La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly

La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 173 – Mars 2017

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


CONTRE-RÉVOLUTION MARIALE (3)

par frère Bruno de Jésus-Marie

*
*       *

LA PRÉSENCE DE DIEU

 «  Sainte Trinité, Dieu unique et véritable,
en qui je crois et j’espère,
je Vous adore et je Vous aime  ;
acceptez mon amour et mon humble adoration.
Ce que j’ai à Vous donner est si peu
que je Vous demande d’accepter,
en compensation de mon indignité,
les mérites infinis du Cœur de Jésus et
ceux du Cœur Immaculé de Marie,
et en échange je Vous demande
la conversion des pauvres pécheurs.  »

Cette prière de sœur Lucie est inspirée de celle que l’Ange lui a apprise au printemps 1916. Elle exclut toute “ interreligion ”.

«  Tel est le message de foi  : “ Mon Dieu, je crois. ” Je crois que vous êtes le Dieu unique et véritable, le Créateur de tout ce qui existe, l’unique Seigneur du Ciel et de la terre, le seul qui soit digne d’être servi, adoré et aimé. Parce que je crois, je vous adore et j’espère en vous  ; comme tous les biens viennent de vous, je m’abandonne entre vos bras de Père et j’ai confiance en votre amour, puisque vous êtes mon Sauveur. Je vous aime parce que vous êtes le seul digne de mon amour  ; puissé-je vous payer avec le même amour dont vous m’aimez.  »

CONSÉCRATION

Quant à cette action de grâces, elle s’inspire de la communion reçue de la main de l’Ange au Cabeço, à l’automne 1916.

 «  Hostie Divine, Pain descendu du Ciel
que le Père nous a donné, et qui as allumé en moi
une flamme laborieuse que Ton amour embrase,
présente en moi, Divine Hostie,
sur l’autel du sacrifice, je T’adore et je T’aime,
je veux être avec Toi consacrée, offerte au Père,
flamme ardente, pour me perdre en Toi
dans l’éternité de ton Être immense.
Petite Hostie, je veux être avec Toi,
fais de moi, pour Toi, Ton vivant tabernacle.
Que tu puisses y demeurer, comme cette fournaise ardente
que Ton amour présent ne laisse pas s’éteindre.
Tu resteras là, flamme toute brûlante,
que Ton amour entretient, avec la lumière de Ton regard.  »

«  “ Je t’ai choisie parce que je t’ai aimée d’un amour éternel. ” Un tel amour exige sacrifice, renoncement, immolation  : “ Celui qui veut marcher derrière moi, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. ” Voilà ce que nous demande le Christ dans son Évangile et ce que signifie ce “ oui ” que Dieu a agréé et qui fut toujours une totale acceptation de correspondre à son amour. C’est cet amour qui, pendant presque quatre-vingt-huit ans, m’a fait parcourir une route périlleuse, mais qu’importe si j’ai pu ainsi prouver à Dieu mon amour. Celui qui aime, dit saint Paul, “ court, est joyeux, et rien ne l’arrête ”. Notre-Dame n’a pas annoncé que nous aurions des plaisirs, des joies terrestres, des honneurs, ou que nous serions puissants, grands, importants en ce monde dans lequel tout est illusion, aveuglement et vanité, et derrière quoi se cachent tant d’anxiété, de duperie, d’injustice, et Dieu sait à quel point  !

«  “ Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’il voudra vous envoyer en acte de réparation pour les péchés par lesquels il est offensé et de supplication pour la conversion des pécheurs  ?

– Oui, nous le voulons. ”

«  C’est avec la perspective de nombreuses souffrances que j’ai dit ce “ oui ”. Et le Seigneur ne nous a pas trompés, de même que sa grâce ne nous a pas manqué, comme l’avait promis Notre-Dame  : “ La grâce de Dieu sera votre réconfort. ”

«   C’est cette grâce de Dieu qui agit en nous et nous pousse là où Dieu veut nous conduire  ; et nous sommes contents, comme des enfants qui s’abandonnent entre les bras de leur Père, qu’il nous amène sur des sentiers aplanis ou nous conduise par des chemins tortueux, marchant parmi les épines, les chardons et les ronces, mettant nos pas dans les empreintes que le Christ, qui marche devant nous, a laissées sur le sol  ; c’est gravir avec Toi la montagne du Calvaire  ; c’est boire avec Toi jusqu’à la dernière goutte du calice que le Père t’a présenté  ; c’est être avec Toi pour partager le pain et le calice  ; c’est, par notre union intime avec Toi, être le Fils bien-aimé en qui le Père se complaît et qui voit en nous le visage de son Fils, l’Esprit-Saint qui attise en nous le feu du pur amour, lequel nous transforme en un être d’éternelle louange à la Très Sainte Trinité que j’adore, en qui je me confie, que j’aime et que je veux toujours louer. J’attends de Toi cette grâce qui sera mon hymne d’éternel amour.  »

DANS L’INTIMITÉ DE LA SAINTE FAMILLE

Le chapelet, par ses mystères, par la forme très simple de ses Notre Père et de ses Ave évoque nos jours dans la simplicité de notre condition. C’est le grand ordinaire de la Sainte Famille, disait notre Père, c’est-à-dire que l’ordinaire de notre vie se superpose dans notre méditation, quand nous récitons le chapelet, aux mystères de la Sainte Famille.

Annonciation, qui est le mystère de l’Incarnation. Dieu est «  avec nous  » pour toujours. Mais alors, tout change. Il n’y a plus que lui. Ou plutôt  : il est au centre de tout. C’est ce que les théologiens appellent “ christocentrisme ”. Mais tout dépendant de Marie, et de son “ oui ”… Médiatrice.

Visitation, mystère du fruit de l’Incarnation, déjà à l’œuvre en Jean-Baptiste dans le sein de sa Mère, puis, de proche en proche, reformant tout le genre humain en une grande famille.

Nativité, le Verbe se manifeste aux bergers et aux mages, au monde entier  ! Mais il ne parle plus, ou pas encore  : Verbum silens.

Mystère de la Présentation, où la Vierge Marie offre son Enfant en victime d’expiation, et obtient par là notre «  purification  », Elle l’Immaculée, pleine de miséricorde comme Dieu, précisément parce qu’elle est sans péché. Elle a horreur du péché, mais pitié des pécheurs.

Mystère de la “ douce rencontre ”, après «  trois jours  » de séparation, où paraît la volonté de bon plaisir de notre très chéri Père Céleste, d’accomplir le «  signe de Jonas  » annonçant que Jésus restera «  trois jours  » dans le tombeau…

Tout cela est l’accomplissement réel, historique, des prophéties et des psaumes que la Sainte Vierge méditait. C’est le fond de l’Être de la création, et de toute son Histoire, et le reste n’est rien. Celui qui a foi en ces mystères ne voit plus que cela  : «  Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime.  » Rien d’autre ne compte. «  Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas, qui ne vous aiment pas.  »

Pendant que je vis ce rythme ordinaire du matin et du soir, qui fut celui de la Sainte Famille, dans ma méditation, par mon chapelet, je le revis. Il y a là une leçon de pauvreté, car cela seul compte, a du prix. Le reste n’est rien  !

D’un bout à l’autre du saint Rosaire, Jésus, Marie, Joseph sont évoqués, toujours dans la simplicité de leur condition. Et dans la simplicité de notre vie, le chapelet est un rayon de lumière qui, comme les mages suivant l’étoile, nous conduit au Ciel. C’est petit. Les gens passent, rient, ne font pas attention et se perdent. Nous autres, nous avons un jour entendu dire que la Vierge Marie ordonnait, «  demandait  », ce sont des ordres, mais sous la forme de demandes faites, à tous les chrétiens, de dire le chapelet tous les jours en famille. C’est comme une clé, disait saint Jean-Paul Ier  : Tenez, prenez cette clé, vous ouvrez ce portillon, et vous êtes au Ciel.

Mais il y a un “ passage ”  :

«  Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant

… ET À L’HEURE DE NOTRE MORT.  »

Le mystère vrai, indiscutable, sans rien qui l’explique à l’homme et lui annonce la suite  : la mort.

