La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 169 – Novembre 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


VINGT-QUATRIÈME CONGRÈS DE L’ACADÉMIE PONTIFICALE MARIALE INTERNATIONALE

SŒUR LUCIE, VICTORIEUSE
DES THÉOLOGIENS MODERNISTES

par frère François de Marie des Anges.

DÈS 1917, à Fatima, le diable chercha par tous les moyens à entraver et même à couper les relations entre le Ciel et la terre. Il inspira les attaques frontales de “ l’Administrateur ” franc-maçon du canton de Vila Nova de Ourem, qui enleva et retint prisonniers les trois pastoureaux le 13 août, afin qu’ils ne puissent voir ni entendre l’Apparition à la Cova da Iria.

Il y eut aussi des manœuvres plus insidieuses, notamment contre les parents de Lucie. Celle-ci raconte comment des provocateurs, qu’elle appelle «  les faux amis de mon père  », incitèrent ce dernier à chasser les pèlerins qui envahissaient son terrain, à la Cova da Iria, pour venir sur le lieu des apparitions. Ce qu’il fit pour préserver ses récoltes. Cela provoqua une bagarre  : un homme se jeta sur lui et finalement c’est lui, Antonio dos Santos, le père de Lucie, qui dut s’en aller. Quelques jours plus tard, sa mère l’aida à mettre dehors de chez eux ces «  faux amis  ». «  Elle ferma la porte avec force et dit  : “ Quels sales individus  ! On dirait qu’ils ont le diable avec eux  ! ”  » (Sixième Mémoire, p. 133)

Plus tard, sœur Lucie expliquera  : «  C’était ce que maintenant j’appelle le commencement de la lutte diabolique contre le message (de Fatima), bien que, certainement, sur le moment, mes parents ne l’aient pas compris, ni moi non plus. Aujourd’hui, cependant [en 1993 où elle écrit], il me semble que je le vois clairement et sans l’ombre d’un doute.

«  Où est Dieu, le démon apparaît, suscitant des dissensions, des luttes et des contradictions. C’est le signe de la présence de Dieu. Si ce n’était pas Dieu, le démon n’aurait rien à craindre et il n’irait pas lui disputer le terrain.  » (ibid., p. 119 et 133)

Cette lutte diabolique contre le message de Notre-Dame a pris une ampleur considérable au sein même de l’Église, depuis la réforme décrétée au deuxième concile du Vatican.

En septembre dernier, lors du vingt-quatrième Congrès de l’Académie pontificale mariale internationale, les attaques les plus perfides contre Notre-Dame de Fatima furent menées par des théologiens modernistes qui rejettent et nient, plus ou moins ouvertement, toute intervention du Ciel sur la terre.

«  Moderniste, écrit l’abbé de Nantes, n’est pas un mot bénin, un mot sans venin. Il désigne, depuis l’encyclique Pascendi (1907), du nom ostentatoire dont ils se dénommaient eux-mêmes, un parti d’hérétiques de la pire espèce, décidés à s’incruster dans l’Église à force de dissimulation et de faux serments, pour en mieux détruire la foi traditionnelle et, par-là, toute l’institution. Pour leur substituer une religion toute subjective, individuelle et démocratique, toute de sentiment et de liberté, adhérant charismatiquement à des mystères chrétiens que cependant, par raison et par science, ils rejettent hors de la réalité physique et historique.

«  Parce que l’esprit moderne ne saurait rien admettre qui dépasse le cours ordinaire des choses et ne puisse être expliqué par les sciences rationnelles. Il convient cependant d’accorder aux “ révélations divines ” une adhésion du cœur, une émotion de la sensibilité, comme à ce que la communauté humaine accueille de “ divin ” dans certaines expériences si hautes qu’elles ne peuvent venir que de l’Esprit, qui souffle où il veut.  » (“ Rome perd la foi ”, CRC n° 212, juin 1985, p. 2-3)

TRANSMISSION… INTERDITE  !

C’est en s’inspirant de principes modernistes que le Père Jésus Castellano Cervera, de l’ordre des carmes, a corrigé à Rome le manuscrit de sœur Lucie qui fut publié en l’an 2000 sous le titre Appels du message de Fatima (éd. Secrétariat des pastoureaux).

Il est à noter que le Père Castellano Cervera, consulteur de la Congrégation pour la doctrine de la foi, exerça sa censure alors que le cardinal Joseph Ratzinger en était le préfet.

Sœur Lucie avait donné comme titre à son ouvrage  : La transmission du message de Notre-Dame aux pèlerins de Fatima. Le censeur romain y a substitué  : Les appels du message de Fatima, comme nous avons pu nous-même le constater en examinant le manuscrit.

En changeant l’expression “ message de Notre-Dame ” en “ message de Fatima ”, le Père Castellano a fait disparaître la Personne vivante qui a dit  : «  Je suis du Ciel  », et qui en 1917 s’est déplacée du Ciel sur la terre pour parler aux pastoureaux… sept fois  !

De plus, le mot transmission a été changé en celui d’appels. Certes, plus loin dans son manuscrit, sœur Lucie utilisera elle-même l’expression “ appels du message ”. Mais la suppression du mot transmission, dans le titre du livre, n’est pas fortuite. Dans les deux pages qui suivent, et qui constituent son introduction, le Père Castellano l’a biffé les trois fois où il s’y trouvait. Voyez plutôt  :

Lucie avait écrit de sa plume  : «  Je réponds à tous [ceux qui m’ont posé des questions] par la transmission du message que Dieu a voulu me confier pour tous.  »

Ce qui devient dans la version publiée  : «  Je réponds à tous avec les appels du message de Fatima que Dieu…  »

Quelques lignes plus loin, sœur Lucie explique  : «  Je vous prie de ne pas considérer cette transmission du message comme…  »

Version corrigée  : «  Je vous prie de ne pas considérer cette communication comme…  »

Enfin, toujours dans son introduction  : «  Je vais essayer de vous transmettre le message tel que Dieu me l’a confié…  »

Version corrigée  : «  Je vais essayer de vous expliquer le message…  »

Le mot “ transmettre ”, systématiquement censuré dans sa “ Lettre aux pèlerins ”, signifie “ faire passer d’une personne à une autre personne ”. Assurément, sœur Lucie s’est toujours contentée de répéter les paroles qu’elle a entendues de cette Personne  : l’Immaculée Vierge Marie, dont la présence devant elle, en son corps glorieux, lors des apparitions, était objective. Lucie rapporte un message qui n’est pas une création de son esprit. Elle n’est qu’un relais.

En revanche, les mots “ appels, communication, expliquer ”, substitués par le correcteur, permettent d’insinuer que cette révélation est sortie de l’esprit de Lucie, et donne libre cours à toutes les interprétations modernistes, comme si ce message n’était que le fruit d’une expérience intime de la voyante, suscitée par l’Esprit. Bref, si elle a joui de révélations, ce serait par voie d’immanence.

Le cardinal Ratzinger développa cette interprétation dans son Commentaire théologique du Secret  :

«  Les visions des enfants de Fatima ne sont pas à envisager comme si, pour un instant, le voile de l’au-delà avait été enlevé et que le Ciel apparaissait dans ce qu’il a de plus essentiel.  » Donc, ce ne sont pas des visions, pour le cardinal.

Il poursuit  : «  Le sujet [de la vision, c’est-à-dire Lucie] est de manière essentielle participant de la formation, sous mode d’images, de ce qui apparaît.  » Ainsi, Lucie participerait, “ de manière essentielle ”, à la formation de la vision et du message  !

Lors du Congrès de l’Académie pontificale mariale internationale, sur L’événement de Fatima cent ans après  : histoire, message et actualité, c’est cette interprétation moderniste des apparitions qui a été reprise et développée par presque tous les conférenciers des sessions plénières.

«  Rien de si insidieux, de si perfide que la tactique des modernistes, remarquait saint Pie X. Amalgamant en eux le rationaliste et le catholique, ils le font avec un tel raffinement d’habileté qu’ils abusent facilement les esprits mal avertis.  » (Pascendi dominici gregis, 1907)

En reprenant et poursuivant la relation des débats du Congrès, commencée le mois dernier sous le titre “ Notre-Dame de Fatima et Vatican II, désaccord total ” (Il est ressuscité n° 168, oct. 2016, p. 7-22) nous allons opposer aux «  raisonnements trompeurs et perfides  » de ces prétendus théologiens, comme disait saint Pie X, le ferme témoignage et la sagesse surnaturelle de sœur Lucie, l’héroïque messagère de Notre-Dame, entièrement victorieuse du mauvais procès qui lui est intenté par ces ecclésiastiques.

LE PÈRE BATTAGLIA POURSUIVI PAR LA… RUSSIE  !

Le jeudi 8 septembre au matin, lors de la période de questions posées sur petits papiers, qui suivit la conférence de sœur Oka, le Père Vincenzo Battaglia, président de l’Académie pontificale mariale internationale, déclara péremptoirement que «  la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie n’entre pas dans notre thématique  ; donc on n’en parlera pas, malgré l’abondance des questions sur ce sujet  ».

À la pause, au bas de l’estrade, je l’interroge  :

«  Mon Père, qui a décidé que la consécration de la Russie était un sujet interdit au cours du Congrès. N’est-ce pas un élément essentiel du message de Fatima  ?

– Nous avons choisi une certaine thématique. La Russie n’entre pas dans notre thématique.

– Notre-Dame de Fatima a-t-elle prononcé le mot de “ Russie ” dans son grand Secret de juillet 1917  ?

Je ne sais pas.

– Comment  ? Vous ne savez pas  !

 Je ne veux pas discuter de cela. D’ailleurs la consécration a été faite par Jean-Paul II.

– Jean-Paul II a-t-il un jour prononcé le nom de “ Russie ” dans une consécration  ?

 Je ne sais pas.

– Eh bien, moi, je sais et je vous dis que non.

 Ah bon  !

– Il est scandaleux que, dans un Congrès sur le message de Fatima, les demandes de Notre-Dame soient exclues. Ce Congrès est un brigandage  : vous triez et écartez presque toutes les questions.  »

L’ami qui m’accompagne m’appuie  : «  Vous en avez amputées.

 Je ne veux pas de polémique.

– Je vous parle sur un ton courtois de la consécration de la Russie.

 Nous, dans ce Congrès, nous sommes à un autre niveau.

– Quel niveau  ?  »

Le Père Battaglia ne m’écoute plus, il s’est éloigné.

Le lendemain, notre amie Élisabeth l’aborde  :

«  Puis-je vous poser une question s’il vous plaît  ?  »

Il lui répond par un grand sourire avenant.

«  Mon Père, pouvez-vous me dire si, lors de l’apparition de la Vierge, le 13 juillet 1917, la petite Lucie a entendu le mot “ Russie ”  ?

 Pardon…  » Le Père, qui a perdu son sourire, met sa main derrière son oreille. «  Je n’ai pas vraiment compris votre question  ?  » En même temps, il s’éloigne rapidement vers la sortie. Elle lui répète sa question  :

«  Pouvez-vous me dire si lors de l’apparition de la Vierge, le 13 juillet 1917, Lucie a entendu le mot “ Russie ”  ?

 Ce n’est pas moi qui peux vous le dire, je vous invite à lire les Mémoires de sœur Lucie.  »

Il a tellement accéléré le pas qu’il s’échappe.

Un instant après, notre amie l’aperçoit et le rejoint.

«  Pardon, mon Père, je ne comprends pas pourquoi dans un Congrès qui prévoit des temps de questions, vous refusez de répondre à celles qu’on vous pose. Et vous vous y refusez même en aparté.

 Mais je vous dis qu’il suffit de lire les Mémoires de sœur Lucie.

– Alors, pourquoi organiser un congrès s’il suffit de lire des ouvrages  ?

 Tout le monde me pose votre question. Ça suffit, ça suffit  !  »

Pour quelle raison refuse-t-il de répondre par “ oui ” ou par “ non ”  ?

Parce qu’il ne veut pas dévoiler sa pensée par un “ non ”, contrariant ouvertement les “ gens naïfs ”, les “ pauvres en esprit ”, attachés à un monde dépassé, le monde antéconciliaire d’ «  avant Emmanuel Kant  », comme disait Jean-Paul II.

«  Lisez les Mémoires…  »

Les “ naïfs ” prendront au pied de la lettre tout ce que rapporte la voyante.

Les gens “ intelligents et savants ” feront l’herméneutique de ses récits, ils interpréteront ses apparitions comme des expériences intimes, traduites tardivement en représentations intellectuelles, avec des images reflétant l’enseignement de l’Église et liées à des événements dramatiques de l’actualité  : ainsi, dans ses Mémoires, sœur Lucie parla de la “ Russie ” parce que cette nation était devenue pour elle, depuis la révolution communiste de 1936 en Espagne, l’incarnation du mal, et vice versa.

Comme cette herméneutique moderniste paraît avoir conquis presque tous les esprits dans les hautes sphères de l’Église, il est nécessaire d’en publier la réfutation, avant de poursuivre la relation du Congrès.

EXAMINONS LES MÉMOIRES

L’étude critique des Mémoires confirme, du moins si elle est bien menée, la vérité pleine et entière du témoignage de sœur Lucie sur les apparitions de 1917.

Non, la messagère du Ciel n’a pas inventé, vingt ans après les apparitions, des images et des paroles pour exprimer des expériences intimes inspirées par l’Esprit. Mais, favorisée d’apparitions célestes, elle a rapporté fidèlement les visions dont elle a été privilégiée et les paroles de Notre-Dame.

