La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly

La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 174 – Avril 2017

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


CONTRE-RÉVOLUTION MARIALE (4)

par frère Bruno de Jésus-Marie

*
*       *

«  TA PENSÉE DE LA MORT.  »

Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris. En entendant le prêtre nous dire cela, nous sommes invités à penser à notre mort et en accepter d’avance toutes les circonstances comme volonté de Dieu.

Le 23 janvier 1930, sœur Lucie écrivait à sa mère  :

«  Ma mère chérie,

«  J’ai reçu il y a peu de temps votre douloureuse lettre. Je regrette immensément de ne pas me trouver là-bas, auprès de vous, mais nous sommes unies dans le Très Saint Cœur de Jésus qui, dans le Sacrement de son amour, vient chaque jour dans nos cœurs, non seulement pour nous aider à vivre, mais aussi pour emporter notre âme, à la dernière heure, dans cette demeure céleste que son amour et sa miséricorde nous ont préparée là-bas. Par conséquent, ma mère chérie, beaucoup de confiance en son Divin Cœur et grand abandon en notre petit Père du Ciel qui vous aime d’un amour éternel.

«  Dites aussi avec moi ces paroles  : “ Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur, je désire vous aimer pendant toute l’éternité. J’accepte avec tout mon amour la mort que vous aurez la bonté de m’envoyer et je vous demande humblement pardon. Je vous l’offre pour la conversion des pécheurs et le soulagement des âmes du Purgatoire. Acceptez, mon Dieu, ma vie, comme je vous l’offre, et accordez-moi, par miséricorde, de mourir dans un acte de parfait amour. ”

«  Ma bonne mère, quand vous arriverez aux pieds de Notre-Seigneur, demandez-lui pour vos filles la grâce de l’aimer de tout leur cœur et de ne jamais lui déplaire. Je viens d’écrire à la très Révérende Mère supérieure, qui n’est pas là  ; c’est pourquoi je ne peux encore rien vous dire pour ce qui est d’aller vous voir. Si Dieu veut ce sacrifice, offrons-le-lui avec générosité.

«  Adieu, ma bonne mère. Près du tabernacle, je prierai avec beaucoup de ferveur le Bon Dieu pour vous. Notre petite Mère du Ciel viendra en toute certitude vous chercher. Embrassez-la pour moi. Je vous demande de daigner bénir votre fille qui ne vous oublie jamais.

«   Lucie de Jésus, religieuse de Sainte-Dorothée.

«  P. S. Dites très souvent  : Cœur Sacré de Jésus, j’ai confiance en Vous. Doux Cœur de Marie, soyez mon salut. Mon Dieu, je vous aime.  »

Le 26 octobre 1941, sœur Lucie écrivait au Père Umberto Pasquale  :

«  Je ne sais pas pourquoi, la mort contient un je ne sais quoi de peine et d’amertume pour la pauvre nature humaine. C’est ce morceau de chair que nous avons dans la poitrine, qui n’arrive pas à aimer Dieu seul  ! Patience, en dépit de tout je veux ce que Dieu veut, et je ne lui demande rien si ce n’est que sa très sainte Volonté se réalise.  »

«  La crainte de la mort, dit-on, est une terreur difficilement surmontable, disait notre Père, mais par le chapelet ce n’est jamais l’heure de la mort, c’est justement celle qui va venir après. “ Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort ”, maintenant que je suis à l’heure de ma mort. Ainsi bannie par la force encore d’une vie, d’une prière, d’un amour qui ne cédera la place qu’à la réponse de la Bienheureuse Vierge Marie, on cesse de craindre l’heure d’après la mort, parce qu’on est à l’heure de la préparation à la mort.

«  On se dit alors que nous allons passer devant la Vierge Marie qui se tient sur le chemin du Ciel, comme j’aime bien me le figurer, et on lui dira  : “ Priez pour moi, Sainte Vierge Marie. ” Et elle répondra  : “ Oui, mon ami. ”

«  Il paraît que l’appréhension de la mort elle-même n’est terrifiante que par horreur de la nuit, du silence, des ténèbres qui suivent. C’est pour cela que les bons amis, les bons parents, se tiennent près du mourant. Ils ont raison. Qu’il ne pense pas, dans ce froid, qu’il va perdre tout contact avec le monde et avec le Ciel. On est là, on lui serre la main, on lui dit des paroles douces, afin que ces ténèbres n’aient pas le temps de s’installer.

«  Depuis Jésus mourant sur la Croix et regardant la Vierge Marie présente avec saint Jean, regardant avec amour ceux pour lesquels Il meurt, la mort ne doit plus nous faire peur si, avec notre chapelet, nous disons ensemble “ la Messe de la Sainte Vierge ”, notre chapelet.  » (Sermon du 9 août 1999)

LA MORT DE MARIA ROSA
(16 juillet 1942)

Dans son Sixième Mémoire, sœur Lucie raconte  :

«  Les travaux et l’âge avaient miné la santé de ma mère. Sentant sa fin approcher, et dans l’impossibilité où elle se trouvait de me rendre visite, elle m’écrivit qu’elle voulait me voir avant de mourir et elle me demandait si je ne pourrais pas venir l’embrasser une dernière fois. Je montrai sa lettre à mes supérieures. Bien qu’appartenant à une communauté de religieuses dont la vie est active, il me fut répondu qu’il n’était pas question pour moi d’y aller et que j’écrirais à ma mère en l’invitant à offrir à Dieu ce sacrifice.

«  J’écrivis à l’évêque de Leiria pour le mettre au courant de la situation. Il répondit dans le même sens que les religieuses, ajoutant qu’il avait déjà pris des mesures pour qu’un prêtre du Sanctuaire rende visite à ma mère. Ce prêtre devait voir si elle avait besoin de quelque chose. On prenait soin d’elle, et mes sœurs l’entouraient de leur affectueux dévouement. Je vis là l’expression de la Volonté de Dieu et j’écrivis à ma mère d’offrir à Dieu ce sacrifice. Je lui disais que moi aussi j’offrais ce sacrifice pour elle, et je demandais à Dieu de la soulager dans ses souffrances.

«  Quand ma mère reçut ma lettre, elle dit  : “ Ils ne la laisseront pas venir à Fatima même pour assister à ma mort  ! Si j’avais su, je ne l’aurais jamais laissée partir  ! Quoi qu’il en soit, j’offre ce sacrifice à Dieu pour qu’il protège ma fille et l’aide à être toujours bonne. ”

«  Et elle pleura, la tête entre les mains, et appuyée sur ses genoux.

«  Quelques jours plus tard, sentant sa fin approcher, elle demanda à ma sœur Teresa de m’appeler pour qu’au moins elle me fasse ses adieux par téléphone. Ma sœur composa donc le numéro et demanda si sœur Lucie pouvait dire adieu par téléphone à sa mère mourante, car c’était le seul moyen à sa disposition pour entendre une dernière fois la voix de sa fille. Mais quel ne fut pas l’étonnement de ma pauvre sœur quand elle entendit que même cela n’était pas permis  ! Ma sœur ne pouvait cacher ce dernier refus à ma mère qui attendait de saisir l’écouteur pour me dire son dernier adieu.

«  Devant cet ultime refus, ma mère dit en sanglotant  : “ C’est la dernière goutte que le Seigneur m’a laissée au fond du Calice et qu’il me faut boire. Je la boirai par amour pour Lui. ”

«  Quelques jours plus tard, offrant l’amertume de cette dernière goutte pour l’amour de Dieu, elle demanda à être transportée dans la chambre que j’avais occupée. Elle désirait y vivre les derniers moments de son exil. Un prêtre du Sanctuaire vint lui donner la bénédiction apostolique avec l’indulgence plénière à l’heure de la mort, comme on le faisait alors. C’était le 16 juillet 1942, en la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, pour laquelle elle avait toujours eu une grande dévotion et dont elle portait le scapulaire. Paix à son âme  !

«  C’est beaucoup plus tard, à l’occasion d’une visite, que ma sœur Teresa m’apprit ces deux derniers détails. Même alors nous avons pleuré ensemble et offert nos larmes à Dieu pour le repos éternel de ma mère. Nous avons confiance que Dieu l’a reçue avec amour entre ses bras paternels, en récompense de tout ce qu’elle avait fait pour Lui et pour son prochain.  »

Dans son diaire, sœur Lucie a noté  :

«  Ma mère s’est envolée vers le Ciel.

«  C’était le 16 juillet 1942 quand, à 4 heures de l’après-midi, ma sœur Gloria m’a appelée au téléphone pour me faire part du départ de notre chère mère pour le Ciel.

«  C’était le jour de Notre-Dame du Carmel qui, je l’espère, l’a accueillie dans ses bras maternels pour la transporter au Ciel.

«  Mais malgré toute cette espérance, jointe à la foi qui illumine mon esprit, la mort naturelle vient toujours enveloppée du manteau du péché qui la cause, et de ce fait on sent le poids du châtiment et l’obscurité de la sépulture, avec la tristesse qu’entraîne la séparation et qui nous fait verser des larmes de douleur.

«  Notre-Dame a aussi pleuré la mort de son cher Fils alors qu’elle savait que d’ici trois jours elle le verrait ressuscité.

«  Je sais que je vais voir de nouveau ma mère au Ciel, et cette certitude tempère mon amertume et allège ma tristesse.

«  Je souffre plus pour elle que pour moi. Peu de jours avant d’être immobilisée au lit, pressentant sa mort prochaine, elle passa un appel téléphonique pour faire ses adieux, ne pouvant le faire autrement, à sa pauvre fille qui était si loin  ; et Dieu permit que même cette petite consolation lui soit refusée. Ave Maria  ! Je t’aime, ô Jésus  !  »

Le Père Humberto Pasquale écrivit  : «  Nous envoyâmes les dernières nouvelles de la mort de Maria Rosa (16 juillet 1942) à sœur Lucie qui se trouvait dans un sanatorium, aussi ne nous répondit-elle que quelques mois plus tard la lettre suivante.  »

«  Mon Révérend Père,

«  Je vous suis très reconnaissante de votre lettre, je viens aussi vous remercier pour toute l’amitié et toute la charité que vous avez bien voulu prodiguer à ma mère.

«  Que le Bon Dieu et notre Mère du Ciel daignent vous récompenser de tout.

«  J’ai l’esprit tranquille et la ferme espérance que le Seigneur lui fera miséricorde et l’emmènera jouir de sa félicité dans le Ciel. Je ne doute pas qu’elle ait été assistée dans ses derniers moments par le Cœur Immaculé de Marie qui la protégeait avec tant d’amour maternel.

«  Mais je ne sais pourquoi la mort est toujours cause de peine et d’amertume pour notre pauvre nature humaine. C’est que ce morceau de chair que nous avons dans la poitrine ne se décide pas à n’aimer que Notre-Seigneur. Patience  !

