La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 161 – Mars 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


CAMP NOTRE-DAME DE FATIMA 2015

L’APOCALYPSE DE SAINT JEAN

 par frère Bruno de Jésus-Marie.

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CONCLUSION : « L’ÉVANGILE ÉTERNEL »

1917-10-13. Miracle du soleil

Contemplation de la chute du soleil à la Cova da Iria le 13 octobre 1917.
«   Et le quatrième Ange répandit sa coupe sur le soleil ; alors, il lui fut donné de brûler les hommes par le feu. Et les hommes furent brûlés par une chaleur torride. Mais, loin de se repentir en rendant gloire à Dieu, ils blasphémèrent le Nom du Dieu qui détenait en son pouvoir de tels fléaux.   » ( Ap 16, 8-9 )

L’APOCALYPSE est une «  bonne nouvelle  », une révélation consolante annonçant que la victoire du Seigneur Jésus sur la grande apostasie que nous vivons présentement est proche. «  Bientôt  » le monde entier adorera notre très chéri Père Céleste, reconnaîtra le Christ Jésus, son Fils, pour Roi, et, nonobstant la médiocrité des uns, le péché des autres, sera tout entier réuni dans l’Église catholique dont le Saint-Esprit est l’âme.

Cet «  Évangile  » est le dernier mot de l’Écriture sainte, Ancien et Nouveau Testament. Les «  vingt-quatre Anciens  » qui siègent autour du «  trône  » divin (4, 4), patriarches et prophètes de l’ancien Israël, en témoignent. Ils sont nos pères, et il nous laissent pour héritage la sainte et belle ville de Jérusalem. Si saint Jean n’a pas voulu donner ce nom à la ville rebelle que va détruire Titus, c’est pour lui garder toute sa splendeur virginale et nous ravir d’affection pour Jérusalem éternelle, l’unique de son Bien-Aimé, pour son Temple, le Corps du Christ son sanctuaire, dont “ le Saint des Saints ” est le Cœur de Jésus.

Quant à l’Apocalypse, elle nous révèle que nous sommes Romains, enfants de l’Église qui succède à Rome païenne détruite, devenue le trône de Pierre. Elle donne ainsi à toute la Bible sa signification ultime. «  Toutes ces visions  » (1, 2) sont vraiment la consommation du mystère de Dieu et de Jésus-Christ, dans ­l’Esprit-Saint.

Ce mystère ne relève pas des “ essences ” de “ substances ” dont les philosophes instituent une sorte de catalogue immuable, comme s’il n’y avait pas d’histoire dramatique pour les charger d’une perfection nouvelle ou, au contraire, les corrompre et les installer dans un désordre invivable.

Non, la «  nature pure  » est une vue de philosophe. Elle n’existe pas concrètement. En revanche, il y a deux cités  : une Cité du Diable et une Cité de Dieu.

«  L’énorme Dragon, l’antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier  » (12, 9) existe, depuis le début et jusqu’à la fin des temps où il sera enchaîné et jeté dans l’abîme de feu et de soufre. En attendant, il suscite à son service une société que l’on appelle le monde.

Cette “ structure ”, contre laquelle l’Évangile de saint Jean met en garde les chrétiens, est animée par deux obsessions  : celle du pouvoir et de ses prestiges. Et celle de l’argent, du luxe et de la luxure.

L’une et l’autre ont pour ressort l’orgueil de l’homme, cette soif d’ambition et de domination du monde. Le pouvoir, la prise de pouvoir, la recherche du pouvoir est un des ressorts majeurs de l’humanité dépravée, qui donne prise à la tentation du démon.

Le pouvoir et l’argent. L’un est lié à l’autre. Le pouvoir politique trouve, pour accourir à son aide, tous les hommes d’argent, en particulier les prêtres lorsqu’ils se laissent prendre par les concupiscences du monde et mettent la religion, la force de sa spiritualité au service de cette première «  Bête  » (13, 1) qu’est la puissance politique.

