La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 168 – Octobre 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA LUMIÈRE ET LES TÉNÈBRES

Sœur Lucie au carmel de Coïmbre

Sœur Lucie, à gauche, au carmel de Coïmbre, contemple la statuette de Notre-Dame de Fatima.

APRÈS sa rencontre avec sœur Lucie, en 1977, le cardinal Luciani, patriarche de Venise, futur Jean-Paul Ier, n’hésitait pas à la considérer comme une grande sainte. Il confiait à sœur Vincenza, attachée à son service  :

«  Après sa mort, sœur Lucie sera connue et aimée dans le monde entier, comme le fut sainte Bernadette de Lourdes. Le monde entier connaîtra les faits extraordinaires et les conversions opérées par Notre-Seigneur et par la Madone à la prière de sœur Lucie.

«  Quand sa solitude lui fut la plus amère et l’hostilité de tous la plus forte, pendant le temps même des apparitions, la Sainte Vierge fut auprès d’elle d’une manière visible.

«  “ Lucie, tu souffres beaucoup, lui dit-elle, ne te décourage pas, je ne t’abandonnerai jamais. Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira à Dieu. Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer ”.  »

La comparaison s’impose avec sœur Mary Teresa, entrée chez les “ Sœurs de Lorette ” en 1928 à l’âge de dix-huit ans, qui entendit «  l’appel dans l’appel  » dans un train vers Darjeeling, en Inde, le 10 septembre 1946, et ensuite à plusieurs reprises dans les mois qui suivirent. Jésus lui demandait, par des locutions intimes et visions intérieures, de fonder une communauté religieuse consacrée au service des plus pauvres, afin «  d’étancher sa soif d’amour des âmes  ».

En 1917, Lucie, François et Jacinthe entendirent Marie leur dire que Dieu voulait établir dans le monde la dévotion à son Cœur Immaculé  :

«  À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut  ; ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par moi pour orner son trône.  »

Jésus a-t-il changé d’idée entre 1917 et 1946  ? À cette époque, sœur Lucie, religieuse dorothée, songe, elle aussi, à quitter sa congrégation, mais pour entrer au Carmel. Tandis que sœur Mary Teresa entend Jésus lui dire  :

«  Je veux des religieuses indiennes, victimes de mon amour, qui soient Marthe et Marie, qui soient si unies à Moi qu’elles puissent rayonner mon Amour vers les âmes. Je veux des religieuses libres.  »

«  Libres  » de quoi  ?

«  … couvertes de la pauvreté de la Croix, couvertes de mon obéissance sur la Croix. Je veux des religieuses pleines d’Amour, couvertes de la charité de la Croix. Refuseras-tu de faire cela pour moi  ?  »

Et la «  dévotion au Cœur Immaculé de Marie  »  ? Non seulement Jésus a «  oublié  », mais ces paroles reflètent un étrange mépris de la congrégation indigène des Filles de Sainte-Anne, implantée en Inde en 1931  !

Bien plus  : en exposant son projet de fondation, Mary Teresa laisse voir le sens de cet «  appel de l’appel  »… à la «  liberté  »…

«  Dans l’Ordre, on pourra accepter des jeunes filles de toutes les nationalités, mais elles devront prendre la mentalité indienne.  » Ici se dévoile l’esprit novateur qui commande le rejet de la méthode traditionnelle des missions, à l’exemple du Père de Nobili, jésuite qui prétendait se démarquer de saint François Xavier et de la méthode d’ “ occidentalisation ” des Portugais à Goa, appelée “ pranghisation ” par le Père de Nobili, déformation en usage au Levant du mot “ francisation ”  !

Ainsi mère Teresa s’apparente aux Pères Lebbe et Monchanin plutôt qu’à Charles de Foucauld  !

Cependant, l’objectif demeure pleinement catholique, apparemment  :

«  Dieu m’appelle, indigne et pécheresse que je suis. Je désire tout lui donner pour les âmes. On croira que je suis folle, après tant d’années, de commencer quelque chose qui ne me procurera que des souffrances, mais Lui m’appelle à réunir quelques compagnes et à commencer l’œuvre, lutter contre le démon afin de lui arracher les milliers d’âmes qu’il détruit chaque jour.  »

UNE APOSTASIE FORMELLE

«  Je pense que nous aurons quelque difficulté à l’appeler sainte Teresa  », a dit le pape François en la canonisant, aux applaudissements amusés de la foule  ! Non pas seulement «  quelque difficulté  », Très Saint Père, mais une impossibilité  ! Puisqu’elle n’avait pas la foi catholique  !