La mort que tout le monde craint, dont on n’aime pas parler, dont on ne sait pas ce qu’elle sera. Vient un moment où aucun soin, aucun remède, aucune parole ne signifie quelque chose pour celui qui va mourir, sinon celles que l’Église nous donne à prononcer.

L’Église met sur nos lèvres une supplication immense en pensant à cette foule d’êtres pitoyables que “ nous ” sommes face à la mort. Elle ne nous fait pas dire «  à l’heure de ma mort  », mais «  à l’heure de notre mort  ».

«  Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.  »

Sainte Bernadette elle-même disait  :

«  Priez pour moi, pécheresse.  »

Et sœur Lucie  ? Que disait-elle  ?

Recevant de mauvaises nouvelles de la santé de sa mère, elle lui écrit le 23 janvier 1930  :

«  Ma mère chérie,

«  J’ai reçu il y a peu de temps votre douloureuse lettre. Je regrette immensément de ne pas me trouver là-bas, auprès de vous, mais nous sommes unies dans le Très Saint Cœur de Jésus qui, dans le Sacrement de son amour, vient chaque jour dans nos cœurs, non seulement pour nous aider à vivre, mais aussi pour emporter notre âme, à la dernière heure, dans cette demeure céleste que son amour et sa miséricorde nous ont préparée là-bas. Par conséquent, ma mère chérie, beaucoup de confiance en son Divin Cœur et grand abandon en notre petit Père du Ciel qui vous aime d’un amour éternel.

«  Dites aussi avec moi ces paroles  :

«  “ Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, je désire vous aimer pendant toute l’éternité. J’accepte avec tout mon amour la mort que vous aurez la bonté de m’envoyer et je vous demande humblement pardon. Je vous l’offre pour la conversion des pécheurs et le soulagement des âmes du Purgatoire. Acceptez, mon Dieu, ma vie, comme je vous l’offre, et accordez-moi, par miséricorde, de mourir dans un acte de parfait amour. ”

«  Ma bonne mère, quand vous arriverez aux pieds de Notre-Seigneur, demandez-lui pour vos filles la grâce de l’aimer de tout leur cœur et de ne jamais lui déplaire. Je viens d’écrire à la très Révérende Mère supérieure, qui n’est pas là  ; c’est pourquoi je ne peux encore rien vous dire pour ce qui est d’aller vous voir. Si Dieu veut ce sacrifice, offrons-le-lui avec générosité.

«  Adieu, ma bonne mère. Près du tabernacle, je prierai avec beaucoup de ferveur le Bon Dieu pour vous. Notre petite Mère du Ciel viendra en toute certitude vous chercher. Embrassez-la pour moi. Je vous demande de daigner bénir votre fille qui ne vous oublie jamais.

«  Lucie de Jésus, religieuse de Sainte-Dorothée.

«  P. S. Dites très souvent  : Cœur Sacré de Jésus, j’ai confiance en Vous. Doux Cœur de Marie, soyez mon salut. Mon Dieu, je vous aime.  »

Et de nouveau, le 30 mars 1930  :

«  Je désire beaucoup, beaucoup que vous continuiez à aller mieux, si telle est la très sainte volonté de Dieu, et aussi le bien-être de toute notre famille  ; moi, grâce à Dieu, je vais bien.

«  J’ai reçu votre petite lettre qui m’a fait un très grand plaisir. J’ai été immensément consolée en voyant votre bonne disposition pour continuer à souffrir, si c’était la volonté de notre Bon Dieu. En vérité, ma mère chérie, la souffrance est une grâce que Dieu accorde aux âmes qu’il aime. C’est même la meilleure preuve de l’amour qu’il a pour nous. Pour cela, je suis certaine que vous, il vous aime et vous préfère à beaucoup d’autres.

«  Le Sacré-Cœur de Jésus veut vous purifier de toutes les imperfections que vous pouvez encore avoir, pour ensuite vous emporter directement au Ciel.

«  Voilà la grâce que Dieu vous fait, ma bonne mère. Il vous laisse souffrir ici pour ne pas vous envoyer en Purgatoire. La souffrance y est mille et mille fois plus pénible. Vous me dites que vous êtes clouée au lit. Souvenez-vous de notre Bon Dieu, cloué à la Croix, et unissez votre souffrance aux siennes et aidez-le à convertir les pauvres pécheurs.

«  Adieu, ma mère chérie. Ne manquez pas de me donner de vos nouvelles. Dites à Maria qu’elle m’écrive si vous ne le pouvez pas. Beaucoup de tendres regrets à toute la famille.

«  Je vous embrasse très affectueusement en Notre- Seigneur. Votre fille qui vous demande votre bénédiction.

«  Lucie de Jésus, religieuse de Sainte-Dorothée.  »

Quant à notre Père, il disait comme sœur Lucie  :

«  Les gens disent que c’est toujours la même chose. Toujours la même chose de dire  : “ maintenant et à l’heure de notre mort ”  ? La mort, c’est toujours la même chose  ? Je médite sur ma mort, mais ma mort, c’est une seule chose, un seul acte de ma vie, mais un acte d’une importance écrasante.

«  Pour moi, j’aime bien ces derniers mots de l’Ave Maria parce qu’ils terminent d’avance le dernier Ave Maria que je veux être ma dernière prière, parce que ce dernier Ave Maria, pour nous qui croyons en la résurrection de la chair, des morts, nous voulons que ce soit notre dernière prière.

«  Pourquoi  ? Parce que cela assure la soudure entre l’ultime invocation à notre Sainte Mère et le premier cri de l’Ave Maria nouveau  : “ Réjouissez-vous, pleine de grâce  ! Je vous aime, ô Marie  ! ” C’est l’Ave Maria futur qu’il nous faut préparer «  maintenant  », le chapelet à la main. Jour et nuit. La nuit surtout, qui est une sorte de mort, il nous faut l’avoir à la main pour que «  l’heure de notre mort  » survenant – un jour, cela arrivera, nécessairement –, ce soient ces paroles sacrées qui s’évanouissent sur nos lèvres, en notre âme et prenant toute leur vérité, quand nous dirons pour la dernière fois  : «  Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure  », «  maintenant  » que je suis «  à l’heure de ma mort  ».

POUR ALLER AU CIEL

Le 13 mai 1917, première apparition d’une Dame toute vêtue de blanc et plus brillante que le soleil.

Premier dialogue entre cette Dame et Lucie  :

«  N’ayez pas peur, je ne vous ferai pas de mal.

 D’où vient Votre Grâce  ?

 Je suis du Ciel.

 Et que veut de moi Votre Grâce  ?

– Je suis venue vous demander de venir ici pendant six mois de suite, le 13, à cette même heure. Ensuite, je vous dirai qui je suis et ce que je veux.

«  Après, je reviendrai encore ici une septième fois.  »

Le Ciel  ! aller au Ciel, seul but de la vie  :

«  Et moi aussi, est-ce que j’irai au Ciel  ?

 Oui, tu iras.

 Et Jacinthe  ?

 Aussi.

 Et François  ?

 Aussi, mais il devra réciter beaucoup de chapelets.  »

Mais Notre-Dame a beaucoup d’autres enfants à conduire au Ciel. Il faut le leur “ gagner ”  :

«  Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’Il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs  ?

 Oui, nous le voulons, répondit Lucie.

