La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 176 – Juin 2017

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


SERMONS ET CHEMIN DE CROIX
DE NOTRE PÈLERINAGE

 DU JEUDI 25 MAI AU SAMEDI 27 MAI 2017

ADORATION

 Homélie d’ouverture à la Messe à la Capelinha, jeudi 25 mai 2017.

Mes bien chers frères, mes sœurs, chers amis,

Trois mots pour fixer brièvement le thème de nos méditations  :

adoration, réparation, consécration.

Parvenus au but de notre pèlerinage, sur cette terre sainte de Sainte-Marie, mettons-nous en présence de l’immensité, de l’Être immense de Dieu qui voit tout, pénètre tout et à tout donne l’être et la vie. Et qui s’est révélé il y a cent ans à trois enfants de cette terre par les mains de Marie, fontaines de lumière. Adorons-le.Chapelet international

Disons avec Lucie  : Mon Dieu, je crois en vous, Créateur du Ciel et de la terre, et je vous adore. Vous êtes notre Temple, vous êtes le vaste océan où nous habitons et agissons, en respirant l’air du Souffle qui est vôtre et dont vous nous gratifiez à chaque instant.

Procession avec Notre-Dame de FatimaC’est dans cet Océan que je vis, ô mon âme  ! immergé en lui et n’en sortant jamais. Il m’a pris dans ses bras de Père et m’a conduit en ce lieu, et à lui je me suis remis jusqu’à ce qu’il veuille me prendre et m’amener au terme véritable de notre pèlerinage où je le servirai, je l’adorerai et l’aimerai sans fin, pour toujours.

J’espère aller au Ciel, avec le secours de votre Grâce et de votre Miséricorde, en ce «  nouveau ciel  » et cette «  nouvelle terre  » contemplée par saint Jean «  descendue du Ciel en ce lieu, comme une nouvelle mariée pour une nouvelle Alliance, parée pour son Époux  », Marie, Reine du Rosaire, notre Mère à tous, à jamais  !

Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui ne vous adorent pas, qui n’espèrent pas, ne vous aiment pas, en réparation de leur ingratitude.

Procession avec Notre-Dame de FatimaJe vous aime, ô mon Dieu, dans le Cœur Immaculé de Marie, et je vous demande la conversion des pauvres pécheurs qui ne vous connaissent pas, qui ont le plus besoin de votre miséricorde pour ne pas aller en enfer.

Soyez attentifs à la voix de nos supplications, ô Cœur Sacré de Jésus, ô Cœur Immaculé de Marie, à qui nous nous consacrons. Très Sainte Trinité, Dieu unique et véritable, en qui je crois et j’espère, je vous adore et je vous aime. Daignez accepter mon amour et mon humble adoration.

Ce que j’ai à vous donner est si peu que je vous demande d’accepter, en compensation de mon indignité, les mérites infinis du Cœur Sacré de Jésus et ceux du Cœur Immaculé de Marie et, en échange, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs.

Ainsi soit-il  !

LE «  CHEMIN DE CROIX  » DE SŒUR LUCIE

 Fatima, vendredi 26 mai 2017

Nous faisons ce chemin de Croix à l’heure où Jésus a fait le sien, le Vendredi saint du 7 avril 30 de notre ère, il y aura bientôt deux mille ans.

Depuis, notre très doux et très clément Père Céleste tient en ses mains saintes et vénérables le très pitoyable Corps souffrant de son Fils crucifié ce jour-là pour nous en rémission de nos péchés. Les artistes ont représenté de mille manières ce Dieu de pitié apparu à Lucie dans la chapelle de Tuy, le 13 juin 1929, lui montrant cette Victime sainte pour nous conjurer d’en avoir nous-mêmes compassion et chagrin, au point de regretter amèrement nos fautes et souillures, causes d’une si grande douleur, et de nous en corriger,

C’est ainsi que notre très chéri Père Céleste et son bien-aimé Fils ont touché le cœur de Lucie, François et Jacinthe par les rayons ardents de leur Esprit d’Amour comme jailli de leur unique détresse et bonté communiquée à ces enfants dès le 13 mai 1917 dans cette lumière immense qui est Dieu, et que réfléchissaient les mains de la Sainte Vierge venue insinuer dans leurs cœurs la dévotion à son Cœur Immaculé, afin de l’instituer dans le monde entier.

Afin que ce Cœur Immaculé attire toute créature, aussi misérable et pécheresse qu’elle soit, pour épouser en toute vérité sa détresse et douleur figurée par la couronne d’épines qui le transperce  ; et pour s’efforcer de le consoler dans cette affreuse misère de la vie terrestre où elle est apparue il y a cent ans.

