La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 163 – Mai 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


« PÉNITENCE, PÉNITENCE, PÉNITENCE ! »

Confession du pape François«  Nous vîmes à gauche de Notre-Dame, un peu plus haut, un Ange avec une épée de feu à la main gauche  ; elle scintillait, émettait des flammes qui paraissaient devoir incendier le monde, mais elles s’éteignaient au contact de l’éclat que, de sa main droite, Notre-Dame faisait jaillir vers lui  ; l’Ange, désignant la terre de sa main droite, dit d’une voix forte  : “ Pénitence, Pénitence, Pénitence  ! ” Et nous vîmes, dans une lumière immense qui est Dieu, “ quelque chose de semblable à l’image que renvoie un miroir quand une personne passe devant ”  : un Évêque vêtu de Blanc. “ Nous eûmes le pressentiment que c’était le Saint-Père. ”  » (troisième secret de Notre-Dame de Fatima, du 13 juillet 1917)

SOUS LE SIGNE DE JEANNE D’ARC
PÈLERINAGE JUBILAIRE À NOTRE-DAME DU PUY

«  Chaque fois que le 25 mars, fête de l’Annonciation et de l’Incarnation du Verbe dans le sein béni de la Vierge Marie, coïncide avec le Vendredi saint, a lieu le grand Jubilé du Puy, l’un des plus anciens de la Chrétienté, après ceux de Jérusalem et de Rome. Cette conjonction qui émeut les fidèles arrive rarement  : deux ou trois fois par siècle seulement.  » (sœur Hélène, Sainte Jeanne d’Arc, vierge et martyre, p. 76)

Or, il y avait grande pitié au royaume de France, le Jeudi saint 24 mars 1429, lorsque Jeanne quittait Poitiers pour retourner à Chinon, parce que, malgré le jugement de Poitiers, le Roi semblait retomber dans ses hésitations.

Alors, Jeanne pria… et fut merveilleusement exaucée par le miracle du Signe donné au Roi  :

«  Le Signe ce fut qu’un ange certifia à mon Roi, en lui apportant la couronne, qu’il aurait tout le royaume de France, moyennant secours de Dieu et moyennant mon labeur  ; qu’il eût à me mettre en œuvre, c’est à savoir à me bailler des hommes d’armes, qu’autrement il ne serait de sitôt couronné et sacré…. Ce Signe est beau, honoré et bien croyable, le meilleur et le plus riche qui soit au monde.

 Votre Signe dure-t-il encore  ?

 Il est bon de le savoir  ; il durera mille ans et plus. Mon Signe est au trésor du Roi.

 Est-ce or, argent, pierre précieuse ou couronne  ?

 Je ne vous en dirai autre chose.  » (ibid., p. 68)

Ce n’est pas la première fois que le pèlerinage du Puy coïncide avec quelque événement marquant de l’histoire de sainte, de douce France. En 1421, les chroniques rapportent qu’on «  porta solennellement le très dévot et très saint image Notre-Dame pour la paix et union de la Saincte Église, à cette fin qu’il plût à Dieu et à la Vierge Marie donner victoire au Roy de France et à Monseigneur le Dauphin sur leurs ennemis  ». La statue fut portée en procession jusqu’à la porte Saint-Robert, afin qu’elle «  regarde vers la France… et quasi tout le populaire pleurait à chaudes larmes devant ce dévot image, demandant affectueusement à la Vierge Marie qu’elle impétrât paix et concorde au royaume de France.

«  Or, voici qu’en 1429 se produisit la conjonction du 25 mars et du Vendredi saint. L’heure de la résurrection de la France avait sonné. La Très Sainte Vierge ne pouvait rester indifférente à de si ferventes prières.  »

Aujourd’hui, c’est la sainte Tunique du Christ, tissée de ses mains, conservée à Argenteuil, qui reçoit les hommages de tout un peuple éploré et suppliant. Alors, en cette année 2016, triplement jubilaire, par la grâce de cette relique insigne et de la miséricorde du pape François, à plus forte raison  !

«  Tandis que Jeanne s’était mise en marche vers le Dauphin en février 1429, sa mère, Isabelle Romée, accompagnée de ses deux fils Jean et Pierre, partait elle aussi de Domrémy, avec un groupe de Français fidèles au Roi, pour gagner le grand jubilé, au prix de mille fatigues, et confier sa fille à Notre-Dame. Ils retrouvèrent au Puy Bertrand de Poulengy et Jean de Metz, qui leur racontèrent tout ce qui s’était passé à la cour de Chinon. Ils y firent aussi la connaissance de l’augustin Jean Pasquerel, profondément ému d’apprendre l’histoire de la Pucelle. Les deux frères de Jeanne avaient pris le parti de rejoindre leur sœur. Le bon religieux, sans doute à la demande d’Isabelle Romée, décida de se joindre à eux.

«  “ Ils me dirent qu’il fallait que je vienne avec eux auprès de Jeanne, et qu’ils ne me laisseraient pas aller qu’ils ne m’eussent conduit à Jeanne. Et je vins avec eux jusqu’à la ville de Chinon, et de là jusqu’à la ville de Tours, dans le couvent de laquelle j’étais lecteur ”, témoignera-t-il en 1456.