Mère Teresa personnifie, en vérité, les ténèbres qui recouvrent aujourd’hui la foi de l’Église et plonge le monde entier dans ce que sœur Lucie appelle «  une désorientation diabolique  ». Un texte, écrit en forme de prière, adressée à qui  ? révèle avec une force singulière dans quelles ténèbres mère Teresa est entrée moins de dix ans après la fondation des “ Missionnaires de la Charité ”, pour n’en plus sortir, jusqu’à sa mort en 1997.

Ce texte est daté du 3 juillet 1959, année de l’indiction du Concile par Jean XXIII. Cette année-là, ce Pape a lu le “ troisième Secret ” dont Notre-Dame avait explicitement demandé la divulgation en 1960. Mais le pape Jean XXIII s’est détourné résolument de cette lumière  : “ Cela ne concerne pas mon pontificat ”, a-t-il déclaré, plongeant par ces seules paroles l’Église dans les ténèbres jusqu’aujourd’hui.

«  Seigneur, mon Dieu, qui suis-je pour que tu m’abandonnes  ? L’enfant de ton amour – et qui maintenant est devenu le plus détesté – celui que Tu as rejeté, non désiré – non aimé. J’appelle, je m’accroche, je veux – et il n’y a Personne pour répondre – personne à qui je puisse m’accrocher – non, Personne. – Seule. L’obscurité est si sombre – et je suis seule. – Non désirée, abandonnée. – La solitude du cœur qui désire l’amour est insupportable. – Où est ma foi  ? – Même tout au fond, juste là, il n’y a rien que le vide et l’obscurité. – Mon Dieu – Comme est douloureuse cette douleur inconnue. Elle me fait souffrir sans cesse. – Je ne crois en rien – je n’ose pas prononcer les mots et les pensées qui se bousculent dans mon cœur – et me font souffrir une terrible agonie. Tant de questions sans réponse vivent en moi – J’ai peur de les découvrir – de peur du blasphème. – Si Dieu existe, qu’il me pardonne. – “ Croire que toute volonté s’achève au Paradis avec Jésus  ? ” – Quand j’essaie d’élever mes pensées au Paradis – Il y a un tel vide que ces pensées reviennent comme des couteaux tranchants et blessent mon âme. – Amour – le mot – n’évoque rien. – On me dit que Dieu m’aime – et pourtant l’obscurité, la froideur et le vide sont une réalité si grande que rien ne touche mon âme. Avant de commencer à travailler (ndlr  : pour les débuts de sa mission en Inde), je connaissais une telle union – amour – foi – confiance – prière – sacrifice. – Ai-je fait une erreur en m’abandonnant aveuglément à l’appel du Sacré-Cœur  ?  » (La Croix, 29-30 septembre 2007, citée dans Il est ressuscité n° 63, novembre 2007, p. 5)

Mère Teresa priant devant une statue de Bouddha (détail)

À la pagode bouddhiste, mère Teresa abîmée dans la prière, devant la statue de Bouddha (détail de la photo ci-dessous  ; avec l’autorisation de Missi / Sunil Kumar Dutt).

Pour atténuer le scandale soulevé par la publication des lettres de mère Teresa révélant qu’elle avait perdu la foi, ses admirateurs l’ont comparée à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus plongée dans la “ nuit spirituelle ” pendant les dix-huit derniers mois de sa vie ici-bas. Il suffit de citer la parole de sainte Thérèse, le jour même de sa mort, le 30 septembre 1897, pour comprendre qu’il y a un abîme, oui  ! l’abîme qui sépare le Ciel et l’enfer, entre mère Teresa et sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus  :

«  Ô ma Mère, je vous assure que le calice est plein jusqu’au bord  !… Mais le Bon Dieu ne va pas m’abandonner, bien sûr… Il ne m’a jamais abandonnéeOui, mon Dieu, tout ce que vous voudrez, mais ayez pitié de moi  !  »