«  Malgré tout, je ne veux que ce que Dieu veut et je le prie pour que sa très Sainte Volonté se fasse…  »

Sœur Lucie écrit à l’évêque de Gurza, le 17 juillet 1942. Elle lui dit que sa santé n’a pas été bonne, la dernière quinzaine de mai. Elle lui annonce la mort de sa mère.

«  La deuxième quinzaine de mai, je l’ai passée en mauvaise santé, avec une infection. J’ai eu l’occasion de souffrir quelque chose pour notre Bon Dieu et pour les âmes. Maintenant je suis mieux.

«  Hier, j’ai reçu par téléphone la nouvelle que ma bonne mère était morte à midi. Je recommande son âme aux prières de votre Seigneurie. Dans mes pauvres prières, je n’oublie pas les intentions que votre Seigneurie m’a recommandées.

«  Mon offrande à Dieu est faite, et je suis heureuse de voir qu’Il n’oublie pas de me purifier et de m’immoler dans le creuset de la souffrance. Ce sont des choses relativement petites, mais qu’il se charge de faire sentir selon son bon plaisir.

«  Par charité, ne cessez pas de demander ce dont j’ai grand besoin.  »

Le 23 août 1942, sœur Lucie écrit à dona Rita Lucia Neves  :

«  Chère amie,

«  J’ai devant moi vos deux lettres  : celle de condoléances, et la récente que j’ai reçue il y a trois jours. Je vous remercie avec reconnaissance pour tout, spécialement pour vos prières pour ma mère regrettée  : en vérité, je ressens vivement le chagrin naturel et le sacrifice de ne pas avoir pu lui dire l’ultime Adieu dans cette vie, mais pour l’amour de notre Bon Dieu et pour la conversion de tant de misérables pécheurs, tous les sacrifices sont peu de chose et je me sens heureuse que le Bon Dieu et le Cœur Immaculé de notre bonne Mère du Ciel daignent m’en demander quelques-uns.

«  Quant à ma chère mère, je suis pleinement confiante dans la protection du Cœur Immaculé de Marie qui l’aimait avec prédilection, et c’est à sa vertu que je dois les grâces que j’ai reçues du Ciel, vertu qui l’a amenée à jouir aussitôt du Ciel, d’où elle veillera sur ceux qu’elle a laissés ici sur terre à attendre le moment heureux d’aller s’unir à elle dans l’éternelle possession de notre Dieu.  »

Sœur Marie-Lucie de Jésus et du Cœur Immaculé aspirait, de toute son âme, à ce jour où Notre-Dame l’appellerait à entrer au Ciel.

Dans son Troisième Mémoire, elle avait écrit  : «  En vérité, je ne suis que le pauvre et misérable instrument dont Dieu veut se servir et, bientôt, – comme le peintre qui jette au feu le pinceau dont il n’a plus besoin, pour qu’il soit réduit en cendres – le divin Peintre réduira en cendres, dans le tombeau, son instrument inutilisé jusqu’au jour des alléluias éternels. Je désire ardemment ce jour, parce que le tombeau ne détruit pas tout, et que le bonheur de l’amour éternel et infini commence déjà.  »

RÉCONFORT DANS LE DEUIL D’UNE MÈRE

La mort d’une personne amie et bienfaitrice amène sœur Lucie à exprimer à la fille de cette dernière les sentiments qui traversent son âme  :

«  C’est le cœur broyé que je viens vous dire combien je vous ai accompagnée dans ces jours d’amertume, et je continue à vous accompagner dans le douloureux chagrin où votre chère mère nous a laissés. Je l’éprouve aussi, car le lien d’amitié qui nous unissait était fort. Je ne doute pas que le Bon Dieu ait accueilli l’âme précieuse de votre chère mère dans les bras de son infinie miséricorde.

«  Âme pure, juste, pieuse et charitable avec des attentions et générosités d’une extrême délicatesse envers tous ceux qui l’entouraient, en particulier envers les plus pauvres. Martyrisée par la douleur physique et morale, elle n’a pas pu manquer d’aller recevoir la récompense de sa fidélité au service du Seigneur, comme fidèle exécutrice de toutes ses lois.

«  Chère amie, efforcez-vous de suivre ses traces et ses si beaux exemples de vertu héroïque, afin de pouvoir un jour jouir des délices de sa compagnie dans le Ciel, dans la possession du bien suprême, de la lumière incréée, c’est là seulement que nous trouverons le bonheur. Voyez que les renoncements, les sacrifices que nous devons faire pour cela ne sont rien en comparaison des tortures éternelles auxquelles nous échappons, et du bonheur céleste que nous obtenons.  »

Nous sommes faits pour le Ciel.

«  Si Dieu ne nous avait créés que pour les quelques jours ou années que nous passons ici-bas dans le travail, les afflictions et les souffrances que nous devons tous supporter à des degrés différents, alors nous pourrions dire que notre vie n’a pas de raison d’être puisqu’elle va bientôt se terminer dans la poussière de la terre d’où nous sommes tirés  ! Mais non, Dieu, dans sa grandeur, a des desseins plus élevés et son Amour ne pouvait se contenter de cela. Nous sommes le chef-d’œuvre de son Amour, Il nous a créés pour nous rendre participants de l’immensité de sa Vie, au Ciel.  »

C’est pourquoi il nous faut nous y préparer, car «  Dieu peut frapper à notre porte  ».

Parfois, en écrivant à certaines personnes, sœur Lucie saisit l’occasion de leur conseiller de se préparer à rendre leur âme à Dieu, comme dans cet extrait de lettre du 20 janvier 1955  :

«  J’ai été très peinée en apprenant qu’on n’allait pas bien chez vous… Monsieur X a été malade et la maladie est toujours une croix parce qu’elle indique que la vie naturelle va finir et que la vie éternelle approche.

«  J’espère que monsieur X mettra tout son zèle à obtenir une heureuse éternité et que pour cela il s’y préparera avec le plus grand soin au moyen des sacrements que nous avons l’obligation de recevoir.

«  Même s’il se trouve mieux et que ce qui s’est passé s’avère sans gravité, Dieu peut frapper à notre porte et nous appeler à lui rendre compte de notre vie quand nous l’attendons le moins.  »

C’est pourquoi il faut se tenir prêt  :

En contraste, avec les paroles encourageantes que sœur Lucie écrivait habituellement à ses correspondants, elle se montrait parfois sans concession dans ses conseils, comme le montre la lettre du 14 avril 1955  :

«  J’espère que M. N. n’aura pas laissé passer cette fête de Pâques sans satisfaire au précepte, non seulement à cause du bon exemple qu’il doit avoir la charge de donner, je suppose, à ses enfants et à ses collègues, parce que nous avons tous devant Dieu la responsabilité de l’exemple que nous donnons à ceux qui observent notre façon de vivre  ; car il est sûr, ce dicton ancien selon lequel “ si les paroles émeuvent, l’exemple entraîne ”; et ainsi nous sommes responsables des actions du prochain si nous n’avons pas su les élever au bien, surtout par notre exemple.

«  Mais surtout, et c’est le plus important, c’est de notre âme qu’il s’agit  ! Nous ne la sauvons ou perdons qu’une seule fois, sans pouvoir revenir en arrière. Là où tombe l’arbre, là il reste. D’où la grande nécessité de vivre en état de grâce. Nous ne savons pas si nous avons encore la journée de demain à vivre, ni si nous serons ou non surpris par la mort subite. Et si elle nous prend en état de péché, le malheur est éternel.

«  J’espère donc que M. N., pesant des raisons si sérieuses, ne voudra pas s’exposer plus longtemps au péril de la damnation. Je sais que M. N. est une personne sérieuse et honorable, capable donc de vaincre les quelques difficultés qui puissent l’arrêter. Il sait bien que je ne suis pas démesurée ni exigeante. Je sais excuser la fragilité humaine, et cela fait de nombreux mois que je diffère, mais maintenant, c’est nécessaire, sans perdre de temps.  »

Quand il s’agissait de sauver une âme en péril de se perdre, la religieuse non seulement parlait sans détour, mais recourait à des pénitences extraordinaires et le manifestait ouvertement  :

«  Ne pense pas qu’il faille qu’à l’heure de ta mort, ce soit Dieu qui t’inflige une sentence de condamnation éternelle  ! Ou qui te pousse pour te faire tomber en enfer  ! Non  ! C’est le péché, la vie de péché, le chemin que tu suis, voilà ce qui te précipite là  !  !  !

«  Sur ce point, peut-être as-tu eu le malheur d’entendre de fausses doctrines  : Je ne crois pas, disent-ils, que Dieu condamne celui qui pèche par fragilité.

«  Comme ils sont aveugles  ! Oui, en vérité, ce n’est pas Dieu qui condamne, mais bien le péché que l’on commet. C’est bien lui qui nous entraîne en enfer  !  !  ! S’il n’en était pas ainsi, ma chère amie, penses-tu que nous nous serions tant sacrifiées pour te sauver  ?  »

LE CŒUR IMMACULÉ DE MARIE EN GRAND CHAGRIN

L’apparition du 13 juin 1917 est la révélation des souffrances du Cœur Immaculé de Marie, blessé d’une couronne d’épines, symbole de ces souffrances et qui demande réparation. Dès le 13 mai, François avait tout compris  : «  J’aime tellement Dieu  ! Mais Lui, Il est si triste à cause de tant de péchés  ! Nous, nous ne devons jamais en faire aucun.  » Ce mystère de la peine de Dieu est inaccessible aux théologiens qui expliquent que Dieu est impassible, c’est-à-dire exempt de toute peine, incapable de souffrir, serait-ce même avec son Fils crucifié. Ce Dieu-là se trouve alors «  très semblable à nous par son égoïsme transcendantal, mais parfaitement étranger à nous par sa béatitude incapable de toute peine et misère  » (CRC n° 127, mars 1978, p. 11).

«  Pourtant, continue notre Père, Dieu dans le Christ [qui est Dieu, Fils de Dieu, Dieu lui-même…] est familier de la douleur  ; il ressent l’humiliation et la peine, au centre même de sa Personne, et il l’accepte avec une totale liberté, par amour. Très proche de nous par sa souffrance, il est très différent de nous en ce qu’il l’accepte comme une suprême beauté et gloire, alors que nous la détestons et fuyons comme malheur et laideur.  »

À Fatima, la Vierge Marie sa Mère achève cette révélation en montrant son Cœur blessé par cette couronne d’épines qui symbolise les outrages dont elle est la victime et que Jésus énoncera à Lucie, dans la nuit du 29 au 30 mai 1930  :

«  Blasphèmes contre l’Immaculée Conception.

«  Blasphèmes contre sa Virginité.

«  Blasphèmes contre sa Maternité divine, en refusant en même temps de la reconnaître pour notre Mère.

«  Blasphèmes de ceux qui cherchent publiquement à mettre dans le cœur des enfants l’indifférence ou le mépris, ou même la haine à l’égard de cette Mère Immaculée.

