La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 169 – Novembre 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA LIGUE

La Ligue

SUPPLIÉS ET SUPPLIANTS

«  Ne repousse pas le suppliant durement éprouvé,
ne détourne pas du pauvre ton regard.  » (Si 4, 4)

DEPUIS 1917, la Trinité Sainte veut répandre dans le monde entier la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Cette volonté de Bon Plaisir ne visait, et ne vise toujours, qu’à pourvoir au salut éternel de l’humanité et à la faire jouir du bonheur temporel de la tranquillité de l’ordre politique  : la paix. Rien de moins  ! Dans un monde en guerre et tandis que des masses d’âmes marchent à l’enfer, le Bon Dieu propose le salut et la paix à la condition, sine qua non, de l’obéissance du Saint-Père à deux petites demandes. Ordonnées toutes les deux à la glorification du Cœur Immaculé de Marie, elles semblent aussi aisées à satisfaire, que celle exigée de Naaman le Syrien pour être guéri de sa lèpre (cf. 2 R 5, 1-14). Face à ce très miséricordieux renouvellement de l’Alliance, les Pontifes Romains ont-ils fait preuve d’une sagesse semblable à celle du général syrien  ? Suppliés par l’Immaculée en nom Dieu, comment ont-ils réagi depuis 1917  ?

LES SUPPLIÉS.

À l’exception du “ vraiment saint ” pape Jean-Paul Ier qui voulait obéir en tout à Notre-Dame de Fatima, mais qui fut “ assassiné ” avant d’avoir pu en accomplir les clauses, les Souverains Pontifes l’ont tour à tour, dédaigné (Pie XI), éludé (Pie XII), puis ils l’ont finalement anéanti par le «  magistère récent  » du concile Vatican II (Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI). Depuis lors, cet amour de Dieu pour la Vierge Marie ne cesse de subir une cruelle Passion. Certes on parle encore de Fatima, du Cœur immaculé de Marie et de l’Immaculée Conception, mais en des termes (cf. supra) qui sont autant de «  coups  » qui frappent Dieu au cœur, et transpercent d’épines celui de notre Mère à tous.

Mais pourquoi donc une telle hostilité  ? Réponse de frère Bruno lors de la session de Toussaint  : «  Fatima, l’Évangile de Notre-Dame est la condamnation sans appel, infaillible, mariale donc divine puisque Marie est mère de Dieu, du concile Vatican II.  » La vision du troisième secret nous révèle ce qu’il en coûtera au Saint-Père et à l’Église de s’opposer si obstinément à la Miséricorde du Tout-Puissant. On a beau connaître cette vision d’Apocalypse, sans notre frère Prieur elle resterait lettre morte  ; grâce à lui, chaque mois, nous pénétrons davantage dans l’intelligence du mystère, et nous apprenons à y prendre part, «  en esprit et en vérité  ».

LES SUPPLIANTS.

Qu’il s’agisse de sa Supplique au pape François (supra), de la retraite de communauté  : L’Évangile éclairé par les Psaumes, de la session de ­Toussaint relatant les dernières années de notre bienheureux Père, Confesseur de la foi et victime rédemptrice, ou de sa magistrale conférence d’Actualités  : Notre dame de Fatima seule Médiatrice de la paix, notre frère Prieur a entraîné la Phalange de l’Immaculée sur la voie liturgique et royale des suppliants. Ceux d’aujourd’hui sont aux prises avec la “ fatalité ” (anankè) d’un drame réel, d’Apocalypse, qui dépasse de beaucoup en intensité comme en ampleur les mythes de la tragédie grecque. Œdipe est présentement Saint-Père de Rome, et non plus roi de Thèbes, les yeux crevés. Le pape François ne se rend cependant pas encore compte de la grande faute dont il subit déjà, lui et l’Église, le châtiment, ni qu’elle se nomme  : Vatican II. Il s’avance donc, seul, «  dans une ville à moitié en ruine, vacillant, le cœur navré de peine…  » Il a donc besoin de l’aide, tendre et vraie, filiale, d’une “ Antigone ”, autrement dit de la Phalange de l’Immaculée, pour identifier la cause première de la décadence de l’Église, et comprendre la raison ultime des grandes souffrances qui l’accablent et l’accableront toujours davantage – lui, l’Église et toute l’humanité – tant qu’il ne se laissera pas guider sans réserve par Notre-Dame de Fatima.

RETRAITE DE COMMUNAUTÉ.

Du 9 au 16 octobre, la maison Saint-Joseph a fermé ses portes, ses ateliers, et jusqu’à ses boîtes mail. Frère Georges, le chroniqueur de cette semaine avait grâce d’état pour raconter la retraite, et il l’a bien fait fructifier  :

«  Après les vêpres et le salut du Saint-Sacrement, nous entendons notre Père entonner le Veni Creator. Puis tous ouvrent leur cahier et écrivent en majuscules  : L’Évangile éclairé par les Psaumes (en audio S 54). Rares sont les personnes qui ont entrepris pareille étude, et pour cause  : on ne trouvera dans l’Évangile que trois citations littérales des psaumes, huit implicites et neuf simples réminiscences… Pourtant, notre Père va réussir en une semaine à nous remettre dans la pensée, la mentalité des contemporains de Notre-­Seigneur, comme si nous assistions pour la première fois aux événements de l’Évangile. Il nous introduisit dans l’âme humaine et dans les pensées les plus intimes de Notre-Seigneur, tout en nous faisant percevoir le dessein divin dans son ensemble.

«  En introduction, notre Père commence par comparer David et Jésus. Après avoir reconnu et distingué le David historique du David de la foi, notre Père récuse avec force cette même distinction pour Jésus en apportant des preuves décisives qui démasquent la fausse science de nos théologiens modernistes. C’est implacable  ! en dix minutes, il y a de quoi guérir l’Église de cette crise qui dure depuis un siècle et demi. Suit une simple comparaison de ces deux vies, où malgré les apparentes différences, apparaissent de nombreux petits “ signes secrets d’une harmonie profonde ”. De David à Jésus, c’est l’eau changée en vin  !  »

Chaque jour de la retraite illustre une demande du «  Notre Père  », et le dernier, deux heures époustouflantes d’une récapitulation des enseignements acquis. Bienheureux ceux qui viendront écouter cet enseignement chaque premier samedi du mois à la maison Saint-Joseph…

SESSION DE LA TOUSSAINT

Du dimanche 30 octobre au mardi 1er novembre, plus de deux cent cinquante jeunes gens ont rallié la maison Saint-Joseph pour trois jours d’une formation intense, toute polarisée par le mystère total du Cœur Immaculé de Marie, hier, aujourd’hui et demain.