PARFAIT ÉQUILIBRE PSYCHOLOGIQUE.

Elle écrivit ses souvenirs par stricte obéissance, avec diligence dès qu’elle en reçut l’ordre, alors que cela lui coûtait beaucoup. «  Lucie n’a jamais rien écrit de sa propre volonté  », remarque le Père Alonso, dans son Introduction aux Mémoires (éd. 2003, p. 13).

Ce fut en 1935 que Mgr da Silva lui ordonna d’écrire ses souvenirs sur Jacinthe. Elle en commença la rédaction vers le 10 décembre 1935, malgré sa «  grande répugnance. En effet, je ne peux presque rien dire de Jacinthe sans parler directement ou indirectement de ma misérable personne. J’obéis malgré tout à la volonté de votre Excellence qui est pour moi l’expression de la volonté de notre Bon Dieu.  » (I, p. 34)

De 1937 à 1941, elle reprit la plume à trois reprises, toujours à la demande de son évêque, pour raconter notamment les apparitions de 1917. C’est ainsi que furent rédigés ses quatre premiers Mémoires. Ils témoignent de son parfait équilibre psychologique.

Alors qu’elle était très occupée par ses obédiences de lingère et de couturière, elle les écrivit sans rature, en toute hâte, et sans consulter aucun document. «  Comme je ne dispose pas de temps libre, c’est pendant les heures silencieuses du travail que je vais me remémorer et noter sur un bout de papier, avec un crayon caché sous mon ouvrage de couture, ce que les Saints Cœurs de Jésus et de Marie voudront bien me rappeler.  » (I, p. 36)

Sœur Lucie le confirma en répondant aux questions de Mgr Luciano Guerra, le 20 février 1993  :

«  Comment avez-vous préparé la rédaction de votre premier Mémoire sur Jacinthe  ? Avez-vous pris des notes, ou avez-vous écrit “ de tête ”  ?

– J’ai écrit de mémoire, au fil de la plume, parce que je n’avais ni le temps ni les conditions nécessaires pour faire autrement.

«  Avez-vous toujours les notes écrites à cette occasion  ?

– Non, puisque je n’en ai pas écrit.  »

Il est remarquable, souligne le Père Alonso, «  qu’elle ait réussi à conjuguer ses occupations matérielles très absorbantes avec son travail de rédaction, sans perdre le fil d’une narration ordonnée, ni la logique de ses réflexions. Cela montre, une fois de plus, sa lucidité d’esprit, sa sérénité d’âme et l’équilibre de ses facultés.

«  Ses dons littéraires pourraient se résumer ainsi  : clarté et précision dans les idées, sentiments délicats et profonds, un bon humour artistique qui donne du charme au récit, une ironie délicate qui ne blesse jamais.

«  Elle rapporte les dialogues comme si les personnes étaient présentes. Elle contemple les paysages comme si elle en jouissait.

«  Elle sait décrire les caractères de ses cousins, de ses confesseurs, des personnages en général, d’un trait de plume qui manifeste une pénétration psychologique peu commune. Elle se rend parfaitement compte quand elle s’éloigne du sujet, et sait revenir avec grâce à son point de départ.  » (Alonso, ibid., p. 11-12 et 67)

SA MÉMOIRE EXTRAORDINAIRE.

Ses récits très détaillés, toujours précis et captivants, révèlent sa mémoire extraordinaire.

Dans la conclusion de son deuxième Mémoire, elle écrit avec une charmante simplicité  :

«  Quelqu’un me demandera peut-être  : “ Comment se fait-il que vous vous souveniez de tout cela  ? ” Comment cela se fait-il  ? Je n’en sais rien. Le Bon Dieu, qui départit ses dons comme il lui plaît, m’a donné un peu de mémoire et, pour cela, il est le seul à savoir ce qu’il en est.  » (II, p. 123)

“ Un peu de mémoire ”  ? C’est trop peu dire  ! Elle en avait énormément.

Ses cinquième et sixième Mémoires, rédigés en 1989 et 1993, elle a alors plus de quatre-vingts ans, ne laissent subsister aucun doute sur la fidélité de sa mémoire prodigieuse  : ils ne comptent pas moins de cent soixante pages bourrées de descriptions, de paroles, de récits admirables sur son père et sur sa mère, révélant leur foi et leur charité chrétienne.

Sœur Lucie distinguait très bien ce dont elle se souvenait avec une certitude absolue et ce dont elle était moins sûre  :

«  Je ne sais si, dans la façon de m’exprimer, j’ai mis une parole pour une autre, par exemple  : quand nous parlions de Notre-Dame, certaines fois, nous disions Notre-Dame, d’autres fois nous disions cette Dame. Maintenant, je ne me rappelle plus bien à quels moments nous employions cette expression d’une manière ou de l’autre. Et ainsi pour d’autres petits détails qui ne me semblent pas avoir grande importance.  » (III, p. 138)

PERFECTION DE L’OBÉISSANCE.

À la fin de son premier Mémoire, sœur Lucie confiait à son évêque  : «  Si j’apprenais que vous avez brûlé cet écrit sans l’avoir lu, j’en ressentirais beaucoup de plaisir, puisque je ne l’ai écrit que pour obéir à la volonté du Bon Dieu qui m’a été transmise par la volonté expresse de votre Excellence.  »

Ce fut deux ans plus tard, en 1937, que l’évêque lui demanda de compléter sa narration en racontant sa propre vie et les apparitions de 1917. Le 7 novembre 1937, elle notait en commençant la rédaction de son deuxième Mémoire  : «  J’aurais bien envie de demander à quoi pourra servir cet écrit rédigé par moi, qui ne sais même pas suffisamment bien écrire. Mais je ne veux rien demander. Je sais que la perfection de l’obéissance ne demande pas de raisons. La parole de votre Excellence me suffit. Il s’agit de la gloire de notre très Sainte Mère du Ciel.

«  Dans la certitude qu’il en est ainsi, j’implore la bénédiction et la protection de son Cœur Immaculé et, humblement prosternée à ses pieds, je me sers de ses très saintes paroles pour parler à mon Dieu  : “ Voici la dernière de vos esclaves, ô mon Dieu, qui, dans une pleine soumission à votre très sainte volonté, vient déchirer le voile de son secret et laisser voir l’histoire de Fatima telle qu’elle est. Je n’aurai plus le plaisir de savourer, seule avec vous, les secrets de votre amour. Mais, dans l’avenir, d’autres chanteront avec moi les grandeurs de votre miséricorde. ”  »

Comme pour son premier Mémoire, sœur Lucie ne mit que peu de temps, deux semaines, pour rédiger ce long récit.

Ce fut dans ses troisième et quatrième Mémoires, en 1941, qu’elle divulgua le Secret  : l’ordre de Mgr da Silva, écrit-elle à son directeur spirituel, le Père Gonçalves, «  a pénétré le fond de mon âme comme un rayon de lumière, pour me dire que le moment était venu de révéler les deux premières parties du Secret  ».

Excepté ce qui ne lui était «  pas encore permis de révéler  », à savoir la troisième partie du Secret, elle a alors «  tout dit  » (IV, p. 175).

EXTRÊME HUMILITÉ.

Quand elle reçut l’ordre d’écrire ses souvenirs, il ne lui vint pas à l’esprit qu’ils pourraient être un jour publiés ou même servir pour la rédaction d’ouvrages sur Fatima  : «  Je pensais que personne, si ce n’est Mgr l’évêque, ne lirait mes écrits.  » (Lettre au Père Aparicio du 1er septembre 1940)

«  Voyant que je n’avais pas l’instruction nécessaire pour accomplir ce travail, je crus qu’un tel manuscrit serait inutilisable et ne servirait à rien. Sans me tourmenter, je décrivis, au fil de la plume, les événements qui me revenaient à la mémoire, sans me soucier de leur ordre, ni du temps ni du lieu où ils se produisirent.  » (VI, p. 131)

Son désir de garder pour elle seule ses révélations, sa grande difficulté à les divulguer, témoignent aussi de sa réelle humilité.

En 1941, quand elle écrit son quatrième Mémoire, elle a déjà appris, avec stupéfaction, que ses récits précédents avaient été en grande partie publiés par le chanoine Galamba. Sa rédaction achevée, elle confie au Père Gonçalves  : «  Cela m’a énormément coûté. Mais c’était pour Dieu et pour les âmes. Ainsi, se trouvent comblées les lacunes que vous aviez remarquées dans mon écrit précédent. Je ne sais si tout sera publié. Nous verrons ce qui en paraîtra. Que tout en vienne à se savoir me coûte immensément. Mais si c’est la volonté de Dieu, qu’elle soit faite.  » (Lettre du 6 septembre1942)

Mgr Languet de Gergy qui, au début du XVIIIe siècle, a écrit l’une des premières biographies de sainte Marguerite-Marie, distinguait plusieurs «  marques  » indiquant qu’une âme était favorisée «  d’opérations divines  »  :

«  La première de ces marques, et celle qui peut tenir lieu de toutes les autres, et à laquelle toutes les autres se rapportent, c’est l’humilité  ; mais cette humilité constante d’une âme que les faveurs de Dieu n’enflent point, qui, bien loin de s’en glorifier et de les rechercher, les craint et s’en éloigne  ; qui les cache tant qu’elle peut  ; qui ne les découvre que par obéissance et par défiance où elle est d’elle-même  ; qui le fait avec simplicité, quand on le lui prescrit, et qui est toujours prête à préférer l’obéissance à ces faveurs. Une telle humilité, selon Gerson, non seulement est une bonne marque de la vérité des révélations, mais elle est même une marque si sûre que celle-là est suffisante quand on n’en aurait point d’autre.  »

TRANSCRIT «  MOT POUR MOT  ».

Sœur Lucie, messagère de l’Immaculée, jouissait de grâces spéciales pour remplir sa mission  : «  Je dois remercier Dieu de l’assistance du divin Esprit-Saint que je sens bien me suggérant ce que je dois écrire ou dire. Si, quelquefois, ma propre imagination ou mon entendement me suggère quelque chose, je sens aussitôt que cela manque de l’onction divine, et je m’arrête jusqu’à ce que Dieu me fasse connaître, dans l’intime de mon âme, ce que je dois dire à la place.  » (IV, p. 141)

«  Quand nous parlons avec une simple créature, nous oublions peu à peu ce qui a été dit, alors que les choses surnaturelles, à mesure que nous les voyons et les entendons, se gravent si intimement dans notre âme qu’il n’est pas facile de les oublier.  » (III, p. 123; IV, p. 190)

Dans ses différents récits des apparitions de 1917, tout au long de sa vie, depuis les premiers interrogatoires du curé de Fatima, jusqu’à son dernier livret, Comment je vois le message, rédigé dans les années 1990, elle a repris généralement les mêmes expressions pour rapporter les paroles de Notre-Dame.

En février 1946, le Père Hubert Jongen l’interrogea sur sa transcription du grand Secret du 13 juillet 1917  : «  Vous êtes-vous limitée, en révélant le Secret, à rendre la signification de ce que la Sainte Vierge vous a dit, ou avez-vous cité ses paroles littéralement  ?

– Quand je parle de vive voix des apparitions, je m’en tiens à la signification. Quand j’écris, je tâche de tout rendre littéralement. J’ai donc voulu mettre par écrit le Secret mot pour mot.

– Les paroles du Secret ont-elles été révélées dans l’ordre où elles furent communiquées  ?

– Oui.  »

(frère François de Marie des Anges, Fatima, salut du monde, éd. CRC, 2007, p. 274)

Citons enfin ce qu’elle répondit au chanoine Barthas qui l’interrogea en octobre 1946  :

«  Avez-vous bien entendu le mot Russia le 13 juillet 1917  ?

 Oui.  »

(Barthas, Fatima 1917-1968, Toulouse, 1968, p. 94)

DE RARES ERREURS TOUJOURS ACCIDENTELLES.

Pour achever cette étude, il faut examiner si le contenu des Mémoires est en parfaite harmonie avec tout ce que nous savons par ailleurs sur le hameau d’Aljustrel, les familles des trois voyants, les apparitions de 1915, 1916 et 1917.

Ses quatre premiers Mémoires, rédigés vingt ans après les événements, sont remplis de faits précis qui mettent en cause des membres de sa famille, des habitants de Fatima, des ecclésiastiques. Or, ses récits, aussitôt publiés par le chanoine Galamba dans les éditions successives de son livre Jacinta, n’ont pas été contestés  : aucun des nombreux témoins encore vivants n’a pu y relever une erreur importante.

«  On y trouve, remarque le Père Alonso, seulement quelques erreurs accidentelles de dates, de faits, de circonstances  », par exemple la petite erreur concernant son père, qu’elle a par la suite beaucoup regrettée  :

«  J’avais écrit, raconte-t-elle, “ durant ce temps… mon père s’était laissé entraîner par de mauvais compagnons et il était tombé dans les filets d’une triste passion ”. Celle du jeu de cartes. C’était pendant la période des apparitions. J’ajoutais  : “ qui fut la cause de la perte de quelques-uns de nos terrains. ”

«  Quand mes sœurs prirent connaissance de ce que j’avais écrit, elles me firent remarquer l’inexactitude de ce détail, et m’expliquèrent que notre père n’avait jamais joué ni vendu un de nos terrains.  »

En 1917, n’ayant que dix ans, elle n’a pas tout su ni tout compris des difficultés et des épreuves de ses pauvres parents.