«  Notre sainte eut donc la douce joie de revoir ses frères. Ils devinrent ses frères d’armes, tandis que ses premiers compagnons de route reprirent auprès d’elle leur service fidèle et dévoué. Ils lui annoncèrent la visite de l’augustin Pasquerel  : “ Il est très bon, quand vous le connaîtrez, vous l’aimerez beaucoup. ”

«  Elle accueillit ce religieux comme l’envoyé de la Sainte Vierge. “ Le lendemain, je l’entendis en confession et je chantai la messe devant elle, et depuis cette heure je l’ai toujours suivie et suis demeuré avec elle jusqu’à la ville de Compiègne, où elle fut prise. ” Précieux témoin oculaire  !  » (ibid., p. 76-77)

Aujourd’hui, sous la menace terroriste, plus que jamais il y a grande pitié au Royaume de Jésus qu’est la France de Jeanne d’Arc, de Thérèse et de ­Monsieur saint Michel, depuis la prétendue “ libération ” de 1944, qui a renié par une révolution pire que la “ cabochienne ” de 1413, le Sauveur de la Patrie et institué à Paris le règne de l’étranger.

Les “ Mémoires et Récits ” de notre Père racontent comment au sein de l’invasion étrangère l’avènement d’un chef humain et chrétien, Philippe Pétain, maréchal de France, sauva notre Patrie de l’anéantissement. Il vint au Puy, le 2 mars 1941, déposer ses hommages aux pieds de Notre-Dame, Reine de France.

Georges de Nantes, alors pensionnaire chez les Frères des Écoles chrétiennes, aidait le service d’ordre à contenir la foule  : «  Je l’ai vu, là, à 2 mètres de moi, au Puy en 1941, le Sauveur de la France  ! Ma promo se nomma Promo du maréchal Pétain. C’est moi qui le lui demandais par une lettre à laquelle il répondit.  »

Aujourd’hui, notre Phalange demeure fidèle à ce patronage comme lui-même, le chef de l’État, se montra fidèle à celui de Notre-Dame du Puy dont il mit la statue à l’honneur dans son bureau à Vichy, déclarant qu’ «  elle y était bien à sa place.  »

L’année suivante, le 15 août 1942, c’est toute la jeunesse de France qui se rassemblait au Puy et le Maréchal lui adressait ce message, de Vichy  : «  Aux jours de deuil et aux jours d’espérance, la France entière et ses rois sont venus au Puy pour manifester leur confiance, leur espérance et leur foi.  » Après les avoir exhortés à servir et à unir leurs bonnes volontés en vue du bien commun, il concluait  : «  C’est le sens profond du pèlerinage en ces hauts lieux où, tant de fois, l’âme de la France s’est retrempée. En renouant une de nos plus anciennes traditions, vous montrez que cette âme est demeurée vivante en vous. Elle est pour notre pays le gage de sa résurrection.  »

Le 2 mai 1943, l’évêque du Puy, Mgr Martin, consacrait son diocèse au Cœur Immaculé de Marie, déclarant à cette occasion  : «  C’est de toute notre histoire de France qu’il faut dire que la miséricordieuse tendresse de Notre-Dame nous enveloppe, et nous avons le droit d’espérer que toutes nos fautes et nos erreurs n’ont pas lassé encore la patience miséricordieuse du Cœur Immaculé de la Patronne céleste de la Patrie dont l’Amour est sans repentance et que, dans l’ombre, notre Mère prépare encore, malgré nos fautes et avec elles, un redressement nouveau… Car on sent que c’est l’heure de la Sainte Vierge qui sonne dans la grande détresse des hommes et dans la grande pitié de notre pauvre Regnum Galliæ.  »

Il ne pouvait mieux dire. La France, ingrate, assistant à la mort lente du plus vieux prisonnier de France, et l’Église le reniant, la Passion de la Pucelle renouvelait ses fruits de rédemption en la personne du vieux Maréchal condamné à mort le 15 août 1945.

Et la Phalange de l’Immaculée, œuvre du témoin de la grande détresse de la France et de l’Église, prépare à son tour l’heure de la Sainte Vierge qui ne saurait tarder. Sous l’égide de saint Joseph et de saint Michel.

SAINT-JOSEPH DU BON ESPOIR

Saint Matthieu annonce au début de son Évangile qu’il va raconter «  la genèse de Jésus-Christ  »  :

«  Marie, sa mère, était fiancée à Joseph  ; or, avant qu’ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit-Saint. Joseph, son mari, qui était un homme juste et ne voulait pas la bafouer, résolut de la répudier en cachette.  » (Mt 1, 18-19)

La jeune fille fiancée à un homme lui appartenait  ; elle était tenue à la même fidélité que la femme mariée. Tout manquement entraînait la lapidation, comme l’adultère (cf. Jn 8, 3-5).

Joseph ne veut pas manquer à la Loi et cependant ne peut l’appliquer à Marie, l’Immaculée sans péché  ! Il va donc se séparer de Marie, par obéissance à la loi de Dieu, mais secrètement. Comment faire pour que cela ne se sache pas  ? Mais quel chagrin de devoir se séparer de Marie  ! Saint Joseph, tel Abraham à qui Dieu avait demandé de sacrifier son fils Isaac, de l’immoler de sa main, obéit  !

Mais «  l’Ange de Yahweh l’appela du ciel et dit  : “ Ne porte pas la main sur le garçon et ne lui fais rien, car maintenant je sais que tu crains Dieu et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. ”  » (Gn 22, 12)

Le sacrifice demandé à Abraham n’était pas seulement une épreuve  : c’était une figure prophétique, une annonce de ce que Dieu le Père fera lui-même quelques milliers d’années plus tard, en “ livrant ” son Fils, son Unique, Jésus, pour être mis à mort sur le bois de la Croix, sur la montagne du Calvaire.