Par ses homélies et son commentaire de l’oratorio, frère Bruno nous fit entrer dans l’intelligence biblique et théologique du premier amour de Dieu  : Marie Immaculée. Ce mystère des origines, en dévoilement progressif et perpétuel, déclaré bienheureux de génération en génération (cf. Lc 1, 48), est à soi seul, pour ainsi dire, la “ tradition vivante ” de l’Église. Frère Bruno nous a déjà montré combien il animait et enthousiasmait les Pères de l’Église  ; ce mois-ci, il nous fit partager la ferveur biblique et poétique de saint Jean Eudes pour le Cœur Immaculé de Marie…

L’homme d’Église, mis à part pour être témoin de la foi en cet amour de Dieu pour l’Immaculée, et pour en démasquer toutes les contrefaçons et oppositions, ce fut notre bienheureux Père. Frère Bruno nous le démontra en quatre conférences magistrales. Georges de nantes, docteur mystique de la foi catholique, fut ultimement le témoin et le défenseur du Cœur Immaculé de Marie au plus fort de cette grande apostasie qui s’est abattue sur l’Église par la lettre, l’esprit et l’autorité d’un concile prétendument pastoral  : Vatican II. Comme un autre Christ, la dernière partie de la vie de notre bienheureux Père fut la plus douloureuse, la plus féconde et la plus mariale aussi, Victime rédemptrice, cœur à cœur avec Notre-Dame de Fatima corédemptrice. Frère Bruno émut toute l’assistance au récit de ses angoisses, dérélictions et persécutions. Il ne restait plus à notre bienheureux Père qu’à mourir d’amour, comme il l’avait toujours désiré, ce qu’il fit le 15 février 2010…

Dans sa magnifique conférence d’actualités  : Notre-dame de Fatima, seule Médiatrice de la paix, notre frère nous fit comprendre que c’est toujours le Cœur Immaculé de Marie qui est finalement l’enjeu des combats, le champ clos dans lequel s’affrontent les bons et les méchants.

Celui qui, de loin et de haut, surpasse tous les hommes politiques de la planète, c’est le Souverain Pontife, le pape François. C’est au souffle de sa bouche que le Cœur Immaculé de Marie va régénérer la foi et la piété dans l’Église, et faire advenir la paix dans le monde. Pour une raison que nous, CRC, ne comprenons que trop bien, il tarde à le faire… Nous n’avons pas à le juger, mais à beaucoup prier pour lui. Frère Bruno le recommanda avec insistance.

Celui qui, par le charisme d’une sagesse et d’une prudence consommées, se montre actuellement le ­meilleur instrument du Cœur Immaculé de Marie, c’est le président russe, Vladimir Poutine. C’est un très habile et très courageux artisan de paix, le défenseur des chrétiens d’Orient, et le principal obstacle à la révolution mondiale. Face à lui, acharnés à sa perte, ses “ partenaires ” américains et européens, alliés objectifs du terrorisme musulman. La consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie s’annonce d’ores et déjà comme le providentiel secours du Ciel en faveur de cette nation chérie de Marie et, par sa conversion, le prélude d’un retour de l’Europe en Chrétienté.

Cela se fera, mais tard, et on le comprend aisément quand on songe que notre épiscopat français, lui, ne met son espoir ni en Dieu, ni dans le Cœur Immaculé de Marie, mais en Jean-Jacques Rousseau  ?  ! C’est lui qu’il faut suivre pour avoir la paix et apprendre à bien vivre ensemble…

Pour finir, et comme notre Père en son temps, frère Bruno a su, malgré tant de mauvaises nouvelles, redonner du courage à nos amis, en leur montrant que le bras de l’Immaculée n’est pas raccourci. Elle ne manque pas de bons instruments et vient en aide à ceux qui implorent son secours. Tel cet évêque Nigerian, Mgr Doeme qui fit réciter le chapelet pour vaincre les terroristes de Boko-Haram, et tel surtout, le président du Pérou, qui vient de consacrer, le 21 octobre, son pays au Saint Cœur de Jésus et Marie (supra). Puissance du chapelet et d’une consécration, quand l’une et l’autre sont ordonnées et pratiquées d’enthousiasme par l’autorité constituée, religieuse ou civile…

Reprenons maintenant ce sommaire en détail, afin de vous faire davantage bénéficier du flot de grâces, d’intelligence et de vertus qui nous ont été communiquées durant cette session.

DIMANCHE 30 OCTOBRE

L’homélie de frère Bruno  : Le Cœur Immaculé, trône du Christ-Roi nous introduit tout de suite dans le vif du sujet  :

«  L’état de désordre, d’anarchie et d’impiété dans lequel se trouve le monde, nous impose la nécessité pressante de nous en remettre en tout et pour tout, sans réserve et pour toujours, au Cœur Immaculé de Marie. Car «  l’Église est dans le Cœur de la Sainte Vierge, nous disait notre Père. Voilà la révélation définitive  !  » Et frère Bruno de continuer, manifestement heureux de pouvoir fonder l’oracle paternel sur l’autorité de saint Jean Eudes et de saint Bonaventure  : «  Vous n’êtes pas seulement la cité du grand Roi, ô Vierge incomparable  ; mais aussi vous êtes son palais royal et éternel. Oui, dit saint Bonaventure, cette divine Marie est le palais sacré du grand Dieu  : Sacratum Dei palatium. Or si elle est le palais du Roi des rois, que faut-il dire de son Cœur, sinon qu’il est le Trône impérial de ce même Roi  ?  » (saint Jean Eudes, Le Cœur admirable de la très sacrée Mère de Dieu, p. 267-268)

Le Cœur Immaculé de Marie trône d’honneur et de gloire... de grâce et de miséricorde... mais aussi de justice et de jugement... Joie des bons enfants de l’Église à la vue de cette union de l’Époux et de l’Épouse, tous deux conjurés pour notre salut. On est très très loin du “ luthéranisme ” et du modernisme des théologiens de l’Académie pontificale mariale qui ne supportent pas de voir le Seigneur exalter le Cœur Immaculé de la Mère de Dieu, et qui “ déchirent leurs vêtements ” à la pensée que cette «  fille d’Adam  » puisse être Épouse du Verbe depuis toujours, ­l’Immaculée Conception…

Après le repas, frère Bruno nous fit le Commentaire de l’oratorio. Ce n’est pas seulement une préparation, c’est surtout une petite somme de doctrine mariale exposée en une heure d’une façon tellement originale et agréable que l’on a plaisir à le voir et le revoir… Notre frère fut très applaudi.

