La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 165 – Juillet 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LE CŒUR IMMACULÉ DE MARIE
ÉCRASE TOUTES LES HÉRÉSIES

Santa Maria della Vittoria

LE TRIOMPHE DE LA VIERGE SUR LES HÉRÉSIES
Voûte de Santa Maria della Vittoria à Rome
( Giovanni Domenico Cerrini, 1675 )
Ce sujet est assez répandu au dix-septième siècle dans l’art de Contre-Réforme. Il est une réponse aux prétendus réformés. Au sommet, l’Immaculée triomphante avec son sceptre, entourée d’une multitude d’Anges qui la servent de mille manières   : l’un lui apporte une couronne d’or, d’autres des fleurs, palmes et guirlandes ; d’autres la vénèrent ( mains jointes ) ou la louent par leurs chants et leurs instruments de musique. D’autres encore portent des bannières, sans doute allusion à ses victoires. Enfin d’autres bataillent pour elle, saint Michel en tête avec un bouclier aux armes de sa Reine et une épée de feu, contre les hérétiques qui ont parlé contre le culte de la Sainte Vierge. On les voit en bas renversés avec leurs écrits en compagnie des bêtes de l’Apocalypse.

LES récits évangéliques ont la simplicité de la vérité. Et ceux qui nous les ont laissés les ont signés de leur sang, avec, pour garante de leur témoignage, Marie qui «  conservait et méditait toutes ces choses dans son Cœur  ». Les premiers chrétiens le savaient et s’appuyaient sur ce Cœur Immaculé pour écraser les hérésies, dès le début de l’Église.

L’une des premières perversions de la foi fut le docétisme. La Résurrection «  physique  » du Christ heurtait nombre d’esprits. Ils se demandaient s’il ne s’agissait pas d’une apparence du Christ  ? Dieu pouvait-il vraiment souffrir, être crucifié, mourir  ?

Les docètes se représentaient l’existence de Jésus comme l’apparition d’un fantôme… divin. En réponse, saint Jean a tout autant insisté sur la réalité physique, charnelle du Verbe que sur sa Divinité. Il raconte que Thomas a cru après avoir mis ses doigts dans les plaies du Sauveur (Jn 20, 4 sq.). Il écrit au début de son Épître  : «  Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux… ce que nous avons touché du Verbe de Vienous en rendons témoignage.  » (1 Jn 1, 1)

Aux Apôtres, ont succédé les “ Pères apostoliques ”, ainsi nommés parce qu’ils ont répété ce qu’ils avaient entendu des Apôtres eux-mêmes.

Saint Ignace d’Antioche occupait, à Antioche, un siège qui avait été celui de Pierre, où les disciples de Jésus reçurent le nom de «  chrétiens  ». Pour lui, la meilleure preuve de la réalité humaine du Sauveur, contre les docètes, est sa naissance de la Vierge Marie  : «  Le Seigneur, écrit-il aux chrétiens de Smyrne, est vraiment de la race de David selon la chair (cf. Rm 1, 3), Fils de Dieu selon la volonté et la puissance de Dieu, vraiment né d’une Vierge.  »

Cette naissance réelle fonde la Mort et la Résurrection réelles. «  Il a été vraiment cloué pour nous dans sa chair, sous Ponce Pilate… pour lever son étendard (Is 5, 26) par sa Résurrection et pour rassembler ses saints et fidèles, soit juifs, soit païens, dans l’unique corps de son Église.  » (1, 1)

Dans un autre écrit, le même Ignace déclare que Marie est Celle «  par  » qui Jésus est homme, de la race de David. En effet, bien qu’il soit un être unique, c’est-à-dire une seule Personne, Jésus procède d’une double naissance  : «  venu en chair et Dieude Marie et de Dieu  » (Ep 7, 2).

«  Notre Dieu, Jésus-Christ a été porté dans le sein de Marie, selon l’économie divine, né de la race de David et de ­l’Esprit-Saint…  »

La maternité divine de Marie est donc au centre de la foi chrétienne dès l’an 69  ! Saint Ignace a été martyrisé en 107. Mais il ne connaît pas encore l’Apocalypse lorsqu’il écrit que «  le Prince de ce monde a ignoré la virginité de Marie et son enfantement, de même que la mort du Seigneur  ». Donc, Saint Ignace écrit cela avant d’avoir eu connaissance de la vision du “ Dragon ” «  en arrêt devant la Femme  » (Ap 12, 1-5).

