugnantes d’animaux effrayants et inconnus, mais transparents comme de noirs charbons embrasés.

«  Cette vision ne dura qu’un moment, grâce à notre bonne Mère du Ciel qui, à la première apparition, nous avait promis de nous emmener au Ciel. Sans quoi, je crois que nous serions morts d’épouvante et de peur.

«  Effrayés, et comme pour demander secours, nous levâmes les yeux vers Notre-Dame qui nous dit avec bonté et tristesse  :

«  “ Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. ”  »

  1. «  Et celui qui ne se trouva pas inscrit dans le livre de vie, on le jeta dans l’étang de feu.  »

C’est dire que le livre le plus long des deux est le «  livre de vie  »  ! Finalement, sont sauvés tous ceux qui y sont inscrits, bien au-delà de ce qu’ils méritent par leurs œuvres. Où vont-ils  ?

III. SUR LA TERRE COMME AU CIEL

XXI, 1. «  Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle – car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus.

  1. «  Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du Ciel, de chez Dieu  ; elle s’est parée comme une jeune mariée pour son époux.
  2. «  J’entendis alors une voix clamer, du trône  : “ Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux  ; ils seront son peuple, et lui, Dieu avec eux, sera leur Dieu.
  3. “ Il essuiera toute larme de leurs yeux  : de mort, il n’y en aura plus  ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. ”
  4. «  Alors, Celui qui siège sur le trône déclara  : “ Voici, je fais l’univers nouveau. ” Puis il ajouta  : “  Écris  : Ces paroles sont certaines et vraies.
  5. “ C’en est fait, me dit-il encore, je suis l’Alpha et l’Oméga, le Principe et la Fin  ; celui qui a soif, moi, je lui donnerai de la source de vie, gratuitement.
  6. “ Telle sera la part du vainqueur  ; et je serai son Dieu, et lui sera mon fils.
  7. “ Mais les lâches, les renégats, les dépravés, les assassins, les impurs, les sorciers, les idolâtres, bref, tous les hommes de mensonge, leur lot se trouve dans l’étang brûlant de feu et de soufre  : c’est la seconde mort. ”  »
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XXI, 1. «  Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle – car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus.  »

Selon une promesse qui remonte à Isaïe (65, 17-19), toute la création sera renouvelée, libérée de la corruption, transformée par la gloire de Dieu  :

«  Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu.  » (Rm 8, 19)

C’est ce qu’explique le Pape dans son encyclique Laudato si   : le monde matériel, créé pour l’homme, en partage la destinée. Maudit en raison du péché de l’homme (Gn 3, 17), il se trouve actuellement dans un état violent (Laudato si ’, n° 66).

Quant à la mer, habitat du Dragon, et symbole du mal, elle disparaîtra, comme aux jours de l’Exode, mais cette fois pour toujours, devant la marche victorieuse de l’Israël nouveau.

  1. «  Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du Ciel, de chez Dieu  ; elle s’est parée comme une jeune mariée pour son époux.  »

La Jérusalem CélesteDéjà mentionnée dans la lettre à l’Église de Philadelphie (Ap 3, 12). En fait, les sept Églises d’Asie n’en font qu’une en laquelle resplendit la Jérusalem descendue du Ciel, comparée, comme dans le Cantique des cantiques, à une fiancée enfin «  parée  » pour célébrer ses noces avec son Dieu (Ct 4, 8). Chantée par avance par Isaïe (61, 10; cf. Jn 3, 29).

Elle «  descend du Ciel  ». Saint Jean a vu les Bêtes monter des abîmes de la mer, et de la terre. Maintenant, c’est l’Église, épouse de l’Agneau, Jérusalem nouvelle, qui descend du Ciel. La grande pensée de Dieu, son dessein conçu dès l’origine paraît sur la terre. Personnifiée par l’Immaculée Conception, elle est en effet descendue sur la terre à Lourdes et à Fatima. Et elle vient bien «  du ciel  » où elle apparaît à Pontmain.