Notre bienheureux Père vit ensuite venir à lui tous ses enfants au cimetière, pour la récitation du chapelet, et pour recevoir en son bon cœur de Père leurs demandes pressantes et leurs peines secrètes…

I. UNE CATHÉDRALE DE LUMIÈRE

Frère Bruno prit bien soin de fixer d’abord le contexte des dernières années de la vie et du combat de notre bienheureux Père (cf. Georges de Nantes, docteur mystique de la foi catholique, 1993-2010, éd. CRC, p. 383-484), celui du combat de la Femme contre le Dragon (cf. Ap. 12, 13). Et notre frère de nous montrer au fil des citations la saisissante actualité du texte inspiré, son incarnation.

LES POURVOYEURS DE LA GRANDE APOSTASIE.

Dans les temps modernes, cette «  campagne menée par la Bête pour vaincre les saints  » (Ap 13, 1), fut l’œuvre de la Révolution française (1789) puis bolchevique (1917). C’est le fait aujourd’hui de l’islam dans le monde, tandis qu’au sein de l’Église elle-même une idolâtrie progresse, pourtant dénoncée par le pape saint Pie X, et condamnée sous les noms de modernisme (1907) et de démocratie chrétienne (1910). Le modernisme a détruit la foi catholique, la démocratie a détruit la société chrétienne. Notre Père a lutté seul, seul disciple de saint Pie X, contre un Pape, deux Papes, trois Papes qui ont décidé de «  réformer l’Église  », c’est-à-dire de changer la foi et la religion même en les accordant au modernisme et à une «  Chrétienté profane  », comme disait Jacques Maritain.

Le point d’orgue de cette désorientation diabolique  ? Le mépris de la Sainte Vierge qui a cours depuis le concile Vatican II. Cette dévotion était «  exagérée  ». Il fallait supprimer des fêtes, il y en avait trop. Pas question de recouvrir la Vierge Marie de nouveaux privilèges, et surtout pas de celui de “ Médiatrice de toutes grâces ”  ! Refus catégorique de Paul VI déclarant ce titre de Notre-Dame «  damnosa  », condamnable  !

AU SERVICE DU CHRIST ET DE L’IMMACULÉE.

En 1993, au plus fort de ce mouvement d’apostasie, alors qu’il vient de dénoncer les douze hérésies qui empoisonnent le Catéchisme de l’Église catholique (CEC), le 3 juillet notre Père reçoit une grâce intime du Christ qui lui fait entrevoir sa mission à l’image et ressemblance de celle de la bienheureuse Marie du Divin Cœur. C’est un programme de vie pour lui et c’est la mystérieuse assurance de «  vingt-cinq ans pour porter du fruit  ».

Il va tout de suite mettre à profit ce surcroît d’énergie spirituelle en prenant deux résolutions. Celle de remplacer le trop froid «  Je vous salue Marie  » par un plus fervent et plus exact «  Je vous aime ô Marie  »; la récitation du chapelet en devient bouleversante… «  C’est la plus pieuse invention de ma vie et la plus merveilleuse.  » Merci mon Père. L’autre résolution-inspiration, fut de programmer et de préparer tous ses amis à un grand pèlerinage à Fatima pour le 13 octobre 1996.

Le Père poursuit de prodigieuses études mystiques et théologiques, tout en subissant parallèlement les persécutions conjuguées de l’état républicain et de l’église conciliaire. Mais c’est le mystère total de Fatima, «  l’Évangile de Notre-Dame  » qui captive son esprit théologique et son cœur mystique. C’est Fatima qui le soutient dans le combat de chaque jour, et lui redonne la compréhension des événements politiques et religieux, qu’il pensait avoir perdue. Fatima 1996 devient un objectif à atteindre, il nous y prépare par une suite de Lettres à la Phalange qui retracent le sentier lumineux des grandes apparitions mariales du dix-neuvième siècle. Il poursuit dans le même temps des études nouvelles et très approfondies qui toutes concourent à la meilleure compréhension du premier et du plus secret des mystères divins, celui de l’union des Saints Cœurs de Jésus et de Marie. Frère Bruno détaille ces monuments de doctrine et de piété, qui forment une véritable «  cathédrale de lumières  ». Le Père Hamon, eudiste, docteur en théologie, polyglotte et expert au Concile avait bien raison de dire  : «  J’ai dans l’idée que vos Opera omnia, équivalent à une véritable “ patrologie ”, elles constitueront la Summa théologica de l’ère nouvelle dans l’Église…  »

SATURÉ DE PERSÉCUTIONS, IL PARDONNE.

Cette œuvre magnifique se déploie dans la faiblesse de persécutions incessantes  : la CRC est inscrite au catalogue des sectes dangereuses. Vaines agitations jusqu’à ce que Mgr Daucourt, évêque de Troyes se mette de la partie. Zèle républicain ou carriérisme  ? le voici qui entre en lice contre notre Père  : «  Monsieur l’abbé de Nantes enseigne des doctrines qui sont en contradiction avec la foi catholique, notamment au sujet de la Sainte Trinité, de la Sainte Vierge Marie et de la Sainte Eucharistie.  » La sentence était signifiée à notre Père par simple lettre, sans aucune preuve à l’appui, ni citation d’une proposition quelconque tirée de ses écrits ou de ses paroles enregistrées  ! Sans aucune enquête canonique préalable, sans même que l’accusé ait été préalablement averti et autorisé à présenter sa défense, elle lui enjoignait de quitter la maison Saint-Joseph.

Notre Père prit le parti de ne pas se défendre, et de se sacrifier pour préserver la CRC et les communautés. Frère Bruno raconte en détail les péripéties de l’exil de ce Père qui se sacrifie pour ses enfants, pour l’œuvre surtout de Contre-Réforme catholique, car c’est le salut, la restauration de l’Église qui le soucie avant tout. Mais c’est dur tout de même de pardonner à ses calomniateurs, dans ces conditions. Alors, pour être sûr de leur pardonner, il inaugura une petite dévotion qu’il nous recommanda  : «  Faire le signe de croix et ajouter en mettant la main droite ouverte sur le milieu de la poitrine  : “ Par l’Immaculée Conception, notre Mère à tous, à jamais  ! ”  » (Georges de Nantes, docteur mystique de la foi catholique, p. 405)

La communion phalangiste se rendit à Fatima le 13 octobre, sans lui mais sous la houlette de frère Bruno. Le Père était donc plus que jamais parmi nous. Le cardinal ­Ratzinger, qui officiait, comprit fort bien que l’abbé de Nantes, «  Mardochée  », ne pliait toujours pas le genou devant lui, surtout lorsqu’il vit la Phalange arborer fièrement les bannières et les icônes de leur foi, espérance et charité  : le Cœur Immaculé de Marie, la Sainte Face du Saint Suaire de Turin, et le pape Jean-Paul Ier, tous trois victimes victorieuses.