Ici, de même. Saint Joseph est «  fils de David  », saint Matthieu vient de l’établir dans la généalogie qui ouvre son Évangile. Elle part d’Abraham et aboutit à «  Jacob qui engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle naquit Jésus  » (Mt 1, 1-16).

Comme à Joseph de l’Ancien Testament, le fils de Jacob, l’Ange du Seigneur apparaît en songe pour l’avertir du dessein de Dieu  :

«  Alors qu’il avait formé ce dessein, voici que l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit  : “ Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme  : car ce qui a été engendré en Elle vient de l’Esprit-Saint. Elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus  : car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. ”  »

«  Jésus  », en hébreu Yehoshû a veut dire «  Yahweh sauve  ».

Donc, le Saint-Esprit est en Elle pour la féconder.

«  Or, tout cela advint pour que s’accomplît cet oracle prophétique du Seigneur  : “ Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel ”, ce qui veut dire  : “ Dieu avec nous ”.  »

Saint Matthieu nous explique que Jésus est né en accomplissement de la prophétie d’Isaïe (7, 14)  :

«  Voici que la jeune fille conçoit et enfante un fils, et elle lui donnera le nom d’Emmanuel.  »

Le mot «  jeune fille  » ‘ almâh en hébreu, a été traduit par le mot parthenos en grec, par les Septante. Mais Isaïe insinue qu’elle est vierge puisque c’est elle qui donnera son nom à son enfant. C’est tellement extraordinaire que certaines versions ont corrigé en  : «  ON lui donnera le nom d’Emmanuel.  » Ou bien  : «  TU lui donneras le nom d’Emmanuel  », puisque l’oracle s’adresse à Ézéchias. On cherche l’homme  !

S’il s’agissait d’une femme dont Ézéchias aurait un enfant qui serait le Messie, on comprendrait que le prophète lui dise  : «  Voici qu’une jeune fille va concevoir et enfanter un fils, et TU lui donneras…  » Pour indiquer que ce serait son fils à lui, Ézéchias.

Si la prophétie est plus lointaine et annonce un Messie qui naîtra d’une jeune femme  : «  On lui donnera…  » Qui, “ On ”  ? L’opinion, ou bien d’autres prophètes qui viendront à ce moment-là  ?

Mais il faut préférer la version la plus “ difficile ”, en bonne exégèse  : «  Une vierge concevra et elle enfantera un fils et elle lui donnera…  » Ça veut dire qu’il n’y a pas de père. C’est clair. Saint Matthieu cite ce texte pour établir que la Vierge Marie était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph, mais que ce n’était pas lui le père. Selon la prophétie, cette Vierge enfantera un fils auquel elle donnera le nom d’ «  Emmanuel ”, ce qui signifie «  Dieu avec nous  ».

Qu’est-ce à dire  ? Que ce fils annoncera la reprise de l’Alliance entre Dieu et Israël, Alliance qui, pour l’heure, est scellée par le mariage de Marie et Joseph  : «  Une fois réveillé, Joseph fit comme l’Ange du Seigneur lui avait prescrit  : il prit chez lui sa femme  ; et il ne la connut pas jusqu’au jour où elle enfanta un fils, et il l’appela du Nom de Jésus.  » (Mt 1, 24-25)

«  Jésus  » et non pas «  Emmanuel  ». C’est dire que Jésus accomplit la prophétie d’Isaïe parce qu’il est lui-même «  Dieu avec nous  ».

Dès l’Évangile de saint Matthieu nous sont révélés les privilèges de Marie  : Vierge Mère, Mère de Dieu. Et celui de Joseph, digne «  époux de Marie  ».

Saint Luc y ajoute cette précision  : elle avait fait vœu de virginité. Comment nous le révèle-t-il  ? Par son récit de l’Annonciation où la Vierge objecte à l’Ange  : «  Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme  ?  » Alors qu’il vient de nous dire qu’elle était «  fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David  ». Donc, l’objection faite à l’Ange signifie  : «  Je ne veux pas connaître d’homme.  »

Cette virginité est consacrée par Dieu d’une manière qu’aucune autre créature n’a connue ni ne connaîtra jamais, par la maternité. Car «  rien n’est impossible à Dieu  » (Lc 1, 37). La Vierge Marie le sait bien, mais l’Ange, en citant les paroles des trois hommes jadis envoyés par Dieu, Dieu lui-même sous une figure trinitaire, pour annoncer à Sara qu’elle sera mère dans sa vieillesse (Gn 18, 14), fait simplement allusion à l’incrédulité de Zacharie en annonçant à Marie qu’Élisabeth «  vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse  ». Mais ce qui est tout à fait impossible, c’est qu’une vierge soit mère. C’est précisément ce que l’Ange annonce à Marie, et la Vierge ne refuse pas de le croire, admirable dans sa foi  ! La voilà Vierge promise à la Maternité.

Elle enfanta neuf mois plus tard, alors que Marie et Joseph étaient à Bethléem, la ville de David, pour s’y faire recenser  : «  Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter se trouva révolu. Elle mit au monde son fils premier-né – ce qui signifie qu’elle n’en avait pas eu avant – l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche.  »

Ce texte vaut une définition dogmatique de la virginité de Marie in partu, c’est-à-dire dans son enfantement même, qu’elle accomplit sans douleur ni blessure, sans éprouver la moindre fatigue  : aussitôt levée pour donner les premiers soins à son Bébé  ! En bonne «  servante du Seigneur  », comme elle l’a répondu à l’ange Gabriel, et chanté dans son Magnificat  : «  Il s’est penché sur son humble servante.  » Elle est la Reine des servantes de Dieu, et de tous les «  pauvres  » d’Israël, des «  humbles  », des «  ‘ anâwîm  » que méprisaient les «  grands  » de Jérusalem. Marie et Joseph sont vraiment pauvres  : on le voit à l’offrande de deux tourterelles qu’ils apportent au Temple pour la Présentation de ­l’Enfant Jésus.