  1. «  J’entendis alors une voix clamer, du trône  : “ Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux  ; ils seront son peuple, et lui, Dieu avec eux, sera leur Dieu. ”  »

Le «  trône  » n’est plus celui du Juge (Ap 20, 11), mais celui de l’inhabitation de «  Dieu avec nous  », Emmanuel, conçu et mis au monde par la Vierge (Is 7, 14). C’est donc le Cœur Immaculé de Marie où l’intimité de l’ «  alliance  » (Ap 11, 19) de Dieu avec «  son peuple  », comme d’un Époux avec son épouse et leurs enfants, sera enfin consommée.

  1. «  “ Il essuiera toute larme de leurs yeux  : de mort, il n’y en aura plus  ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. ”  »

Celui qui vit dans la grâce sanctifiante au sein de l’Église ne connaîtra plus la mort, ni aucune peine  !

  1. «  Alors, Celui qui siège sur le trône déclara  : “ Voici, je fais l’univers nouveau. ” Puis il ajouta  : “  Écris  : Ces paroles sont certaines et vraies. ”  »

Cette attestation divine fonde notre foi dans les promesses écrites par Jean (Ap 2, 17; 3, 12).

  1. «  “ C’en est fait, me dit-il encore, je suis l’Alpha et l’Oméga, le Principe et la Fin  ; celui qui a soif, moi, je lui donnerai de la source de vie, gratuitement. ”  »

«  C’en est fait  !  » comme annoncé lors de la septième coupe (16, 17).

Ce rappel des titres divins ravive notre foi en la puissance de Dieu, et notre espoir de voir son dessein s’accomplir de la première à la dernière lettre. Comme il l’a dit jadis par ses prophètes (Is 55, 1-3; 55, 10-11), et aujourd’hui par sa Mère.

Celui qui boit l’eau de la grâce distribuée par les sacrements n’aura plus jamais soif. C’est pourquoi cette Divine Mère a institué la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois.

La Grâce et la Miséricorde qui découlent des saintes plaies de Jésus crucifié dans l’âme du pénitent pardonné et communiant au Corps et au Sang de Jésus en reçoit une transfusion intime de la vie divine communiquée du Père à son Fils, de son Fils à ses ministres et par eux à nous autres, par le don du Saint-Esprit, selon la promesse de Jésus  : «  Celui qui vient à moi, je lui donnerai à boire, car il est écrit  : “ De son sein couleront des fleuves d’eau vive. ”  » Et saint Jean explique  : «  Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui.  » (Jn 7, 37-39)

Le don de l’Esprit est gracieux, il n’est pas le résultat de nos œuvres, c’est une pure miséricorde du Père de tout bien. Le Père donne la vie de l’être, au jour de la création, la vie de la grâce, au jour du salut. Gratuitement, comme ne cesse d’y insister le pape François. Ça ne se refuse pas  !

  1. «  “ Telle sera la part du vainqueur  ; et je serai son Dieu, et lui sera mon fils. ”  »

Comme promis à David (2 S 7, 14; Ps 89, 27-28). Celui qui reçoit cette «  part  »… est donc «  fils de roi  »…

  1. «  “ Mais les lâches, les renégats, les dépravés, les assassins, les impurs, les sorciers, les idolâtres, bref, tous les hommes de mensonge, leur lot se trouve dans l’étang brûlant de feu et de soufre  : c’est la seconde mort. ”  »

Sept catégories de réprouvés  : l’énumération est complète. Ils ont tous en commun le mensonge, contre lequel l’Église d’Éphèse a déjà été mise en garde (Ap 2, 2).

Ceux-là sont dès maintenant comme en enfer, et voués à y demeurer éternellement. Tandis que les justes sont non seulement fils de roi, mais fils de Dieu et de Marie à jamais  !

ÉGLISE TRIOMPHANTE, ÉGLISE MILITANTE.

