La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 168 – Octobre 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


VINGT-QUATRIÈME CONGRÈS DE L’ACADÉMIE PONTIFICALE MARIALE INTERNATIONALE

NOTRE-DAME DE FATIMA ET VATICAN II
DÉSACCORD TOTAL

par frère François de Marie des Anges.

QUE fera le pape François le 13 mai prochain à Fatima pour le centenaire des apparitions  ? Marchera-t-il sur les pas de ses prédécesseurs, le bienheureux (  ?) Paul VI, saint (  ?) Jean-Paul II et Benoît XVI, en y occultant scandaleusement le message de la Vierge au Cœur Immaculé  ? Allons-nous assister à un redoublement de la «  lutte diabolique contre le message  », pour reprendre l’expression même de sœur Lucie  ?

Ou bien ouvrira-t-il son cœur à la grâce et au mystère de Fatima  ? Va-t-il «  écouter attentivement la Mère de Dieu  », comme il le recommandait le 11 mai dernier en évoquant la fête liturgique de Notre-Dame de Fatima  ?

Tout notre avenir en dépend. Notre avenir, c’est-à-dire le salut éternel d’une multitude d’âmes ou leur perte, le redressement de l’Église ou la «  désorientation diabolique  » généralisée, la paix du monde ou sa ruine par les famines et la «  guerre en morceaux  », comme dit le pape François.

Or, pour préparer le centenaire des apparitions et le pèlerinage du Pape, l’Académie pontificale mariale internationale a organisé à Fatima du 6 au 11 septembre dernier son vingt-quatrième Congrès mariologique, sur le thème  : “ L’événement de Fatima, cent ans après  : histoire, message et actualité ”.

C’était la première fois que cette Académie, qui réunit un tel Congrès tous les quatre ans, prétendait traiter des apparitions et du message de Fatima de A à Z, et elle le faisait avec l’approbation et les encouragements du pape François qui y délégua un envoyé spécial, le cardinal José Saraiva Martins, clarétain et ancien préfet de la Congrégation pour les causes des saints, de 1998 à 2008.

Bref, c’était un événement, et nous y étions  ; nous, c’est-à-dire frère Michel-Marie du Cabeço et moi, ainsi qu’une dizaine d’amis phalangistes.

DOCUMENTAÇAO CRITICA DE FATIMA  :
70 ANS DE DÉMARCHES… MÉCONNUES

La première partie des sessions plénières du Congrès traitait des documents de Fatima.

Son principal orateur fut le chanoine Luciano Coelho Cristino  : licencié en théologie dogmatique et en histoire ecclésiastique de l’université grégorienne de Rome, et licencié en histoire de l’université de Coïmbre, chapelain du sanctuaire de Fatima, il fut de 1976 à 2013 directeur de son Service d’études et de diffusion, c’est-à-dire responsable des archives du sanctuaire et de leur publication. Il est, de surcroît, membre de la Commission historique du procès de béatification de sœur Lucie, et membre de l’Académie pontificale mariale internationale.

À son arrivée au sanctuaire, au début des années 1970, il aida le Père Joaquin Alonso, expert officiel de Fatima, à achever son œuvre monumentale Fatima, textes et études critiques, en vingt-quatre volumes, dont la publication fut différée sine die en 1974 par le nouvel évêque de Fatima, nommé par Paul VI, Mgr Alberto do Amaral, parce que, disons-le sans ambages, les révélations de la Vierge de Fatima ne s’accordent pas avec la réforme de l’Église décrétée au second Concile du Vatican.

Après la mort du Père Alonso, le chanoine Cristino enterra son œuvre et publia de 1992 à 2013 une nouvelle “ documentation critique ”, en quinze tomes (8217 pages), réalisée sous le patronage scientifique de l’Université catholique portugaise.

Lors du Congrès, le 7 septembre 2016, il présenta la nomenclature de sa Documentaçao critica de Fatima (éd. Santuario de Fatima). On y trouve, entre autres documents, tous les articles sur Fatima, de 1917 à 1930, publiés par la presse portugaise anticléricale, articles mensongers, rédigés par des francs-maçons, contenant blasphème sur blasphème.

Pourquoi les avoir scrupuleusement rassemblés et reproduits  ?

Cette nouvelle “ documentation critique ” n’est pas la reprise et l’aboutissement de celle préparée par le Père Joaquin Alonso, qui contenait 5396 documents allant des origines jusqu’au 12 novembre 1974. Elle couvre une période plus limitée, de 1917 à 1930, et s’arrête donc à la reconnaissance canonique des apparitions de 1917, juste après la théophanie de Tuy (13 juin 1929), au moment où sœur Lucie, âgée de vingt-trois ans, commence à remplir sa mission, en demandant au Saint-Père la consécration de la Russie et l’approbation de la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois.

Cette “ nouvelle documentation ” est «  une édition expurgée… de la vérité  », comme le prévoyait l’abbé de Nantes (CRC n° 276, septembre 1991, p. 25). Elle occulte les documents concernant les innombrables démarches de sœur Lucie pour faire connaître à la hiérarchie les demandes de Notre-Dame, de 1930 à 2000, c’est-à-dire pendant soixante-dix ans  !

De plus, toutes ses révélations postérieures à 1930 sont mises sous le boisseau. Notamment l’avertissement de Notre-Seigneur d’août 1931  : «  Ils n’ont pas voulu écouter ma demande  ! Fais savoir à mes ministres, étant donné qu’ils suivent l’exemple du roi de France en retardant l’exécution de ma demande qu’ils le suivront dans le malheur. Jamais il ne sera trop tard pour recourir à Jésus et à Marie.  » (frère François de Marie des Anges, Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, éd. CRC, 2014, p. 213)

BRIGANDAGE.

En cette première matinée du Congrès, la conférence du chanoine Cristino fut suivie d’une période de questions posées sur de petits papiers.

Le chanoine les lit  : «  Quelles sont les sources les plus sûres  ? Les interrogatoires du curé de 1917 ou les Mémoires de sœur Lucie  ?

– Les Mémoires seront étudiées plus tard au cours du Congrès.  »

Autre question  : «  Sœur Lucie a-t-elle eu des révélations après 1917  ?

 Je ne peux pas en parler. Il y a beaucoup de documents.  »

Le modérateur  : «  Donc, vous reconnaissez qu’elle a eu après 1917 des révélations qui ne sont pas encore accessibles au public.

– Dans l’édition de ses Mémoires, par la vice-postulation, il y a en annexe deux textes, l’un sur ses apparitions de Pontevedra, l’autre sur celle de Tuy.  »

J’avais écrit la question suivante  :

«  La Documentation critique de Fatima que vous avez publiée couvre la période 1917-1930.

«  Celle du Père Joaquin Alonso, dont vous avez parlé au début de votre exposé et qui demeure inédite, couvre la période 1916-1974. On y trouve les lettres de sœur Lucie demandant au Saint-Père la consécration de la Russie et l’approbation de la dévotion réparatrice des premiers samedis.

«  Ne serait-il pas urgent de publier ces lettres pour faire connaître ces demandes qui n’ont encore jamais été satisfaites  ?

«  Frère François de Marie des Anges.  »

J’avais signé de mon nom parce que le chanoine Cristino me connaît. Je l’ai rencontré pour la première fois à Fatima en octobre 1992, et il m’a ensuite reçu presque chaque année à son Service de documentation.

Le chanoine, qui comprend bien le français, prend mon papier  : «  Une question qui vient de France.  » Un instant de silence. «  “ Où se trouvent les lettres de sœur Lucie qui concernent la consécration de la Russie et les premiers samedis du mois  ? ”  »

Il répond  : «  Cette période n’est pas celle que j’ai étudiée.  »

Dès que la séance est achevée, je le rejoins sur l’estrade. «  La “ question qui vient de France ” était-elle la mienne  ?

 Oui.  »

Je suis stupéfait de sa malhonnêteté  !

Quelques instants plus tard, je l’aborde de nouveau  : «  Pourriez-vous m’accorder ces jours-ci un entretien. Je reste à Fatima durant le Congrès.

– Je suis fatigué. Je ne peux pas vous recevoir.

 Vous êtes membre de l’Académie pontificale mariale internationale. Vous avez une grande responsabilité dans ce Congrès.

 Je ne suis rien.  »

Je voulais m’entretenir avec lui parce que le chanoine est devenu le garant de la prétendue authenticité de lettres dites de sœur Lucie dont nous avons dénoncé le caractère apocryphe. Ces lettres falsifient son témoignage sur la consécration de la Russie et l’une d’entre elles adressée à Marie de Bélem, datée du 29 août 1989, a été publiée dans la biographie officielle de la voyante (Um caminho sob o olhar de Maria, éd. Carmelo de Coimbra, 2013, p. 205).

Puisqu’il refusait de me donner un rendez-vous, je décidais de lui parler aussitôt  :

«  Vous êtes la personne qui connaît le mieux les documents de Fatima. Vous avez travaillé avec le Père Alonso pour l’aider à achever son œuvre monumentale inédite qui contient toutes les demandes concernant la consécration de la Russie et la dévotion réparatrice. Elle est conservée aux archives du sanctuaire.

«  Vous connaissez ma dénonciation des quatre lettres apocryphes de sœur Lucie qui travestissent son témoignage. Vous n’avez rien répondu à mes démonstrations par la critique interne de ces documents.

«  Il y a vingt-cinq ans, en 1990, après notre publication de vos confidences à monsieur David Boyce sur le témoignage (authentique) de sœur Lucie (CRC n° 268, octobre 1990, p. 10), vous avez reçu une monition de l’évêque de Fatima et vous vous êtes engagé à ne pas vous prononcer sur la consécration de la Russie.

«  Aujourd’hui, vous êtes à la retraite, donc libre. Vous êtes la personne la mieux placée pour communiquer au Saint-Père la demande de consécration de la Russie. Vous le pouvez, vous le devez.

 Merci, merci.

 Vous allez paraître devant Dieu qui vous demandera  : “ Qu’avez-vous fait pour informer le Saint-Père  ? ”  »

Il s’éloigna rapidement et garda, durant tout le Congrès, un air tourmenté.

CHUTE DANS LE CULTUREL

Cristina Sobral, enseignant-chercheur au Centre linguistique de la faculté de lettres de l’université de Lisbonne, présenta son édition critique des Mémoires de sœur Lucie, qui paraissait le jour même  : un gros volume de 470 pages. C’est une présentation scientifique des Mémoires, avec leur transcription exacte  : par exemple la ponctuation de Lucie, ou l’absence de ponctuation  ! y sont parfaitement respectées.