Chemin de Croix, vendredi 26 mai, dit “ La voie sacrée du cardinal Mindzenty ”, car les stations ont été offertes par les Hongrois exilés.

En 1956, la Hongrie catholique tenta de se libérer du joug communiste et l’armée russe écrasa l’insurrection. Ceux qui ont offert ce Chemin de Croix connaissaient «  les erreurs de la Russie  » et savaient que le seul recours contre ce fléau, permis par Dieu en châtiment de notre impiété, était la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie demandée par Notre-Dame, prononcée par le Pape et tous les évêques en communion avec lui.

À chaque station, le frère lit le texte du Chemin de Croix de notre Père, mais en y appliquant un acte ou une parole des trois petits voyants, illustrant ainsi leur sainteté par leur vie d’imitation de celle de Jésus et Marie, offerte en sacrifice. À mi-chemin, entre la huitième et la neuvième station, nous nous arrêtons aux Valinhos, devant le monument commémorant l’apparition de la Vierge, le 19 août 1917, au-dessus d’un chêne-vert un peu plus élevé que celui de la Cova da Iria. Quelle joie de La revoir après le rendez-vous manqué du 13 août  ! Les enfants cueillirent un rameau sur lequel la Vierge avait posé les pieds. Il exhalait une odeur très agréable et inconnue.

«  Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles.  »

Le Chemin de Croix se termine au sommet de la colline où a été construite une chapelle dédiée à saint Étienne, premier “ Roi apostolique ” de Hongrie (969-1038), et surmontée d’un grand Calvaire.

Ire STATION  :
JÉSUS EST CONDAMNÉ À MORT

«  Ô Jésus, Vous l’innocence même et la tout humaine pureté, Vous la divine Sainteté inaccessible aux jugements humains, vous voici frappé par la main des hommes, souillé par leurs injures, leurs coups et leurs crachats sans que rien ne vous soit épargné, sans que nul ne s’interpose et ne vous évite aucun mauvais traitement, vous voilà condamné par la sentence des autorités juives et romaines comme un imposteur et un blasphémateur…  »

Tel fut le sort de Lucie, du début à la fin de sa longue vie de témoin des apparitions de Marie et de messagère de ses “ petites demandes ”  :

1° de la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis,

2° de la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé.

En 1917, sa mère, Maria Rosa la traitait de menteuse. Et le Curé de Fatima opinait pour la croire victime d’une machination diabolique abusant les trois enfants.

Plus tard, le Père Dhanis persuada Pie XII que Lucie affabulait. Et elle est morte dans sa quatre-vingt-dix-huitième année sans avoir réussi à faire entendre son message. Comme Jésus  !

«  … Outrages moraux mille fois plus insultants et blessants que les violences physiques. Jésus accepte l’injustice  !  »

Et Lucie prend Patience  !

«  Il n’y a jamais eu, il n’y aura jamais dans toute l’histoire du monde une si grande commotion dans un esprit, un cœur, une âme d’homme, qu’à ce moment où le Juste par excellence se soumet à l’injustice, où la sagesse et la sainteté du Verbe de Dieu acceptent la folie et le crime des hommes, sans élever un mot de protestation, sans un geste d’indignation.  »

Et il n’y a jamais eu dans l’histoire de l’Église une épouse de Jésus aussi ressemblante au divin Époux par sa patience à toute épreuve que sœur Lucie, nouvelle Jeanne d’Arc.

«  La Justice bafouée, la Vérité trahie, la sainteté blasphémée, la pureté souillée par ce jugement des hommes crient en Vous à cette heure, mais vous contenez et renfermez en votre Sacré-Cœur cette violente émotion, ne laissant paraître que la soumission du Créateur à sa créature, du Maître à ses esclaves, du Roi à ses ennemis, acceptant notre injustice pour consommer toute justice. Mystère d’anéantissement. J’adore votre Cœur outragé dans cette Passion où l’Amour seul vous conduit.  »

IIe STATION  :
JÉSUS EST CHARGÉ DE SA CROIX

«  Voici l’instrument de notre salut. Ô doux Sauveur, vous vous en saisissez avec ardeur et avec joie, ce que nous ne saurions faire nous-mêmes si vous ne nous en aviez donné l’exemple et la force encore chaque jour, à cause de l’amour que vous avez de nous et du grand désir que vous ressentez pour notre salut. Parce qu’elle est notre seule espérance, cette Croix vous est chère et vous tendez les mains vers elle, vous l’embrassez dans une secrète exaltation et la chargez sur vos épaules déjà meurtries.  »

Lucie raconte comment la Sainte Vierge demanda, dès le 13 mai  :

«  “ Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’il voudra vous envoyer, en réparation pour les péchés par lesquels il est offensé, ainsi que pour les blasphèmes et les outrages contre le Cœur Immaculé de Marie, et en supplication pour la conversion des pécheurs  ? ”