«  Trois mystères étonnants, qui furent accomplis dans le silence de Dieu.  » C’est vrai que, selon saint Matthieu, la Vierge Marie n’a même pas parlé à Joseph de la conception virginale de Jésus avant qu’il s’aperçoive lui-même de la grossesse de Marie.

Saint Ignace avait été martyrisé vers l’an 107; saint Justin, un “ Père apologiste ” le fut en 165. «  Apologiste  » parce qu’il défend la foi chrétienne, en particulier contre les juifs qui répandaient des ignominies sur la Sainte Vierge, l’outrageant comme les Anglais répondant à Jeanne du haut du fort des Tourelles à Orléans…

Saint Justin médite sur l’Incarnation du Verbe, né «  par un mode particulier, différent des naissances ordinaires  ». Il réunit le prologue de saint Jean et l’Évangile de saint Luc  : le Verbe éternel qui parle aux hommes, à tout homme qui vient au monde, se fait homme, vient lui-même au monde en prenant chair dans le sein de la Vierge à l’annonce de l’Ange. La Parole, le Verbe de Dieu passe par la médiation de Marie. Mystère de l’Incarnation.

Saint Justin élève sa réflexion plus haut que ses prédécesseurs en soulignant que la médiation de Marie fut libre. Elle ne fut pas déterminée par le Tout-Puissant. L’Incarnation résulte d’une volonté divine et du choix de Marie. Ce choix fut libre parce qu’elle était Vierge. Dans son Dialogue avec Tryphon, un juif, il écrit  : «  Le Fils de Dieu s’est fait homme au sein d’une Vierge  ». Quelle est donc la raison d’une telle Nativité  ? «  C’est que la désobéissance dont le diable avait été l’instigateur, prit fin de la même façon qu’elle avait commencé. Vierge encore, et sans corruption, Ève reçut dans son cœur la parole du Serpent et, par là [par cette médiation libre], enfanta la désobéissance et la mort. Mais Marie, la Vierge, l’âme pleine de foi et d’allégresse, répondit à l’Ange qui lui annonçait l’heureux message  : “ Qu’il me soit fait selon votre parole  !  ” [médiation libre] Donc, c’est d’Elle qu’est né Celui par qui Dieu renverse le Serpent, ainsi que les anges et les hommes qui lui ressemblent, tandis qu’il délivre de la mort ceux qui font pénitence de leurs fautes et qui croient en lui.  »

Mais pourquoi cette insistance de Justin sur la virginité  ? Parce que les juifs la niaient outrageusement. Et il a fallu attendre nos temps d’apostasie pour qu’un dominicain reprenne à son compte leurs mensonges ( Bible, Archéologie, Histoire, t. II, p. 53-64). Mais Justin ne s’en tenait pas à la polémique avec les rabbins. Il entrait, pour ainsi dire, dans le Cœur Immaculé de Marie, en considérant que le “ Oui ” d’une Vierge immaculée est seul pleinement libre, parce que prononcé dans la parfaite pureté d’esprit et un cœur affranchis de la concupiscence et des tumultes de la chair. «  Le nœud qu’a fait Ève par sa désobéissance, Marie l’a délié par son obéissance  », disait le pape François le 25 mars 2014, invitant à rendre grâces  : «  Merci, merci, Seigneur, car aujourd’hui Tu nous dis que Tu nous as offert le salut.  » Et Marie, depuis la conception jusqu’à la mort de son Fils, a été la fervente collaboratrice de ce salut, Médiatrice.

La doctrine de Marie Médiatrice, ébauchée par les premiers apologistes, a son docteur dans saint Irénée. Il exprime cette doctrine avec une telle clarté, une telle vigueur, que les siècles suivants n’ont pu que l’enrichir. L’essentiel nous est donné par saint Irénée.