La grande révélation de l’Apocalypse est que cette double incarnation de la «  Bête  » (13, 1 et 11) est d’ores et déjà vaincue  : «  La grande Cité, Sodome ou Égypte  », noms donnés à Jérusalem (11, 8), est détruite par la colère de Dieu. Et l’autre grande Cité, «  la Prostituée fameuse, assise au bord des grandes eaux  » (17, 1) qui lui succède, Babylone, qui est Rome, également.

Nous pouvons donc affirmer que nous sommes parvenus à une période avancée de l’histoire, puisque déjà les majeures créations du Démon ont été écrasées.

En face de cette Cité du Diable est la Cité de Dieu. À partir des chapitres 4 et 5, le Ciel est comme ouvert par la Révélation, par les visions des saints, et l’Église de la terre, la Jérusalem messianique est en communication avec la Cité de Dieu.

Celle-ci est le théâtre de la louange incessante de la gloire de Dieu par les Anciens, les saints et les anges. «  Chaque fois  » (otan) que les «  quatre Vivants  » (4, 6) entonnent une nouvelle louange, les Anciens se prosternent et «  lancent  » de nouveau «  leurs couronnes devant le trône  », dans un recommencement perpétuel (4, 8-10). Pendant que le pouvoir politique s’idolâtre dans des fêtes stupides, les chrétiens, tous prêtres, dans le «  Royaume de Prêtres régnant sur la terre  » (5, 10) qu’est la Cité sainte, rendent gloire à Dieu par une liturgie ininterrompue. C’est là une chose que la tradition monastique, tant en Orient qu’en Occident, a fort bien comprise. Sans cesse, l’Église de la terre est unie à celle du Ciel, et leur occupation est la louange de la gloire de Dieu, louange liturgique, c’est-à-dire collective, en assemblée solennelle, hiératique (5, 9-14).

La virginité est la condition des prêtres et victimes sans tache qui suivent l’Agneau «  partout où il va  » (14, 4). C’est la raison pour laquelle l’Église traditionnelle prêchait la chasteté, le mépris des choses du monde et de la chair, pas seulement dans les monastères. Les bons chrétiens de nos campagnes remplissaient leur vie de leurs prières à l’Église et de leur vie de famille, sans tomber dans les désordres de la gourmandise, de l’avarice, de l’ivrognerie… Avec des persécutions (2, 3. 10. 13)  !

Car ces deux Cités se combattent, et les saints ne sont pas laissés en repos, heureusement d’ailleurs  ! jusqu’à la consommation de l’histoire, parce que leurs épreuves les empêchent de mettre leur foi en ce monde-ci et de se perdre.

La principale de ces épreuves est la guerre  : l’Apocalypse montre que l’histoire humaine sera toujours le théâtre de guerres, châtiment effrayant des méchants, purification des médiocres et des lâches, et sacrifice des saints.

La guerre empêche les hommes de sombrer dans l’apostasie et la damnation éternelle qui en est le salaire.

Elle est un “ scandale ” pour les gens du monde qui recherchent non pas la paix que Dieu donne mais celle qui leur permettra de rester tranquillement dans leur apostasie. C’est pourquoi, loin d’avoir peur de la guerre qui vient, nous autres chrétiens savons qu’elle empêchera les hommes de courir à la damnation éternelle. S’il est une chose qui peut nous réveiller, l’Écriture sainte nous le dit  : ce sera la guerre  ; si quelque chose peut sauver les hommes d’Église, c’est la persécution qui accompagnera la guerre. Tel est l’esprit de Jésus-Christ tout contraire à l’esprit du monde. Pour le chrétien, la guerre est une épreuve de Dieu, dure à porter, mais moyen ultime de conversion, comme fut le Déluge.

Une pensée court tout au long de ces oracles de «  malheur  »  : les bons chrétiens, vraiment attachés à la «  Parole de Dieu  », au «  témoignage de Jésus-Christ  » (1, 2), sont préservés de toutes les plaies qui traversent l’histoire humaine  : famines, pestes, bêtes féroces, tremblements de terre. Non pas qu’ils soient dispensés des souffrances qu’elles procurent mais, s’ils les subissent, elles ne leur font que du bien au lieu d’être une condamnation commencée, un châtiment de la colère de Dieu.