– Vous aurez alors beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre réconfort.  »

Beaucoup plus tard, en 1961, sœur Lucie écrira à une amie  :

«  L’Écriture sainte nous dit de Job que c’est parce qu’il était juste et agréable à Dieu, que le malheur l’éprouva. Et notre sœur sainte Thérèse, humiliée sous le poids des injustices et des persécutions qu’elle a dû supporter, a dit un jour à Notre-Seigneur  : “ C’est pour cela, Seigneur, que vous avez si peu d’amis  ! ”

«  Oui, ma chère, les souffrances des justes sont des signes de bénédiction. Dieu traite ainsi ses amis. C’est une purification dans cette vie, pour les récompenser dans l’éternité. Mais tout cela ne veut pas dire que nous ne demandions pas qu’à la fin, après tant d’amertumes, Dieu permette que les choses se terminent en bien et que vienne rayonner pour nous un rayon de lumière plus paisible.  »

Pour la petite Lucie, innocente enfant de dix ans, les «  souffrances  » ne tardèrent pas. La mère de Lucie, Maria Rosa, ne pouvait croire que sa fille avait vu la Sainte Vierge, et elle voulait l’obliger à confesser son «  mensonge  ». Parfois, elle en venait à la frapper avec le manche à balai. Pauvre Lucie  ! «  Mon unique soulagement était dans les larmes que je versais devant Dieu, en Lui offrant mon sacrifice.  »

François sut trouver les mots pour la consoler  : «  Ne te chagrine pas, lui disait-il, Notre-Dame ne nous a-t-elle pas avertis que nous aurions beaucoup à souffrir pour réparer tant de péchés qui offensent Notre-Seigneur et son Cœur Immaculé  ? Ils sont si tristes  ! Si, avec ces souffrances, nous pouvons les consoler, soyons contents.  »

LE PURGATOIRE

Le 17 septembre 1970, sœur Lucie s’adressant à une grande amie, lui parle de la souffrance et des intentions pour lesquelles on peut l’offrir  :

«  Dieu est bon et plein de miséricorde quand Il nous purifie ici-bas, et la maladie est la plus grande pénitence qu’Il puisse nous envoyer et que nous puissions Lui offrir en réparation pour nous et pour tous ceux que nous désirons sauver.

«  C’est une preuve de l’amour de Dieu envers nous de nous associer aux souffrances de sa Passion. Ainsi, nous devenons participants de son œuvre rédemptrice  ; ainsi, par notre union avec le Christ, nous sommes d’autres Christ qui s’immolent avec Lui pour son Église à laquelle nous avons le bonheur d’appartenir, pour son Chef visible sur la terre, pour les prêtres qui en ont tant besoin  !… pour les âmes de nos frères égarés sur des chemins tortueux et pour la paix de l’Église et du monde. C’est pour cela que nous embrassons la croix du Christ.  »

Dans une lettre datée du 15 avril 1988, dont on ne connaît pas le destinataire, sœur Lucie écrit au sujet du Purgatoire  :

«  Partant du fait que le mot “ Purgatoire ” signifie purification, je me demande où les saints que vous mentionnez dans votre lettre sont allés chercher un tel rigorisme au sujet du Purgatoire. Il s’agit peut-être d’une mentalité d’autrefois, provenant du jansénisme.  »

Elle fait la différence avec l’enfer, qu’aucun saint n’a vu avant elle, où règne la haine de Dieu, tandis qu’au Purgatoire, le feu du Purgatoire, c’est autre chose  :

«  Dans la Sainte Écriture, nous ne trouvons aucune référence au Purgatoire, si ce n’est que les Maccabées ont offert des prières et des sacrifices pour les morts.

«  L’Église a suivi ce principe en croyant que nos prières, sacrifices et bonnes œuvres – offerts pour ceux qui sont partis de ce monde dans la grâce de Dieu, mais non encore purifiés de leurs péchés, fautes et imperfections – peuvent abréger le temps de leur purification en obtenant de Dieu qu’ils progressent plus rapidement dans l’amour purifiant.

«  Parce que, ce qui nous purifie, c’est l’amour et c’est cette flamme de l’amour divin que nous appelons  : feu purificateur. Et c’est en brûlant dans les tourments de l’amour purifiant que les âmes attendent et aspirent au moment où elles pourront être admises à la pleine possession de l’Être immense de Dieu.

«  Parce que, dès lors que les âmes ont vu Dieu, elles le connaissent et le désirent avec une ardeur intense, et c’est cette ardeur qui va les purifier de leur manque d’amour, puisqu’elles n’y sont pas parvenues tandis qu’elles vivaient sur la terre.

«  C’est à cause de ce manque d’amour que nous commettons souvent des péchés, des fautes et des imperfections, dont nous devons aussi nous purifier pendant que nous sommes ici-bas, sinon dans ce que nous appelons le Purgatoire qui veut dire la Purification.

«  Il en est ainsi parce que Dieu est Amour et c’est l’amour qui nous identifie à Lui et nous attire à être “ Un ” avec Lui, à participer pleinement à sa vie divine. C’est la raison pour laquelle l’Écriture nous dit  : “ Ne savez-vous pas que vous êtes des dieux  ? ”

«  Nous voyons clairement tout cela dans le plan de Dieu  : Il nous a donné ses commandements dont le premier et le dernier sont l’Amour, et c’est le précepte de l’amour qui renferme tous les autres. Effectivement, c’est l’amour qui doit nous attirer à accomplir tous les autres commandements et quand nous ne les accomplissons pas, c’est toujours faute d’amour de Dieu et du prochain. Voilà pourquoi il n’y a que l’amour qui puisse nous purifier de nos manques d’amour.

«  Nous le voyons dans l’Évangile, lorsqu’il nous décrit la scène où, sincèrement repentie, après avoir été une grande pécheresse, sainte Marie-Madeleine pleurait ses péchés et entendit des lèvres du Seigneur  : “ Beaucoup de péchés te sont pardonnés parce que tu as beaucoup aimé. ”

«  Ce fut l’amour qui la purifia et lui obtint le pardon de tous ses péchés  ; parce qu’elle a aimé, l’amour l’a purifiée.

«  Nous voyons la même chose chez le bon Larron, crucifié à côté du Christ, au sommet du Calvaire  ; il reconnut ses péchés et l’innocence de Celui qui agonisait à ses côtés. Et, l’aimant, il chercha à Le défendre en disant à son compagnon révolté, qui blasphémait  : “ Tu n’as même pas la crainte de Dieu, toi qui souffres le même supplice  ! Pour nous, c’est justice car nous recevons la punition que nos actions ont méritée, mais Lui n’a rien fait de mal. ” Et il ajouta  : “ Jésus, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton royaume. ” Jésus lui répondit  : “ En vérité, je te le dis, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis. ” (Lc 23, 40-43)

«  Nous voyons comment la foi de ce malfaiteur reconnut Dieu dans le Christ qui était crucifié à côté de Lui. Cet homme aima le Christ en rendant témoignage de son innocence et, repenti de ses péchés, il Le supplie humblement de se souvenir de lui lorsqu’Il sera dans son royaume. Cet exemple nous montre comment la foi du bon Larron, son amour et son humilité l’ont purifié de tous ses péchés et lui ont mérité la promesse qu’il serait le jour même avec le Christ, au Paradis.

«  Tout cela nous fait comprendre que notre purification dépend de l’intensité de notre amour parce que c’est l’amour qui nous purifie, nous sanctifie et nous ennoblit jusqu’à nous rendre dignes d’être admis à jouir de la possession totale de l’immensité de l’Être infini de Dieu. Ainsi, nos prières, sacrifices et bonnes œuvres peuvent obtenir de Dieu, pour les défunts, une plus grande intensité d’amour qui, dans un plus bref délai, les purifiera totalement et les rendra dignes de participer à la vie de Dieu en plénitude.  »

Et pour ce qui est de nous, qui gémissons encore en cette vallée de larmes, il y a la confession du premier samedi du mois que Notre-Dame nous a demandée, nous a recommandée et même imposée de la part de son Fils, si nous voulons aller au Ciel directement, avec son assistance  !