Cristina Sobral rapporte que, après la mort de sœur Lucie, les carmélites ont trouvé dans sa cellule certains manuscrits originaux dont la voyante n’avait jamais voulu se dessaisir. En 1989, Mgr Luciano Guerra, recteur du sanctuaire, lui avait demandé avec insistance son manuscrit du Cinquième Mémoire. «  Il se heurta au “ non ” de sœur Lucie.  » Un “ non ” certainement motivé puisque c’est en 1989 que Mgr Guerra rédigea et diffusa les lettres apocryphes de sœur Lucie concernant la consécration du 25 mars 1984 (Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, éd. CRC, 2014, p. 437).

En quelques mots, Cristina Sobral explique la nouveauté de son édition par rapport à celle de la vice-postulation des voyants, qui contient des introductions et des annotations du Père Joaquin Alonso  : «  Celle-ci, qui remonte à 1976, et qui fut rééditée dix-sept fois jusqu’en 2015, a été conçue pour mieux faire connaître le message de Fatima. La mienne vise à restituer le milieu culturel dans lequel a vécu Lucie en 1917.  »

Ainsi, son édition, avec les variantes des différents manuscrits, n’apporte absolument rien de nouveau concernant les messages de l’Ange et de Notre-Dame.

Lors de la période de questions, le professeur de littérature fit un bel éloge de «  la syntaxe de sœur Lucie. Son manque d’instruction n’enlève rien à sa capacité narrative. Elle a une vivacité dans ses récits qui fait comprendre la rapidité des événements. Sœur Lucie exprime toujours sa pensée avec beaucoup de cohérence. J’aimerais que mes étudiants écrivent comme elle.  »

Tous relevèrent la tête en entendant la question suivante  : «  Est-ce que le Diario de Lucie sera publié  ?

Je ne peux pas vous répondre. Il faut demander au sanctuaire.  »

Rappelons que sœur Lucie en a commencé la rédaction, sous le titre Mon Chemin, le 13 janvier 1944, sur l’ordre de Mgr da Silva. Elle le poursuivit jusqu’à la fin des années 1990.

Des extraits en ont été publiés par le carmel de Coïmbre, dans sa biographie officielle de la voyante. Mais le deuxième cahier, et le troisième qui compte plus de 385 pages, ainsi que le quatrième n’y sont presque jamais cités.

Que nous cache-t-on  ?

Ses avertissements pathétiques  !

Dernière question  : «  Vous avez souligné que sœur Lucie a écrit ses Mémoires par obéissance et seulement par obéissance. Sa parfaite obéissance ne confirme-t-elle pas l’authenticité  »…

Cristina Sobral a coupé la question à cet endroit, je le sais, c’était l’une de celles que j’avais rédigées, et elle enchaîne en parlant de l’authenticité… du manuscrit  !  ?

Voici la fin de ma phrase censurée par Cristina Sobral  : «  … l’authenticité des révélations surnaturelles dont elle a été privilégiée  ? L’obéissance d’une envoyée de Dieu est un des critères traditionnels dans le discernement des esprits.  »

Ainsi, le professeur de littérature a tronqué ma question pour nous maintenir dans la linguistique et la culture, comme s’il lui était interdit de parler d’événements surnaturels.

On ne pouvait mieux occulter les révélations de sœur Marie-Lucie de Jésus et du Cœur Immaculé.

ATELIERS DE TRAVAIL CONTRASTÉS

L’après-midi, les membres du Congrès se réunissaient dans des “ ateliers de travail ” organisés par groupes linguistiques.

Certains ateliers, comme celui des Français, se révélèrent très opposés aux révélations de Fatima. D’autres, comme ceux des Allemands, des Espagnols, des Anglais s’y montraient plus ouverts, et il y régnait une certaine liberté d’expression qui nous permit d’y intervenir.

Nous allons donc nous rendre dans ces ateliers et, après ce long détour, nous reviendrons aux sessions plénières, sous le titre L’Immaculée atteinte au talon, parce que Satan y livra un combat acharné…

LUMEN GENTIUM EXCLUT NOTRE-DAME

Les Français et les Africains étaient trop peu nombreux pour former deux groupes comme c’était initialement prévu. Ils ont donc constitué un seul groupe, celui de langue française.

Don Nuno Aurelio, recteur portugais du sanctuaire parisien naguère Marie-Médiatrice de toutes grâces, devenu depuis 1988 Notre-Dame de ­Fatima-Médiatrice, raconta l’histoire de cette église.

Le Père Vincenzo Battaglia, président de l’Académie pontificale mariale internationale, assista à la séance, il s’était assis sur le côté, au premier rang. Ma voisine me glissa à l’oreille  : «  C’est bizarre qu’il vienne dans notre groupe où nous ne sommes qu’une vingtaine. Vous êtes repéré. Il veut vous surveiller.  »

À peine le recteur a-t-il achevé son exposé qu’une personne le félicite  : «  Merci de nous rappeler que Marie est médiatrice de toutes grâces.  »

«  Non, réplique le prêtre portugais. Ce n’est plus le titre de mon église. Maintenant, c’est Marie- Médiatrice tout court.  »

Le Père Doré, eudiste, professeur au séminaire d’Issy-les-Moulineaux, lance de sa voix de stentor  :

«  Jésus est le seul médiateur. C’est une parole de l’Écriture.  »

Je lui réponds  : «  Pardon, les apparitions et les révélations de Fatima impliquent que Marie est médiatrice de toutes grâces.

«  Je m’explique. Nous avons du temps, n’est-ce pas  ? Il n’y a qu’un autre exposé cet après-midi.

«  Dès le 13 mai 1917, l’Apparition introduit les âmes des trois enfants dans la Lumière de Dieu  : “ C’est en prononçant ces dernières paroles, la grâce de Dieu sera votre réconfort, raconte Lucie, que Notre-Dame ouvrit les mains pour la première fois et nous communiqua, comme par un reflet qui émanait d’elles, une lumière si intense que, pénétrant notre cœur et jusqu’au plus profond de notre âme, elle nous faisait nous voir nous-mêmes en Dieu qui était cette lumière, plus clairement que nous nous voyons dans le meilleur des miroirs. ”

«  Cette mystérieuse vision manifeste la Médiation de Marie à qui il est donné de plonger les âmes en Dieu.

«  Sœur Lucie poursuit  : “ Alors, par une impulsion intime qui nous était communiquée, nous tombâmes à genoux et nous répétions intérieurement  : Ô Très Sainte Trinité, je vous adore. Mon Dieu, mon Dieu, je vous aime dans le Très Saint-Sacrement. ”

«  Plus tard, en 1936, dans une lettre au Père Gonçalves, son confesseur, sœur Lucie écrira à propos de cette vision  : “ Nous tombâmes à genoux. Cela nous inspira une connaissance si grande de Dieu qu’il n’est pas facile d’en parler. ”

«  Lors de la deuxième apparition, le 13 juin 1917, Notre-Dame disait à Lucie, Jacinthe et François  : “ Jésus veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut  ; ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par moi pour orner son trône. ”

«  Par son Cœur Immaculé, la Vierge Marie est donc dispensatrice universelle de la Miséricorde.

«  C’est non seulement le salut éternel des âmes, mais aussi le salut terrestre des nations que Dieu veut nous accorder par la médiation du Cœur Immaculé de Marie.

«  Dans les circonstances dramatiques de la Première Guerre mondiale, le 13 juillet 1917, Notre-Dame disait à ses trois confidents  : “ Je veux que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire, pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre, parce qu’elle seule pourra vous secourir. ”

«  Cette dernière parole, “ Elle seule pourra vous secourir ”, montre bien qu’Elle est établie Médiatrice  : tout sera donné à l’humanité par Elle seule, et rien sans Elle.  »

Le Père Battaglia m’interrompt brutalement  : «  Ça suffit  !  »

Le Père Doré l’appuie avec force  : «  Cette discussion sur Marie Médiatrice aura lieu ailleurs.

 Je vous cite des paroles de Notre-Dame. Nous sommes dans un congrès sur Fatima.

– Il faut lire la constitution de Vatican II Lumen gentium, chapitres 8  », réplique le président de l’Académie pontificale. «  Et accepter le Concile  », ajoute le recteur du sanctuaire parisien en me regardant fixement.

Assurément, comme le dit sœur Lucie, «  le démon a réussi à infiltrer le mal sous couvert de bien, et les aveugles se mettent à en guider d’autres… et les âmes sont tellement trompées et égarées  ».

Je voulus souligner l’importance des apparitions de Fatima  : «  Il ne s’agit pas de révélations privées, mais d’une révélation publique  : un catholique ne peut pas la rejeter sans pécher contre la foi, puisque Notre-Dame fit le miracle du soleil le 13 octobre 1917 pour que “ tous croient ”.  »

C’est la seule fois, à ma connaissance, que le miracle du soleil fut mentionné au cours du Congrès.

Cependant, un prêtre africain tenta de me fermer la bouche  : «  Moi, je suis théologien. Je vous dis ce que disent les manuels de théologie sur les apparitions… On peut ne pas en tenir compte...  »

Mais ce qui est «  du Ciel  » ne s’impose-t-il pas aux théologiens  ? Dieu aurait-il oublié de lire les manuels de théologie avant d’intervenir dans la vie de son Église et du monde, par une révélation prophétique et publique en 1917  ? N’est-il pas impie de rejeter la volonté extraordinaire, de bon plaisir  ! de notre Père Céleste quand il a attesté l’authenticité de ses révélations par l’un des plus grands miracles de toute l’histoire universelle (cf. frère Bruno de Jésus-Marie, “ Injure certaine à Dieu ”, Il est ressuscité n° 158, décembre 2015 p. 3-6)  ?

SŒUR LUCIE ET NOS “  FRÈRES PROTESTANTS ”

En 1970, sœur Lucie écrivait au cardinal Cerejeira, patriarche de Lisbonne  : «  Il est certain que nos frères protestants font une grande campagne contre la prière du Rosaire. Il semble qu’ils se fondent sur une phrase de saint Paul, disant qu’il n’y a qu’un seul médiateur auprès du Père.

«  Mais ils ne remarquent pas que le même Apôtre demande qu’on prie pour lui et nous invite à prier les uns pour les autres.

