La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 163 – Mai 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA GRÂCE DU JUBILÉ DE LA MISÉRICORDE

AU lendemain du concile Vatican II, si les fidèles du Christ se sont enfuis des églises, s’ils ont déserté les lieux saints, c’est que leurs pasteurs, frappés d’aveuglement, les ont scandalisés  : innovations liturgiques, mais surtout ridicules discours de sociologues mondains, à l’imitation du pape Paul VI, et de son «  Nous aussi, nous plus que quiconque nous avons le culte de l’homme.  » (discours du 7 décembre 1965) L’humanisme dévot, eucharistique et marial, de la grande tradition catholique si fécond était supplanté par un «  nouvel humanisme  », romantique et démocrate-chrétien, sec et tourmenté, impuissant.

L’humanisme pélagien de Jean-Paul II a amplifié la même désorientation dévastatrice, tout en jetant un voile d’illusion sur tant de «  ruines  » par le moyen des JMJ, tumultueuses et sans fruits, elles aussi.

Sous les apparences du “ liturgiquement traditionnel ”, l’humanisme subtilement luthérien et moderniste de Benoît XVI a abusé les braves gens  ; il a surtout séduit une sectaire élite de gens “ raisonnables ”  : l’Église allait être sauvée par la Fraternité X, l’Opus Y, les Légionnaires Z…, et le concile Vatican II allait tout naturellement intégrer la Tradition de l’Église, au nom de «  l’herméneutique de la continuité  »…

DU CULTE DE L’HOMME AU RÈGNE DE LA GRÂCE.

Les plus énormes scandales d’argent et de mœurs ont mis un coup d’arrêt à cette formidable subversion. Benoît XVI fut contraint de démissionner, de passer «  derrière  » (cf. Mt 16, 13), puis Dieu alla chercher au bout du monde un Pasteur selon son cœur afin de relever son Église «  à moitié en ruine  ». Depuis trois ans, notre frère Bruno ne cesse de nous faire admirer l’œuvre de la grâce en notre Pape François et comment, par lui, ce principe de vie s’insinue de nouveau dans l’Église. C’est par cette même grâce divine qui a dominé la vie et l’œuvre doctrinale de l’abbé de Nantes, que notre frère Prieur seconde et approfondit le vrai et le beau en François. D’un même mouvement de fidélité à la vérité, il réfute aussi les désorientations conciliaires qui handicapent la pensée théologique et entravent le zèle apostolique du Saint-Père. Son commentaire d’Amoris Lætitia est encore un bel exemple de l’humble, car filial, service qu’il rend au pape François, pour l’Église. Lisons, comprenons, et corrigeons-nous, au besoin…

Oui, toutes les âmes de bonne volonté ont compris le clair et radical message de notre cher pape François. Ce n’est plus «  l’ouverture au monde  » qui est l’Action catholique par excellence, mais «  l’ouverture à la grâce  », à l’amour de Dieu répandu et communiqué sans plus de «  douane pastorale  » par «  l’Église catholique et hiérarchique  », en son enseignement véridique, en ses puissants sacrements de régénération des cœurs, et en sa miséricordieuse conduite des âmes. C’est ce trésor qu’il faut sans plus tarder porter aux pauvres des «  périphéries existentielles  ».

Comment ne pas nous réjouir, puisque nous avons LE Bon Pasteur dont l’Église avait, hic et nunc, le plus urgent besoin. Et voici maintenant qu’après trois ans de vie publique, les brebis du troupeau dispersé entendent sa voix, écoutent ses conseils et reviennent à l’Église y retrouver leur Seigneur, sa Divine Mère, et tant de saints qui ne demandent qu’à les aider… Les bons pasteurs sortent de leur isolement, de leur découragement surtout, et par leur ministère «  la force régénératrice de la grâce  » vivifie de nouveau le corps de l’Église. Nos frères et leurs amis en ont fait la très heureuse expérience lors de leurs pèlerinages jubilaires, à Poitiers le 3 avril, à Argenteuil le 9 avril, ainsi qu’au Puy les 23 et 24 avril.