«  Offenses de ceux qui l’outragent directement dans ses saintes images.  »

Mais le motif suprême d’une douleur inconsolable, du grand chagrin de Marie, Lucie l’a contemplé le 13 juillet 1917, lors de la troisième apparition, après la vision de l’enfer  :

«  Ce qui m’est resté le plus gravé dans l’esprit et dans le cœur, ce fut la tristesse de cette Dame lorsqu’elle nous montra l’enfer  ! Si la vision de l’enfer avait duré un instant de plus, nous serions morts de peur et d’épouvante. Cependant, une chose m’a encore plus impressionnée, ce fut l’expression douloureuse du regard de Notre-Dame  ! Si je vivais mille ans, je la conserverais toujours gravée dans mon cœur.  »

L’enfer existe, et je puis y tomber. Passer outre sans tenir compte de cet avertissement est folie, le contraire de la “ Sagesse ” qui paraît dans les larmes de cette Mère.

Moins de dix ans plus tard, en 1925, sœur Lucie, postulante à Pontevedra, âgée de dix-huit ans, dans la soirée du 10 décembre 1925, après le souper, reçoit dans sa cellule la visite de l’Enfant-Jésus et de Notre-Dame, venus lui révéler les promesses attachées à la dévotion des cinq premiers samedis du mois, et lui demander de la répandre.

«  Alors que je traversais un océan d’angoisses, raconte sœur Lucie, la chère Mère du Ciel daigna venir de nouveau à la rencontre de sa pauvre fille, à qui elle avait promis sa protection spéciale.

«  C’était le 10 décembre 1925. J’étais dans ma chambre, quand elle s’illumina tout à coup; c’était la lumière de la chère Mère du Ciel qui venait avec Jésus Enfant sur une nuée lumineuse. Notre-Dame, comme si Elle voulait m’inspirer du courage, posa doucement sa main maternelle sur mon épaule droite, en me montrant en même temps son Cœur Immaculé entouré d’épines, qu’elle tenait dans l’autre main.

«  L’Enfant-Jésus me dit  : “ Aie compassion du Cœur de ta très Sainte Mère, couvert des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer. ”

«  Ensuite la très Sainte Vierge me dit  : “ Vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines que les hommes ingrats m’enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet, et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mys­tères du Rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme. ”

«  Après cette grâce, comment pouvais-je me soustraire au plus petit sacrifice que Dieu voudrait me demander  ? Pour consoler le Cœur de ma chère Mère du Ciel, je serais contente de boire jusqu’à la dernière goutte le calice le plus amer. Je désirais souffrir tous les martyres pour offrir réparation au Cœur Immaculé de Marie, ma chère Mère, et lui retirer une à une toutes les épines qui le déchirent, mais je compris que ces épines sont le symbole des nombreux péchés qui se commettent contre son Fils, et se communiquent au Cœur de sa Mère. Oui, parce que par eux beaucoup d’autres de ses fils se perdent éternellement.  »

C’est toujours la pensée de l’enfer…

Chargée de cette mission, Lucie fit tout son possible pour faire connaître les demandes de Notre-Dame. Elle s’en ouvrit aussitôt à sa supérieure, mère Magalhaes, qui était gagnée à la cause de Fatima et prête, quant à elle, à se conformer aux désirs du Ciel. Lucie en fit part aussi au confesseur de la maison, don Lino Garcia, qui lui fit remarquer que, seule, la supérieure ne pouvait rien.

Sur les entrefaites, elle reçoit une réponse du Père Pereira Lopes, son confesseur, auquel elle s’empresse d’écrire en lui donnant plus amples détails. Hélas  ! c’est une fin de non-recevoir  :

«  Mon très révérend Père, je viens bien respectueusement vous remercier de l’aimable lettre que vous avez eu la bonté de m’écrire.

«  Quand je l’ai reçue et que j’ai vu que je ne pouvais encore répondre aux désirs de la Sainte Vierge, je me suis sentie un peu triste. Mais je me suis tout de suite rendu compte que les désirs de la Très Sainte Vierge étaient que je vous obéisse.

«  Je me suis tranquillisée et, le lendemain, quand j’ai reçu Jésus à la communion, je lui ai lu votre lettre et je lui ai dit  : “ Ô mon Jésus  ! Moi, avec votre grâce, la prière, la mortification et la confiance, je ferai tout ce que l’obéissance me permettra et ce que vous m’inspirerez  ; le reste, faites-le vous-même. ”  »

«  Le reste  », c’est la diffusion de cette dévotion réparatrice dans toute l’Église.

«  Je suis restée comme cela, jusqu’au 15 février 1926.  »

LA DÉVOTION RÉPARATRICE

«  Le 15 février 1926, j’étais occupée par mon emploi. J’allais vider une poubelle en dehors du jardin. Au même endroit, quelques mois auparavant, j’avais rencontré un enfant à qui j’avais demandé s’il savait l’Ave Maria. Il m’a répondu que oui, et je lui avais demandé de me le réciter, pour l’entendre. Mais comme il ne se décidait pas à le dire seul, je l’avais récité trois fois avec lui. À la fin des trois Ave Maria, je lui avais demandé de le dire seul. Comme il restait silencieux et ne paraissait pas capable de le dire seul, je lui demandais s’il connaissait l’église de Sainte-Marie. Il répondit que oui. Je lui dis alors d’y aller tous les jours et de prier ainsi  : “ Ô ma Mère du Ciel, donnez-moi votre Enfant-Jésus  ! ” Je lui appris cette prière, et je m’en allais.

«  Le 15 février, en revenant comme d’habitude, je trouvai un enfant qui me parut être le même, et je lui demandai alors  : “ As-tu demandé l’Enfant-Jésus à notre Mère du Ciel  ? ”

«  L’Enfant se tourna vers moi et me dit  : “ Et toi, as-tu révélé au monde ce que la Mère du Ciel t’a demandé  ? ” Et, ayant dit cela, il se transforma en un enfant resplendissant. Reconnaissant alors que c’était Jésus, je lui dis  : “ Mon Jésus  ! Vous savez bien ce que m’a dit mon confesseur dans la lettre que je vous ai lue. Il disait qu’il fallait que cette vision se répète, qu’il y ait des faits pour permettre de croire, et que la Mère supérieure ne pouvait pas, elle toute seule, répandre la dévotion dont il était question.

 C’est vrai que la Mère supérieure, toute seule, ne peut rien, mais avec ma grâce, elle peut tout. Il suffit que ton confesseur te donne l’autorisation et que ta supérieure le dise pour que l’on croie, même sans savoir à qui cela a été révélé.

 Mais mon confesseur disait dans sa lettre que cette dévotion ne faisait pas défaut dans le monde, parce qu’il y avait déjà beaucoup d’âmes qui Vous recevaient chaque premier samedi, en l’honneur de Notre-Dame et des quinze mystères du Rosaire.

 C’est vrai, ma fille, que beaucoup d’âmes commencent, mais peu vont jusqu’au bout et celles qui persévèrent le font pour recevoir les grâces qui y sont promises. Les âmes qui font les cinq premiers samedis avec ferveur et dans le but de faire réparation au Cœur de ta Mère du Ciel me plaisent davantage que celles qui en font quinze, tièdes et indifférentes.

– Mon Jésus  ! Bien des âmes ont de la difficulté à se confesser le samedi. Si vous permettiez que la confession dans les huit jours soit valide  ?

 Oui. Elle peut être faite même au-delà, pourvu que les âmes soient en état de grâce le premier samedi lorsqu’elles me recevront et que, dans cette confession antérieure, elles aient l’intention de faire ainsi réparation au Cœur Immaculé de Marie.

– Mon Jésus  ! Et celles qui oublieront de formuler cette intention  ?

 Elles pourront la formuler à la confession suivante, profitant de la première occasion qu’elles auront de se confesser.  »

La confession pourra donc se faire le jour du premier samedi, ou anticipée de huit jours, ou à la confession mensuelle proche du premier samedi.

La pensée de faire réparation au Cœur Immaculé de Marie doit y être jointe également  : il n’est pas besoin de formuler cette intention au confesseur, mais seulement d’offrir à Dieu cette confession en esprit de réparation envers le Cœur Immaculé de Marie.

«  L’âme ajoute au principal motif de la douleur que sera toujours le péché comme offense à Dieu qui nous a rachetés dans le Christ, cet autre qui indubitablement exercera une influence bénéfique  : l’offense au Cœur Immaculé et Douloureux de la Vierge Marie  », écrira le Père Alonso.

«  Aussitôt après, écrit Lucie, il disparut sans que je sache rien d’autre des désirs du Ciel jusqu’aujourd’hui. Et quant aux miens, c’est qu’une flamme d’amour divin s’allume dans les âmes pour que, soutenues dans cet amour, elles consolent vraiment le Cœur Immaculé de Marie. J’ai du moins le désir de consoler beaucoup ma chère Mère du Ciel, en souffrant beaucoup pour son amour.  »

La fin de la lettre, bien que toute personnelle, mérite d’être citée. La candeur, l’humilité, la pureté d’âme de la voyante qui ne désire qu’une chose, plaire en tout à Jésus, s’y manifeste merveilleusement  :

«  Mais pour le moment, je m’en tiens aux désirs, car lorsqu’il s’offre une occasion de souffrir une réprimande, un mot qui vient blesser mon amour-propre, ou une petite contrariété dans mon emploi, je vais le plus vite possible me plaindre à Jésus-Hostie. Et même parfois à Mère supérieure, lui racontant tout ce qui est arrivé et espérant toujours que Jésus me dise qu’il est content parce que je me suis tue ou que j’ai fait promptement ce qui m’a été demandé. Or, s’il y a un jour où il me semble que Jésus n’est pas content de moi, je n’ai envie que de pleurer et je ne sais plus ce que je dois faire pour qu’il soit content de moi.

«  Je termine ma lettre avec tout mon respect, vous suppliant de bien vouloir me répondre en me disant ce que je dois faire pour accomplir les désirs du Ciel.

«   Respectueusement, je vous prie de bien vouloir me bénir et de prier Jésus pour celle qui est votre servante très humble et obéissante.  »

Après cette apparition du 15 février 1926, Lucie sentit un mélange de bonheur indescriptible et de douleur vive, en voyant Dieu tellement offensé. Elle aurait «  voulu souffrir tous les martyres pour faire réparation au Cœur Immaculé de Marie, ma Mère chérie, et, une par une, lui retirer toutes les épines qui le déchirent, mais je compris que ces épines sont le symbole des nombreux péchés commis contre son Fils, qui transpercent le Cœur de la Mère. Oui, puisque, à cause d’eux, beaucoup d’autres enfants se perdent éternellement.  »

À cette pensée, sacrifions-nous pour les pécheurs et disons souvent à Jésus, spécialement lorsque nous faisons un sacrifice  :

«  Ô Jésus, c’est pour Votre amour, pour la conversion des pécheurs et en réparation pour les péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie.  »

13 MAI 1917  : LE CIEL ET LE PURGATOIRE

Le 13 mai 1917, l’apparition d’une Femme toute de blanc vêtue et plus brillante que le soleil engageait le dialogue avec Lucie  :

«  N’ayez pas peur, je ne vous ferai pas de mal.