«  Au nom de nous trois, je répondis  : “ Oui, nous le voulons  ! ”  »

«  À ce moment-là, j’ai donné cette réponse d’une manière spontanée et inconsciente parce que, même de loin, je ne pouvais pas supposer tout ce à quoi elle nous engageait, ni jusqu’où elle nous entraînerait. Mais je ne m’en suis jamais repentie. Au contraire, je la renouvelle chaque jour, en demandant à Dieu la grâce et la force nécessaire pour l’accomplir, avec fidélité, jusqu’à la fin.  »

Mais c’était bien la Croix de Jésus qui était proposée à ces enfants  : «  Quel terrible instrument de notre vie et de notre félicité que cet instrument de torture et de mort  ! L’esprit est prompt mais la chair est faible. L’esprit qui vous anime est un esprit de bonté et de miséricorde pour nous autres pécheurs, mais votre chair n’en est pas moins sensible, passible, ô Jésus  ! et c’est une terrible épreuve pour vos membres, vos nerfs et toute votre sensibilité que ce poids de la Croix qu’il faut porter  ; c’est une horrible peine pour votre imagination et votre pensée de tenir cet instrument du supplice proche.

«  Que vous êtes adorable, ô Cœur Sacré de Jésus, dans cet instant où l’amour vous rend vainqueur des troubles de la sensibilité et des répulsions de l’esprit, quand vous embrassez cette Croix et vous en chargez résolument pour mon salut et celui du monde entier  !  »

IIIe STATION  :
JÉSUS TOMBE POUR LA PREMIÈRE FOIS

Au cours du mois de juin, Lucie perdit l’enthousiasme pour la pratique du sacrifice et de la mortification. «  J’étais dans l’hésitation, dit-elle, me demandant si je ne finirais pas par dire que j’avais menti pour en finir avec tout cela. Jacinthe et François me reprirent  : “ Ne fais pas cela  ! Ne vois-tu pas que c’est maintenant que tu vas mentir et que mentir est un péché  ? ”  »

«  Qu’y a-t-il au monde de plus émouvant que la défaillance de l’Agneau innocent  ? Qu’y a-t-il de plus angoissant que la chute du Dieu Vivant  ? Si vous n’y arrivez pas, Seigneur, qui pourrait mieux faire  ? Si vous tombez, qui pourra vous relever  ? Si vous refusez l’épreuve, nul ne nous en sauvera jamais.  »

Si Lucie n’y était pas allée, nous n’aurions pas été avertis de la menace de l’enfer où tombent les âmes endurcies dans le péché et du terrible châtiment de la guerre à venir si l’on ne faisait pas pénitence.

«  Tous, nous sommes tombés sous d’autres fardeaux plus légers, moins meurtrissants. Et si par votre exemple et votre mérite, ô Jésus, vous ne nous aviez relevés, dans la déroute de notre esprit, nous nous serions abandonnés au désespoir et nous aurions lâché notre Croix. Il nous fallait ce spectacle d’épouvantement du Fils de Dieu tombé, reprenant lentement conscience du devoir et énergie, pour que nous nous sentions contraints de nous relever, nous aussi, et de reprendre notre croix avec Lui, à sa suite.

«  Ainsi aviez-vous accepté dans le conseil de votre Sainte Trinité, comme un ordre de votre Père, ô divin Cœur de Jésus, d’être soudain vidé de tout courage, envahi par la torpeur et affaissé dans l’inconscience jusqu’au choc douloureux de la chute pour réparer mes chutes, pour en connaître toute l’amertume, pour me relever avec Vous et me remettre en route comme Vous sur le chemin de la vie éternelle.  »

Le matin du vendredi 13 juillet 1917, «  quand approcha l’heure à laquelle je devais partir, rapporte Lucie, je me sentis soudainement poussée à y aller par une force étrange à laquelle il m’était très difficile de résister. Je me mis alors en chemin et je passai par la maison de mon oncle pour voir si Jacinthe était encore là. Je la trouvai dans sa chambre avec son frère François, à genoux au pied du lit et pleurant.

 Vous n’y allez pas  ? demandai-je.

 Sans toi, nous n’osons pas y aller. Allons, viens  !

 Eh bien  ! j’y vais.  »

IVe STATION  :
JÉSUS RENCONTRE SA TRÈS SAINTE MÈRE

Le 13 juin, Lucie apprenant que Jacinthe et François allaient bientôt la quitter pour aller au Ciel, demanda à la Sainte Vierge  :

«  Je vais rester ici toute seule  ?