«  Mais ce que j’avais écrit était déjà publié et je ne savais pas comment y remédier.  » Elle put le faire plus tard, dans son sixième Mémoire, avec une touchante piété filiale.

«  Pour les dates, précise le Père Alonso, on sait que Lucie n’était pas sûre d’elle-même. Certaines fois parce que, étant jeunes, elle et ses cousins ne savaient pas compter, ignoraient les jours de la semaine et encore plus les mois, sans parler des années. Mais la raison principale de ce manque de mémoire chronologique vient du caractère réaliste des souvenirs de Lucie, toujours dirigée vers l’essentiel.  »

TOUS LES TÉMOIGNAGES CONCORDENT.

Il est notable que les informations recueillies sur place, lors de l’enquête officielle pour le procès diocésain des apparitions, puis par des ecclésiastiques et des historiens, tels les abbés Fischer et Barthas, les Pères Pasquale, De Marchi et Jongen, s’accordent avec les récits de sœur Lucie et confirment leur véracité.

Au début des années 1940, le Père Pasquale, salésien italien, et le Père De Marchi, missionnaire italien de la Consolata, ont longuement interrogé Manuel Marto, le père des bienheureux François et Jacinthe. Celui-ci, certes illettré, mais doué d’une mémoire fidèle et précise, «  avait le culte de la vérité, rapporte le Père de Marchi. “ Nous ne devons pas tirer les choses, me disait-il fréquemment, et les faire autres qu’elles ne sont. ” Il était rare que, en entendant lire quelque passage d’un livre sur Fatima, il ne trouvât pas une expression à corriger, ou un fait à préciser. “ Ce n’est pas tout à fait cela  ! ” s’exclamait-il.  »

Or, non seulement il ne trouva rien à reprendre dans les Mémoires, mais son témoignage corrobore celui de la voyante.

Ainsi, Manuel Marto raconta au Père Pasquale comment, une nuit, il avait surpris son fils François le visage enfoui dans son traversin pour étouffer ses pleurs. Comme il le questionnait avec insistance, l’enfant lui répondit  : «  Je pensais à Jésus qui est si triste à cause des péchés que l’on commet contre Lui.  » (Pasquale, Eu vi nascer Fatima, 1993, p. 92)

Ce que sœur Lucie rapporte dans ses Mémoires concernant l’âme de François, marqué par la tristesse de Dieu dès l’apparition du 13 mai, son père l’avait donc entrevu, mais sans savoir pour quelle raison il était si impressionné par la tristesse de Dieu.

Le Père De Marchi recueillit le témoignage des sœurs de Lucie. Marie des Anges, la sœur aînée, lui disait  : «  Malheur à nous si notre mère nous surprenait à mentir. C’était même une des choses pour laquelle elle était le plus sévère. Le plus petit mensonge faisait intervenir aussitôt le manche à balai.  » (De Marchi, Témoignages, 1979, p. 55)

Lucie raconte, dans ses Mémoires, comment sa mère n’arrivant pas à la croire, voulait lui faire avouer son “ mensonge ”  : «  Pour m’obliger à dire la vérité, comme elle disait, ma mère en arriva plusieurs fois à me frapper avec une bûche destinée au feu, ou avec le manche à balai.  » La pauvre Lucie murmurait en tremblant  : «  Mais, maman, comment pourrais-je dire que je n’ai pas vu, si j’ai vu  ?  » (II, 92-94)

De nombreux autres exemples attestent cette concordance sans faille entre les témoignages des “ contemporains ” des événements de 1917 et les récits des Mémoires.

Le chanoine Barthas eut la grâce de rencontrer le saint Père Cruz qui lui confirma l’exactitude des faits rapportés par sœur Lucie dans son récit de sa première communion.

Au terme de son enquête au Portugal, en 1946, le Père Hubert Jongen concluait  : «  Tout ce que Lucie a écrit dans ses Mémoires est la vérité pure et simple.  » (frère François de Marie des Anges, Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, éd. CRC, 2014, p. 296)

Le Père Gardiner, après l’avoir longuement interrogée, avec le Père McGlynn, en février 1947, disait que «  Notre-Dame n’aurait pu choisir un meilleur témoin tant ses réponses étaient claires et simples, et sa personnalité assurée et forte  » (Père Thomas McGlynn, Vision of Fatima, Boston, 1948, p. 72).

Très souvent, elle leur répondit  : «  Je ne sais pas.  »

«  La sœur, observait le Père McGlynn, n’exprime pas sa propre opinion, mais elle témoigne des faits sans rien y ajouter. Son témoignage est sobre, sans commentaire personnel.  » (p. 75-78)

LES MÉMOIRES ÉCLAIRENT… “ 1917 ”.

À la suite des meilleurs historiens de Fatima, le professeur Anton Ziegenaus, de la faculté de théologie catholique de l’université d’Augsbourg, souligne «  que nombre de réflexions figurant dans les tout premiers témoignages ne se comprennent qu’à la lumière des Mémoires. On comprend les vraies raisons et la portée de détails connus dès 1917 grâce aux révélations tardives de sœur Lucie dans ses Mémoires.  » (CRC n° 355, avril 1999, p. 9-10)

Par exemple, les apparitions de l’Ange de 1916, un an avant celles de Notre-Dame, demeurées presque inconnues jusqu’à la rédaction de son deuxième Mémoire en 1937, permettent d’éclairer certaines de ses réponses mal comprises en 1917.

En effet, dans tous les interrogatoires que sœur Lucie a subis en 1917, si on lui demandait  : «  Avez-vous vu d’autres fois la Sainte Vierge avant le 13 mai  ?  », elle répondait que non. Mais si on lui demandait  : «  N’avez-vous pas eu d’autres apparitions avant le 13 mai  ?  », elle répondait que si. Certains accusèrent Lucie de contradiction et de mauvaise foi.

Le récit des apparitions de l’Ange, dans son deuxième Mémoire, dissipa entièrement la difficulté et souligna au contraire sa loyauté absolue.

L’ESSENTIEL DU MESSAGE  : LE SECRET.

Le 13 juillet 1917, pendant l’apparition, plusieurs témoins avaient observé la crainte subite de Lucie qui cria, le visage livide  : «  Aïe  ! Notre-Dame  ! Aïe  ! Notre-Dame  !  » Mais nul ne sut alors la raison de son effroi. La divulgation des premières parties du Secret en 1941 la révéla  : la vision de l’enfer avait terrifié les trois pastoureaux.

Cette vision permet de mieux comprendre ce que les trois enfants divulguèrent dès 1917.

Les pastoureaux avaient rapporté à leur curé, en août 1917, la prière que Notre-Dame leur avait apprise le 13 juillet  : «  Ô mon Jésus, pardonnez-nous, sauvez-nous du feu de l’enfer, attirez au Ciel toutes les pauvres âmes, surtout celles qui en ont le plus besoin.  »

Très vite cette prière dont on ignorait le contexte fut modifiée par le chanoine Formigao afin de l’accorder avec les pratiques de la piété portugaise pour le soulagement des âmes du purgatoire. Lors du pèlerinage de Fatima, l’on priait pour les âmes du purgatoire, en disant  : «  Ô mon Jésus, pardonnez-nous, délivrez-nous du feu de l’enfer, et soulagez les âmes du purgatoire, spécialement les plus abandonnées.  »

Ce fut la divulgation de la vision de l’enfer qui révéla l’importance et la signification de la formule authentique communiquée dès l’abord par les trois voyants  : les âmes “ qui en ont le plus besoin ” sont celles qui, encore ici-bas, se trouvent en grand péril de damnation éternelle  ; sœur Lucie le redira souvent par la suite (Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, p. 343).

De plus, les Mémoires révèlent la vie intime de la confidente de l’Immaculée, et éclairent ce qui était demeuré des “ énigmes ” pour ses compagnes. Ainsi, à l’Asilo de Vilar, en 1923, elle demanda à être reçue chez les Enfants de Marie le 26 août, en la fête du Cœur très pur de Marie, alors que les cérémonies d’admission n’avaient lieu que deux fois par an, le 8 décembre et le 2 février. Ses compagnes s’en étonnèrent… parce qu’elles ignoraient la merveilleuse promesse de Notre-Dame  : «  Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu.  » (13 juin 1917)

Ce que la messagère de l’Immaculée a divulgué à différents moments de sa vie, dès qu’elle en recevait la permission du Ciel et que ses supérieurs le lui ordonnaient, constitue un ensemble parfaitement cohérent et harmonieux, avec pour noyau central le grand Secret du 13 juillet 1917.

Tout y ramène ou y renvoie plus ou moins directement, afin de glorifier le Cœur Immaculé de Marie, qui est, «  de toutes les œuvres de l’Amour infini, la première et la dernière merveille  », comme l’enseigne l’abbé de Nantes.

Donc, pour connaître, dans toute son ampleur, le message unique, inouï, de Notre-Dame de Fatima, à la fois théologique, mystique, historique et politique, il n’y a pas de document plus important que les quatre premiers Mémoires.

DES AVEUGLES QUI CONDUISENT D’AUTRES AVEUGLES

Revenons à notre Congrès.

Le vendredi 9 septembre, en session plénière, don Franco Manzi, professeur d’exégèse au grand séminaire archiépiscopal de Milan, présenta la «  vocation de prophètes des trois voyants de Fatima  » qui ont joui de «  visions imaginatives  ». Il l’affirme en se référant au Commentaire théologique du Secret du cardinal Ratzinger qui écrivait  : «  Les images et les figures qui sont vues ne se trouvent pas extérieurement dans l’espace, comme s’y trouve par exemple un arbre ou une maison.  »

Donc, l’un comme l’autre nient la venue de la Vierge Marie dans son corps glorieux, à la Cova da Iria, en 1917.

Tout prouve pourtant qu’Elle y est bien descendue.

NOTRE-DAME EST VENUE… DANS SON CORPS GLORIEUX  !

Les récits des apparitions de l’Ange en 1916, et de la Très Sainte Vierge en 1917, montrent que les trois pastoureaux ont été favorisés de “ visions sensibles ”, objectives et réelles, en un lieu précis, et agissant du dehors sur leurs sens externes  ; ils percevaient un corps vivant, extérieur à eux.

«  Nous étions si près, dit Lucie, que nous nous trouvions dans la lumière qui l’entourait, ou plutôt qui émanait d’Elle, peut-être à un mètre et demi de distance, plus ou moins.  » (IV, 180)

Après l’apparition du 13 septembre, le chanoine Formigao lui demanda  : «  Pourquoi, assez souvent, baisses-tu les yeux et cesses-tu de regarder Notre-Dame  ?

 Parce qu’elle m’éblouit.  »

Et le 13 octobre  : «  Elle est venue au milieu d’une grande lumière. Cette fois-ci encore, elle aveuglait. De temps en temps, je devais me frotter les yeux.  »

«  C’était une lumière très intense. Notre vue n’était pas assez puissante  », dira-t-elle plus tard au Père McGlynn.

Celui-ci raconte  : «  J’avais donné à ma première statue une position légèrement inclinée. Quand je demandai à sœur Lucie si Notre-Dame se penchait en avant, elle me répondit  : “ Oui, parce que nous étions tout petits, et au-dessous de ses pieds. ”  » (McGlynn, Vision of Fatima, Boston, 1948, p. 70)

Leur entretien avec Notre-Dame achevé, les trois pastoureaux la voyaient partir  :

«  Elle commença à s’élever doucement, en direction du levant jusqu’à disparaître dans l’immensité du ciel. La lumière qui l’environnait semblait lui ouvrir un chemin entre les astres, ce qui nous a fait dire quelquefois que nous avions vu s’ouvrir le ciel.  » (IV, p. 182)

Dès le 13 juin 1917, les nombreux fidèles présents à la Cova da Iria ont contemplé avec émerveillement des signes physiques de la présence de la Vierge Marie dans son corps glorieux  :

«  Pendant la vision, note l’un des pèlerins, les branches de l’arbuste ployèrent en rond de tous les côtés, comme si le poids de Notre-Dame avait réellement porté sur elles.  »

Et après l’apparition, raconte un autre témoin, en nous tournant vers le chêne-vert, quelle ne fut pas notre surprise de voir que les petites branches restèrent un peu inclinées, «  comme si elles avaient été réellement foulées par quelqu’un  ».

Preuve que l’Immaculée a voulu montrer aux pèlerins qu’elle était physiquement descendue du Ciel en son corps glorieux.

Maria Carreira et d’autres témoins entendaient, entre les paroles de Lucie, comme le murmure d’une voix très fine, mais inintelligible  : «  C’était comme le bourdonnement d’une abeille.  »

Le 13 août 1917, alors que les trois pastoureaux étaient retenus prisonniers par l’Administrateur à Vila Nova de Ourem, vingt mille paysans étaient accourus à la Cova da Iria.