XXI, 9. «  Alors, l’un des sept Anges aux sept coupes remplies des sept derniers fléaux s’en vint me dire  : “ Viens, que je te montre la Fiancée, l’Épouse de l’Agneau. ”

  1. «  Il me transporta donc en esprit sur une montagne de grande hauteur, et me montra la Cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, de chez Dieu,
  2. «  avec en elle la gloire de Dieu. Elle resplendit telle une pierre très précieuse, comme une pierre de jaspe cristallin.
  3. «  Elle est munie d’un rempart de grande hauteur pourvu de douze portes près desquelles il y a douze Anges et des noms inscrits, ceux des douze tribus des enfants d’Israël  :
  4. «  À l’orient, trois portes  ; au nord, trois portes  ; au midi, trois portes  ; à l’occident, trois portes.
  5. «  Le rempart de la ville repose sur douze assises portant chacune le nom de l’un des douze apôtres de l’Agneau.
  6. «  Celui qui me parlait tenait une mesure, un roseau d’or, pour mesurer la ville, ses portes et son rempart.
  7. «  Cette ville dessine un carré  : sa longueur égale sa largeur. Il la mesura donc à l’aide du roseau, soit douze mille stades  ; longueur, largeur et hauteur y sont égales.
  8. «  Puis il en mesura le rempart, soit cent quarante-quatre coudées. L’Ange mesurait d’après une mesure humaine.
  9. «  Ce rempart est construit en jaspe, et la ville est d’or fin, comme du cristal bien pur.
  10. «  Les assises de son rempart sont rehaussées de pierreries de toute sorte  : la première assise est de jaspe, la deuxième de saphir, la troisième de calcédoine, la quatrième d’émeraude.
  11. «  La cinquième de sardoine, la sixième de cornaline, la septième de chrysolithe, la huitième de béryl, la neuvième de topaze, la dixième de chrysoprase, la onzième d’hyacinthe, la douzième d’améthyste.

21. «  Et les douze portes sont douze perles, chaque porte formée d’une seule perle  ; et la place de la ville est de l’or pur, transparent comme du cristal.

  1. «  De Sanctuaire, je n’en vis point en elle  ; c’est que le Seigneur, le Dieu Maître de tout, est son Sanctuaire, ainsi que l’Agneau.
  2. «  La ville peut se passer de l’éclat du soleil et de celui de la lune, car la gloire de Dieu l’a illuminée, et l’Agneau lui tient lieu de flambeau.
  3. «  Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre viendront lui porter leurs trésors.
  4. «  Ses portes resteront ouvertes le jour, car il n’y aura pas de nuit.
  5. «  Et l’on viendra lui porter les trésors et le faste des nations.
  6. «  Rien de souillé n’y pourra pénétrer, ni ceux qui commettent l’abomination et le mal, mais seulement ceux qui sont inscrits dans le livre de vie de l’Agneau.  »
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XXI, 9. «  Alors, l’un des sept Anges aux sept coupes remplies des sept derniers fléaux s’en vint me dire  :

«  “ Viens, que je te montre la Fiancée, l’Épouse de l’Agneau. ”  »

Elle est son Épouse parce que l’Agneau «  s’est livré pour elle  » (Ep 5, 25).

  1. «  Il me transporta donc en esprit sur une montagne de grande hauteur, et me montra la Cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, de chez Dieu…  »

Elle est «  du Ciel  », comme Notre-Dame le dira à Lucie le 13 mai 1917, de toute éternité puisque c’est «  au Ciel  » qu’elle apparaît à Jean, enveloppée du soleil, couronnée d’étoiles, la lune sous ses pieds (Ap 12, 1).

Elle est donc d’avant la création de l’univers sublunaire, d’avant le combat des anges dont elle est déjà l’enjeu, avec son Fils (Ap 12, 7-8).

  1. «  … avec en elle la gloire de Dieu. Elle resplendit telle une pierre très précieuse, comme une pierre de jaspe cristallin.  »

«  En elle la gloire de Dieu  »  : l’ange Gabriel le lui a dit le jour de l’Annonciation  : «  le Seigneur est avec vous.  » (Lc 1, 28)

«  Elle resplendit  »  : Elle est elle-même le foyer de la lumière dont elle est irradiée et qu’elle diffuse.

