La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 172 – Février 2017

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


CONTRE-RÉVOLUTION MARIALE (2)

par frère Bruno de Jésus-Marie

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DÉSIR DU MARTYRE

JUILLET 1936  : les milices révolutionnaires s’emparent de Pontevedra, puis de Tuy où le palais épiscopal est assailli. Mais le 26, Tuy est libérée par les forces nationalistes. Sœur Lucie resta au couvent avec quatre autres sœurs volontaires. Elles vécurent quelque temps dans le grenier, gardées par un soldat, parce que la maison était occupée par une garnison militaire. C’est elle qui rassurait ses compagnes. On aurait dit que la peur n’entrait pas dans son cœur  ! Elle avait reçu l’ordre de ne jamais sortir sans être accompagnée par un soldat. Mais quand elle devait aller au jardin chercher quelque chose dont elle avait besoin, elle disait sans cérémonie à la sentinelle  : “ Je dois aller au jardin. Si vous voulez venir avec moi, venez  ; sinon, je n’ai pas peur. ” Et la sentinelle, pour obéir à la consigne, la suivait.

En juillet 1936, sœur Lucie livre au Père Aparicio ses sentiments intimes  : «  Malgré la proximité de tant de tempêtes et de dangers, le Bon Dieu veillait sur mes sœurs, de sorte que nous pouvons dire que nous sommes passées par l’eau et le feu, et que nous en sommes sorties saines et sauves. Grâce à Dieu, jusqu’à présent, nous n’avons encore rien eu à souffrir de plus que quelque peur.

«  En vérité, je ne me suis pas affligée un seul moment  ; en partie à cause de la confiance que j’avais dans les Saints Cœurs de Jésus et de Marie, et de la joie que je ressentais d’aller m’unir à eux dans le Ciel. Mais il me semble bien qu’ils ne me voulaient pas là-haut maintenant. Ils veulent que je leur offre le sacrifice d’attendre la conversion de cette nation. Et je ne m’effrayais pas, peut-être en partie aussi par ignorance de toute la gravité du péril dans lequel nous nous trouvions.

«  Maintenant, nous sommes dans l’attente de ce qui arrivera. Nous nous confions à Notre-Seigneur, à la protection du Cœur Immaculé de Marie qui, bientôt, nous accordera des jours de paix et de tranquillité. S’il n’en est pas ainsi, je suis prête. Et rien ne me sera plus agréable que de donner ma vie pour Dieu, afin de lui payer en quelque manière le don de sa vie pour moi  ; je reconnais cependant être indigne d’une si grande faveur.  »

Le Père Aparicio, né le 14 février 1879, entré dans la Compagnie de Jésus le 8 septembre 1895, ordonné prêtre le 1er juillet 1912, était le confesseur des sœurs Dorothées lorsqu’elles reçurent Lucie comme novice à Tuy, le 24 octobre 1925. Lucie partit pour Pontevedra le jour suivant, puis revint à Tuy le 16 juillet 1926. Elle commença à se confesser au Père Aparicio comme les autres religieuses. Il la comprit si bien qu’elle lui ouvrit toute son âme.

Dans une lettre du 15 août 1936, elle lui redit son désir du martyre  :

«  Je désire beaucoup et demande à notre Bon Dieu et au Cœur Immaculé que ces jours de retraite soient le point de départ d’un véritable progrès spirituel et d’une offrande de moi-même toujours plus totale et complète à notre Bon Dieu. Je veux me donner aux Cœurs de Jésus et de Marie et Les aimer, non seulement pour moi, mais aussi pour tous ceux qui demeurent dans les rangs des persécuteurs de ces Sacrés Cœurs et de leurs lois. Pour ceux qui, en même temps que la vie temporelle, veulent obstinément perdre l’éternelle.

«  Qu’ils sont beaux ces jours de fervente retraite pour nous préparer à ce que le Seigneur veut de nous. Ah  ! que je voudrais le martyre  ! Je ne mérite pas cette grâce, mais je la désire et l’espère de la divine Miséricorde.  »

Et dans son carnet personnel, elle écrit  :

«  Je passai à Pontevedra les premiers mois de la révolution communiste, prête à accepter le martyre si Dieu voulait m’en faire la grâce, mais Il m’a réservé un autre martyre, guère plus facile parfois  : c’est le lent martèlement du renoncement qui crucifie et immole, comme le frottement continuel d’une lime sourde consume dans l’usure continuelle de la vie qui s’est donnée pour toujours, et redit  : Ce que tu voudras, Toi, mon Dieu et mon Seigneur  ! “ Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. ” (Mc 8, 34)

«  Oui  ! c’est le programme tracé par Dieu pour mon chemin, renoncer à tout, à moi-même. À la dernière place, celle que personne ne convoite, où il n’y a pas d’illusion, ni vanité, à rester là par Amour, ignorée, inconnue, oubliée, c’est mieux que d’être persécutée par la jalousie, l’envie, l’ambition, c’est ne rien avoir que les autres puissent désirer, c’est ne pas avoir un poste, passer inaperçue dans le silence et dans l’ombre  ! C’est Te suivre, Bon Jésus, dans l’anéantissement de l’Hostie sainte, du Tabernacle abandonné, dans l’outrage et le sacrilège prolongé à travers les âges jusqu’à la consommation des siècles. C’est le renouvellement permanent de mon oui.  »

RÉPANDRE LA DÉVOTION DES CINQ PREMIERS SAMEDIS

Malgré les troubles de la guerre d’Espagne, le martyre n’était pas la vocation de sœur Lucie. En 1936, sa mission ne faisait que commencer. À force d’insister, de prier, de se sacrifier, elle obtint de son évêque, l’évêque de Leiria, qu’il écrive lui-même au Saint-Père, le pape Pie XI, en mars 1937, pour lui exposer les deux grandes demandes de Notre-Dame  : la consécration de la Russie et l’approbation de la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois.

Cette requête de Mgr da Silva parvint au Pape deux semaines après la publication de son encyclique Divini Redemptoris, condamnant le communisme athée et persécuteur comme «  un fléau satanique  ». Le 8 avril, le Saint-Siège accusait réception… et ne donnait aucune suite aux demandes du Ciel  !

Alors, la seconde guerre prédite le 13 juillet 1917, vingt ans auparavant, aura lieu. Le signe avant-coureur d’une «  lumière inconnue  », annoncé par la Sainte Vierge dans son “ secret ” du 13 juillet, brilla dans la nuit du 25 janvier 1938. Au matin du mercredi 26 janvier, on pouvait lire à la une des journaux  : «  Une aurore boréale exceptionnelle a sillonné, hier soir, le ciel de l’Europe occidentale.  » Sœur Lucie contempla avec ses compagnes à Tuy, en Espagne, ce spectacle grandiose et étonnant qu’elle seule pouvait expliquer, tant à son évêque qu’au chanoine Galamba, à sa supérieure, à ses confesseurs. À savoir que Dieu nous prévenait que «  sa justice était prête à frapper les nations coupables  », écrit sœur Lucie dans son Troisième Mémoire, le 31 août 1941. «  Et c’est pourquoi je me mis à demander avec insistance la communion réparatrice des premiers samedis et la consécration de la Russie.  »

Plus d’un an s’était écoulé depuis que Mgr da Silva avait transmis au pape Pie XI la demande de la consécration de la Russie, et Rome n’avait toujours pas répondu.

Le 6 février 1939, sœur Lucie écrit  :

«  Dans une communication intime, Notre-Seigneur m’a fait connaître que le moment de grâce dont il m’avait parlé en 1938 allait finir. La guerre, avec toutes les horreurs qui l’accompagnent, commencera bientôt […]. La guerre se terminera lorsque la justice de Dieu sera apaisée.  »

«  Dans une autre communication, Notre-Seigneur m’a dit, vers mars (ou mai) 1939  : “ Demande, insiste de nouveau pour qu’on divulgue la communion réparatrice des premiers samedis en l’honneur du Cœur Immaculé de Marie. Le moment approche où les rigueurs de ma justice vont punir les crimes de plusieurs nations. Quelques-unes seront anéanties. À la fin, les rigueurs de ma justice tomberont plus sévèrement sur ceux qui veulent détruire mon règne dans les âmes. ”  »

Le cardinal Cerejeira témoignera que l’imminence de la guerre avec sa violence et son extension, avait été communiquée par sœur Lucie à l’évêque de Leiria sept mois avant son déclenchement  : «  En effet, disait-il, j’ai eu en main la lettre du 6 février 1939 où la voyante disait imminente (elle a écrit éminente) la guerre prédite par Notre-Dame  » et promettait au Portugal sa protection «  grâce à la consécration à son Cœur Immaculé faite par l’épiscopat portugais  ».

Le 14 février 1939, sœur Lucie écrit à sa mère  :

«  Maman chérie,

«  J’ai reçu la lettre de D. Maria Francisca, dans laquelle elle me disait que vous étiez très affligée à cause de moi. Moi, grâce à Dieu, je vais bien. J’ai de la peine de vous savoir en mauvaise santé. Combien je compatis à vos douleurs  ! Ah  ! que ne donnerais-je pas pour pouvoir aller vous soulager  ! mais c’est un sacrifice que notre Bon Dieu nous demande afin de sauver les âmes. Que le Bon Dieu nous demande tout ce qu’Il veut, mais qu’Il convertisse les pauvres pécheurs. Nous serons heureuses au Ciel d’avoir souffert pour Lui sur la terre. Ne vous attristez pas de la croix que Notre-Seigneur vous envoie. C’est pour que votre récompense soit plus grande dans l’éternité. Alors, nous jouirons de la félicité de notre Bon Dieu, dans la mesure où, ici-bas, nous aurons souffert, unis à ses douleurs et à ses amertumes, et nous sommes bien heureuses d’avoir la grâce de pouvoir L’aimer en souffrant. En lisant cela, ne pensez pas que je souffre beaucoup. Non  ! Je n’en suis même pas digne.

«  Ah  ! Si seulement le Seigneur voulait bien m’associer à sa Croix et se servir de mon rien pour sauver beaucoup, beaucoup d’âmes  ! Demandez-Lui cette grâce pour moi […].  »

Le 19 mars 1939, sœur Lucie écrit au Père Aparicio qui est parti pour le Brésil le 9 novembre 1938  :

«  J’ai reçu, il y a quelques jours, la lettre de votre Révérence, dans laquelle vous m’appreniez la mort de votre bon père. Aussi je m’empresse de venir vous présenter mes condoléances très affligées. Je sais par la mort du mien, dont je me souviens encore avec douleur, combien cette peine est grande. Mais c’est notre Bon Dieu qui ainsi nous communique une part de sa croix. Qu’il soit béni pour tout. Je ne manquerai pas d’offrir quelques-unes de mes pauvres prières pour son repos éternel.

«  Je vous remercie pour l’intérêt que vous prenez à toutes mes affaires. Tout comme toujours. Je n’ai pas encore parlé avec la Révérende Mère provinciale. Il me semble qu’elle est bien disposée. J’ai envoyé à sa Révérence la petite page sur la Communion réparatrice des premiers samedis, que votre Révérence m’a envoyée de Lisbonne. Sa Révérence l’a apportée à Mgr l’évêque de Porto, pour demander la permission de la faire imprimer et publier. Son Excellence a accordé la permission désirée et a voulu garder la petite page. Notre Révérende Mère provinciale m’a écrit alors pour en demander une autre, et moi, comme je n’en avais pas, j’ai écrit une carte postale à Braga, place Sainte-Thérèse, pour demander la faveur que l’on m’en envoie une ou plus de Sardão. Je ne sais pas si l’on a satisfait à ma demande, ni si c’était là qu’il fallait demander.