Cette conférence, comme toutes les autres d’ailleurs, fut très vivement applaudie par nos jeunes gens, comme s’ils découvraient, et nous avec eux, et la sainteté de notre bienheureux Père, et la grandeur du combat d’Apocalypse pour lequel il avait été mis à part.

Après les vêpres et le salut du Saint-Sacrement, un rapide dîner, et enfin l’oratorio attendu avec impatience, et toujours savouré avec le même plaisir…

LUNDI 31 OCTOBRE

Bienheureux ceux qui se sont levés tôt matin pour assister à l’oraison  : Commentaire littéral du Pater Noster et de l’Ave Maria, et entendre un incomparable Père parler de notre unique Père à tous, et si bien le faire aimer. Bienheureux ceux qui écouteront les Logia. Pour les autres, voici un petit extrait de ce déluge de feu  :

«  Dieu est Père, et il est aussi notre Père, parce que nous devons considérer que cette paternité divine, qui est vraiment un mystère d’amour, de générosité, de miséricorde, de tendresse et de clémence, cette source jaillissante d’amour paternel, n’est pas réservée à l’un quelconque d’entre nous ou à un peuple parmi tous les autres sur la terre, c’est vraiment tous les hommes qui, levant les yeux vers le Ciel, un jour diront d’une voix et d’un cœur unanime  : “ Notre Père ”. Il est le Père de toutes les créatures spirituelles qu’il a créées, qu’il appelle à entrer dans son intimité.

«  Tous appelés à devenir les disciples de Jésus se retrouveront ainsi les Fils de Dieu. “ À tous ceux qui croient en lui, dit saint Jean dans le Prologue de son Évangile, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. ” Cela veut dire que si Dieu veut être notre Père, s’il nous offre la grâce de devenir ses enfants, cela n’est pas donné dès la naissance, donné avec la nature humaine, c’est un ordre de grâce, un ordre surnaturel  ; il faut donc croire au Christ pour entrer dans ce secret de la paternité divine et de la filiation adoptive des fils de Dieu.

II. L’AUTODAFÉ

Avant de partir pour l’exil à l’abbaye d’Hauterive en Suisse, notre bienheureux Père avait confié à nos frères canadiens  : «  À mon âge [soixante-douze ans], une seule chose compte  : la défaite de Satan et la condamnation du concile Vatican II.  » Il s’y employa tout de suite en demandant les Actes du Concile au Père abbé, puis il entreprit leur commentaire  : «  pour le salut des âmes, pour la sainteté indéfectible de l’Église, mais encore pour la Vérité de Dieu, et ne serait-ce que pour le seul honneur et crédit de l’intelligence humaine et chrétienne […], tant ils sont humainement aberrants et dogmatiquement hérétiques, subversifs, à en crier. La cause de la ruine de l’Église est là, sous mon scalpel, qu’il faut éradiquer.  » Le fruit de ce combat apocalyptique fut l’Autodafé, titre de la plus salubre et la plus salutaire des œuvres théologiques du vingtième siècle.

Mgr Daucourt pensait avoir eu raison de “ la tête ”, et il s’attaqua au “ corps ”, le maladroit, en pensant ainsi anéantir la Contre-Réforme au vingtième siècle, le naïf… Pour s’opposer à sa volonté de puissance, notre Père n’eut d’autre recours que de revenir à la maison Saint-Joseph. Quelques jours plus tôt, le 2 janvier, le saint et regretté abbé Henri Saey, du diocèse de Montréal, consulté par nos frères, leur disait avec assurance  :

«  Il vous a donné un admirable exemple d’obéissance en septembre. Mais là, c’est son devoir de sortir, de reprendre la tête de la Contre-Réforme catholique  ; c’est son “ charisme ”, il est défenseur de la foi, lui seul peut le faire.  » (Georges de Nantes, docteur mystique de la foi catholique, p. 416)

L’évêque de Troyes ne se tint pas pour battu, et fit paraître une série d’oukases tous plus exorbitants du droit de l’Église les uns que les autres, et de condamnations totalement arbitraires. Notre Père fit appel finalement au Tribunal de la Signature apostolique. Il voulait ainsi mettre en plein jour les «  détournements de pouvoir  » dont il avait été victime, empêchant l’exercice d’un droit, d’un seul droit, celui d’être jugé sur la doctrine. Contrairement aux usages et règlements de cette suprême instance, il n’entendit plus parler de rien. Il était couvert par le bouclier du droit, quant à l’épée de la vérité, elle poursuivait toujours la gnose de Jean-Paul II, et de son alter ego Ratzinger. Mais son cœur était ailleurs, auprès de l’Immaculée Conception.

L’IMMACULÉE DOIT AVOIR LA PREMIÈRE PLACE.

À la fin de l’année 1997, heureux de suivre saint Maximilien-Marie Kolbe, et de le dépasser dans sa compréhension de ce si beau et si divin mystère, le Père prit la résolution de placer la Vierge Marie absolument au-dessus de toutes nos affections de cœur, toutes nos convictions, pensées et œuvres extérieures. Il voulait redonner à la Sainte Vierge la place qu’elle avait dès les origines des temps, cette fameuse première place que le concile Vatican II lui a refusée dans l’Église, en voulant d’une volonté tellement orgueilleuse la réduire à un «  rôle subordonné  ». Le 31 mai 1998, en la fête de la Pentecôte, tandis qu’il récite son chapelet, il reçoit de nouvelles lumières sur le Saint-Esprit et l’Immaculée Conception  : «  Le lien entre l’Esprit-Saint et Notre-Dame  ? C’est un mystère très caché encore qui se dévoilera à son heure, éclairant tout de la préexistence de l’âme de la Sainte Vierge dans l’éternité.  »

Et pour manifester cette prééminence de la Sainte Vierge, il décide que, dans la récitation privée de notre Credo, nous nommerons dorénavant l’Immaculée avant l’Église  :

«  J’en ai assez d’entendre les prêtres, les curés, les évêques, les théologiens, et je ne veux pas monter plus haut, mettre la Vierge Marie sous leurs pieds, parce qu’eux, ils sont l’Église, ils ont le droit de régenter la Vierge Marie, quand Elle nous fait des révélations sur la terre, nous apprend des choses pour notre salut  ! Ils mettent cela sous cloche pendant soixante ans, sous prétexte que ce sont eux qui règlent les révélations privées  ! Alors, la Vierge Marie devient quoi  ? Parallèlement, on lui dénie tous ses mystères, y compris sa virginité. Jusqu’où va-t-on aller  ?  » (p. 434-435) Jusqu’à la négation de son Immaculée Conception dans un Congrès pontifical marial, à Fatima qui plus est  !