Et cependant, il est vrai que mère Teresa illustre ce que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a compris et éprouvé  :

«  Aux jours si joyeux du temps pascal, Jésus m’a fait sentir qu’il y a véritablement des âmes qui n’ont pas la foi, qui par l’abus des grâces perdent ce précieux trésor, source des seules joies pures et véritables.  »

C’est exactement le cas de mère Teresa  ! «  L’abus des grâces  » qui fut la cause de la perte de la foi, chez mère Teresa, consista dans la multiplication des actes d’idolâtrie, dont un numéro spécial de la revue missionnaire Missi publiait l’incroyable témoignage photographique, sous le titre Mère Teresa aux dimensions du monde, en mars 1976. On y voit la religieuse, dans la pagode bouddhiste, abîmée dans la prière, devant la statue de Bouddha. Tandis que sainte Thérèse, elle, multipliait les actes de foi  : «  Je crois avoir fait plus d’actes de foi depuis un an que pendant toute ma vie.  »

La cause est entendue  : la canonisation de mère Teresa est un scandale  ! N’a-t-elle pas dit elle-même, lucide comme un démon  : «  Si un jour je deviens une sainte… je serai sûrement celle des ténèbres, je serai continuellement absente du Paradis.  »

Il y a de quoi faire se retourner dans leur tombe nos missionnaires, comme le Père Roulland, par exemple, qui écrivait à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus en 1896, à son arrivée en Chine  :

«  Nous entrons dans une pagode, espèce de temple où le diable se fait adorer sous toutes les faces. Ça fait mal au cœur de voir les Chinois se prosterner devant ces formes hideuses, rangées autour d’une grande salle aux murs noircis par la fumée des cierges. J’avais mon parasol en main et je me serais volontiers payé le plaisir de cogner sur tous ces diables  : mais j’aurais payé cher ce plaisir.

Mère Teresa priant devant une statue de Bouddha

( Photo   : Missi / Sunil Kumar Dutt )

«  Enfin, nous arrivons dans une église catholique  ; autrefois, c’était une pagode et aujourd’hui à la place du vieux Bouddha, une statue de la Vierge Immaculée nous tend les bras…  »

C’est précisément cette Vierge Immaculée qu’évacue et supplante mère Teresa  ! Lors de sa béatification, Mgr Machado, prélat indien, secrétaire adjoint du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, observait que «  mère Teresa a depuis longtemps été intégrée au panthéon hindou  ». Elle a donc pris la place de la Sainte Vierge  !

«  Par son engagement auprès des pauvres, par-delà les castes et les religions, par son style de vie, par son inlassable travail, elle avait touché des millions et des millions de personnes qui n’ont pas attendu les décisions romaines pour l’honorer comme une sainte.  » Et même comme une “ déesse ”  !

Elles pouvaient le faire d’autant plus facilement que mère Teresa ne leur demandait pas de changer de religion…

En effet, elle ne cherchait pas à convertir les malheureux auxquels elle portait secours. Tel ce “ prêtre ” de la déesse Kalighat, abandonné mourant dans la rue, que les Missionnaires de la Charité avaient recueilli et soigné. Non seulement mère Teresa était devenue une véritable “ déesse ” à ses yeux, mais elle fit la preuve ce jour-là, aux yeux des autres prêtres du temple hindou, qu’elle n’était pas venue pour convertir la population au christianisme. C’est pourquoi, explique le Père Dominic Emmanuel, prêtre indien de la Société du Verbe divin, porte-parole de l’archevêché de New Delhi, «  aujourd’hui, pratiquement tous les hindous l’ont élevée sur un piédestal, et souvent bien plus haut que leurs propres saints et saintes  !  »

Mère Teresa chez les jaïns.

Mère Teresa chez les jaïns. À gauche, on voit assis l’un des quatre ascètes digambards de la stricte observance ( Missi / Sunil Kumar Dutt ).

«  DÉSORIENTATION DIABOLIQUE  »

Que s’est-il donc passé entre 1950 et 1975  ? Un fait aujourd’hui bien connu  : dans cette «  bataille décisive  » que le démon livrait à la Vierge, au dire de sœur Lucie (au Père Fuentes en 1957), un aveuglement irrémédiable de la hiérarchie de l’Église réunie en Concile a substitué au «  dogme de la foi  » un “ dogme ” nouveau introduit comme un venin dans les veines de l’Église, y causant une extinction totale du zèle missionnaire qui embrasait son Cœur depuis vingt siècles.