Or, si l’Apôtre reconnaît que cela est profitable et que nous devons prier les uns pour les autres, comment alors la Mère de Dieu ne pourrait-elle pas prier pour nous  ? Et eux qui sont si épris de la Bible, comment n’ont-ils pas encore compris que Marie a été la première médiatrice entre Dieu et les hommes aux noces de Cana  ?

«  Je ne sais pas, mais je pense que ce qui manque chez les leurs et chez beaucoup d’entre nous, c’est une véritable compréhension des textes sacrés. Peut-être les étudient-ils, mais ils ne les méditent pas.  » (Lettre inédite, Archives historiques du patriarcat de Lisbonne, PAT 14-SP, N-01, 04)

«  JE M’ARRÊTE DE VIVRE EN… 1680  !  »

L’exposé historique du Père Doré sur saint Jean Eudes et le saint Cœur de Marie était bien mené, mais imprégné d’esprit conciliaire. Selon lui, au dix-septième siècle, «  on est davantage marqué par un langage de dévotion que par la rigueur théologique  ». Et d’expliquer que «  la fête du Cœur de Marie est une fête christologique  ».

Son long exposé est fini, et il n’a pas dit un mot sur Fatima  !

Notre ami Éric prend la parole  :

«  Je voudrais souligner que, dans les révélations de Fatima, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie prend un aspect nouveau, spécifique.

«  Le sens précis de la dévotion réparatrice demandée à Pontevedra ne se limite pas à l’aspect traditionnel de la dévotion réparatrice au Cœur ­Immaculé, consistant à avoir compassion de ce Cœur transpercé du glaive des souffrances de son Fils. Il ne s’agit pas uniquement de compatir en méditant les mystères douloureux du Rosaire.

«  Mais il est demandé, avant tout, de consoler le Cœur Immaculé des offenses que la Vierge Marie reçoit actuellement de la part des ingrats et blasphémateurs qui bafouent ses divines prérogatives, notamment sa médiation universelle.  »

Notre ami phalangiste martèle ses mots. Le Père Battaglia n’ose pas l’arrêter. Il poursuit  :

«  Dans la nuit du 29 au 30 mai 1930, Notre-­Seigneur révéla à Lucie quil existe cinq espèces d’offenses et de blasphèmes proférés contre le Cœur Immaculé de Marie  :

«  1. Les blasphèmes contre l’Immaculée Conception.

«  2. Les blasphèmes contre sa virginité.

«  3. Les blasphèmes contre sa Maternité divine, en refusant en même temps de la reconnaître comme Mère des hommes.

«  4. Les blasphèmes de ceux qui cherchent publiquement à mettre dans le cœur des enfants l’indifférence ou le mépris, ou même la haine à l’égard de cette Mère Immaculée.

«  5. Les offenses de ceux qui l’outragent directement dans ses saintes images.

«  Voilà ma fille, le motif pour lequel le Cœur Immaculé de Marie m’a inspiré de demander cette petite réparation.  »

Le Père Doré répond par des banalités sur le «  péché des hommes  », et ajoute  : «  Il n’y a pas de mention de réparation dans les textes liturgiques écrits par saint Jean Eudes. Chez lui, on ne trouve que la contemplation émerveillée du Cœur de Marie et de Jésus.  »

Je tente de l’intéresser à Fatima  : «  La fête du Cœur Immaculé de Marie, avez-vous dit, est dans la grande famille eudiste une solennité. Cela m’a rappelé une des demandes de sœur Lucie, qui écrivait au Père Aparicio le 1er septembre 1940  : “ Ah  ! qui me donnera que Sa Sainteté élève pour l’Église universelle la fête en l’honneur du Cœur Immaculé de Marie au rang de fête principale de première classe  ! ”  »

Notre amie Aliette intervient  :

«  Jusqu’en 1917, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie s’est répandue, comme d’autres dévotions catholiques, peu à peu, dans des familles religieuses, des provinces, des nations.

«  Mais cette dévotion demeurait une affaire de goût personnel, si j’ose dire, de choix facultatif, selon les inspirations et les attraits intérieurs de chacun.

«  Depuis 1917, il n’en est plus ainsi. Notre-Dame de Fatima l’a dit et redit  : “ Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. ” (13 juin et 13 juillet 1917)

«  Certes, c’était prévu depuis les origines, mais ce fut explicitement révélé à Fatima.

«  C’est donc une volonté absolue de Dieu lui-même pour notre temps. Dieu veut que cette dévotion s’étende au monde entier, qu’elle s’y établisse par un culte public et stable, donc liturgique, reconnu et patronné par la hiérarchie de la Sainte Église.  »

Le Père Doré éclate de rire  : «  Je vous rappelle que saint Jean Eudes est un homme du dix-­septième siècle. Je suis chauvin, dit-il ironiquement. Je m’arrête de vivre… en 1680  !  » C’est-à-dire à la mort du saint.

Dieu Notre-Seigneur, lui, n’a pas cessé de vivre en 1680, et il a compassion du Cœur Immaculé de sa Mère entouré d’épines que les hommes ingrats lui enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes. Il nous demande de la consoler.

DE MÈRE MARIE DU DIVIN CŒUR À SŒUR LUCIE

“ L’atelier de travail ” de langue allemande, dont le secrétaire était le Père Manfred Hauke, membre de l’Académie pontificale mariale, directeur de la Société allemande de mariologie, éditeur de plusieurs revues, fut inspiré par un tout autre Esprit. Contrairement à ce qu’a affirmé le cardinal Ratzinger en l’an 2000, dans son Commentaire théologique du Secret, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie est très ancrée en Allemagne.

L’exposé de Christa Bisang sur “ Les révélations de la bienheureuse Marie du divin Cœur, prélude à Fatima ”, ne manquait pas d’intérêt. Cependant, il faut être disciple de l’abbé de Nantes pour connaître et comprendre le secret de la bienheureuse.

Voici la communication que frère Michel-Marie a remise au secrétaire du groupe ainsi qu’à la conférencière  :

La plus récente biographie de la bienheureuse Marie du Divin Cœur, publiée en France, prolonge et complète sur certains points importants votre exposé  : elle tire de l’ombre des vérités capitales, en grande partie occultées et déformées dans toutes les autres biographies de la messagère du Ciel.

Rédigé par sœur Muriel du Divin Cœur, religieuse de la congrégation des Petites sœurs du Sacré-Cœur, fondée par l’abbé Georges de Nantes, cet ouvrage est paru sous le titre Le secret de la bienheureuse Marie du Divin Cœur, en 2014, aux éditions de La Contre-Réforme Catholique.

La bienheureuse religieuse du Bon-Pasteur était chargée par Notre-Seigneur de répandre le «  culte intérieur de son Divin Cœur  », qui consiste à briser notre volonté personnelle pour n’avoir plus qu’une volonté de conformité avec Lui dans tous les domaines, en politique comme en religion.

ATERMOIEMENTS ET OPPOSITIONS DE LA HIÉRARCHIE.

Sa singulière mission auprès du Saint-Père était destinée à obtenir la consécration du monde au Sacré-Cœur, comme un remède au libéralisme qui gangrenait mortellement l’Église à la fin du dix-­neuvième siècle.

Mère Marie du Divin Cœur et, au vingtième siècle, sœur Lucie, messagère du Cœur Immaculé, ont rencontré les mêmes difficultés pour accomplir leur mission auprès de la hiérarchie de l’Église.

Dom Theotonio, confesseur et directeur de mère Marie du Divin Cœur, lui répondait froidement  : «  Le Saint-Père n’a pas besoin de vos lumières, il a ses conseillers.  »

Il fallut que la supérieure du Bon-Pasteur de Porto endure des souffrances extraordinaires, morales et physiques, pour que son confesseur se décide à transmettre les demandes du Sacré-Cœur à Rome.

Quant à sœur Lucie, la voyante de Fatima, elle souffrit énormément des atermoiements de son évêque, Mgr José Correia da Silva. Celui-ci eut connaissance de la demande concernant la dévotion réparatrice en octobre 1928. Or, il attendit dix ans pour accorder l’imprimatur à un tract concernant cette dévotion… qui ne sera même pas imprimé  ! Ce ne fut que le 13 septembre 1939, dix jours après la déclaration de guerre, que l’évêque de Fatima approuva la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois dans un article… anonyme  ! et qui ne l’exposait même pas avec exactitude.

De plus, la hiérarchie de l’Église ne s’est pas soumise aux volontés de bon plaisir de notre Père Céleste, elle n’a pas répondu intentionnellement aux demandes divines.

Revenons sur les demandes du Sacré-Cœur adressées au Saint-Père par l’intermédiaire de mère Marie du Divin Cœur. Notre-Seigneur promettait d’accorder la victoire à l’Espagne catholique contre les États-Unis, si le Pape daignait consacrer le monde au Sacré-Cœur.

Or, aux Archives du Vatican, sœur Muriel n’a pas pu retrouver la lettre de la religieuse au pape Léon XIII du 10 juin 1898. En effet, celui-ci l’a fait disparaître parce que les demandes du Ciel ne s’accordaient pas avec sa politique. Seuls subsistent, à la date du 14 juin 1898, sous le numéro de protocole 44513, la lettre d’accompagnement de dom Hemptine ainsi que le libellé outrageant rédigé par le cardinal Rampolla comme motif de la requête du bénédictin  : «  Lettre sur les cas de conscience de la supérieure des sœurs du Bon-Pasteur de Porto  »  ! (Archives secrètes du Vatican, Segr. di Stato, Epoca moderna, 1898, rubr. 1, fasc. 5, fol. n° 103)

Comme Léon XIII refusa de faire cette consécration, le Sacré-Cœur renouvela sa demande six mois plus tard, en parlant à sa confidente des «  fautes  » du Pape et des «  négligences de son pontificat  » (Le secret de la bienheureuse Marie du Divin Cœur, éd. CRC, 2014, p. 323).

Certes, le 11 juin 1899, Léon XIII consacra le monde au Sacré-Cœur, en union avec les évêques, mais il le faisait sans renoncer à sa politique de compromis et de complaisance à l’égard des gouvernements maçonniques et libéraux.

En outre, le Pape éclipsa la confidente du Ciel, en s’attribuant tout le mérite de cette consécration. Le 25 mars 1899, Léon XIII lut attentivement la troisième lettre que la religieuse lui avait adressée, et il dit au cardinal Mazella  : «  M. le cardinal, prenez cette lettre et allez la poser là-bas  ; elle ne doit pas compter en ce moment.  » Puis il lui ordonna d’étudier la question de la consécration en elle-même. À ses yeux, celle-ci ne devait pas être présentée comme la conséquence d’une révélation privée, même dûment attestée et concernant le monde entier  !