La dévotion réparatrice, c’est le chapelet, la communion, oui, mais après avoir fait une bonne confession. «  C’est comme une petite barrière blanche à l’entrée du jardin de l’Immaculée… C’est comme si notre Mère chérie était postée dans une petite guérite du métro d’autrefois, pour nous demander notre billet. Notre billet de confession, et personne n’aura le front de sauter par-dessus le portillon en ignorant cette bonne Mère qui se plie à ce travail incessant avec tant d’amour.  »

Notre-Dame de Fatima ne se contente pas de siéger dans les hauteurs de son palais céleste. Elle est descendue en notre vallée de larmes et se tient près de cette petite barrière blanche pour demander avec un charmant sourire  : «  Est-ce que vous vous êtes confessé  ? Non  ? Ah  ! Il faut y passer  !  »

«  Il y a de quoi nous inspirer une crainte salutaire… de lui déplaire, plus dissuasive encore que la crainte du Purgatoire. La “ dévotion consolatrice ”, c’est cela…

«  La confession, c’est une rencontre avec Jésus-Christ en son prêtre, une rencontre avant le grand acte de la communion. L’accueil de Jésus va être bon, généreux, chaleureux, à condition qu’on n’oublie pas la portière… C’est elle qui me rend mon billet estampillé avec un bon sourire… La Sainte Vierge se tient près du confessionnal et elle donne la signature. C’est le règlement, et si on commence à jouer avec cela, ces affaires-là remontent jusqu’au trône de son royal Époux.

«  Ne croyez pas que vos Ave Maria la distrairaient de vos fraudes.  »

«  N’allez pas enjamber la barrière. Vous perdriez la confiance de votre Mère et vous seriez jeté dehors.  »

Par cette parabole, notre Père nous enseignait l’importance de la confession. Cela se passe sans encens, ni cloche, ni orgue, ni cantique, mais dans une petite boîte sombre appelée confessionnal, mais c’est très important pour disposer à recevoir ensuite le plus grand des sacrements. Si le diable nous tourmente tellement pour nous empêcher d’y aller, ça n’est pas pour rien  !

Alors, ne manquons pas notre confession du premier samedi, pour consoler notre aimable poinçonneuse.

NOTRE PURIFICATION

Nous célébrons la solennité de la “ Purification ”… de qui  ? De Marie  ? C’est ce que nous lisons dans l’Évangile traduit du grec par saint Jérôme  : «  En ce temps-là, quand furent révolus les jours de la purification de Marie  »  ! Mais le texte grec de saint Luc ne parle pas de «  purification de Marie  »  ! Comment Marie, comment l’Immaculée, demeurée Vierge avant, pendant et après son Divin enfantement, aurait-elle à se purifier  ? Et de quoi  ? C’est le sang qui rendait rituellement “ impur ” selon la loi de Moïse  ; or, il n’y a pas eu d’effusion de sang, ni dans la conception de l’Enfant Jésus, survenue le jour de l’Annonciation par l’opération du Saint-Esprit dans le sein virginal de Marie, ni dans sa mise au monde le jour, ou plutôt la nuit de Noël.

D’ailleurs, saint Luc écrit  : «  Lorsque furent accomplis les jours de leur purification.  » (Lc 2, 22) La “ purification ” de qui  ? Mais des juifs  ! selon la prophétie de Malachie  : «  Et soudain, il entrera dans son Sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez […]. Il purifiera les fils de Lévi et les affinera comme l’or et l’argent, et ils deviendront pour Yahweh ceux qui présentent l’offrande comme il se doit.  » (Ml 3, 1-3) C’est la lecture de la Messe dite “ de la Purification ”, de notre purification obtenue par l’offrande de l’Enfant-Jésus par Marie et Joseph, à leur très chéri Père Céleste, au Temple, c’est l’offertoire du Saint-­Sacrifice à venir, que le vieillard Syméon va d’ailleurs annoncer à la Sainte Vierge par des paroles qui lui transpercent le Cœur  :

«  Vois  ! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël  ; il doit être un signe en butte à la contradiction, – et toi-même, une épée te transpercera l’âme  ! – afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs.  » (Lc 2, 34-35)

Ça n’est donc pas automatique  ! Cette purification des pauvres pécheurs, chèrement payée par la Passion du Sauveur et la Compassion de sa Mère, il nous faut encore nous l’approprier à l’intime de notre cœur, “ nous la gagner ”. Le 13 mai 1917, la Sainte Vierge l’a révélé à Lucie, François et Jacinthe. À cette Dame qui «  est du Ciel  », Lucie demande, en se souvenant de deux jeunes filles d’Aljustrel, mortes depuis peu  :

«  Est-ce que Maria das Neves est déjà au Ciel  ?

 Oui, elle y est.

 Et Amélia  ?

 Elle sera au Purgatoire jusqu’à la fin du monde.  »

Quel coup  ! Les yeux de Lucie se remplirent de larmes  : elle était bouleversée à la pensée que son amie devrait rester si longtemps dans ce feu qui purifie les pauvres âmes de leurs péchés, afin qu’elles puissent entrer au Ciel  !

Cela vaut aussi pour les nations  : terrible sera le châtiment des «  nations qui ont voulu détruire le règne de Dieu dans les âmes  », écrit sœur Lucie au seuil de la Seconde Guerre mondiale, le 24 octobre 1939  :

«  Le Portugal est lui aussi coupable et en souffrira quelque chose, mais le Cœur Immaculé de Marie le protégera  ; le Bon Dieu désire que le Portugal répare et prie pour lui-même et pour les autres nations. L’Espagne a été la première punie, elle a reçu son châtiment qui n’est pas encore terminé, et l’heure des autres sonne. Dieu est résolu à purifier dans leur sang toutes les nations qui veulent détruire son règne dans les âmes  ; et pourtant il promet de se laisser apaiser et de pardonner, si l’on prie et fait pénitence.  »

C’est donc une grâce de pouvoir faire son purgatoire sur la terre. Sœur Lucie cherche à réconforter une bienfaitrice dont le mari est tombé malade, et elle lui écrit le 11 août 1952  :

«  Je vous remercie de tout cœur pour votre lettre, mais je suis remplie de peine à voir que M. X. se trouve de nouveau malade. Dieu veuille que cela passe. Je demande à Notre-Dame sa guérison par l’intercession de Jacinthe.

«  C’est là la croix que Notre-Seigneur nous envoie afin que nous gagnions par elle le Ciel. Nous nous souvenons mieux de ce que Lui-même a souffert pour nous, nous comprenons mieux la valeur de la souffrance et nous nous sentons plus unis aux tourments de sa passion.

«  La souffrance est un don que nous savons mal comprendre et encore moins estimer, mais c’est là le moyen dont Dieu se sert pour unir davantage notre âme à Lui par le moyen de la prière.

«  Si nous ne souffrions pas, Il serait parmi nous le Dieu oublié, et encore, toujours ainsi, combien de fois nous nous souvenons peu de Lui  ! Il semble que tout mérite notre attention sauf Lui… C’est alors qu’Il se sert de la douleur, comme d’un appel plus fort, pour réveiller notre attention.

«  Tant que nous vivons sur la terre, nous sommes ainsi. Il le sait bien et Il compte avec notre faiblesse, mais Il nous purifie par le moyen de la douleur pour nous faire mériter une récompense plus grande dans le Ciel.

«  Qu’Il nous remplisse de confiance et de son amour pour que nous portions la croix sur le Calvaire, en suivant toujours ses traces.  »

LA MESSE DE LA SAINTE VIERGE

«  Le chapelet, c’est la Messe de la Sainte Vierge  », nous dit un jour notre Père, après avoir institué le premier chapelet de communauté entre laudes et prime, le matin, et décidé de célébrer la messe de communauté à midi. Du coup, «  dans ce moment de la messe de 7 heures, traditionnel, qu’il pleuve ou qu’il vente, à ce moment-là, plus de messe, mais le chapelet. Je ne dis pas qu’on fera contre mauvaise fortune bon cœur, mais on dira que du chapelet, nous allons faire notre messe. Comment cela  ?

«  Après tout, dans la “ pastorale ” moderne, pastorale conciliaire, on a bien la messe du sport, du rock, de la cuisine ou de la navigation à voile. Eh bien  ! nous autres, nous avons notre messe de la Sainte Vierge. Cette demi-heure qui était celle de la messe devient, par une sorte de confusion des moments et des dispositions de notre âme, la messe de la Vierge Marie.  »

Et voilà comment, sans attendre l’autorisation du Pape et de sa Congrégation pour la liturgie, le chapelet devient prière liturgique pour ce qui est de nous. Surtout récité dans cette chapelle bienheureuse, comme dit notre Père, nous l’égrenons en fixant nos regards sur le tableau vivant évoqué au mur de la cimaise, représentant la théophanie unique, insurpassable, de Tuy en 1929. Voilà la messe qui est représentée là. Et c’est bien la Sainte Vierge qui est là, avec son chapelet.

