La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 166 – Août 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


JEANNE LA PUCELLE, COLOMBE DE LA PAIX

Notre-Dame de Bermont

Jeanne, qui avait une tendre dévotion pour la Sainte Vierge, aimait venir prier devant cette statue  : «  Presque chaque samedi après-midi, avec sa sœur et d’autres dames, elle y portait des cierges. Elle était très dévote envers Dieu et la bienheureuse Vierge, au point que, à cause de sa piété, moi-même qui étais jeune alors, et d’autres jeunes gens, nous la taquinions  », avouera Colin.
L’Enfant-Jésus tient dans ses petites mains une colombe blanche qui évoque désormais pour nous la Pucelle de Domrémy conduisant le gentil dauphin Charles à Reims pour y recevoir son «  digne sacre  », comme jadis la colombe miraculeuse apporta la sainte Ampoule contenant le «  chrême célestiel  » à saint Remy, l’évêque consécrateur de Clovis.

APRÈS dix-sept ans de vie cachée et trois ans de vie publique, elle avait accompli sa mission d’envoyée, achèvement d’une vie toute à la ressemblance de celle de son Maître, Jésus-Christ.  » (sœur Hélène de Jésus, Sainte Jeanne d’Arc, vierge et martyre, p. 309)

Et à la ressemblance de celle de Marie  ! étant comme elle une colombe immaculée, au témoignage des Anglais eux-mêmes, ses bourreaux  !

«  Incontinent après l’exécution, le bourreau, frappé et ému d’une merveilleuse repentance et terrible contrition, comme tout désespéré, craignant de ne savoir jamais demander pardon et indulgence à Dieu de ce qu’il avait fait, dit qu’il craignait d’être damné parce qu’il avait brûlé une sainte.  »

Mais Dieu l’a fait revivre quatre cents ans plus tard en la personne de sainte Thérèse de l’Enfant- Jésus, «  la Jeanne d’Arc annoncée qui va sauver la France du bourbier où elle est  », reconnue par l’oncle Guérin en 1909, l’année de la béatification de Jeanne d’Arc par saint Pie X.

Le bourreau de Jeanne «  rapportait que le corps, par le feu brûlé et réduit en cendres, nonobstant l’huile, le soufre, et le charbon qu’il avait appliqués, il n’avait pu aucunement consumer ni rendre en cendres le cœur qui demeura intact et plein de sang. De quoi il était tout étonné comme d’un miracle tout évident.  » Un miracle annonçant la mission de sainte Thérèse qui serait «  de faire aimer le roi du Ciel, de lui soumettre le royaume des cœurs  », de «  faire aimer l’Amour miséricordieux du Bon Dieu  », même «  dans les âmes qui refusent de se soumettre à la Divine Puissance  », donc par «  grâce et miséricorde  ».

«  Mais d’ordre du cardinal d’Angleterre, le bourreau jeta dans la Seine tous les restes de la Pucelle. “ Nous sommes perdus  ; nous avons brûlé une sainte  !  ” avait déjà osé gémir Jean Tressart, secrétaire du roi ­d’Angleterre. Il ne fallait surtout pas que des parcelles du corps de celle que tous proclamaient déjà sainte deviennent objet de vénération  ! Ainsi, ce cœur si ardent et généreux, qui avait tant battu pour Jésus et Marie, disparut-il, charrié par le fleuve.  » Mais il est «  redescendu  », il est revenu à la surface, en celui de sainte Thérèse pour aider nos soldats à «  chasser  » les nouveaux “ godons ”  : Guynemer avait voué son avion à Jeanne d’Arc, et Bourjade à sainte Thérèse, c’est tout un  !

«  “ Plût à Dieu que mon âme fût au lieu où je crois être l’âme de cette femme  ! ” avait laissé échapper en pleurant le chanoine Alépée, l’un des juges.  »

«  En effet, l’âme de la jeune martyre était montée au Ciel  :

«  Un soldat anglais, qui la haïssait extraordinairement, avait juré que, de sa propre main, il poserait un fagot sur le bûcher de Jeanne. À l’instant où il le faisait, l’entendant clamer le nom de Jésus au moment de mourir, il demeura tout frappé de stupeur et comme en extase… Il confessa qu’il avait grandement péché, qu’il se repentait de tout ce qu’il avait fait contre Jeanne, qu’il croyait qu’elle était bonne. Car lorsque Jeanne avait rendu l’esprit, cet Anglais, comme il lui semble, vit une colombe blanche sortir des flammes.  » (p. 308-309) Comme le samedi 7 mai 1429, devant Orléans, lors de l’ultime assaut. Cette Colombe est le signe de la victoire.