JUBILÉ DE LA MISÉRICORDE À POITIERS

Église Sainte-Radegonde, dimanche 3 avril, 9 h. Les frères et les sœurs sont arrivés, bien vite rejoints par les amis, heureux de se retrouver. Un jeune prêtre se présente. C’est le Père de Mascarel, le curé de la cathédrale. Notre frère Thomas était entré en relation avec lui pour préparer cette journée de pèlerinage CRC, et c’est lui qui a donné toutes les permissions, veillant à ce qu’aucune «  douane pastorale  » n’entrave notre cheminement. Il nous avoua en toute simplicité  : «  Votre idée de faire un chemin de la miséricorde d’une église à une autre, avec une petite prédication, on a trouvé cela génial… C’est votre projet qui nous a donné l’idée de faire quelque chose de semblable.  » Et de fait, un fascicule d’une cinquantaine de pages, d’une belle intelligence et pédagogie de la foi, est désormais à la disposition des fidèles, pour les conduire d’église en église jusqu’à la Porte sainte, afin de leur faire gagner l’indulgence du jubilé de la miséricorde. Le Père de Mascarel nous quitte en nous souhaitant «  bon pèlerinage  », et nous entrons dans l’église sainte Radegonde.

Là, frère Thomas nous a vraiment fait aimer cette sainte Reine de France (520-587), épouse d’un roi particulièrement rude, Clotaire, puis mère abbesse. Impossible pour Vatican II de la revendiquer  :

«  Passant un jour à proximité d’un temple païen où s’assemblaient des Francs, elle ordonne d’y mettre le feu. Les idolâtres, armés de gourdins et d’épées, tentent de s’opposer à cette destruction. Ce fut un beau tumulte, mais la Reine, ferme sur son cheval qu’elle ne laissait pas bouger d’un pas, assista jusqu’au bout à l’autodafé. Sa Majesté ne se contenta pas de détruire, elle édifia, sanctifia, et ne repartit pas avant d’avoir pacifié la région.  » C’est elle qui fit venir une relique de la vraie Croix à Poitiers, et c’est à cette occasion que Venance Fortunat composa le Vexilla Regis.

Nous descendîmes dans la crypte en procession pour vénérer le tombeau de la sainte tout en chantant ses litanies, puis nous nous rendîmes au baptistère Saint-Jean, le plus vieil édifice de la Chrétienté d’Occident. Là, un membre du conseil pastoral, monsieur M., nous fit une présentation fort savante des fresques et surtout du baptistère. L’homme de foi s’exprimait sans complexe, nous étions en famille.

Ensuite, frère Jean-Duns nous fit aimer saint Hilaire, en insistant surtout sur le caractère radical de sa foi baptismale, principe et fondement de sa sainteté. C’est par fidélité aux promesses de son baptême qu’il va lutter contre l’hérésie d’Arius, sans acception de personne, qu’il s’agisse de l’empereur arien Constance qui le persécuta tant et plus, ou du pape Libère qui se montra tellement faible. Si saint Hilaire ne voulut rien savoir des accommodements raisonnables et mondains du Pape, son intelligence de la foi lui fit trouver le juste milieu d’une sagesse supérieure, qui mit fin à une confusion qui égarait les élus eux-mêmes. Vérité-charité vont toujours de pair… C. Q. F. D., petites allusions à notre aujourd’hui conciliaire, référence obligée à notre bienheureux Père, et encouragement à lire sa magnifique étude sur l’arianisme (CRC n° 89, février 1975, p. 4-14). En chemin vers la cathédrale, notre frère, un peu inquiet, demanda à monsieur M. s’il n’avait pas été scandalisé par la fermeté de ses propos  : «  Pas du tout  ! il faut dire la vérité…  »

Sur le parvis de la cathédrale, frère Thomas prépara nos amis, – ils étaient désormais une bonne centaine, à passer la Porte de la miséricorde  : description et commentaire du portail de saint Thomas. Après la messe, nous nous dirigeons vers l’église Notre-Dame-la-Grande pour chanter le Regina Cæli. Là, frère Thomas nous raconta le miracle des clefs, qui se déroula dans la nuit de Pâques de l’an 1202. Un traître avait promis aux Anglais de leur livrer les clefs de la ville de Poitiers  ; ils attendaient de nuit au pied des remparts, mais en vain, car le traître ne trouva pas les clefs. L’alerte fut donnée  ; grand tumulte dans le camp anglais  ; surprise des Français en voyant du haut des remparts, les Anglais se tailler mutuellement en pièces… Que s’était-il passé  ?