Cet Enfant, «  Dieu avec nous  » en accomplissement de la prophétie d’Isaïe (7, 14), selon saint Matthieu, est, plus encore, «  Dieu au milieu de nous  », selon saint Luc rapportant la parole de l’ange Gabriel à Marie, en accomplissement de la prophétie de Sophonie  : «  Réjouis-toi, kaïrè en grec, fille de Sion.  » (So 3, 14; Lc 1, 28)

Le motif de cette “ joie ”  ?

«  Le roi d’Israël, Yahweh, est en toi, beqîrebèk en hébreu, dans tes entrailles.  »

C’est ainsi qu’ «  il est venu chez luilui qui ne fut engendré ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu  », de toute éternité, et de la Vierge Marie dans le sein de laquelle «  le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous  », selon saint Jean (1, 13-14).

«  Si le premier Adam avait eu lui-même un autre père que Dieu même, on pourrait prétendre que le second Adam a été engendré par Joseph, explique saint Irénée. Mais si le premier Adam a été pris de la terre et formé par le Verbe de Dieu, il importait que le Verbe lui-même, récapitulant en lui la formation d’Adam, fût formé aussi d’une manière semblable. Mais alors, pourquoi Dieu n’a-t-il pas pris une seconde fois du limon, mais a-t-il voulu former le corps du Christ de Marie  ? Pour que la chair qui devait naître d’elle ne fût pas différente de la chair qui devait être sauvée, mais que la chair du Christ fût la même chair reprise en conservant la ressemblance d’origine.  » (Adversus hæreses, 3, 2-3)

C’est aussi pourquoi il fallait que Jésus naquît dans une famille, comme l’a souligné le pape ­François  : «  Il aurait pu venir de manière spectaculaire, comme un guerrier, un empereur… Non  : il vient comme un fils d’une famille… Dieu a choisi de naître dans une famille humaine.  » (17 décembre 2014)

Selon saint Pierre Damien, «  que sa Mère soit Vierge, cela n’a pas suffi à Jésus  ; il a fallu encore, telle est la foi de l’Église, que celui qui lui servit de Père le fût aussi  » (De cœlibatus sacerdotali).

À partir du moment où il accepte Marie pour épouse, saint Joseph «  a pris part à toute l’économie du mystère  », selon saint Jean Chrysostome dans ses Homélies sur l’Évangile de saint Matthieu  :

«  Bien que le Christ soit conçu du Saint-­Esprit, ne te crois pas néanmoins dispensé de servir cette éco­nomie divine. Car s’il est vrai que tu n’as aucune part à sa naissance, et que Marie est demeurée Vierge, je te donne néanmoins à l’égard de cet enfant la qualité de père en tout ce qui ne blessera pas ta virginité, et je te laisse le pouvoir de donner un nom à ton fils. C’est toi, en effet, qui le lui donneras. Car même si tu ne l’as pas engendré, tu feras office de père pour lui. C’est pourquoi je t’unis intimement à Celui qui va naître, en commençant par lui donner son nom.  »

Jean Gerson ne craignait pas d’associer étroitement saint Joseph aux privilèges de Marie. Le 17 août 1413, il propose à toutes les églises de la Chrétienté d’instituer une fête en l’honneur du “ Mariage de Marie et de Joseph  ”, Desponsatio Mariæ et Joseph ( Il est ressuscité n° 79, mars 2009, p. 25).

«  Une Trinité vierge a créé le monde, une trinité vierge eut pour mission de le sauver. Jésus est la part essentielle de cette trinité de salut puisqu’il est l’unique Rédempteur, Marie est Mère du Rédempteur et Corédemptrice, et Joseph a vécu avec Jésus et Marie. Tous les trois sont vierges, comme tous les trois sont associés dans la vie commune, des souffrances communes, et nous pouvons leur appliquer, quoique dans un sens différent, ce qu’on dit de la Trinité du Ciel  : Et hi tres unum sunt, les trois sont une seule chose. Joseph avec Marie a reçu, nourri, soigné et gardé le Christ en tant que Rédempteur du genre humain, coopérant ainsi à notre libération. Il a préparé la Victime en contribuant, à la sueur de son front et par le travail de ses mains, à la formation et à la conservation de la chair et du sang que le Christ a offerts comme prix infini de notre rachat. Toute la Trinité a œuvré pour notre rédemption  : le Père en envoyant le Fils, le Fils en s’incarnant et l’Esprit-Saint en formant Jésus dans le sein de la Vierge. De même, dans cet admirable mariage de Marie et Joseph, toute la trinité, à savoir Jésus, Marie et Joseph, a œuvré pour notre salut.  » (De Nativitate de B. Mariæ Virginis, 8 septembre 1416 au concile de Constance)

Jean Gerson commente le Magnificat, prolongeant et enrichissant la théologie mariale de saint Bernard, selon lequel «  la volonté de Dieu est que nous ayons tout par Marie  », l’Avocate Médiatrice maternelle (In Nativitate Mariæ, 7).