Cœur incorruptible, colombe immaculée, elle est aussi copie conforme du Cœur Immaculé de Marie, sa Mère et notre Mère à tous, à jamais  ! Environnée elle aussi de colombes miraculeuses à Fatima, en signe de son triomphe promis.

Et elle est notre modèle  ! En un temps de grande pitié au royaume de Marie, la France de Thérèse, de Jeanne d’Arc et de Monsieur saint Michel, elle nous donne notre ordre de mission.

Non pas que nous ayons à chasser les Anglais, ils sont partis d’eux-mêmes  : «  Britain exit  !  » Et l’Europe ne s’en porte que mieux  !

Mais la France, elle, est malade… de l’Europe, comme l’Église est malade du Concile. La France est malade de la libre circulation sans limites ni frontières  ; la France est malade du rêve de Jean Monnet d’une «  course sans retour vers les États-Unis d’Europe  », super-État doté de super-pouvoirs et d’une super-­administration produisant à la chaîne des directives, des résolutions, des jurisprudences, des normes et des sanctions réglant la forme des concombres, la fabrication des fromages, la taille des plaques minéralogiques, mais impuissante à résoudre la crise de la dette, le chômage persistant, l’immigration incontrôlée. La France meurt surtout de la laïcité, impiété excluant obstinément la juridiction du Cœur très unique du Roi Jésus et de la Reine Marie, tant dans l’Église que dans l’État, depuis la proclamation de la «  liberté religieuse  » par le concile Vatican II  !

Le remède  ? La doctrine de Jeanne d’Arc, selon laquelle l’appartenance de chacun de nous à une patrie, mes chers amis, français, mexicains, canadiens, belges ou autres, est voulue par Dieu. Elle le fit savoir aux Anglais avant de les attaquer, se disant «  toute prête à faire la paix, à condition que vous rendrez le pays de France et que vous paierez les dommages que vous y avez faits pendant le temps que vous l’avez occupé.

«  Et vous, archers, compagnons de guerre, nobles, gentils et autres, qui estes devant la bonne ville d’Orléans, allez-vous-en, de par Dieu, en votre pays. Et si ainsi ne faites, attendez des nouvelles de la Pucelle qui vous ira voir bientôt à vos plus grands dommages.

«  Roy d’Angleterre, si ainsi ne le faites, en quelque lieu que j’atteindray vos gens en France, je les en feray aller, veuillent ou non veuillent. Et si ne veulent obéir je les feray tous occire  ; je suis icy envoyée de par Dieu, le Roy du Ciel, pour vous bouter hors de toute France. Et s’ils ne veulent obéir, je les prendray à mercy. Et ne vous opiniâtrez pas, car vous ne tiendrez point le royaume de France, qui est à Dieu le Roy du Ciel, fils de Sainte Marie. Mais le tiendra le roy Charles, vray héritier, car Dieu, le Roy du Ciel le veult.  » (sœur Hélène, p. 61)

Cette lettre de Jeanne n’avait rien perdu de son actualité en 1916  : elle aurait pu être adressée telle quelle au Kronprinz par Philippe Pétain… à condition d’avoir «  la foi  » que le Cœur Immaculé de Marie a promis de «  conserver  » au Portugal en 1917.

Aujourd’hui, face à l’État islamique, c’est la Russie qui soutient le bon droit du chef de l’État en Syrie, Bachar el-Assad. Contre les États-Unis, l’Arabie saoudite, la Turquie. Mais c’est aussi bien, et toujours le combat du Christ-Roi, fils de Sainte Marie contre l’islam. Il faut vraiment nier la lumière du soleil en plein midi, ou plutôt être plongé dans les ténèbres de l’enfer, pour soutenir contre toute raison que l’ennemi, c’est la Russie de Poutine et que le terrorisme n’a pas de lien avec l’islam. Alors que la France est le pays européen le plus atteint par “ l’islamisme radical ”, avec la présence de quelque deux mille combattants en Syrie et l’emprise croissante du djiḥad, c’est-à-dire de l’Esprit infernal, homicide dès le commencement, sur une partie de la jeunesse.