Les clefs de la ville furent retrouvées dans les mains de la statue de la Sainte Vierge de l’Église de Notre-Dame-la-Grande, miraculeusement sorties du tiroir où le traître les aurait trouvées. Les prisonniers anglais, quant à eux, avouèrent avoir été attaqués par des hommes en blanc, tandis qu’une grande dame, elle-même vêtue de blanc protégeait les remparts… Moralité  : pour défendre l’Église de ses ennemis intérieurs et extérieurs, tous deux complices, il faut et il suffit de remettre les clefs de la cité sainte à la Sainte Vierge et la laisser batailler et vaincre, elle et ses anges…

Il fallait désormais descendre jusqu’à l’église et le parc attenant de Montierneuf pour prendre le pique-nique. Après le repas, frère Thomas nous régala d’une série de fiorettis sur saint Louis-Marie et la bienheureuse Marie-Louise, puis nous nous dirigeâmes vers l’hôpital général, lieu où ils se sont tant sacrifiés… Un portail électronique, sans cœur, barrait l’accès à ce qui est désormais un vulgaire ensemble d’appartements. Heureusement, la Bonne Providence des saints Cœurs de Jésus et Marie vint à notre secours sous les traits d’un petit noir qui jouait au foot avec ses copains. Il vint nous ouvrir, sans même qu’on lui demande  : «  Tiens voilà des prêtres  », dit-il simplement… Nous rentrâmes donc, vîmes le gros arbre dit “ de la sagesse ”… Et c’est donc sur site que frère Thomas continua son récit passionnant… Nous étions à l’endroit même où une nuit le démon avait fait violence à saint Louis-Marie, ainsi qu’à l’endroit même de la chapelle où il avait tant et si bien prié…

À 15 heures, l’église de Montierneuf était ouverte par une gentille dame de pastorale, et là, il me fut facile de récapituler les acquis de ce pèlerinage, si bien préparé par nos frères. Récit de tant de grâces à la manière de saint Marc, visuel et un peu superficiel, puis à la manière de saint Jean, c’est-à-dire de notre frère Bruno dans le premier article du numéro d’avril  : la vision de Tuy, lumière et clef d’interprétation de ce que nous venions de vivre, en Église, c’est-à-dire tant et tant de grâces, quand on y pense  !

Et ce n’était pas fini, car nous devions nous rendre encore à Montbernage, au sanctuaire Marie-Reine-des-cœurs, situé face à la grande Croix peinte en rouge par saint Louis-Marie, et qui demeure encore. Nous chantons un cantique à la Croix puis nous nous rendons dans le sanctuaire de Marie-Reine-des-cœurs. Pendant la récitation du chapelet, frère Thomas fit visiter la grotte qui servit tout à la fois de dortoir, de salle de classe, de cuisine, etc., aux héroïques premières sœurs de la Sagesse… Grâce à un joyeux salut du Saint-Sacrement célébré par un prêtre du diocèse assisté de frère Jean-Duns, nous reçûmes la bénédiction de Jésus-Hostie, puis nous sortîmes en procession au chant de “ Phalange de l’Immaculée ”. Cette belle journée s’acheva au chevet de l’église de Montierneuf, par un goûter qui n’en finissait pas… Il ne nous restait plus qu’à remercier chaleureusement le Père de Mascarel, puis d’être heureusement surpris en recevant quelques jours plus tard une ultime grâce, par cette réponse  :

«  Cher Frère,

«  Merci beaucoup pour votre mail. Je me réjouis que cette journée se soit bien passée pour votre groupe. Oui, vous êtes le premier groupe à avoir fait ce chemin de la miséricorde dans les différentes et belles églises de Poitiers. Je vous félicite vivement de votre initiative, en espérant que cette démarche produira de beaux fruits pour chacun, et que de nombreux autres groupes marcheront sur vos traces.