Non, ma fille. Tu souffres beaucoup  ? Ne te décourage pas, je ne t’abandonnerai jamais  ! Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu.  »

«  Le plus grand amour désire la présence et la conformité, dans la douleur plus que dans la joie ici-bas. L’amour dans la passion exige la compassion, et quand cette Passion est une paternité féconde et le don de la Vie, la compassion est elle-même féconde et glorieuse.  »

À Pontevedra, le 10 décembre 1925, Lucie entendit l’Enfant-Jésus lui dire  : «  Aie compas­sion du cœur de ta Très Sainte Mère, entouré des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer..  »

«  Ainsi, ô Cœur Sacré de Jésus, étiez-vous pressé de rencontrer sur cette voie douloureuse Marie au Cœur Immaculé, pour l’associer à cette grande œuvre de notre Rédemption, pour déverser en elle la surabondance de votre zèle et de votre amertume, pour partager avec elle toutes les souffrances de cette rare fécondité virginale. Qui pourra jamais imaginer l’immensité et la plénitude de cette union de vos deux Cœurs, ô Adam et Ève de la Nouvelle Alliance, ô Homme très saint de Dieu et Femme sanctifiée plus que toute autre, dans ce moment où vous ne faites plus qu’un, dans cette cruelle Passion qui inonde vos deux êtres de son océan d’amour et d’amertume.

«  Dès ce moment et jusqu’à la fin, votre amour mutuel brûle de sa plus vive flamme, votre amour commun du Père Céleste vous unit plus vivement encore, et votre unique amour pour nous autres, pécheurs, découlant de votre Sacré-Cœur, ô Jésus, en votre Cœur Immaculé, ô Marie, vous procure enfin une béatifiante fécondité. Enseignez-nous le pur amour  !  »

Ve STATION  :
SIMON DE CYRÈNE AIDE JÉSUS À PORTER SA CROIX

Les Pères Aparicio et Gonçalves, le chanoine Galamba jouèrent le rôle de Simon de Cyrène auprès de Lucie, seule au monde pour accomplir sa mission, c’est-à-dire gravir son chemin de Croix.

«  Seul, absolument seul, ô Jésus, Fils de Dieu par nature et homme parfait, vous pouviez nous racheter, et votre Sainte Mère elle-même est le fruit de votre don généreux. Il fallait donc que vous vous immoliez seul pour nous tous. Et cependant vous avez demandé à la Vierge Marie de partager toute votre cruelle Passion pour en partager aussi le mérite sauveur et la gloire.

«  Bien plus, Vous avez accepté dans votre incommensurable bonté que d’autres vous aident sur ce chemin douloureux et paraissent vous apporter un réel soulagement. Simon de Cyrène en est l’exemple. Oh  ! qu’ils sont heureux ces hommes que vos bourreaux à travers les siècles ont requis de porter votre croix à votre place, à votre suite. En vous aidant et imitant, Simon de Cyrène et les autres sont entrés en participation de votre charité et de votre salut. Nous aussi, lorsque nous advient quelque épreuve et tombe sur nous quelque croix, nous devons penser que la grâce à cette heure entre dans notre vie, dans notre maison, dans notre famille, comme elle est entrée de ce jour-là dans la maison du Cyrénéen.

«  Portons la Croix, acceptons nos épreuves d’un cœur soumis et généreux, puisqu’il nous est donné alors d’être vos compagnons de supplice, vos coopérateurs dans l’œuvre de notre rédemption et vos amis.  »

VIe STATION  :
SAINTE VÉRONIQUE ESSUIE LA SAINTE FACE DE JÉSUS

Mère Monfalim, mère Maria do Carmo Cunha Matos ont été les Véronique de sœur Lucie dans sa montée du Calvaire.

«  Il est pourtant une vocation meilleure  ! celle du don de l’Amour, le don de la compassion du cœur, le don de la tendresse et des larmes, réservé aux saintes Femmes qui suivaient bravement leur Sauveur et souffraient intimement de toutes ses épreuves, ses avanies, ses douleurs. Ainsi nous enseignez-vous votre préférence pour la vie contemplative sur la vie active, pour l’oraison sur la pénitence, pour l’union du cœur sur la soumission de l’action.

«  Il est beau de prendre la Croix avec force pour vous soulager, pour alléger votre fardeau. Mais combien plus beau le rôle de Véronique  ! Oh, l’exquise charité que celle d’une femme qui s’émeut de tendre compassion à la vue de votre Visage ravagé, mouillé de sueurs et de larmes, souillé de sang, de crachats… Oh  ! l’extraordinaire œuvre d’amour que ce geste de Véronique, s’avançant parmi les ennemis, franchissant le rang des soldats et consolant votre Visage de toutes ses amertumes en l’essuyant et le caressant de son voile doux et immaculé.