C’est notre faute  : c’est la conséquence d’un “ péché originel ” qui s’appelle “ décolonisation ”. Il y a cinquante ans, notre Père, en vrai disciple du Père de Foucauld, disait de l’Algérie française qu’elle était «  une communauté historique à sauver  ». Au lieu de la sauver, nous l’avons sacrifiée. De Gaulle a livré l’Algérie au FLN alors que Massu et Bigeard avaient gagné la bataille d’Alger. Mais «  une communauté historique  » est l’œuvre de Dieu, c’est la leçon de Jeanne d’Arc. Et elle se vérifie aujourd’hui de cette manière nouvelle, inattendue, par l’invasion de la France métropolitaine, parce que la «  communauté historique  » que nous avons abandonnée… ne se laisse pas oublier  !

Résultat  : le nombre d’immigrés s’élevait en octobre 2012 à 12, 5 millions. Et les assassinats de Charlie et de l’Hyper-Cacher de Vincennes, les massacres du Bataclan et de la “ promenade des Anglais ” à Nice, et l’assassinat du Père Hamel à Saint-Étienne-du-­Rouvray, près Rouen  ! sonnent le retour des “ fellaghas ”… en métropole. Parce qu’une «  communauté historique  » n’est pas une démocratie, et c’est la démocratie que nous leur avons laissée. Or, la démocratie a renversé les rôles  : la décolonisation s’est changée en nouvelle colonisation… de la Chrétienté par l’islam. Je dis bien  : de la Chrétienté. Car les «  racines chrétiennes  » de la France non plus ne se laissent pas oublier.

Pendant mille ans, la grâce du Christ a été l’oxygène, la vie de la France, de saint Martin à sainte Jeanne d’Arc. À Noël 496, Clovis et trois mille de ses guerriers se font baptiser, adhérant ainsi au «  Dieu de Clotilde  ». En 508, l’empereur byzantin Anastase Ier confère les titres romains de patrice et de consul à Clovis, inscrivant par là le roi des Francs dans l’héritage romain et chrétien.

Quant à “ l’Europe ”, le 25 décembre 800, le roi très chrétien Charlemagne en est sacré empereur par le Pape  ; il règne à la fois sur les Francs et les Germains, et force les Saxons à se convertir au christianisme. Ainsi, pendant “ mille ans ”, le Christ-Roi règne sur l’Europe, c’est vrai. Les moines sont les gardiens de l’héritage antique et les seuls dépositaires de la civilisation. L’Église prend en charge l’instruction des enfants et les soins prodigués aux indigents. C’est la Chrétienté…

La Réforme protestante a mis fin à ce royaume de Dieu sur la terre en déchirant la tunique sans couture de l’Église. La Révolution française a substitué à la souveraineté du Christ-Roi dont le roi de France était le lieutenant, la souveraineté populaire au nom des droits de l’homme et du citoyen. L’abbé Grégoire (1750-1831), député à la Constituante (1789-1791) et à la Convention (1792-1795), incarne l’apostasie de la foi catholique et française au profit des “ Lumières ”, qui a triomphé au concile Vatican II, en 1965.

Le résultat, aujourd’hui, c’est la formidable, la terrifiante capacité d’attraction de l’État islamique. Parce qu’i l n’y a pas de milieu  : ou le Diable ou le Bon Dieu, il faut choisir. «  La vie n’est pas neutre  », disait le Maréchal. Face à la laïcité qui est un reniement de la Chrétienté, l’État islamique est porteur d’une “ utopie ” antichrist, promettant un changement total, une construction morale, religieuse et métaphysique pour parvenir à un monde nouveau, joyeux, mais oui  !

«  Joyeux  »  : quand ses émirs promettent aux jeunes recrues, à peine arrivées de France, de Belgique ou de Tunisie, de mourir dans un attentat suicide en causant le maximum de dégâts humains, comme le 14 juillet à Nice, le 14 juillet  ! c’est la joie de se battre jusqu’à la mort, de se vouer à une cause glorieuse avec ses camarades  : l’aventure, la révolution, la gloire ici-bas et dans l’au-delà  !