«  Je ne manquerai pas de transmettre à notre archevêque votre prière. Soyez certain de sa bénédiction pour vous, votre communauté et tous les pèlerins qui ont participé à cette journée. Avec toute mon amitié et ma prière fraternelle,

«  P. Benoît de Mascarel.  »

VOIR LA SAINTE TUNIQUE DE JÉSUS

Toujours à l’affût de ce qui se fait de bien et peut profiter aux jeunes de la Permanence de Paris, frère François avait jeté son dévolu sur Argenteuil et l’exposition solennelle de la Sainte Tunique de Jésus. Il partit en éclaireur et fit ensuite un récit si enthousiaste de ce qu’il avait vu, que notre frère Bruno profita d’un séjour à Paris pour y faire pèlerinage avec quelques frères. Il en revint lui-même ravi au point de vouloir y retourner, mais cette fois avec toutes les communautés. Notre frère Alexis, ayant couvert l’événement, nous empruntons sa chronique, afin de vous faire participer à ce beau pèlerinage, au plus près des frères et des sœurs.

Le samedi 9 avril, nous arrivons à Argenteuil vers 9 h 30, et prenons place dans la file d’attente qui forme déjà plusieurs zigzags le long de la basilique. Nous étions en famille au milieu de cette foule de tous âges, de toutes conditions et de toutes races. Enthousiasme de tous si bien exprimé par frère Bruno  : «  Toute cette foule, c’est l’Église  !  » Lorsqu’il entonna le chapelet, le curé et instigateur de cette ostension, Guy-Emmanuel Cariot, s’en montra ravi. Il passait le long des files de pèlerins arborant un visage rayonnant de Bon Pasteur, encourageant ainsi son “ petit troupeau ” à la patience…

La plupart avaient en main le livret du pèlerinage  ; notre frère Bruno le trouva bien fait, et apprécia surtout les méditations tirées des textes de l’Évangile, «  un beau travail d’exégètes professionnels  ». Science, piété, pédagogie de la foi, tout avait été conçu pour favoriser l’œuvre de la grâce dans les cœurs… Plus de douze mille âmes sur deux cent mille pèlerins se réconcilièrent avec le Bon Dieu et l’Église grâce au ministère de vingt dévoués confesseurs  ; remarquable organisation  : ordre, silence, piété.

À 10 h 30, nous pénétrons dans la basilique par la Porte sainte. Rien à voir avec la funèbre atmosphère qui entourait notre Saint Suaire dans le Duomo de Turin. Ici, c’est une belle et lumineuse basilique  ; de la voûte de l’abside descend un gigantesque baldaquin de drap pourpre, sous lequel se dresse le monumental reliquaire. C’est saisissant, digne, glorieux.

Après une longue attente, nous arrivons devant la Sainte Relique. Un chevalier du Saint-Sépulcre s’apercevant de la grande fatigue de nos frères anciens leur proposa de s’asseoir sur une petite estrade, située entre l’autel Paul VI et le reliquaire. Au rythme de la procession, les frères le rejoignirent et s’agenouillèrent autour de l’estrade bientôt rejoints par le groupe de nos sœurs, tandis que continuait le défilé des pèlerins. Quelle grâce de nous retrouver ainsi toute la communauté agenouillée au pied de la Sainte Tunique, tandis que les chevaliers du Saint-­Sépulcre, pieux appariteurs, si courtois, continuaient leurs patientes et éternelles supplications aux pèlerins qui défilaient devant nous  : «  Je vous en prie, ne bouchez pas le passage  !… C’est assez, il faut avancer… S’il vous plaît, ne restez pas à genoux  !  » Quant à nous, nous pouvions prier tout à notre aise, car les appariteurs disaient  : «  Que voulez-vous, ce sont des religieux  : on ne peut tout de même pas les empêcher de prier  !  »

Frère Bruno finit par s’avancer, suivi des frères, car il était 11 heures, et il fallait trouver une place assise dans la basilique bondée, pour la messe de midi. Elle fut célébrée par Mgr Jacques-Benoît Gonnin, évêque de Beauvais, seul évêque, avec Mgr Santier, à avoir organisé un pèlerinage diocésain. Il prêcha simplement, à la manière du pape François  : «  Aujourd’hui la Sainte Tunique nous montre jusqu’où le Seigneur est allé pour nous rejoindre. Son corps dénudé est celui d’Adam et Ève avant leur chute  ; son corps restauré après la résurrection est celui en lequel nous pouvons retrouver la communion avec Lui et aimer de multiples manières.  » C’était bien construit, complet et bien fait pour instruire tous ces gens, nous dira ensuite frère Bruno.