UNE COURSE DE VITESSE CONTRE LE DIABLE.

Entre la Vierge Marie et Satan, c’est la lutte finale  ; sœur Lucie en avait prévenu le Père Fuentes en 1957  : «  Le démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge, et une bataille décisive est une bataille finale où l’on saura de quel côté est la victoire, de quel côté la défaite. Aussi, dès à présent, ou nous sommes à Dieu, ou nous sommes au démon  ; il n’y a pas de moyen terme.  »

Notre Père va s’engager dans cette bataille, comme Jésus dans sa Passion, en victime souffrante et rédemptrice. Maladies et hospitalisations se succèdent, humiliantes  : «  Il faut que je me sanctifie, c’est la Croix.  »

Sous ces coups répétés, il semble perdre un peu de ses capacités intellectuelles, il cherche ses mots, mais quand il les trouve, c’est percutant, profond  ; il n’a rien perdu de son ardeur militante. C’est l’amour de Dieu qui lui fait jeter ses dernières armes dans la bataille  : magnifique enseignement de ses dernières retraites sur la circumincessante charité  ; il se porte une dernière fois au secours du Christ que l’on chercher à crucifier encore. Le 11 avril 1997, un incendie criminel manquait de faire disparaître le Saint Suaire. En mai 1998, le Père y conduit mille de ses amis pour un pèlerinage de supplications et de réparation à la Sainte Face de Jésus. À Moure le Christ apparaît dans l’hostie lors de l’ostension des cérémonies du Lausperene  ; le Père se porte tout de suite à la défense de cette ultime et miséricordieuse manifestation de Jésus à ses fidèles, hélas  ! vite étouffé par une hiérarchie aux ordres  : Il ne doit pas y avoir de miracle  ! Les Saints Cœurs de Jésus et de Marie sont venus chez eux dans leur église, mais mon Dieu, quelle réception, sauf chez notre Père qui a parfaitement compris la raison de leur visite et qui se met tout de suite à leur service  :

Il écrit  : «  Turin, Fatima et Moure… et Rome chrétienne, autant de combats pour la défense de la Vérité en tous ses états, autant de grands signes apocalyptiques pour entretenir notre courage et celui de nos frères, de nos sœurs et de nos amis portant leurs croix  » (p. 433-434).

LE CŒUR IMMACULÉ DE MARIE, BUISSON ARDENT.

Ce fut le thème de l’homélie que frère Bruno emprunta à saint Jean Eudes, afin de nous dire, avec toute son autorité, une vérité que l’on n’ose plus dire  : «  Le Cœur de Dieu aime tous les cœurs qui haïssent le péché, le Cœur de Dieu se plaît dans tous les cœurs auxquels l’iniquité déplaît  ; d’autant qu’ils se sont rendus semblables à lui en haïssant ce qu’il hait infiniment. De là vient que ce Cœur adorable a un plus grand amour pour le Cœur très aimable de la bienheureuse Vierge que pour tous les cœurs des hommes et des anges, parce que, comme il n’y a jamais eu de cœur qui ait tant eu d’amour pour Dieu  : aussi il n’y en a jamais eu qui ait tant eu d’horreur de ce qui est contraire à Dieu.  »

III. L’ABJECTION

Par cette première conférence de l’après-midi, frère Bruno nous fit suivre notre bienheureux Père sur le chemin de son Calvaire  : «  Témoin de l’Immaculée, notre Père va entrer maintenant dans le même anéantissement de la maladie, la même immolation que mère Marie du Divin Cœur ou sœur Marie-Lucie de Jésus et du Cœur Immaculé (p. 444). Ce sont ces souffrances, depuis longtemps entrevues, acceptées qui authentifient son œuvre de Contre-Réforme catholique.

1999 sera une année très difficile. Plus que les maladies ou l’extrême fatigue qui l’anéantit, plus que l’angoisse qu’il éprouve en se demandant chaque jour s’il peut dire la messe après les (injustes) sanctions de Mgr Daucourt, plus que les persécutions de la République (enquêtes judiciaires, contrôles administratifs) dont la communauté sera criblée, c’est l’effondrement de l’Église qui tourmente et crucifie notre Père.

Il reste cependant à la barre et, en juin, dans un ultime effort, il conduit toute la communauté en pèlerinage à Fatima, Moure et Porto, pour redonner à tous l’espérance. Il nous la communique en toute vérité, comme il l’a toujours fait, sans tricher avec la réalité  :

«  Nous avons lieu d’être inquiets. Aujourd’hui, c’est le culte de l’homme qui déracine les messages divins de ces deux cents dernières années, et se substitue au culte du Sacré-Cœur et du Cœur Immaculé de Marie. Nous devons donc dire à Notre-Dame  : Nous sommes en danger. Je suis en danger. Venez à notre secours.  »

LA RÉVÉLATION DU TROISIÈME SECRET (26 juin 2000).

Notre Père malade, accablé de peine, resta profondément marqué par le mensonge éhonté de Jean-Paul II et de sa cour de cardinaux. Non  ! le Pape polonais n’est pas le Saint-Père du troisième secret. Frère Bruno fit vite justice de ce mensonge, et en l’espace d’une nuit, sur ordre de notre bienheureux Père, il puisa dans sa connaissance de la Sainte Écriture et trouva la juste interprétation de cette vision biblique. Notre Père l’approfondit et la développa en une émouvante car dernière conférence enregistrée  : Le secret de Marie. L’élu de Notre-Dame, le Saint-Père cher à son Cœur, c’est Jean-Paul Ier, le Pape martyr de ses frères.

À la fin de l’année 1999, le 21 novembre, il rebondit encore et lance notre ordre à pleine voile dans le troisième millénaire  : «  C’est une pensée qui s’est imposée à mon esprit, au matin de la fête de sainte Lucie, tandis que j’achevais de corriger les épreuves du présent numéro, si terrible, où la lutte du démon contre la Sainte Vierge va jusqu’à l’assassinat d’un Pape, sans que personne ne bouge  ! Et quelle donc pensée  ? Que c’en est fini de la Contre-Réforme catholique au vingtième siècle. Commence la Résurrection avec le vingt et unième siècle. Tout est mort avec Jean-Paul Ier et tout va ressusciter avec lui.