D’abord, le signe de la Croix ouvre la récitation du chapelet, comme il ouvre la célébration de la messe, au pied de l’autel.

Ensuite, les deux exercices commencent de la même manière. La première dizaine se passe en réveil de notre foi, comme le psaume Judica me suivi d’une contrition que notre Père voulait aussi profonde et saintement humiliante que celle de mère Marie du Divin Cœur. Avec le Confiteor et les oraisons qui suivent, tandis que le prêtre monte à l’autel.

Eh bien  ! cette invention de notre Père correspond tout simplement aux commencements du “ fait ”, des faits et gestes de Fatima. Avec les apparitions de l’Ange en 1916, et les premières prières qu’il apprend aux enfants  :

«  Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime. Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas, qui ne vous aiment pas.  »

La contrition s’étend à «  toutes les âmes  » qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas, qui n’aiment pas Dieu.

Telle est la vraie “ messe sur le monde ”.

Après les prières au bas de l’autel, il y a les lectures, la “ liturgie de la Parole ”. Elles correspondent aux premiers mystères de notre chapelet, les mystères joyeux, où la récitation des Ave Maria nous convoque dans la vie cachée de Nazareth. Qui commence par les quinze ans de la jeune Vierge Marie chez ses saints parents, auxquels il faut ajouter les trente ans de la vie cachée de Jésus dans son saint travail d’ouvrier charpentier. Donc, nous avons le temps d’en dire des chapelets  !

Pendant ce temps, les lectures de l’Ancien et du Nouveau Testament nous donnent des pensées semblables à la messe et au rosaire, parce que ces quarante-cinq ans ont mené la Vierge Marie et son Fils, doucement, vers la grande immolation. C’est tout l’enseignement des psaumes, objets de notre étude.

Le Sanctus ouvre sur la partie tragique de la messe, sur le Saint-Sacrifice. Nous passons des mystères joyeux aux mystères douloureux. À partir de l’offertoire, on offre le pain et le vin, ou plutôt on offre ce que vont devenir le pain et le vin dans d’admirables prières, comme la Vierge Marie et Jésus offrent par avance le Saint-Sacrifice qui aura lieu sur la Croix. À ce moment-là, la messe et le chapelet confondent, pour ainsi dire, leurs prières, parce que le Cœur de Jésus et le Cœur de Marie ne font qu’une seule Hostie, offrent une seule Victime au glaive du Sacrificateur. Dieu le Père, à la cimaise de notre chapelle, bénit le Fils déjà en croix et sa Mère, tandis que les mystères douloureux nous conduisent au moment où Notre-Dame des Sept-Douleurs est frappée au Cœur à chaque coup porté au Corps de son Fils d’où jaillit le Précieux Sang dont elle se couvre, et nous autres avec Elle, compatissante, avec douleur et action de grâces pour l’œuvre de Jésus.

C’est ce qu’exprime la prière de l’Ange Très Sainte Trinité  : à l’automne 1916, les enfants conduisirent leurs brebis au Cabeço où ils aimaient réciter la prière de l’Ange. Ils étaient agenouillés, le visage contre terre, lorsqu’une lumière inconnue leur fit relever la tête.

Le même Ange était là, tenant dans sa main gauche un calice au-dessus duquel était une Hostie. Des gouttes de Sang en tombaient dans le calice. Laissant le Calice et l’Hostie suspendus en l’air, il se prosterna jusqu’à terre et répéta trois fois cette prière  :

«  Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément, et je vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels Il est lui-même offensé. Par les mérites infinis de son très Saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs.  »

L’Ange se releva, donna la Sainte Hostie à Lucie et partagea le Précieux Sang entre François et Jacinthe en disant  : «  Mangez et buvez le Corps et le Sang de Jésus-Christ, horriblement outragé par les hommes ingrats. Réparez leurs crimes et consolez votre Dieu.  » Il se prosterna de nouveau, répéta encore trois fois la même prière avec les voyants, puis il disparut.

Poussés par une force surnaturelle, les enfants l’avaient imité en tout et ils continuèrent à prier dans la même attitude jusqu’au soir.

Faisons de même  !

DISCERNEMENT

Sœur Lucie, écrit à un de ses neveux, Manuel Valinho, qui était séminariste, tenté d’abandonner  :

«  Le 13 octobre 1940.

«  Mon bon Manuel,

«  Aujourd’hui, 13, jour tellement marqué par tant de grâces et de bénédictions du Ciel, j’ai reçu votre lettre. Je n’ai pas reçu l’autre dont vous me parlez. Je l’ai lue devant le Tabernacle et aux pieds de notre si chère Mère du Ciel  ; et savez-vous ce que je Lui ai demandé  ? Que ce soit la volonté de notre Bon Dieu qui se fasse. J’ai répété l’oraison jaculatoire que ma sainte fondatrice a laissée à ses filles  : “ Volonté de Dieu, vous êtes mon paradis. ”

«  Mon premier conseil est que vous l’adoptiez aussi pour vous. Faites-en votre idéal  : suivre la volonté de Dieu pour vous et au prix de tous les sacrifices.

«  Mon deuxième conseil est que vous persévériez au moins cette année dans les études et la vie que vous avez commencées, si vos supérieurs n’en ont pas disposé autrement.

«  Voici le troisième conseil  : pendant cette année, examinez bien devant Dieu et aux pieds de notre bonne Mère du Ciel la racine ou l’origine de ce dégoût ou débat intérieur. Rendez compte de tout ce que vous sentez, pensez et de ce qu’il vous semble, à votre Père spirituel et suivez très exactement ses conseils, pour ne pas vous laisser tromper par la tentation. Je crains que ce soit le démon qui s’efforce de vous perdre, vous et les âmes que Dieu avait déterminé de sauver par votre moyen.

«  Croyez bien qu’il n’y a pas un missionnaire qui n’ait été éprouvé par la tentation et que ceux qui mènent une vie indigne de la haute mission que Dieu leur a confiée, c’est plus faute de correspondance à la grâce que par manque de vocation.

«  Je vous demande donc d’examiner votre cas avec beaucoup de sérieux devant Dieu et en invoquant la protection de notre bonne Mère du Ciel.  »

Sœur Lucie continue en nous exhortant à lutter jusqu’à la victoire  :

«  Pensez dans quel état vous voudriez apparaître devant Dieu à l’heure de votre mort, soit que Dieu vous l’envoie rapidement [François et Jacinthe !], soit qu’il vous accorde de longues années de vie [Lucie !]. Si vous voudriez paraître en la Divine Présence comme un simple chrétien et que Dieu ne veut pas autre chose de vous, et, si votre Directeur vous dit que Dieu ne veut pas autre chose de vous, alors je vous conseille d’aller auprès de votre mère et de l’aider dans les travaux des champs et de vous comporter en chrétien exemplaire. Il faut aussi qu’il y ait de bonnes gens dans le monde.

«  Mais si Dieu vous fait sentir le contraire et que, à l’heure de votre mort, vous seriez plus heureux si vous paraissiez devant Lui en missionnaire fervent, entouré d’innombrables âmes sauvées par votre moyen, alors efforcez-vous de vaincre la tentation. La grâce de Dieu ne vous manquera pas, ni la protection de notre bonne Mère du Ciel.

«  Autrement, si vous vous laissez vaincre par la tentation, croyez que vous descendez le premier degré vers l’enfer, et qu’il vous sera difficile de le remonter.

«  Il n’y a pas de chemin, présentant de plus grandes difficultés pour arriver au Ciel, que celui d’une vocation manquée.

«  C’est pourquoi, je vous le répète, suivez en tout les conseils de votre Père spirituel, car Dieu lui donnera d’abondantes lumières pour vous dire ce qu’Il veut de vous.