Gerson élabore une doctrine de l’ascension mystique associant musique et vie spirituelle. Le Magnificat est le modèle de ce «  chant du cœur  », Canticordum, qui met en musique l’élan amoureux de l’âme répétant sans se lasser, jusqu’à son dernier souffle  : «  Je vous aime, ô Marie  !  » Transcendant toutes les formes concevables, cette mystique mariale culmine dans une sorte d’unisson polyphonique avec la Très Sainte ­Trinité, sous la direction du Cœur Immaculé de Marie  :

«  Au soir du Jeudi saint, sans avoir reçu le caractère de l’office sacerdotal qu’avait reçu Judas, Marie, à ce moment et après, fut plus que ses compagnons ointe pour le sacerdoce royal, non pour consacrer, mais pour offrir cette hostie pure, pleine et parfaite sur l’autel de son cœur, où brûlait toujours le feu de l’holocauste.  » (Traité 9 sur le Magnificat)

Le Fils de Dieu, son Fils, est le Prêtre et le Sacrificateur, comme il est la Victime du Sacrifice. Mais lui, par Marie, en union avec elle, lui communique ce caractère de Prêtre et de Victime par l’onction de sa «  grâce  » acquise sur la Croix et de sa «  miséricorde  » qui en est le fruit inépuisable, et dont il lui confie le ministère sacerdotal, plus éminent que celui de tous les autres prêtres, afin qu’elle pût concourir d’une manière maternelle et universelle à la réconciliation des pécheurs tout au long de l’histoire de l’Église, et particulièrement en nos temps qui sont les derniers, et qui débutèrent au temps de Jeanne.

NOTRE-DAME DE FRANCE

«  À trois ou quatre kilomètres de Domrémy, sur le territoire de Greux, se cachait dans les bois l’ermitage de Notre-Dame de Bermont, où Jeanne aimait plus que tout se rendre chaque samedi. Dans ce sanctuaire solitaire, Notre-Dame, debout, couronnée, tient un sceptre dans la main droite, et porte sur le côté gauche l’Enfant-Jésus, qui renferme dans ses menottes une colombe blanche, image du Saint-Esprit dont la Vierge Marie, Immaculée, est l’habitacle.  » (sœur Hélène, sainte Jeanne d’Arc, vierge et martyre, p. 24)

«  Je suis née au village de Domrémy  »… de saint Remy. C’était en janvier 1412. L’apôtre des Francs est le patron de cette paroisse de haute Lorraine, en “ Barrois mouvant ”, sous influence française.

En 1424, Jeannette atteint ses douze ans. Les témoignages rassemblés sur cette époque nous montrent l’enfant menant une vie ordinaire, bien honnête. Dès qu’elle en eut la force, elle se mêla au train de la métairie paternelle, partageant avec le reste de la maisonnée, à sa mesure, le travail, les ennuis, les petites joies. Elle aidait son père dans les travaux des champs, conduisait parfois les animaux au pré, levait la moisson.

«  Elle fit ce que faisaient les autres  », dira d’elle sa chère amie Hauviette de Sionne. «  Elle savait ce que savent les filles de son âge  », ajoutent Béatrix Estellin et Jean Morel de Greux.

Jeannette se montrait donc une fillette «  comme les autres  ». N’y avait-il vraiment rien qui la distinguât  ? Un trait pourtant nous est révélé par le mot volontiers qui revient constamment dans les témoignages de Domrémy. Oui, Jeanne était une petite paysanne, occupée comme toutes les petites paysannes, mais elle y mettait sa manière propre, manière parfaite, pleine de vertu.

«  J’ai été élevé avec Jeanne la Pucelle, à côté de la maison de son père, déclare Simonin Musnier. Je sais qu’elle était bonne, simple, pieuse, craignant Dieu et ses saints  ; elle allait souvent et volontiers à l’église et aux lieux saints, soignait les malades et donnait l’aumône aux pauvres.  »

Son amie Mengette renchérit  : «  Je connaissais Jeannette la Pucelle, car souvent je filais en sa compagnie et faisais avec elle les autres ouvrages de la maison, jour et nuit  ; elle était élevée dans la religion chrétienne et remplie de bonnes mœurs, à ce qu’il semblait  ; elle allait volontiers et souvent à l’église, elle faisait aumône des biens de son père  ; elle travaillait volontiers et s’occupait à de multiples besognes  : elle filait, faisait les travaux de la maison, allait aux moissons, et, quand c’était le moment, quelquefois, elle gardait à son tour les ­animaux en filant  ; elle se confessait volontiers  ; je l’ai souvent vue à genoux devant le curé de la ville.  » (ibid., p. 24) Celui-ci, Guillaume Frontey, disait  : «  Elle n’avait pas sa pareille au village  !  »

Après sa rencontre avec le Dauphin, elle est pour tous «  la Pucelle  ». Elle rayonne de pureté. Véritable ange du Ciel parmi le camp, cette paysanne de dix-huit ans, à la fois si pure et si résolue, exerçait un grand rayonnement sur les soldats. Elle gagnait leur âme. Plusieurs de ses familiers ont témoigné «  qu’ils ne croyaient pas qu’elle pût être l’objet de concupiscence, et très souvent, s’ils parlaient du péché de chair en termes pouvant entraîner à la concupiscence, en la voyant approcher, ils ne pouvaient plus parler de cela, mais aussitôt repoussaient le mouvement de la chair  » (ibid., p. 80).