«  Puisque nous cherchions quel nouveau titre donner à notre mensuel pour ce nouveau millénaire, j’ai décidé d’abandonner celui de Contre-Réforme catholique au vingtième siècle, et de fermer ce grand chantier où nous avons élaboré le corps de notre doctrine CRC au gré du combat mené par Satan contre la Bienheureuse Vierge Marie… Or, c’est au moment où tout meurt, conformément à la prophétie du troisième Secret de Fatima, que nous proclamerons par un nouveau titre la Résurrection de l’Église, aussi certaine que celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ…  »

IV. LE SACRIFICE

Après avoir récité le chapelet sur la tombe de notre bienheureux Père, conférence difficile pour le cœur filial de frère Bruno, les dernières stations du chemin de croix de notre bien-aimé Père.

Sa maladie progresse, il vacille lui aussi, comme le Saint-Père du troisième secret. Le 20 décembre 2001, elle identifiée, c’est la maladie de Parkinson, celle-là même qui afflige Jean-Paul II. Deux parkinsoniens, l’un est prophète suppliant  ; l’Église célébrera un jour tous les bienfaits qu’elle lui doit  ; l’autre, Souverain Pontife supplié, sur la terre comme au Ciel, n’entend plus rien et poursuit la destruction de l’Église.

La République poursuit, elle aussi, une semblable destruction  : déploiement de dix-huit gendarmes pour une perquisition portant sur cinq chefs d’accusation  : «  Faux et usage de faux, abus frauduleux de situation de faiblesse, abus de confiance, travail non salarié, blanchiment d’argent provenant d’un délit  »  ! [rires dans la salle…] Tout cet ahan aboutira à un non-lieu, pour quatre chefs d’accusation sur cinq. Le cinquième, touchant le travail, fera l’objet d’un procès en correctionnelle… que nous gagnerons d’une manière éclatante. À lire dans Il est ressuscité de mai 2005, sous le titre  : “ La secte a perdu  ! ”

UN CŒUR CRUCIFIÉ.

«  Je suis écrasé par la pensée de la pourriture et du désordre injustifiable de l’Église. Pendant la Messe, il y a quelques jours, je pensais  : “ Seigneur, où est votre Église  ? ” Mais on n’a pas le droit de penser ou de dire qu’elle n’existe plus. Alors, de nouveau, c’est la bagarre  ! Nous sommes écartelés entre une soumission à la hiérarchie, qui serait une apostasie, et un avenir qui sera la perte de tout. Heureusement que nous sommes du côté de la Sainte Vierge et de tous les saints du Ciel  !  » (p. 462)

La pensée de ne pas avoir le droit de dire la Messe l’angoisse de plus en plus, elle est redoublée par une épreuve, celle du décès de son neveu, notre frère Hugues du Christ-Roi, le 13 septembre 2002. Mgr Veillette, évêque de Trois-Rivières, qui venait d’ouvrir sa cathédrale à la dépouille mortelle d’un “ Hells Angel ”, ferme la porte de ses églises à frère Hugues. Scandale  ! Notre bienheureux Père est un saint, il suffit de lire ce qu’il conseilla à frère Pierre pour s’en convaincre  : «  Rugir, se justifier n’est pas bon  ! C’est l’Église qui a parlé, il faut se soumettre  ; nous n’avons qu’à souffrir, être persécutés. Le tout pour nous, c’est de plonger nos cœurs dans les Cœurs de Jésus et de Marie  !  »

UN GRAND MALADE EN PARTANCE POUR LE CIEL.

À partir de janvier 2003, il a de plus en plus de mal à s’exprimer. Il se rend compte que «  sa tête s’en va  »  : «  Je ne comprends rien  ». Notre Père n’a plus de ressort physique, mais il ne cesse d’encourager frère Bruno  : «  il me regarde écrire avec une attention soutenue. Un jour, il me dit  : “ Tu prends ton stylo et toc, toc, toc  ! N’hésite pas à leur foncer dedans  !  » (p. 468-469)

Le frère Christian raconte  : «  À son lever, il fait un beau signe de Croix. De ces signes de Croix qui en disent long  ! On sent que ce n’est pas le moment de parler, ou le moins possible. Notre Père est occupé à autre chose. Souvent, il demeure assis sur son lit, silencieux, durant un bon moment. Notre Père nous avait dit un jour que le sourire continuel était “ une vertu cardinale ”. À cette époque, alors qu’il souffre depuis longtemps déjà, il pratique héroïquement cette grande vertu. Combien de fois, son incomparable, son merveilleux sourire nous a réjouis, nous a redonné courage et nous a bouleversés.  » (p. 469-470)

Le lundi 26 janvier 2004, notre Père célèbre la Messe pour la dernière fois. Après six ans d’une hospitalisation à domicile qui force l’admiration des infirmières et des médecins pour “ le Père ”, voici que ce parkinsonien au visage si paisible et souriant, entre dans son agonie le dimanche 14 février 2010 en début d’après-midi. Le médecin témoigne  :

«  Durant les nombreuses heures où je serai dans la chambre du Père, il existera un constant contraste entre l’aggravation clinique, neurologique et respiratoire, et la sérénité du Père  ; il est difficilement envisageable d’être dans cet état de sérénité avec des épisodes de désaturation aussi importants.  »

Le 15 février à 6 h 15, notre Père n’est plus qu’un souffle. Enfin, à l’heure où la communauté récite à la chapelle les mystères joyeux du Rosaire, notre Père tourne ses yeux toujours clos vers la statue de Notre-Dame de Fatima, puis tend légèrement vers le Ciel son visage qui retombe dans une expression de joie. Ses lèvres esquissent un sourire.

Frère Bruno communiqua son émotion au jeune auditoire, et c’est avec une attention soutenue qu’ils reçurent le choc de ses dernières paroles  :

«  Oui, Georges de Nantes, Docteur mystique de la foi catholique, a vraiment préparé la renaissance de l’Église et de la Chrétienté  ! L’heure n’en paraît pas encore venue, mais, de là-haut, notre Père y travaille certainement de toutes ses forces décuplées. Et comme sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, c’est sûr qu’il «  revient sur terre pour faire aimer l’Amour  », c’est-à-dire pour faire aimer le Cœur Immaculé de Marie et travailler à son triomphe  !

«  En attendant, puissions-nous, mes chers amis, nous mettre à l’école de ce Maître et Père qui a sacrifié, consumé sa vie à enseigner, expliquer les causes de nos malheurs, et indiquer les voies du salut.

Il est non seulement le “ fondateur ” de notre communauté, mais aussi et surtout, le bâtisseur de la Chrétienté de demain, eucharistique et mariale  !  »

Saisissant contraste entre l’attention soutenue – on aurait entendu une mouche voler – et le tonnerre d’applaudissements qui suivit aussitôt après.

FÊTE DE LA TOUSSAINT.