Les difficultés des temps présents réclament l’héroïsme de la part des chrétiens. C’est pourquoi dans les Lettres aux Églises, saint Jean met en garde à maintes reprises contre la lâcheté les chrétiens tièdes, “ libéraux ”, qui font la paix avec le monde. Il résulte de ces avertissements que si nous voulons sauver notre âme et celles de nos proches, en vue de la Jérusalem céleste, il nous faut, en temps de paix, observer des mœurs austères et garder une foi intègre.

ORTHODROMIE DIVINE

Peut-on attendre un plein essor de la civilisation chrétienne avant la fin du monde  ? Au risque de nous faire traiter de «  millénaristes  » il faut répondre oui  ! Le “ millénarisme ” consiste à croire que le Christ et ses saints vont ressusciter et revenir pour former une société heureuse sur terre. Mais ce n’est pas du tout le sens du règne de «  mille années  » annoncé dans l’Apocalypse (20, 1-6) comme la construction d’une civilisation chrétienne sur les ruines de l’Empire romain. Cette prophétie signifie que saint Martin, convertisseur des Gaules, saint Louis, roi de France, sainte Jeanne d’Arc sont non seulement au Ciel oc­cupés à prier pour nous, mais qu’ils «  descendent  », comme disait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, pour ainsi dire contemporaine de sainte Jeanne d’Arc, pour nous prêcher d’exemple et agir dans l’Église et dans nos patries, afin de tout restaurer dans le Christ.

Ainsi se dessinent les trois grandes étapes de l’histoire de l’Église. Au cours de la première, elle se heurte à la puissance d’un Empire romain, idolâtre et persécuteur, auquel sont assujetties les «  sept Églises  » d’Asie mineure  : Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée (chapitres 2 et 3).

Finalement, l’Église l’emporte sur l’Empire romain, manifestant ainsi dans l’histoire la décisive victoire du Christ ressuscité (12, 10). Jérusalem et Rome, les grandes puissances de la perfidie judaïque et du paganisme des nations seront détruites. Sur leurs ruines, s’élèvera la seule Église catholique.

La seconde période, celle des dix rois (17, 12), verra néanmoins se poursuivre une lutte semblable entre «  l’Évangile éternel  » (14, 6) et les pouvoirs politiques qui se seront partagé les dépouilles de l’Empire romain et que la même «  Bête  » inspirera (13, 1).

Cette période aussi s’achèvera par la victoire du Christ et des saints, et par la défaite définitive de ces inspirations idolâtres ayant jusqu’alors présidé à l’organisation des sociétés humaines (14, 14-20).

Un monde chrétien s’établira alors «  pour mille années  » (20, 2) dans lequel, certes, sous bien d’autres formes se poursuivra la lutte entre le bien et le mal qui est inséparable de la condition terrestre de l’homme, mais dans lequel sera enfin établie la domination du Christ et de sa loi sur les nations de la terre.

Ce millénaire a connu tout son développement au Moyen Âge, avec le règne du Christ et de l’Église sur les nations civilisées, et leur triomphe sur les barbares. Le millénaire promis par saint Jean est derrière nous. Il a commencé dans les troisième et quatrième siècles de notre ère, quand la religion chrétienne est devenue officielle, religion d’État à Rome, et que Constantin a brisé le paganisme du Sénat. C’est la Chrétienté. «  Omnia instaurare in Christo.  »

LA GRANDE APOSTASIE

Elle a pris fin avec la révolte de Luther qui ouvre sur un dernier déchaînement de Satan et une subite et violente recrudescence du mal parmi les hommes. Les révolutions luthérienne (1517), française (1789) et bolchevique (1917) ont marqué le retour du Dragon, du Diable et de ses inventions pour un temps (20, 7-9).

