La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 171 – Janvier 2017

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LE PAPE ET LA PAIX

«  Conformément à la tradition, je signe ce Message le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie.  »

Quel message  ? Celui de la cinquantième journée mondiale de la Paix, 1er janvier 2017  : «  Marie est la Reine de la Paix. À la naissance de son Fils, les anges glorifiaient Dieu et souhaitaient paix sur la terre aux hommes et aux femmes de bonne volonté (cf. Lc 2, 14). Demandons à la Vierge d’être notre guide.  »

Cela dit en conclusion de ce Message du pape François où la Vierge Marie ne joue aucun rôle et pour cause  ! Le pape François se réfère au premier Message, dans lequel «  le bienheureux pape Paul VI s’est adressé à tous les peuples, non seulement aux catholiques, par des paroles sans équivoque  : “ Finalement a émergé d’une manière très claire le fait que la paix était l’unique et vraie ligne du progrès humain (et non les tensions des nationalismes ambitieux, non les conquêtes violentes, non les répressions créatrices d’un faux ordre civil). ”  » Paroles suprêmement «  équivoques  », au contraire, car elles semblent condamner tout “ nationalisme ” comme “ ambitieux ”, toute “ conquête ” comme “ violente ”, toute “ répression ” comme “ créatrice d’un faux ordre civil ”.

Cinquante ans après, nous lisons, au paragraphe n° 2 du pape François, le tableau des fruits du Message de Paul VI  : «  Aujourd’hui, malheureusement, nous sommes aux prises avec une terrible guerre mondiale par morceaux.  »

FORCE ET VIOLENCE.

Certes, Très Saint-Père, mais dans ce cas il est urgent de distinguer la “ violence ” criminelle et la force armée pour la défense du bien commun.

Dans une situation internationale identique à la nôtre, Benoît XV a proclamé Notre-Dame Reine de la Paix, comme notre Père le rappelait déjà dans sa Lettre à mes amis n° 247 du 5 juin 1967, année du cinquantième anniversaire des apparitions de Notre-Dame de Fatima.

En 1917, la guerre mondiale n’en finissait plus. Le pape Benoît XV avait multiplié, sans succès, les démarches diplomatiques. Enfin, déçu, désolé, il demandait le 5 mai de faire monter vers le Ciel et par Marie d’ardentes prières pour la paix et faisait ajouter aux Litanies l’invocation  : Reine de la Paix, priez pour nous  !

Or, le curé de Fatima avait, ce dimanche des Rogations 13 mai 1917, lu la lettre du Pape et recommandé à ses paroissiens, de dire leur chapelet quotidien avec plus de ferveur encore à cette intention. Ce même jour, Notre-Dame du Rosaire apparaît aux trois en­fants. Visiblement, comme la Vierge de Lourdes était venue confirmer la proclamation de l’Immaculée Conception par Pie IX, ici encore, la voix du Ciel répond à celle du Vicaire du Christ.

Que dit cette Voix du Ciel  ? Elle ne parle pas immédiatement de la paix et ne veut rien promettre. À Lucie qui demande  : «  Pourriez-vous me dire si la guerre durera encore longtemps ou si elle finira bientôt  ?  » la Dame répond  : «  Je ne puis te le dire encore, tant que je ne t’ai pas dit aussi ce que je veux.  »

Or, que veut-elle  ? Arracher les hommes au péché dont la guerre est le châtiment. Il en va de même des guérisons et autres grâces temporelles demandées par l’intermédiaire des petits voyants. La Vierge ne les accorde pas immédiatement ni indistinctement, comme elle fit à Lourdes pour signifier sa bonté toute-­puissante, parce qu’elle veut d’abord instruire les âmes de la nécessité primordiale de leur conversion.