Sœur Muriel écrit  : «  Chercher ailleurs la justification, c’était mépriser gravement le Sacré-Cœur qui, depuis trois ans, s’efforçait de se faire entendre de ses ministres par l’intermédiaire de sa fidèle épouse  !

«  Étaient délibérément écartés non seulement le légitimisme et le catholicisme intégral hérités de sa tradition familiale, mais la connaissance intime qu’elle avait des secrets de son divin Époux  : son désir que “ son Cœur soit aimé et glorifié pour le bien des nations ”, en vue de la sanctification du peuple chrétien attiédi, du retour des hérétiques et des schismatiques dans l’Église, et de la conversion des peuples lointains.  » (ibid., p. 328)

C’est ainsi que jusqu’à sa mort survenue quatre ans après la consécration, le 20 juillet 1903, Léon XIII ne détourna pas l’Église de la mauvaise voie où, par libéralisme, il l’avait engagée. «  Le Pape laissa se dresser l’énorme barrage du laïcisme, abandonnant le Sacré-Cœur dans la sacristie pour les jours de fête, sans brûlure d’amour pour la conquête des âmes et des nations.  » (ibid., p. 353)

«  LA CONSÉCRATION DE LA RUSSIE
N’A JAMAIS ÉTÉ FAITE.  » (SŒUR LUCIE)

Au vingtième siècle, la hiérarchie de l’Église a adopté la même attitude à l’égard de la demande de consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie, transmise par sœur Lucie.

En 1942, celle-ci se sentit poussée intérieurement à écrire de nouveau au Pape  : «  Pendant la nuit du 5 mars 1942, Notre-Seigneur a semblé me faire sentir plus vivement qu’il refusait d’accorder la paix, à cause des crimes qui continuent de provoquer sa justice, et aussi parce quil n’est pas obéi dans ses demandes, spécialement pour la consécration au Cœur Immaculé de Marie, bien qu’il ait mû le cœur de Sa Sainteté à l’accomplir. De là m’est venue la pensée de renouveler ma demande.  »

Las  ! son directeur spirituel, Mgr Ferreira da Silva, évêque de Gurza, s’y opposa, parce qu’il avait d’autres projets  : il avait entrepris plusieurs démarches en faveur d’une consécration, non pas de la Russie, mais du monde, au Cœur Immaculé de Marie, et il avait obtenu que l’épiscopat portugais adressât une supplique au Pape dans ce sens.

Le pape Pie XII répondit à cette supplique le 31 octobre 1942 en consacrant solennellement le monde au Cœur Immaculé de Marie. En l’annonçant à sœur Lucie, l’évêque de Gurza lui signifiait froidement  : «  Le Saint-Père a entendu et pris en considération la demande des évêques du Portugal. La sœur reste dans l’ombre, c’est ce qui lui convient.  » Et sa demande précise à Pie XII aussi… c’est ce qui lui convient  !

Certes, Pie XII et Jean-Paul II ont prononcé des consécrations ou des actes d’offrande du monde (sic) au Cœur Immaculé de Marie. Mais jamais la consécration de la seule Russie n’a été accomplie par le Saint-Père comme le veut Notre-Dame. Sœur Lucie en a témoigné avec une admirable persévérance, jusqu’en l’année 1989, c’est-à-dire tant que ses supérieurs ecclésiastiques le lui ont permis.

Encore en mai 1989, au cardinal Law, archevêque de Boston, qui lui demandait ce qu’il en était de la consécration de la Russie, elle répondit  : «  Le Saint-Père considère qu’elle a été faite au mieux des possibilités dans les circonstances. Mais faite sur le chemin étroit de la consécration collégiale que Notre-Dame a demandée et qu’Elle désirait  ? Non, cela n’a pas été fait.  » (frère François de Marie des Anges, Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, éd. CRC, 2014, p. 431)

Le Père Édouard Dhanis a prétendu justifier les refus des Papes par ses théories modernistes, avec une mauvaise foi criante  : il ne voulut jamais s’informer pour n’avoir pas à se rétracter  !

Le Père Joaquin Alonso, qui n’osait pas dénoncer publiquement sa mauvaise foi, remarquait  : «  Sa pensée critique est conditionnée par ses déficiences de documentation.  » (Fatima y la critica, p. 407)

Au cours du Congrès, Mgr Ziegenaus en renouvela la démonstration.

ANTON ZIEGENAUS CONTRE DHANIS

Docteur en philosophie et en théologie, professeur émérite de dogmatique à la Faculté de théologie catholique de l’université d’Augsbourg, Mgr Anton Ziegenaus tira le meilleur parti de la Documentaçao critica de Fatima en retrouvant parmi ses 3811 documents les perles rares qui témoignent de l’authentique mission de sœur Lucie.

Son exposé démontrait la fausseté des théories du Père Dhanis.

Rappelons que, dans ses articles publiés à partir de 1944, celui-ci prétendait distinguer les apparitions et le message de 1917, “ Fatima I ”, de ce que sœur Lucie a divulgué plus tard dans ses Mémoires, de 1935 à 1941, “ Fatima II ”. Selon lui, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie et le rôle de la Russie en notre temps, bref, l’essentiel du message de Fatima, étaient des affabulations tardives de sœur Lucie, dont le psychisme aurait été détraqué en 1936 par les dramatiques événements de la révolution communiste espagnole.

Or, plusieurs documents publiés dans la Documentaçao critica prouvent que sœur Lucie fit connaître la dévotion des cinq premiers samedis du mois, pour réparer les offenses au Cœur Immaculé de Marie, dès les années 1925, c’est-à-dire dès que, postulante chez les dorothées, elle en reçut l’ordre du Ciel (DCF, vol. 4, t. 4, doc. 735 du 15 février 1926, etc.).

Quant à la Russie, elle apparaît dans ses écrits dès 1930, donc après la théophanie de Tuy (13 juin 1929), lorsqu’elle fut chargée par Notre-Dame de transmettre au Saint-Père la demande de consécration de la Russie à son Cœur Immaculé (DCF, vol. 5, t. 5, doc. 1557, 1590, etc.).

Ainsi, à la lumière des documents originaux, les objections et les critiques du Père Dhanis sont sans aucun fondement historique, autant dire nulles.

C’est la lettre de sœur Lucie du 29 mai 1930 au Père jésuite José Bernardo Gonçalves qui expose le mieux les authentiques demandes de Notre-Dame, adressées au Saint-Père et jamais satisfaites  :

«  Le Bon Dieu, au fond de mon cœur, insiste auprès de moi pour que je demande au Saint-Père l’approbation de la dévotion réparatrice, que Dieu lui-même et la Très Sainte Vierge ont daigné demander en 1925.

«  Au moyen de cette petite dévotion, ils veulent donner la grâce du pardon aux âmes qui ont eu le malheur d’offenser le Cœur Immaculé de Marie.

«  Et la Très Sainte Vierge promet aux âmes qui chercheront à lui faire réparation de cette manière, de les assister à l’heure de la mort, avec toutes les grâces nécessaires pour se sauver.

«  La dévotion consiste à recevoir la sainte communion le premier samedi durant cinq mois consécutifs, à dire un chapelet et à tenir compagnie à Notre-Dame durant quinze minutes, en méditant les mystères du Rosaire, et à se confesser, avec la même intention. La confession pourra être faite un autre jour.

«  Si je ne me trompe, le bon Dieu promet de mettre fin à la persécution en Russie, si le Saint-Père daigne faire, et ordonne aux évêques du monde catholique de faire également un acte solennel et public de réparation et de consécration de la Russie aux Très Saints Cœurs de Jésus et de Marie, et si Sa Sainteté promet, moyennant la fin de cette persécution, d’approuver et de recommander la pratique de la dévotion réparatrice.  » (DCF, vol. 5, t. 5, p. 233-234)

À la fin de l’exposé, le Père Manfred Hauke cita ma biographie de sœur Lucie dans laquelle, dit-il, on trouve des éléments inédits jusqu’alors sur sa vie chez les religieuses dorothées, à Pontevedra et à Tuy, lorsqu’elle a joui de ses apparitions.

Frère Michel-Marie lui en apporta un exemplaire que le Père Manfred Hauke montra à tous, et le caméraman filma sa couverture. Mgr Florian Kofhaus, membre de la secrétairerie d’État, lui demanda des informations sur cette biographie et Mgr Ziegenaus veut en faire une recension.

DÉVOTION ET CONTROVERSES EN ALLEMAGNE

Toujours dans “ l’atelier de travail ” des Allemands, la vie et l’apostolat de l’abbé Ludwig Fischer furent présentés au cours d’une communication préparée par Rudolf Kirchgrabner.

Le professeur Fischer fut le premier à répandre le culte de Notre-Dame de Fatima en Allemagne. Docteur en théologie, professeur d’histoire de l’Église à l’université de Bamberg, il fut émerveillé par la piété des pèlerins de Fatima quand il s’y rendit pour la première fois les 12 et 13 mai 1929. Au cours des années suivantes, il reviendra à plusieurs reprises au Portugal pour enquêter sur les apparitions de Notre-Dame et il publiera des livres très documentés. Il prononcera, de surcroît, dans les années 1930, des centaines de conférences en Allemagne, en Suisse, en Autriche, pour faire connaître le message de Notre-Dame.

Frère Michel-Marie a pu remettre au Père Hauke une note tirant deux leçons de la vie de l’abbé Fischer et des difficultés qu’il rencontra pour faire connaître le message de Fatima.

Le professeur Fischer, aumônier du couvent du Bon-Pasteur de Munich, avait de la dévotion pour la bienheureuse Marie du Divin Cœur avant de s’enthousiasmer pour les apparitions et les révélations de Fatima. Cela montre bien qu’il existe une continuité entre les deux messages.

De plus, l’abbé Fischer eut le privilège de pouvoir interroger sœur Lucie les 26, 27 et 28 septembre 1932. C’est ainsi qu’il fut le premier historien à être informé de l’essentiel du message de Notre-Dame.

CENSURÉ PAR MGR DA SILVA.

Cependant, l’évêque de Fatima, Mgr da Silva, lui interdit de le divulguer.