«  De la pratique de cette dévotion unie à la consécration au Cœur Immaculé de Marie, dépend la guerre ou la paix du monde. C’est pourquoi je désirais tant sa propagation et surtout aussi parce que telle est la volonté de notre Bon Dieu et de notre si chérie Mère du Ciel…  »

Au Brésil, le Père Aparicio propagea du nord au sud la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Le 20 juin 1939, Sœur Lucie lui écrit de nouveau pour l’avertir du péril imminent  :

«  Je vous remercie et suis très reconnaissante des photographies que vous m’avez envoyées, comme de l’imprimé. J’ai eu plaisir à voir combien la nouvelle demeure de votre Révérence est jolie. Voilà qui est bien pour dissiper les regrets de notre belle terre, que vous devez avoir. La chaleur doit se faire sentir maintenant. Combien je pense à votre Révérence à ce sujet  !

«  Quelle source de mérites pour le Ciel vous avez là  ! Ce sont des âmes sans nombre que vous allez donner à notre Bon Dieu avec tous ces sacrifices  ! Je vous envie. Combien de fois je me suis offerte et j’ai demandé à aller en Afrique et Notre-­Seigneur ne veut pas de moi. À peine votre Révérence a ouvert la bouche, aussitôt on l’a acceptée. Patience. À vrai dire, pour cela aussi je ne vaux pas l’argent du voyage. J’accepte l’humiliation de mon rien, à la place du sacrifice que je ferais en y allant. Par ici, tout est comme toujours. Le mois dernier, la jeunesse catholique féminine a tenu ici, à la maison, sa réunion de tous les centres du diocèse, sous la présidence de Mgr l’Archevêque. Le collège de Póvoa est venu ici en grande sortie. Ils étaient à peu près cent et plus. J’ai dû m’enfermer à clé et, même ainsi, je ne me suis pas échappée. Patience  ! Je vois que c’est cela que le Seigneur veut de moi.

«  Je ne me souviens pas si j’ai déjà répondu à la dernière lettre de votre Révérence, à laquelle était jointe la copie de la feuille sur les cinq samedis. La copie, je l’ai envoyée à notre Révérende Mère provinciale qui m’a fait dire qu’elle va essayer d’obtenir la permission pour la faire imprimer.

«  Notre-Dame a promis de remettre à plus tard le fléau de la guerre, si cette dévotion était propagée et pratiquée. Nous la voyons repousser ce châtiment dans la mesure où l’on fait des efforts pour la propager. Mais je crains que nous ne puissions faire davantage que ce que nous faisons, et que Dieu, mécontent, lève le bras de sa miséricorde et laisse le monde être ravagé par ce châtiment, qui sera comme il n’y en a jamais eu, horrible, horrible.

«  Pour la santé, c’est ainsi  : tiens et ne tombe pas. Il faut beaucoup souffrir pour Dieu et je ne suis pas généreuse. Ne manquez pas de prier toujours pour moi, j’en ai grand besoin. Dans mes pauvres prières, je ne manque pas de prier pour votre Révérence.

«  Servante indigne, Marie Lucie de Jésus, religieuse de Sainte-Dorothée.  »

Le Père Aparicio fut tellement saisi par cette lettre qu’il la lut à tous les membres de sa communauté. Et le Pape  ? Il n’en tint aucun compte  !

Le 10 août, le Père Aparicio notait  : «  La façon dont sœur Lucie affirme et pronostique les événements m’a impressionné. Elle ne doute pas, et elle parle catégoriquement comme quelqu’un qui voit les événements futurs. Je pense même que Notre-Dame les lui a fait connaître.  »

Sœur Lucie ne cessait de faire le siège de son évêque. Au début de l’été, à la suite d’un décollement de la rétine, Mgr da Silva est hospitalisé à Lisbonne et son état est un temps très alarmant. Interprétant son épreuve comme un avertissement divin, l’évêque prend la décision de recommander prochainement la dévotion réparatrice au Cœur Immaculé de Marie.

Il était tard, mais il ne sera jamais «  trop tard  » pour faire la volonté de Dieu. Aujourd’hui encore… diffusons notre “ petite feuille ” sur les cinq premiers samedis. Et prions pour le Saint-Père dont dépend la paix des âmes en ce monde et en l’autre, selon qu’il fera ou non la consécration de la Russie demandée par Notre-Dame.

LA CONSÉCRATION, ESPÉRANCE DE SŒUR LUCIE

En ce dimanche 1er janvier 2017, premier jour de la semaine et du centenaire de Fatima, nous trouvons dans une lettre de sœur Lucie au Père Gonçalves l’expression parfaite de nos sentiments.

Le Père Gonçalves, né le 2 février 1894, de la Compagnie de Jésus, était supérieur de la résidence des jésuites à Tuy en 1929. Il venait quelquefois dans la chapelle des sœurs Dorothées. Sœur Lucie lui confia la grande théophanie trinitaire du 13 juin. Il avait transmis au pape Pie XII la demande de consécration de la Russie en avril 1940, espérant que le Saint-Père pourrait l’accomplir en mai.

«  Tuy, le 15 juillet 1940.

«  Révérend Père,

«  Avec reconnaissance, je vous remercie de votre dernière lettre. Elle a dû se croiser avec la mienne que, j’espère, vous aurez reçue.

«  Quant à la consécration de la Russie, elle ne s’est pas faite au mois de mai comme votre Révérence l’espérait. Elle doit se faire, mais pas tout de suite. Dieu l’a ainsi permis maintenant afin de punir le monde de ses crimes. Nous l’avons bien mérité. Ensuite il écoutera nos pauvres prières.

«  Cependant j’ai une peine immense de ce que cela ne soit pas fait. Pendant ce temps, tant d’âmes vont se perdre  ! C’est Dieu, pourtant qui permet tout cela. Mais en même temps, il montre une si grande peine de ne pas être écouté.

«  Si je ne me trompe, il a toujours la même disposition d’accorder la grâce promise. Ah  ! si l’on pouvait satisfaire ses désirs  ! Je ne cesse de prier et de me sacrifier à cette intention, et je vous remercie infiniment de vos prières et de vos sacrifices dans ce même but. Vous donnerez ainsi satisfaction au Cœur de notre si chère Mère du Ciel, qui ne manquera pas de vous en récompenser.  »

Dans sa lettre du 18 août 1940 au même Révérend Père Gonçalves, elle continue d’insister  :

«  J’en suis au troisième jour de la retraite, et Dieu n’a pas voulu me donner la joie de la faire sous votre direction. Patience  ! D’ailleurs, cette espérance ne m’a jamais animée, car ce n’est pas le chemin par lequel Dieu me conduit. Il préfère d’ordinaire le sacrifice, et, dans l’état où se trouve le monde, ce qu’il désire ce sont des âmes qui, unies à Lui, se sacrifient et prient. Ah  ! si je pouvais satisfaire ce désir si ardent de son Divin Cœur  ! Mais malheureusement elles sont bien nombreuses les infidélités par lesquelles je réponds aux inspirations de sa grâce. Maintenant, plus que jamais, il a besoin d’âmes qui se donnent sans réserve. Et comme le nombre en est petit  ! À ce sujet, priez pour moi, car j’en ai bien besoin

«  Je suppose que Notre-Seigneur sera satisfait qu’il y ait quelqu’un pour s’intéresser à la réalisation de ses désirs auprès de son Vicaire sur la terre. Mais le Saint-Père ne les accomplira pas maintenant. Il doute de la réalité et il a raison. Notre Bon Dieu pourrait, par le moyen de quelque prodige, démontrer clairement que c’est Lui qui le demande, mais il utilise ce délai pour exercer sa justice en punissant le monde de tant de crimes et pour le préparer à un retour à Lui plus complet.

«  La preuve qu’il nous donne, c’est la protection spéciale du Cœur Immaculé de Marie sur le Portugal, eu égard à la consécration qui Lui a été faite. Ces personnes dont vous me parlez ont raison d’avoir peur. Tout cela nous serait arrivé si nos prélats n’avaient pas répondu aux demandes de notre Bon Dieu et tellement imploré du fond du cœur sa miséricorde et la protection du Cœur Immaculé de notre bonne Mère du Ciel.

«  Mais notre patrie a encore beaucoup de crimes et de péchés, et comme c’est maintenant l’heure de la justice de Dieu sur le monde, il faut que l’on continue à prier.

«  C’est pourquoi je crois qu’il serait bon d’inculquer aux fidèles, en même temps qu’une grande confiance dans la miséricorde de notre Bon Dieu et dans la protection du Cœur Immaculé de Marie, la nécessité de la prière accompagnée de sacrifices, surtout de ceux qu’il est nécessaire de faire afin d’éviter le péché.

«  C’est la demande de notre bonne Mère du Ciel en 1917, qui est sortie avec une tristesse et une tendresse inexprimable de son Cœur Immaculé  : “ Que l’on n’offense plus Dieu Notre-Seigneur, car il est déjà trop offensé  ! ” Quel dommage que l’on n’ait pas médité sur ces paroles et mesuré toute leur portée  !

«  Cependant, ne cessez, toutes les fois que vous le pourrez, de profiter des occasions de renouveler notre demande auprès du Saint-Père, afin de voir si nous pourrions abréger ce moment. J’ai beaucoup de peine au sujet du Saint-Père et, par mes pauvres prières et mes sacrifices, je demande beaucoup pour Sa Sainteté.

«  Je vous supplie de ne pas m’oublier au Saint Sacrifice. Dans mes pauvres prières, vous ne serez pas oublié non plus.

«  Je suis votre très humble servante. Marie-Lucie de Jésus.  »

PATIENCE  !

Le 1er septembre 1940, elle écrit au Père Aparicio qui était parti pour le Brésil, le 9 novembre 1938  :

«  Le Cœur Immaculé de Marie est mon refuge, surtout dans les heures les plus difficiles. Là, je suis toujours en sécurité. C’est le Cœur de la meilleure des mères  ; il est toujours attentif et il veille sur la dernière de ses filles. Combien cette certitude m’encourage et me réconforte  ! En elle, je trouve force et consolation. Le Cœur Immaculé est le canal par lequel Dieu fait jaillir sur mon âme la multitude de ses grâces. Aidez-moi à en être reconnaissante et à correspondre à tant de miséricordes.

«  Dernièrement, plusieurs personnes importantes ont parlé au Saint-Père de la consécration du monde et de la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Sa Sainteté s’est montrée très favorable, mais il semble qu’il ne le fera pas pour le moment. Ah  ! qui me donnera que ce moment [d’attente] soit abrégé et que Sa Sainteté élève en fête principale de première classe, dans l’Église Universelle, la fête en l’honneur du Cœur Immaculé de Marie. Priez pour tout cela, pour la gloire de notre bon Dieu et de notre bonne Mère du Ciel.

«  Je vous demande de daigner me bénir et prier pour moi.  »

LE «  SIGNE D’EN-BAS  ».

En 734 avant Jésus-Christ, le prophète Isaïe fut envoyé par Dieu à Achaz, roi de Jérusalem, qu’assaillait une coalition des rois de Damas et de Samarie. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil  ! «  Demande donc à Yahweh un signe pour toi, issu des profondeurs du shéol ou bien des hauteurs de là-haut.  » (Is 7, 11)

Achaz, incrédule, refusa. Isaïe répondit à cette «  résistance malveillante  » que le pape François dénonce aujourd’hui au sein de la Curie  ! par la prophétie de la Vierge qui doit enfanter un fils auquel elle donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie «  Dieu avec nous  » (Is 7, 14).

Plus de vingt-cinq siècles après, il a été donné à Lucie, ­François et Jacinthe de contempler «  ce signe  » de la Vierge, issu des hauteurs de Là-Haut  : «  Je suis du Ciel  !  » (13 mai 1917), et maîtresse «  des profondeurs du shéol  » qu’Elle a ouvert sous leurs yeux le 13 juillet 1917.