Un silence impressionnant régna dans cette basilique archicomble pendant la distribution de la communion. Nous étions entassés pêle-mêle, qui debout, qui à genoux, mais tous priaient silencieusement d’un même cœur. À la fin de la messe, petit mot du vicaire demandant aux fidèles de sortir au plus vite pour laisser entrer ceux qui font la queue. Nous voici donc dehors à 13 h 30; frère François s’en alla retrouver les amis de la Permanence à l’extrémité d’une queue immense, tandis que les communautés repartaient en car. Notre joie était celle des enfants de l’Église, heureux, mille fois heureux de voir que les bons pasteurs sont de retour, et les brebis aussi, qui écoutent leur voix…

LA PHALANGE DE L’IMMACULÉE AU PUY

En ce samedi 23 avril, fête de saint Georges, les communautés arrivées la veille au soir, partirent tôt matin pour Pradelles, sous une pluie glaciale. La chaleur nous vint du dedans, grâce à frère Bruno qui, Mémoires et Récits en main, nous fit revivre la “ Retraite à Pradelles ”. Même départ en car, moins «  poussif  » tout de même que celui de jadis, conté par notre Père  ; mais pour le reste, le paysage, les noms des lieux, les côtes, tout est d’une parfaite exactitude. Si la toile de fond n’a guère changé, et si l’enthousiasme de frère Bruno nous fit revivre la grâce de cette retraite sur saint Paul, le contraste avec la triste réalité de notre aujourd’hui est cruel.

C’est dans la chapelle de Notre-Dame de Pradelles que l’âme de ce village médiéval, l’un des plus beaux de France, repose en l’attente d’une prochaine résurrection. Ce qui lui donnait vie, c’est Jésus et Marie en personne. Le Saint-Sacrifice de la messe était célébré sur un magnifique maître-autel, sous le regard de la statue miraculeuse de Notre-Dame de Toutes Grâces.

À gauche de l’autel un tableau de Contre-Réforme catholique représente comment, le 10 mars 1588, ­Pradelles fut préservé d’une invasion protestante. Délivrance miraculeuse, puisqu’une vieille femme, Jeanne La Verdette, réussit non seulement à s’emparer de la grosse marche d’un escalier extérieur, mais elle la lança sur le capitaine huguenot et réussit à lui écraser la tête. Celui-ci fut emporté par ses hommes, et les protestants battirent en retraite.

À droite de l’autel, un tableau de contre-révolution catholique. Le 27 juin 1793, alors que la Terreur guillotine et brûle, un courageux habitant n’hésite pas à sauver la statue miraculeuse de Notre-Dame de Toutes Grâces, à la barbe des révolutionnaires, qui l’avait jetée dans un brasier.

Passée la tourmente, ce village de Chrétienté frappé du sceau de la Contre-Réforme et de la Contre-Révolution catholiques prospérait sous l’égide de Notre-Dame de Toutes Grâces, et par le dévouement de nombreux ordres religieux. Depuis cinquante ans, il dépérit et meurt sous les coups conjugués et répétés de l’administration républicaine et du concile Vatican II. Mais Notre-Dame de Toutes Grâces veille sur ses enfants  ; elle en trouve encore parmi les laïcs, tels les deux guides qui nous firent visiter et aimer Pradelles… Même si une association défend, préserve et entretient le patrimoine religieux du village, nos guides se rendaient bien compte, que sans le soutien de l’Église, le village ne revivrait pas  ; on les sentait en attente…

NOTRE-DAME DU PUY ET LA SAINTE ÉPINE.

Retour au Puy afin de commencer les exercices du jubilé, de beaucoup prier pour le Saint-Père par conséquent, puisque même la résurrection de nos villages dépend de lui. Le temps d’un repas chaud fort apprécié, et nous voici dans la cathédrale, au pied de la Vierge tutélaire du Puy, rejoints par un flot continu de familles CRC.