Dans son livre sur Jacinthe, de 1934, l’abbé Fischer explique  : «  Lucie a encore une magnifique mission à remplir. Je ne pourrai en dire davantage sur cette mission confiée par l’Époux divin (c’est-à-dire Notre-­Seigneur) que le jour où l’évêque de Leiria estimera le moment venu pour cela.  » (p. 102)

Ensuite, le professeur Fischer cite une communication de Lucie rapportée par le Père Aparicio  : le 17 décembre 1927, Lucie s’adressa à Jésus au tabernacle pour lui demander dans quelle mesure le Secret devait continuer à rester secret. «  D’une voix très claire, Jésus fit entendre à la voyante ces paroles  : “ Ma fille, écris ce qu’on te demande. Écris également tout ce que la Très Sainte Vierge t’a révélé dans l’apparition où Elle a parlé de... [sic] ”  »

Les points de suspension sont du professeur bavarois qui omettait la fin de la phrase  : «  Elle a parlé de cette dévotion  », c’est-à-dire de la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois, et il le faisait sur l’ordre de l’évêque.

L’abbé Fischer poursuivait  : «  Voici ce qui fut révélé en 1917  : Lucie demanda que les trois enfants soient emmenés au Ciel. La Très Sainte Vierge répondit  :

«  “ Oui, Jacinthe et François, je viendrai bientôt les chercher, mais toi, tu dois rester encore quelque temps ici-bas. Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer… [sic] ”  »

La suite avait été de nouveau censurée par l’évêque. La voici  :

«  Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut, ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par Moi pour orner son trône.  »

Cela ne sera dévoilé qu’après la venue des châtiments annoncés dans le grand Secret.

LE CARDINAL FRINGS GAGNÉ À  LA CAUSE DE FATIMA.

Le professeur Wolfgang Koch décrivit l’extraordinaire développement de la dévotion au Cœur Immaculé, en Allemagne, après la guerre, alors que l’est du pays était occupé par les Russes.

Le cardinal Frings, issu d’un milieu libéral, mais soumis à Pie XII, fut gagné à la cause de Fatima lors de son pèlerinage sur les lieux des apparitions le 8 juin 1952. «  Conquis par l’accueil des Portugais, par la simplicité de la piété populaire et par l’étude des faits sur les lieux mêmes, les dispositions du cardinal Frings à l’égard de Fatima changèrent totalement.  » (Barthas, Fatima et les destins du monde, p. 66)

La route mariale de Notre-Dame de Fatima qu’il organisa ensuite dans son archidiocèse de Cologne provoqua un merveilleux élan de dévotion et des conversions extraordinaires. On voyait des protestants venir dans les églises pour prier la Vierge de Fatima. La femme d’un pasteur déclarait à un prélat  : «  Sans Marie, pas de salut. J’en suis maintenant convaincue. Je récite chaque jour le chapelet.  »

Les routes mariales qui sillonnèrent alors tout le pays préparèrent les Allemands à la consécration solennelle de leur pays au Cœur Immaculé de Marie.

La supplique, adressée aux évêques allemands par des dirigeants de l’Armée bleue pour obtenir la consécration de toute l’Allemagne au Cœur Immaculé de Marie, disait bien ce que les dévots de Fatima en espéraient et en attendaient  : «  Les fruits de cette consécration devraient contenir rien de moins que le renouvellement de l’Allemagne dans la foi, le retour des chrétiens séparés dans l’Église [vous avez bien entendu : le retour dans l’Église, donc à cette époque, on voulait le retour des schismatiques et des hérétiques au sein de l’unique Église, l’Église catholique], la victoire sur le communisme athée, la paix des peuples et la liberté de l’Église [il ne s’agit pas de la liberté religieuse, telle qu’elle a été proclamée au concile Vatican II, mais de la liberté de l’unique vraie religion, la religion catholique], ainsi que la conversion de la Russie et la réunification de l’Allemagne divisée.  »

C’est le cardinal Frings, président de la conférence épiscopale allemande, qui prononça cette consécration le 4 septembre 1954, à Fulda, au cours d’une sorte de congrès, appelé la “ Journée des catholiques ”.

Il rendit compte de l’événement au Père Balic, membre de l’Académie pontificale mariale  : «  Cela vous intéressera d’apprendre que, le 4 septembre dernier, les catholiques allemands ont consacré leur pays au Cœur Immaculé de Marie et que le pèlerinage de la Vierge de Fatima qui se déroule dans mon archidiocèse rencontre un succès immense et béni.  »

De plus, l’épiscopat allemand voulut que cette consécration du 4 septembre 1954 soit prononcée par tous les curés  : il fut recommandé à toutes les paroisses de tous les diocèses d’Allemagne d’accomplir la consécration au Cœur Immaculé de Marie, le 8 décembre 1954.

ENTRE LUTHER ET FATIMA, IL FAUT CHOISIR.

Cette consécration suscita de virulentes protestations de la part des luthériens allemands.

Le soi-disant évêque luthérien Meiser, de Munich, envoya ce télégramme menaçant au cardinal Frings, le 3 septembre 1954  :

«  La nouvelle que le peuple allemand doit être consacré au Cœur Immaculé de Marie a fait naître dans de nombreux cercles de notre communauté évangélique [prétendument évangélique, en réalité luthérienne] une profonde inquiétude. Nous nous voyons obligés de regretter que, par cette promulgation, la sensibilité religieuse de la partie évangélique de la population [c’est-à-dire luthérienne] ait été blessée. Nous nous savons liés au Verbe de Dieu, sans connaître aucun autre intermédiaire entre Dieu et l’homme. Nous vous prions de faire cesser des promulgations abusives qui menacent la paix confessionnelle au sein de notre peuple.  »

Pour sa part, le président du Comité central catholique rapportait dans son discours d’ouverture de la “ Journée des catholiques ”  : «  Une femme luthérienne, que je ne connais pas, m’a écrit qu’elle s’inquiétait de ce que nous voulions consacrer l’Allemagne entière à la Mère de Dieu, alors que nous savons que la majeure partie du pays est protestante.  »

L’archevêque catholique de Paderborn qualifia toutes ces critiques de «  réaction spontanée irréfléchie  » (Norbert Trippen, Joseph cardinal Frings, t. 1, éd. Ferdinand Schöningh, 2e éd. 2003, p. 484).

Le luthérien Meiser persista  : «  C’est bel et bien l’ensemble de la Chrétienté évangélique d’Allemagne qui a été incluse dans l’acte de consécration au Cœur Immaculé de Marie. Nous devons, comme chrétiens évangéliques qui nous savons unis au seul Verbe de Dieu, élever une protestation publique contre cette consécration.  »

Son opposition était radicale  : «  Lorsque l’ensemble de l’Allemagne est consacré au Cœur Immaculé de Marie par un cardinal, nous ne pouvons pas l’entendre autrement que comme une manière de la part du représentant de la curie romaine de disposer de nous, chrétiens évangéliques, sans nous avoir mis au courant et sans que nous y soyons pour rien, de disposer de nous pour nous entraîner dans une action qui contredit radicalement notre foi et notre culte.  » (ibid., p. 486)

En revanche, d’autres protestants allemands, impressionnés par les miracles et les révélations de Fatima, s’engageaient sur le chemin de la conversion au catholicisme. Citons un extrait de l’appel d’un groupe de protestants de Dresde, paru dans la revue luthérienne Sancta  :

«  À Lourdes, à Fatima et en d’autres sanctuaires marials, une critique impartiale est mise en face de faits surnaturels, qui sont en connexion intime avec la Vierge Marie, soit par ses apparitions, soit par des grâces miraculeuses demandées et obtenues par son intercession. Et ces faits défient toute explication naturelle.

«  Ne sont-ils pas une preuve irrécusable du rôle extrêmement important que Marie est appelée à jouer de nos jours en notre faveur  ?

«  Si Marie parle au monde par des apparitions, cela ne peut se faire que par la volonté de Dieu. Ce serait le comble de l’irresponsabilité d’ignorer la voix de Dieu qui par Marie parle au monde et de nous dérober, uniquement parce qu’il nous fait entendre sa voix à travers l’Église catholique.  » (L’Homme nouveau, n° 253 du 15 mars 1959)

LA CONSÉCRATION AU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE
EXCLUT LA LIBERTÉ RELIGIEUSE.

Un pasteur luthérien à Neumarkt, dans le Haut- Palatinat, était virulent. Il écrivait le 15 septembre 1954 à l’ordinariat de l’archidiocèse de Cologne  :

«  En tant que chrétien luthéro-évangélique, je ne peux reconnaître comme médiateur entre Dieu et les hommes que le seul et unique Christ. J’ai expressément réclamé dans ma lettre du 30 août 1954, en me référant à l’épître aux Galates, d’être exclu, moi et mon épouse, de la consécration au Cœur Immaculé de Marie. Je constate que cette exigence n’a pas été satisfaite. Je dois le considérer comme une attaque contre ma liberté de foi et d’opinion personnelle, et comme une entrave à l’article 4, paragraphe 1, de la loi constitutionnelle.  » (ibid.)

L’article 4, paragraphe 1 de la constitution allemande, concerne la liberté religieuse.

Ainsi, la liberté sociale en matière religieuse ne s’accorde pas avec la consécration des nations au Cœur Immaculé de Marie. Quand les Pasteurs de la sainte Église catholique consacrent une nation au Cœur Immaculé de Marie, ils nient et rejettent, par le fait même, la liberté sociale en matière religieuse.

En effet, la consécration des nations au Cœur Immaculé de Marie implique de reconnaître le règne social des Saints Cœurs de Jésus et de Marie, ce qui exclut la liberté sociale en matière religieuse.

N’oublions pas que cette liberté, fondée sur la dignité de l’homme, a été proclamée au concile Vatican II.

Le cardinal Frings lui-même se laissa séduire par le jeune théologien Ratzinger qu’il rencontra pour la première fois en octobre 1961. Le cardinal devint un artisan de la révolution conciliaire et un adversaire de la définition du dogme de Marie Médiatrice.

Au lieu de recourir à l’intercession du Cœur Immaculé de Marie pour obtenir la conversion de la Russie, les novateurs de Vatican II ont méprisé les demandes de Notre-Dame pour plaire aux hérétiques luthériens et dialoguer avec eux.

A contrario, le seul évêque qui ait réclamé au Concile la consécration de la Russie, Mgr Mingo, évêque de Monreale, en Sicile, s’est publiquement engagé dans l’aula conciliaire contre l’œcuménisme congarien (27 novembre 1963) et pour la définition du dogme de Marie Médiatrice (16 septembre 1964).