Ce jour-là, la Vierge ouvrit les mains, d’où «  le reflet de sa propre lumière parut pénétrer la terre, raconte Lucie, et nous vîmes comme un océan de feu. Plongés dans ce feu nous voyions les démons et les âmes des damnés.

«  Celles-ci étaient comme des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant formes humaines. Elles flottaient dans cet incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes, avec des nuages de fumée. Elles retombaient de tous côtés, comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur.

«  C’est à la vue de ce spectacle que j’ai dû pousser ce cri  : “ Aïe  ! ” que l’on dit avoir entendu de moi.

«  Les démons se distinguaient des âmes des damnés par des formes horribles et répugnantes d’animaux effrayants et inconnus, mais transparents comme de noirs charbons embrasés.

«  Cette vision, écrit Lucie, ne dura qu’un moment, grâce à notre bonne Mère du Ciel qui, à la première apparition, nous avait promis de nous emmener au Ciel. Sans quoi, je crois que nous serions morts d’épouvante et de peur.  »

LE «  SIGNE D’EN-HAUT  ».

Le 13 octobre, ouvrant les mains, Notre-Dame les fit se réfléchir sur le soleil et, pendant qu’Elle s’élevait, le reflet de sa propre lumière continuait à se projeter sur le soleil. Tous purent le regarder sans avoir mal aux yeux. On aurait dit qu’il s’éteignait et se rallumait. Il lançait des faisceaux de lumière, de-ci, de-là, et peignait tout de différentes couleurs  : les arbres, les gens, le sol, l’air.

Soudain, le soleil eut quelques secousses puis se mit à danser, à tournoyer sur lui-même. Il s’arrêta puis recommença par deux fois. Il semblait une roue de feu qui allait tomber sur la foule. À un moment, il parut vraiment se détacher du ciel et s’avancer sur la terre. Ce fut un instant terrible. On criait  : «  Ô Jésus  ! Nous allons tous mourir  ! Notre-Dame, au secours  !  »

Finalement, le soleil s’arrêta, et tous poussèrent un soupir de soulagement. Les vêtements trempés de pluie avaient séché en un instant. La Sainte Vierge avait ainsi multiplié les merveilles, en Mère attentive et bienfaisante. Le miracle annoncé par les enfants avait eu lieu. Tous avaient vu. Et la mère de Lucie déclara  : «  Maintenant, on ne peut pas ne pas y croire  ; car le soleil, personne ne peut y toucher.  »

Ainsi, le 13 mai, ils ont vu le “ signe ” issu des hauteurs de là-haut, et le 13 juillet, le “ signe ” issu des profondeurs du shéol. L’un et l’autre à l’initiative de la Vierge Marie.

LE «  SIGNE  » DE LA TERRE.

Troisième “ signe ”. En juillet 1941, après avoir corrigé le livre du Père Galamba sur Jacinthe, sœur Lucie laisse parler son cœur en s’adressant à l’évêque de Leiria, Mgr José Correia da Silva  :

«  Excellentissime et Révérendissime Seigneur Évêque,

«  Jacinthe était très impressionnée par certaines choses révélées dans le Secret et, dans son amour pour le Saint-Père et pour les pécheurs, elle disait souvent  : “ Pauvre Saint-Père  ! J’ai tant de peine pour les pécheurs  ! ”

«  Si elle était en vie actuellement, alors que ces choses sont tellement proches de se réaliser, combien plus serait-elle impressionnée  ! Si seulement le monde connaissait le moment de grâce qui lui est encore concédé, et faisait pénitence  !

«  Le temps passe, les âmes ne meurent pas, l’éternité [où sont maintenant « les âmes des cadavres » pour lesquelles le Saint-Père prie en traversant la grande ville à moitié en ruine] demeure  !  »

Et voici l’interprétation de la vision du “ troisième secret ”, signe avant-coureur de la fin des temps  :

«  Je vois, dans la Lumière immense qu’est Dieu, la terre secouée trembler devant le souffle de sa Voix  : villes et villages ensevelis, rasés, engloutis  ; des montagnes de gens sans défense. Je vois des cataractes entre tonnerres et éclairs, les fleuves et la mer débordent et inondent, et les âmes qui dorment du sommeil de la mort  ! Les hommes continuent à machiner des guerres, des ambitions, la destruction et la mort  !

«  Je sens en moi un mystère de Lumière, mystère qui vient de la foi, Dieu présent, Dieu en moi, et moi perdue dans la Lumière comme une petite goutte d’alcool jetée dans la flamme et qui devient flamme avec elle, lui attribue une autre facette, un faible reflet, et trouve en elle la force, la grâce, la vie, la paix, l’Amour  !

«  Mystère de foi, d’espérance, de certitude, de justice, de miséricorde et d’Amour  ! Dieu éternel, Dieu immense, Lumière incréée, miroir sur lequel tout passe, où tout se reflète, qui pénètre tout, auquel rien n’échappe  ! Miroir de l’éternelle sagesse, de l’éternelle puissance, de l’immense volonté, de l’infinie Bonté, Patience et Amour  !

«  Oui, Dieu est patient, il attend, Dieu est bon, il pardonne, Dieu est amour, il nous aime  !

«  Mais il veut, il demande, il exige notre correspondance, notre soumission, notre fidélité  ! Dieu est le Seigneur, et moi son humble servante.  »

LES DERNIERS TEMPS

Les années passent, sœur Lucie entre au Carmel.

En décembre 1957, elle disait au Père Fuentes  :

«  Père, la Très Sainte Vierge ne m’a pas dit que nous sommes dans les derniers temps du monde, mais Elle me l’a fait voir pour trois motifs  :

«  Le premier parce qu’Elle m’a dit que le démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge, et une bataille décisive est une bataille finale où l’on saura de quel côté est la victoire, de quel côté la défaite. Aussi, dès à présent, ou nous sommes à Dieu ou nous sommes au démon  ; il n’y a pas de moyen terme.

«  Le second parce qu’Elle a dit, aussi bien à mes cousins qu’à moi-même, que Dieu donnait les deux derniers remèdes au monde  : le saint Rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, et ceux-ci étant les deux derniers remèdes, cela signifie qu’il n’y en aura pas d’autres.

«  Et le troisième, parce que toujours dans les plans de la divine Providence, lorsque Dieu va châtier le monde, il épuise auparavant tous les autres recours. Or, quand Il a vu que le monde n’a fait cas d’aucun, alors comme nous dirions dans notre façon imparfaite de parler, Il nous offre avec une certaine crainte le dernier moyen de salut, sa Très Sainte Mère. Car si nous méprisons et repoussons cet ultime moyen, nous n’aurons plus le pardon du Ciel, parce que nous aurons commis un péché que l’Évangile appelle le péché contre l’Esprit-Saint, qui consiste à repousser ouvertement, en toute connaissance et volonté, le salut qu’on nous offre.

«  Souvenons-nous que Jésus-Christ est un bon Fils et qu’il ne permet pas que nous offensions et méprisions sa Très Sainte Mère. Nous avons comme témoignage patent l’histoire de plusieurs siècles de l’Église qui, par des exemples terribles, nous montre comment Notre-Seigneur Jésus-Christ a toujours pris la défense de l’honneur de sa Mère.  »

On peut remarquer que sœur Lucie a été avertie par les événements qu’elle a vécus «  que nous sommes dans les derniers temps du monde  ». Les signes cosmiques de la “ danse ” du soleil dans le Ciel et de sa chute, et de l’ébranlement de la terre.

Que devons-nous faire  ? D’abord y croire. Ensuite, c’est très simple  :

«  Il y a deux moyens pour sauver le monde  : la prière et le sacrifice.

«  Et donc il y a le saint Rosaire. Regardez, Père, la Très Sainte Vierge, en ces derniers temps que nous vivons, a donné une efficacité nouvelle à la récitation du Rosaire. De telle façon qu’il n’y a aucun problème, si difficile soit-il, temporel ou surtout spirituel, se référant à la vie personnelle de chacun de nous, de nos familles, que ce soient des familles qui vivent dans le monde ou des communautés religieuses, ou bien à la vie des peuples et des nations, il n’y a aucun problème, dis-je, si difficile soit-il, que nous ne puissions résoudre par la prière du saint Rosaire. Avec le saint Rosaire nous nous sauverons, nous nous sanctifierons, nous consolerons Notre-Seigneur et obtiendrons le salut de beaucoup d’âmes.

«  Et donc, ayons la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, notre Très Sainte Mère, en la considérant comme le siège de la clémence, de la bonté et du pardon, et comme la porte sûre pour entrer au Ciel.  »

«  L’ÉTOILE DU MATIN  ».

L’Épiphanie de notre temps, particulièrement de cette année 2017 commençante, c’est Fatima, dont elle marque le centenaire. Le «  pouvoir sur les nations  », qu’annonce la visite des mages, Jésus-Christ l’a reçu de son Père dès sa naissance, selon la prophétie du psalmiste  : «  Demande et je te donnerai les nations pour héritage, et pour domaine les extrémités de la terre.  » (Ps 2, 8)

Il le demandera et recevra pour prix de son sacrifice au lendemain duquel il pourra dire à ses Apôtres, avant de remonter auprès de son Père  : «  Tout pouvoir m’a été donné au Ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples.  » (Mt 28, 18-19)

«  Tu les feras paître avec un sceptre de fer, et comme vase de potier tu les fracasseras  » (Ps 2, 9), annonçait le psalmiste. Jésus, envoyant ses Apôtres en mission, se contentera de dire  : «  Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit.  »

Mais l’ordre de «  les faire paître avec un sceptre de fer  » demeure et se conjugue dans l’Apocalypse avec cette promesse  : «  Je lui donnerai l’Étoile du matin  »  :

«  Le vainqueur, celui qui restera fidèle à mon service jusqu’à la fin, je lui donnerai pouvoir sur les nations. C’est avec un sceptre de fer qu’il les mènera comme on fracasse des vases d’argile  ! Ainsi moi-même j’ai reçu ce pouvoir de mon Père. Et je lui donnerai l’Étoile du matin. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises  !  » (Ap 2, 26-29)

«  Je lui donnerai l’Étoile du matin  » est l’accomplissement d’une autre prophétie que celle du psaume, celle de Balaam, beaucoup plus ancienne que celle du psalmiste  : «  Je le vois, mais non pour maintenant  », disait ce prophète païen, «  l’homme au regard pénétrant  » (Nb 24, 3), «  je l’aperçois, mais non de près  ».

Cet oracle remonte au temps de Moïse, et il annonce, pour un avenir éloigné, l’avènement de la dynastie de David, sous la double image du sceptre et de l’étoile  :

«  Un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d’Israël. Il frappe les princes de Moab.  » Le voisin arabe détesté (Nb 24, 17).