Le Père Recteur, très accueillant, nous adressa quelques mots de bienvenue, après s’être concerté avec frère Bruno sur le déroulement de la cérémonie. Revêtu d’une chape rouge, il alla chercher le reliquaire de la Sainte Épine, donnée jadis à l’évêque du Puy par Saint Louis, acte dûment attesté par une lettre manuscrite du Roi Très-Chrétien. Avec beaucoup de piété et de sérieux, le Recteur nous engagea à prier devant une des plus authentiques reliques de la Passion de Jésus. C’est ce que nous fîmes tout au long d’un bon et long chapelet, frère Bruno détaillant et approfondissant le contexte évangélique de chaque dizaine de nos mystères joyeux. Méditation à laquelle la Sainte Vierge tient beaucoup… Merci mon frère.

SAINT-JOSEPH DE BON ESPOIR ET DE FRANCE.

Après cette touchante cérémonie et son atmosphère quelque peu enivrante de renaissance catholique, nous empruntons le chemin Charles VII, en direction du rocher d’Espaly. Une statue monumentale de saint Joseph (22 mètres de hauteur) le surplombe. Frère Michel nous racontera la merveilleuse histoire de ce sanctuaire, tellement figurative du bien qui peut se faire à partir de rien, ou presque rien.

Dans les ruines d’un vieux château et dans le creux du rocher, une sainte pauvresse  : Anne-Marie Buffet. C’était une “ béate ”, comme disait les gens du Velay pour désigner ces femmes dévotes à Dieu et secourables au prochain, qui rappelaient aimablement à tous les exigences de la vie chrétienne. La voici qui ramasse un jour par terre une image de saint Joseph. Anne-Marie la dépose dans l’anfractuosité du rocher, et commence à lui rendre un culte qui va se répandre comme une traînée de poudre. Ce beau mouvement de piété populaire, authentiquement charismatique, va être soutenu et amplifié par des hommes d’Église. Avec l’aide des jésuites, des évêques du Puy, et du pape saint Pie X, l’abbé Charles-Hector Fontanille, va transformer cet oratoire rustique en construisant au flanc du rocher une basilique, et en faisant ériger une gigantesque statue d’un saint Joseph à l’Enfant-Jésus. Les ruines du rocher d’Espaly, jadis résidence d’été des évêques du Puy deviennent un haut lieu de pèlerinage national. Saint Joseph de bon Espoir y dispense, sans compter, ses grâces spirituelles et temporelles. Traditionnellement les pèlerins déposent leurs intentions de prière dans la grotte-chapelle, sous la nappe de l’autel latéral dédié à saint Joseph, sous sa statue donnée par les jésuites et couronnée sous le règne de saint Pie X. Grosse enveloppe d’intentions CRC déposée par nos sœurs, et donc grosse bosse sur l’autel, le bon saint Joseph la verra assurément, et nul doute qu’il la résorbera…

À 15 heures, dans la basilique bien remplie par nos familles et leurs nombreux enfants, plus de cinq cents personnes  ! eut lieu le beau chemin de croix de notre bienheureux Père. Par lui et en lui, quel merveilleux cœur à cœur avec Jésus et Marie… Cette fois-ci, il fut augmenté d’invocations pathétiques, comme celle-ci  : «  Demandons pardon à Dieu pour le plus grand péché que nous avons à expier  : l’apostasie publique qui a rejeté Jésus de notre peuple, outrageant sa Royauté et le condamnant à mort, une seconde fois.  »

La messe se déroula sous la paternelle houlette de don Hervé, visiblement très à l’aise, pas du tout dérangé par les babillages et autres manifestations incontrôlables de l’âge tendre… Certains enfants avaient revêtu pour la circonstance, soutanelles rouges et surplis blancs  ; “ l’habit fait le moine ”, car ces petits “ chanoines ” officièrent fort dignement autour de don Hervé. Belle célébration familiale de renaissance catholique.

VEILLÉE DE CONTRE-RÉFORME EN ÉGLISE.

Après le repas, nous nous engageâmes de nouveau, cahin-caha, à travers les ruelles médiévales de la cité ponote, et leur pavage sui generis. Tous se retrouvèrent à l’église Saint-François-Régis, accueillis par le sourire bienveillant du vicaire général, le Père Petiot. Quand il vit arriver nos sœurs, il n’y tint plus et s’exclama  : «  Mes sœurs  ! Mais combien êtes-vous  ? L’église n’a jamais été aussi pleine  !  » Tout dans cette magnifique veillée de prière, fut CRC  ; outre l’église réalisée dans le plus pur style de Contre-Réforme, il y avait en avant du chœur, et particulièrement bien illuminée, une statue de Notre-Dame de Fatima ainsi qu’une statue et un reliquaire de saint François Régis, l’apôtre du Velay au seizième siècle.