«  … N’en perdez pas la joie, ni la paix de la conscience. Vous avez très bien fait de vous confier à votre Directeur et, sur ce point, je vous conseille de le faire en toute sérénité, et ensuite de suivre exactement ses conseils. Ce sera lui qui vous dira quelle est la volonté de Dieu à votre égard. S’il voit que Dieu ne vous appelle pas à la vie sacerdotale et religieuse, il sera le premier à vous conseiller de vous désister, mais s’il voit qu’il s’agit d’une tentation, il vous conseillera de lutter jusqu’à la victoire, et c’est aussi mon conseil  : vaincre le tentateur qui semble essayer, par le moyen de la tristesse et du découragement, de vous ravir la félicité d’appartenir entièrement à notre Bon Dieu. Ne vous laissez pas tromper. Vous ne trouverez jamais dans le monde la moindre étincelle du bonheur dont vous jouirez dans la vie religieuse. Et, dans la vie séculière, vous aurez aussi à lutter contre d’innombrables tentations, certainement encore plus violentes et plus fréquentes, puisque, comme nous en avertit saint Pierre, le démon rôde autour de nous, comme un lion rugissant qui veut nous dévorer. Les passions, sans le frein de la mortification qui se pratique toujours dans la vie religieuse, sont plus vives, et les occasions de pécher se présentent plus fréquemment et plus hardiment. Et, dans un état de vie comme dans l’autre, il est nécessaire de lutter jusqu’à la victoire si l’on veut se sauver et ne pas s’exposer au danger de tomber en Enfer.

«  Vous manquez encore de la force que nous donne dans la vie religieuse l’exemple de tant de saints compagnons qui, dans la lutte, remportent des victoires. Je dis dans la lutte, parce que toutes les âmes sont combattues par les tempêtes que soulèvent nos ennemis. De cela, j’ai une preuve certaine, dans les innombrables lettres qui me sont parvenues entre les mains, de personnes de tout rang et de toute condition. Saint Paul lui-même avoue que, après avoir été élevé au troisième Ciel, il sentait encore en lui l’aiguillon du mal. Ne vous en étonnez pas, car la Sainte Écriture elle-même nous prouve maintes et maintes fois que la vie du juste est un combat continuel. Accrochez-vous à Notre-Seigneur qui, pour notre amour, a voulu aussi souffrir la tentation. Embrassez le moyen qu’Il nous a laissé pour vaincre, c’est-à-dire la prière  : “ Veillez et priez pour ne pas succomber à la tentation. ”

«  Recourez avec beaucoup de confiance à notre si bonne Mère du Ciel, car Elle veut vous aider. Livrez-vous à son Cœur Immaculé et vous sortirez victorieux. Je continue à prier pour vous. Refusez d’être un malheureux pour le temps et pour l’éternité. Soyez bien persuadé que, pour vous sauver, vous aurez à vaincre dans le monde des tentations plus difficiles que dans la vie religieuse.

«  Ne soyez pas surpris si je vous parle tant de l’Enfer. C’est une vérité qu’il est nécessaire de rappeler beaucoup dans les temps présents, parce qu’on l’oublie  : c’est en tourbillons que les âmes tombent en Enfer. Eh  ! quoi  ? Vous ne trouvez pas bien employés tous les sacrifices qu’il est nécessaire de faire pour ne pas aller en Enfer et empêcher que beaucoup d’autres y aillent  ?

«  Pensez bien à tout cela et écrivez-moi pour me dire tout ce que vous voulez et en toute liberté. Votre très affectionnée, en Notre-Seigneur.

«  Marie-Lucie de Jésus.  »

EXAMEN DE CONSCIENCE

D’après un manuscrit qui date probablement du mois d’octobre 1934, nous connaissons la liste que sœur Lucie dressait de ses défauts, à cette époque où elle se préparait à prononcer ses vœux perpétuels. Quelle conscience délicate  !

«  Ressentiments qui ne me laissent pas oublier les fautes du prochain

«  Fautes contre la charité que ces ressentiments me poussent à commettre

«  Égoïsme que me fait si souvent choisir le meilleur pour moi

«  Amour-propre qui m’amène à vouloir faire prévaloir mon avis sur celui des autres

«  Trop grande susceptibilité qui se vexe pour des riens

«  Ma façon de me taire, très fréquente, afin de ne pas voir mon avis compté pour rien, devant des personnes dont je sais qu’elles auront le dessus, même sans raison

«  Dépit et aversion envers les sœurs qui sont contre moi ou me contrarient

«  Tristesse et trouble causés par mon amour-propre blessé et humilié

«  Consentement aux lamentations de mon amour- propre

«  Je m’arrête trop aux défauts du prochain, au lieu d’examiner sérieusement les miens propres

«  Réponses sèches et brusques aux sœurs

«  Je n’attache pas assez d’importance à leurs travaux

«  Ma façon de faire croire que je fais les choses mieux et plus parfaitement qu’elles

«  Désir que les sœurs attachent de l’importance et prêtent attention à mes travaux

«  Résistance aux mouvements de la grâce

«  Distractions qui étouffent en moi les lumières de la foi et les mouvements de la grâce

«  Curiosités

«  Paroles inutiles pendant le silence

«  Critiques intérieures et extérieures

«  Omissions en ce qui concerne la charité

«  Négligence dans la pratique des petits sacrifices

«  Manque de patience dans les contrariétés

«  Manque d’affabilité et de douceur pour les faiblesses du prochain

«  Manque de condescendance à l’égard de l’avis des autres

«  Difficulté à laisser prévaloir la volonté d’autrui

«  Laisser-aller, parfois, à une trop grande joie  ; et parfois à une tristesse excessive

«  Manque de rigueur dans la ponctualité

«  Manque d’humilité lors des remarques

«  Spontanéité à me disculper de mes fautes

«  Gestes de mépris avec lesquels, parfois, je tourne le dos à ce qui me déplaît

«  Froideur ou manque de ferveur quand je fais mes exercices de piété et mes visites au Saint-Sacrement.

«  Manque de diligence dans l’obéissance.

«  Manque de délicatesse dans mes rapports avec les sœurs

«  Négligence pour conserver l’union à Dieu pendant le jour au moyen d’oraisons jaculatoires

«  Manque de diligence pour aller passer mes moments libres auprès de Jésus au Saint-Sacrement…  »

VŒUX PERPÉTUELS

Le 3 octobre 1934, en la fête de sainte Thérèse de ­l’Enfant-Jésus, sœur Lucie, alors religieuse de Sainte-Dorothée, prononçait ses vœux perpétuels à Tuy, en Espagne, théâtre de la plus grande théophanie de l’histoire de l’Église, dont Lucie avait été témoin quelques années auparavant, le 13 juin 1929, à égalité avec celle dont saint Paul fut favorisé sur le chemin de Damas.

Pour la cérémonie, sa mère, deux de ses sœurs et des cousines vinrent du Portugal. Maria Rosa apporta à sa fille les cadeaux qu’elle avait demandés  : des fleurs et une ruche.

Mgr da Silva put présider la fête et sa seule présence suffit à lever définitivement l’incognito de la voyante de Fatima. Dès lors, elle fut heureuse de s’entendre appeler Lucie de Jésus de préférence à Marie des Douleurs.

La sœur en profita bien sûr pour converser librement avec son évêque et lui rappeler une nouvelle fois sa chère dévotion réparatrice des premiers samedis du mois.

Peu de jours plus tard, elle écrit au Père Gonçalves  :

«  Pontevedra, le 28 octobre 1934.

«  Révérend Père Gonçalves,

«  Mgr l’évêque de Leiria m’a promis qu’au début de l’année prochaine il commencerait à promouvoir la dévotion réparatrice au Cœur Immaculé de Marie. Je crois que le Bon Dieu compte sur la coopération de votre Révérence.