L’étoile qui guida les mages vers Bethléem, aux jours de la naissance de Jésus, fils de David, a donc accompli cette prophétie de Balaam, le païen. Mais quand on lit attentivement le récit de saint Matthieu, on constate que l’étoile qui conduit les mages accomplit aussi la prophétie d’Isaïe que saint Matthieu vient de citer  :

«  Voici que la vierge est enceinte. Elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel.  » (Is 7, 14)

En effet, ce miracle d’une Vierge enfantant le Messie était offert au roi Achaz comme un “ signe ” céleste  : «  Demande donc à Yahweh un signe pour toi, issu des profondeurs du shéol ou bien des hauteurs de là-haut.  » (Is 7, 11)

Le récit de saint Luc fait aussi allusion au “ signe ” de la Vierge Mère. L’ange du Seigneur dit aux bergers  : «  Cela vous servira de signe  : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche.  » (Lc 2, 12)

Mais ce que la composition de saint Matthieu ménage admirablement, c’est la “ conjonction ” des deux “ signes ”  : celui de la Vierge et celui l’étoile resplendissant «  au-dessus de l’endroit où était l’Enfant  », lorsque les mages arrivent à Bethléem  : «  À la vue de l’astre, les mages se réjouirent d’une très grande joie. Entrant alors dans la maison, ils virent l’Enfant avec Marie sa Mère.  » (Mt 2, 9-11)

Cette conjonction, comme disent les astronomes – et les mages étaient des astronomes  ! – entre l’Étoile, l’Enfant et sa Mère, révèle que «  l’étoile  » annoncée par Balaam, et le «  signe  » issu des hauteurs de là-haut annoncé par Isaïe à Achaz, étaient inséparablement la figure du Messie et de sa Mère.

«  L’Étoile du matin  », c’est Elle  ! Il faut qu’Elle resplendisse avant que «  le Soleil de justice  » ne se lève à l’horizon. Et pour que nul n’en ignore, l’étoile brille entre la ceinture et le bas de sa robe, à Fatima. Aux questions pressantes du R. P. McGlynn, chargé de sculpter la statue destinée à la façade de la basilique de la Cova da Iria, Lucie ne pouvait répondre combien cette étoile avait de rayons… mais elle était bien là  !

Ah  ! cette étoile est un mystère sans fond. Elle résume à elle seule toute la gloire et la puissance de la Sainte Vierge, capable de dissiper les ténèbres qui nous enveloppent, car sa lumière resplendit aussi bien dans les hauteurs des Cieux d’où Elle est issue, que dans la profondeur des abîmes où Elle projette la lumière de ses mains afin de l’ouvrir aux yeux des enfants, mais où elle rejettera Lucifer, pour accomplir la prophétie d’Isaïe  :

«  Comment es-tu tombé du Ciel, astre du matin (en latin  : “ Lucifer ”), fils de l’aurore  ? Comment as-tu été jeté à terre, toi qui subjuguais toutes les nations  ? Toi qui disais en ton cœur  : “ Je monterai aux cieux, au-dessus des étoiles de Dieu, j’érigerai mon trône. ”  » (Is 14, 12-13)

Comment  ? Frappé par le «  sceptre de fer  »  !

Pour l’heure, Lucifer exerce ses ravages dans la Cité sainte, où le pape Paul VI lui a élevé un trône, le 7 décembre 1965, en proclamant que nous avons «  nous aussi, plus que quiconque, le culte de l’homme qui se fait Dieu  ».

Depuis, l’Église catholique, romaine, dévastée par cette apostasie, est «  une grande ville à moitié en ruine  », comme dit la troisième partie du Secret de Fatima, traversée par «  un Évêque vêtu de Blanc  » qui, «  affligé de douleur et de peine, priait pour les âmes des cadavres qu’il trouvait sur son chemin  », car ces âmes sont immortelles.

Mais elle est aussi cette «  Église de Philadelphie  » à qui le ­Seigneur fait savoir  : «  Puisque tu as gardé la parole de ma patience, à mon tour je te garderai de l’heure de l’épreuve qui va fondre sur le monde entier pour éprouver les habitants de la terre. Mon retour est proche  : tiens ferme ce que tu as, pour que nul ne ravisse ta couronne.  » (Ap 3, 10-11)

Et comment «  tenir  » en cette effroyable tempête  ? Un seul moyen  :

«  Regardez l’Étoile, invoquez Marie, si pure espérance pour ceux qui La prient  ! Au long de la route, conservez toujours son nom sur vos lèvres, ultime secours. En La suivant, vous ne vous égarez pas  ; en La priant, vous ne désespérez pas  ; si Elle vous soutient, vous ne tombez pas  ; si Elle vous protège, vous ne craignez pas. Même en quittant la terre, quand l’âme s’enfuit, regardez l’Étoile, invoquez Marie  !  »

UN MODÈLE DE VIE CHRÉTIENNE

En attendant la consommation de l’Histoire, quelle conduite tenir  ? Je ne puis mieux faire que de vous proposer l’exemple des familles dos Santos et Marto… à imiter comme eux-mêmes ont imité la Sainte Famille de Nazareth. Manuel et Olimpia Marto, parents de François et de Jacinthe, étaient non pas superficiellement mais profondément ­chrétiens. C’est pourquoi la paix et la joie régnaient dans leur foyer. Ils enseignaient à leurs enfants les vérités de la foi comme un dogme infaillible, dès l’âge le plus tendre. Le soir, après le dîner, Manuel entonnait la prière et tous suivaient le chef de famille.

Les cousins dos Santos n’étaient pas moins exemplaires. Antonio, le frère d’Olimpia Marto, était bon chrétien, fidèle à ses devoirs religieux, honnête et travailleur. Quant à Maria Rosa, c’était une “ femme en or ”. Antonio et Maria Rosa eurent six enfants. En 1917, l’aînée, Marie des Anges, vingt-six ans, est déjà mariée. Puis viennent Thérèse, vingt-quatre ans, Manuel, vingt-deux ans, le seul garçon de la famille, Gloria, vingt ans, et Caroline, quinze ans. Lucie avec ses dix ans est la benjamine. Elle est née le Jeudi saint, 28 mars 1907, et elle fut baptisée le 30 mars, dans l’église paroissiale de Fatima, alors que les cloches annonçaient la Résurrection de Notre-Seigneur. Elle avait donc dix ans en 1917, au moment des apparitions.

Maria Rosa menait ses enfants avec une grande fermeté, ce qui n’empêchait pas la bonne joie chrétienne de régner au foyer. Chaque soir, elle leur lisait une vie de saint, quelque passage de l’Ancien Testament ou de l’Évangile  : «  Pour moi, disait-elle, il n’y a rien de mieux qu’une lecture tranquille dans ma maison. Les livres nous apportent de si belles choses  ! Et la vie des saints, quelle beauté  !  » Elle ne manquait pas de leur apprendre le catéchisme et ne les laissait pas aller jouer avant qu’ils ne sachent bien leur leçon.

Voici ce que Maria Rosa affirmait au curé d’Olival qui l’interrogeait sur son époux  : «  Il était bon chrétien, catholique pratiquant et travailleur, même jeune. C’est pourquoi je l’ai aimé et épousé. Il a toujours été très fidèle à ses devoirs religieux et civils et nous aimait beaucoup, moi et ses enfants. Quand je lui dis que Dieu allait nous donner un septième enfant [Lucie], il répondit  : “ Ne t’afflige pas. C’est une bénédiction de Dieu. Ce n’est pas pour cela que le pain manquera dans le tiroir ni l’huile dans la cruche. ”  »

Antonio dos Santos était un homme courageux et très bon. C’est avec grande émotion que, dans son cinquième Mémoire, sœur Lucie a évoqué ses largesses et ses charités.

Cette vie laborieuse des paysans d’Aljustrel était rythmée et éclairée par la succession des grandes fêtes liturgiques, et les trois petits voyants bénéficièrent d’une incomparable éducation chrétienne.

«  Durant le mois de Mai et le mois des Morts, et pendant le Carême, raconte Marie des Anges, nous récitions tous les jours le chapelet, auprès du foyer, ou dans la salle. Et quand nous sortions les brebis, notre mère nous recommandait toujours d’avoir notre chapelet dans la poche  : “ Vous réciterez là-bas le chapelet en l’honneur de Notre-Dame, après avoir mangé, nous disait-elle, et quelques Pater en l’honneur de saint Antoine, pour ne pas perdre les brebis ”... Et nous ajoutions toujours quelques Pater pour les âmes de nos parents défunts. Le matin, avant de nous lever, et le soir, avant de nous coucher, après avoir récité l’Acte de contrition et quelques Pater, elle ne nous laissait pas oublier notre ange gardien

«  Elle voulait que nous fussions humbles et travailleuses. Et malheur à nous si elle nous surprenait à mentir  ! C’était même une des choses pour lesquelles elle était le plus sévère. Le moindre mensonge faisait intervenir aussitôt le manche à balai.

«  Elle nous apprit la dévotion aux choses de l’Église, et surtout au Très Saint-Sacrement, à peine avions-nous commencé à ouvrir les yeux.  »

Antonio, le père de Lucie, la chérissait et Lucie, qui lui était très attachée, fut aussi marquée par la foi profonde de son père et son âme vraiment religieuse  :

«  Quand les cloches de l’église paroissiale sonnaient l’Angélus, mon père cessait le travail. La tête découverte, il récitait trois Ave Maria et revenait à la maison. En attendant le souper, il s’asseyait, s’il faisait beau, sur un banc de pierre qui était dans la cour, adossé au mur de la cuisine ou, sinon, près de la cheminée. Avec moi sur les genoux, il s’occupait à me raconter des histoires, et m’apprenait des cantiques régionaux, des fados, des petits couplets, etc.

«  Ma mère était toute à sa besogne. De temps en temps, quand elle passait près de nous, elle disait  : “ Qu’est-ce que tu apprends à la petite  ? Si tu lui apprenais le catéchisme  ! ” Alors mon père disait  : “ Nous allons faire la volonté de ta mère  ! ”

«  Il prenait ma petite main dans la sienne pour m’apprendre à tracer sur mon front, ma bouche et ma poitrine, le signe de Croix. Puis il m’apprenait à réciter le Notre Père, l’Ave Maria, le Credo, le Confiteor, l’Acte de contrition, les Commandements de Dieu, etc. Et lorsque nous étions tous réunis pour le dîner, il me faisait répéter ce que j’avais appris et, tout content, il se tournait vers ma mère et lui disait  : “ Tu vois  ! C’est moi qui le lui ai appris  ! ”

«  En souriant, ma mère répondait  : “ C’est parce que tu es un très brave homme. Il faut toujours continuer comme cela. ”

«  Et mon père répondait  : “ Dieu m’a donné la meilleure femme du monde. ” Cela me faisait penser que ma mère était la meilleure femme du monde, et quand les autres enfants venaient jouer avec moi dans notre cour, je leur demandais  : “ Est-ce que ta mère est bonne  ? La mienne est la meilleure du monde. ”

«  Quelquefois, mon père m’emmenait sur l’aire  ; il s’asseyait sur les sièges qui se trouvaient autour, pour prendre l’air frais, c’était très agréable. Il pointait un doigt vers le ciel et me disait  : “ Regarde, là-haut, c’est Notre-Dame et les petits anges  ; la lune, c’est la bougie de Notre-Dame  ; les étoiles, celles des anges qu’eux et Notre-Dame allument et viennent poser aux fenêtres du ciel pour éclairer, la nuit, notre chemin. Le soleil que tu vois se lever tous les jours, là-bas, derrière la montagne, c’est la bougie de Notre-Seigneur, qu’il allume tous les jours pour nous réchauffer et pour nous éclairer durant notre travail. ”

«  C’est pourquoi je disais aux autres enfants que la lune était la bougie de Notre-Dame, les étoiles, celles des anges, et le soleil, celle de Notre-Seigneur. Je sais bien que tout cela est enfantin, mais cela nous apprend à lever les yeux vers le Ciel où nous savons que se trouvent Dieu notre Père, la Mère bénie qu’il nous donna pour veiller sur nous, les anges qu’il créa et destina à nous guider et à nous conduire sur les chemins de la vie.  »

Ti Marto avait bien remarqué la richesse de son caractère  :

«  Elle était très expansive, racontait-il, très franche et très fine, très affectueuse, même avec son père  : “ Mon papa par-ci  ! mon papa par-là  ! ” Ah, Jésus  ! quelle fille que celle-là  ! Je le “ futurais ” bien déjà  : “ Toi, tu seras ou très bonne ou très mauvaise  ! ”  »

Mais elle avait déjà choisi, depuis qu’elle avait entendu le bon Père Cruz lui dire, après sa première confession, à l’âge de six ans  :

«  “ Ma fille, ton âme est le temple du Saint-Esprit. Garde-la toujours pure pour qu’Il puisse continuer son action divine en elle. ” En écoutant ces paroles, je me sentis pénétrée de respect pour moi-même et je demandai au bon confesseur comment je devais faire. “ À genoux, là, aux pieds de Notre-Dame, demande-lui avec beaucoup de confiance qu’elle prenne soin de ton cœur, qu’Elle le prépare pour recevoir demain dignement son Fils chéri, et qu’elle le conserve pour Lui seul. ”  »

Le lendemain, après avoir reçu «  la Divine Hostie  », elle lui adressa sa supplique  : «  “ Seigneur, faites de moi une sainte, conservez mon cœur pur pour Vous seul  ! ” Il me sembla alors que le Bon Dieu me dit au plus profond de mon cœur ces paroles très distinctes  : “ La grâce qui t’est donnée aujourd’hui demeurera vivante en ton âme et y produira des fruits de vie éternelle. ” Je me sentis, de cette manière, transformée en Dieu.