«  Elle aurait voulu tant davantage, comme la Sulamite  ! Ainsi, mon Jésus, soyez consolé et heureux en la douce consolation que vous offrent depuis des siècles ces âmes virginales qui vivent absorbées dans le souvenir de vos larmes et tout adonnées à vous aimer et vous complaire en toutes choses  ! L’Église, dans sa prière contemplative, est comme Véronique. Notre dévotion pour votre sainte Face perpétue ce geste que vous avez agréé et récompensé par un si grand miracle. Merci de nous avoir donné cette sublime ­vocation de consoler votre Visage douloureux  !  »

VIIe STATION  :
JÉSUS TOMBE POUR LA DEUXIÈME FOIS

Le 15 juin 1921, Lucie doit quitter Aljustrel «  pour aller Dieu sait où  !  » là où l’évêque a décidé de l’envoyer  : à l’Asilo de Vilar, un faubourg de Porto. «  C’est impossible, je n’irai pas  !  » décide-t-elle.

«  C’est à nouveau une grande leçon que vous nous donnez là, ô Cœur très doux et humble de Jésus, quand vous tombez et vous relevez derechef… Nous savons quelle est la béatitude divine en laquelle vous demeurez de toute éternité, et cependant vous avez voulu partager en toute vérité la faiblesse, la passibilité, l’insécurité et l’instabilité de notre nature. Réellement, vous avez senti vos forces de nouveau vous abandonner, impuissant, Vous, le Créateur du monde, à porter votre Croix et à vous avancer plus loin sur ce chemin. Vous vous êtes laissé tomber, sachant qu’il serait plus douloureux encore de vous relever. En cet instant d’abandon, vous consentîtes à partager notre misère entièrement, pour la souffrir et nous apprendre à l’endurer, pour nous mériter la grâce aussi de nous relever, de reprendre comme Vous notre fardeau et de poursuivre notre chemin.

«  Combien proche vous êtes des affligés, des accablés, des écrasés  ! Nul ne peut dire qu’il souffre des tourments que vous n’avez pas soufferts. Au nom de vos chutes répétées, secourez ceux qui sont découragés, relevez ceux qui s’abandonnent, sauvez les désespérés  ! Je crois et j’espère avec une très ferme confiance que tout ce que vous avez souffert ainsi ne se soldera pas par un échec pour toute l’humanité sur la Voie douloureuse, mais que, dans le secret de la divine Miséricorde, ces âmes, rachetées à un si grand prix, se relèveront elles aussi, comme Vous, de leurs chutes, pour entrer avec Vous dans le Royaume du Salut  !  »

Sœur Lucie s’est relevée avec l’aide de Marie venant pour la septième fois, comme promis, et lui donnant la main pour lui indiquer le chemin  : «  Suis le chemin par lequel Mgr l’évêque veut te conduire, c’est la volonté de Dieu.  »

VIIIe STATION  :
JÉSUS EXHORTE LES FEMMES DE JÉRUSALEM

«  Vous vous arrêtez à mi-chemin du Calvaire, vous allez nous parler et votre Oracle doit pénétrer notre cœur. Arrêtons-nous pour écouter ces paroles divines qui doivent nous révéler le sens de ces événements sacrés. Ce sont les seules paroles que vous avez prononcées en ce chemin. Elles sont graves, elles sont sages et dans leur fermeté elles sont pleines de bonté. Elles sont un dévoilement de l’histoire du monde et de l’histoire de chacune de nos âmes.  » Et le grand secret du 13 juillet 1917 aussi  !

Saint Luc raconte en effet que Jésus «  était suivi d’une grande masse du peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Se tournant vers elles, Jésus dit  : “ Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants, car voici venir des jours où l’on dira  : Heureuses les stériles, et les entrailles qui n’ont point enfanté et les mamelles qui n’ont point allaité  ! Alors on se mettra à dire aux montagnes  : Tombez sur nous  ! et aux collines  : Recouvrez-nous  ! Car si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du sec  ? ”  » (Lc 23, 27-31)

La Vierge Marie a montré à Lucie, François et Jacinthe ce qu’il en est du bois sec  : il brûle dans un océan de feu.

«  Cette vision ne dura qu’un moment, grâce à notre bonne Mère du Ciel qui, à la première apparition, nous avait promis de nous emmener au Ciel. Sans quoi, je crois que nous serions morts d’épouvante et de peur.

«  Effrayés, et comme pour demander secours, nous levâmes les yeux vers Notre-Dame qui nous dit avec bonté et tristesse  :

«  “ Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé.

«  “ Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes se sauveront et l’on aura la paix.