«  Telle une pierre très précieuse  » dont l’éclat efface celui de la parure de la grande prostituée (Ap 17, 4; 18, 12 et 16).

«  Comme une pierre de jaspe  »  : comme «  celui qui était assis  » sur le trône céleste (Ap 4, 3).

«  Cristallin  »  : comme Dieu sur son trône (Ap 4, 6), Exclusivement.

Cette «  Cité sainte  » est l’Église, «  Jérusalem  » messianique, «  Fiancée, Épouse  » du Messie, contemplée par saint Jean en accomplissement de la vision du prophète Ézéchiel qui l’annonçait six cents ans auparavant  : «  Il m’emmena par des visions divines au pays d’Israël, et me posa sur une très haute montagne, sur laquelle semblait construite une ville, au midi.  » (Ez 40, 2)

Lors de la tentation au désert, le diable avait ainsi transporté Jésus sur une très haute montagne pour lui montrer tous les royaumes de la terre avec leur gloire  : «  Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu m’adores  !  » (Mt 4, 8) Tentation, puisque Jésus est venu pour conquérir ce royaume.

Et maintenant, saint Jean est transporté par un Ange sur une très haute montagne où il contemple une Ville où repose «  la lumière qui est Dieu  », comme diront les voyants de Fatima, vingt siècles plus tard, resplendissante, «  pleine de grâce  », à nulle autre pareille  ! comme une pierre précieuse. Une «  lumière  », comme Dieu dans la vision inaugurale, et non pas une figure aux contours définis  :

«  À l’instant, je tombai en extase. Voici qu’un trône était dressé dans le Ciel et, siégeant sur le trône, Quelqu’un. Celui qui siège est comme une vision de jaspe et de cornaline  ; un arc-en-ciel autour du trône est comme une vision d’émeraude.  » (Ap 4, 2-3)

L’Église resplendit de la même lumière que son Époux.

Elle est une, comme une ville fortifiée  :

  1. «  Elle est munie d’un rempart de grande hauteur pourvu de douze portes près desquelles il y a douze Anges et des noms inscrits, ceux des douze tribus des enfants d’Israël.  »

Ce «  rempart  » est si important qu’il sera mentionné à cinq reprises. Il rend la ville imprenable.

  1. «  À l’orient, trois portes  ; au nord, trois portes  ; au midi, trois portes  ; à l’occident, trois portes.
  2. «  Le rempart de la ville repose sur douze assises portant chacune le nom de l’un des douze apôtres de l’Agneau.  »

Elle est apostolique.

Les douze Apôtres succèdent aux douze fils de Jacob, père des douze tribus d’Israël et de leurs élus marqués au front du sceau du Dieu vivant, au nombre de 144 000 (Ap 7, 4-8; cf. Ps 45, 17).

  1. «  Celui qui me parlait tenait une mesure, un roseau d’or, pour mesurer la ville, ses portes et son rempart.  »La mesure de la Jérusalem Céleste

Non pas pour la préserver de la destruction imminente de la Jérusalem ancienne (Ap 11, 1-2), mais pour dire sa splendeur incomparable, insurpassable, “ totale ”, sa perfection  :

  1. «  Cette ville dessine un carré  : sa longueur égale sa largeur. Il la mesura donc à l’aide du roseau, soit douze mille stades  ; longueur, largeur et hauteur y sont égales.  »

Comme le Cœur de son Époux (Ep 3, 18).

Encore le chiffre douze, multiplié par mille pour dire  : à perte de vue. Mais les exégètes ont voulu compter  : un stade était une mesure de 185 mètres. Multiplié par 12 000, ça fait une ville de 2 220 km de côté  ! Et de hauteur  ! C’est tout l’univers matériel dont le sommet est occupé par cette ville qui le couronne comme une acropole.