«  Lorsque se termina la cérémonie religieuse il était presque 1 heure de l’après-midi parce que les prêtres venus du dehors étaient arrivés en retard, et à cause de la longueur du sermon et de la rénovation des promesses du baptême. Ma mère vint me chercher, très affligée, croyant que j’étais tombée de faiblesse. Je me sentais tellement rassasiée du Pain des Anges qu’il me fut impossible de prendre aucun aliment. Je perdis depuis lors le goût et l’attraction que j’avais commencé à ressentir pour les choses du monde, et je ne me sentais à mon aise que dans un lieu solitaire où je pouvais alors me rappeler les délices de ma première communion.  »

RÉCITEZ LE CHAPELET  !

Voici ce qu’écrivait sœur Lucie le 4 avril 1970, à un de ses neveux prêtres  :

«  Que votre apostolat, comme celui de tous nos frères et sœurs missionnaires, soit pour les âmes la lumière de la foi qui les guide sur le chemin de la Vérité, de l’espérance et de l’amour  ! Cette lumière dont nous parle le Seigneur dans son Évangile  : “ Vous êtes la lumière du monde et le sel de la terre. ”

«  Il est nécessaire pour cela de ne pas se laisser entraîner par les doctrines des contestataires désorientés… La campagne est diabolique. Nous devons faire front, sans nous mettre en conflit. Nous devons dire aux âmes que, maintenant plus que jamais, il faut prier pour nous et pour ceux qui sont contre nous  ! Nous devons réciter le chapelet tous les jours. C’est la prière que Notre-Dame a le plus recommandée, comme pour nous prémunir, en prévision de ces jours de campagne diabolique  ! Le démon sait que nous nous sauverons par la prière. Aussi est-ce contre elle qu’il mène sa campagne pour nous perdre. Maintenant que le mois de mai va commencer, récitez le chapelet tous les jours. Ne craignez pas d’exposer le Saint-­Sacrement et de dire le chapelet en sa présence.

«  Il est faux de dire que cela n’est pas liturgique, car les prières du chapelet font toutes partie de la sainte Liturgie; si elles ne déplaisent pas à Dieu lorsque nous les récitons en célébrant le Saint-Sacrifice, de même, elles ne Lui déplaisent pas si nous les récitons en sa présence, lorsqu’il est exposé à notre adoration. Au contraire, c’est la prière qui Lui est la plus agréable, car c’est par elle que nous le louons le mieux.

«  “ Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit ”, c’est la prière dictée par le Père aux Anges pour qu’ils chantent près de la Crèche du Verbe fait chair  : “ Gloire à Dieu… ”

«  “ Notre Père qui êtes au Cieux… ” C’est la prière enseignée par Jésus-Christ à l’humanité  : “ Quand vous voulez prier, dites  : Notre Père qui êtes aux Cieux… ”

«  Et l’Ave Maria, qu’est-ce sinon une louange et une prière adressée à Dieu  ? “ Ave Maria, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. ” Comme si nous disions  : Je vous salue, Marie, non pas pour vous mais à cause du Seigneur qui habite en vous et vous a choisie comme Sanctuaire vivant pour enfermer son Verbe, Dieu et homme véritable  ! Je m’agenouille en votre présence parce que vous êtes le premier Temple vivant habité par la Très Sainte Trinité  ! Béni soit le fruit de vos entrailles, parce que ce Fruit est Jésus, Fils de Dieu. Je L’adore en vous, comme dans un Tabernacle  ; je Le loue, comme dans l’Hostie dont vous êtes la custode  ! Et, puisque vous êtes une custode vivante, Mère de Dieu et notre Mère, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.

«  Si nous lui donnons son vrai sens, quelle prière plus eucharistique pouvons-nous réciter  ? Ce n’est pas réciter à l’étourdie, ni répéter en vain les mêmes paroles. L’Évangéliste nous dit qu’au jardin des Oliviers, Jésus-Christ a prié son Père pendant trois heures en répétant toujours les mêmes paroles  : “ Père  ! S’il est possible, éloigne de moi ce calice mais que ne soit pas faite ma volonté mais la Tienne. ”

«  Or, pendant la récitation, nous ne restons pas trois heures à répéter les mêmes paroles. Et, finalement, Dieu, Créateur de tout ce qui existe, a ordonné que tous les êtres créés se conservent moyennant une continuelle répétition des mêmes actes, des mêmes mouvements, des mêmes sons. Les astres tournent toujours de la même façon, la terre autour du même axe  ; le soleil répand sa lumière et ses rayons de la même manière  ; les plantes poussent, donnent leurs fleurs et leurs fruits, chacune selon son espèce, tous les ans de la même manière, etc., et ainsi de tous les êtres qui existent. Nous-mêmes, nous vivons, nous respirons et aspirons en répétant toujours le même fonctionnement organique. Et ainsi de tout le reste. Et il n’est encore arrivé à personne de dire que c’est une manière de vivre dépassée  ! Pourquoi la prière que Dieu nous a enseignée et tant recommandée ­serait-elle dépassée  ?

«  Il est facile de reconnaître ici la ruse du démon et de ses ­sectateurs qui veulent éloigner les âmes de Dieu en les éloignant de la prière. C’est dans la prière que les âmes rencontrent Dieu et c’est dans cette rencontre que Dieu se donne aux âmes et leur communique ses grâces, ses lumières, ses dons. C’est pourquoi on leur fait tant la guerre  !

«  Ne vous laissez pas tromper. Éclairez les âmes qui vous sont confiées et récitez avec elles le chapelet tous les jours. Dites-le à l’église, dans les rues, sur les chemins et les places. Si cela vous est possible, parcourez les rues en priant et en chantant le chapelet avec le peuple  ; et finissez dans l’église en donnant la bénédiction avec le Très Saint-Sacrement. Cela en esprit de prière et de pénitence pour demander la paix pour l’Église, pour nos provinces d’outre-mer, pour le monde.  »

MYSTIQUE MARIALE EUCHARISTIQUE ET TRINITAIRE.

Dans une lettre du 12 avril 1970, à doña Maria Teresa da Cunha qui fut, avec le Père Demoutiez, à l’origine de la “ Route mondiale ” de Notre-Dame, en 1947, sœur Lucie répond qu’elle ne peut pas apporter son soutien à la campagne que sa correspondante entreprend en faveur du chapelet  ; elle ne dit pas pourquoi. Mais nous savons que la campagne du Père Dhanis a abouti à de sévères consignes romaines contre sœur Lucie. Cependant, elle accompagne son refus de vues théologiques profondes et de pointes polémiques contre les erreurs propagées par les progressistes  :

«  Chère Marie-Thérèse,

Pax Christi.

«  Notre Mère ne peut donner la permission que vous désirez. Mais aussi n’est-elle pas nécessaire. Je ne dois pas me mettre en évidence. Je dois demeurer dans le silence, dans la prière et dans la pénitence. C’est de cette manière que je peux le plus et que je dois vous aider. Il est nécessaire que tout apostolat ait ce fondement comme base  ; et telle est la part que le Seigneur a choisie pour moi  : prier et me sacrifier pour ceux qui luttent et travaillent dans la Vigne du Seigneur et pour l’extension de son Royaume.

«  C’est pour ce motif que mon nom ne doit pas paraître. À sa place, il est beaucoup plus efficace que vous vous serviez du nom de Notre-Dame, en suggérant le mouvement comme “ accomplissement ” du Message, en présentant comme argument l’insistance avec laquelle Notre-Dame a demandé et recommandé que l’on récite le chapelet tous les jours. Elle a répété cela dans toutes ses apparitions, comme pour nous prémunir contre ces temps de désorientation diabolique, pour que nous ne nous laissions pas tromper par de fausses doctrines et que, par le moyen de la prière, l’élévation de notre âme vers Dieu ne s’amoindrisse pas.

«  Il est sûr que ce n’est pas pendant la célébration de la Liturgie sacrée ou le Saint-Sacrifice de la Messe que l’on doit réciter le chapelet. Il doit y avoir un temps pour la Sainte Messe et un temps pour le chapelet  : nous pouvons prendre part à une chose sans délaisser l’autre. Le chapelet est, pour la plupart des âmes qui vivent dans le monde, comme le pain spirituel de chaque jour  ; et les priver ou leur enlever cette prière, c’est-à-dire rabaisser dans leurs esprits l’estime qu’ils en ont et la bonne foi avec laquelle ils la récitaient, c’est, au point de vue spirituel la même chose ou pire encore [leur supprimer le pain nécessaire à la vie physique]; d’autant que le spirituel est supérieur au matériel. Je veux dire  : c’est comme si, au point de vue matériel, on privait des personnes du pain nécessaire à leur vie physique.

«  Malheureusement, en matière religieuse, le peuple, dans sa majeure partie, est ignorant et se laisse entraîner où on le porte. De là, la grande responsabilité de celui qui a la charge de le conduire. Et nous sommes tous les conducteurs les uns des autres, car nous avons le devoir de nous aider mutuellement à marcher sur le bon chemin.

«  En plus de ce que j’ai dit, il sera bon que l’on donne à la prière du chapelet un sens plus réel que celui qu’on lui a donné jusqu’ici, de simple prière “ mariale ”. Toutes les prières que nous récitons dans le chapelet sont des prières qui font partie de la Liturgie sacrée  ; et plus qu’une prière adressée à Marie, elle est adressée à Dieu  :

  • Le Notre Père nous fut enseigné par Jésus-Christ qui disait  : “ Eh bien  ! priez ainsi  : Notre Père qui êtes au Cieux… ”
  • “ Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit… ” C’est l’hymne que les Anges envoyés par Dieu chantèrent pour annoncer la naissance de Son Verbe, Dieu fait homme.
  • L’Ave Maria, bien compris, n’en est pas moins une prière adressée à Dieu  : “ Ave, Maria, gratia plena, Dominus tecum ”  : Je vous salue, Marie, parce que le Seigneur est avec Vous  ! Ces paroles sont dictées par le Père à l’Ange, cela est certain, quand Il l’envoya sur la terre saluer Marie par ces mots.

«  Oui  ! L’Ange est venu dire à Marie qu’Elle est pleine de Grâce, non par Elle-même mais parce que le Seigneur est avec Elle  !