Il résulta de ses agissements une grande apostasie «  sur toute l’étendue du pays  », jusqu’à investir «  le camp des saints, la Cité bien-aimée  », l’Église  ! Nous y sommes  ! C’est le temps de l’Antichrist, de la divinisation de l’homme par l’homme que notre Père a dénommée masdu, Mouvement d’Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle, «  apparition de la Bête aux yeux des croyants ébahis  » ( Lettre à mes amis n° 199 du 19 mars 1965).

«  Nous faisons profession de nous en éloigner, de le dénoncer et de le combattre où qu’il paraisse… in nomine Domini  ! Nous accomplissons en cela un devoir majeur de notre foi que nulle obéissance légitime ne peut contredire. Notre obéissance à l’Église ne pourra jamais envelopper, ni recommander, ni imposer notre adhésion au masdu. Ce sont deux réalités distinctes à nos yeux, deux mystères contraires l’un à l’autre comme sont la Cité de Dieu et la cité des démons. Saint Paul nous l’affirme (dans un fragment curieusement omis par S. S. Paul VI dans Ecclesiam suam )  : “ Quelle association serait-elle possible… entre le Christ et Bélial  ?  ” (2 Co 6, 15).

«  Puisque nul ne peut servir deux maîtres si différents, si opposés, il est impensable que l’Autorité de l’Église en tant que telle puisse être utilisée pour nous rallier au masdu tablant sur la docilité d’une filiale et candide obéissance. Ou alors ce ne pourrait être que de manière illégitime et violente, comme une forfaiture qu’il faudrait avoir le courage de dénoncer.  »

Par exemple une “ béatification ” frauduleuse  ?

«  La pureté de notre foi, la sérénité de notre espérance, tout le mouvement de notre charité, ne peuvent s’épanouir que dans la distinction claire du bien et du mal en un temps où tous s’efforcent à la confusion  » depuis que, «  au jour trois fois néfaste du 11 octobre 1962, les Pasteurs de l’Église ont décidé de ne plus condamner schismatiques, hérétiques et athées ni leurs complices  ».

Et de qualifier cette «  décision “ pastorale ” de “ l’Église en état de Concile ” de déclaration de polygamie spirituelle, disons le mot  : d’adultère.  »

C’est précisément le reproche que le Christ fait à l’Église de Thyatire  : «  J’ai contre toi que tu tolères Jézabel, cette femme qui se prétend prophétesse  ; par son enseignement, elle induit mes serviteurs à se prostituer en mangeant des viandes immolées aux idoles.  » (Ap 2, 20)

«  Cette femme  », c’est l’Église de Vatican II  : «  La même Église qui professe la foi de son Époux, tolère aussi, admire et laisse se répandre dans le cœur de ses enfants, les semences d’erreur et de schisme de Luther et Calvin, Lamennais et Teilhard. Horreur  !  » ( Lettre à mes amis n° 248 du 29 juin 1967)

Et depuis  : «  Satan déambule librement dans l’Église  » ( Lettre à mes amis n° 250, du 25 août 1967), comme jadis à Pergame  : «  Je sais où tu demeures  : là est le trône de Satan.  » (2, 13)

Le combat entre la Vierge et le Dragon s’engagea sous la forme d’un procès où comparurent «  deux témoins  » (Ap 11, 3). Georges de Nantes y jouera le rôle du prophète Élie. Sœur Lucie, médiatrice de la «  nouvelle alliance  » en Notre-Dame de Fatima (Ap 12), celui de Moïse.

Alors, le Diable se déchaîna. Le procès ne fut jamais conclu, mais les «  deux témoins  », achevèrent de rendre témoignage, puis «  la Bête qui surgit de l’abîme, vint guerroyer contre eux, les vaincre et les tuer.  » (Ap 11, 7) Il n’y a pas d’autres termes pour décrire les mauvais traitements qu’ils subirent. La “ Communauté des Petits frères et des Petites sœurs du Sacré-Cœur ” ayant été inscrite au nombre des sectes «  pseudo-catholiques  » par le “ rapport Guyard ”, bientôt la hiérarchie ecclésiastique accourait en renfort de l’État républicain laïque, la «  Bête de la terre  » au service de celle «  de la mer  » (13, 1-13). Lorsque Mgr Daucourt ordonna à notre Père de se rendre dans un monastère, il obéit, non sans un certain enthousiasme. À la seule condition de garder sa liberté de professer à l’intime la foi catholique, donc de rejeter les hérésies du concile Vatican II.