Jean-Paul II, qui, jeune évêque, avait été un des grands “ penseurs ” de la réforme conciliaire, fut très sollicité d’accomplir la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Or, en 1980, il répondit au cardinal Wyszinski que cette «  consécration serait considérée par les Russes comme une ingérence dans leurs affaires intérieures, que la juridiction du Pape n’englobait que l’Église catholique  ; que le Souverain Pontife n’était pas le Pape de tous les hommes  ». Le cardinal Wyszinski lui fit très justement remarquer que «  le Christ étant le Roi du monde, son vicaire avait la juridiction sur tous les hommes  » (frère François de Marie des Anges, Toute la vérité sur Fatima, t. 4, éd. CRC, 2003, p. 410).

On peut et on doit en tirer cette importante leçon  : l’obstacle principal qui empêche aujourd’hui d’accomplir la consécration de la Russie et d’établir ainsi le règne social et universel du Cœur Immaculé de Marie, c’est la liberté sociale en matière religieuse, proclamée au concile Vatican II.

Si les nouveautés du Concile s’opposent aux demandes de Notre-Dame de Fatima, il faut les remettre en cause et les rejeter, comme le fit l’abbé Georges de Nantes, qui fut par ailleurs le meilleur historien et théologien de Fatima.

DUPLICITÉ DU CONCILE

Dans “ l’atelier de travail ” de langue espagnole, nos amis Jean et Élisabeth menèrent une controverse presque amicale avec le Père Francisco Maria Fernandez Jimenez, secrétaire de la Société mariologique espagnole, et le Père Roman Sol Rodriguez, professeur de la Faculté de théologie de l’université de Navarre.

Jean  : «  Plus encore que Mère de Miséricorde, Marie n’est-elle pas Médiatrice de toutes grâces  ?  »

Notre ami le démontra en se fondant sur les apparitions de Fatima et de Pontevedra, comme nous l’avions fait dans le groupe français.

Père Jimenez  : «  La Médiation de Marie avait déjà pris de l’importance à la suite des apparitions de la Médaille miraculeuse à Paris en 1830. Le verso de la Médaille révèle l’union des Cœurs de Jésus et de Marie. Ce dernier est transpercé. Dans ses apparitions de la rue du Bac, la Sainte Vierge elle-même se montre Médiatrice  : toutes les grâces passent par ses mains  ! Ce sont des apparitions-clés, car elles ont lieu au début de l’époque moderne. En France, la révolution de 1830, à Paris, marque le début des monarchies parlementaires… À partir de ce moment, l’Homme cesse d’aimer Dieu.  »

De fait, Jésus-Christ apparaît à la rue du Bac en juillet 1830 en train de perdre prophétiquement ses insignes royaux. Avec la chute de Charles X, c’est Jésus-Christ qui est détrôné.

Le Père Jimenez conclut sur la Médiation de Marie  : «  À Fatima, c’est la même révélation.  »

Jean  : «  Le dogme de Marie Médiatrice pourrait donc être défini. Pourquoi le concile Vatican II l’a-t-il refusé  ?  »

Père Jimenez  : «  Le terme de Médiatrice se trouve quand même dans Lumen gentium.  »

Élisabeth  : «  Oui, mais le dogme n’y a pas été défini.  »

Précisons que le titre de Médiatrice a été placé dans le schéma pour “ désarmer ” les partisans du dogme et les rallier à la constitution. C’est ainsi que les réformistes l’ont emporté puisque le chapitre VIII de Lumen gentium spécifie que le titre de Médiatrice ne signifie pas pour autant qu’elle est Médiatrice de toutes grâces  :

«  Il s’entend de façon à ne rien enlever, rien ajouter à la dignité et à l’efficacité du Christ, unique Médiateur. Aucune créature en effet ne peut jamais être mise sur le même rang que le Verbe Incarné et Rédempteur. L’Église n’hésite pas à affirmer ce rôle subordonné de Marie.  » (Lumen gentium, n° 62)

INTRIGUES ET PERFIDIES CONCILIAIRES

L’abbé René Laurentin joua un rôle décisif dans la rédaction de l’article 62 du chapitre huitième de la constitution conciliaire Lumen gentium. Il recommanda d’y mettre le mot Médiatrice, mais en y limitant sa portée.

Dans une étude intitulée Le chapitre marial de Vatican II doit-il parler de médiation  ? et publiée par le service hollandais Documentatie Centrum Concilie, il avait en effet formulé cette suggestion  :

«  Après avoir expliqué comment “ la Vierge Marie participe à tout le mystère du salut en adhérant activement et profondément à toutes les intentions et à toute l’action du Christ ”, “ que l’on fasse explicitement état de mediatrix pour mentionner la légitimité de ce mot mal défini, en disant  : À cause de cette intention et de cette relation vivante, la piété chrétienne a donné à Marie les titres d’avocate, médiatrice, reine des chrétiens, etc. ”

«  Ou encore plus profondément  : “ Depuis des siècles, la piété chrétienne s’efforce d’exprimer par d’innombrables formules, titres et figures cette singulière et ineffable excellence de Marie sur les autres saints. Le Concile, loin de réprouver ces pieuses expressions, les approuve et les loue, à la condition d’abord qu’elles soient bien comprises, c’est-à-dire dans la subordination de Marie au Christ, seul Rédempteur et Médiateur universel  ; et ensuite que ne soient jamais considérées comme des dog­mes de foi ces pieuses formules sur le sens précis desquelles les théologiens catholiques sont souvent, et à juste raison, plus ou moins en désaccord. ”  »

La première de ces deux propositions fut retenue par le secrétaire de la Commission théologique du Concile et non pas la seconde qui risquait de rencontrer de fortes oppositions parmi les Pères puisqu’elle présentait trop nettement la Médiation universelle de la Vierge Marie comme une opinion théologique tout à fait contestable.

Les prêtres de la Société mariologique espagnole n’imaginent pas, ni ne soupçonnent une telle duplicité.

Un des leurs explique  :

«  Les apparitions de Fatima vont dans le sens d’une prise de conscience progressive de la Médiation de Marie. Le fait que le Concile utilise cette expression est une manière de dire qu’il est légitime d’accorder ce titre à Marie. L’étape suivante serait de donner à ce titre une formulation dogmatique. Mais il faut des siècles pour définir un dogme. Pensez au dogme de l’Immaculée Conception… Fatima nous conduit à prendre conscience de cette Médiation. Mais pour arriver à la formulation dogmatique ou pour qu’une fête soit instituée, il faut une prise de conscience de la part de l’Église, non  ? Ce processus est en cours.  »

Père Escudero  : «  À propos de la consécration au Cœur Immaculé de Marie, Jean-Paul II propose plutôt un acte de confiance, un affidamento.  »

Père Aleksandr Burgos, curé des gréco-catholiques de Saint-Pétersbourg  : «  Très concrètement, les évêques d’un pays qui est en paix emploient le mot affidamento, mais quand ils appartiennent à un pays qui souffre de graves difficultés, ils utilisent le terme de consécration, ils oublient affidamento  ! Quand on est en paix, on fait des affidamentos, mais quand arrive la guerre, comme au Liban ou en Ukraine, on effectue une consécration. C’est plus efficace  !  »

Un prêtre  : «  Je suis clarétain, et notre titre officiel est “ Missionnaires Fils du Cœur Immaculé de Marie ”. Dans notre nouvelle formule de profession rectifiée en 1983, nous disons  : Je me consacre (me consagro) à Dieu, et je me voue (me entrego) au service spécial du Cœur Immaculé de Marie. Nous nous consacrons à Dieu, mais nous ne mettons pas Marie au même niveau, c’est pourquoi nous disons plutôt me entrego.  »

Ainsi l’esprit minimaliste du concile Vatican II, sa volonté de réduire le culte de la très Sainte Vierge pour plaire aux protestants, a conduit les clarétains à modifier leurs prières de règle et à renoncer à se consacrer au Cœur Immaculé de Marie.

En revanche, sœur Lucie, fidèle messagère de Notre-Dame, est demeurée insensible et même opposée à ces réformes puisque, en 1986, elle rédigea encore une consécration au Cœur Immaculé de Marie qu’elle pratiqua elle-même (voir ci-dessous).

Ce fut dans “ l’atelier ” des anglophones qu’un congressiste fit en quelques mots le sinistre bilan de la réforme conciliaire. Après la conférence du Père James Phalan sur les sanctuaires et les mouvements de Fatima, il remarquait  : «  Le message de Notre-Dame a été minimisé dans l’Église. Il n’a jamais été vraiment répandu. Il a été tout à fait mis à l’écart par le concile Vatican II.  »

CONSÉCRATION
AU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE

 Ô Vierge, Mère de Dieu et notre Mère,
je me consacre entièrement
à votre Cœur Immaculé
avec tout ce que je suis
et tout ce que je possède.
Prenez-moi sous votre maternelle protection,
défendez-moi contre les dangers,
aidez-moi à vaincre les tentations
qui m’incitent au mal,
et à conserver la pureté du corps et de l’âme.
Que votre Cœur Immaculé soit mon refuge
et le chemin qui me conduise à Dieu.
Accordez-moi la grâce de prier
et de me sacrifier pour l’amour de Jésus,
pour la conversion des pécheurs et
en réparation des offenses commises
contre votre Cœur Immaculé.
Par votre intermédiaire et en union
avec le Cœur de votre Divin Fils
je veux vivre pour la Très Sainte Trinité,
en qui je crois, en qui j’espère, que j’adore et que j’aime. Ainsi soit-il.

(sœur Lucie, 29 octobre 1986).

JEAN-PAUL II ET FATIMA,
UN MYSTÈRE D’INIQUITÉ

Quand j’interrogeai le Père Manfred Hauke, avec frère Michel-Marie et une amie phalangiste, sur la consécration de la Russie, il me répondit  : «  Elle n’a pas été bien faite.  »

Cependant, comme ses confrères allemands et espagnols, il ne semble pas avoir pris conscience du mystère d’iniquité auquel fut lié le pontificat de Jean-Paul II.

Certes, après l’attentat du 13 mai 1981, Jean-Paul II se rendit à trois reprises à la Cova da Iria les 13 mai 1982, 1991 et 2000.

Mais qu’a-t-il fait pour établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie  ? Rien  ! Absolument rien  !

Il n’a pas élevé la fête du Cœur Immaculé de Marie au rang de fête solennelle.

Il n’a pas reconnu le Rosaire comme prière liturgique.

On a prétendu qu’il a effectué la consécration de la Russie le 25 mars 1984. C’est une tromperie. Jean-Paul II n’a jamais consacré explicitement cette nation, il n’a jamais mentionné le nom de la Russie dans une consécration.