«  “ Vous êtes bénie entre les femmes et béni est le fruit de vos entrailles, Jésus ”  : ces paroles, avec lesquelles Élisabeth salua Marie, lui furent dictées par l’Esprit-Saint. L’Évangéliste nous dit  : “ En entendant la salutation de Marie, Élisabeth… fut remplie de l’Esprit-Saint. Élevant la voix, elle s’exclama  : Tu es bénie entre toutes les femmes et béni est le fruit de tes entrailles. ” Oui  ! Parce que ce fruit est Jésus, vrai Dieu et vrai Homme  !

«  Ainsi cette salutation est une louange à Dieu  : Tu es bénie entre les femmes, parce que le fruit de tes entrailles est béni  ; et parce que tu es la Mère de Dieu fait homme, en toi nous adorons Dieu, comme dans le premier Tabernacle, dans lequel le Père enferma son Verbe  ; comme premier Autel, ton Sein  ; premier Ostensoir, tes bras, devant lesquels les Anges, les bergers, les rois s’agenouillèrent pour adorer le Fils de Dieu fait Homme  ! Et parce que toi, ô Marie, tu es le premier Temple vivant de la Très Sainte Trinité où habitent le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. “ L’Esprit viendra sur toi et la force du Très-Haut étendra sur toi son ombre. C’est pour cela même que le Saint qui va naître doit s’appeler Fils de Dieu. ” (Lc 1, 35)

«  Et maintenant que tu es un Tabernacle, un Ostensoir, un Temple vivant, la demeure permanente de la Très Sainte Trinité, Mère de Dieu et notre Mère, “ prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort ”.

«  Il est certain que saint Paul dit qu’il n’y a qu’un seul Médiateur auprès du Père. Oui  ! Comme Dieu, il n’y en a qu’un seul, c’est Jésus-Christ. Mais le même Apôtre demande qu’on prie pour lui et nous recommande de prier les uns pour les autres  : l’Apôtre pourrait-il donc ne pas croire que la prière de Marie fut aussi agréable à Dieu que la nôtre  ? C’est la désorientation diabolique qui envahit le monde et trompe les âmes  ! Il est nécessaire de lui faire front; et pour cela, vous pourrez vous servir de ce que je vous dis ici. Mais comme d’une chose venant de vous, sans dire mon nom  ; comme quelque chose qui vous vient au courant de la plume. Et, en vérité, cela est vôtre à cause de notre qualité de membres du Corps Mystique du Christ, tout est nôtre, car tout vient de la Tête, le Christ-Jésus.

«  Et en restant à ma place, je prie pour vous et pour tous ceux qui vont travailler avec vous, pour que ce soit une campagne qui rende beaucoup de gloire à Dieu, apporte beaucoup de lumière et de grâce aux âmes, la paix à la Sainte Église et au monde ensanglanté par les guerres.

«  Peut-être serait-il bon de présenter cette campagne, non seulement comme un accomplissement du Message mais encore comme une campagne de prière et de pénitence pour la paix dans le monde, la Sainte Église, et le Portugal dans ses provinces d’outre-mer. Pour que le Portugal qui a tant de dévotion pour l’Eucharistie et Marie, soit le premier à reconnaître que la récitation du chapelet n’est pas seulement une prière mariale mais aussi une prière eucharistique. Pour cela, rien ne doit empêcher qu’il puisse être récité devant le Très Saint-Sacrement. Nous en avons pour preuve l’indulgence plénière que le Saint-Père Pie XI avait accordée à ceux qui réciteraient le chapelet devant le Très Saint-Sacrement  ; et récemment la même indulgence a de nouveau été accordée par Sa Sainteté Paul VI.

«  Il est donc nécessaire de réciter le chapelet dans les villes, les bourgs et les villages, par les rues et les chemins, en voyage ou à la maison, dans les églises et les chapelles  ! C’est une prière accessible à tous et que tous peuvent et doivent faire. Nombreux sont ceux qui n’assistent pas chaque jour à la prière liturgique de la Sainte Messe  : s’ils ne disent pas leur chapelet, quelle prière feront-ils  ? Et sans prière, qui se sauvera  ?  ! “ Veillez et priez afin de ne pas entrer en tentation. ”

«  Il est donc nécessaire de prier et de prier toujours. C’est-à-dire que toutes nos activités et tous nos travaux soient accompagnés d’un grand esprit de prière, car c’est dans la prière que l’âme rencontre Dieu  ; et c’est dans cette rencontre que l’on reçoit grâce et force, même lorsqu’elle est accompagnée de distractions. Elle apporte toujours aux âmes une augmentation de foi, ne serait-ce que par le souvenir momentané des mystères de notre Rédemption rappelant la naissance, la mort et la Résurrection de notre Sauveur  ; et Dieu saura décompter et pardonner ce qui touche à la faiblesse humaine, son ignorance et son insuffisance.

«  Quant à la répétition des Ave Maria, ce n’est pas une chose arriérée, comme on veut le faire croire. Toutes les choses qui existent et ont été créées par Dieu, se maintiennent et conservent par le moyen de la répétition, toujours continuée, des mêmes actes. Et il n’est encore arrivé à personne de traiter de suranné le soleil, la lune, les étoiles, les oiseaux et les plantes, etc., parce qu’ils tournent, vivent et poussent toujours de la même manière  ! Et ils sont plus anciens que la récitation du chapelet  ! Pour Dieu, rien n’est ancien. Saint Jean dit que les Bienheureux, dans le Ciel, chantent un cantique nouveau en répétant toujours  : “ Saint, Saint est le Seigneur, Dieu des Armées  ! ” Il est nouveau parce que, dans la lumière de Dieu, tout apparaît dans un éclat neuf  !

«  Je vous embrasse très fort, toujours en union de prières.

«  Sœur Lucie, indigne carmélite déchaussée.  »

LA DÉVOTION RÉPARATRICE POUR CONSOLER NOTRE-DAME

Mère Cunha Matos a été supérieure à Tuy du 30 octobre 1944 au 10 décembre 1946. Sœur Lucie lui écrit le 14 avril 1945  :

«  Je me souviens toujours de la grande promesse qui me remplit de joie  : “ Je ne te laisserai jamais seule. Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira à Dieu. ”

«  Je crois que cette promesse n’est pas pour moi seule, mais pour toutes les âmes qui veulent se réfugier dans le Cœur de leur Mère du Ciel et se laisser conduire par les chemins tracés par elle… Il me semble que telles sont aussi les intentions du Cœur Immaculé de Marie  : faire briller devant les âmes encore ce rayon de lumière, leur montrer encore ce port de salut, toujours prêt à accueillir tous les naufragés de ce monde

«  Quant à moi, tout en savourant les fruits délicieux de ce beau jardin, je m’efforce d’en faciliter l’accès aux âmes, pour qu’elles y rassasient leur faim et leur soif de grâce, de réconfort et de secours.  »

Mère Cunha Matos avait ce zèle  : tous les premiers samedis, les 12 et 13 des mois de mai à octobre, et lors de toutes les fêtes de Notre-Dame, elle parcourait la maison, rayonnante de joie, en portant sa statue et en chantant le cantique “ Le treize mai ”. C’était jour de fête  ! C’est ce que Dieu veut étendre au monde entier  : «  établir  » un culte public, solennel et stable, donc liturgique, reconnu, exalté et répandu par la hiérarchie elle-même, ne se réduisant pas à une dévotion privée, qui peut naître puis disparaître.

Loin de contredire l’unique médiation du Cœur de Jésus, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie est le seul chemin qui y conduit  :

«  Nous voyons ainsi que la dévotion au Cœur Immaculé de Marie s’établira dans le monde par une véritable consécration qui est conversion et don total. Comme, par la consécration, le pain et le vin se transforment en Corps et en Sang du Christ, qu’il a puisés, comme tout son être humain, dans le Cœur de Marie. C’est de cette manière que le Cœur Immaculé sera pour nous le refuge et le chemin qui mène jusqu’à Dieu.

«  Nous formerons alors le cortège de ce nouveau lignage créé par Dieu, en puisant la vie surnaturelle à la même source fécondante, le Cœur de Marie qui est la Mère du Christ et de son Corps mystique. Si bien que nous deviendrons véritablement les frères du Christ, selon ses propres paroles  : “ Ma Mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique. ” (Lc 8, 21)  »

La dévotion au Cœur Immaculé de Marie est désormais le gage certain du salut.

Et pour sauver les âmes de l’enfer, «  Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé  », a dit la Vierge de la Cova da Iria. L’affliction de Notre-Dame marqua profondément Lucie. Elle en fit la confidence, au début des années quarante, au Père Humberto Pasquale  :

«  Ce qui m’est resté le plus gravé dans l’esprit et dans le cœur, ce fut la tristesse de cette Dame lorsqu’elle nous montra l’enfer  ! Si la vision de l’enfer avait duré un instant de plus, nous serions morts de peur et d’épouvante. Cependant, une chose m’a encore plus impressionnée, ce fut l’expression douloureuse du regard de Notre-Dame  ! Si je vivais mille ans, je la conserverais toujours gravée dans mon cœur.  »

Ainsi, la dévotion au Cœur Immaculé est le moyen que le Sacré-Cœur de Jésus a conçu dans sa Sagesse pour mettre le comble à la fois à sa Miséricorde infinie pour nous autres pécheurs, et à son premier amour, unique et incomparable, pour la Très Sainte Vierge Marie  ! En effet, le pouvoir donné par Dieu au Cœur Immaculé de Marie de sauver les âmes de l’enfer constitue le premier acte et aujourd’hui l’ultime grâce de l’économie de la Rédemption.

Cependant, face à l’enfer, notre très chéri Père Céleste nous offre le Cœur Immaculé de Marie «  avec une certaine crainte  », comme le dira sœur Lucie au Père Fuentes. C’est le renouvellement en Marie des grâces de la nouvelle et éternelle Alliance, mais cette ultime grâce, c’est «  avec une certaine crainte  » que nous l’offre le Père Céleste parce que «  si nous méprisons et repoussons cet ultime moyen de salut, nous n’aurons plus le pardon du Ciel  ».

Enfin, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie n’est pas seulement l’ultime recours des plus grands pécheurs en perdition, elle est en vérité le chemin le plus sûr et le plus rapide qui mène à la sainteté. L’exemple des trois voyants en est une preuve éclatante et un appel à le suivre.

NOTRE-DAME EN GRAND CHAGRIN.

C’est le 10 décembre 1925, à l’âge de dix-huit ans, que sœur Lucie reçut la mission de répandre la dévotion réparatrice des cinq premier samedi du mois. De la bouche de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Vierge  :

«  La Très Sainte Vierge lui apparut et, à côté d’elle, porté par une nuée lumineuse, l’Enfant-Jésus. La Très Sainte Vierge mit la main sur son épaule et lui montra, en même temps, un Cœur entouré d’épines qu’elle tenait dans l’autre main.

«  Au même moment, l’Enfant lui dit  : “ Aie compassion du Cœur de ta Très Sainte Mère, entouré des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer. ”

«  Ensuite, la très Sainte Vierge lui dit  : “ Vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines que les hommes ingrats m’enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet, et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mystères du Rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme. ”  »

Visite renouvelée le 15 février 1926, où Jésus lui demande  :

«  As-tu demandé l’Enfant-Jésus à notre Mère du Ciel  ?

«  L’Enfant se tourna vers moi et me dit  :

 Et toi, as-tu révélé au monde ce que la Mère du Ciel t’a demandé  ?

«  Et, ayant dit cela, il se transforma en un enfant resplendissant. Reconnaissant alors que c’était Jésus, je lui dis  :

«  Mon Jésus  ! Vous savez bien ce que m’a dit mon confesseur dans la lettre que je vous ai lue. Il disait qu’il fallait que cette vision se répète, qu’il y ait des faits pour permettre de croire, et que la Mère supérieure ne pouvait pas, elle toute seule, répandre la dévotion dont il était question.