«  “ La guerre va finir. Mais si l’on ne cesse d’offenser Dieu, sous le règne de Pie XI, en commencera une autre pire. Quand vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne qu’il va punir le monde de ses crimes, par le moyen de la guerre, de la famine et des persécutions contre l’Église et le Saint-Père.  »

«  Aujourd’hui c’est le temps de la miséricorde, mais viendra avant que ne passe cette génération le temps de la justice. Aujourd’hui vous nous révélez votre Cœur doux et humble. Demain se manifestera la rigueur terrible de vos jugements. Comprenons donc, insensés, la leçon de cette douloureuse Passion pour ne pas pleurer de vaines larmes sur ce Serviteur de Dieu que nous voyons souffrir  ! C’est notre rédemption qui s’opère là et, s’il souffre, c’est à notre place et ce sera pour notre salut si toutefois, émus à ce spectacle, nous nous convertissons. Ayons l’intelligence de ce Mystère  ! Ce qu’Il souffre, mais dans l’Amour de Dieu, nous aurons à le souffrir de la colère divine si nous ne nous laissons pas instruire par une si effroyable leçon  ! Que ma compassion s’accompagne de contrition, et si même je n’arrive pas à m’arracher des larmes et des paroles de consolation pour ce divin Sauveur, du moins que je craigne, en voyant ses souffrances, de m’en voir frappé un jour pour mes péchés.

«  Ô Jésus, donnez-moi au moins la peur du châtiment justement mérité  ; obtenez-moi de me convertir à la vue de ce que vous avez souffert pour moi  ; veuillez m’accorder le don des larmes les plus pures et des plaintes les plus sincères pour vous, mon Sauveur  !  »

STATION AUX VALINHOS

Le dimanche 19 août, Lucie, François ainsi que son frère Jean, avaient pris le chemin des Valinhos, pour mener paître leurs troupeaux. Jacinthe, pour sa part, avait été retenue par sa mère. Vers 4 heures de l’après-midi, Lucie observa dans l’atmosphère les changements qui précédaient les apparitions de Notre-Dame. Elle fit appel à Jean  : «  Va vite chercher Jacinthe  ! Je te donne deux “ vinténs ” si tu me la ramènes  ! En voici déjà un, et je te donnerai l’autre quand tu reviendras.  »

Au premier éclair avait succédé un second. À ce moment même, Jacinthe arriva avec son frère.

Notre-Dame se montra alors au-dessus d’un chêne-vert un peu plus élevé que celui de la Cova da Iria.

Lucie demanda  : «  Que veut de moi Votre Grâce  ?

– Je veux que vous continuiez d’aller à la Cova da Iria le 13, que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours. Le dernier mois, je ferai le miracle afin que tous croient. Si l’on ne vous avait pas emmenés à la ville, le miracle aurait été plus connu. Saint Joseph viendra avec l’Enfant-Jésus, pour donner la paix au monde. Notre-Seigneur viendra bénir le peuple. Viendra aussi Notre-Dame du Rosaire et Notre-Dame des Douleurs.  »

[Et prenant un air plus triste, Notre-Dame poursuivit : « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. »]

Les paroles de la Sainte Vierge éveillèrent dans l’âme des pastoureaux une véritable faim de mortifications et de sacrifices.

Peu après ce 19 août, Lucie ayant trouvé un morceau de corde tombé d’une charrette, elle dit à ses cousins  : «  Regardez, cela fait mal  ! Nous pourrions nous l’attacher à la taille et offrir à Dieu ce sacrifice.  » François et Jacinthe acceptèrent la proposition.

Dès lors, cet instrument leur causa d’horribles souffrances. Jacinthe, parfois, versait quelques larmes, mais quand Lucie lui suggéra d’enlever la corde, la petite répondit  : «  Non  ! Je veux offrir ce sacrifice à Notre-Seigneur en réparation et pour la conversion des pécheurs.  »

Avant de mourir, François remettra sa corde à Lucie, afin que sa mère ne la trouve pas. De même Jacinthe, avant de partir pour l’hôpital. Lucie les conservera jusqu’à son départ définitif de Fatima pour Vilar.

La veille du 13 septembre, les enfants passèrent en courant devant la maison d’une femme qui les insultait chaque fois qu’ils la rencontraient. Soudain, Jacinthe s’arrêta au milieu de sa course et demanda à Lucie  : «  Écoute, c’est demain que nous allons voir Notre-Dame  ?

– Oui.

– Alors, nous ne jouerons pas, nous ferons ce sacrifice pour la conversion de cette femme. Elle dit tellement de péchés que, si elle ne se confesse pas, elle ira en enfer.  »

Levant les mains et les yeux au ciel, Jacinthe fit son offrande. La pauvre femme observait les fillettes par une ouverture de sa maison. Elle fut tellement impressionnée par cet attitude de Jacinthe qu’elle demanda aux voyants de supplier Notre-Dame de lui pardonner ses péchés.