Pour un malade, elle dira  : «  Qu’il se convertisse et il guérira dans l’année.  » De quantité d’autres  : «  J’en guérirai quelques-uns dans le courant de l’année  », et le 13 septembre  : «  Quelques-uns guériront mais pas tous, parce que le Seigneur ne se fie pas à eux.  » Et c’est pour en revenir à l’essentiel de «  ce qu’elle veut  »  :

«  Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’il n’y a personne qui se sacrifie et prie pour elles.  » Enfin, le 13 octobre, pour les grâces implorées  : «  J’en accorderai quelques-unes. Les autres, non… Il faut que les hommes se corrigent, qu’ils demandent pardon de leurs péchés, qu’ils n’offensent plus Notre-Seigneur qui est déjà trop offensé.  »

Tous désirent ardemment la paix. On accourait le 13 octobre, persuadés que la guerre finirait ce jour-là de quelque manière extraordinaire et imprévue. Ainsi l’humanité demande d’abord son bien immédiat et temporel. Notre-Dame, en le remettant à plus tard, lui rappelle que là n’est pas le don le plus nécessaire ni le meilleur mais bien celui de la conversion en vue du Ciel. Le plus grand mal n’est pas la guerre mais le péché, qui conduit les pauvres âmes en enfer et qui déchaîne les guerres et les révolutions. Le Message de Fatima invite les hommes à la résipiscence sans laquelle les calamités d’ici-bas ne sont que le prélude des châtiments éternels. C’est la leçon très sage, très ferme, de la Reine du Ciel, comme un cri lancinant d’une mère qui voit s’ouvrir devant ses enfants l’abîme de l’enfer.

La pire des guerres est celle que les hommes mènent contre Dieu, la paix véritable celle qu’ils goûtent dans leur obéissance à ses commandements. Le plus grand mal n’est pas la maladie, ni la pauvreté, ni la guerre mais le péché qui tue, plus que le corps, l’âme même éternellement. Que d’abord, par pitié pour eux-mêmes, les hommes cessent d’outrager la Majesté divine et qu’ils se soumettent à sa loi  ! Alors Dieu donnera un peu de paix et de prospérité à la terre. Voilà ce que les enfants de Fatima ont bien compris.

Le péché est le seul malheur absolu  :

«  Il se commet beaucoup et de très grands péchés dans le monde, dira Jacinthe peu avant de mourir. Si les hommes savaient ce que c’est que l’éternité, ils feraient tout pour changer de vie. Les hommes se perdent parce qu’ils ne pensent pas assez à la mort de Notre-Seigneur et qu’ils ne font pas pénitence.  »

Et un jour où la Vierge lui apparut plus triste que jamais  : «  Les péchés qui conduisent le plus grand nombre d’âmes à la perdition sont les péchés de la chair. Il faut renoncer, ne pas s’obstiner dans le péché comme on a fait jusqu’ici. Il est indispensable de faire grande pénitence.  »

Alors, eux-mêmes, ces trois innocents, s’y livraient sans mesure, répétant la prière que la Dame leur avait enseignée  : «   Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l’Enfer, et conduisez au Ciel toutes les âmes, surtout celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde.  »

NOTRE-DAME DE LA VICTOIRE.

Le sanctuaire de Fatima a envoyé sa statue en Syrie, en réponse à l’appel de Mgr Joseph Tobji. Bénite par l’évêque de Leiria-Fatima, Mgr Antonio Marto, le 13 octobre, à la fin de la célébration qui a clos le Pèlerinage international anniversaire du grand miracle ”, le 99e en attendant le centième, elle a été accueillie avec enthousiasme  :

«  Recevoir la statue est très important, car cela signifie que la Reine de la paix protège, par son intercession, notre pays, notre bien-aimée Syrie martyrisée.  » C’est comme une visite de Marie en Personne.

Sans attendre, la Sainte Vierge est entrée en action. Deux semaines de bombardements intenses ont enfin brisé les lignes de défense des insurgés qui contrôlaient depuis quatre ans l’est de l’agglomération, et la bataille pour le contrôle d’Alep a tourné à l’avantage de Bachar el-Assad.

Avec des attentions particulières de cette Reine des batailles. Le 23 octobre, un missile d’une taille de trois mètres est tombé dans le jardin des carmélites d’Alep. Il s’est enfoncé en terre… sans exploser  !