On lit ce dogme nouveau au numéro 22 de la constitution Gaudium et spes, paragraphe 2  :

«  Car, par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme.  »

Il ne faut pas s’étonner de voir ce texte revenir quatre fois sous la plume de Jean-Paul II, dans sa première encyclique Redemptor hominis du 4 mars 1979, puisque Karol Wojtyla en fut l’inspirateur au Concile.

Le Pape se cite donc lui-même, tout en affirmant que l’Esprit de Dieu a parlé au Concile  :

«  Pouvons-nous – malgré toutes les faiblesses, toutes les déficiences accumulées au cours des siècles passés – ne pas avoir confiance en la grâce de Notre-Seigneur, telle qu’elle s’est révélée par la parole de l’Esprit-Saint que nous avons entendue durant le Concile  ?  »

Cette Révélation nouvelle, dont Karol Wojtyla fut le canal, divinise l’homme d’un coup, rendant superflus la Croix du Christ, l’Église, la foi, le baptême, la Chrétienté. Tout homme se trouve «  élevé à une dignité sans égale  », selon les propres termes du Pape, par le seul fait de la venue de Jésus en ce monde. Avant même d’offrir son sacrifice d’expiation sur la Croix, le Fils de Dieu, s’étant fait homme, a communiqué à tous les hommes, en quelque manière, sa divinité  ; il les a sauvés déjà en espérance et leur a mérité à tous la capacité de faire leur salut là où ils se trouvent, avec les moyens dont ils disposent et qui sont leurs diverses religions (cf. Il est ressuscité n° 16, novembre 2003, p. 5-8)

Il en résulte ce que l’abbé de Nantes, notre Père, appelait «  l’unanimisme gnostique  » de Jean-Paul II.

Dans son homélie de canonisation, le pape François a cité le prophète Osée, comme Notre-Seigneur dans l’Évangile, disant aux pharisiens qui lui reprochaient de «  manger avec les publicains et les pécheurs  »  : «  Allez donc apprendre ce que signifie “ C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice. ” (Os 6, 6) En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs (Mt 9, 13).  »

Et le Pape d’ajouter  : «  Toute œuvre de miséricorde plaît à Dieu, parce que dans le frère que nous aidons nous reconnaissons le visage de Dieu que personne ne peut voir (cf. Jn 1, 18).  »

La référence à saint Jean nous éloigne de tout “ gnosticisme ” wojtylien et exprime une profonde vérité catholique  : «  Nul n’a jamais vu Dieu  ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaître.  » Mais ce verset ne peut même pas s’appliquer à mère Teresa puisqu’elle n’avait pas la foi dans le Dieu que nul ne peut voir et que Jésus-Christ seul nous a révélé…

Mère Teresa entre les deux chefs de la communauté sikh.

Mère Teresa entre les deux chefs de la communauté sikh. ( photo   : Missi / Sunil Kumar Dutt )

Cependant, le pape François en a fait l’application à la foule réunie place Saint-Pierre, ce jour-là, à l’occasion du jubilé de la Miséricorde, en la comparant aux grandes foules qui «  faisaient route avec Jésus  » (Lc 14, 25)  :

«  Vous êtes cette foule qui suit le Maître et qui rend visible son amour concret pour chaque personne  », a-t-il lancé.

Et le pape François est le vicaire du «  Maître  » rendu actuel à nos yeux et agissant par ses mains.

Il a finalement donné en exemple «  mère Teresa, tout au long de son existence généreuse dispensatrice de la miséricorde divine en se rendant disponible à travers l’accueil et la défense de la vie humaine, la vie dans le sein maternel comme la vie abandonnée et rejetée qu’on laisse mourir au bord des routes, en reconnaissant la dignité qu’on leur a donnée  ».

Douze jours plus tard, le 16 septembre, le pape François a visité deux structures de «  service en faveur de la vie  », dédiées «  aux nouveau-nés et aux personnes en phase terminale. Ce service, du début à la fin de l’existence… ici-bas, fut au cœur de la vie des Missionnaires de la charité  ».