 C’est vrai que la Mère supérieure, toute seule, ne peut rien, mais avec ma grâce, elle peut tout. Il suffit que ton confesseur te donne l’autorisation et que ta supérieure le dise pour que l’on croie, même sans savoir à qui cela a été révélé.

– Mais mon confesseur disait dans sa lettre que cette dévotion ne faisait pas défaut dans le monde, parce qu’il y a déjà beaucoup d’âmes qui Vous reçoivent chaque premier samedi, en l’honneur de Notre-Dame et des quinze mystères du Rosaire.

 C’est vrai, ma fille, que beaucoup d’âmes commencent, mais peu vont jusqu’au bout et celles qui persévèrent le font pour recevoir les grâces qui y sont promises. Les âmes qui font les cinq premiers samedis avec ferveur et dans le but de faire réparation au Cœur de ta Mère du Ciel me plaisent davantage que celles qui en font quinze, tièdes et indifférentes.  »

Après cette apparition du 15 février 1926, Lucie sentit un mélange de bonheur indescriptible et de douleur vive, en voyant Dieu tellement offensé. Elle aurait «  voulu souffrir tous les martyres pour faire réparation au Cœur Immaculé de Marie, ma Mère chérie, et, une par une, lui retirer toutes les épines qui le déchirent, mais je compris que ces épines sont le symbole des nombreux péchés commis contre son Fils, qui transpercent le Cœur de la Mère. Oui, puisque à cause d’eux beaucoup d’autres enfants se perdent éternellement.  »

Lucie ne parvenait pas à répondre aux désirs de Jésus et Marie du fait de l’opposition de son confesseur Mgr Pereira Lopes. Elle lut la lettre de ce dernier à Jésus, après la communion et lui dit  :

«  Ô mon Jésus  ! Moi, avec votre grâce, la prière, la mortification et la confiance, je ferai tout ce que l’obéissance me permettra et ce que vous m’inspirerez  ; le reste, faites-le vous-même.  »

«  Le reste  », à savoir la diffusion de cette dévotion dans toute l’Église.

Pour ce qui est d’elle, tableau brossé par le chanoine Formigao, premier “ directeur spirituel ” des voyants après l’apparition du 13 septembre 1917 qui forgea sa confiance inébranlable en la vérité du témoignage des enfants  :

«  Je viens de rentrer d’Espagne. J’ai assisté à la profession de Lucie, qui a eu lieu le 3, jour de la fête de la petite sainte Thérèse. À cause de la panne de la voiture dans laquelle il roulait pour aller prendre le train, Mgr dom José da Silva n’a pas présidé la fête, qui a été charmante. La petite est toujours la même, comme vous l’avez connue. Elle est douée d’une simplicité et d’une humilité admirables. Quelle profonde piété, à la fois remarquable et si joyeuse  ! Quel extraordinaire esprit d’obéissance  ! Quel amour du sacrifice et de la mortification  ! La veille, alors qu’elle avait déjà terminé sa retraite, j’ai été l’unique personne à qui l’on accorda la permission de lui parler et d’être seul à seule avec elle. Ce furent des heures d’ineffable joie spirituelle  ! Je ne les oublierai jamais.

«  J’avais su déjà il y a quelques mois, par une lettre de la maîtresse des novices, qu’elle avait été l’objet d’une nouvelle révélation. Voici de quoi il s’agit  : Notre-Seigneur est profondément mécontent des offenses que l’on fait à sa Très Sainte Mère et il ne peut plus les supporter davantage. À cause de ces péchés, de ces outrages et blasphèmes, qui font tant souffrir son Cœur de Fils très aimant, beaucoup d’âmes sont tombées en enfer et d’autres sont en danger de se perdre. Notre-Seigneur promet de les sauver, dans la mesure où l’on pratiquera cette dévotion, avec le but de faire réparation au Cœur Immaculé de notre Très Sainte Mère  : Dévotion réparatrice au Cœur Immaculé de Marie. Durant cinq mois…  » Suit le texte de la grande promesse.

«  Le Père Mateo est venu intensifier la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, maintenant Lucie vient intensifier la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, qui en est le complément nécessaire. Par ces deux dévotions réparatrices, les offenses que l’on fait au Fils et à la Mère sont ainsi réparées, comme il est absolument juste. Hier après-midi, j’ai couru à Porto en automobile pour faire connaître cette dévotion qui a été accueillie avec le plus grand enthousiasme…  »

Par ailleurs, le chanoine Formigão note  :

«  Lucie a toujours été gaie et joviale, et encore aujourd’hui après sa profession religieuse, sa simplicité, ses bonnes dispositions et sa joie intérieure qui rayonne sur son visage enchantent toutes les personnes qui l’approchent. Les visions dont elle fut favorisée, non seulement n’ont pas nui à son état moral, mais elles ont contribué à l’élever au-dessus de la vie ordinaire jusqu’au sommet de la perfection particulièrement achevée de la vie religieuse.  »

Comme en 1917, le Dr Formigão allait être, pour les apparitions de Pontevedra, l’un des apôtres de la première heure. Ce 3 octobre 1928, sœur Lucie lui offrit une image de Notre-Dame sur laquelle elle écrivit au verso  :

«  Je prie pour faire connaître et aimer le Cœur Immaculé de notre très Sainte Mère et pour qu’on Lui fasse réparation. Je n’oublie jamais de prier pour votre Révérence de qui je suis la servante toute dévouée en Notre-Seigneur. Sœur Marie-Lucie des Douleurs.  »

Et, sur une autre image, pour Antonia, la sœur du chanoine, elle écrivit  :

«  Je prie pour aimer beaucoup le Cœur Immaculé de notre très Sainte Mère et pour que vous vous efforciez de Le consoler.

«  Votre amie qui ne vous oublie jamais auprès de Jésus au Saint-Sacrement, sœur Lucie de Jésus.  »

Aussitôt après la profession de sœur Lucie, le chanoine Formigão entreprit des démarches auprès de Mgr da Silva. Il apporta à l’évêque une petite lettre rédigée par Lucie à son intention  :

«  Excellentissime et Révérendissime Monseigneur l’évêque,

«  Si je ne me trompe, le Bon Dieu, dans son infinie miséricorde, se plaint de ne pouvoir supporter plus longtemps les offenses qui se commettent contre l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge. Il dit qu’à cause de ce péché, un grand nombre d’âmes tombent en enfer, et il promet de les sauver dans la mesure où l’on pratiquera la dévotion suivante, avec l’intention de faire réparation au Cœur Immaculé de notre Très Sainte Mère. Je viens donc, excellentissime et révérendissime Seigneur, avec l’approbation de mon confesseur et de ma très révérende Mère supérieure, et pour satisfaire aux désirs de Notre-Seigneur, demander humblement à votre Excellence révérendissime de bien vouloir lui accorder son approbation.  »

Et Lucie exposait la grande promesse.

Mgr da Silva n’avait aucune objection sérieuse l’empêchant d’approuver la dévotion des premiers samedis. Peu après, le chanoine Formigão écrivait  :

«  Mgr dom José da Silva, avec lequel je suis allé m’entretenir à Braga sur ce sujet, m’a autorisé à propager dès maintenant, en privé, cette dévotion réparatrice. Il la promulguera sous peu dans un document public et officiel, en la recommandant et en l’indulgenciant.  »

C’était une promesse qui manifestait un accord de principe. Malheureusement, elle ne fut pas tenue.

Lucie ne désespère pas. Elle écrit au Père Aparicio le 4 novembre 1928  :

«  J’espère que notre Bon Dieu daignera inspirer à son Excellence révérendissime une réponse favorable, et que, parmi tant d’épines, je cueillerai cette fleur, en voyant encore sur cette terre le Cœur maternel de la Très Sainte Vierge aimé et honoré. C’est maintenant mon désir parce que c’est aussi la volonté de Dieu. La plus grande joie que j’éprouve est de voir le Cœur Immaculé de notre si tendre Mère connu, aimé et consolé, par le moyen de cette dévotion.  »

L’AIMABLE DÉVOTION RÉPARATRICE

Le 1er novembre 1927, sœur Lucie écrit à madame Filomena Morais de Miranda, sa marraine de confirmation, qui la visitait souvent à Vilar et lui procurait tout ce dont elle avait besoin  :

«  Je viens aujourd’hui vous remercier de votre aimable petite lettre à laquelle j’aurais déjà dû répondre depuis longtemps, mais j’espère que vous me pardonnerez mon silence prolongé.

«  J’ai été bien contente de savoir que vous aviez fait le voyage de Lourdes sans encombre et que, aux pieds de notre chère Mère du Ciel, vous n’ayez pas oublié ma pauvre âme, moi non plus je n’oublierai pas ma bonne marraine dans mes humbles prières.

«  Je ne sais si vous avez déjà connaissance de la dévotion réparatrice des cinq samedis au Cœur Immaculé de Marie. Comme elle est encore récente, j’ai pensé à vous la recommander, car elle a été demandée par notre très chère Mère du Ciel et Jésus a manifesté le désir que cette dévotion soit pratiquée. Aussi, me semble-t-il que vous serez heureuse, chère marraine, non seulement de la connaître, et de donner à Jésus la consolation de la pratiquer, mais aussi de la faire connaître et embrasser par beaucoup d’autres personnes.

«  Elle consiste en ceci  : durant cinq mois, le premier samedi, recevoir Jésus-Hostie, réciter un chapelet, tenir compagnie à Notre-Dame pendant quinze minutes en méditant les mystères du Rosaire, et faire une confession. Celle-ci peut se faire quel­ques jours avant, et si dans cette confession antérieure on a oublié d’avoir l’intention [demandée], on peut offrir la confession suivante, pourvu que le premier samedi on reçoive la sacrée communion en état de grâce, avec l’intention de réparer les offenses faites à la Très Sainte Vierge et qui affligent son Cœur Immaculé.

«  Il me semble, ma bonne marraine, que nous sommes heureuses de pouvoir donner à notre très chère Mère du Ciel cette preuve d’amour, car nous savons qu’elle désire qu’elle lui soit offerte. Quant à moi, j’avoue que je ne me sens jamais aussi heureuse que lorsque arrive le premier samedi. N’est-il pas vrai que notre plus grand bonheur est d’être tout entières à Jésus et à Marie et de les aimer, eux seulement, sans réserve  ? Nous voyons cela si clairement dans la vie des saints… Ils étaient heureux parce qu’ils aimaient et, nous, ma bonne Marraine, nous devons chercher à aimer comme eux, non seulement pour jouir de Jésus, ce qui est le moins ­important, – car si nous ne jouissons pas de Jésus ici-bas, nous jouirons de Lui là-haut –, mais pour donner à Jésus et Marie la consolation d’être aimés.

«  Et si nous pouvions faire en sorte qu’ils se voient aimés mais sans savoir de qui et qu’ainsi, en échange de cet amour, ils puissent sauver beaucoup d’âmes  ! alors, je crois que je serais tout à fait heureuse. Mais puisque nous ne pouvons pas cela, aimons-Les au moins pour qu’Ils soient aimés.

«  Adieu, ma bonne marraine, je vous embrasse dans les très Saints Cœurs de Jésus et Marie.

«   Marie Lucie de Jésus.  »

Dans une lettre non datée, sœur Lucie écrit  :

«  Voici ma manière de faire les méditations sur les mystères du rosaire, les premiers samedis  :

«   Premier mystère, l’Annonciation de l’ange Ga­briel à Notre-Dame. Premier préambule  : me représenter, voir et entendre l’Ange saluer Notre-Dame avec ces paroles  : “ Je vous salue Marie, pleine de grâce ”. Deuxième préambule  : je demande à Notre-Dame qu’elle infuse dans mon âme un profond sentiment d’humilité.