Frère Bruno nous rappela en des termes vibrants (supra) que nous faisions ce pèlerinage sous le signe de sainte Jeanne d’Arc. Elle était entrée en lice, l’année même du pèlerinage – jubilaire lui aussi – qu’Isabelle Romée, sa mère, et tant de loyaux Français firent pour le salut de la France. Leurs prières furent exaucées, et si les nôtres sont ferventes, elles le seront pareillement pour la France comme pour l’Église et le Saint-Père.

«  Aujourd’hui la patience de Dieu est à bout, c’est vrai, mais la patience de Notre-Dame est inlassable, qui prépare un redressement nouveau, quand son heure sonnera.  »

Durant cette magnifique prédication, le vicaire général et un autre prêtre faisaient eux aussi office de “ Contre-Réforme ”, en confessant tant et plus nos amis. Pour finir en beauté, et à la demande de notre frère Bruno, le père Petiot nous bénit tous en nous souhaitant un bon pèlerinage jubilaire, dans la paix. Il ne nous restait plus qu’à sortir en procession au chant de “ Ô Immaculée ”, le cantique s’acheva dans la nuit, mais sa musique intérieure poursuivit sa course dans les cœurs…

PARCOURS JUBILAIRE EN TROIS ÉTAPES

Le lendemain matin, une pluie fine nous oignit tous, juste ce qu’il fallait pour nous rappeler que nous étions des pèlerins suppliants et non des touristes. Merci mon Dieu pour ce rappel du sérieux de la vie. À 8 h 15 nos amis étaient au pied du grand escalier de la cathédrale, recevant le badge officiel du jubilé  ; un prêtre en aube et étole accompagnait notre démarche jubilaire. Il demeura au côté de notre frère Prieur tandis que celui-ci, du haut de quelques marches nous adressait une chaleureuse et orthodromique exhortation  :

«  Une longue lignée de saints a passé par les degrés de ce sanctuaire pour demander à la Vierge Marie ses divines grâces  : de saint Vosy, Scutaire ou saint Georges, tous trois évêques du Puy, au bienheureux pape Urbain II, de Saint Louis et d’Isabelle Romée à saint François Régis, de sainte Agnès de Langeac, et d’Anne-Marie Martel sainte béate, fondatrice du sanctuaire d’Espaly, à saint Bénilde et à notre bienheureux Père fondateur, Georges de Nantes, pour ne citer qu’une partie de ceux dont la vie fut attachée au sanctuaire. Chacun suivant son charisme, a contribué à accroître le caractère de cette cité mariale.

«  Par leur intercession, supplions la Très Sainte Vierge de faire le miracle nécessaire au salut de l’Église et du Saint-Père, celui de la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Implorons aussi la grâce de la conversion pour nos patries, pour nos âmes et celle de notre prochain, et pour tous les pauvres pécheurs pour qui le Cœur Immaculé de Marie a demandé de prier, surtout ceux qui ont le plus besoin de sa miséricorde.  »

C’est fort de ces paroles et de celles de notre bienheureux Père dans sa Page mystique n° 8  : “ Mon cœur espère l’aurore de votre pardon ”, que nous nous rendîmes au baptistère Saint-Jean, afin d’y renouveler les promesses de notre baptême, deuxième étape de notre parcours. Notre bienheureux Père était parmi nous par Page mystique interposée, si bien lue par frère Bruno, et si attentivement écoutée par le prêtre. Visiblement impressionné, il nous donna sa bénédiction, puis départ pour la cathédrale afin de passer par la Porte de la miséricorde. En chemin nous reçûmes la blanche écharpe du jubilé, mais la jubilation maximum, fut de chanter “ Phalange de l’Immaculée ”, avec un enthousiasme amplifié par l’angélique acoustique des rues ponotes….