«  Soudain un coup de tonnerre retentit, raconte Maria Carreira. Tout le monde se tut, effrayé. Au coup de tonnerre succéda un éclair et, aussitôt, nous remarquâmes tous un petit nuage, très joli, de couleur blanche, très léger, qui plana quelques instants au-dessus du chêne-vert, puis s’éleva vers le ciel, et disparut dans les airs.  »

«  Il n’y avait pas la moindre poussière dans l’air, précise un autre témoin, Manuel Gonçalves. Cette nuée a obscurci l’air qui paraissait embrumé.  »

Émerveillés aussi par d’autres signes extraordinaires, les pèlerins disaient  : «  Notre-Dame est venue  ! Quel dommage qu’elle n’ait pas rencontré les enfants  !  »

«  LE SOUFFLE DE L’ESPRIT…  »

Négligeant et méprisant ce que des milliers de témoins ont vu, don Manzi substitue «  le souffle de l’Esprit  » au corps vivant de la Vierge Marie dans le resplendissement de sa gloire. Très volubile, il explique que les trois enfants ont joui «  d’expériences spirituelles  » grâce à «  l’Esprit, qui effleura leur conscience  » et qui «  suscita en eux une révélation privée harmonieusement différenciée  ».

Donc, les pastoureaux n’ont entendu aucune parole de Notre-Dame. Selon lui, Celle-ci ne fut que «  l’instrument pédagogique  » de l’Esprit pour faire comprendre aux voyants «  qu’il n’y a de salut que dans le “ oui ” au Cœur du Christ, comme Elle-même l’a fait par toute sa vie  » (Manuscrit de Manzi, p. 19).

Après avoir lâché son venin moderniste, don Franco Manzi donne des détails émouvants sur la sainteté des enfants, mais toujours avec l’intention de montrer que leur vie fut… «  christiforme  »  !

Jacinthe «  imite le Christ qui a souffert pour les pécheurs  », elle devient «  une figure du Christ rédempteur, serviteur souffrant et abandonné sur la Croix  ».

DES «  DOUTES  »  ?  ! «  IL FAUT INSISTER AUPRÈS DE ROME.  »

Lucie, quant à elle, imite le Christ obéissant jusqu’à la fin. Elle se heurte à de nombreuses difficultés  : l’incrédulité de sa mère, «  mais aussi ses propres doutes personnels (sic  !) qui la tourmenteront jusque dans sa vie religieuse  ».

Don Manzi n’en dit pas davantage, nous laissant dans l’incertitude sur la portée de ces doutes.

C’est une perfidie.

Rappelons que lors de l’interrogatoire du procès canonique des apparitions, le 8 juillet 1924, on lui posa comme ultime question  :

«  Avez-vous la certitude d’avoir réellement vu une Dame au-dessus du chêne-vert et de ne pas vous être trompée  ?

 J’ai la certitude que je l’ai vue et que je ne me suis pas trompée. Même si l’on me tuait, personne ne me ferait dire le contraire.  »

Si sœur Lucie avait eu des doutes sur la théophanie de Tuy du 13 juin 1929, son directeur spirituel, le Père Gonçalves, n’aurait pas lui-même transmis la demande de consécration de la Russie au pape Pie XI. Le 13 juin 1930, il écrivit à Mgr da Silva  : «  Pour que son âme soit dans une paix et une tranquillité complètes, je lui ai dit, après avoir assez insisté, que je prenais l’affaire à mon compte [la consécration de la Russie], que je ferai tout parvenir au Saint-Père, par un moyen ou par un autre.  »

La grande épreuve de la messagère de Notre-Dame fut de savoir les autorités indifférentes sinon hostiles à ses demandes. Néanmoins, Notre-Seigneur lui demandait de les renouveler  :

«  Quand je parle intimement avec Dieu, écrivait-elle au Père Gonçalves le 18 mai 1936, je sens sa présence tellement réelle, qu’il ne me reste aucun doute. Mais lorsqu’il faut que je le communique, tout est peur et crainte d’illusion.  »

Ces craintes d’illusion étaient les marques d’une humilité sincère et peut-être aussi une épreuve surnaturelle qui lui rendait plus méritoire l’accomplissement de sa mission.

Le Père Gonçalves, absolument convaincu de l’origine surnaturelle de la demande de consécration de la Russie, voulut renouveler sa requête en s’appuyant sur l’autorité de son confrère Isacio Moran, «  très expérimenté dans la direction des âmes  ».

L’ayant consulté, il put écrire à Mgr da Silva  : «  Après avoir examiné le sujet du mieux possible, le Père Moran m’a dit expressément que tout cela lui paraissait très probablement la volonté de Dieu Notre-Seigneur, pour sauver la Russie, que je pouvais même communiquer cela à votre Excellence comme sa pensée personnelle et son avis bien clair. Il juge qu’il convient tout à fait que l’on insiste auprès de Rome.  » (29 septembre 1936)

«  PARLEZ-NOUS DE LA VIERGE MARIE  !  »

Tout en écoutant le discours de Franco Manzi sur la vie “ christiforme ” des voyants, nos jeunes amis phalangistes rédigeaient des questions  :

«  Vous avez parlé de Jacinthe participant aux souffrances du Christ et de sa compassion pour les pécheurs. N’était-elle pas aussi pénétrée du désir de réparer pour les péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie  ?  »

«  La théologie de Fatima ne se résume-t-elle pas essentiellement en la Médiation universelle du Cœur Immaculé, puisque Notre-Dame a dit  : “ À qui embrassera cette dévotion je promets le salut ”  ?  »

«  Comment pouvez-vous dire que la mission de sœur Lucie était christocentrique alors que Notre-Dame lui a dit le 13 juin 1917  : “ Jésus veut se servir de toi afin de me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé ”  ? Jésus ne veut-il pas faire passer sa Mère devant Lui pour sauver les pécheurs  ?  »

«  Dans votre conférence, vous semblez mettre la Sainte Vierge en arrière-plan, “ derrière l’expérience christologique des voyants ”. Le message de Fatima ne nous enseigne-t-il pas qu’Elle seule, la Vierge Marie, pourra nous secourir  ?  »

Ce jour-là, le Père Battaglia organisa la séance des questions de façon à ne pas se laisser surprendre par le modérateur ou la modératrice, comme la veille  !

Il se mit à l’extrême droite de la table, laissa au centre le conférencier, et plaça la modératrice entre ce dernier et lui. Recevant les deux corbeilles de petits papiers, il les garda pour lui et commença son tri  : il faisait différentes piles de papiers en tentant de se cacher derrière un écran d’ordinateur.

Il en passa finalement un à la modératrice ayant trait à «  la souffrance rédemptrice  », et don Manzi disserta pendant un quart d’heure sur ce sujet  : «  “ Pour moi, vivre c’est le Christ. ” Il faut être christologique plus que mariologique, Marie, ce n’est pas le centre  », etc.

Pendant ce temps-là, le Père Battaglia était en conciliabule avec la modératrice  : ils paraissaient très contrariés.

Enfin, il prit la parole  : «  Comme je l’ai dit hier, la Présidence [c’est-à-dire lui-même] fait la synthèse des questions. Beaucoup de questions se ressemblent. Des réponses ont été clairement (  ?) données dans la conférence, nous ne les traiterons donc pas. Des questions répètent les arguments affrontés hier [des questions sur la consécration de la Russie !]. Vous pouvez aller voir les conférenciers à la sortie pour avoir des réponses plus précises… Il y a cependant une question qui émerge  : “ Dites-nous plus de choses sur la Vierge Marie dans la vie des trois pastoureaux. ”  »

«  J’ai fait exprès de ne pas en parler, répond Manzi nullement ébranlé. Ma perspective était le christocentrisme dans la vie des voyants.  »

Le Père Battaglia donne une troisième et dernière question au conférencier… et la quarantaine d’autres sera mise au pilon.

RÉPONSES NETTES ET FERMES
À MGR LUCIANO GUERRA, L’INCRÉDULE

Voici les réponses écrites de sœur Lucie, datées du 20 février 1993, à quelques-unes des 315 questions que lui posa Mgr Luciano Guerra, recteur du sanctuaire de Fatima, qui par ailleurs n’a jamais parlé avec elle des apparitions ni du message de Notre-Dame.

Le questionnaire de Mgr Luciano Guerra révèle son mauvais esprit et même son incrédulité  : ­démocrate-chrétien, il n’acceptait pas que Notre-Dame ait parlé des «  erreurs de la Russie  ».

«  Avez-vous eu de grands doutes sur la réalité des apparitions  ?

 Non.

«  Dans les moments de doute, vous n’avez jamais pensé qu’au lieu de Notre-Dame, quelqu’un aurait pu se cacher derrière le chêne-vert pour parler  ?

 Non, et je crois que cela n’était pas possible. Si cela avait été le cas, ou bien on aurait vu la personne, ou bien on n’aurait vu personne, et il n’y a rien ni personne qui ressemble à Notre-Dame ou que l’on puisse confondre avec Elle.

«  La pensée vous est-elle déjà venue que si les apparitions n’étaient pas véritables, votre responsabilité serait terrible devant Dieu  ?

 Non.

«  En constatant l’importance énorme qu’a pris le phénomène [sic !] de Fatima, l’idée ne vous vient-elle pas quelquefois que si tout cela était une illusion, votre responsabilité serait immense  ?

 Non, parce que c’est l’œuvre de Dieu et non la mienne.  »

(Lucia de Jésus, Memorias, apendice, éd. Santuario de Fatima, septembre 2016, p. 427-470)

«  MALHEUR À CELUI PAR QUI LE SCANDALE ARRIVE  !  » (Mt 18, 7)

«  Cette question touche un point délicat, explique don Manzi. Je partirai de la vision du 13 juillet 1917 qu’on lit dans la première partie du secret.

«  Cette image, cette perception de l’enfer, ce n’est pas comme une vision d’outre-tombe, ce n’est pas comme si l’on tire un rideau pour voir ce qu’il y a derrière.

«  Les trois enfants-prophètes perçoivent, dans leur esprit, la décision définitive d’hommes révoltés contre Dieu, leur désespoir, leur souffrance. Ils nomment cela l’enfer.

«  Voici mon interprétation sous l’angle psychologique  : Lucie, après le 13 juin 1917 et jusqu’au 13 juillet 1917, est en crise de la foi, parce que son curé lui a insinué un doute terrible  : “ Ce pourrait être le démon qui te trompe. ” Cette enfant a eu un mois “ d’enfer ”, comme on dit en italien. La nuit elle a rêvé que les démons l’entraînaient.

«  Lucie a dit qu’il y a deux choses qui l’ont décidée à aller à la Cova da Iria le 13 juillet 1917  : une motion intérieure et la confrontation avec ses cousins qui croyaient [aux apparitions]. La tension de leur esprit leur fit ressentir la douleur d’être en révolte contre Dieu et leur a donné l’intuition de l’enfer.

«  Ayant ressenti cette douleur en eux, ils l’ont traduite avec l’imaginaire [sic] de l’Église. Des milliers de fois, ils avaient entendu la mère de Lucie [?] au catéchisme et Lucie elle-même [?] répéter  : “ Ne fais pas tel péché sinon tu finiras en enfer. ” Ainsi que les prédications du curé, avec certaines images.

«  Tout cela leur a servi de grammaire pour comprendre ce qu’était la douleur des personnes qui disent non à Dieu.  »

À la sortie, nous avons entendu un prêtre libanais, d’une quarantaine d’années, scandalisé, dire à un prêtre français  : «  Je n’ai pas du tout aimé ce qu’il a dit sur l’enfer. Comme si cette vision avait été reconstituée à partir de ce que les enfants ont entendu au catéchisme. Cela insinue le doute sur l’existence et la réalité de l’enfer. Non, cela n’est pas bon. Il y a de plus en plus de théologiens, surtout des jésuites, qui nient l’existence de l’enfer.  »

Comme une amie phalangiste l’approuvait, disant  : «  Cette interprétation, c’est du pur modernisme  », le prêtre français se mit en colère  : «  Vous prenez tout au pied de la lettre  ! Vous êtes des fondamentalistes  !

– Eh bien, oui  ! nous sommes des “ fondamentalistes ”, si être fondamentaliste c’est croire au témoignage de la messagère de Notre-Dame, qui confirme, s’il en était besoin, le caractère réel et objectif des mystères chrétiens.  »

TERRIFIANTE RÉALITÉ.

Don Manzi méconnaît totalement les textes.

Si nous revenons aux récits de sœur Lucie, nous retrouverons la réalité des faits.

  1. «  Au cours de ce mois (13 juin – 13 juillet), raconte-t-elle, je perdis l’enthousiasme pour la pratique du sacrifice et de la mortification.  » En effet, l’avertissement de son curé l’avait troublée, et elle fut alors tentée et même désorientée par le diable qui voulait à tout prix l’empêcher de retourner à la Cova da Iria le 13 juillet 1917.
  2. Au matin de ce jour, cette tentation disparut sous l’effet d’une grâce spéciale  : «  Je me sentis soudain poussée à y aller par une force étrange à laquelle il m’était difficile de résister.  » (II, p. 90)
  3. La céleste Apparition la délivra des doutes qui l’avaient tourmentée  : «  Grâce à Dieu, Notre-Dame dissipa les nuages de mon âme, et je retrouvai la paix.

«  Afin de ranimer ma ferveur refroidie, Notre-Dame nous dit  : “ Sacrifiez-vous pour les pécheurs et dites souvent à Jésus, spécialement chaque fois que vous ferez un sacrifice  : Ô Jésus, c’est par amour pour Vous, pour la conversion des pécheurs, et en réparation pour les péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie. ”  » (II, p. 91; III, p. 127)

  1. Sœur Lucie s’est appliquée, dans ses troisième et quatrième Mémoires, à rapporter ce qu’elle a vu et entendu ce 13 juillet 1917.