 D’où vient Votre Grâce  ?

 Je suis du Ciel.

 Et que veut de moi Votre Grâce  ?

– Je suis venue vous demander de venir ici pendant six mois de suite, le 13, à cette même heure. Ensuite, je vous dirai qui je suis et ce que je veux.

«  Après, je reviendrai encore ici une septième fois.  »

Le Ciel  ! aller au Ciel, seul but de la vie  :

«  Et moi aussi, est-ce que j’irai au Ciel  ?

 Oui, tu iras.

 Et Jacinthe  ?

 Aussi.

 Et François  ?

 Aussi, mais il devra réciter beaucoup de chapelets.  »

Mais Notre-Dame a beaucoup d’autres enfants à conduire au Ciel. Il faut le leur “ gagner ”  :

«  Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’Il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs  ?

 Oui, nous le voulons, répondit Lucie.

– Vous aurez alors beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre réconfort.  »

Les «  souffrances  » ne tardèrent pas. La mère de Lucie, Maria Rosa, ne pouvait croire que sa fille avait vu la Sainte Vierge, et elle voulait l’obliger à confesser son «  mensonge  ». Parfois, elle en venait à la frapper avec le manche à balai. Pauvre Lucie  ! «  Mon unique soulagement était dans les larmes que je versais devant Dieu, en Lui offrant mon sacrifice.  »

François sut trouver les mots pour la consoler  : «  Ne te chagrine pas, lui disait-il, Notre-Dame ne nous a-t-elle pas avertis que nous aurions beaucoup à souffrir pour réparer tant de péchés qui offensent Notre-Seigneur et son Cœur Immaculé  ? Ils sont si tristes  ! Si, avec ces souffrances, nous pouvons les consoler, soyons contents.  »

Le 13 mai, les enfants avaient vu Notre-Seigneur dans la lumière jaillie des mains de Notre-Dame. François restait très impressionné par cette vision et il disait  : «  J’aime tellement Dieu  ! Mais Lui, Il est si triste à cause de tant de péchés  ! Nous ne devons jamais en faire aucun  !  »

Le petit voyant en était bouleversé au point de fondre en larmes. Une nuit, son père le retrouva le visage enfoui dans son traversin pour étouffer ses pleurs. Il lui demanda ce qu’il avait mais François ne répondit rien. Comme son père insistait, il lui dit timidement  : «  Je pensais à Jésus qui est si triste à cause de tant de péchés que l’on commet contre Lui.  »

Souvent, François s’éloignait pour réciter le chapelet. Quand Lucie l’appelait, il répondait  : «  Après, je prierai aussi avec vous. Ne te rappelles-tu pas que Notre-Dame a dit que je devais réciter beaucoup de chapelets  ?  »

Un jour, Lucie le retrouva juché sur un rocher inconfortable. «  Mais que fais-tu ici depuis si longtemps  ? demanda-t-elle, stupéfaite.

«  Je pense à Dieu qui est si triste à cause de tant de péchés  ! Ah, si j’étais capable de Lui faire plaisir  !  »

Plus tard, sœur Lucie écrira qu’ils s’en montraient capables, en effet, tous les trois.

Après l’apparition du 13 mai, Notre-Dame «  s’élevant dans l’espace fut tout heureuse d’apporter à Dieu, comme le fit autrefois l’ange Gabriel pour Marie, la réponse des petits bergers choisis par Dieu pour transmettre son message  ». Mais Dieu ne se laissa pas vaincre en générosité.

Et la guerre  ? Nous sommes en 1917, au cœur de l’année la plus éprouvante de la Première Guerre mondiale  !

«  Récitez le chapelet tous les jours afin d’obtenir la paix pour le monde et la fin de la guerre.

 Pouvez-vous me dire si la guerre durera encore longtemps  ?

 Je ne puis te le dire encore, tant que je ne t’ai pas dit aussi ce que je veux.  » Ce que veut cette Femme est comme la clause d’un “ traité ” à conclure avec Elle, notre Reine  ; nous n’obtiendrons «  la paix avec notre propre conscience, la paix avec Dieu, la paix à la maison et en famille, la paix entre voisins et entre nations  » que par la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Ce sera la révélation du 13 juin.

13 JUIN 1917  : LE CHAGRIN DU CŒUR IMMACULÉ

Fidèles au rendez-vous, les enfants se retrouvèrent le 13 juin à la Cova da Iria. Soudain, Lucie aperçut les signes qui annonçaient l’apparition. «  Jacinthe, Notre-Dame va venir  ! Voilà qu’il y a déjà eu l’éclair  !  »

Le trio courut vers le chêne-vert. Levant les mains comme si elle priait, Lucie demanda  :

«  Que veut de moi Votre Grâce  ?

 Je veux que vous veniez ici le 13 du mois prochain, que vous disiez le chapelet tous les jours et que vous appreniez à lire. Ensuite, je vous dirai ce que je veux.

 Je voudrais vous demander de nous emmener au Ciel.

 Oui, François et Jacinthe, je les emmènerai bientôt, mais toi, Lucie, tu resteras ici pendant un certain temps. Jésus veut se servir de toi afin de me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut, ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par moi pour orner son trône.

 Je vais rester ici toute seule  ? demanda-t-elle avec peine.

 Non, ma fille. Tu souffres beaucoup  ? [Oui, déjà ! à la seule pensée de cette solitude où elle sera pendant tout le siècle ! mais cela, elle ne le sait pas encore.] Ne te décourage pas, je ne t’abandonnerai jamais  ! Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu.  »

La preuve  :

«  Ce fut au moment où elle prononça ces dernières paroles qu’elle ouvrit les mains et nous communiqua, pour la deuxième fois, le reflet de cette lumière immense. En elle, nous nous vîmes comme submergés en Dieu. Jacinthe et François semblaient se trouver dans la partie de cette lumière qui s’élevait vers le Ciel, et moi dans celle qui se répandait sur la terre.  »

Ainsi, dans la lumière même de Dieu, les enfants virent ­l’expression symbolique de la divergence de leurs vocations qui allait les séparer. François s’étonnait  : «  Tu te trouvais avec Notre-Dame, disait-il à sa cousine, dans la lumière qui descendait vers la terre, et Jacinthe et moi dans celle qui montait vers le Ciel.  »

Dans cette lumière divine, tout est sous le régime de l’éternité  : le passé, le présent, et le futur.

«  Devant la paume de la main droite de Notre-Dame se trouvait un Cœur entouré d’épines qui semblaient s’y enfoncer. Nous avons compris que c’était le Cœur Immaculé de Marie, outragé par les péchés de l’humanité, qui demandait réparation.  »

Quand la Sainte Vierge s’éloigna de l’arbuste, il y eut comme le souffle d’une fusée de feu d’artifice. Lucie se leva très vite, et en tendant le bras, s’exclama  : «  Voyez, Elle s’en va  !  » Les enfants restaient les yeux fixés sur le même point du Ciel, jusqu’à ce que Lucie déclarât  : «  C’est fini  ! Maintenant, on ne La voit plus, Elle est rentrée au Ciel, les portes se sont refermées.  »

Elle s’adressait à la cinquantaine de personnes présentes. Mais le 13 juillet, ils seront des milliers.

Ce jour-là, les petits voyants eurent donc la révélation de leur vocation particulière et ils reçurent de même une connaissance et un amour spécial du Cœur Immaculé de Marie.

Jacinthe débordait particulièrement de ferveur. Elle confiait de temps en temps à sa cousine  : «  Notre-Dame a dit que son Cœur Immaculé serait ton refuge et le chemin qui te conduirait jusqu’à Dieu. N’aimes-tu pas cela beaucoup  ? Moi, j’aime tant son Cœur, il est si bon  !  »

«  Il me semble, explique Lucie, que, ce jour-là, ce reflet avait pour but principal d’infuser en nous une connaissance et un amour spécial envers le Cœur Immaculé de Marie  ; de même que les deux autres fois, il avait eu ce même but, mais par rapport à Dieu et au mystère de la très Sainte Trinité. Depuis ce jour, nous sentîmes au cœur un amour plus ardent envers le Cœur Immaculé de Marie.  »

Pour Lucie, sa dévotion au Cœur Immaculé de Marie sera confirmée par les apparitions de Tuy et Pontevedra et elle sera la lumière de toute sa vie. Ainsi, le 1er septembre 1940, elle écrit au Père Aparicio  :

«  Le Cœur Immaculé de Marie est mon refuge, surtout dans les heures les plus difficiles. Là, je suis toujours en sécurité. C’est le Cœur de la meilleure des mères  ; il est toujours attentif et il veille sur la dernière de ses filles. Combien cette certitude m’encourage et me réconforte  ! En elle, je trouve force et consolation. Le Cœur Immaculé est le canal par lequel Dieu fait jaillir sur mon âme la multitude de ses grâces. Aidez-moi à en être reconnaissante et à correspondre à tant de miséricordes.  »

De même, à mère Cunha Matos, qui s’apprête à partir pour Fatima, elle écrit le 14 avril 1945  :

«  Je me souviens toujours de la grande promesse qui me remplit de joie  : “ Je ne te laisserai jamais seule. Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira à Dieu. ”

«  Je crois que cette promesse n’est pas pour moi seule, mais pour toutes les âmes qui veulent se réfugier dans le Cœur de leur Mère du Ciel et se laisser conduire par les chemins tracés par elle… Il me semble que telles sont aussi les intentions du Cœur Immaculé de Marie  : Faire briller devant les âmes encore ce rayon de lumière, leur montrer encore ce port de salut, toujours prêt à accueillir tous les naufragés de ce monde

«  Quant à moi, tout en savourant les fruits délicieux de ce beau jardin, je m’efforce d’en faciliter l’accès aux âmes, pour qu’elles y rassasient leur faim et leur soif de grâce, de réconfort et de secours.  »

Que Notre-Dame soit glorifiée, honorée, aimée, servie par toutes les créatures  ! C’est là le secret du Secret.

C’est pourquoi Dieu veut que la dévotion au Cœur Immaculé de Marie s’étende au monde entier. Il veut même qu’elle s’y «  établisse  », fondant un culte public, solennel et stable, donc liturgique, reconnu, exalté et répandu par la hiérarchie elle-même, ne se réduisant pas à une dévotion privée, qui peut naître puis disparaître.