«  Premier point  : Je méditerai la manière dont le Ciel proclame que la Très Sainte Vierge est pleine de grâce, bénie entre toutes les femmes et destinée à être la Mère de Dieu.

«  Deuxième point  : L’humilité de Notre-Dame, se reconnaissant et se disant l’esclave du Seigneur.

«  Troisième point  : Comment je dois imiter Notre-Dame dans son humilité, quelles sont les fautes d’orgueil et de superbe dans lesquelles j’ai le plus l’habitude de déplaire à Notre-Seigneur, et quels sont les moyens que je dois employer pour les éviter, etc.

«  Le deuxième mois, je fais la méditation du deuxième mystère joyeux. Le troisième, du troisième et ainsi de suite, en suivant la même méthode pour méditer. Quand j’ai terminé ces cinq samedis, j’en commence cinq autres et je médite les mystères douloureux, ensuite les glorieux, et quand je les ai terminés, je recommence les joyeux.  »

LA LITURGIE DE LA SAINTE VIERGE

ES deux premiers mots de la dévotion réparatrice sont Ave Maria, que notre Père traduit par un cri de son cœur d’enfant  : «  Je vous aime, ô Marie  !  » en ajoutant  : «  Celui qui commence à se désintéresser de cette invocation entre dans la zone des dangers  : attention, serpents  !  »

Tandis que, depuis des siècles, le peuple de Dieu, les pèlerins particulièrement, personnification de l’Église en marche vers le Ciel, ont reçu les 150 Ave du Rosaire comme prière parallèle aux 150 Psaumes des moines.

Sœur Lucie a bien expliqué, à maintes reprises, que cette manière de prier la Vierge Marie est aussi parfaite, à son niveau, parce qu’on passe par Marie pour aller à Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, au fil des chapelets déroulant toute vie en circumincessante charité, avec ses trois étapes  : joyeuse, douloureuse et glorieuse.

Au commencement, Marie apprend qu’elle va devenir la Mère de Jésus. Plutôt que le récit de la création, redoutable et singulièrement souillée par le péché originel dès le premier pas, l’Angélus est le commencement de la révélation  : «  Réjouissez-vous, Marie, pleine de grâce.  » Au fil des mystères joyeux associés aux heures de la journée, tout est grâce pour l’enfant qui repose sur le sein de sa mère, tout est douceur, caresse, amour qui nous viennent de Marie, parce que Jésus est notre Rédempteur par la grâce de Marie Corédemptrice.

Ensuite viennent les Mystères douloureux par lesquels nous méditons l’œuvre du Fils de Dieu qui nous sauve, par la médiation du Cœur Immaculé de Marie. On ne la quitte pas. On la suit au pied de la Croix, transpercée du glaive des sept douleurs d’un Cœur très maternel que nous voulons consoler.

Les mystères glorieux anticipent sur la joie du Ciel, vers lequel le moine et le pauvre laïc regardent humblement, en songeant qu’il n’est peut-être pas loin.

La pratique du chapelet a été instituée dans nos familles par une volonté de Notre-Dame de Fatima, sans passer par l’Église hiérarchique. À chacune de ses apparitions, elle a dit  : «  Récitez le chapelet tous les jours.  » Ce n’est pas un “ devoir ”, mais c’est plus mobilisant parce qu’il le faut pour obtenir toute grâce et le Paradis au jour de la mort. Voilà que par cette simple phrase, le chapelet a court-circuité toutes les liturgies pesantes que seuls les moines peuvent pratiquer.

C’est libre, mais c’est nécessaire, puisqu’il s’agit d’une volonté de la Mère de Dieu, et du moyen premier du règne de Dieu dans nos cœurs. Nonobstant notre tiédeur, médiocrité, lâcheté.

Pourquoi est-ce nécessaire  ? Parce que Dieu le veut  ! C’est nécessaire par une volonté de bon plaisir de notre très chéri Père Céleste, qui nous est signifiée avec insistance depuis cent ans. Non par des raisons intellectuelles ou morales ou ascétiques, mais par un impératif catégorique de notre Souverain Seigneur, transmis par notre Souveraine. Si Dieu l’a dit, ou l’a fait dire par la Sainte Vierge, c’est qu’il le veut, sans explication, mais il faut y répondre par foi, espérance, amour, vertus théologales faisant retour à Dieu sans obstacle, ni aide, par le mouvement de la circumincessante charité. Il n’y a rien d’autre à comprendre que «  cela fait plaisir au Bon Dieu  ».

Cependant, à mesure que la créature se prête à cette servitude, le temps de la récitation du chapelet se trouve raccourci, l’énigme du sens de cette récitation se change en une lumière diffuse, produisant un début de paix et de bonheur céleste. C’est le fruit de cette méditation de saint Ignace que nous voyons à l’œuvre dans le cœur de sœur Lucie et qu’elle s’efforce d’enseigner à ses correspondants (supra, p. 18).

Quand saint Louis-Marie Grignion de Montfort couvre de baisers sa petite statue de la Sainte Vierge sculptée par lui-même, cette expression de sa dévotion est une véritable communion qui n’est autre que la communion des saints. Par les leçons de saint Ignace le dévot de Marie en vient à voir, entendre, odorer, savourer, toucher la Sainte Vierge, Jésus-Christ lui-même. C’est le début d’une très amoureuse piété et d’un grand progrès spirituel parce que Dieu créateur et miséricordieux permet qu’au moment où le fidèle manifeste sa dévotion, celle-ci aille plus loin que lui-même, atteigne l’objet de son adoration, de sa piété, de sa dévotion. C’est l’apprentissage du Ciel.

SŒUR LUCIE PARLE

Outre plusieurs lettres sur le chapelet, notamment en 1969-1970, pour soutenir la vigoureuse campagne conduite par des Portugais, prêtres et laïcs, pour la défense du chapelet, sœur Lucie rédigea une petite feuille volante, où son nom ne figure pas, mais à laquelle l’évêque de Leiria, Mgr Joao Venancio, accorda l’imprimatur le 13 mai 1971. En réponse à une demande présentée par le clergé pour que le chapelet soit déclaré «  prière officielle de l’Église  », la Conférence épiscopale de la métropole n’osa pas transmettre cette demande à Rome. Mais en publiant ce texte dans son livre Uma vida ao serviço de Fatima (Porto, 1973, p. 388), le Père Martins dos Reis note que sœur Lucie a dû recevoir «  une assistance très particulière d’En-Haut pour écrire ce qu’elle écrit et comme elle l’écrit…  » L’abbé de Nantes, notre Père, se disait «  stupéfait de la richesse de ces commentaires.  »

PETIT TRAITÉ DE SŒUR LUCIE SUR LE CHAPELET.

«  Récitez le chapelet tous les jours pour obtenir la paix pour le monde et la fin de la guerre.  » (13 mai 1917)

Toutes les âmes de bonne volonté peuvent et doivent réciter le chapelet tous les jours. Elles peuvent le réciter dans une église, que le très Saint-Sacrement soit exposé ou qu’il demeure dans le Tabernacle. Elles peuvent aussi le réciter en famille, comme en particulier, sur les chemins ou en voyage. La prière du chapelet est la plus accessible à tous, aux riches comme aux pauvres, aux savants comme aux ignorants. Elle doit être comme le pain spirituel de chacun. Par le moyen des mystères que nous remémorons à chaque dizaine, elle nourrit et augmente dans les âmes la foi, l’espérance et la charité.

L’abbé de Nantes, notre Père, observait une «  avancée hardie  » dans cette «  égalisation de la prière à Marie avec la prière au Saint-Sacrement  ». Bien plus  : «  Voilà que la prière à Marie est comme l’Eucharistie, le pain spirituel de chacun.  »

«  Je veux… que vous récitiez le chapelet tous les jours.  » (13 juin 1917)

Nous devons réciter le chapelet tous les jours, car nous avons tous besoin de prier et nous y sommes obligés. Si nous ne nous sauvons pas par l’innocence, il faut que nous nous sauvions par la pénitence. Pour cela, que le petit sacrifice quotidien de la récitation du chapelet, que nous offrons à Dieu, soit uni à cette prière de supplication  : “ Notre Père qui est aux Cieux… Pardonnez-nous nos péchés comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. ” “ Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. ”

«  Il se fait comme un réajustement de la piété en face du rousseauisme, du laxisme, de l’humanisme moderne optimiste, un axe ramené vers le sacrifice, vers la Passion, vers le mystère de notre Rédemption à nous, créatures souillées par le péché et menacées de l’enfer. Pour nous défendre de ce danger, Notre Père et Sainte Marie, Mère de Dieu, sont comme mis à égalité.  »

«  Je veux… que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours.  » (13 juillet 1917)

Notre-Dame insiste et nous demande la persévérance dans la prière. Il ne suffit pas de prier un jour  ; il faut prier toujours, tous les jours avec foi, avec confiance, car tous les jours nous faisons des fautes et tous les jours nous avons besoin de recourir à Dieu en lui demandant de nous pardonner et de nous secourir.

«  Je veux que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours.  » (19 août 1917)

Notre-Dame insiste parce qu’elle connaît notre inconstance dans le bien, notre fragilité et notre indigence  ; et, comme une Mère, elle vient à notre rencontre pour nous donner la main et soutenir notre faiblesse sur le chemin que nous devons suivre pour nous sauver. Ce chemin est celui de la prière, c’est là que nous rencontrerons Dieu. C’est pourquoi elle nous a demandé de dire à la fin de chaque dizaine  : “ Ô mon Jésus, pardonnez-nous, sauvez-nous du feu de l’Enfer, conduisez toutes les âmes au Ciel, surtout celles qui en ont le plus besoin. ” C’est-à-dire celles qui se trouvent en danger de damnation.

«  Continuez à réciter le chapelet pour obtenir la fin de la guerre.  » (13 septembre 1917)

Par cette insistance, Notre-Dame nous indique qu’il nous est grandement nécessaire de prier pour obtenir la grâce de la paix entre les nations, dans les peuples, dans les familles, les foyers, les consciences et entre Dieu et les âmes.

Ce n’est que lorsque la lumière, la force et la grâce de Dieu pénétreront les âmes et les cœurs que nous parviendrons à nous comprendre vraiment et mutuellement, à nous pardonner, à nous secourir  ; voilà l’unique moyen pour arriver à une paix véritable et juste. Mais pour l’obtenir, il est nécessaire de prier  !

«  Je veux… que l’on continue à réciter le chapelet tous les jours.  » (13 octobre 1917)

En effet, le chapelet est la prière qui doit nous rapprocher quotidiennement de Dieu. Cette prière n’est pas exclusivement mariale  ; plus encore, elle est une prière biblique et eucharistique, adressée à la très Sainte Trinité. À chaque dizaine, nous récitons le “ Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit ”, et le “ Notre Père ” que le Christ nous a enseigné comme prière afin que nous nous adressions avec confiance au Père. Et nous récitons aussi l’ “ Ave Maria ” qui est aussi une louange et une supplication à Dieu par la médiation de Marie  : “ Ave Maria, pleine de grâce, le Seigneur est avec Vous, Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles est béni. ” Ainsi nous saluons Marie, dans le mystère de notre Rédemption, mystère que Dieu a opéré en Elle et par lequel Marie a été constituée Mère de Dieu, Mère de l’Église et Mère des hommes.

C’est pourquoi Marie a été le premier Tabernacle dans lequel le Père a enfermé son Verbe  ; le premier Ostensoir et le premier Autel où le Seigneur est resté pour toujours exposé à notre adoration et à notre amour.

Imprimatur  : Leiria, 13 mai 1971.
+ Jean, Évêque de Leiria.

frère Bruno de Jésus-Marie.

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