Pour l’heure, nous subissons les conséquences effroyables des refus des Papes  : perte éternelle des âmes, de beaucoup d’âmes, tandis que le monde est frappé des malheurs annoncés dans le Secret prophétique du 13 juillet 1917  : guerres, famines, persécutions contre l’Église.

À la fin de son pontificat, le 24 mars 2004, Jean-Paul II déplora le peu de fruits produits par son acte du 25 mars 1984  : «  Vingt ans se sont écoulés depuis ce jour… L’humanité vivait alors des moments difficiles, de grande préoccupation et d’incertitude. Vingt ans plus tard, le monde reste encore affreusement marqué par la haine, la violence, le terrorisme et la guerre.  »

C’était prévisible. En tout cas, l’abbé de Nantes, lui, l’avait prévu, puisque le pape Jean-Paul II méprisait les requêtes de la Vierge au Cœur Immaculé.

Il n’a pas approuvé ni recommandé la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois.

Lors de ses venues à Fatima, il occulta systématiquement, dans sa prédication, ce qui concernait la réparation, par exemple à la Capelinha, le 12 mai 1982, en citant la prière enseignée par Notre-Dame le 13 juillet 1917, il a bien dit  : «  en réparation des péchés  », mais il omit  : «  commis contre le Cœur Immaculé de Marie  ».

Dans l’homélie de la béatification de Francisco et de Jacinta, le 13 mai 2000, en racontant une des apparitions de Notre-Dame à Jacinthe, le Pape ne citait qu’en partie les propos de la plus jeune des voyantes  : «  La Très Sainte Vierge est venue nous voir et nous a dit que, très bientôt, elle viendrait prendre Francisco pour l’emmener au Ciel. Elle m’a demandé si je voulais convertir encore davantage de pécheurs. Je lui ai dit  : Oui.  » Il omit la suite  : «  Elle m’a dit que j’irais à l’hôpital et que là je souffrirais beaucoup; que je souffrirais pour la conversion des pécheurs, en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie, et pour l’amour de Jésus.  » Et encore dans le récit du dernier entretien de François avec sa sœur, on constate que la mention du Cœur Immaculé est omise  !

Dans son Livre d’accusation contre Jean-Paul II, l’abbé de Nantes a donné la raison profonde de cette censure systématique  : «  La réparation va contre votre culte de l’homme, votre foi en l’homme, votre éloge de l’agnosticisme, de l’athéisme  », écrivait-il.

L’IMMACULÉE ATTEINTE AU TALON

Le 8 septembre, le Congrès allait enfin traiter, en session plénière, du contenu des révélations de Notre-Dame, avec une conférence sur la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, donc sur l’essentiel du message, le secret du Secret, comme dit l’abbé de Nantes.

Nous attendions cette conférence avec une certaine anxiété sachant qu’elle pourrait et devrait être une étape décisive dans ce Congrès pour dévoiler et exposer les desseins de notre Père Céleste.

Or, en cette fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge, Celle-ci fut non pas honorée, louée, glorifiée, mais “ atteinte au talon ”, précisément par la religieuse qui prononça cette conférence, et Elle le fut dans le lieu même où Elle est apparue dans son Corps glorieux pour révéler le mystère de son Cœur Immaculé et annoncer sa victoire finale sur le Prince de ce monde  !

BLASPHÈMES

Sœur Luca Maria Ritsuko Oka, religieuse japonaise, membre de l’Académie pontificale mariale, a poursuivi ses études à Rome, à l’université pontificale Marianum, où elle a eu comme professeur de théologie le Père Salvatore M. Perrella, o. s. m. président du Marianum. La jeune religieuse lui a rendu un hommage très appuyé en le présentant comme un «  homme sage  », son maître incomparable, avec lequel elle est toujours restée très liée.

Or, le Père Perrella a fait naufrage dans la foi, comme l’a démontré frère Bruno de Jésus-Marie, en dénonçant son article publié dans l’Osservatore romano du 2-3 juin 2008, sous le titre “ Un don œcuménique à accueillir et à comprendre  : l’Immaculée, patrimoine du christianisme ”  :

«  Voici le blasphème que ce professeur de théologie écrit de sa plume  :

«  “ Les croyants sont invités à ne pas oublier un fait important, à savoir que même la Mère du Sauveur a été marquée par le péché originel (è stata segnata dal peccato originale). ”

«  Anathema sit  !  » (Il est ressuscité n° 73, septembre 2008, p. 1)

Ayant assimilée les enseignements de son maître, sœur Oka en est venue elle aussi à perdre la foi en l’Immaculée Conception. Elle affirme  :

«  Le message de Fatima est véritablement celui de l’Évangile de Jésus, qui exige la conversion radicale du cœur. Conversion dont, d’une façon unique et pleine, témoigne la personne de Marie, Mère de Jésus.  » (Manuscrit, p. 50)

Si l’Immaculée Conception a dû se convertir, c’est qu’Elle n’était pas parfaite dès sa Conception  ! Elle n’avait pas une vertu innée et infuse, donc Elle n’est pas l’Immaculée Conception, et encore moins «  du Ciel  » (Notre-Dame de Fatima, 13 mai 1917).

Blasphème  !

La religieuse japonaise travestit la dévotion au Cœur Immaculé de Marie en une «  invitation à devenir pur de cœur, comme Marie… avec Marie  », donc à suivre Marie dans sa conversion, «  pour la pleine réalisation de “ l’homme nouveau ”  ». Il s’agit de devenir «  comme Marie, la sœur universelle, capable de tresser avec tous, au-delà de la religion (sic), de la culture, de l’ethnie, de la condition sociale, des rapports sincères de fraternité  » (p. 3).

Tandis qu’elle ne cesse de se référer aux enseignements de Jean-Paul II et de Benoît XVI, sœur Oka manifeste une connaissance très, très superficielle des révélations de Fatima. Elle ignore tout de la vie et des écrits de sœur Lucie, ne citant jamais ses Mémoires, ni ses lettres à ses directeurs, ni ses entretiens, ni ses Appels du message. Elle n’a pas davantage cité saint Maximilien-Marie Kolbe alors qu’elle appartient à la congrégation des sœurs franciscaines de la Militia Immaculatæ.

Elle falsifie la demande de consécration de la Russie en une requête de «  consécration du genre humain et, dans un mode particulier, de la Russie  » (p. 38) que Pie XII et Jean-Paul II auraient effectuée, ce qui provoqua l’effondrement de l’Urss, c’est-à-dire la conversion de la Russie  !  ?

C’est l’interprétation “ officielle ” et mensongère de ces événements, imposée par Jean-Paul II à partir de 1990.

L’éclatement de l’Union soviétique et la fin des persécutions contre l’Église orthodoxe russe n’ont pourtant rien à voir avec les promesses de Notre-Dame.

Lorsque celle-ci promet solennellement que «  la Russie se convertira  », elle annonce que la Russie deviendra dans ses chefs et ses institutions mêmes une nation catholique. L’idée d’une liberté religieuse bienfaisante est absolument étrangère aux révélations de Fatima, et contraire au règne social des Saints Cœurs de Jésus et de Marie.

C’est le miracle stupéfiant de la conversion de cette nation, de son retour dans le giron de l’Église catholique, après tant de siècles de séparation, grâce à sa consécration solennelle au Cœur Immaculé de Marie, qui manifestera la toute-puissance de la Reine du Ciel et de la terre, et établira dans le monde la dévotion réparatrice au Cœur Immaculé de Marie.

Ce grand dessein divin en vue d’honorer et d’exalter l’Immaculée comme elle ne l’a encore jamais été, ne s’accorde pas du tout avec les orientations, l’esprit et les Actes du concile Vatican II. Il faut être de Contre-Réforme catholique pour entrer dans cette perspective et y adhérer.

BATTAGLIA BAT EN RETRAITE

Dès la fin de la conférence, les questions sur petits papiers sont recueillies dans deux corbeilles et vite rapportées à la tribune. Le Père Battaglia, assis à gauche, en prend une et commence à feuilleter les papiers. «  Les questions sont nombreuses  », dit-il, visiblement surpris et contrarié.

Le modérateur africain, au centre, ayant devant lui l’autre corbeille, saisit un premier papier  : «  En quoi consiste le triomphe du Cœur Immaculé de Marie  ?  »

Sœur Oka murmure  : «  Non lo so  ! Je ne sais pas  !  »

Le modérateur prend un autre papier  : «  À propos de la consécration de la Russie, le Saint-Père Jean-Paul II avait des réticences pour l’effectuer  »…

Le Père Battaglia l’a coupé, l’empêchant de poursuivre, donc de poser la question. «  Il y a beaucoup de questions sur ce thème, dit-il. Nous allons les regrouper pour en faire une synthèse.  »

Quant à sœur Luca Oka, elle avoue  : «  Je ne sais pas trop quoi dire.  »

Du coup, le modérateur plonge la main dans sa corbeille et en sort un autre papier  : «  En 1917, à Fatima, et en 1929, à Tuy, Notre-Dame a demandé la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Notre Saint-Père le pape François ne pourrait-il pas accomplir la consécration singulière de la Russie lors du centenaire des apparitions  ?  »

Le modérateur répond  : «  Le Pape la fera-t-il ou non  ? C’est lui qui sait.  »

Il est à noter qu’il a amputé la question. C’était l’une de mes questions, et j’avais écrit en outre  : «  Jean-Paul II n’a effectué que des consécrations du monde, ce qui ne répond pas à la requête de Notre-Dame.  »

Pendant ce temps-là, le Père Battaglia poursuit le dépouillement des papiers de sa corbeille, et paraît excédé. Voici le genre de questions qu’il met de côté  : «  Que pensez-vous de l’interprétation du Secret donné par l’abbé Georges de Nantes  : “ À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera du cœur du Saint-Père qui me consacrera la Russie… ”  ? Le triomphe du Cœur Immaculé de Marie ne sera-t-il pas d’abord de triompher des résistances du cœur du Saint-Père  ?  »

Le modérateur lit ingénument une nouvelle question, sans l’avoir montrée au président  : «  La nouveauté de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie demandée à Fatima et à Pontevedra par rapport à celle de saint Jean Eudes est-elle la réparation des offenses actuelles commises contre le Cœur Immaculé, particulièrement des péchés contre la foi, telle la négation de sa Médiation universelle  ?  »

Sœur Oka  : «  Je n’ai pas voulu entrer dans ce discours… La conception immaculée est le symbole du pardon de Dieu qui ne nous abandonne pas. En fait, l’Immaculée, c’est la personne nouvelle.  »

Le modérateur prend le papier suivant dans sa corbeille  : «  Le triomphe du Cœur Immaculé de Marie n’a pas encore eu lieu. Est-ce parce que la Russie ne lui a pas été consacrée  ?  »

Extrême agacement du Père Battaglia… tandis que la religieuse japonaise bafouille, dans un très mauvais italien, au style haché  : «  Je crois que le triomphe du Cœur Immaculé de Marie est une invitation à notre propre conversion. À mon avis… Peut-être que… Nous devons comprendre quesuivre le Christ, ce n’est pas rêver d’une victoire fantastique.  »

Le Père Battaglia, de plus en plus mécontent, prend la parole pour une mise au point  : «  Il y a des questions qui ne correspondent pas au thème traité par sœur Oka. Il n’est pas prévu de faire des pétitions aux autorités ecclésiastiques (pour la consécration de la Russie). Cela n’entre pas du tout dans les objectifs du Congrès. L’interprétation de la consécration de la Russie au Cœur Immaculé sort de la thématique que nous avons décidé de traiter.  »

Dans la salle, des prêtres, notamment des Espagnols, s’agitent, certains rient. Cette séance était tellement grotesque  : le président déstabilisé, paniqué à la lecture de petits papiers  !