Loin de contredire l’unique médiation du Cœur de Jésus, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie est le seul chemin qui y conduit  :

«  Nous voyons ainsi que la dévotion au Cœur Immaculé de Marie s’établira dans le monde par une véritable consécration qui est conversion et don total. Comme, par la consécration, le pain et le vin se transforment en Corps et en Sang du Christ, qu’il a puisés, comme tout son être humain, dans le Cœur de Marie. C’est de cette manière que le Cœur Immaculé sera pour nous le refuge et le chemin qui mène jusqu’à Dieu.

«  Nous formerons alors le cortège de ce nouveau lignage créé par Dieu, en puisant la vie surnaturelle à la même source fécondante, le Cœur de Marie qui est la Mère du Christ et de son Corps mystique. Si bien que nous deviendrons véritablement les frères du Christ, selon ses propres paroles  : “ Ma Mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en ­pratique. ” (Lc 8, 21)  »

La dévotion au Cœur Immaculé de Marie est désormais le gage certain du salut.

Et pour sauver les âmes de l’enfer, «  Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé  », a dit la Vierge de la Cova da Iria. L’affliction de Notre-Dame marqua profondément Lucie. Elle en fit la confidence, au début des années quarante, au Père Humberto Pasquale  :

«  Ce qui m’est resté le plus gravé dans l’esprit et dans le cœur, ce fut la tristesse de cette Dame lorsqu’elle nous montra l’enfer  ! Si la vision de l’enfer avait duré un instant de plus, nous serions morts de peur et d’épouvante. Cependant, une chose m’a encore plus impressionnée, ce fut l’expression douloureuse du regard de Notre-Dame  ! Si je vivais mille ans, je la conserverais toujours gravée dans mon cœur.  »

Ainsi, la dévotion au Cœur Immaculé est le moyen que le Sacré-Cœur de Jésus a conçu dans sa Sagesse pour mettre le comble à la fois à sa Miséricorde infinie pour nous autres pécheurs, et à son premier amour, unique et incomparable, pour la très Sainte Vierge Marie  ! En effet, le pouvoir donné par Dieu au Cœur Immaculé de Marie de sauver les âmes de l’enfer constitue le premier acte et aujourd’hui l’ultime grâce de l’économie de la Rédemption.

Cependant, face à l’enfer, notre très chéri Père Céleste nous offre le Cœur Immaculé de Marie «  avec une certaine crainte  », comme le dira sœur Lucie au Père Fuentes, parce que «  si nous méprisons et repoussons cet ultime moyen de salut, nous n’aurons plus le pardon du Ciel  ».

Cependant, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie n’est pas seulement l’ultime recours des plus grands pécheurs en perdition, elle est en vérité le chemin le plus sûr et le plus rapide qui mène à la sainteté. L’exemple des trois voyants en est une preuve éclatante et un appel à le suivre.

NOTRE RÉSOLUTION DE CARÊME

L’autre jour, un prêtre a dit à nos amis, ses paroissiens  : «  Ce n’est pas un péché de ne pas dire le chapelet.  » Vrai ou faux  ?

Nous autres, les frères et les sœurs, nous sommes tenus à réciter l’office divin, les 150 psaumes, que notre Père nous a appris à aimer. Mais la pratique du chapelet a été instituée dans les familles, les tiers ordres, et toutes sortes de congrégations, sans que les pasteurs la considèrent comme un acte liturgique lié à l’office divin. Par exemple, Pie IX, le Bx Pie IX, très grand Pape, très grand saint, avait une immense dévotion à la Très Sainte Vierge, en particulier à ce privilège divin qui la fait nommer l’Immaculée Conception. Devenu Pape, il a défini ce privilège de Notre-Dame comme un dogme de notre foi, mais il n’a jamais dit que le chapelet était un office liturgique de règle. Et cependant, dès le dix-neuvième siècle, c’est Marie, l’Immaculée Conception, qui s’est nommée ainsi à Lourdes le 25 mars 1858, comme pour confirmer le dogme défini par le Pape en 1854, c’est Elle qui a donné au chapelet son droit privilégié, parmi les dévotions, et les Papes, ses successeurs, l’ont béni et recommandé à leur tour, jusqu’au concile Vatican II exclusivement. Le concile Vatican II fut un Concile réformateur, et un aspect très remarquable de cette “ réforme ” est qu’elle exclut le chapelet. Le mot même est absent des Actes du Concile.

Et la chose elle-même a peu à peu disparu de la pratique officielle de l’Église.

Et pourtant, la Vierge Marie avait pris les devants, quarante ans avant le Concile, pour dire et répéter  : «  Je veux  »; «  Mon Fils veut  »… sans passer par l’Église hiérarchique. C’est Elle qui l’a dit  : «  Récitez le chapelet tous les jours.  » C’est dit aux familles, aux congrégations. Ce n’est pas un devoir, mais c’est plus mobilisant encore parce qu’il le faut pour obtenir toute grâce et le Paradis au jour de la mort  : «  Avec le saint Rosaire, nous nous sauverons, nous nous sanctifierons, nous consolerons Notre-Seigneur et nous obtiendrons le salut de beaucoup d’âmes.  » (sœur Lucie, au Père Fuentes, 26 décembre 1957)

Dès lors, nous sommes tenus, en toute liberté, mais nécessairement… Tu es libre, mais c’est nécessaire, si tu veux éviter l’enfer et aller au Ciel.

Car sans le Rosaire, nous nous perdrons, victimes d’une «  campagne diabolique  », écrivait sœur Lucie à un neveu prêtre, le 4 avril 1970  : «  Nous devons faire front, sans nous mettre en conflit. Nous devons dire aux âmes que, maintenant plus que jamais, il faut prier pour nous et pour ceux qui sont contre nous  ! Nous devons réciter le chapelet tous les jours. C’est la prière que Notre-Dame a le plus recommandée, comme pour nous prémunir, en prévision de ces jours de campagne diabolique  !  »

Et pourquoi est-ce nécessaire  ? Parce que la Mère de Dieu le veut comme moyen premier du règne de Dieu dans nos cœurs.

Dès lors, nous n’avons pas à chercher davantage quelle résolution prendre pour notre Carême  :

«  Récitez le chapelet tous les jours.  »

C’est pourquoi nous ajouterons, nous, en communauté, un troisième chapelet aux deux autres que nous disons déjà. Le premier, c’est le matin, entre laudes et prime. Le deuxième, c’est l’après-midi, à 3 heures, avant none. Le troisième sera le soir, en écourtant le chapitre, à 8 h 30, avant complies.

C’est un “ devoir ” qui n’est pas inscrit dans le Décalogue, les dix commandements de Dieu qui expriment la volonté signifiée par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï. Mais c’est une volonté de bon plaisir, c’est-à-dire sans raison autre que… le bon plaisir de notre très chéri Père Céleste. C’est au-delà de toutes les raisons que l’on peut en donner. Mais il est très urgent de réparer l’ “ oubli ” du Concile en élevant le chapelet au rang de prière liturgique. Parce que laissé à l’initiative individuelle, c’est très difficile… de l’aveu même de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.

Elle disait à sa supérieure qu’elle aimait beaucoup les prières communes, donc liturgiques, «  parce que Jésus a promis de se trouver au milieu de ceux qui s’assemblent en son nom, je sens alors que la ferveur de mes sœurs supplée à la mienne, mais toute seule (j’ai honte de l’avouer) [la parenthèse est de sainte Thérèse] la récitation du chapelet me coûte plus que de mettre un instrument de pénitenceJe sens que je le dis si mal  ! J’ai beau m’efforcer de méditer les mystères du rosaire, je n’arrive pas à fixer mon espritLongtemps je me suis désolée de ce manque de dévotion qui m’étonnait, car j’aime tant la Sainte Vierge qu’il devrait m’être facile de faire en son honneur des prières qui lui sont agréables. Maintenant je me désole moins, je pense que la Reine des Cieux étant Ma Mère, elle doit voir ma bonne volonté et qu’elle s’en contente. Quelquefois, lorsque mon esprit est dans une si grande sécheresse qu’il m’est impossible d’en tirer une pensée pour m’unir au Bon Dieu, je récite très lentement un “ Notre Père ” (Mt 6, 9-13) et puis la “ Salutation angélique ”; alors ces prières me ravissent, elles nourrissent mon âme bien plus que si je les avais récitées précipitamment une centaine de fois… (Lc 1, 28; Mt 6, 9-13) La Sainte Vierge me montre qu’elle n’est pas fâchée contre moi, jamais elle ne manque de me protéger aussitôt que je l’invoque. S’il me survient une inquiétude, un embarras, bien vite je me tourne vers elle et toujours comme la plus tendre des Mères elle se charge de mes intérêts.  » (Manuscrit à mère Marie de Gonzague, juin 1897)

CONCLUSION DE RETRAITE  : «  PRIER POUR LE SAINT-PÈRE.  »

Nos retraitants vont nous quitter et retrouver ce monde en proie à la «  désorientation diabolique  » qui marque l’accomplissement des prophéties dont les voyants de Fatima furent les messagers. Dont nous connaissons maintenant le dernier mot, le “ troisième secret ”, qui annonce une crise de l’Église, «  à moitié en ruine  », traversée par «  un évêque vêtu de blanc  », dont les enfants comprirent que c’était le Saint-Père, marchant d’un pas «  vacillant  » et quelque peu découronné. Sans la mosette rouge, ni la tiare du Souverain Pontife  : «  un évêque vêtu de blanc  ».

Il nous faut persévérer en constatant l’accomplissement des prophéties dont les voyants de Notre-Dame de Fatima furent les messagers. «  Vacillant  »  ? L’abbé de Nantes n’a pas eu de vision, mais il a pourtant “ vu ” clairement comment, de Jean XXIII à François, les Papes sont tombés dans le schisme, l’hérésie et le scandale, et ont réduit l’Église à l’état d’ «  une cité à moitié en ruine  » que nous avons aujourd’hui sous les yeux.

Pour faire prévaloir leur “ Réforme ”, les Papes se sont détournés de ce secret «  à partir de 1960  », c’est-à-dire de l’indiction d’un Concile «  réformateur  »; qui était précisément la date indiquée par Notre-Dame pour la révélation de son “ secret ”, de son grand secret annonçant un châtiment bien pire que les deux épouvantables guerres mondiales  : la «  ruine  » de l’Église elle-même par la faute du Saint-Père «  vacillant  », paraissant comme «  un évêque vêtu de blanc  ».

Aujourd’hui, en cette année du centenaire des apparitions de Notre-Dame de Fatima, nous parvenons à une sorte de paroxysme du combat engagé par le diable contre la Sainte Vierge, de la «  bataille décisive  » livrée par l’enfer contre la dévotion au Cœur Immaculé de Marie que Dieu veut établir dans le monde pour éteindre l’incendie qui le dévore, et sauver les âmes de l’enfer éternel.