  1. «  Puis il en mesura le rempart, soit cent quarante-quatre coudées. L’Ange mesurait d’après une mesure humaine.  »

Nous sommes donc bien sur la terre où cette Cité sainte est descendue du Ciel.

  1. «  Ce rempart est construit en jaspe, et la ville est d’or fin, comme du cristal bien pur.
  2. «  Les assises de son rempart sont rehaussées de pierreries de toute sorte  : la première assise est de jaspe, la deuxième de saphir, la troisième de calcédoine, la quatrième d’émeraude.  »

«  La première assise est de jaspe  »  : c’est l’Immaculée (v. 11).

  1. «  La cinquième de sardoine, la sixième de cornaline, la septième de chrysolithe, la huitième de béryl, la neuvième de topaze, la dixième de chrysoprase, la onzième d’hyacinthe, la douzième d’améthyste.  »

Le scintillement de ces douze sortes de pierres précieuses donne à la Cité un merveilleux éclat.

21. «  Et les douze portes sont douze perles, chaque porte formée d’une seule perle  ; et la place de la ville est de l’or pur, transparent comme du cristal.  »

«  Comme du cristal  » à la ressemblance de l’Immaculée (v. 11).

Cette fois, ce n’est plus une richesse «  à mesure humaine  ».

«  Comme du cristal  »  : C’est le Ciel  ! (Ap 4, 6)

  1. «  De Sanctuaire, je n’en vis point en elle  ; c’est que le Seigneur, le Dieu Maître de tout, est son Sanctuaire, ainsi que l’Agneau.  »

Le Temple où Dieu résidait au cœur de la Jérusalem ancienne a maintenant disparu. Le corps de l’Agneau immolé et ressuscité, qui ne fait qu’un avec son Père, est le Sanctuaire de la Nouvelle et Éternelle Alliance. Le Christ est tout en tous.

  1. «  La ville peut se passer de l’éclat du soleil et de celui de la lune, car la gloire de Dieu l’a illuminée, et l’Agneau lui tient lieu de flambeau.  »

En accomplissement de la prophétie d’Isaïe  : «  Yahweh sera ta lumière éternelle.  » (60, 19-20).

  1. «  Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre viendront lui porter leurs trésors.  »

Cela aussi était prophétisé par Isaïe (60, 3 et 5).

  1. «  Ses portes resteront ouvertes le jour, car il n’y aura pas de nuit.  »

Isaïe annonçait que les portes seraient ouvertes jour et nuit (60, 11), mais ici «  il n’y aura pas de nuit  ». La lumière «  du soleil et de la lune  » éclaire les jours et les nuits de la terre  ; là, il y aura une seule lumière, la lumière divine (Is 60, 20). Le «  jour  » sera éternel.

Elle est catholique  : ouverte à tous.

  1. «  Et l’on viendra lui porter les trésors et le faste des nations.  »

Parce que la demeure de Dieu avec les hommes est le sommet de la création, les peuples chrétiens lui ont bâti et consacré des cathédrales magnifiques, rehaussées d’or, de pierres précieuses, d’ivoire, de marbre, œuvres de la foi et de l’amour de l’homme sauvé, purifié, arraché aux puissances infernales.

  1. «  Rien de souillé n’y pourra pénétrer, ni ceux qui commettent l’abomination et le mal, mais seulement ceux qui sont inscrits dans le livre de vie de l’Agneau.  »

«  Rien de souillé  »  : aucune intrusion du serpent n’est plus à craindre.

Elle est sainte.

Unam, sanctam, catholicam et apostolicam. Ce sont les “ notes ” de l’Église apparue à Jean sous les apparences de cette acropole implantée sur terre comme un paradis restauré, à la garde des Anges.

XXII, 1. «  Puis l’Ange me montra le fleuve de Vie, limpide comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau.