Et la «  phase  » de l’au-delà  ? N’existe pas  : Le Ciel… connaît pas  !

Selon un communiqué du Bureau de presse du Saint-Siège, par ces deux visites le Pape «  a voulu donner le signe fort de l’importance de la vie, de ses premiers instants jusqu’à la fin naturelle  ».

Exit la fin surnaturelle  !

Pourtant, à Assise, le 4 août, le Pape a commencé ainsi sa méditation à la chapelle de la Portioncule  : «  J’aimerais rappeler aujourd’hui, avant tout, les paroles que, selon une antique tradition, saint ­François a prononcées ici même, devant tout le peuple et devant les évêques  : “ Je désire vous envoyer tous au Paradis. ” Que pouvait le Petit Pauvre ­d’Assise demander de plus beau, sinon le don du salut, de la vie éternelle avec Dieu et de la joie sans fin, que Jésus a obtenus pour nous par sa mort et sa résurrection  ?  » Et joignant le geste à la parole, le Pape s’est installé au confessionnal pendant que l’assistance récitait le chapelet, hors programme  !

DÉVOTION RÉPARATRICE

Le Pape accomplissait ainsi ce que Notre-Dame est précisément venue demander à Pontevedra  :

«  Alors que je traversais un océan d’angoisses, raconte sœur Lucie, la chère Mère du Ciel daigna venir de nouveau à la rencontre de sa pauvre fille, à qui elle avait promis sa protection spéciale.

«  C’était le 10 décembre 1925. J’étais dans ma chambre, quand elle s’illumina tout à coup; c’était la lumière de la chère Mère du Ciel qui venait avec Jésus Enfant sur une nuée lumineuse. Notre-Dame, comme si Elle voulait m’inspirer du courage, posa doucement sa main maternelle sur mon épaule droite, en me montrant en même temps son Cœur Immaculé entouré d’épines, qu’elle tenait dans l’autre main.

«  L’Enfant-Jésus me dit  : “ Aie compassion du Cœur de ta très Sainte Mère, couvert des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer. ”

«  Ensuite la très Sainte Vierge me dit  : “ Vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines que les hommes ingrats m’enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet, et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mys­tères du Rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme. ”

«  Après cette grâce, comment pouvais-je me soustraire au plus petit sacrifice que Dieu voudrait me demander  ? Pour consoler le Cœur de ma chère Mère du Ciel, je serais contente de boire jusqu’à la dernière goutte le calice le plus amer. Je désirais souffrir tous les martyres pour offrir réparation au Cœur Immaculé de Marie, ma chère Mère, et lui retirer une à une toutes les épines qui le déchirent, mais je compris que ces épines sont le symbole des nombreux péchés qui se commettent contre son Fils, et se communiquent au Cœur de sa Mère. Oui, parce que par eux beaucoup d’autres de ses fils se perdent éternellement.  »

L’ENFER EXISTE…

«  C’est une vérité qu’il est nécessaire de rappeler beaucoup dans les temps présents, parce qu’on l’oublie, écrivait sœur Lucie à son neveu Manuel Valinho, le 13 octobre 1940  : c’est en tourbillon que les âmes tombent en enfer.  »

À un autre séminariste, en 1942  : «  Efforcez-vous d’arracher un grand nombre, le plus grand nombre d’âmes à l’enfer. Tomber là, oui, c’est un véritable malheur  !… Un malheur éternel, dont on peut beaucoup se lamenter en cette vie et en l’autre. Les malheurs de ce monde, parfois, sont grands et ils nous effraient et nous épouvantent, mais tout passe comme l’herbe des champs, tandis que l’éternité, l’éternité malheureuse pour tant de millions et de millions d’âmes, elle, ne passera jamais.  »

Sœur Lucie a souvent insisté sur la nécessité d’une réforme des mœurs, parce qu’elle a vu de ses yeux vu, le 13 juillet 1917, l’enfer où un si grand nombre d’âmes endurent pour l’éternité les atroces tourments des damnés. Elle en témoigna avec une remarquable fermeté lors de son entrevue avec le Père Ricardo Lombardi, fondateur du mouvement Pour un monde meilleur. Ce jésuite italien rapporta ses avertissements dans le journal de la Cité du Vatican, L’Osservatore della domenica, du 7 février 1954  :

«  Je suis allé à Coïmbre […]. Derrière les grilles du parloir, j’ai entrevu celle à qui la Vierge a confié ses révélations. Un visage simple, une voix claire où l’on ne remarque aucun artifice. Elle souffrait un peu de la fièvre. Je l’ai interrogée  : “ Dites-moi si le mouvement Pour un monde meilleur, elle le connaissait, est la réponse de l’Église aux paroles de la Vierge  ?