C’est un déchaînement tous azimuts. À Rome, le 4 février, les Romains ont pu découvrir, sur les murs de la Ville sainte, des dizaines d’affiches résolument hostiles au Pape, montrant un François au visage fermé avec cette légende, écrite en dialecte romain  : «  Tu as placé sous tutelle des congrégations, évincé des prêtres, décapité l’Ordre de Malte et les franciscains de l’Immaculée, ignoré les cardinaux… Mais où est ta miséricorde  ?  »

«  En réalité, ces affiches manifestent l’exaspération de clercs, de cardinaux et de fidèles, de n’être point entendus du Pape, d’où la mention qu’il a “ ignoré les cardinaux ” qui lui ont écrit avec respect pour lui demander des éclaircissements sur l’exhortation Amoris lætitia. François ne leur a pas répondu.

«  Y est également évoquée la mise sous tutelle des religieux de l’Immaculée, des franciscains célébrant la messe selon le “ rite extraordinaire ”, pleinement autorisé par Benoît XVI. François le fit dès le début de son nouveau pontificat.

«  Au même moment, il évinça le cardinal américain Raymond Burke de sa fonction de préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, la Cour de cassation du Vatican, “ coupable ” de ne point approuver l’orientation du pontificat. Il est vrai que ce cardinal n’est pas un adepte de la “ langue de buis ”. Il interpellait François en ces termes  : “ Le Pape a fait beaucoup de mal au synode en ne disant pas ouvertement quelle est sa position. Comme pasteur universel, il doit servir la vérité. Le Pape n’est pas libre de changer la doctrine sur l’immoralité des actes homosexuels, l’indissolubilité du mariage ou toute autre doctrine de la foi. ”

«  Il y a aussi une référence à la crise qui frappe l’Ordre de Malte et qui a opposé le Pape au grand maître de l’Ordre, Matthew Festing, que le Souverain Pontife a contraint à la démission.

«  La question “ Où est ta miséricorde  ? ” est peut-être l’objection centrale, autour de la constatation qu’il y a “ deux poids, deux mesures ”. Il n’est pratiquement pas de discours ou d’homélies dans lesquels François n’évoque la nécessité de la miséricorde, au nom de laquelle, par exemple, il a souhaité, sous certaines conditions, que l’on accepte les divorcés remariés à la Sainte Communion.

«  Mais il semble bien que la manifestation de cette miséricorde soit unilatérale, réservée à l’extérieur de l’Église [par exemple lorsqu’il a ramené des réfugiés musulmans de préférence à des chrétiens, dans son avion au retour de la mer Égée] – de même que la “ révolution de la tendresse ” – et à ceux qui, à l’intérieur, sont en marge des normes morales. En revanche, les propos de François sont souvent très durs pour la Curie, les évêques, les cardinaux, ses collaborateurs  ; ce n’est pas à leur égard que l’on peut entendre le désormais célèbre “ Qui suis-je pour les juger  ? ”  » (Bulletin d’André Noël du 13 au 19 février 2017)

Ce ne sont pas des anticléricaux qui ont répandu ce libelle accusateur mais des catholiques  !

Ainsi s’accomplissent les prophéties de Jacinthe  :

En effet, c’est la vision du troisième Secret, mais aussi les deux visions du Saint-Père dont Jacinthe eut le privilège, qui donnèrent aux trois pastoureaux leur vive dévotion pour le Saint-Père.

Une première fois, Jacinthe était restée un moment seule au puits. Elle dit ensuite à Lucie  :

«  N’as-tu pas vu le Saint-Père  ?

 Non.

 Je ne sais pas comment, j’ai vu le Saint-Père dans une très grande maison, agenouillé devant une table, la tête dans les mains et pleurant. Au-dehors, il y avait beaucoup de gens et certains lui jetaient des pierres, d’autres le maudissaient et lui disaient beaucoup de vilaines paroles. Pauvre Saint-Père  ! Nous devons beaucoup prier pour lui.  »

Une autre fois, au Cabeço, elle interpella sa cousine  :

«  Ne vois-tu pas tant de routes, tant de chemins et de champs pleins de gens morts, perdant leur sang, et d’autres gens qui pleurent de faim et n’ont rien à manger  ? Et le Saint-Père, dans une église, priant devant le Cœur Immaculé de Marie  ? Et tant de monde qui prie avec lui  ?  »

Lorsqu’elle demanda à sa cousine si elle pouvait raconter ce qu’elle avait vu, Lucie lui répondit vivement  :

«  Non. Ne vois-tu pas que cela fait partie du Secret  ? Et qu’ainsi bientôt tout se découvrirait  ?

 C’est bien, alors, je ne dirai rien.  »

Lorsque Jacinthe offrait ses sacrifices à Jésus, elle ajoutait  : «  Et pour le Saint-Père.  » Après le chapelet, elle disait toujours trois Ave Maria pour le Saint-Père.

Prions pour le Saint-Père, comme ne cessait de le faire Jacinthe, afin qu’il tombe à genoux devant le Cœur Immaculé de Marie, pour le salut du monde  ! Car nous n’en sommes pas encore là  !

LA DIVINE MARIE

Marie est divine puisqu’il lui suffit d’ouvrir les mains pour qu’une lumière divine en jaillisse. Dès le 13 mai, les enfants ont vu Dieu dans la lumière jaillie des mains de Notre-Dame. François restait très impressionné par cette vision. Il disait  : «  J’aime tellement Dieu  !  » Que le geste des mains de la Sainte Vierge lui avait montré  ! La preuve qu’il avait vu Dieu,, c’est la suite  : «  Mais lui, Il est si triste à cause de tant de péchés  ! Nous, nous ne devons jamais en faire aucun.  » François avait donc vu la tristesse de Dieu… Comment  ? Sur son visage  ? En théologie, on apprend que Dieu jouit d’une béatitude éternelle, inaltérable. La “ tristesse ” de Dieu, ça ne s’invente pas  !

Une nuit, Ti Marto trouva son fils, François, le visage enfoui dans son traversin pour étouffer ses pleurs. Il lui demanda s’il avait mal, mais François ne répondait rien. Comme son père insistait, il lui dit timidement  : «  Je pensais à Jésus qui est si triste à cause de tant de péchés que l’on commet contre Lui.  »

Il avait vu cela dans la lumière jaillissant des mains de Marie, elle-même Lumière divine à l’égal de son Fils, «  lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie.  » (Jn 8, 12)

Comme le soleil illumine notre route, ainsi est «  lumière  » tout ce qui éclaire le chemin vers Dieu. «  Une lampe pour mon pied, votre parole, une lumière pour ma route.  » (Ps 119, 105) Aujourd’hui, depuis le 13 juin 1917, ce chemin qui conduit jusqu’à Dieu, c’est le Cœur Immaculé de Marie, nous le savons parce que Lucie l’a entendu de la bouche de la Sainte Vierge  : «  Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu.  »

Lucie ajoute  : «  Ce fut au moment où elle prononça ces dernières paroles qu’elle ouvrit les mains et nous communiqua, pour la deuxième fois, le reflet de cette lumière immense. En elle, nous nous vîmes comme submergés en Dieu. Jacinthe et François semblaient se trouver dans la partie de cette lumière qui s’élevait vers le Ciel, et moi dans celle qui se répandait sur la terre.  »

En signe de leurs vocations respectives  : François et Jacinthe étaient destinés au Ciel. Lucie aussi  ! mais après avoir répandu sur la terre cette lumière divine, dont la source est le Cœur Immaculé de Marie  :

«  Devant la paume de la main droite de Notre-Dame se trouvait un Cœur entouré d’épines qui semblaient s’y enfoncer. Nous avons compris que c’était le Cœur Immaculé de Marie, outragé par les péchés de l’humanité, qui demandait réparation.  »

Cette «  lumière  » n’était pas seulement pour Lucie. Elle est pour nous aujourd’hui, «  pour peu de temps encore  », comme disait Notre-Seigneur  : «  Pour peu de temps encore la lumière est parmi vous. Marchez tant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous saisissent  : celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir des enfants de lumière.  » (Jn 12, 35-36)

François et Jacinthe le sont déjà et près de monter là où «  de nuit il n’y aura plus  »; là «  ils se passeront de lampe ou de soleil pour s’éclairer, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront pour les siècles des siècles.  » (Ap 22, 5)

Mais Lucie, elle, doit demeurer en ce monde  :

«  Mais toi, Lucie, tu resteras ici pendant un certain temps. Jésus veut se servir de toi afin de me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut, ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par moi pour orner son trône.

 Je vais rester ici toute seule  ? demanda-t-elle avec peine.

 Non, ma fille. Tu souffres beaucoup  ? Ne te décourage pas, je ne t’abandonnerai jamais  !  »

Car ce sera un terrible combat, une «  bataille décisive  » entre le diable et la Vierge, entre la Lumière et les ténèbres. Et ce combat commença pour Lucie dès le lendemain de ce 13 juin.

Le 14 juin, le curé de Fatima interrogea les enfants sur les apparitions de Notre-Dame et il conclut  : «  Cela pourrait être une tromperie du démon. Nous allons voir. L’avenir nous dira ce que nous devons en penser.  » Cette réflexion fit beaucoup souffrir Lucie car elle n’imaginait pas qu’un prêtre puisse se tromper  :

«  Combien cette réflexion me fit souffrir, confie Lucie, seul Notre-Seigneur peut le savoir, parce que Lui seul peut pénétrer au fond de nous-mêmes. Je commençai à éprouver des doutes au sujet de ces manifestations. Serait-ce le démon qui essayait par ces moyens de me perdre  ?

«  Dans cet état d’âme, j’eus un rêve qui vint augmenter les ténèbres de mon esprit. Je vis le démon qui, riant de m’avoir trompée, faisait des efforts pour m’entraîner en enfer. En me voyant entre ses griffes, je commençai à crier si fort en appelant Notre-Dame que je réveillai ma mère, laquelle m’appela, affligée, me demandant ce que j’avais. Je ne me souviens pas de ce que je lui répondis. Tout ce dont je me souviens, c’est que cette nuit-là je ne pus me rendormir, car j’étais transie de peur. Ce rêve laissa dans mon esprit un nuage de véritable peur et d’affliction.  »

Comme Lucie le dira plus tard au Père Fuentes, la Sainte Vierge engage la bataille “ décisive ” contre l’enfer en ce début du vingtième siècle, et le diable se défend  ! «  et comme il sait ce qui offense le plus Dieu et qui en peu de temps lui fera gagner beaucoup d’âmes, il fait tout pour gagner les âmes consacrées à Dieu, car de cette manière il laisse le champ des âmes désemparé et ainsi il s’en emparera plus facilement  ».

«  ELLE SEULE POURRA VOUS SECOURIR.  »

Le 13 juillet, quand vint l’heure de partir pour la Cova da Iria, Lucie se sentit poussée à s’y rendre par une force étrange à laquelle il lui fut impossible de résister. Passant par la maison de ses cousins, elle les trouva à genoux dans la chambre de Jacinthe, priant et pleurant. En un instant, le trio se reforma pour courir au céleste rendez-vous.