C’est leur “ prise de la Bastille ” à eux…

Et que leur opposons-nous  ? Le robinet d’eau tiède des appels à pratiquer un “ islam modéré ”… qui n’exista jamais  ! Sinon dans l’esprit de chrétiens apostats épris de confort, d’hygiène, et de “ sécurité ”, c’est-à-dire d’absence de risque  !

Quant à nos «  valeurs démocratiques  », elles sont sans force en face de ce nouveau «  califat  » musulman qui tient tête aux grandes puissances occidentales. En Irak, beaucoup de cheiks, chefs de tribus arabes sunnites, ont aussi bien accueilli la phase de conquête de l’État islamique qui mettait en échec le pouvoir chiite de Bagdad à la botte des Américains, avant de déchanter par la suite… Mais, globalement, la plupart des arabes sunnites préfèrent vivre sous la domination de Daech, plutôt que sous celle d’une coalition menée par les Américains et le gouvernement irakien.

Nous avons sans doute les moyens militaires de vaincre Daech, mais si c’est au nom de la société de consommation type “ Valeurs actuelles ”… l’islam conservera tout son pouvoir d’attraction. Le pape François a donné une autre réponse en «  vacillant  », à son habitude, mais “ du bon pied ”.

C’était dans son fameux entretien avec les journalistes de La Croix, en mai dernier  :

«  Devant l’actuel terrorisme islamiste, a déclaré le pape François, il conviendrait de s’interroger sur la manière dont a été exporté un modèle de démocratie trop occidentale dans des pays où il y avait un pouvoir fort, comme en Irak. Ou en Libye, à la structure tribale. On ne peut avancer sans tenir compte de cette culture. Comme disait un Libyen il y a quelque temps  : “ Autrefois, nous avions Kadhafi, maintenant, nous en avons cinquante. ”

«  Sur le fond, la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible. Je viens d’un pays où ils cohabitent en bonne familiarité. Les musulmans y vénèrent la Vierge Marie et saint Georges. Dans un pays d’Afrique, on m’a rapporté que pour le Jubilé de la miséricorde, les musulmans font longuement la queue à la cathédrale pour passer la Porte sainte et prier la Vierge Marie. En Centrafrique, avant la guerre, chrétiens et musulmans vivaient ensemble et doivent le réapprendre aujourd’hui. Le Liban aussi montre que c’est possible.  » (16 mai 2016)

Alors, Très Saint Père, qu’attendez-vous pour consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie  ? Pour achever de convertir ces âmes qui s’approchent de Dieu et que féconde le sang des martyrs.

Lorsque le pape François dit qu’il «  redoute  » le terme même de «  racines chrétiennes  » de l’Europe, il rompt avec ses deux prédécesseurs, Benoît XVI et Jean-Paul II et, en deçà, avec «  les pères fondateurs  » de l’Europe, dirigeants démocrates-chrétiens.

L’idée de Benoît XVI et de Jean-Paul II était de transformer l’Europe chrétienne en Europe des Lumières, en troquant l’Évangile contre la Déclaration des droits de l’homme. À cet égard, «  l’Europe chrétienne  » de Benoît XVI et de Jean-Paul II est un héritage de l’abbé Grégoire, en passant par Paul VI, disciple de Jacques Maritain.

Ces «  racines-là  », François les récuse. Et nous aussi  ! Avec les Anglais aujourd’hui. Et après les Danois en 1992 et 2000, et les Irlandais en 2001 et 2008, et les Suédois en 2003, les Français en 2005, et les Hollandais en 2005 aussi, et les Grecs en 2015.

Alors l’Europe de Jean Monnet, très peu pour nous  ! Ce que nous voulons, c’est la France, la France seule, de Thérèse, de Jeanne d’Arc et de Monsieur saint Michel.

Nous avons fait pèlerinage au Puy pour gagner le grand jubilé, comme les bons Français de 1429, tandis que Jeanne se mettait en route vers le Dauphin.