Né en Asie Mineure, vers 130, il fut probablement martyrisé en 208 à Lyon dont il était devenu l’évêque. Il a lutté contre les gnostiques en traditionaliste  : opposant à leurs théories prétentieuses pour seuls arguments des faits et l’autorité des successeurs des Apôtres, dont il dresse la liste, en remontant aux Douze, pour les grandes villes de l’Empire romain. Ce qui compte, pour lui, c’est la transmission légitime des témoignages qui attestent la réalité charnelle du Christ et la virginité de Marie.

Les gnostiques ayant repris les idées des docètes sur l’irréalité physique du Christ mort et ressuscité, saint Irénée, comme saint Ignace et saint Justin, répond en affirmant la naissance «  véritable  » de Jésus, né d’une femme, du nom de Marie. La Rédemption ne serait pas réelle si Jésus n’était pas né de Marie, de race humaine. Jésus n’est pas une sorte d’esprit  ; le Verbe incarné est vraiment homme.

Ce Christ, né de la Vierge, de sa chair, est l’Emmanuel, le Fils de Dieu. «  L’ange annonça à Marie qu’elle porterait Dieu.  » (Adversus hæreses 5, 19, 1)

Comme Justin, saint Irénée accorde la plus grande importance à la virginité perpétuelle de Marie, c’est-à-dire avant, pendant et après la naissance de Jésus  : par ce privilège, sa Maternité divine s’étend à tous les hommes qu’elle enfante non à la mort, comme Ève, mais au salut, c’est-à-dire à l’innocence retrouvée.

J’ai cité au Puy, lors de notre veillée à Saint-François-Régis, le parallèle que propose saint Irénée entre «  Adam, tiré de la terre vierge et le Christ, né de la Vierge Marie  :

«  Si le premier Adam avait eu lui-même un autre père que Dieu même, on pourrait prétendre que le second Adam a été engendré par Joseph, explique saint Irénée. Mais si le premier Adam a été pris de la terre et formé par le Verbe de Dieu, il importait que le Verbe lui-même, récapitulant en lui la formation d’Adam, fût formé aussi d’une manière semblable. Mais alors, pourquoi Dieu n’a-t-il pas pris une seconde fois du limon, mais a-t-il voulu former le corps du Christ de Marie  ? Pour que la chair qui devait naître d’elle ne fût pas différente de la chair qui devait être sauvée, mais que la chair du Christ fût la même chair reprise en conservant la ressemblance d’origine.  » (Adversus hæreses, 3, 2-3)

Ainsi, la conception virginale du Christ est le principe de la régénération du genre humain tout entier  :

«  Comment l’homme sera-t-il délivré de la génération de mort, s’il ne passe pas à une nouvelle génération, donnée par Dieu de façon merveilleuse et surprenante en signe de salut, à une régénération qui procède d’une Vierge par la foi  ?  »

Comme Jésus le disait à Nicodème  : cette régénération est «  in Deum  », elle vaut au pécheur de rentrer dans le sein de Dieu et de s’y purifier par la pureté de «  Celui qui est pur, ouvrant purement un sein pur, ce sein qui régénère les hommes en Dieu  » et qui est le sein de la Vierge Marie.

Ce texte est si fort que certains ont voulu l’appliquer à l’Église, non à Marie. En vérité, il concerne la Vierge Marie et c’est par sa «  Médiation  », par la Médiation de la Vierge Marie qu’on peut l’appliquer à l’Église où s’opère sacramentellement la régénération, par le baptême et les sacrements de la “ réconciliation ” et du banquet eucharistique, confession, communion du premier samedi du mois… et conversion de la Russie par sa consécration au Cœur Immaculé de Marie pour étendre la grâce, la vie qui coule des sacrements, au monde entier.

Que vient faire ici la Russie  ? Ce qu’aurait accompli la France si ses Rois avaient obéi aux volontés du Sacré-Cœur dont sainte Marguerite-Marie fut la messagère au dix-septième siècle.

Au vingtième siècle, Lucie fut la messagère du Cœur Immaculé de Marie, et ce sont les Papes, ministres de Jésus-Christ, qui n’ont pas voulu obéir. Opposant à la pure Révélation chrétienne, renouvelée par Fatima, une nouvelle gnose contre laquelle notre Père a engagé une lutte que nous devons poursuivre, afin d’en guérir l’Église sous l’égide de l’Immaculée, victorieuse de toutes les hérésies. Ainsi soit-il  !

frère Bruno de Jésus-Marie.