Avant son départ, il nous dit  : «  À mon âge, une seule chose compte  : la défaite de Satan et la condamnation du concile Vatican II.  » De cette «  condamnation  », il rédigera le libelle dans sa prison de Hauterive. «  La cause de la ruine de l’Église est là, sous mon scalpel, qu’il faut éradiquer.  » Nous l’avons publié sous le titre  : Vatican II, Autodafé.

Ce fut un combat singulier avec le Diable qui se manifestait en chacun des Actes du Concile, une bataille sanglante livrée chapelet en main contre l’invasion de Satan qui infeste l’Église depuis cinquante ans. Le dernier avatar en est la Déclaration commune signée à Cuba par le pape François et le patriarche Cyrille, rejetant explicitement sous le nom de «  méthode de l’ “ uniatisme ” du passé  » la volonté de la Sainte Vierge exprimée à Fatima le 13 juillet 1917 et qui est de voir la Russie consacrée à son Cœur Immaculé par le Pape et les évêques en communion avec lui revenir à la plénitude de l’unité catholique.

La mauvaise foi de cette «  Déclaration  » de paix œcuménique universelle signée de François mais concoctée par Koch et Hilarion en deux ans de travail  ! répétant ce qui a déjà été dit à Freising (juin 1990), à Ariccia (juin 1991) et Balamand (juin 1993), éclate dans le fait qu’elle impose à toute l’Église de rester sourde à l’appel entendu par Lucie le 13 juin 1917  : «  Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu.  »

«  Nous voulons cheminer ensemble avec les orthodoxes  », a déclaré Mgr Shechuk, chef de l’Église gréco-catholique d’Ukraine, en écho à l’invitation du pape François à «  marcher  », caminare  !

En attendant que le Pape «  marche  » sur le chemin indiqué par Notre-Dame, nous voulons vivre pour notre part sans attendre sa permission sous le règne de cette «  alliance  » eucharistique et mariale. Lorsque notre Père revint de son exil en janvier 1997, il éprouva «  une formidable joie, parfaitement lucide  ». Pour quelle raison  ? «  Pour la première fois depuis 1944, je me savais libre dans ma foi catholique et dans mon nationalisme français, monarchique. Au milieu d’un monde et d’une Église tombés en esclavage du Malin, j’avais acquis le droit de secouer toutes mes servitudes, de ne rien dissimuler et de faire face, comme saint Georges, mon saint patron, comme saint Michel (Ap 12, 7-8), comme David, à toutes les hideuses et puantes bêtes de l’Apocalypse (Ap 13, 1-3 et 11).  »

“ VICTOR QUIA VICTIMA  ”

Au chapitre 14 de l’Apocalypse paraît «  l’Agneau  », vainqueur du Dragon et de ses Bêtes par son sacrifice. Il est suivi des fidèles «  rachetés à la terre  » d’Israël et qui sont «  vierges  », c’est-à-dire exempts de l’apostasie qui est une prostitution (14, 4), fidèles à la foi intégrale (14, 5), gardiens des «  commandements de Dieu  » et de «  la foi en Jésus  » (14, 12) au milieu des persécutions.

Au moment où siège «  comme un Fils d’homme  » sur «  une nuée blanche  » pour la moisson (14, 15-16) et la vendange (14, 18) des âmes en vue de leur jugement dernier, retentit une fois encore «  l’Évangile éternel  » annonçant ce jugement «  à ceux qui demeurent sur la terre et à toute nation, race, langue et peuple.  » (14, 6)