À peine arrivés, les pastoureaux virent le reflet de la lumière habituelle et Notre-Dame apparut sur le chêne-vert. Comme Lucie demeurait en extase, Jacinthe intervint  :

«  Allons, Lucie, parle  ! Ne vois-tu pas qu’Elle est déjà là et qu’Elle veut te parler  ?  »

Humblement, comme pour implorer son pardon après avoir douté d’Elle, Lucie demanda  :

«  Que veut de moi Votre Grâce  ?

 Je veux que vous veniez ici le treize du mois qui vient, que vous continuiez à réciter le chapelet en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire, pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre, parce qu’Elle seule pourra vous secourir.  »

Pensant à sa mère et à monsieur le Curé qui doutaient des apparitions, Lucie demanda à la Sainte Vierge de faire un miracle.

«  Continuez à venir ici tous les mois. En octobre, Je dirai qui Je suis, ce que Je veux, et Je ferai un miracle que tous verront pour croire.  »

Lucie implora Notre-Dame de guérir des malades, de convertir des pécheurs. Tous devaient réciter le chapelet pour obtenir les grâces demandées. Puis la Vierge Marie reprit  :

«  Sacrifiez-vous pour les pécheurs, et dites souvent à Jésus, spécialement lorsque vous ferez un sacrifice  : Ô Jésus, c’est par amour pour vous, pour la con­version des pécheurs, et en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie.  »

À ces mots, “ Cœur Immaculé de Marie ”, la Vierge ouvrit les mains comme les mois précédents  : le 13 mai, le geste avait introduit les voyants dans la lumière de Dieu et son éternel chagrin, qui bouleversa François  ; et le 13 juin la cause de ce chagrin divin fut montré aux enfants sous la forme d’une couronne d’épines blessant le Cœur Immaculé de Marie, «  outragé par les péchés de l’humanité, qui demandait réparation  ».

Le 13 juillet, – la veille de notre 14 juillet national qui déchaîna l’enfer sur le monde par la révolution –, la lumière, le reflet de la lumière divine qui rayonnait des mains de Marie, «  parut pénétrer la terre, raconte Lucie, et nous vîmes comme un océan de feu. Plongés dans ce feu nous voyions les démons et les âmes des damnés.

«  Celles-ci étaient comme des braises transpa­rentes, noires ou bronzées, ayant formes humaines. Elles flottaient dans cet ­incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes, avec des nuages de fumée. Elles retombaient de tous côtés, comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur.

«  C’est à la vue de ce spectacle que j’ai dû pousser ce cri  : “ Aïe  ! ” que l’on dit avoir entendu de moi.

«  Les démons se distinguaient des âmes des damnés par des formes horribles et répugnantes d’animaux effrayants et inconnus, mais transparents comme de noirs charbons embrasés.

«  Cette vision ne dura qu’un moment, grâce à notre bonne Mère du Ciel qui, à la première apparition, nous avait promis de nous emmener au Ciel. Sans quoi, je crois que nous serions morts d’épouvante et de peur.  »

Jacinthe, surtout, resta marquée par cette vision.

«  À quoi penses-tu en ce moment  ? demanda un jour Lucie à sa cousine, en remarquant son visage voilé de tristesse.

 Je pense à l’enfer et aux pauvres pécheurs. Que j’ai pitié des âmes qui vont en enfer  ! Et dire qu’il y a là des gens qui brûlent comme du bois dans le feu  ! Oh, Lucie  ! Pourquoi n’as-tu pas demandé à Notre-Dame de montrer l’enfer à tous ces gens  ? S’ils le voyaient, ils ne feraient plus de péchés pour ne pas y aller  ?

– J’ai oublié, répondit Lucie.

– Moi aussi  », reprit la petite.

Cette pensée ne quittait pas Jacinthe. «  Lucie, quels sont les péchés que font ces gens pour aller en enfer  ?

– Je ne sais pas  ; peut-être de ne pas aller à la messe le dimanche, de voler, de dire de vilaines choses, d’injurier les autres, de jurer  !

 Mais qu’est-ce que cela leur coûterait de se taire, ou d’aller à la messe  ?… Que les pécheurs me font pitié  !  »

Parfois Jacinthe interrompait ses jeux et demandait à Lucie  :

«  Mais voyons, après tant et tant d’années, l’enfer ne finira pas encore  ? Et tous ces gens qui sont là, à brûler, ne meurent pas  ? Et si nous prions beaucoup pour eux, Notre-Seigneur ne les délivrera pas  ? Et avec les sacrifices non plus  ?

 Non, jamais, jamais  ! L’enfer est éternel.  »

Alors la petite, s’agenouillant sur le sol, joignit les mains et répéta la prière que la Sainte Vierge leur avait aussi apprise, en ce 13 juillet, après leur avoir une nouvelle fois recommandé la récitation du chapelet  :

«  Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés. Préservez-nous du feu de l’enfer et conduisez au Ciel toutes les âmes, surtout celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde.  »

Il arriva que François se mit en tête de faire comme fera l’Église postconciliaire  : il conseilla à sa sœur de ne pas tant penser à l’enfer pour ne pas être effrayée. Or, un jour, tandis qu’il s’était retiré dans le creux d’un rocher, Lucie et Jacinthe l’entendirent crier et invoquer Notre-Dame. Elles le retrouvèrent alors, tremblant de peur.

«  Qu’as-tu  ? Qu’est-ce qui t’est arrivé  ? lui demandèrent-elles.

 C’était une de ces grandes bêtes qui étaient dans l’enfer, qui se trouvait ici, jetant du feu  !  »

Par cette vision, le Bon Dieu avait voulu le rappeler à l’ordre, et nous aussi  ! en prévision de l’apostasie à venir. La pensée de l’enfer devrait nous remplir d’angoisse. Et d’abord parce que l’enfer est la cause du chagrin de Dieu dont celui du Cœur Immaculé de Marie est le reflet, l’enfer révélé à ces enfants dans toute sa terrifiante réalité. La Sainte Vierge leur dit avec bonté et tristesse  :

«  Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes se sauveront et l’on aura la paix.  »

«  Si l’on fait ce que je vais vous dire.  »

On ne le fera pas parce que l’existence même de l’enfer sera oubliée, méconnue et même niée, jusque dans l’Église  ! Mais pour l’heure, le démon se déchaîne. Il n’a pas réussi à empêcher Lucie d’aller à la Cova da Iria le 13 juillet  ? Eh bien  ! il va empêcher les trois enfants d’y aller le 13 août en les faisant séquestrer.

Oliveira, surnommé “ le Ferblantier ”, était président fondateur de la loge maçonnique de Vila Nova de Ourem, dont dépendait Fatima. En 1913, il avait été promu administrateur du canton. Il exerçait un pouvoir tyrannique sur tout le concelho, et se fit fort d’étouffer cette affaire.

Le vendredi 10 août, Manuel Marto et Antonio dos Santos reçurent l’ordre de comparaître devant lui avec leurs enfants. Seul Antonio vint avec sa fille. «  L’Administrateur, raconte Lucie, voulut à tout prix que je lui révèle le Secret, et que je lui promette de ne plus jamais retourner à la Cova da Iria. Afin d’obtenir cela, il n’épargna pas les promesses et, à la fin, les menaces. Voyant qu’il ne pouvait rien obtenir, il me renvoya, protestant que, de toute manière, il obtiendrait ce qu’il voulait, même s’il fallait m’ôter la vie.  »

Pour la première fois, Lucie témoignait devant les autorités  : elle tint bon et garda son calme.

Cependant, cette journée fut pour elle une dure épreuve…

«  Ce qui me faisait le plus souffrir, raconte-t-elle, c’était l’indifférence que me manifestaient mes parents, et qui m’apparaissait plus clairement quand je voyais la tendresse avec laquelle mon oncle et ma tante traitaient leurs enfants. Pendant ce voyage, je me souviens d’avoir fait cette réflexion  : “ Comme mes parents sont différents de mon oncle et de ma tante  ! Ceux-ci défendent leurs enfants et s’exposent eux-mêmes. Mes parents m’abandonnent aux autorités avec la plus grande indifférence pour qu’on fasse de moi ce qu’on voudra  ! Mais patience, me disais-je au plus profond de mon cœur, car ainsi j’ai le bonheur de souffrir davantage pour ton amour, ô mon Dieu, et pour la conversion des pécheurs. ” Dans cette réflexion, je trouvai consolation à tout instant.  »

Mais la persécution déclenchée contre les voyants ne faisait que commencer. Pour le Ferblantier, l’intimidation du 11 août avait été un échec  : il lui fallait maintenant trouver autre chose pour empêcher que le surlendemain ne soit un nouveau succès pour les apparitions…

Le matin du 13 août, il se présenta à Aljustrel et emmena les enfants au presbytère pour un nouvel interrogatoire. Puis, comme il n’en avait rien obtenu, il les fit monter dans sa voiture et fila vers son domicile. Il leur déclara qu’ils n’en sortiraient qu’après avoir révélé leur secret.

Quand le clocher de Ourem sonna les douze coups de midi, les pastoureaux se regardèrent, consternés  ! François se dit alors  : «  Peut-être Notre-Dame nous apparaîtra-t-elle ici  ?  » Mais non, Elle ne vint pas.

Comme Oliveira ne parvenait pas à extorquer le Secret aux enfants, il sévit davantage encore et les conduisit à la prison publique parmi les délinquants aux figures patibulaires. Cependant la candeur de nos amis toucha le cœur des prisonniers qui finirent par réciter le chapelet avec eux.

Soudain, l’administrateur entra brusquement et emmena Jacinthe en lui criant  : «  L’huile est en train de bouillir. Dis le Secret si tu ne veux pas être brûlée  !

 Je ne peux pas  !  » répondit la petite.

Vint le tour de François, puis celui de Lucie qui fut stupéfaite de retrouver ses cousins bien vivants  ! Oliveira les avait trompés pour les terroriser mais Notre-Dame, Elle, les avait assistés  !

Lorsqu’il vit que toutes ses manœuvres avaient échoué, il comprit qu’il était inutile d’insister et il reconduisit les enfants à Fatima. Échec total, mais pas encore définitif… Il a renoncé à faire frire les enfants dans l’huile bouillante  ; mais, depuis cent ans, il n’a pas manqué de suppôts de Satan comme lui pour attiser le feu de l’enfer et nous y entraîner, mon bien cher frère. Sa défaite finale est certaine puisque la Vierge Notre-Dame, «  Notre-Dame du Rosaire  », comme elle s’est nommée le 13 octobre, l’a promis  :

«  À la fin mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira, et il sera donné au monde un certain temps de paix. Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi.  »

LE MYSTÈRE DE LA SAINTE TRINITÉ

En la fête de saint Joseph que Dieu a choisi pour être son image sur la terre  ; homme de prière, de labeur et de silence, élu pour compagnon et protecteur de la Vierge Sainte, pour père et pour éducateur de l’Enfant Jésus, il nous faut adorer le mystère de Dieu. Celui-ci, révélé par le Christ, est qu’ils sont UN, et qu’il est TROIS. «  Le Père et Moi nous sommes UN.  » Et cet UN est TROIS, ces TROIS sont UN. Dès lors, deux voies d’accès s’ouvrent devant nous pour entrer dans ce mystère.