Sur son étendard elle a fait broder l’image du «  suprême Roi Jésus  », et de la «  suprême Reine Marie  ». D’un côté, le Christ-Roi, et de l’autre la scène de l’Annonciation, “ Ave Maria ”.

«  Elle fit mettre en peinture le Roy du Ciel siégeant en majesté, tenant le monde d’une main et le bénissant de l’autre, avec les Noms sacrés de “ ­jhesus-maria ”.  » (ibid.,  p. 78) C’est tout un  !

Ainsi, après les victoires, entraîne-t-elle ses troupes dans les églises proches «  remercier Dieu, la Vierge Marie et les benoîts saints du Paradis  ».

C’est près de Notre-Dame des Aides qu’elle engage la bataille des Tourelles  ; dans l’action même, elle s’agenouille pour la supplier et fête son succès à Notre-Dame des Miracles. Son but et son triomphe, c’est le couronnement du Roi à Reims, sous les voûtes de Notre-Dame.

Que pensaient les théologiens du rôle de Jeanne  ? Jacques Gélu, archevêque d’Embrun, ami particulier du Roi, avait d’abord eu un mouvement d’inquiétude à l’égard de la sainte héroïne, mais sa pensée prit un autre tour immédiatement après la victoire d’Orléans. La conclusion de son mémoire sur la Pucelle est ferme et énergique  :

«  Elle a triomphé des Anglais à mains armées, mais non sans les avoir avertis charitablement de quitter un pays occupé injustement.

«  Nous disons que c’est le conseil de la Pucelle qui doit être demandé, cherché principalement, et avant celui de tous les autres.

«  Elle représente la majesté divine. Que la douce humilité du Roi mortel courbe son front et fléchisse les genoux devant cette majesté et qu’il seconde les bonnes dispositions de la bienveillance divine. C’est son devoir. Il apaisera ainsi Celui par qui règnent les Rois, à qui soit honneur et gloire dans les siècles éternels.  »

Quant à Jean Gerson, le Docteur très chrétien, si fidèle à la cause royale, il affirme  :

«  Il résulte que l’on peut en toute sécurité au point de vue de la foi et de la vraie dévotion se déclarer pour la Pucelle, surtout si l’on considère les circonstances de ses actions et les effets qui ont suivi. En particulier, le but qu’elle poursuit est très juste  ; rendre son royaume au Roi, battre et chasser jusqu’au dernier ses ennemis acharnés.

«  Le Conseil du Roi, les hommes d’armes ont fini par avoir une telle foi en cette Pucelle, une telle soumission envers elle qu’ils se sont tous exposés sous sa conduite aux dangers de la guerre. Ils n’ont pas été arrêtés par la crainte du déshonneur auquel ils s’exposaient dans le cas où, combattant sous la conduite d’une fillette, ils auraient été battus. Le peuple tressaille de joie, il a une foi pieuse en la Pucelle, il la suit. Dieu est glorifié, nos ennemis sont confondus.

«  A Domino factum est istud  : ce qui a été fait est l’œuvre du Seigneur.  » (ibid., p. 116-117)

Lors du procès, elle disait à maître Nicolas  : «  Je suis bonne chrétienne, j’ai été bien baptisée, je mourrai en bonne chrétienne  !  » Mais cette modestie voile «  son secret profond. Nous le perçons à travers telle ou telle phrase échappée à ceux qui l’ont connue  : Jeanne est une âme mystique vivant en union intime avec Jésus, son tout, son Bien-Aimé, son Sauveur, l’Être de toute sa vie, en dehors duquel, au fond, il n’existe rien d’important. C’est pourquoi Dieu l’a choisie.  » (ibid., p. 27)

Jeanne n’a vécu que pour obéir à Dieu et à Notre-Dame, sa Mère, à l’exemple de son Roy Jésus lui-même. Elle se montre aussi bonne théologienne que «  bonne chrétienne  » lorsqu’elle place Jésus et Marie sous la même invocation, puisque la Sainte Église attribue dans sa liturgie à Marie comme au Verbe de Dieu les textes les plus vertigineux de la Sagesse  : «  Dieu m’a créée au début de ses desseins, avant ses œuvres les plus anciennes. Dès l’éternité, je fus fondée, dès le commencement, avant l’origine de la terre.  » (Pr 8, 22-23)

Aussi la Sainte Écriture s’achève-t-elle sur la vision de saint Jean à Patmos qui embrasse toute la Médiation de Marie, depuis sa préexistence en Dieu jusqu’à son existence comme Reine du Ciel pour le salut du monde  : «  Un signe grandiose apparut au ciel. C’est une Femme  ! Le soleil la revêt, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.  » (Ap 12, 1)

Cette vision apocalyptique des premiers temps de l’Église se renouvelle en nos temps qui sont les derniers dans les manifestations et apparitions de l’Immaculée Conception à Paris, rue du Bac, et à Lourdes, à La Salette et à Pontmain, à Fatima.

Marie est la créature parfaite, la Conception Immaculée, mère de tout ce qui surgit du néant à la Parole du Créateur  : êtres inanimés et êtres vivants. Par son existence temporelle, elle actualise la grâce et la miséricorde que le dessein de Dieu destinait de toute éternité à l’humanité sauvée  : «  Je suis sortie de la bouche du Très-Haut… Le Créateur de toutes choses me donna ses ordresJe suis la mère du pur AmourVenez à moi, vous tous qui me désirez  !  » (Si 24)

La théophanie trinitaire de Tuy confirme cette maternité universelle de Marie, colombe eucharistique debout près de la Croix lumineuse de son Fils d’où le Sang coule sur l’Hostie, et l’eau de la «  grâce  » et de la «  miséricorde  ». Car «  ils sont trois à témoigner  : l’Esprit, l’eau, le sang  » (1 Jn 5, 6-9).