Le jugement est précédé des fléaux «  qui doivent consommer la colère de Dieu  » (15, 7). Ces fléaux réitèrent les plaies d’Égypte, et évoquent toutes les calamités qui châtient les adorateurs de la Bête, épidémies et guerres, mais le quatrième est spécifique et notre génération en a été particulièrement marquée le 13 octobre 1917, au cœur de la “ grande guerre ”, par la chute du soleil (16, 8). Et l’endurcissement des cœurs qui l’a suivi jusqu’aujourd’hui est aussi inscrit dans le texte sacré  : «  Et les hommes furent brûlés par une chaleur torride. Mais loin de se repentir en rendant gloire à Dieu, ils blasphémaient le Nom de Dieu qui détenait en son pouvoir de tels fléaux.  » (Ap 16, 9)

C’est ainsi que la génération d’après-guerre n’a cessé d’offenser Dieu, au point que commença «  sous le règne de Pie XI  » une seconde guerre mondiale, «  pire  » que la première, comme la Sainte Vierge l’avait annoncé aux voyants de Fatima le 13 juillet 1917, après leur avoir montré l’enfer.

LA CITÉ DE SATAN

C’est alors que «  la Russie  » répandit «  ses erreurs  » à travers le monde, «  provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église  », à la faveur de cette seconde guerre, puisque l’on n’avait pas écouté les «  demandes  » de Notre-Dame, promettant que la Russie se convertirait si le Pape la consacrait à son Cœur Immaculé. «  Babylone la Grande, la mère des pros­tituées et des abominations de la terre  » était alors le nom de Moscou  ! «  Et sous mes yeux, la femme se soûlait du sang des saints et du sang des martyrs de Jésus.  » (17, 5-6)

Le caractère universel de Rome décrit par saint Jean, préfigurait l’empire totalitaire communiste, et la chute de Rome (18, 2-4) a été renouvelée par l’effondrement de l’Union soviétique. Cependant, la demande de la Sainte Vierge demeure  : la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie afin de donner à ce pays «  de se vêtir de lin d’une blancheur éclatante.  » (19, 8)

Alors, mais alors seulement, le «  cheval blanc  » et celui qui le monte, «  le Verbe de Dieu  », suivi «  des armées du Ciel  » (19, 11-13), pourra l’emporter définitivement sur «  la Bête  » et son «  faux prophète  », et les jeter «  tous deux vivants, dans l’étang de feu, de soufre embrasé  » (19, 20).

La Sainte Vierge a montré l’enfer à Lucie, François et Jacinthe, en ouvrant «  la terre  » d’un simple mouvement de ses mains  : «  Et nous vîmes comme un océan de feu. Plongés dans ce feu nous voyions les démons et les âmes. Celles-ci étaient comme des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant formes humaines.  »

C’est là que, après la victoire sur les armées de «  Gog et Magog  » (20, 8), dévorées par «  un feu descendu du ciel  » (20, 9), seront définitivement rejetés le Diable et ses suppôts  : «  Alors, le Diable, leur séducteur, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre embrasé, y rejoignant la Bête et le faux prophète, et leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles.  » (20, 10)

LA VILLE ÉTERNELLE

Après la résurrection des morts (20, 12) et leur jugement, une vie nouvelle commence où «  le ciel et la terre se sont enfuis  » (20, 11), laissant la place à «  un ciel nouveau, une terre nouvelle  » (21, 1).

Comment se les représenter  ? Le ciel est un lieu, comme au chapitre 12 où paraît «  une femme  » qui semble y préexister en Reine, mais pour souffrir «  le travail de l’enfantement  » du Sauveur. Ici, «  du Ciel, de chez Dieu  », saint Jean voit descendre «  la Cité sainte, Jérusalem nouvelle  » comparée à une femme, «  parée comme une jeune mariée pour son époux  ». Mais ici ce n’est qu’une comparaison. Déjà mentionnée dans la lettre à l’Église de Philadelphie (3, 12), nous devons comprendre qu’elle personnifie les sept Églises d’Asie ayant achevé leur transhumance de la terre au Ciel au long des siècles.