Après avoir décrit la vision de l’enfer, elle explique  :

«  Le silence [sur cette vision jusqu’en 1941] a été pour moi une grande grâce. Que serait-il arrivé si j’avais eu à parler de l’enfer  ? Sans trouver les paroles exactes qui décrivent la réalité, car ce que j’en dis ici n’est rien et n’en donne qu’une faible idée, j’aurais dit soit une chose soit une autre, voulant m’expliquer sans pouvoir le faire.  » (III, p. 136)

Leur vision avait un caractère réel et objectif  : sa description de l’enfer n’est pas la “ traduction ” d’un sentiment apparu dans la conscience individuelle des trois pastoureaux.

«  “ La terre s’ouvrit, précisa-t-elle au Père Jongen en 1946, et nous nous trouvions, pour ainsi dire, au-dessus de l’enfer comme quelqu’un qui, sur la côte, se trouverait au-dessus de la mer. ” Involontairement, le visage de Lucie prend une expression de terreur quand elle se rappelle cette vision.  » (Jongen, “ En visite chez Lucia ”, Médiatrice et Reine, 1946, p. 111)

Sœur Lucie répondit avec netteté aux questions qui lui furent posées par dom José Pedro da Silva, en 1947  :

«  La vision de l’enfer a-t-elle duré longtemps  ?

– Cela m’a semblé rapide.

– Entendiez-vous les cris ou deviniez-vous, à leur physionomie, qu’ils criaient  ?

– J’entendais les cris.

– Avez-vous vu l’enfer de très loin ou de très près  ?

– Il m’a semblé qu’il était tout près.

– Fallait-il regarder au centre de la terre pour le voir  ?

– Je ne sais pas. Pendant que je l’ai vu, je n’ai pas vu la terre.  » (Martins dos Reis, A vidente de Fatima dialoga e responde pelas apariçoes, p. 60-61)

«  VOUS AVEZ VU L’ENFER…  » (NOTRE-DAME, 13 JUILLET 1917)

 

Notre-Dame ouvrit de nouveau les mains, comme les deux derniers mois. Le reflet de la lumière parut pénétrer la terre et nous vîmes comme un océan de feu.

Plongés dans ce feu nous voyions les démons et les âmes des damnés. Celles-ci étaient comme des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant formes humaines.

Elles flottaient dans cet incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes, avec des nuages de fumée. Elles retombaient de tous côtés, comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur.

C’est à la vue de ce spectacle que j’ai dû pousser ce cri  : “ Aïe  ! ” que l’on dit avoir entendu de moi.

Les démons se distinguaient des âmes des damnés par des formes horribles et répugnantes d’animaux effrayants et inconnus, mais transparents comme de noirs charbons embrasés.

(Sœur Lucie, troisième et quatrième Mémoires)

«  C’EST LE DOGME DE LA FOI.  » (GEORGES DE NANTES)

L’abbé Georges de Nantes, théologien de Fatima, explique le caractère extraordinaire de la vision du 13 juillet 1917, probablement sans aucun précédent dans l’histoire universelle  :

«  C’est peut-être la première fois que des êtres humains ont ainsi vu de leurs yeux l’enfer et ceux qui s’y trouvent. Des mystiques, telle sainte Thérèse d’Avila, en ont eu quelque expérience, mais sans commune mesure avec ce que ces enfants ont vu de leurs yeux, entendu de leurs oreilles, avant de reprendre leurs jeux et le cours de leur vie ordinaire.

«  Le fait est là, marquant d’une extraordinaire objectivité des mystères inaccessibles à notre esprit. Ce ne sont pas des imaginations d’enfants  ; c’est le dogme de la foi exprimé avec une clarté et une précision capable de mettre au cœur de chacun de nous une crainte salutaire, afin de ne pas tomber dans ce feu.  » (Il est ressuscité n° 112, décembre 2011, p. 12-13)

En effet, la vision de l’enfer et la description qu’en a faite sœur Lucie s’accordent parfaitement avec le dogme de la foi.

L’expression les «  âmes ayant formes humaines  » est métaphysiquement vraie, remarquait l’abbé de Nantes. L’âme est la forme du corps. Or, à la mort, provisoirement séparée de lui, elle garde cette forme en attendant la résurrection de la chair. Après cette résurrection, c’est avec leur corps que les damnés souffriront éternellement.

Les démons, qui harcèlent les damnés, tout en souffrant eux-mêmes, ont des formes horribles d’animaux épouvantables. C’est l’explication de l’existence, dans l’ordre de la création, de tout ce qui est horrible  : Dieu l’a voulu dans sa sagesse pour imprimer en nous la peur de l’enfer.

Le feu éternel est une réalité, enseignait encore l’abbé de Nantes. C’est un feu physique et spirituel, analogue au feu matériel de la terre, et qui brûle tout l’être indissociablement, comme la braise est tout entière consumée par le feu.

Si Notre-Dame a ainsi montré l’enfer aux trois pastoureaux de Fatima, c’est parce que son existence allait être oubliée, méconnue et même niée, jusque dans l’Église, en nos temps de “ molle apostasie ” conciliaire. Dans ce contexte, cette vision de l’enfer prend une portée prophétique.

Comme le souligne sœur Lucie dans les Appels du message, «  les incrédules qui nient ces vérités ne manquent pas dans le monde, mais il est certain qu’elles ne cessent pas d’exister du fait qu’ils les nient  ! Et leur incrédulité ne les délivrera pas des peines de l’enfer, si leur vie de péché les y conduit. Dans la Sainte Écriture, abondent les passages qui nous parlent de l’existence de l’enfer, des tourments qu’on y souffre et des âmes qui y tombent.

«  Dieu nous a envoyé son message comme une preuve de plus de ces vérités, message qui nous les rappelle pour que nous ne nous laissions pas tromper par les fausses doctrines des incrédules qui les nient, et des dévoyés qui les travestissent.  » (Manuscrit, Premier cahier, p. 341)

«  NOUS SERIONS MORTS D’ÉPOUVANTE SI…  »

Don Manzi avait ajouté  :

«  Les oracles bibliques de menace épouvantent, mais leur finalité est de ne pas se réaliser.

«  Notre maman du Ciel nous menace comme une maman menace son enfant un jour d’orage  : “ Tu peux jouer dans toute la maison, mais ne t’approche pas du fourneau sinon je te tue  ! ” C’est une expression italienne. La maman n’a pas l’intention de tuer son enfant, elle veut le mettre en garde pour qu’il ne prenne pas une voie néfaste. La logique de “ l’oracle de menace ” est “ l’autochâtiment ”.

«  Dans la vision du 13 juillet, il est significatif que la lumière divine ait comme “ pénétré la terre ” pour illuminer d’espérance jusqu’à la scène des damnés dans l’enfer, qui autrement se serait révélée uniquement terrifiante pour des enfants comme Jacinthe, François et Lucie.

«  La lumière de Marie entre [?] dans l’enfer pour l’éclairer.

«  Sinon, les enfants auraient été choqués.  »

Mensonge sur mensonge  !

Non, la lumière de Marie n’est pas entrée dans l’enfer  ! Les trois enfants ont été précisément choqués, épouvantés, en voyant les âmes y brûler.

«  Cette vision, écrit Lucie, ne dura qu’un moment, grâce à notre bonne Mère du Ciel qui, à la première apparition, nous avait promis de nous emmener au Ciel. Sans quoi, je crois que nous serions morts d’épouvante et de peur. Effrayés, et comme pour demander secours, nous levâmes les yeux vers Notre-Dame qui nous dit avec bonté et tristesse  : “ Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. ”  »

Toutes les “ autorités ” du Congrès, le cardinal José Saraiva Martins, envoyé spécial du pape François, le Père Vincenzo Battaglia, Mgr Antonio Marto, évêque de Fatima, l’abbé Carlos Cabecinhas, recteur du sanctuaire de Fatima, ont entendu le discours foncièrement moderniste de Manzi et l’ont applaudi.

Aucune protestation  ! Aucune mise au point  !

Le modernisme faisait corps avec la thématique du Congrès… contrairement à la demande de consécration de la Russie.

LECTURE CRITIQUE… SANS LECTURE DES TEXTES  !

Le conférencier suivant, le Père Antonio Escudero, de l’université pontificale salésienne, nous conduit dans le labyrinthe ténébreux de son «  engagement herméneutique  » (sic).

Au bout d’un quart d’heure, frère Michel-Marie se penche vers moi  : «  Vous suivez  ? Moi, je suis complètement perdu.

 Tous les auditeurs doivent être complètement perdus.  »

À la sortie, nous entendons les réflexions de congressistes  : «  As-tu compris quelque chose, toi  ?

 Cette conférence n’était bonne qu’à dormir.  »

Ou à perdre la foi.

Voici la thèse d’Escudero  : «  Les “ textes sources ” de Fatima, de 1917 jusqu’aux Mémoires, montrent le dynamisme interprétatif  » de Lucie, lié à «  une constante recompréhension de la présence de Marie  » (Manuscrit d’Escudero, p. 21).

Escudero prétend le démontrer par une lecture critique des “ textes sources ”.

Mais les a-t-il simplement lus  ?

On peut en douter tellement ses erreurs sont énormes.

Se référant à la déposition de la mère de Jacinthe pour le procès canonique des apparitions, il affirme que la pastourelle a dit à sa mère le 13 mai 1917 que «  seule Lucie entendait les paroles de Notre-Dame  ».

De là à prétendre que Lucie a affabulé dès le premier jour des apparitions, il n’y a qu’un pas.

Celui qui a lu la déposition de la mère de Jacinthe (Documentaçao critica de Fatima, vol. 2, p. 70-83), ou les Mémoires de Lucie, ne peut ignorer ce que tout le monde sait  : François fut le seul des trois pastoureaux à ne pas entendre l’Apparition.

Ajoutons que sœur Lucie a bien résumé l’attitude de sa bienheureuse cousine en répondant à Mgr Guerra en 1993  :

«  Jacinthe esquivait souvent les questions en disant  : “ C’est Lucie qui doit savoir. ” Serait-ce parce qu’elle était plus jeune ou parce qu’elle était moins capable de comprendre ce que Notre-Dame disait  ?

– Il ne me semble pas que ce soit pour l’un de ces motifs, mais plutôt à cause de son naturel un peu timide face à des étrangers auquel s’ajoutait peut-être la crainte de dire quelque chose que je n’aurais pas voulu que l’on dise.  »

Selon Escudero, les Mémoires de Lucie illustrent les étapes successives de sa relecture de ses visions. Par exemple du troisième au quatrième, à propos de la demande de consécration de la Russie  : «  Dans le récit du quatrième Mémoire, Lucie accorde une plus grande attention à la Russie.  » (p. 14)

C’est le contraire qui est vrai.

Dans le troisième Mémoire, il en est question à trois reprises (éd. Secrétariat des pastoureaux, 2003, p. 128, 132, 134) tandis que dans le quatrième cette nation n’est mentionnée que dans la transcription du Secret du 13 juillet 1917 (p. 185).

Non, ses Mémoires ne sont pas une “ relecture ”… en fonction des événements dramatiques de l’actualité.

Leur contenu est tout dépendant des demandes de l’évêque de Fatima que sœur Lucie s’efforce de satisfaire ponctuellement.

En 1941, ayant reçu l’ordre de compléter son précédent récit sur Jacinthe, elle raconte, dans son troisième Mémoire, ses visions prophétiques des guerres provoquées par les «  erreurs de la Russie  » (13 juillet 1917).

Ce qui est vrai, c’est que, au fil des ans, sœur Lucie a de mieux en mieux compris le Secret. Lorsqu’il lui fut communiqué en 1917, elle n’en a pas bien saisi la signification.

Que voulaient dire les mots Russia, Santo Padre, Pio XI  ?

Elle n’en savait rien.

C’est dans les années 1930 qu’elle comprit parfaitement ses prophéties qui commençaient à se réaliser, notamment avec l’apparition dans le ciel de la «  lumière inconnue  », au soir du 25 janvier 1938.

SALVATORE M. PERRELLA… L’APOSTAT.

Samedi 10 septembre. Dernière session plénière  : l’actualité du message de Fatima, du moins c’était le thème annoncé.

Il n’en sera guère question.

Le message a été édulcoré, rejeté, du moins dans les sessions plénières. On est parti dans les nuées modernistes, sans plus aucun contact avec la réalité, donc avec l’actualité.

Le principal orateur de cette session de clôture fut le Père Savaltore M. Perrella, président de la faculté pontificale du Marianum.

Alors que nous nous trouvions, frère Michel-Marie et moi, au premier rang, il nous reprit publiquement  : «  Hé  ! les frères, écoutez  !  »

J’avais glissé un mot à l’oreille de mon voisin pour lui dire mon scandale d’entendre ses blasphèmes  : «  Il ne faut pas avoir le désir de soustraire Marie à la condition de tous les hommes. La singularité de Marie n’est pas d’être une exception  : il faut dépasser la catégorie des privilèges. Elle n’est pas une déesse, mais notre sœur en Adam.  »

Comme disait saint Pie X en condamnant le modernisme, «  on est saisi de stupeur en face d’une telle audace dans l’assertion, d’une telle aisance dans le blasphème  » (encyclique Pascendi).