  1. «  Au milieu de la place, de part et d’autre du fleuve, il y a un arbre de Vie qui fructifie douze fois, une fois chaque mois  ; et les feuilles de l’arbre sont pour la guérison des nations.
  2. «  Et il n’y aura plus d’anathème  ; le trône de Dieu et de l’Agneau sera dressé dans la Ville, et les serviteurs de Dieu l’adoreront.
  3. «  Ils verront sa Face, et son nom sera sur leurs fronts.
  4. «  De nuit, il n’y en aura plus  ; ils se passeront de lampe ou de soleil pour s’éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles.  »
*
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Fleuve d’eau vive coulant du trône de DieuXXII, 1. «  Puis l’Ange me montra le fleuve de Vie, limpide comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau.  »

Comme à Lourdes  : un petit filet qui devient gros comme le bras, puis un torrent, ensuite une rivière, un fleuve, pour laver le monde. Comme sur le Calvaire, «  du côté  » de l’Agneau transpercé. C’est l’Esprit vivifiant promis qui jaillit sous l’autel, du côté droit (Ez 47).

Annoncé par Jésus à la Samaritaine  : «  “ Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit  : Donne-moi à boire, c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’eau vive. ”  »

«  Elle lui dit  : “ Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où l’as-tu donc, l’eau vive  ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits et y a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses bêtes  ? ”

«  Jésus lui répondit  : “ Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau  ; mais qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif  ; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle.  » (Jn 4, 10-14)

Jésus proclame publiquement à Jérusalem l’ouverture de cette source d’eau vive  :

«  Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s’écria  : “ Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi  ! ” selon le mot de l’Écriture  : “ De son sein couleront des fleuves d’eau vive.

«  Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui  ; car il n’y avait pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié.  » (Jn 7, 37-39)

Ce sont sa Passion, sa Mort et sa Résurrection qui ont ouvert la source miraculeuse de l’Esprit-Saint (Jn 19, 34).

Maintenant, il coule à flots dans l’Église.

  1. «  Au milieu de la place, de part et d’autre du fleuve, il y a un arbre de Vie qui fructifie douze fois, une fois chaque mois  ; et les feuilles de l’arbre sont pour la guérison des nations.  »

L’Esprit-Saint est comme un fleuve d’eau vive qui fait pousser une végétation, mais sanctifiante. Au Paradis terrestre, pour Adam et Ève, un seul «  arbre de Vie  » suffisait à assurer la grâce de l’immortalité (Gn 2, 9; 3, 22-24). Pour la régénération surnaturelle de cette grâce perdue par la désobéissance, un fleuve, jailli du trône de Dieu et de l’Agneau, au sommet de la montagne, descend et irrigue les arbres qui donnent fruits d’immortalité et feuilles thérapeutiques, symboles du baptême, de la nourriture eucharistique et de la pénitence  : «  Grâce et Miséricorde  » pour toutes les nations.

  1. «  Et il n’y aura plus d’anathème…  »

L’Église triomphante au Ciel n’a plus à craindre schisme, erreur ou scandale. Un esprit d’amour, et non de terreur et de crainte, habite les enfants de Dieu. Avant le concile Vatican II régnait un tel climat de liberté, de paix, d’unité dans l’Église militante elle-même, sur terre.

«  … le trône de Dieu et de l’Agneau sera dressé dans la Ville, et les serviteurs de Dieu l’adoreront.

  1. «  Ils verront sa Face, et son nom sera sur leurs fronts.  »

Bien sûr, il s’agit de la vision béatifique. Déjà les Hébreux entraient en présence de Dieu dans son Temple pour adorer sa Face. Mais dans l’Église, nous avons la Face du Christ qui est l’image de son Père, empreinte sur le Saint Suaire.

  1. «  De nuit, il n’y en aura plus  ; ils se passeront de lampe ou de soleil pour s’éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles.  »

DANS L’ATTENTE DE SON RETOUR.