IXe STATION  :
JÉSUS TOMBE POUR LA TROISIÈME FOIS

«  Pour la troisième et dernière fois… car voici le Calvaire et l’Heure est proche, fixée par le Père, où vous devez consommer votre sacrifice. Il faut donc vous relever pour le “ fiat ” suprême. Jusqu’au bout votre volonté d’homme aura été trahie, entraînée dans la chute par votre faiblesse charnelle. Elle aura défailli dans l’éblouissement de la douleur et l’évanouissement soudain du corps. Vos chutes sont si proches des nôtres, si semblables à nos abandons que vos reprises nous sont un bon exemple. Et parce qu’elles émanaient de votre volonté d’homme véritable et de vrai Fils de Dieu, elles nous ont mérité la force de nous reprendre et de nous relever. Il le fallait, vous l’avez fait. Il le faut aujourd’hui pour nous, à nous de le vouloir et de le faire.

«  Quel amour admirable du Père est en vous la source de pareille énergie  ! Quel amour miséricordieux pour nous autres pécheurs  ! Car si vous ne vous étiez pas relevé, si vous aviez renoncé dans votre volonté d’homme, si vous aviez défailli complètement, préférant votre bien immédiat au nôtre, nous n’aurions pas connu la grâce, nous serions restés dans notre péché et nul salut n’aurait brillé sur nous  ! Je mesure à cela l’immensité de votre Cœur Sacré, voulant ce Calvaire pour opérer notre Rédemption.

«  Puissé-je m’en souvenir au moment de la tentation pour m’en éloigner, dans le péché pour m’en relever, en face de toute épreuve pour l’embrasser courageusement afin de mériter votre grâce et de participer, pour ma modeste part, à l’œuvre du salut du monde  !  »

LE “ TROISIÈME SECRET ”

De la mi-octobre à la fin décembre 1943, sœur Lucie connut d’indicibles angoisses pour l’écrire. Mgr da Silva lui en avait donné l’ordre formel pour mettre fin à sa perplexité. Mais, prenant la plume, elle se trouvait incapable d’écrire.

Il fallut une intervention de la Sainte Vierge pour relever sœur Lucie de cette écrasante agonie. Agenouillée à l’heure de sa visite au Saint-Sacrement devant le Tabernacle, en proie à cette impuissance et pourtant bien certaine que l’ordre de l’évêque était l’expression de la volonté de Dieu, «  perplexe, à moitié absorbée, sous le poids d’une nuée obscure qui semblait planer au-dessus de moi, le visage dans les mains, j’attendais, sans savoir comment, une réponse. Je sentis alors une main amie, tendre et maternelle, me toucher l’épaule  ; je levai les yeux et je vis ma chère Mère du Ciel.

«  “ Ne crains pas, Dieu a voulu éprouver ton obéissance, ta foi et ton humilité  ; sois en paix et écris ce qu’ils te demandent, mais pas ce qu’il t’a été donné de comprendre de sa signification. Après l’avoir écrit, mets-le dans une enveloppe, ferme-la et cachette-la, et écris à l’extérieur qu’elle ne pourra être ouverte qu’en 1960, par le cardinal patriarche de Lisbonne ou par Mgr l’évêque de Leiria. ”

«  Et je sentis mon esprit inondé par une mystérieuse lumière qui est Dieu, et en Lui je vis et j’entendis – la pointe d’une lance comme une flamme qui se dégage, touche l’axe de la terre – celle-ci tremble  : montagnes, villes, bourgs et villages avec leurs habitants sont ensevelis. La mer, les fleuves et les nuages sortent de leurs frontières, débordent, inondent et emportent avec eux dans un tourbillon maisons et gens en nombre incalculable  ; c’est la purification du monde pour le péché dans lequel il est plongé. La haine, l’ambition provoquent la guerre destructrice  !

«  Puis je sentis, parmi les battements accélérés de mon cœur et dans mon esprit, l’écho d’une voix douce qui disait  : “ Dans le temps, une seule foi, un seul baptême, une seule Église, sainte, catholique, apostolique. Dans l’éternité, le Ciel  ! ”

«  Ce mot Ciel remplit mon âme de paix et de bonheur, de telle sorte que presque sans m’en rendre compte, je restai à répéter longtemps  : “ Le Ciel  ! Le Ciel  ! ” Dès que se fut évanouie la grande force du surnaturel, j’allai écrire et je le fis sans difficulté, le 3 janvier 1944, à genoux, appuyée sur mon lit qui me servait de table.  »