Perrella méprise et rejette l’enseignement dogmatique du bienheureux pape Pie IX sur l’Immaculée Conception  : «  Dieu la combla incomparablement plus que tous les Esprits angéliques et tous les saints de l’abondance des célestes dons puisés dans les trésors de la divinité, de telle sorte qu’entièrement exempte de toute tache du péché, toute belle et toute parfaite, elle fût ornée de cette plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut concevoir plus grande après celle de Dieu, et que nul, excepté Dieu, n’est capable d’atteindre par la pensée.  » (bulle Ineffabilis Deus du 8 décembre 1854)

Ce que nous avons constaté au cours du Congrès confirme les analyses de notre Père, l’abbé de Nantes, sur la gravité et le développement du cancer moderniste qui a envahi l’Église depuis la réforme décrétée à l’ouverture du concile Vatican II, le 11 octobre 1962. Ce que saint Pie X avait voulu empêcher à toute force est survenu  : les modernistes ont conquis les chaires d’enseignement des facultés de théologie, et même des facultés romaines.

Certes, il y a huit ans, dans son éditorial l’Immaculée triomphera, frère Bruno de Jésus-Marie a dénoncé l’apostasie du Père Salvatore M. Perrella qui niait explicitement le dogme de l’Immaculée Conception dans un article publié par l’Osservatore romano (il est ressuscité n° 73, septembre 2008, p. 1).

Mais sa dénonciation n’eut aucune suite  : Perrella n’est toujours pas sanctionné.

Depuis ce «  funeste Concile  », nos Pasteurs et même le Souverain Pontife se dérobent aux devoirs essentiels de leur charge  : ils sont «  en grève  », comme le remarquait l’abbé de Nantes avec une sainte colère. Ils se refusent obstinément à combattre l’hérésie, c’est-à-dire à anathématiser les erreurs et à condamner nommément les hérétiques, ravageurs du troupeau.

DEMAIN, LA RUSSIE SERA UNE GRANDE NATION CATHOLIQUE

Ce 10 septembre, lors de la dernière session plénière, le Père Battaglia supprima la période de questions.

Cependant, une amie phalangiste, Élisabeth, rattrapa le Père Perrella dans les couloirs. Elle lui reprocha ses blasphèmes mais aussi d’avoir fait l’impasse sur l’actualité de Fatima.

L’actualité des révélations de Fatima, ce sont les âmes qui se perdent  : beaucoup d’âmes se perdent parce que l’on ne fait pas ce que Notre-Dame a demandé.

L’actualité, ce sont les famines, les guerres partout dans le monde, annoncées dans le Secret du 13 juillet 1917, parce que les Papes ont toujours refusé de consacrer la Russie en union avec tous les évêques.

L’actualité, c’est le rôle que pourra jouer la Russie, consacrée au Cœur Immaculé et convertie, comme médiatrice de paix.

Perrella lui répondit  : «  Ce que vous dites là est trop simpliste (la consécration de la Russie  !). Il faut replacer le message de Fatima dans sa dimension eschatologique, et ne pas avoir le nez sur vos seuls problèmes, les problèmes actuels. La paix  ? La paix du monde  ? Le Christ lui-même a dit  : “ Je ne suis pas venu apporter la paix  ! ”  »

Perrella est un homme sans cœur, qui méconnaît non seulement l’affliction de la Vierge Immaculée, mais aussi les souffrances de tant d’hommes éprouvés par les famines, les guerres et les persécutions.

L’ERREUR DE MGR MARTO, ÉVÊQUE DE FATIMA.

Lors de cette session de clôture, Mgr Antonio Marto, évêque de Fatima, déclara dans sa communication, mais sans s’y attarder  : «  Notre-Dame demande la consécration du monde (sic) et de la Russie pour qu’il y ait la paix.  » (Point n° 5, Manuscrit, p. 4)

Comme si c’était la requête exacte de Notre-Dame  ! C’en est désormais la version officielle et… mensongère.

Nous reviendrons dans un instant sur cette erreur tellement néfaste.

Dès la veille, à la sortie de la salle du Bon-­Pasteur, les jeunes phalangistes avaient distribué une série de cinq tracts intitulés  :

“ Dieu veut la consécration de la Russie ”,

“ Consécration de la Russie, lettres apocryphes de sœur Lucie ”,

“ Consécration de la Russie, pour établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie ”,

“ Consécration de la Russie, pour obtenir la paix ”,

“ Sœur Lucie, les graves omissions de la biographie officielle ”.

En découvrant que ces feuillets traitaient du sujet… interdit, la plupart des congressistes paraissaient ravis.

AUCUNE ERREUR DANS NOS TRACTS.

Cependant, un des secrétaires du Congrès, flanqué d’un agent de sécurité, se précipita vers Jean  : «  Vous n’avez pas le droit de distribuer des tracts ici.

– Nous appartenons au tiers ordre des Petits frères du Sacré-Cœur. C’est le frère François de Marie des Anges qui nous en a donné l’ordre. Il est notre supérieur. Nous lui obéissons.  »

On parlementa. La distribution continua.

Pendant ce temps-là, j’avais accroché le recteur du sanctuaire. Après avoir évoqué des souvenirs communs, la conversation devint dramatique  :

«  Ce Congrès est un brigandage.

 Pourquoi  ?

– Les questions sont tronquées ou écartées.

 Je ne suis pas responsable du contenu du Congrès. Je dégage ma responsabilité.

– Mais ce Congrès se déroule officiellement avec la collaboration du sanctuaire.

 Pour les questions matérielles.

– Donc, vous accueillez dans le sanctuaire de Marie des brigands et vous les laissez agir impunément.  »

Je lui donnai la série de nos tracts.

«  Je vous interdis de les distribuer.

– Si vous remarquez la moindre erreur dans ces tracts, nous arrêterons la distribution.  »

D’erreur, il n’en a trouvé… aucune  !

MGR CHARLES M. MANGAN ENTHOUSIASTE
DE “ SŒUR LUCIE, CONFIDENTE DE L’IMMACULÉE ”.

À la sortie de la dernière session, nos amis reprirent la distribution des tracts.

Mgr Charles Mangan, évêque du diocèse de Sioux Falls (Dakota du Sud), avait apprécié les jeunes filles phalangistes dans l’atelier de travail anglophone. Comme il les avait bénies sur l’esplanade quand elles faisaient le chemin de pénitence, elles lui offrirent ma biographie de sœur Lucie  : «  Merci beaucoup  ! Cela me sera utile, car je prépare un livre sur la consécration faite par Pie XII en 1942. Je ne parle pas le français aussi bien que vous parlez anglais, mais je le lis quand même. Merci beaucoup.  »

Mgr Mangan trouvera dans notre ouvrage toute la documentation nécessaire pour réfuter l’erreur de Mgr Marto  :

  1. Notre-Dame de Fatima a demandé la consécration de la Russie, et non du monde.

«  Conformément à sa promesse, écrit l’abbé de Nantes, la Vierge Marie au Cœur Immaculé est revenue le 13 juin 1929 à Tuy, dans une grande et incomparable vision théophanique, reparler à sœur Lucie, sa fidèle messagère, de cette consécration et en fixa la manière, avec beaucoup d’insistance et de précisions. Dès lors, la Russie est au centre de cette alliance conditionnelle de Jésus-Dieu avec le monde qu’il veut sauver.  » (CRC n° 279, janvier 1992, p. 3)

  1. Si sœur Lucie a parlé d’une consécration du monde, dans sa lettre à Pie XII du 2 décembre 1940, c’était pour obéir aux ordres et aux directives de Mgr Manuel Ferreira da Silva, évêque de Gurza, et de Mgr José Correia da Silva, évêque de Leiria, et non pour transmettre une requête de Notre-Dame de Fatima.

Précisons que les directives des deux évêques l’avaient contrariée et inquiétée. Ayant donc interrogé Notre-Seigneur à ce sujet, le 22 octobre 1940, celui-ci lui répondit que cette consécration du monde obtiendrait seulement l’abrègement des tribulations de la Seconde Guerre mondiale.

Cet acte que Pie XII effectua en 1942 et la promesse que Notre-Seigneur y avait liée par condescendance, n’ont donc rien à voir avec la demande et la promesse de Notre-Dame de Fatima concernant la seule Russie.

Tandis que Mgr Mangan s’entretenait avec nos jeunes amies, les agents de sécurité du sanctuaire poursuivaient les jeunes gens qui continuaient la distribution des tracts.

Comme je les avais rejoints pour les encourager, deux Portugais se dirigèrent vers nous, l’un d’eux sortit une petite pochette. Je m’apprêtai à lui dire que je ne suis pas prêtre, donc je ne peux pas bénir les objets de dévotion. Mais il me montra un tampon  : Police, et me dit d’un air gêné  : «  Nous vous demandons d’arrêter la distribution.  »

Ils obéissaient aux ordres, mais ne comprenaient pas pourquoi le recteur du sanctuaire les mobilisait contre des jeunes gens et des jeunes filles si pacifiques.

Pacifiques parce que enfants de Marie poursuivis par des fils du diable…

UNE SUPPLIQUE AU PAPE FRANÇOIS  ?

Dans “ l’atelier de travail ” de langue espagnole, nos amis Jean, Georges et Élisabeth rencontrèrent des ecclésiastiques favorables à la définition du dogme de Marie Médiatrice.

Jean  : «  La Vierge de Fatima est chargée du salut temporel, terrestre, des nations. Aujourd’hui, la médiation universelle de Marie pourrait se manifester de manière spectaculaire si le pape François acceptait de faire la consécration de la Russie comme la Vierge l’a demandé. Parce que alors la Russie se convertira en revenant dans le giron de l’Église catholique, et parce que cela apportera le don divin de la paix au monde, la Sainte Vierge l’a promis.  »

Un prêtre  : «  Il y a déjà eu ce genre de pétition à la fin de plusieurs congrès précédents. Une commission avait même adressé cette requête au pape Jean-Paul II qui avait répondu que cela ne convenait pas.  »

Jean  : «  Jean-Paul II, pour ne pas se mêler des affaires intérieures de la Russie, n’a pas consacré spécifiquement la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Le contexte a beaucoup changé, et le pape aussi a changé. La Russie est plus ouverte, et Poutine dialogue régulièrement avec le pape François. On pourrait donc adresser de nouveau une supplique au Pape.  »

Élisabeth  : «  Père Rodriguez, vous avez admirablement montré à quel point les enfants de Fatima ont été impressionnés par la vision de l’enfer. Or, Dieu révèle à Fatima qu’il veut les sauver par la médiation du Cœur Immaculé de Marie, et nous ne faisons rien  ! Cent ans se sont déjà écoulés. Et les âmes continuent de se perdre… Maintenant que nous avons un Pape qui aime tant la Vierge, je propose que nous lui adressions une supplique.  »

Un prêtre  : «  Nous ne pouvons pas demander cela au Pape.  »

Jean  : «  Le Congrès le pourrait, lui, non  ?  »

Un autre prêtre  : «  Tu n’as qu’à devenir Pape  !  »

Père Fernandez Jimenez  : «  Ce que nous pouvons faire, c’est rapporter cette proposition dans le compte rendu des débats de notre groupe.  »

La controverse rebondit après la conférence du Père Juan Miguel Ferrer Grenesche, de l’université de Tolède, sur La mémoire liturgique de l’apparition de Fatima dans la liturgie romaine.

Georges  : «  Dans sa lettre à Pie XII du 24 octobre 1940, sœur Lucie a demandé que “ la fête en l’honneur du Cœur Immaculé de Marie soit étendue au monde entier comme une des principales fêtes de la sainte Église. ” De plus, elle a adressé une supplique au pape Jean-Paul II, le 12 mai 1982, pour que le Rosaire soit déclaré prière liturgique.  »

Père Ferrer Grenesche  : «  La Sainte Vierge ne l’a pas demandé explicitement. Sœur Lucie a pensé que ce serait bien, mais elle n’est pas théologienne. On [qui est ce “ on ” ?] ne lui a pas donné raison.  »

Georges  : «  Dieu et la Sainte Vierge ont de­mandé explicitement que le Saint-Père approuve et recommande la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois, et cette requête n’a pas été satisfaite. Dieu aussi est-il un “ mauvais ” théo­logien  ?  »

Père Ferrer Grenesche  : «  La dévotion réparatrice s’est répandue.  »

Georges  : «  Pas en France. Dieu veut qu’elle soit recommandée par le Saint-Père.  »

Père Ferrer Grenesche (souriant)  : «  Alors, il faudrait le demander au Saint-Père.  »

«  LA CONSÉCRATION DU 25 MARS 1984
NE PEUT PAS ÊTRE DÉCISIVE.  »

Dans sa conférence sur L’union entre Fatima et la Russie, le Père Aleksander Burgos, de la paroisse ­gréco-catholique de Saint-Pétersbourg, affirma catégoriquement  : «  La consécration de la Russie a été faite.  »

Notre amie Élisabeth objecta  : «  Jean-Paul II n’a jamais prononcé le nom de la Russie dans une consécration.

 Qui sommes-nous pour dire au Saint-Père comment faire cette consécration  ? S’il veut dire le mot Russie, il le dira  ; s’il ne le veut pas, il ne le dira pas. Mais puisque la Russie est dans le monde, la consécration est faite.

– Mais la Russie n’est pas convertie.

 La consécration a été refaite trois fois par Jean-Paul II parce que, à chaque fois, sœur Lucie disait  : “ Ce n’est pas comme ça, ce n’est pas comme ça, ce n’est pas comme ça. ” Donc, à la fin, en décembre 1983, le Pape a écrit à tous les évêques pour leur dire  : “ Soyez avec moi pour faire la consécration le 25 mars 1984. ” Il a alors accompli la demande de Fatima.  »

Eh bien, non  !