L’archevêque d’Alep a ajouté  : «  En plus de son intercession, nous demandons à Notre-Dame notre conversion, celle de notre Église et du monde entier.  »

C’est aussi la conclusion de l’Exhortation apostolique publiée par le pape François le 20 novembre  :

«  Que demeurent tournés vers nous les yeux miséricordieux de la Sainte Mère de Dieu. Elle est la première qui nous ouvre le chemin et nous accompagne dans le témoignage de l’amour. Que la Mère de Miséricorde nous rassemble tous à l’abri de son manteau, comme l’art a souvent voulu la représenter.  »

L’art  ? Et Fatima  ? Quel «  chemin  » nous ouvre-t-elle, sinon celui qu’elle a indiqué à Lucie le 13 juin 1917  :

«  Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu.  »

C’était il y a cent ans (1917). Après mille ans de Chrétienté, le Diable, «  relâché pour un peu de temps  » (Ap 20, 3), a suscité Luther (1517), puis la franc-­maçonnerie (1717), puis la révolution bolchevique (1917). Alors «  la Femme  » son ennemie (Gn 3, 25; Ap 12, 4) est descendue du Ciel pour l’ultime combat.

«  Confions-nous à son aide maternelle et suivons son invitation constante à regarder Jésus, visage rayonnant de la miséricorde de Dieu  », conclut François.

Et récitons le chapelet  : «  “ Continuez à réciter le chapelet pour obtenir la fin de la guerre. ” (13 septembre 1917) Par cette insistance, Notre-Dame nous indique qu’il nous est grandement nécessaire de prier pour obtenir la grâce de la paix entre les nations, dans les peuples, dans les familles, les foyers, les consciences et entre Dieu et les âmes. Ce n’est que lorsque la lumière, la force et la grâce de Dieu pénétreront les âmes et les cœurs que nous parviendrons à nous comprendre vraiment et mutuellement, à nous pardonner, à nous secourir  ; voilà l’unique moyen pour arriver à une paix véritable et juste. Mais pour l’obtenir, il est nécessaire de prier  !  » (sœur Lucie, avec l’imprimatur de l’évêque de Leiria, Mgr Joao Venancio, 13 mai 1971)

Sœur Lucie parlait d’expérience. En février 1949, quand elle apprit les résultats du scrutin des élections présidentielles, elle exprima son action de grâces  : «  Notre-Dame est Mère de Miséricorde, c’est pourquoi nous avons été sauvés une fois de plus grâce à sa protection.  » Sauvés de la Révolution par l’élection de Salazar  !

Aujourd’hui, Vladimir Poutine est certainement l’homme d’État le mieux disposé à entendre l’appel du Pape à promouvoir la paix. Pour y parvenir, il faut et il suffit que le Saint-Père consacre la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Dans son discours du jeudi 1er décembre prononcé dans la salle des fêtes du Kremlin, le président a déclaré  :

«  “ Nous ne voulons nous opposer à personne, nous n’en avons pas besoin, ni nous, ni nos partenaires et la société mondiale. À la différence de certains de nos collègues internationaux qui voient dans la Russie un adversaire, nous ne cherchons pas et n’avons jamais cherché d’ennemis. Nous avons besoin d’amis ”, a déclaré le chef du Kremlin qui a tendu un rameau d’olivier à toutes les grandes puissances  : la Chine, son “ partenaire stratégique de la stabilité mondiale ”, l’Inde, son premier client militaire, le Japon, où le président russe se rendra le 15 décembre pour aplanir des différends territoriaux liés aux îles Kouriles, et développer les relations économiques. Ce rapprochement asiatique n’est “ absolument pas dicté par une quelconque conjoncture, mais par des intérêts nationaux à long terme et les tendances du développement mondial ”, a précisé Vladimir Poutine.

«  Dans le même temps, ce dernier s’est dit “ prêt ” à coopérer avec Donald Trump, jugeant “ important de normaliser et de commencer à développer ” les relations russo-américaines.  » (Le Figaro du 2 décembre 2016)

frère Bruno de Jésus-Marie.

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