«  Quant à la consécration de la Russie, j’ai oublié d’en parler à Mgr l’évêque, ce qui paraît incroyable  ! Patience  ! J’ai de la peine que cela reste ainsi, car je crois que le Bon Dieu en sera attristé. Mais je ne puis rien faire d’autre que prier et me sacrifier par amour.  »

Après la Seconde Guerre mondiale qui eut lieu parce que ni le pape Pie XI ni le pape Pie XII ne consacrèrent la Russie au Cœur Immaculé de Marie, elle entra au carmel de Coïmbre en 1948, le 25 mars. Elle n’y fut pas postulante, puisqu’elle avait déjà prononcé ses vœux perpétuels. La prise d’habit, de l’habit du Carmel, fut fixée au 13 mai. Cette cérémonie, dans son cas, fut également célébrée dans l’intimité, alors qu’elle était habituellement très solennelle. Désormais, elle était revêtue du même habit que la Dame qui s’était montrée à elle le 13 octobre 1917  : Notre-Dame du Carmel. C’est pourquoi elle porta toujours un grand amour à son habit de carmélite.

Son année de noviciat terminée, sœur Marie-Lucie fit profession solennelle le 31 mai 1949, mais elle resta encore une année au noviciat pour compléter sa formation de carmélite. Elle passa ensuite en communauté et habita toujours la même cellule, jusqu’au jour où elle s’envola pour le Ciel.

Ce carmel n’était redevenu un monastère que depuis peu, après avoir été occupé par des services du ministère de l’Armée, après la révolution de 1910, et l’État commença des travaux dans un autre bâtiment pour libérer l’ancien monastère et le restituer à sa congrégation… sous le régime contre-révolutionnaire de Salazar…

Sur les entrefaites, la sœur carmélite qui en était la prieure en 1910 et avait été expulsée en Espagne à ce moment-là, se sentant bien vieille, demanda à quelqu’un d’écrire au docteur Salazar pour lui exprimer son grand désir de rentrer dans son ancien couvent, au moins pour y mourir. Dans sa lettre de réponse, le président du Conseil écrivit  : «  Que la petite sœur très âgée ne meure pas  ! car les travaux sont en cours et, dans peu de temps, le couvent sera rendu à l’Ordre.  »

Le plus amusant est que tout fut fait à point nommé  : la religieuse retourna dans son ancien monastère et vécut environ jusqu’à l’âge de cent ans. On disait alors  : «  Le docteur Salazar lui a ordonné de ne pas mourir et elle attend un ordre contraire pour pouvoir mourir tranquillement  !  »

À l’arrivée de sœur Lucie, le carmel reprenait vie. Les sœurs étaient revenues l’habiter en 1947. La restauration, à laquelle l’État participa, se fit peu à peu, parce que tout avait été dégradé. Un architecte et un ingénieur vinrent évaluer les dégâts. La Mère prieure se fit accompagner par sœur Marie-Lucie pour envisager les travaux à effectuer. L’escalier principal était défoncé en maints endroits, et les sœurs y trébuchaient souvent. Du haut de cet escalier, sœur Lucie déclara que la réparation s’imposait parce que c’était dangereux. L’architecte dit que non, et s’avança pour descendre… mais… se retrouva en bas plus vite que prévu  ! Arrivé en bas, en position horizontale, il se releva et conclut  : «  Le réparer me paraît nécessaire  !  » Sœur Lucie eut grand-peine à garder son sérieux et à compatir…

Elle s’appliqua à mener la même vie que les autres sœurs, selon une devise de sainte Thérèse  :

«  Extérieurement, comme les autres  ; intérieurement, comme aucune  !  »

UNE RELIGIEUSE SANS PAREILLE  !

Elle n’avait pas une santé robuste, souffrait d’une anémie persistante. Mais ne se plaignait jamais. Jusqu’à la fin, elle souffrit tout avec humour. Elle était souvent prise d’étourdissements, qu’elle appelait «  mal de mer  », avec une expression espagnole, en prétendant qu’elle n’avait plus sa tête à elle ou que ses jambes flageolaient…

À son arrivée en 1948, elle avait quarante et un ans. Elle était donc dans la force de l’âge. Elle fut chargée du jardin et des ruches, de l’approvisionnement – la “ dépense ” – et de la lingerie. Elle parvint à gérer tout cela avec énergie, ordre et savoir-faire. Si une sœur venait lui demander quelque chose, elle laissait tout avec le plus grand calme et suivait la sœur pour lui rendre le service demandé.

Évidemment, elle ne perdait pas une minute. Sœur Marie-­Céline, supérieure du carmel dans les dernières années de sœur Marie-Lucie, raconte  :

«  Elle fut toujours et en tout amie de la perfection. Elle n’aimait pas perdre son temps. Quand il le fallait, elle savait se montrer exigeante. Lorsqu’elle fut chargée de la dépense et de la composition des menus, les cuisinières appréhendaient de la voir arriver à la cuisine, parce qu’elle exigeait que rien ne soit négligé dans la préparation des aliments, comme le conseillait notre Mère sainte Thérèse

«  J’ai vu avec quel soin elle se préparait à enseigner la technique de la broderie en fil d’or, travail dans lequel elle excellait. Dans cet art, qui exige tant de patience et de précision, elle réalisa des choses magnifiques. Quand elle vérifiait ce qu’une autre faisait, elle attirait toujours son attention sur ce qu’elle pouvait améliorer, sans jamais la décourager.

«  C’est elle qui nous a appris à confectionner des chapelets, mais elle n’attribuait pas facilement une “ bonne note ” à notre travail. Quand on commençait, il fallait lui montrer nos premiers travaux pour qu’elle les approuve, jusqu’à ce qu’elle nous accorde le “ diplôme ”. Ce travail, qu’elle accomplissait avec tant d’amour, elle a tenu à le faire jusqu’à la fin de sa vie. À cause de ses doigts déformés par l’arthrose, elle maniait la pince avec peine, mais pendant les récréations, elle voulait toujours prendre son panier de travail. Du mois de mars 2004 à sa mort, elle n’arriva à faire que trois mystères… Nous la taquinions parfois en disant  : “ Alors, vous êtes là sans rien faire, sans travailler  ! ”

«  Et elle de nous répondre  :

«  “ Je ne manque pas à la Règle, parce que notre Mère sainte Thérèse demande que pendant les récréations on ait un travail entre les mains  !… ”  »

Le 29 mars 1948, sœur Lucie écrit à l’une de ses amies  : «  Mon nom a été choisi par notre évêque. Son Excellence m’a reçue avec une tendresse toute paternelle.  »

En attribuant au mot Maria, la signification d’ “ Étoile ”, et à celui de Lucia celle de “ Lumière ”, elle décrit ensuite ainsi le sens de son nom, dans une autre lettre  :

«  À vrai dire, mon véritable nom est Marie-Lucie de Jésus et du Cœur Immaculé. Pour abréger, je ne signe que sœur Lucie mais je trouve que je ne dois pas cesser d’être “ de Jésus ” car, c’est mon nom de baptême et ce qui m’intéresse le plus c’est d’être toute de Jésus avec fidélité et amour, sans réserve.

«  Et ensuite, j’aime tant sa signification  : Étoile, Lumière de Jésus et du Cœur Immaculé  !

«  Il est nécessaire de vivre dans la lumière pour la communiquer au monde et la faire briller dans les ténèbres qui l’enveloppent, pour qu’il se réveille du sommeil de la mort et se lève pour vivre de la vie du Christ par la Foi, l’Espérance, l’Amour  !  »

LE SECRET DU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE

Les lignes suivantes de notre Père, notre Docteur mystique de la foi catholique, sont un lumineux commentaire de l’Épiphanie eucharistique et mariale de Tuy, et de la marque indélébile qu’elle grava dans l’âme de sœur Lucie  :

«  La Croix n’est pas seulement le passage douloureux, humiliant mais nécessaire vers la Gloire qui serait autre chose. Elle est cette Gloire même, elle renferme cette beauté, elle est cet Amour que l’on embrasse  ; en elle tout nous est déjà donné. Elle est la Révélation ultime, la beauté de Dieu inoubliable, le secret de l’amour insurpassable, éternel.  » (frère Georges de ­Jésus-Marie, 1978)

Sœur Lucie écrit dans les Appels du message de Fatima  :

«  Quand la souffrance et l’angoisse nous accablent, ­souvenons-nous de Jésus-Christ au jardin des Oliviers et, comme Lui, disons à Dieu  : “ S’il est possible, ­Seigneur, éloignez de moi ce calice  ; mais, si vous voulez que je le boive, que votre volonté soit faite et non la mienne. ” Lors même que notre affliction est grande, pensons que celle de Jésus a été plus grande encore, puisque son visage s’est couvert de grosses gouttes de sang, qui tombèrent jusqu’à terre.  »

Sœur Lucie les a vues ces «  grosses gouttes de sang  », le 13 juin 1929, sur le visage de Jésus.