Revenons à l’année 1982.

Au lendemain de la venue du Pape à Fatima, le 14 mai 1982, au parloir du carmel de Fatima, en présence de Mgr Hnilica, du Père Sebastian Labo, et du provincial des carmes, sœur Lucie fut interrogée par don Luigi Bianchi  : «  Hier, le Pape a-t-il vraiment consacré la Russie au Cœur Immaculé  ?  »

La messagère de Notre-Dame fit un geste du doigt indiquant que non, et expliqua que Dieu veut «  la consécration de la Russie et uniquement de la Russie, sans aucune adjonction  », car «  la Russie est un immense territoire bien circonscrit, et sa conversion se remarquera, montrant ainsi ce qu’on peut obtenir par la consécration au Cœur Immaculé de Marie  ».

Cela, elle le répéta, au cours des mois suivants, à madame Eugénia Pestana, son amie d’enfance, qu’elle avait connue à Porto quand elle était pensionnaire à l’Asilo de Vilar, et à son neveu salésien, le Père José dos Santos Valinho, ainsi qu’à la marquise Olga do Cadaval qui l’aidait dans sa volumineuse correspondance en langue étrangère.

J’ai personnellement recueilli leur témoignage.

Au cours de la controverse avec le Père Burgos, notre amie Élisabeth qui avait à la main ma biographie de Sœur Lucie, se référa à ces témoignages  :

«  Ce que la voyante disait de la consécration du monde, du 13 mai 1982, s’applique à celle du 25 mars 1984 qui est la même, avec un unique ajout  : la mention de l’année sainte de la Rédemption.

 Si vous me montrez un texte de Lucie qui dit cela en 1984, je vous crois.  »

Eh bien  ! voici un manuscrit de 1984 qui témoigne de sa pensée  :

«  30 mars 1984,

«  Bien cher frère,

«  Sur l’acte du 25 mars, voici une petite nouvelle.

«  La famille de Porto n’a aucun doute  : Lucie dit carrément que la consécration n’est pas faite. Je le sais par un coup de téléphone de madame Pestana, au soir du vendredi 23 mars.

«  Lucie n’hésite pas.

«  J’en saurai plus long peu à peu, et vous tiendrai au courant.

«  Bien cordialement,

«  Pierre Caillon.  »

L’abbé Caillon apprit par la suite que madame Pestana était venue au carmel de Coïmbre le 22 mars, comme chaque année, pour souhaiter son anniversaire à sœur Lucie. Celle-ci avait déjà lu la consécration que Jean-Paul II allait prononcer trois jours plus tard, et lui dit  :

«  Cette consécration ne peut avoir un caractère décisif. La Russie n’y apparaît pas nettement comme le seul objet de la consécration.  » (Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, éd. CRC, 2014, p. 430)

«  JE VOUS ATTENDS DEPUIS 1917.  »

Il faut n’avoir rien compris au dessein de Dieu, à son amour de prédilection envers la Russie, à sa volonté de la «  sauver  » par la médiation du Cœur Immaculé de Marie, pour penser qu’une consécration du monde peut remplacer l’acte demandé par Notre-Dame.

Lorsque le cardinal Kazimierz Swiatek, archevêque de Minsk, en Biélorussie, rencontra sœur Lucie en juin 1996, celle-ci lui demanda  : «  Pourquoi avons-nous dû vous attendre si longtemps  ? Je vous attends depuis 1917. C’est seulement aujourd’hui, après tant d’années, que vous venez.  »

Son souci le plus prégnant demeurait la conversion de la Russie.

Depuis le 13 juillet 1917, elle ne cessait d’y penser et, dans un premier temps, en croyant avec Jacinthe et François que la Russie était une méchante femme  !

Après la théophanie de Tuy, elle commença à recommander cette intention de prières à ses proches et à ses correspondants, par exemple à sa mère, le 11 juin 1930  : «  Maintenant, d’une manière particulière, offrons nos sacrifices pour la conversion de la pauvre Russie.  »

Il est très émouvant de voir, à son Mémorial de Coïmbre, le texte manuscrit de sa consécration personnelle du 31 mai 1949, au jour de sa profession perpétuelle. Elle y a écrit en incise le mot Russie.

Cette consécration, elle la porta ensuite sur son cœur.

C’est dire la place que tenait cette pauvre nation dans ses prières et ses sacrifices.

Mais que signifie la «  conversion de la Russie  » promise par Notre-Dame  ?

Toujours dans “ l’atelier de travail ” des Espagnols, on aborda la question de “ la conversion ”, selon le message de Fatima.

LETTRES APOCRYPHES DE SŒUR LUCIE
RÉDIGÉES PAR MGR LUCIANO GUERRA

Après la consécration du monde accomplie par le pape Jean-Paul II le 25 mars 1984, sœur Lucie déclara nettement aux carmélites de Coïmbre, à ses parents et familiers, à des religieux, évêques et cardinaux  : «  Non, la consécration de la Russie n’a pas été faite comme le veut Notre-Dame.  » J’ai personnellement recueilli et publié de nombreux témoignages à ce sujet (frère François de Marie des Anges, Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, éd. CRC, 2014, p. 428-431).

1989  : TRAVESTISSEMENT DU TÉMOIGNAGE DE SŒUR LUCIE.

Cependant, le pape Jean-Paul II était très contrarié de recevoir encore de nombreuses requêtes en faveur de la consécration de la Russie, et il prit en 1989 une décision à peine croyable  : il ordonna à sœur Lucie d’affirmer désormais que la consécration avait été faite et agréée par le Ciel.

De plus, Mgr do Amaral, évêque de Fatima, et Mgr Luciano Guerra, recteur du sanctuaire, rédigèrent et diffusèrent à partir de l’été 1989 quatre lettres, dites de sœur Lucie, où il est affirmé  : «  La consécration est faite.  » Nous les avons aussitôt publiées dans le mensuel La Contre-Réforme ca­tholique, en démontrant leur caractère apocryphe  : sœur Lucie n’a pas pu les rédiger elle-même tant ces lettres contiennent de grossières erreurs qui aboutissent à falsifier l’authentique message de la Très Sainte Vierge.

Les exigences du Ciel concernant la Russie y sont occultées  : «  La consécration du monde, telle que Notre-Dame l’a demandée  », peut-on lire dans la lettre adressée à Maria de Bélem, datée du 29 août 1989. Or, redisons-le, sœur Lucie avait toujours affirmé que la requête de Notre-Dame est une demande de consécration, non pas du monde, mais de la Russie.

Son témoignage fut donc travesti, à partir de 1989, par la diffusion et la publication de ces lettres apocryphes.

La lettre à Maria de Bélem est intégralement citée dans la biographie officielle de la voyante, comme si elle était authentique (Um caminho sob o olhar de Maria, éd. Carmelo, 2013, p. 205).

De plus, dans le dossier de la Congrégation pour la doctrine de la foi, publié lors de la divulgation au monde du troisième Secret, le 26 juin 2000, Mgr Tarcisio Bertone s’est référé à une autre lettre apocryphe, celle adressée à Walter Noelker, datée du 8 novembre 1989.

LA LETTRE À WALTER NOELKER, DITE DE SŒUR LUCIE.

Voici les passages essentiels de notre article intitulé “ Quant aux lettres dites de sœur Lucie, ce sont des faux ”, publié en mai 1990 dans La Contre-Réforme catholique  :

Le journaliste Stefano Paci annonce que sœur Lucie a envoyé à la revue Trente jours trois lettres traitant de la consécration de la Russie, et il cite intégralement la lettre au Père Paul Kramer, datée du 21 novembre 1989, reproduite dans La Contre-Réforme catholique de janvier 1990. Cette lettre est un faux  ; nous l’avons démontré.

La deuxième lettre est, à coup sûr, celle adressée à Maria de Bélem, du 29 août 1989, toujours la même. Et l’autre, adressée à Walter Noelker, n’a jamais été publiée, mais nous en possédons la photocopie. Elle est écrite en portugais, dactylographiée, datée du 8 novembre 1989.

La voici traduite par nos soins  :

J. † M.

Sr. Walter M. Nœlker

Pax Christi.

J’ai reçu votre lettre et je viens répondre à votre question  : «  Has the Collegial Consecration of Russia to the Immaculate Heart of Mary been made, according to the Blessed Mother  ? La consécration collégiale de la Russie au Cœur Immaculé de Marie a-t-elle été faite selon les demandes de la Vierge Marie  ?  »

Oui, elle a été faite, telle que Notre-Dame l’a demandé, le 25 mars 1984.

Cette consécration a été faite par S. S. Pie XII, le 31 octobre 1942, avec une mention voilée de la Russie, mais que Dieu a bien comprise. L’on me demanda après coup si elle avait été faite comme Notre-Dame l’avait demandé. Je répondis que non, car il lui manquait l’union avec tous les évêques du monde, et comme cette consécration est un appel à l’union de tout le Peuple de Dieu, cette condition est indispensable.

Le Saint-Père Paul VI l’a faite ensuite à Fatima, le 13 mai 1967. On m’interrogea après coup pour savoir si elle avait été faite comme Notre-Dame l’avait demandé. J’ai répondu que non. Il lui manquait l’union avec tous les évêques du monde.

Le même Souverain Pontife Paul VI l’a faite lors du Sacré Concile avec la participation de nombreux évêques. L’on m’interrogea ensuite pour savoir si elle avait été faite comme Notre-Dame l’avait demandé, je répondis que non, car elle ne devait pas être faite avec tous les évêques réunis dans une salle, mais il fallait que chaque évêque dans son diocèse la fasse avec le peuple de Dieu dont il est le guide, en union avec le Saint-Père qui est le représentant suprême et universel du Christ sur la terre  ; elle est faite au Cœur Immaculé de Marie, Mère du Christ et de tout le peuple de Dieu, le Corps mystique du Christ dont elle est la Mère, le peuple de Dieu qui lui est consacré pour que, par Elle, avec le Christ, elle soit offerte au Père pour le salut du Monde.

Elle fut faite aussi à Fatima par le Saint-Père Jean-Paul II, le 13 mai 1982. Ensuite l’on me demanda si elle avait été faite dans les conditions demandées par Notre-Dame. J’ai répondu que non. Il manquait, comme précédemment, l’union avec tous les évêques du monde, et comme la consécration était un appel à l’union de tout le peuple de Dieu, cette condition était indispensable.

Finalement, ce même Souverain Pontife Jean-Paul II écrivit à tous les évêques du monde pour leur demander de la faire chacun dans son propre diocèse avec le Peuple de Dieu confié à sa garde, en union avec Sa Sainteté. Il ordonna que la statue de Notre-Dame de Fatima fût apportée à Rome et, devant cette image, en union avec tous les évêques du monde, unis à Sa Sainteté, avec tout le Peuple de Dieu, il fit cette consécration, à Rome, publiquement devant l’image de Notre-Dame de Fatima, le 25 mars 1984.

Après, l’on me demanda si elle avait été faite comme Notre-Dame l’avait demandé. Je répondis que OUI.

Coïmbre, 8 – XI – 1989
Sœur Lucie (signature)

NOS REMARQUES ET CRITIQUES.

Cette lettre, dans ses premières lignes, est semblable à celle qui fut adressée à Maria de Bélem, le 29 août 1989. On y retrouve la mention de cette consécration que le pape Paul VI aurait faite à Fatima en 1967  : une pure invention  !

Vient ensuite un complément. Il semble en effet que le rédacteur de ces lettres apocryphes ait appris, entre le mois d’août et le mois de novembre de cette année 1989, qu’à la fin de la troisième session du concile Vatican II, Paul VI avait rappelé l’acte de consécration du monde effectué par Pie XII en 1942. D’où cette addition afin de montrer que ce n’est pas Paul VI en 1964, mais Jean-Paul II en 1984 qui a répondu à la demande de Notre-Dame. Seul Jean-Paul II aurait accompli la consécration en union avec les évêques comme le veut Notre-Dame. Voyons par quel raisonnement l’auteur de cette lettre tente de l’établir.

«  Le même Souverain Pontife Paul VI, écrit-il, a fait la consécration lors du Sacré Concile avec la participation de nombreux évêques. L’on me demanda, ensuite, si elle avait été faite comme Notre-Dame l’avait demandé, et je répondis que non, car elle n’aurait pas dû être faite avec tous les évêques réunis dans une salle…  »

Une telle affirmation est stupide. Les dirigeants de l’Armée bleue, comme les experts de Fatima, ont toujours considéré que la consécration de la Russie aurait pu et même aurait dû être faite lors de la réunion du concile Vatican II. Ainsi John Haffert, l’abbé Richard, le Père Simonin, etc. Citons le Père Antonio Maria Martins, qui a publié de nombreux documents, ainsi que des commentaires historiques et théologiques du message de Fatima  : «  La Providence divine offrait au pape Paul VI une opportunité excellente avec la réunion du Concile, de faire la consécration demandée, avec tous les évêques réunis à Rome à cette occasion.  » (Fatima e o Coraçao de Maria, éd. Loyola, 1984, p. 102)

Jusqu’en ce mois de novembre 1989, jamais sœur Lucie n’avait exposé le message de Tuy en affirmant que l’acte de consécration devrait être fait obligatoirement par les évêques chacun dans son diocèse, et non pas lors de la réunion d’un Concile  ; elle avait toujours expliqué que le Pape pourrait choisir l’une ou l’autre solution. Le Père Joaquin Alonso connaissait tous les documents de Fatima. Or, il précise que sœur Lucie a simplement indiqué que, pour accomplir la demande de Tuy, les évêques devraient faire la consécration «  en même temps  » et il envisage qu’elle puisse être effectuée par le Pape et tous les évêques réunis en Concile (Fatima ante la Esfinge, éd. Sol de Fatima, p. 107 et 115).