Mon Père, me répondit-elle, certainement cette grande rénovation est nécessaire. Si l’humanité ne cherche pas à se parfaire, étant donné la façon dont elle se ­comporte à présent, une partie limitée seulement du genre humain sera sauvée.

 Croyez-vous vraiment que beaucoup vont en enfer  ? Personnellement, j’espère que Dieu sauvera la plus grande partie de l’humanité. J’ai même écrit un livre auquel j’ai donné pour titre  : “ Le salut de ceux qui n’ont pas la foi ”.

 Mon Père, nombreux sont ceux qui se damnent.

 Il est certain que le monde est une sentine de vices et de péchés. Mais il y a toujours un espoir de salut.

 Non, mon Père, beaucoup, beaucoup se perdront. ”  »

… LE CIEL AUSSI

Le 3 janvier 1944, sœur Lucie bénéficia de nouveau des encouragements de Notre-Dame. Ayant reçu de Mgr da Silva l’ordre qu’elle attendait pour rédiger le troisième Secret, c’est-à-dire un «  ordre exprès  », elle n’y parvenait pas. Agenouillée à l’heure de sa visite au Saint-Sacrement devant le Tabernacle, en proie à cette impuissance et pourtant bien certaine que l’ordre de l’évêque était l’expression de la volonté de Dieu, «  perplexe, à moitié absorbée, sous le poids d’une nuée obscure qui semblait planer au-dessus de moi, le visage dans les mains, j’attendais, sans savoir comment, une réponse. Je sentis alors une main amie, tendre et maternelle, me toucher l’épaule  ; je levai les yeux et je vis ma chère Mère du Ciel.

«  “ Ne crains pas, Dieu a voulu éprouver ton obéissance, ta foi et ton humilité  ; sois en paix et écris ce qu’ils te demandent, mais pas ce qu’il t’a été donné de comprendre de sa signification. Après l’avoir écrit, mets-le dans une enveloppe, ferme- la et cachette-la, et écris à l’extérieur qu’elle ne pourra être ouverte qu’en 1960, par le cardinal patriarche de Lisbonne ou par Mgr l’évêque de Leiria. ”

«  Et je sentis mon esprit inondé par une mystérieuse lumière qui est Dieu, et en Lui je vis et j’entendis – la pointe d’une lance comme une flamme qui se dégage, touche l’axe de la terre – celle-ci tremble  : montagnes, villes, bourgs et villages avec leurs habitants sont ensevelis. La mer, les fleuves et les nuages sortent de leurs frontières, débordent, inondent et emportent avec eux dans un tourbillon maisons et gens en nombre incalculable  ; c’est la purification du monde pour le péché dans lequel il est plongé. La haine, l’ambition provoquent la guerre destructrice  !

«  Puis je sentis, parmi les battements accélérés de mon cœur et dans mon esprit, l’écho d’une voix douce qui disait  : “ Dans le temps, une seule foi, un seul baptême, une seule Église, sainte, catholique, apostolique. Dans l’éternité, le Ciel  ! ” Ce mot Ciel remplit mon âme de paix et de bonheur, de telle sorte que presque sans m’en rendre compte, je restai à répéter longtemps  : “ Le Ciel  ! Le Ciel  ! ” Dès que se fut évanouie la grande force du surnaturel, j’allai écrire et je le fis sans difficulté, le 3 janvier 1944, à genoux, appuyée sur mon lit qui me servait de table.  »

Dès lors, les ténèbres n’eurent de cesse de rejeter cette révélation, dont sœur Lucie était la messagère, comme au Congrès mariologique qui se déroula du 6 au 11 septembre dernier à Fatima.

frère Bruno de Jésus-Marie.