En effet, à Tuy, le 13 juin 1929, sœur Marie-Lucie, alors religieuse dorothée âgée de vingt-deux ans, avait été favorisée d’une théophanie trinitaire, «  merveille dont on ne trouve pas la semblable dans l’histoire de l’Église, depuis la vision de saint Paul sur le chemin de Damas  », écrit l’abbé de Nantes.

Le récit de sœur Lucie est une page d’Évangile  :

«  J’avais demandé et obtenu la permission de mes supérieures et de mon confesseur de faire une heure sainte de 11 heures à minuit, dans la nuit du jeudi au vendredi de chaque semaine.  »

Cette pratique était inspirée par les demandes du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie, et elle va servir aux demandes du Cœur Immaculé de Marie  :

«  Me trouvant seule une nuit dans la chapelle, je m’agenouillai tout près de la table de communion, au milieu, pour réciter, prosternée, les prières de l’Ange. Me sentant fatiguée, je me relevai et continuai à les réciter les bras en croix. La seule lumière était la pâle lueur de la lampe du sanctuaire.

«  Soudain, toute la chapelle s’éclaira d’une lumière surnaturelle et, sur l’autel, apparut une croix de lumière qui s’élevait jusqu’au plafond.

«  Dans une lumière plus claire, on voyait sur la partie supérieure de la Croix, une face d’homme, avec un corps jusqu’à la ceinture. Sur sa poitrine une colombe, de lumière plus intense, et, cloué à la croix, le corps d’un autre homme. Un peu en dessous de la ceinture de celui-ci, suspendu en l’air, on voyait un Calice et une grande Hostie sur laquelle tombaient quelques gouttes de sang qui coulaient sur les joues du Crucifié et d’une blessure à la poitrine. Coulant sur l’Hostie, ces gouttes tombaient dans le calice.  »

Au jour de l’agonie, à Gethsémani, les «  gouttes  » tombaient jusqu’à terre. «  Oh  ! comme j’aurais voulu être à ce moment-là auprès du Seigneur, écrit encore sœur Lucie, pour essuyer sa Face avec un linge fin. Et conserver la relique du Sang de mon Dieu  ! Mais, ce que je n’ai pas fait alors, je veux le faire aujourd’hui, parce que tous les jours le Sang de la Rédemption coule de son visage meurtri, de ses mains et de ses pieds transpercés, de son Cœur ouvert, et ce Sang est présent dans l’Hostie et le Vin consacrés sur l’autel du sacrifice  ; et j’ai le bonheur de me nourrir de ce Corps et de ce Sang.  »

Au jour de l’agonie, à Gethsémani, Notre-Dame n’était pas là. Il y avait seulement les Apôtres… somnolents. Mais à Tuy, elle était là, comme à chacune de nos messes  :

«  Sous le bras droit de la Croix se tenait Notre-Dame avec son Cœur Immaculé dans la main. C’était Notre-Dame de Fatima avec son Cœur Immaculé dans la main gauche, sans épée ni roses, mais avec une couronne d’épines et des flammes.

La Gloire de Dieu brille sur la Sainte Face du Christ-Roi qui trône sur la Croix. Elle éclate par le rayonnement du Saint-Sacrifice de la messe sur le monde, et la médiation de Marie répandant beauté, raison, vertu, par grâce et miséricorde, sur toute chair consacrée à son Cœur Immaculé  :

«  Sous le bras gauche de la Croix, de grandes lettres, comme d’une eau cristalline qui aurait coulé au-dessus de l’autel, formaient ces mots  : “ Grâce et Miséricorde ”.

«  Je compris que m’était montré le mystère de la Très Sainte Trinité, et je reçus sur ce mystère des lumières qu’il ne m’est pas permis de révéler.  »

Si ces lumières concernent la place de la Sainte Vierge dans la Sainte Trinité, aidée, soutenue, sanctifiée, divinisée au-­dessus de toute créature, on comprend cette précaution  ! Car il s’agit d’une application merveilleuse de ­l’Esprit-Saint, dans le droit fil de son œuvre trinitaire, au Cœur Immaculé de Marie, qui reste un “ secret ” inaperçu des théologiens… et même, de nos jours, contredit par eux lorsqu’on le dévoile.

Peut-être parce qu’il relève de la gynécologie  ? En tout cas, c’est le “ secret ” d’une connaissance pleine d’amour que nous livre l’abbé de Nantes, digne émule de saint Joseph, époux de Marie, de saint Jean Eudes et saint Louis-Marie Grignion de Montfort, enfants de Marie, de saint Maximilien-Marie Kolbe, son chevalier servant  :

«  Voici ce secret  : “ l’Immaculée Conception ” est la fille du Dieu Très-Haut, en laquelle son Époux divin se fait une chair d’enfant, conduisant son Épouse à y travailler maternellement, pour se retrouver ainsi sa Mère sans rien perdre de sa virginité, tandis que Lui, d’Époux est devenu son enfant sans rien perdre de sa divinité.

«  Tel est le mariage du Fils de Dieu et de la Vierge Immaculée. Elle a parfaitement compris sa mission de Mère de Jésus, Mère de Dieu Sauveur  : lui faire d’Elle un Corps et un Cœur qu’il immolera un jour pour opérer le salut du monde.  » (Préparer Vatican III, p. 29)

«  Ensuite, Notre-Dame me dit  : “ Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé, promettant de la sauver par ce moyen.  »

Cette consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie apparaît donc conjointe à la dévotion réparatrice. En effet, la Sainte Vierge ajoute aussitôt  :

«  Elles sont si nombreuses les âmes que la justice de Dieu condamne pour des péchés commis contre moi, que je viens demander réparation. Sacrifie-toi à cette intention et prie. ”  »

Comment comprendre  ? Lucie portait la Russie dans son cœur depuis qu’elle avait entendu ce nom tomber de la bouche de Notre-Dame le 13 juillet 1917. À partir de cette nouvelle révélation du Cœur Immaculé de Marie, à Tuy, le 13 juin 1929, elle sentit cet amour grandir. Il lui suffisait d’entendre prononcer le nom de Russie et aussitôt on remarquait combien elle était attentive à tout ce qui concernait cette terre et ce peuple. Et certainement, elle espéra aussi aller là-bas…

En 1993, passa par le carmel de Coïmbre un évêque de Russie. À la fin de la Messe, à laquelle participa la communauté, Son Excellence s’approcha de la grille du chœur et demanda avec beaucoup de flamme une fondation à Moscou.

On procédait alors à la fondation du carmel de la Très Sainte Trinité, dans le diocèse de Guarda, et donc ce n’était pas possible. Mais le cœur de sœur Lucie vibra profondément, bien qu’elle ne l’ait pas beaucoup manifesté extérieurement. Dans une lettre du 29 avril 1993, elle écrit  : «  Nous avons des demandes pour fonder divers autres monastères, entre autres un dans la capitale de la Russie, Moscou. Mais pour le moment nous ne pouvons pas nous engager…  »

La Russie  ! Combien de prières et de sacrifices elle fit monter au Ciel pour sa conversion  !

En cette année du centenaire, marquée par le rôle central joué par la Russie dans les relations internationales, il ne manque plus que cette consécration pour que règne dans le monde une paix durable. Notre pèlerinage à Fatima nous engage, amis pèlerins, à nous consacrer nous-mêmes à cette cause, à l’imitation de sœur Marie-­Lucie de Jésus et du Cœur Immaculé et disant avec elle à Notre-Dame  :

«  Je mets mon espérance dans votre Cœur maternel. Soyez, comme vous l’avez promis, mon refuge en cette vie et mon bonheur dans l’éternité  !  »

Ainsi soit-il  !

frère Bruno de Jésus-Marie.

Précédent    -    Suivant