La France de 1429 était dans un état comparable à la France d’aujourd’hui. Il suffit de relire le chapitre premier de sœur Hélène pour s’en rendre compte. Le royaume, si prospère à la mort de Charles V, tombait dans la banqueroute. La misère s’étendait à tout le peuple  : pillages, guerres, rançons, épidémies ravageaient le pays. La peste noire enlèvera quatre-vingt mille personnes en quatre mois.

Quant à l’Église, elle se mourait du Grand Schisme d’Occident qui la déchirait depuis 1378. Aujourd’hui elle se meurt de l’hérésie, du schisme et des scandales qui sont le fruit du concile Vatican II.

Les Turcs menaçaient d’envahir l’Europe, comme aujourd’hui  ! une Croisade, conduite par le futur Jean sans Peur, se fera écraser à Nicopolis, en 1396.

L’Europe de Jean Monnet, c’est un abandon de souveraineté, comme au traité de Troyes, le 21 mai 1420  : «  L’horrible traité de Troyes qui achevait la ruine du royaume  : Charles VI donnerait sa fille Catherine à Henri V d’Angleterre, qui serait ainsi reconnu maître du gouvernement de la France et héritier unique, exclusif, du trône de Saint Louis  !  »

Mais aujourd’hui, c’est pire, en raison de la laïcité, contradiction infernale de ce principe adressé par Jean Gerson, théologien et docteur mystique de la monarchie très chrétienne, à Charles VI, dans un sermon pour la fête de l’Épiphanie 1391, vingt ans avant la naissance de sainte Jeanne d’Arc  :

«  Sans vraie et dévote religion, sans sujétion à Dieu et bonne obéissance, aucun homme ne peut estre roy appelé, car un homme ne mérite point qu’un aultre lui soit sujet, quant à son vray Dieu et droiturier seigneur estre sujet ne veult  !  »

Loin d’entendre la leçon de Jean Gerson, le roi Charles VI se dissipait, entraînant son royaume dans la décadence, lui le Roi très chrétien, héritier de Charlemagne et de Saint Louis  ; fils de Charles V le Sage qui, le jour de son sacre, avait ajouté, de son propre chef, au serment royal  :

«  Je conserverai inviolablement la supériorité, les droits et les dignités de la couronne de France, et je ne les transporterai ni aliénerai.  »

Au lieu de s’humilier devant le Roi des Cieux, Charles VI préparait une expédition en Italie pour chasser le Pape romain et imposer à toute la Chrétienté le pape d’Avignon, quand, le 5 août 1392, dans la forêt du Mans, un accès de folie le frappa et, à travers lui, en son chef, toute la France. Punition jamais vue pour un roi de France. Au siècle suivant, de la révolution cabochienne (1413) au honteux traité de Troyes (1420), en passant par la défaite d’Azincourt (1415), la France court aux abîmes.

Véritable préfiguration de la Révolution française qui sera, trois cents ans plus tard, elle aussi, la punition du refus opposé par le roi Louis XIV aux demandes du Sacré-Cœur qui voulait régner dans son cœur, et figurer sur ses drapeaux.

Cependant, dans la nuit du 6 janvier 1412, au village de Domrémy, les coqs se mirent soudain à chanter bien avant l’heure. Surpris, les habitants se demandaient quel événement cela présageait. Mais, fait extraordinaire, bien des cœurs pressentaient qu’advenait une joie nouvelle. Une fille, Jeannette, était née, chez le laboureur Jacques d’Arc.

Ainsi Messire Dieu voulait-il souligner la naissance de cette petite prédestinée qui devait relever un jour le trône de nos rois. Ne sourions pas trop vite, nous recommande sœur Hélène dans son chapitre deuxième. Les docteurs de Poitiers eux-mêmes, après enquête, attesteront dans leur sentence sur Jeanne  :

«  De sa naissance et de sa vie, plusieurs choses merveilleuses sont dites comme vraies.  »

Le baptême eut lieu le jour même, en l’église paroissiale vouée à saint Remi, l’évêque par le ministère duquel la France était née au baptistère de Reims, avec le sacre de Clovis (p. 21).

Une course de géant va conduire en moins de vingt ans cette enfant de sa naissance miraculeuse à la mort, dans un cri non moins miraculeux, le martyre enduré pour son Dieu et pour son Roi, qui mit le sceau à la plus irréprochable et la plus sainte des missions, mystique et politique, pour le salut du royaume de France, modèle de tout salut à venir.