Mais il n’aurait pas fallu en rire. C’était vraiment dramatique  : la Vierge Marie aime la Russie, elle veut la sauver, la convertir. C’est son Adversaire qui ne veut pas qu’on en parle. Nous assistions en direct à la «  lutte diabolique contre le message  », pour reprendre une expression de sœur Lucie.

Le modérateur  : «  Encore une question sur le rapport entre le Cœur Immaculé de Marie et la réparation. Sœur Oka, avez-vous quelque chose à dire  ?  »

Non, elle ne nous dira rien, absolument rien sur la réparation.

Le Père Battaglia a décidé d’en finir, il renonce à faire sa «  synthèse  » des questions et à y répondre  ! Il clôt le débat par cet avertissement  :

«  Comme président de l’Académie pontificale mariale, je vous dis que ces questions sortent de la thématique du Congrès. Si vous voulez des réponses… je vous invite à prendre contact avec des spécialistes de Fatima, il en existe au sanctuaire, et à acheter des livres à sa librairie.  »

Quels spécialistes  ? À Fatima, il n’en existe plus qui disent la vérité depuis la mort du Père Joaquin Alonso.

Quels livres  ? La biographie officielle de sœur Lucie, Un chemin sous le regard de Marie  ? En bonne place à la librairie du sanctuaire, cette biographie ne contient pas moins de treize omissions ou falsifications (Complot contre la messagère du Ciel, dans Il est ressuscité n° 144, octobre 2014, p. 21-30).

NOTRE ENTRETIEN
AVEC LE CARDINAL MARTINS

Le 8 septembre 2016, à 17 h 00, je suis reçu en audience, avec un ami phalangiste, par le cardinal José Saraiva Martins, accompagné de son secrétaire, dans un parloir de la maison Maria das Dores.

Je me présente  : «  J’appartiens à la congrégation des Petits frères du Sacré-Cœur, fondée par l’abbé Georges de Nantes.  » Et j’en viens tout de suite à notre requête  : «  J’étudie les révélations de Fatima et la vie de sœur Lucie depuis près de trente ans, en accomplissant ce travail par obéissance et dans l’obéissance. J’ai publié divers ouvrages dont une biographie de sœur Lucie. Dans notre congrégation, nous sommes convaincus que les Papes n’ont jamais répondu aux demandes de Notre-Dame de Fatima. Nous avons la certitude que la consécration de la Russie n’a pas été faite comme le veut Notre-Dame.  »

J’expose ensuite les autres demandes de la Très Sainte Vierge non encore satisfaites  : l’approbation de la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois, la fête liturgique du Cœur Immaculé de Marie qui doit être élevée au rang de fête solennelle, la reconnaissance du chapelet comme prière liturgique.

«  Avez-vous déjà parlé de Fatima avec le pape François  ?

 Non, jamais.

 Pourriez-vous lui faire connaître ces demandes  ?  »

La réponse est catégorique  : «  Non. Si j’étais à votre place, j’écrirais tout ce que vous m’avez dit au cardinal Parolin, secrétaire d’État.

 Mais ne pensez-vous pas que cette requête, présentée par un cardinal comme vous, aurait plus de poids dans l’esprit du Pape que si elle est présentée par un pauvre petit religieux comme moi  ?

– Non, c’est à vous d’écrire.

 Mais que pensez-vous de ces demandes  ?

Je comprends votre problème. Pour ce qui est de la consécration de la Russie, c’est un sujet difficile. Le motif pour lequel Jean-Paul II a consacré le monde est politique  : il ne pouvait pas parler de la Russie, le contexte politique ne s’y prêtait pas. C’est pourquoi il a consacré le monde… qui contient la Russie.  »

Le cardinal fait ici un charmant sourire avec un grand geste circulaire de ses mains.

Je lui rapporte la pensée de sœur Lucie qui disait à madame Pestana en mars 1984  : «  Cette consécration du monde ne peut avoir un caractère décisif. La Russie n’y apparaît pas nettement comme étant le seul objet de la consécration.  »

«  Le motif est politique, me répète le cardinal.

 Eh bien  ! il faudrait que le Pape change de politique, qu’il adopte la politique de la Sainte Vierge.

Mais la Russie est comprise dans le monde qui a été consacré.  »

J’évoque les conséquences du refus des Papes  : la perte des âmes, de beaucoup d’âmes, la guerre partout… Le cardinal y paraît peu sensible.

«  Éminence, j’ai autre chose à vous dire  : le Congrès se déroule d’une manière scandaleuse. Les questions posées par les auditeurs sont tronquées.  »

Je lui donne l’exemple de celle que j’ai posée au Père Cristino. Le cardinal ne répond rien.

Je reprends  : «  Ce Congrès est un brigandage. Ce matin, le Père Battaglia a voulu mettre de côté presque toutes les questions. La conférencière était d’ailleurs incapable d’y répondre. Le Père Battaglia a déclaré péremptoirement que le Congrès ne traitera pas de la consécration de la Russie. Vous devriez intervenir en tant qu’envoyé spécial du Saint-Père.

– Non, mais il faut que vous écriviez à l’Académie pontificale mariale internationale, à Rome. Ils seront obligés de vous répondre.

 Mais à qui dois-je m’adresser  ?

– Au président de l’Académie pontificale.

 Mais il est ici, à Fatima, et c’est lui qui organise le brigandage.  »

Notre ami ajoute  : «  Vous l’avez vu agir ce matin sur l’estrade… Nous l’avons devant nous, c’est lui qui tronque ou écarte les questions  ! Vous en êtes témoin, Éminence  !

– Alors, écrivez au secrétaire d’État.

 Mais, Éminence, les lettres on les classe ou on les met à la poubelle. Allez-vous informer le pape François des malhonnêtetés du président de l’Académie pontificale  ?

– Je lui raconterai le Congrès “ en gros ”.

 Éminence, il est déplorable que le pape François ne soit pas mieux informé par ses cardinaux.  »

J’engage alors la discussion sur sœur Lucie. Il me dit  : «  Je la rencontrais une fois par an, le 16 juillet, à l’occasion de la messe que je célébrais au carmel de Coïmbre.  »

Le cardinal raconte alors des anecdotes, comment il la taquinait gentiment en lui disant qu’elle était sa petite secrétaire.

«  Avez-vous parlé avec sœur Lucie de la consécration de la Russie  ?

– Non, je n’ai jamais parlé de ces questions avec elle.

 Pour ma part, j’ai recueilli son témoignage grâce à ses proches. Elle a affirmé après le 25 mars 1984 que la consécration de la Russie n’était pas faite comme le veut la Sainte Vierge.

– Je vois bien votre problème  ; écrivez à la secrétairerie d’État.

 Éminence, vous ne voulez pas être notre ambassadeur auprès du pape François  ?

– Non.  »

Les horloges du cardinal Martins, du président de l’Académie mariale pontificale, des autorités du sanctuaire de Fatima se sont arrêtées en 1989, quand le pape Jean-Paul II donna de sévères consignes pour ne plus être «  importuné  » par la demande de consécration de la Russie, comme disait l’évêque de Fatima, Mgr do Amaral.

RÉFUGIÉS DANS LE CŒUR IMMACULÉ DE MARIE.

En sortant de cet entretien, nous nous sommes souvenus des innombrables démarches infructueuses de sœur Lucie auprès des autorités de l’Église  : elle ressentait en son âme la peine immense du Cœur Immaculé de sa si chère Mère du Ciel, affligée de voir tant d’âmes tomber en enfer, et elles y tombent par la faute des ministres de son Divin Fils, indifférents et même hostiles à ses requêtes.

Quand donc entendront-ils les plaintes de Notre-­Seigneur et de Notre-Dame, les suppliant d’ouvrir les yeux à la lumière et de revenir de leurs égarements qui les entraînent sur le chemin de la perdition  ?

«  Dieu, observait sœur Lucie, crie dans le cœur de l’homme par le moyen de tant de misères, de famines, de maladies, par la mort, les chagrins et les peines qui le déchirent. Néanmoins, aveuglée par la passion, l’humanité ne veut pas entendre la voix de Dieu qui lui crie à l’oreille de tant de manières et de tant de moyens.

«  Je dis qu’elle crie, pourtant la Sainte Écriture et l’Imitation de Jésus-Christ disent que Dieu parle dans le secret et la solitude. Aujourd’hui, il me semble que le Seigneur crie, mais que, même quand il crie, il n’est pas entendu.

«  Oh  ! Qui nous obtiendra la grâce que Dieu soit entendu  ?  » (1er novembre 1943)

Pour notre part, réfugiés dans le Cœur Immaculé de Marie, ne cessant d’implorer des grâces de sa toute-puissante Médiation, nous avons poursuivi la mission de sa fidèle messagère, en donnant un réel écho à ses requêtes, à tel point que, au dernier jour du Congrès, les autorités du sanctuaire sont allées jusqu’à mobiliser la police de l’État portugais pour verrouiller toutes les communications du Ciel avec les pauvres humains  ! Ils voulaient à tout prix empêcher que le message céleste ne conquière l’esprit et le cœur des congressistes. (À suivre)

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