XXII, 6. «  Puis il me dit  : “ Ces paroles sont certaines et vraies  ; le Seigneur Dieu, qui inspire les prophètes, a envoyé son Ange pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt  :

  1. “ Voici que mon retour est proche  ! Heureux celui qui garde les paroles prophétiques de ce livre. ”
  2. «  C’est moi, Jean, qui voyais et entendais tout cela  ; une fois les paroles et les visions achevées, je tombai aux pieds de l’Ange qui m’avait tout montré, pour l’adorer.
  3. «  Mais lui me dit  : “ Non, attention, je suis un serviteur comme toi et tes frères les prophètes et ceux qui gardent les paroles de ce livre  ; c’est Dieu qu’il faut adorer. ”
  4. «  Il me dit encore  : “ Ne tiens pas secrètes les paroles prophétiques de ce livre, car le Temps est proche.
  5. “ Que le pécheur pèche encore, et que l’homme souillé se souille encore  ; que l’homme de bien vive encore dans le bien, et que le saint se sanctifie encore.
  6. “ Voici que mon retour est proche, et j’apporte avec moi le salaire que je vais payer à chacun, en proportion de son travail.
  7. “ Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin.
  8. “ Heureux ceux qui lavent leurs robes  ; ils pourront disposer de l’arbre de Vie, et pénétrer dans la Cité, par les portes.
  9. “ Dehors les chiens, les sorciers, les impurs, les assassins, les idolâtres et tous ceux qui se plaisent à faire le mal  ! ”
  10. «  “ Moi, Jésus, j’ai envoyé mon Ange publier chez vous ces révélations concernant les Églises. Je suis le rejeton de la race de David, l’Étoile radieuse du matin. ”
  11. «  L’Esprit et l’Épouse disent  : “ Viens  ! ” Que celui qui entend dise  : “ Viens  !  ” Et que l’homme assoiffé s’approche, que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement. ”  »
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XXII, 6. «  Puis il me dit  : “ Ces paroles sont certaines et vraies  ; le Seigneur Dieu, qui inspire les prophètes, a envoyé son Ange pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt  : ”  »

Quoi donc  ? La bonne nouvelle que saint Jean a reçue du Christ, de son Ange, et qu’il nous a fait connaître, qu’il était urgent que nous connaissions, parce qu’elle est en train de s’accomplir  :

  1. «  “ Voici que mon retour est proche  ! Heureux celui qui garde les paroles prophétiques de ce livre. ”  »

Voilà «  ce qui doit arriver bientôt  » (Ap 1, 1)  : le retour du «  Seigneur Dieu qui inspire les prophètes  », à savoir Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, le Verbe, la Parole de Dieu.

«  … Heureux celui qui garde les paroles prophétiques de ce livre.  »

Qui sont elles-mêmes l’aboutissement de celles de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Sixième béatitude. Heureux, bienheureux ceux qui ont vécu, au long des siècles, dans l’attente de ce retour… imminent puisque, pour «  le Seigneur Dieu qui inspire les prophètes  », mille ans sont comme un jour.

Deux mille ans après, nous pouvons constater à quel point «  ces paroles sont certaines et vraies  » en voyant comment les prophéties de saint Jean se sont accomplies au cours de l’histoire.

Rome païenne détruite, ses enfants sont devenus les membres de l’Église, héritiers de la civilisation grecque et romaine, et la “ Ville éternelle ” est devenue le Siège de Pierre. Telle est la victoire divine qui a fait succéder l’Église romaine à l’Empire païen.

  1. «  C’est moi, Jean, qui voyais et entendais tout cela  ; une fois les paroles et les visions achevées, je tombai aux pieds de l’Ange qui m’avait tout montré, pour l’adorer.
  2. «  Mais lui me dit  : “ Non, attention, je suis un serviteur comme toi et tes frères les prophètes et ceux qui gardent les paroles de ce livre  ; c’est Dieu qu’il faut adorer. ”
  3. «  Il me dit encore  : “ Ne tiens pas secrètes les paroles prophétiques de ce livre, car le Temps est proche. ”  »

Le temps de leur réalisation est proche, où chacun pourra constater la vérité de toute cette révélation.