Deux voies illustrées par deux prières  : celle de sainte Élisabeth de la Trinité, et celle de l’Ange du Portugal, à Fatima.

La première, celle de sainte Élisabeth de la Trinité, illustre bien un enseignement constant de notre Père, selon lequel «  la Nouvelle et Éternelle Alliance est scellée par un seul (Jésus) avec nous tous ensemble, mais cela n’empêche pas que la communion eucharistique soit une intimité de chacun de nous avec Jésus  !  » (Notre Père, retraite sur la Messe “ Mysterium fidei ”, 1994) comme il le dit lui-même dans l’Apocalypse  : «  Voici que je me tiens à la porte et je frappe  ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi.  » (Ap 3, 20) La prière de sainte Élisabeth est une action de grâces, l’action de grâces d’une âme qui répond pleinement à cette invitation comme vous le faites aujourd’hui, mon bien cher frère, en revêtant la robe nuptiale du saint habit pour prendre part à ce «  souper  » intime.

«  Ô mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en Vous, immobile et paisible, comme si déjà mon âme était dans l’éternité  ! Que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère  !

«  Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos  ; que je ne Vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre action créatrice.  »

Dieu, nul ne l’a jamais vu. Et cependant, non seulement nous sommes sûrs de son existence, mais nous avons accès à son “ secret ”, non pas par le raisonnement, non pas par la force de notre logique, mais par une Révélation, par la Révélation absolue que constitue pour nous, créatures vivant dans la chair, la présence du Verbe fait chair et habitant parmi nous.

Jesus Caritas  : dans le Christ est réellement «  apparue la philanthropie divine  » (Tt 3, 4), c’est-à-dire l’amour dont Dieu nous aime.

Celui que «  nul n’a jamais vu  » (Jn 1, 18), Jésus ne nous l’a pas seulement décrit et dépeint, il ne nous en a pas seulement donné une idée juste, mais étant lui-même «  resplendissement de la gloire de Dieu, effigie de sa substance  » (He 1, 3), il nous l’a fait voir «  de nos œils  ». «  Qui m’a vu a vu le Père.  » (Jn 14, 9)

Ce que la vision trinitaire dont sœur Lucie a été favorisée à Tuy le 13 juin 1929, a figuré par la présence, au-dessus de la Croix, d’ «  une face d’homme, avec un corps jusqu’à la ceinture. Sur sa poitrine une colombe, de lumière plus intense [figure de la troisième Personne de la Sainte Trinité], et, cloué à la croix, le corps d’un autre homme [deuxième Personne].

Comme il ne peut rien faire sans regarder le Père, le Fils ne peut dire ce qu’il est sans se référer au Père  :

«  Tout m’a été remis par mon Père et nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler.  » (Mt 11, 27)

Il ne s’agit pas d’une reproduction, d’une copie même parfaite, d’un double conforme à l’original. Étant le Fils unique, étant dans le Père et possédant en lui le Père, Jésus ne peut dire un mot, faire un geste, demeurer sur la Croix, sans se tourner vers le Père, sans recevoir de lui son impulsion et orienter sur lui toute son action, en particulier l’action en laquelle consiste le Saint-Sacrifice de la messe mis en scène dans cette vision de Tuy  :

«  Un peu en dessous de la ceinture de celui-ci, suspendu en l’air, on voyait un Calice et une grande Hostie sur laquelle tombaient quelques gouttes de sang qui coulaient sur les joues du ­Crucifié et d’une blessure à la poitrine. Coulant sur l’Hostie, ces gouttes tombaient dans le calice.  »

Et la personnification de la troisième Personne, en qui réside la plénitude du Saint-Esprit, est là  :

«  Sous le bras droit de la Croix se tenait Notre-Dame avec son Cœur Immaculé dans la main. C’était Notre-Dame de Fatima avec son Cœur Immaculé dans la main gauche, sans épée ni roses, mais avec une couronne d’épines et des flammes.

«  Sous le bras gauche de la Croix, de grandes lettres, comme d’une eau cristalline qui aurait coulé au-dessus de l’autel, formaient ces mots  : “ Grâce et Miséricorde ”.

Dans son acte de consécration à l’Immaculée, le Père Kolbe l’invoque comme «  ministre de la miséricorde  ». Au même moment (1929), c’est ce que voit Lucie à Tuy, vision dont saint Maximilien n’a jamais eu connaissance, pas plus que des apparitions de Fatima.

«  Je compris que m’était montré le mystère de la Très Sainte Trinité, et je reçus sur ce mystère des lumières qu’il ne m’est pas permis de révéler.  »

Le Dieu de Jésus-Christ est son Père qui l’engendre de toute éternité  : «  Tu es mon Fils.  » (Mc 1, 11; 9, 7) Jésus s’adresse à lui avec la familiarité et l’élan d’un enfant  : «  Abba  ! Père  !  » en réponse au don qu’il lui fait de la divinité que lui, le Père possède sans la recevoir d’aucun autre. Entre Dieu et son Fils règne cette profonde intimité qui suppose une parfaite connaissance mutuelle et une communication de tout son Être, de l’Être dont il ne peut dire que «  Je Suis  »  ! Et Jésus nous révèle qu’il aime son Père (Jn 14, 31) en sacrifiant tout à son combat contre Satan, jusqu’à endurer l’ignominie de la Croix représentée au mémorial du Saint-­Sacrifice de la messe.

Par trois fois, saint Paul répète la formule qui exprime cette révélation du Père et du Fils  : «  Le Dieu et Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ.  » (Rm 15, 6; 2 Co 11, 31; Ep 1, 3) Le Christ nous révèle ainsi le mystère de la Sainte Trinité par la voie même à laquelle Dieu nous a prédestinés en nous créant à son image, celle de la dépendance filiale.

TRÈS SAINTE TRINITÉ

La prière de sainte Élisabeth de la Trinité est une voie d’accès à l’intimité familiale de ces Trois qui sont Un  : “ Ô mon Dieu, Trinité que j’adore ” Cette prière date de 1904, deuxième année du pontificat de saint Pie X. Douze ans plus tard, à Fatima, Lucie, François et Jacinthe sont introduits à ce même Mystère par l’Ange qui leur enseigne à entrer dans ce mystère de cet UN qui est TROIS  :

«  Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément, et je vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels il est lui-même offensé. Par les mérites infinis de son très Saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs.  »

Après leur avoir révélé que les Cœurs de Jésus et Marie avaient des desseins sur eux, l’Ange apprenait aux enfants que ce dessein était de faire d’eux les prémices, comme dit le cantique, de l’humain salut, par leurs prières et leurs sacrifices.

«  Comment se peut-il, se demandait notre Père, que Jésus soit attentif psychologiquement dans son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité, comme Verbe, Dieu incarné, comment Jésus-Eucharistie peut-il être attentif à chacun d’entre nous, donc à des milliers, des millions d’êtres humains, pour ne pas dire des milliards et, au même moment, répondre à nos prières, tenir compte de nos besoins  », si bien exprimées par la sainte carmélite de Dijon, à l’école de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus  :

«  Ô mon Christ aimé, crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur  ; je voudrais Vous couvrir de gloire, je voudrais Vous aimer… jusqu’à en mourir  ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me revêtir de Vous-même, d’identifier mon âme à tous les mouvements de Votre Âme, de me submerger, de m’envahir, de Vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu’un rayonnement de votre Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur.  »

À la question posée par notre Père de savoir quel système cérébral ou quel ordinateur permet au Christ et à la Vierge d’être attentifs à tous et à tout en même temps, sœur Lucie apporte la réponse  :

«  C’est vers Dieu – par la foi – que je vais fixer mon regard, parce que c’est en Dieu que je trouve le commencement – qui, lui, est sans commencement – parce qu’en Dieu il n’y a ni passé ni futur, tout est présent dans la lumière de son Être immense, comme si tout se passait dans le même instant.

«  C’est pourquoi, je vois le message [la révélation de Fatima] présent dans l’Être immense de Dieu, depuis toujours, et il l’a envoyé sur terre [par son Ange et sa Divine Mère] au jour et à l’heure qu’il a fixés dans les desseins et les plans de son infinie miséricorde [il y a cent ans !], comme un nouvel appel à la foi, à l’espérance et à l’amour [en cette période d’apostasie].  »

«  Ainsi donc, je vois le message à travers le temps, et hors du temps  : dans les plans de Dieu, dans la lumière de son Être immense, il reste toujours aussi actuel qu’au jour, à l’heure et à l’instant qu’il a lui-même fixés parce que, dans l’immense miroir de son Être divin, tout est présent, sans passé ni futur.  » (Comment je vois le Message, p. 12, et sq.)

C’est donc une erreur magistrale du cardinal Ratzinger d’avoir décrété que ce “ message ” concernait le siècle dernier  ! Mais la vérité est que Benoît XVI n’avait pas la foi qui fait voir ce que Lucie voyait clairement pour nous avertir. Cet aveuglement est le pire châtiment de tous ceux que Dieu envoie depuis cent ans à notre génération pour nous éclairer.

«  La foi est le fondement de toute notre vie spirituelle, le terreau d’où provient la sève qui nous alimente et nous donne la vie. C’est par la foi que nous voyons Dieu et que nous le rencontrons, comme le disait le prophète Élie  : “ Par le Seigneur Dieu qui est vivant, devant qui je me tiens  ! ” (1 R 17, 1)

«  Si nous vivons pénétrés de cette vérité, de cette réalité, notre foi grandira, se fortifiera et nous amènera à entrer dans l’immensité de l’Être immense de Dieu.  » (ibid., p. 17-18)

Tel fut le “ message ” de l’abbé Georges de Nantes, notre Père fondateur, docteur mystique de notre foi catholique.

«  Cette vie est ainsi. Un souffle de vie qui passe et se fane, pour avoir un accomplissement plus grand dans l’éternité, dans la vie véritable qui là-bas n’a pas de fin, dans les bras de Celui qui nous aime d’un amour éternel et qui ne désire que compléter son union avec nous, transformant notre rien en son être immense, puissant et infini, dans lequel ni la douleur ni la mort ne pourront jamais pénétrer. C’est pourquoi à présent, il nous déchire quelquefois le cœur, afin que, blessé à l’imitation de son Cœur divin, il devienne apte à recevoir en lui un si grand bonheur.  » (Sœur Lucie, lettre du 29 juin 1968 à dona Lucia Neves, à l’occasion de la mort de sa mère)

frère Bruno de Jésus-Marie.

Précédent    -    Suivant