Devant Notre-Dame du Puy, si royale en ses atours, frère Bruno nous adressa encore de riches paroles bien faites pour nous faire comprendre la grâce de cette troisième et dernière station de notre jubilé  : «  Il nous faut renaître de ce sein virginal, renouveler sans cesse notre vie surnaturelle dans ce Cœur Immaculé qui, dès l’annonce de l’Ange, a dit “ oui  ” à tout ce que voulait son Seigneur et Maître. Au Fiat de l’Annonciation répond le Consummatum est du Calvaire. Entre ces deux mystères, dont la conjonction forme le jubilé du Puy, tient toute l’ordonnance de notre salut.  »

MESSE PAROISSIALE À L’ÉGLISE SAINT-LAURENT.

Ce fut un véritable avant-goût de la Renaissance catholique, tellement réconfortant pour nos cinq cents amis, comme pour les paroissiens. Imaginez, notre frère Bruno en coule dans le chœur, à ses côtés notre cher aumônier et frère Matthieu. Don Hervé était au côté de don Thomas, le célébrant  ; ainsi qu’un jeune et sympathique séminariste. Don Thomas accueillit officiellement la communauté des Petits frères et Petites sœurs du Sacré-Cœur de Jésus, et son tiers ordre  ; paroles bienveillantes et flatteuses sur notre nombre, notre jeunesse, signe non équivoque de notre appartenance à l’Église, et de la présence du Saint-Esprit  : Merci mon Père… La messe commença dans une dignité liturgique bienfaisante qui, pour une fois, tenait plus de l’onction spirituelle que du geste mécanique.

Le kyriale du temps pascal manifesta la grande communion de tous avec le cher Seigneur dont nous implorions la pitié et chantions la gloire. Clergé, maître de chant et fidèles, tous furent heureux de la cérémonie.

Don Thomas prêcha avec une sainte véhémence, très anticonciliaire par conséquent  : Jésus était la porte, la seule, qui ouvre sur le Ciel et la vie éternelle  ; et donc ajoutait-il vigoureusement, il faut fermer les autres, «  celles qui se présentent à vous pour vous désorienter, etc.  »

Nous avons communié par le si beau chant de sainte Thérèse “ Vivre d’amour ” et sommes sortis en chantant “ Rappelle-toi, Jeanne  ! ” tous deux battus par frère Thomas et accompagnés par frère Henry à l’orgue. Se reproduisit alors le miracle des trompettes de Jéricho, un mur d’incompréhension s’effondra, on se donna la paix du Christ de bon cœur, on échangea des partitions entre spécialistes, bref ce fut la joie, plus que parfaite, avec le traditionnel parloir à la fin de la messe sur le parvis de l’église.

Notre pèlerinage jubilaire touchait à sa fin, nous remontâmes prendre notre repas au séminaire. «  Nous étions comme en rêve…  » (Ps 126, 1). Cette communion catholique que nous avons éprouvée tout au long des pèlerinages de ce mois d’avril, c’est «  ­l’effet François  », dira frère Bruno; mais il ajoutait, en substance, que si tout ce bien entrevu, éprouvé, ne débouchait pas sur une Contre-Réforme mariale et “ fatimiste ”, cela resterait sans lendemain…

Ce pèlerinage s’est déroulé si vite et si bien, sans souci ni retard, que pour un peu on aurait cru que les anges présidaient à la logistique. Ils devaient être de la partie, saint Michel du moins, agissant en notre frère Michel et son équipe de bons frères fontanelles. «  Il était toujours là au bon moment, quand j’avais besoin de lui  », dira frère Bruno, ce qui peut se traduire aussi  : «  Merci beaucoup, et à la prochaine fois.  »

Les frères et les sœurs de la maison Saint-Joseph durent partir, ceux de Fons, de Frébourg et de Magé restèrent ainsi que quelques amis. Ascension de Saint-Michel d’Aiguilhe, et passionnante instruction de frère Michel  : histoire et description de cette chapelle qui, à l’instar des œuvres placées sous le patronage du saint Archange, est rien moins que raisonnable, mais elle est toute belle et solide de cette folie évangélique de la foi qui se transmet de génération en génération et nous redit aujourd’hui encore  : Qui est comme Dieu, qui est comme l’Immaculée triomphante  ?  !

frère Philippe de la Face de Dieu.