À l’oraison, dernière partie du commentaire du Pater Noster  : «  Il faut bien que nous soyons dans ce monde soumis à l’épreuve, à la tribulation. On ne peut pas passer à côté de cette épreuve, Jésus lui-même y est passé, et la Sainte Vierge aussi. Mais cette épreuve multiple, multiforme – tentation, difficulté, passion, drame, souffrance – cette épreuve qui est tellement caractéristique de la vie terrestre, il faut que nous passions à travers sans y être engloutis, comme d’une mare bourbeuse où nous pourrions périr, perdre la vie, et qu’il nous faut quand même traverser. Alors, que Dieu nous tienne la main, que Dieu nous en sorte  !…  »

LES ACTUALITÉS.

L’analyse des actualités religieuses et politiques demande plus que jamais de la réflexion et une somme de connaissances historiques, bibliques qui dépassent de beaucoup les capacités d’un jeune homme ordinaire, même diplômé de Sciences-Po. Tout le monde aujourd’hui peut bien sûr émettre un jugement à l’emporte-pièce après avoir caressé son téléphone portable et lu quelques lignes de l’AFP sur le voyage du pape François en Suède, par exemple… L’immédiateté que donne Internet n’est pas bonne conseillère, car elle pousse au jugement propre, qui est en fait celui de la “ volonté générale ” du réseau d’information consulté.

Il est plus sage d’attendre le jugement fondé de frère Bruno sur un sujet si délicat, car on est sûr alors de pénétrer plus avant dans l’intelligence des événements… Cette intelligence des actualités, et surtout des actualités religieuses, si complexes, notre frère Prieur l’a acquise en écoutant le pape François, lui. Il le vénère – «  c’est le Saint-Père  » – comprend la situation difficile dans laquelle il se trouve, ce que le Bon Dieu attend de lui. Notre frère Prieur juge surtout de ces choses en disciple, avec la sagesse de l’Église héritée de notre bienheureux Père… Esprit d’humble “ finesse ” plus que de “ géométrie ” primaire-amère… Une lecture plus attentive de Il est ressuscité devrait y aider… Frère François se chargea de cette nécessaire mise en garde contre l’esprit propre – reçue cinq sur cinq par nos jeunes gens – puis frère Bruno nous fit profiter de son analyse  : Notre-Dame de Fatima, seule médiatrice de la paix. En voici le résumé  :

LE PAPE FRANÇOIS.

Pour lui, et contrairement à ses prédécesseurs, le concile Vatican II n’est plus l’unique critère de l’orthodoxie catholique. Il ne l’exige pas de la Fraternité Saint-Pie-X. Il se contente du concile de Trente  ! Ce qui compte à ses yeux, c’est la foi catholique. Et une foi vivante. Frère Bruno en donne une preuve, tout en déplorant de voir combien cette foi cordiale (cf. la magnifique homélie du 25 mai 2016 sur La prière qui conserve la foi) est handicapée par l’hétérodoxie philanthropique de Vatican II, et son dogme du droit social à la liberté en matière de religion.

Son voyage en Arménie et la Déclaration commune signée le 26 juin avec le patriarche Karékine le prouvent bien. Le respect, tout humain, des différences religieuses n’est pas l’unique critère de la coexistence pacifique entre les différentes communautés ethniques et religieuses  : «  Il exclut la Médiation universelle de la Mère de Dieu, constituée Reine de la paix par son Divin Fils. C’est vraiment un étrange aveuglement d’espérer sans Elle une solution pacifique concernant le Haut-Karabagh, objet du litige, cause de la guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie.  » L’appel de La déclaration commune «  aux responsables politiques et à la communauté internationale afin d’assurer le droit de tous à vivre en paix, et dans la sécurité  » poussa notre frère Prieur à renouveler sa suppliante demande de consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie, sinon c’est la guerre, et déjà l’anéantissement des nations comme en Libye, en Irak, en Centrafrique, tandis que «  la troisième guerre mondiale est engagée  ». Il est donc grand temps.

VLADIMIR POUTINE.

Frère Bruno nous montrera une fois de plus la sagesse supérieure, charismatique, du chef de la Russie. C’est grâce à lui que le monde est encore en paix. Il est capable de traiter de «  fous  » ses chefs militaires et de les empêcher d’en découdre avec les Américains. Il arrive aussi à canaliser ses «  partenaires  » sur le terrain à haut risque des mass-medias. Les Américains ont bombardé l’armée syrienne, quatre-vingts morts  ! action qui fut aussitôt suivie d’une offensive de Daesh. Il réfute calmement les lamentables justifications américaines. Qui a rompu le Cessez-le-feu  ? demande Poutine, nous  ? Non  ! Sa loyauté ne craint personne, il répond à toute surenchère. Les Américains accusent les Russes de ne pas laisser le passage libre aux convois humanitaires vers Alep  ? Il explique la situation concrète et invite ses «  partenaires américains  » à se joindre à ses troupes. Tout le monde comprend que si les Américains acceptent, c’est gagné, les convois passeront. S’ils refusent, c’est que les Yankees sont complices de Daesh  : CQFD. En réponse à l’attentat contre l’armée syrienne, les missiles kalibr vont pulvériser l’immeuble où des officiers américains, israéliens, saoudiens, qataris, turcs coordonnaient les attaques terroristes sur Alep et Idlib.

Ses jugements sur les présidentiables américains sont parfaitement équilibrés, ceux sur le peuple américain et le peuple français sont d’une hauteur de vue maurassienne. Il sait faire la part du feu entre le “ pays légal ” et le “ pays réel ” de chaque nation.

Mais si sage et si puissant soit-il, le président Poutine tout seul ne peut rien. Les Américains et leurs satellites de toutes religions attisent les feux de la guerre, au Moyen-Orient comme en Europe, contre la sainte Russie. Qui, aujourd’hui, ne cesse de rappeler, à temps et à contretemps, «  l’unique nécessaire  » mystique et politique de la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie  ? Qui  ? Frère Bruno  !

PAPE FRANÇOIS, DEUX EXEMPLES À SUIVRE  !