De plus, lors du parloir du 21 mars 1982, sœur Lucie a dit au nonce apostolique, Mgr Portalupi, que pour accomplir la demande de Notre-Dame, le Pape pourrait, s’il le désire, réunir tous les évêques en un lieu de la terre  !

Il est clair que la condition exposée dans cette lettre adressée à Nœlker  : «  Les évêques devaient obligatoirement faire la consécration dans leur diocèse…  » est absolument étrangère au message de Fatima. Un tel texte ne peut donc être attribué à sœur Lucie. Ce seul détail prouve le caractère apocryphe du document.

Si l’acte du 21 novembre 1964 n’a pas correspondu à la demande de Notre-Dame, c’est avant tout parce que le pape Paul VI n’a pas accompli l’acte qui lui était demandé, de réparation et de consécration de la Russie et de la seule Russie.

Le Père Alonso écrivait  : «  Finalement, le 21 novembre 1964, lors du discours de clôture de la troisième session du Concile, il manquait quelque chose d’essentiel à cette consécration  : la consécration de la Russie.  » Mais cela, le rédacteur de cette lettre ne pouvait le signaler, puisque c’est aussi ce qui a cruellement manqué dans l’acte du 25 mars 1984  !

Pressé d’en finir avec son travail de faussaire, le rédacteur de ce texte, très probablement Mgr L. Guerra, a oublié d’assurer “ son correspondant ” de ses prières, comme le faisait habituellement sœur Lucie. La lettre s’achève brutalement sur un “ Oui ” mensonger  !

(Ces lettres sont des faux, CRC n° 264, mai 1990)

SANS RÉPLIQUE DE PERSONNE  !

Telle est la démonstration que nous avons publiée en mai 1990, et demeurée jusqu’à ce jour sans réplique de personne.

Ce qui est totalement occulté dans ces documents apocryphes et mensongers, c’est la raison d’être de la demande de consécration de la Russie, à savoir établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.

On ne le soulignera jamais assez, dans les révélations de Fatima, «  en 1929, comme déjà en 1917, la consécration de la Russie est mise en conjonction nécessaire avec l’œuvre de pure dévotion et charité réparatrice des premiers samedis du mois, l’une et l’autre demande ayant pour intention la gloire et la consolation, la louange et l’amour du Cœur Immaculé de Marie, établis dans le monde entier  » (Georges de Nantes, Cet adorable Secret, notre unique espérance, CRC n° 279, janvier 1992, p. 3).

TROP OFFENSÉ…
PAR LA LAÏCISATION DES ÉTATS CATHOLIQUES

Le Père Roman Sol Rodriguez présenta d’une manière très concrète l’appel à la conversion de Notre-Dame, en montrant que la vie des trois pastoureaux fut radicalement changée par la vision de l’enfer et par celle du Cœur Immaculé de Marie entouré d’épines.

Il fit ce constat  : «  Depuis le concile Vatican II, la pénitence n’est plus prêchée. On ne trouve presque jamais le mot pénitence dans le Catéchisme de l’Église catholique.  »

Cependant, membre de l’Opus Dei, il n’a pas saisi la raison pour laquelle Notre-Dame a lancé le 13 octobre 1917 son pathétique avertissement  : «  Que l’on n’offense pas davantage Dieu Notre-Seigneur, car il est déjà trop offensé  !  »

Nous avions préparé une note sur ce sujet. La voici  :

Pour quelle raison Dieu était-il «  trop offensé  » au Portugal en 1917  ? Quel était l’événement nouveau, marquant, survenu en ce pays au début du vingtième siècle, qui offensait plus que tout Dieu Notre-­Seigneur  ?

À n’en pas douter, ce fut la révolution de 1910, suivie de la séparation de l’Église et de l’État. En effet, après la proclamation de la République le 5 octobre 1910, la loi de séparation de l’Église et de l’État fut votée le 20 avril 1911 afin d’asservir et, finalement, de détruire l’Église  : c’était «  l’Église esclave dans l’État maître  », comme disaient les évêques portugais dans leur protestation collective du 5 mai 1911.

Le pape saint Pie X condamna fermement cette loi dans son encyclique Jamdudum in Lusitania, du 24 mai 1911, en dénonçant son caractère outrageant pour l’Église  : «  Nous réprouvons, condamnons et rejetons la loi sur la séparation de la République portugaise et de l’Église  : loi qui méprise Dieu et répudie la foi catholique.  »

Rappelons que, dans son encyclique Vehe­menter Nos du 11 février 1906, Pie X avait pareillement condamné la loi française de séparation de l’Église et de l’État  : «  Qu’il faille séparer l’État de l’Église, c’est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur. Fondée, en effet, sur ce principe que l’État ne doit reconnaître aucun culte religieux, elle est tout d’abord très gravement injurieuse pour Dieu, car le créateur de l’homme est aussi le fondateur des sociétés humaines et il les conserve dans l’existence comme il nous soutient. Nous lui devons donc, pour l’honorer, non seulement un culte privé, mais un culte public et social.  »

Donc, en 1917, si Jésus-Christ était «  déjà trop offensé  », c’était par les nouvelles législations, républicaines, particulièrement par les lois de séparation de l’Église et de l’État.

Assurément, ce qui offense Jésus-Christ plus que tout, c’est la laïcisation des États et la trahison des libéraux catholiques. Dieu veut que les États catholiques soient défendus ou restaurés, conformément à l’enseignement du Syllabus (1864) qui réprouve leur laïcisation. Citons sa 77e proposition condamnée  : «  À notre époque, il n’est plus expédient de considérer la religion catholique comme l’unique religion d’un État, à l’exclusion de tous les autres cultes.  »

Notre-Dame de Fatima lança son avertissement pathétique alors que depuis cinquante ans, partout dans le monde, les libéraux catholiques refusaient l’enseignement du bienheureux Pie IX et de saint Pie X, faisant ainsi échec, dans presque tous les pays, à leur programme de restauration de la royauté divine et humaine de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur les peuples et sur les pouvoirs humains.

L’avertissement de Notre-Dame, son appel à la conversion qui vise particulièrement les libéraux catholiques n’a pas encore été entendu dans l’Église universelle, il y a même été méprisé, puisque le concile Vatican II a contredit le Syllabus en proclamant la liberté sociale en matière religieuse.

Le renouveau catholique voulu et prêché par le pape François ne pourra s’épanouir pleinement, à l’encontre des puissances des enfers, que dans une nouvelle Chrétienté où le Sacré-Cœur de Jésus et Marie régnera dans le cœur des fidèles catholiques, mais aussi sur toutes les autorités et dans toutes les institutions civiles.

L’abbé de Nantes écrit  : «  Alors la gloire chrétienne ressortira des églises, non seulement aux jours de processions et de fêtes, dans des emblèmes et des signes religieux, mais par le culte public rendu à Jésus-Christ, la proclamation de sa Loi dans les institutions civiles, la reconnaissance de sa souveraineté sur toutes choses.

«  Alors la mairie, le tribunal, l’école, l’hôpital ne feindront plus d’ignorer Dieu, suprême insulte, mais ils seront tout baignés de son adorable lumière. L’Église redeviendra le centre rayonnant de la vie communale, la cathédrale le haut lieu de la ville, la nation connaîtra le Christ pour son Roi et la Vierge Marie pour Reine.  » (CRC n° 121, septembre 1977, p. 16)

L’appel de Notre-Dame à la conversion, et à une conversion intégrale, donc politique, en vue d’une restauration des États catholiques, permet de comprendre la véritable signification de sa promesse concernant la Russie. Quand celle-ci sera consacrée au Cœur Immaculé de Marie par le Saint-Père en union avec tous les évêques catholiques, elle se convertira, c’est-à-dire qu’elle deviendra une nation catholique dans ses chefs et ses institutions, inaugurant le règne social et universel du Divin Cœur de Jésus et de Marie.

AVERTISSEMENT DE SŒUR LUCIE

Au début des années 1960, voyant l’opposition grandissante que le président Salazar rencontrait parmi les libéraux, sœur Lucie dénonçait leur péché de trahison  : «  L’enfer est en lutte contre Dieu et ses élus.  » Et de réclamer «  une campagne énergique et nationale contre le mal qui se répand et pour le bien qui recule gauchement.

«  Il aurait fallu bannir de la nation la vie publique de péchés ainsi que tout ce qui les entretient, leur est un appui  : le divorce, les maisons immorales, les unions illicites, etc. Depuis toujours, le péché public, celui qui est visible et auquel on consent, est ce qui attire sur les peuples les grands châtiments et les vengeances de la colère de Dieu, surtout lorsque le nombre des âmes justes et réparatrices n’est pas suffisant pour contrebalancer.  » (Lettre du 21 avril 1961)

«  NE CHANCELEZ PAS  !  »

En 1980, Mgr Paul Hnilica, jésuite d’origine tchèque, avait sollicité Jean-Paul II d’accomplir la consécration de la Russie comme le veut Notre-Dame. Le Pape lui répondit en plaisantant  : «  Va me conquérir tous les évêques du monde à l’idée de cette consécration et je la ferai avec eux.  »

Mgr Hnilica entreprit alors de nombreuses démarches pour faire connaître aux évêques catholiques la demande de Notre-Dame, et il était présent à Fatima lorsque Jean-Paul II s’y rendit pour la première fois, les 12 et 13 mai 1982.

Après le départ du Pape, le 14 mai, Mgr Hnilica rencontra longuement sœur Lucie, avec d’autres ecclésiastiques, au parloir du carmel de Fatima. Le Père Labo observa «  que, malgré toute sa réserve, la voyante n’arrivait pas à taire son affliction. Elle constatait que beaucoup de chrétiens et de pasteurs n’avaient pas accueilli ni suivi, dans sa nécessaire extension, l’appel de Notre-Dame à la conversion et à la pénitence.  »

Puis avec Mgr Hnilica elle parla “ avec beaucoup de flamme d’œcuménisme ”, c’est-à-dire du retour des schismatiques russes dans l’Église catholique. Et comme l’évêque était très dévoué à la cause de la con­sécration de la Russie, elle l’encouragea à persévérer  : «  Il reste encore beaucoup à faire… Ne chancelez pas  !  »

Quelques années plus tard, après l’acte du 25 mars 1984, Mgr Hnilica chancela  : il fut trompé par le pape Jean-Paul II.

L’abbé de Nantes, notre Père, théologien de Fatima et de la Contre-Réforme catholique, et son disciple, frère Bruno de Jésus-Marie, n’ont jamais chancelé pendant les longs pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI, parce qu’ils ont compris, démontré et dénoncé le caractère foncièrement moderniste de leur enseignement et la duplicité de leur pastorale.

Au lendemain du premier “ pèlerinage ” de Jean-Paul II à Fatima, alors que celui-ci était universellement loué, l’abbé de Nantes commenta son voyage en le qualifiant d’Imposture suprême. Il démontrait que Jean-Paul II avait fait semblant d’obéir à Notre-Dame  : «  Le pire est qu’il a voulu faire accroire aux bons qu’il faisait tout le nécessaire, tout l’humainement possible, tout ce qu’une prudence surnaturelle lui inspirait de faire. Tandis qu’il montrait aux méchants qu’il n’était pas dupe des légendes et affabulations et hystéries fatimistes. Et qu’il n’exigeait pas qu’on y croie, qu’il ne demandait aucun effort à personne.  » (CRC n° 178, juin 1982, p. 2)

Sœur Lucie ne pouvait imaginer une telle duplicité. Cependant, elle n’ignorait pas l’aveuglement de certains Pasteurs qui “ ne veulent ni voir ni entendre ”.

À la question de Mgr Guerra  : «  Pensez-vous que le monde [sic] a entendu le message de Notre-Dame de telle sorte qu’elle puisse se montrer satisfaite  ?  » elle répondit le 20 février 1993  :

«  J’ai vu qu’il y a dans le monde beaucoup de sourds, et que les pires sont ceux qui n’entendent pas parce qu’ils ne veulent pas entendre, de même que les pires des aveugles sont ceux qui ne veulent pas voir. Je pense donc que Notre-Dame est sûrement contente de ceux qui entendent et voient, et que Notre-Dame est triste, selon notre manière de parler, de ceux qui n’entendent pas ni ne voient parce qu’ils ne veulent pas entendre ni voir.  »

Contrairement à ses prédécesseurs et à ses successeurs, le pape Jean-Paul Ier, qui fut le grand oublié du Congrès, avait ouvert son cœur au mystère et à la grâce de Fatima.

C’est en se plaçant sous son patronage, c’est en renouant avec la foi, l’esprit, la dévotion, la simplicité et l’humilité du premier Pape martyr des temps modernes, qu’ «  à la fin  » le Saint-Père embrassera la dévotion au Cœur Immaculé de Marie et accomplira les demandes de Notre-Dame de Fatima.

frère François de Marie des Anges.

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