  1. «  “ Que le pécheur pèche encore, et que l’homme souillé se souille encore  ; que l’homme de bien vive encore dans le bien, et que le saint se sanctifie encore. ”  »

Afin que le jugement qui va intervenir soit prononcé en toute clarté, chacun ayant eu le temps de se déclarer pleinement.

  1. «  “ Voici que mon retour est proche, et j’apporte avec moi le salaire que je vais payer à chacun, en proportion de son travail.
  2. «  “ Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin.  »

Application au Christ de ces titres divins.

«  Le Premier et le Dernier  »  : cette expression, qui ne fut employée que pour Lui, fait inclusion (Ap 1, 17; 2, 8).

  1. «  “ Heureux ceux qui lavent leurs robes  ; ils pourront disposer de l’arbre de Vie, et pénétrer dans la Cité, par les portes. ”  »

Septième béatitude, aboutissement de notre pèlerinage  : «  J’étais joyeux que l’on me dise  : Allons à la maison de Yahweh  ! Enfin nos pieds s’arrêtent à tes portes, Jérusalem  ! Jérusalem, bâtie comme une ville où tout ensemble fait corps.  » (Ps 122, 1-3).

La Cité garde son entrée par des portes monumentales, fortifiées, qui protègent des attaques ennemies  :

  1. «  “ Dehors les chiens, les sorciers, les impurs, les assassins, les idolâtres et tous ceux qui se plaisent à faire le mal  ! ”  »

«  Dehors les chiens…  » accomplit la finale du psaume 101  : «  Chaque matin, je détruirai tous les méchants du pays, pour extirper de la cité de Yahweh tous les ouvriers du mal.  » (Ps 101, 8) Non pas au «  matin  » unique et définitif de la vie éternelle, mais «  chaque matin  » de la vie présente de l’Église, dans le temps.

  1. «  “ Moi, Jésus, j’ai envoyé mon Ange publier chez vous ces révélations concernant les Églises. Je suis le rejeton de la race de David, l’Étoile radieuse du matin. ”  »

Jésus est le Messie promis à David, mais bien avant lui, à Jacob, par le prophète païen Balaam  : «  Je le vois – mais non pour maintenant, je l’aperçois – mais non de près. Un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d’Israël. Il frappe les tempes de Moab et le crâne de tous les fils de Seth.  » (Nb 24, 17)

  1. «  L’Esprit et l’Épouse disent  : “ Viens  ! ” Que celui qui entend dise  : “ Viens  !  ” Et que l’homme assoiffé s’approche, que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement.  »

L’Esprit-Saint est l’âme de l’Église qui aspire au retour de son Époux. Elle appelle les chrétiens, «  qui entendent  », à supplier le Christ de hâter son retour. Et elle invite tous les hommes de bonne volonté à s’approcher du sacrement de baptême pour en recevoir l’eau de la grâce.

AVERTISSEMENT  !

XXII, 18. «  Je déclare, moi, à quiconque écoute les paroles prophétiques de ce livre  : “  Qui oserait y faire des surcharges, Dieu le chargera de tous les fléaux décrits dans ce livre  !

  1. “ Et qui oserait retrancher aux paroles de ce livre prophétique, Dieu retranchera son lot de l’arbre de Vie et de la Cité sainte, décrits dans ce livre  ! ”  »

Cette malédiction solennelle, lancée d’avance contre les corrupteurs du texte, manifeste que saint Jean se sait porte-parole de Dieu même. C’est plus qu’une question de “ propriété littéraire ”  ! Il y va du salut éternel de quiconque commettrait le sacrilège de rien retrancher.

  1. «  Le garant de ces révélations l’affirme  : “ Oui, mon retour est proche  ! ” Amen, viens, Seigneur Jésus  !  »

Cet appel reprend une prière araméenne de l’Église des premiers jours  :

«  Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit anathème  ! “ Maran atha ”.  » (1 Co 16, 22)

  1. «  Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous  ! Amen.  »
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