Puisqu’il n’y a plus ni mer ni sol ferme, où «  la Cité sainte, Jérusalem nouvelle  » descend-elle  ? «  Sur une montagne de grande hauteur  » (21, 10). La description de cette «  pierre très précieuse  » (21, 11) donne forme et figure à la «  perle de grand prix  » (Mt 13, 46) pour laquelle les saints ont vendu tout ce qu’ils possédaient. L’architecture et les dimensions en sont irréelles, aux vues de «  l’ancien monde  » (21, 4) où nous sommes encore présentement, et cependant bien attestées comme «  certaines et vraies  » par «  Celui qui siège sur le trône  » (21, 5). Comme la «  sagesse  » qui n’a pas de prix (Jb 28, 15-19), qu’aucun joyau n’égale (Pr 3, 13; 8, 11), elle est solidement bâtie (Pr 9, 1) et défendue par un «  rempart  » cinq fois nommé, qui la rend imprenable, percé de douze portes défendues par les douze anges des douze tribus des enfants d’Israël.

C’est dire qu’aucune intrusion n’est à craindre en ce nouveau «  paradis  », à la différence de l’ancien  ! (Ap 21, 27) Qui osera entrer  ? (Ps 24, 3-4) Au spectacle d’une splendeur si rare, de ces pierres précieuses, de cet or si pur, on se découvre soi-même souillé, sali par le voyage, boueux, on n’osera jamais entrer  ! Il faut au moins ôter ses chaussures  !

Les «  assises  » de cette Ville sainte sont les noms des douze Apôtres (21, 14) qui remplacent avantageusement leurs «  pères  » (Ps 45, 17). Ce que révèlent les “ signes ” de la fin des temps où nous sommes entrés, c’est que cette «  montagne  » est l’allégorie du Cœur Immaculé de Marie que Dieu veut voir régner sur le monde présent, dès aujourd’hui. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort l’avait pressenti  :

«  Qui est, Seigneur, Dieu de vérité, cette mystérieuse montagne dont vous nous dites tant de merveilles, sinon Marie, votre chère Épouse, dont vous avez mis les fondements sur les cimes des plus hautes mon­tagnes  : Fundamenta ejus in montibus sanctis (Ps 86, 1). Mons in vertice montium (Is 2, 2).

«  Heureux et mille fois heureux les prêtres que vous avez si bien choisis et prédestinés pour demeurer avec vous sur cette abondante et divine montagne, afin d’y devenir des rois de l’éternité par leur mépris de la terre et leur élévation en Dieu, afin d’y devenir plus blancs que la neige par leur union à Marie, votre Épouse toute belle, toute pure et tout immaculée, afin de s’y enrichir de la rosée du ciel et de la graisse de la terre, de toutes les bénédictions temporelles et éternelles dont Marie est toute remplie.  » (Prière embrasée, n° 25)

Cette «  nouvelle terre  » est sainte, elle est apostolique, et catholique  : un «  fleuve de Vie  » que saint Jean a vu jaillir du Cœur transpercé de Jésus, au soir du Vendredi saint (Jn 19, 34), arrose «  un arbre de vie  » restaurant celui du paradis perdu, dont les vertus thérapeutiques sont destinées à toutes les «  nations  » au milieu desquelles coule ce fleuve.

Définitif accomplissement de la promesse faite aux «  serviteurs de Dieu  » (22, 3) qui mettent leur espérance en la Loi de Yahweh et la «  murmurent jour et nuit  » (Ps 1, 2-3) depuis la désobéissance originelle et pour la réparer. Dès lors, plus d’anathème parce que les méchants, «  comme la bale emportée par le vent  », (Ps 1, 4) n’ont pas accès à la Ville sainte (22, 15).

Mais «  ceux qui lavent leur robe  » (Ap 22, 14) dans le fleuve jailli du trône de Dieu et de l’Agneau (22, 1) ressemblent comme des frères aux âmes qui s’approchent de Dieu, selon le “ secret ” de Notre-Dame de Fatima, et que les Anges arrosent du sang des martyrs. Le fait de Fatima est l’accomplissement de l’Apocalypse. «  L’Esprit et l’Épouse disent  : “ Viens  ! ”  » L’Épouse, réceptacle de l’Esprit, précède l’Époux et annonce son retour proche.

frère Bruno de Jésus-Marie.

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