Dans l’Ancien Testament, le Sang, c’est la vie. «  Ce sang, je vous l’ai donné sur l’autel, oracle de Yahweh, pour faire le rite d’expiation.  » (Lv 17, 11), c’est-à-dire du pardon rédempteur, de la miséricorde  : Jésus, «  avec son propre sang, nous a acquis une Rédemption éternelle  » (He 9, 13). Qui nous arrache à l’esclavage du péché et à la mort.

Or, cette vie, chair et sang, est la nourriture promise après immolation de la Victime  : «  Si vous ne mangez ma chair, si vous ne buvez mon sang, vous n’aurez pas la vie en vous.  » (Jn 6, 53) Et la chair, le sang de Jésus est la chair, le sang de Marie.

Marie a donc enfanté et offert son Fils en sacrifice dans l’obéissance parfaite à l’Esprit. Ainsi ­enfante-t-elle au Golgotha le nouveau Corps du Christ ressuscité, le Corps mystique… qui va vivre de la vie sacramentelle dans l’Esprit  : le Baptême étant signifié par l’eau, et l’Eucharistie par le Sang, eau et Sang jaillis du côté transpercé par le coup de lance du centurion.

SAINT MICHEL

Vendue comme le Christ, Jeanne achève sa mission de libératrice par une longue agonie. Ses Voix la soutiennent, comme l’Ange du jardin des Oliviers réconfortant Jésus. Elle est «  Fille de Dieu  ».

Sur son gibet, elle ne cesse de prier la Vierge, et l’archange saint Michel, son chevalier servant.

En juin 1425, «  le Mont-Saint-Michel avait remporté une victoire complète sur les Anglais, les obligeant à lever leur blocus et les mettant en fuite. Décidément, le chef des milices célestes protégeait la France  ! La nouvelle en était parvenue jusqu’à Domrémy. Jeanne venait sans doute de recevoir la confirmation. Elle communiait depuis un an et déjà jeûnait à l’égal d’un adulte, lorsqu’elle entendit pour la première fois une Voix.

«  “ J’eus grand-peur  : il était midi  ; c’était l’été, dans le jardin de mon père… ”

«  La Voix, accompagnée d’une grande clarté, venait de la droite, du côté de l’église. Elle était digne et grave, avec une expression tellement pénétrante qu’elle ne pouvait être que d’un ange, comme notre sainte le crut aussitôt et “ eut cette volonté de le croire ”.

«  Cette rencontre, on le comprend, lui inspira une crainte révérencielle  : “ j’étais jeune enfant… ” L’apparition fut brève. La Voix lui enseigna à se gouverner, lui recommandant d’être assidue à l’église.

«  “ Sur toutes choses, il me disait que je fusse bonne enfant et que Dieu m’aiderait, de venir au secours du roi de France, entre autres choses… ”

«  Qui lui parlait  ? Jeanne ne le savait pas encore.

«  À la troisième apparition seulement, elle crut bien que c’était saint Michel, le protecteur de la France, tel qu’il se nomma lui-même  : “ La première fois, j’eus grand doute si c’était saint Michel… mais ensuite, il m’a si bien instruite et s’est si bien manifesté à moi, que je crus fermement que c’était lui… Car je le vis de mes yeux, et n’était pas seul, mais bien entouré d’anges du Ciel. Je les vis des yeux de mon corps aussi bien que je vous vois… c’est vrai comme il est vrai que Dieu est  ! C’est vrai comme il est vrai que Notre-Seigneur Jésus-Christ a souffert mort et passion pour nous. ”

«  Son apparence était celle d’un très “ vray prud’homme ”; il rayonnait la sagesse et la noblesse. Et il lui semblait ne pouvoir être en péché mortel quand elle le voyait, sinon il l’aurait délaissée ­aussitôt.  » (sœur Hélène, p. 29-30)

«  Saint Michel, l’archange vainqueur de la révolte des mauvais anges, tenait une place spéciale dans le cœur des vrais Français. Quand Charles VI avait eu ses premières crises de folie, le bon peuple de France, dans sa compassion pour son Roi, s’était retourné avec ferveur et supplication vers saint Michel, allant en procession jusqu’au Mont. L’archange délivrerait leur Roi…

«  À l’époque des apparitions, il était regardé, depuis quinze ans, par les sujets fidèles au roi Charles VII, comme leur plus grand protecteur céleste. L’abbaye qui lui était consacrée “ au péril de la mer ”, assiégée par les Anglais, n’avait pu être prise, nous l’avons vu, et elle ne devait pas l’être.

«  De plus, le Roi lui-même avait fait représenter sur son étendard l’archange terrassant le dragon.

«  En bonne Lorraine, Jeanne, qui “ avait grande volonté et désir que son Roi eût son royaume ”, devait avoir l’archange en particulière dévotion, avant même qu’il lui apparaisse  !  » (ibid., p. 31)

Elle l’a fait peindre, avec saint Gabriel, sur son étendard qui met l’ennemi en déroute, et ramène ses soldats à la bataille, «  quarante fois  » plus que son épée qui fut dans la main de Jeanne un insigne de son commandement, mais jamais ne donna la mort. Aux Tourelles, le 7 mai 1429  : «  Prenez garde  ! quand la queue de mon étendard touchera le boulevard  !