Il ne s’agit pas des évêques français qui, ne sachant plus à quel saint se vouer pour prêcher la paix, ont été chercher Rousseau et son «  Contrat social  ». Espérons qu’à Rome on en aura souri. Frère Bruno s’appliquera à réfuter cette chimère par la plus saine des doctrines politiques, celle des 150 Points de la Phalange et celle, toute semblable, de saint Pie X dans sa Lettre sur le Sillon. Cette condamnation de la démocratie atteint aujourd’hui de plein fouet l’ensemble de l’épiscopat français. «  Nos évêques à la remorque de Jean-Jacques Rousseau n’ont cessé de condamner l’abbé de Nantes, disciple de saint Pie X au siècle dernier. Mais l’un et l’autre parlent encore  !  » Si jamais le pape François pouvait les entendre, il les comprendrait et les suivrait sur cette voie qu’il a lui-même tracée dans sa première homélie aux cardinaux…

Les exemples que frère Bruno proposa au Saint-Père sont démonstratifs. C’est d’abord celui du président péruvien Pedro Pablo Kuczynski, consacrant son pays au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie, puis le bel exemple d’un évêque nigérian, Mgr Oliver Dashe Doeme, faisant la guerre à Boko-Haram avec «  l’arme de Lépante  », le Rosaire (supra, p. 4).

Tous nous fûmes bien réconfortés par cette conférence d’Actualités; frère Bruno avait montré du doigt le vrai ressort des événements, le fil d’or qu’il ne faut pas perdre de vue, et d’autant plus que la situation va s’aggraver dans les mois à venir, tout le monde le pressent… Une nouvelle promotion de jeunes gens le comprit si bien qu’ils prononcèrent leur acte d’Allégeance à la Phalange de l’Immaculée, afin de rester fidèles disciples dans l’unité  : vis unita fortior, la force unie est la plus forte  !

Que notre bienheureux Père nous vienne en aide sur ce chemin du Calvaire, lui qui gravit le sien avec tant de générosité, pour finir étendu comme Jésus sur sa Croix, sans «  geste fou pour se débattre  », mourant d’amour comme son Divin Maître. Lors de sa dernière homélie, frère Bruno revint sur cette sainte mort  ; en s’appuyant sur l’autorité incontestée de saint Jean de la Croix, il nous fit réaliser qu’en toute vérité, notre Père était mort d’amour. C’est sur cette bienheureuse vision de paix que s’acheva la session.

INSTRUCTIVE DISTRIBUTION DE TRACTS.

Le dimanche 9 octobre, les jeunes gens de la Permanence s’étaient donné rendez-vous à Notre-Dame des Victoires. À la fin de la messe, ils se retrouvèrent au milieu d’un fraternel attroupement de paroissiens sur le parvis de l’église. Le Curé, très affable, s’approche  : «  Ah  ! vous distribuez des tracts sur le Père de Foucauld  ? C’est bien  ! (il les bénit de la main) J’étais à Rome pour sa canonisation et quand je vais à Nazareth, je vais toujours voir le couvent des clarisses. Vous savez il s’est converti en voyant les musulmans prier  ! – C’est surtout en voyant ses cousines prier  ! Les musulmans n’ont quand même pas la même religion que nous. – Oui, oui, bien sûr  ! je vois ce que vous voulez dire… Bon alors, vous venez d’où  ? – D’un peu partout, nous tractons chaque dimanche dans une paroisse différente.  »

L’ABBÉ DE NANTES TOUJOURS VIVANT.

«  Vous étiez à la messe  ? – Oui bien sûr mon Père, nous avons même beaucoup apprécié votre sermon  ! – Et ce frère Bruno qui fait la conférence il vient d’où  ? – Eh bien  ! des Petits frères du Sacré-Cœur, le mouvement de l’abbé de Nantes… Vous connaissez  ? (son visage s’assombrit) – Oui, oui je connais… mais l’abbé de Nantes est mort, non  ? – Oui, en 2010. – Oui, et depuis tout est rentré dans l’ordre, non  ? – Que voulez-vous dire mon Père  ? – Ben, vous ne suivez plus ses positions... – Ah si  ! – Oui… mais pas toutes. – Si si, toutes  ! (il devient alors grave) – Ah bon  ! mais c’est quoi le problème  ? – Eh bien  ! le concile Vatican II. – Mais pourquoi  ? – Parce qu’il est la cause de la ruine de l’Église. – Vous croyez que l’Église est en ruine  ? Mais pourquoi vous êtes contre le Concile  ?  ! – On juge l’arbre à ses fruits, et la chute des vocations, la diminution du nombre de fidèles, c’est un fait  !  »

UN PRÊTRE DESORIENTÉ.

«  Mais c’est faux il n’y a jamais eu autant de religieux dans le monde, il n’y a qu’en France que cela va mal (…). – Le plus grave c’est le fait que la doctrine a changé, depuis le concile (…), les catholiques sont tellement désorientés qu’ils distinguent à peine la vraie religion des fausses. – D’abord il ne faut pas dire fausses religions, il faut dire  : “ chemin inadapté ”. Ensuite vous savez il n’y a pas de vraies ou de fausses religions. J’ai fait beaucoup d’études. On peut trouver des traces de la Révélation dans les autres religions comme l’ont dit les Pères du Concile, vous connaissez  ? ils parlent des “ semina Verbi ”, les semences du Verbe, des traces de vérité dans d’autres doctrines... – Oui mon Père, mais ces traces de vérité n’en font pas pour autant la vraie, l’unique religion révélée  !  »

S’ensuit une conversation confuse sur Jean-Paul II et l’interreligion pratiquée depuis Assise (octobre 1986) sous son impulsion  ; une parfaite imitation du Christ selon le curé de Notre-Dame des Victoires…

LA VÉRITÉ CATHOLIQUE.

Voici maintenant toute la vérité exposée par Georges de Nantes, docteur mystique de la foi catholique, au Point 8 des 150 Points de la phalange  :

«  Tout paganisme doit disparaître au souffle de la prédication évangélique et céder devant le royaume de Dieu. L’histoire montre l’éclatement de toutes les religions et sagesses païennes quand s’affrontent les deux grandes puissances d’apocalypse, le Christ et l’Antichrist  : du paganisme ne reste alors qu’un folklore vidé de toute valeur religieuse.

«  Le phalangiste cependant balance entre les deux attitudes qui ont toujours eu cours dans l’Église.

L’une, considérant les vérités, valeurs et bontés des religions païennes, et leurs rites parfois très humains et très beaux, les respecte comme des préparations à l’annonce de l’Évangile, mais y conduisant nécessairement et devant être dépassées et reniées pour faire place à la seule Église du Christ.

L’autre, insistant sur les erreurs et les désordres moraux souvent effroyables des idolâtries, ne veut y voir que des inventions de Satan pour retenir les peuples dans son esclavage, et donc des obstacles à mépriser et à renverser pour ouvrir la voie à l’Évangile.

«  Unique conséquence de ces deux perspectives  : le phalangiste accordera à ces religions et philosophies une prudente tolérance de fait, qui ne retarde pas mais, au contraire, facilite la prédication de la vérité divine et l’ouverture des peuples païens à la civilisation chrétienne.  »

frère Philippe de la Face de Dieu.