 Jeanne  ! la queue y touche  !

 Tout est vôtre, et y entrez  !

«  Les soldats montèrent contre le boulevard aussi aisément que par un escalier  ; et ils ne savaient considérer comment il se pouvait faire ainsi, sinon par œuvre divine  ». (ibid., p. 108) Saint Michel est invincible  ! Mais les soldats doivent combattre…

L’archange saint Michel ne se laisse pas facilement identifier dans l’histoire sainte, parce qu’il est modeste, comme son nom l’indique  : Mi-ka-ël, «  Qui est comme Dieu  ?  » l’expression traduit et résume son attitude «  lorsqu’il contestait avec le diable  » (Jude 9), à l’opposé d’Adam et Ève qui cédèrent à la tentation d’être «  comme Dieu  » (Gn 3, 5).

Son humilité lui valut d’être placé par Dieu à la tête des armées angéliques pour affronter le «  Dragon  » et défendre la Vierge Marie enfuie «  au désert où elle a un lieu préparé par Dieu  » après l’Ascension de son Fils. «  Alors il y eut une bataille dans le ciel  : Mikaël et ses anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta avec ses anges, mais ils eurent le dessous et furent chassés du Ciel.  » (Ap 12, 7-8)

Précipité sur la terre, «  l’énorme Dragon, l’antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier  », y poursuit sa guerre contre Dieu, avec d’autant plus d’acharnement qu’il sait ses jours comptés. Les batailles de Jeanne d’Arc pour délivrer Orléans et mener le dauphin Charles à Reims en sont un épisode. Les Anglais tenaient la Pucelle pour une envoyée du diable. Ils renversaient tout simplement les rôles  !

Nous avons un saisissant figuratif de la chute des Anges en celle de Glasdale au fort des Tourelles  :

«  Pressée par l’angoisse du salut de ses ennemis, Jeanne résolut d’aller les affronter elle-même, seule, sans armes, au risque d’être prise. Quand vint le soir du samedi 30 avril 1430, elle se rendit au boulevard Belle-Croix, et du pont, parla à Glasdale et aux Anglais des Tourelles, les suppliant de se rendre, de par Dieu, moyennant leurs vies sauves. Mais ils l’injurièrent, l’appelant vachère, et répétant qu’ils la feraient brûler s’ils pouvaient la tenir. La Pucelle répondit à Glasdale “ qu’il mentait de ce qu’il lui disait et qu’il en mourrait sans saigner ”. Puis elle s’en retira dans la cité.  » (sœur Hélène, p. 93)

L’assaut des Tourelles, qui eut lieu le samedi suivant 7 mai, vit la réalisation littérale de cette prophétie de Jeanne lors de la délivrance d’Orléans  :

«  “ À l’instant qu’elle fut là, les Anglais frémirent et furent terrifiés ”, et les soldats du Roi ne rencontrèrent plus la moindre résistance.

«  La stupeur saisit aussitôt les Anglais des Tourelles, à voir le boulevard envahi et leurs compagnons massacrés sous leurs yeux, refluant en désordre sous le choc massif des nôtres, et tentant un repli sur le fort.

«  Au cours de cet assaut, Glasdale se battit en désespéré. C’était un vaillant guerrier, mais un impie. Il donnait furieusement de sa droite, tandis que sa gauche tenait l’étendard du légendaire Chandos, symbole quasi mythique de la victoire anglaise, réservé aux preux d’Angleterre.

«  Il reculait à présent devant l’étendard du Roi Jésus brandi par la Pucelle qui, s’approchant autant qu’elle le pouvait, cria  :

«  “ Glassidas, Glassidas, rends-ty  ! Tu m’as appelée putain. Et moi, j’ai grande pitié de ton âme et de celles des tiens. Rends-ty au Roy du Ciel  ! ”

«  Mais l’autre ne voulut rien entendre, cherchant toujours à couvrir la retraite de ses soldats. Bientôt, le pont sur lequel il se tenait, incendié par les habitants d’Orléans, s’effondra, l’entraînant dans sa chute. Lui et les siens se noyèrent. Lors fut accomplie la prophétie de la Pucelle le concernant, “ qu’il mourrait sans saigner ”.

«  À cette vue, Jeanne, saisie d’horreur devant tant d’hommes morts sans confession, resta interdite  : “  Mue par la pitié, elle se mit à pleurer abondamment pour l’âme de ce Glasdale et des autres, noyés là en si grand nombre. ”

«  Elle fut brutalement arrachée à ses larmes et ses prières. Devant les Français ivres de victoire se dressait encore la forteresse des Tourelles, où plusieurs centaines d’Anglais se cachaient. On pouvait en approcher par le pont dont les Orléanais étaient maîtres, mais une arche était rompue.

«  Une passerelle provisoire fut jetée pour enjamber le bras du fleuve. Dès lors, la prise du fort ne traîna pas. Les Anglais furent tous noyés ou tués, excepté quelques-uns retenus prisonniers.

«  La voie était enfin libre vers le pont et la ville. Une clameur de joie retentit aussitôt dans Orléans. Ce peuple se voyait merveilleusement récompensé de la foi qu’il avait mise en l’envoyée de Dieu. À l’heure où, dans toute la France, on célébrait les premières vêpres de saint Michel avec son hymne  :

«  “ Salut à toi qui foules aux pieds la tête du vieil ennemi  !… Salut à toi qui repousses le général et ses troupes de perdition  !... ”  » (ibid., p. 108-109).

frère Bruno de Jésus-Marie.