Xe STATION  :
JÉSUS EST DÉPOUILLÉ DE SES VÊTEMENTS

«  Voici l’ignominie, voici le début de cette affreuse crucifixion qui paraîtra longtemps aux yeux des hommes un signe de malédiction. Et d’abord ils vous dépouillent de vos vêtements. C’est par une volonté spéciale de votre Père que vous subissez ce dénuement, cette misère éprouvante des condamnés à mort, et vous vous y soumettez sans réserve dans la pensée des âmes qu’il faut sauver  ! Obéissance forcée pour répondre à nos désobéissances forcenées, honte de la mise à nu pour racheter les hontes de nos impudeurs et de notre vaine gloire charnelle, pauvreté totale pour faire leçon à notre avidité, à notre goût du lucre, de la richesse, de la propriété… Pareil dépouillement est comme l’antichambre de la mort, la préparation de la Victime vouée au Sacrifice. En vous laissant arracher vos vêtements, en souffrant de vos cent plaies rouvertes à ce coup, en vous sentant avili et réduit au dernier degré de la faiblesse et de la misère, ô Jésus, vous apprîtes par expérience naturelle et expérience d’homme, la dureté de la mort ignominieuse que vous aviez résolu d’accepter.

«  À mesure que j’avance avec vous sur ce chemin, ma considération de vos peines augmente mon admiration, mon adoration, ma reconnaissance à votre très doux et humble Cœur humain submergé par tant de misères… Que cet amour me détache de tout ce qui passe et qui compte si peu, pour m’attacher à vos pas et me donner de participer en cette vie et en l’autre aux sentiments de votre divin Cœur, ô Jésus, mon Roi d’amour  !  »

Pour sœur Lucie, ce qui correspond à ce dépouillement, c’est la réclusion à laquelle elle est con­damnée par le pape Jean XXIII  : «  La croix se fait plus pesante, écrivait-elle à une amie. Le sacrifice que Dieu nous demande maintenant est aussi plus sanglant.

«  Cependant, je me suis réjouie de vous voir prendre les événements avec un si bel esprit de foi, de confiance et de générosité vis-à-vis de Dieu et des créatures dont il se sert pour nous rapprocher de lui dans la souffrance. Qu’il en soit béni  !

«  Au Ciel, nous nous verrons éternellement  !  !  ! Sur la terre, je ne peux encore rien vous dire de définitif. Ce fut un ordre inattendu, je ne sais ce qui en résultera, ni quel en a été le motif. C’est pourquoi j’ai demandé quelques éclaircissements, que je n’ai pas encore reçus. J’espère que la réponse sera favorable et alors je vous en dirai un peu plus.

«  En attendant, donnons à Notre-Seigneur tout ce qu’il voudra de nous, avec générosité et bonne volonté, afin de réparer une si grande monstruosité de péchés, d’ingratitudes et de méchancetés qui se commettent dans le monde et dont tant d’âmes innocentes sont victimes. Ce sont elles surtout que nous voulons sauver pour que, du moins dans l’éternité, elles jouissent du prix et du fruit de ce qu’elles ont souffert injustement sur cette pauvre terre.  »

XIe STATION  :
JÉSUS EST MIS EN CROIX

«  Commence l’horrible supplice. Je ne dois pas me figurer des cris, des larmes, des supplications à vos bourreaux pour qu’ils vous épargnent, des gestes fous pour vous débattre, ô Jésus. Aucun signe de désarroi n’a été donné en cet instant terrible, vraiment inhumain, ni par Vous ni par aucun des vôtres. Je dois imaginer, autant qu’il m’est possible d’imaginer une telle scène, mon Sauveur et mon Dieu dans sa sereine majesté, se soumettant à ce traitement barbare avec une entière docilité. Comme l’Agneau qui ne pousse pas un cri, pas une plainte, et se laisse conduire et porter sur l’autel du sacrifice.

«  La Vierge Marie est de même que son Fils, d’une dignité surhumaine. Sa douleur est intérieure et si les larmes coulent, si son visage est empreint d’une mortelle tristesse, elle montre un courage héroïque qui impose à tous le respect et se communique aux quelques fidèles qui l’entourent.

«  Ils vous couchent sur le bois de la Croix  ; ils étirent vos bras et vos jambes. De quelques coups de marteau mon Dieu, ils enfoncent les clous dans vos mains et vos pieds. La souffrance est aiguë mais vous ne manifestez que douceur et abandon. La Vierge Marie se réfugie dans la prière. Elle offre ces douleurs de son Fils pour mon salut. Il est dur de penser que ma rédemption fut à ce prix. Oh  ! que cela me soit une leçon pour ne plus jamais pécher.

«  Alors ils ont dressé la Croix et le Crucifié. Dressés sur le monde pour offrir à Dieu le sacrifice de la réconciliation définitive. Dressés sur le monde pour prêcher aux hommes l’amour miséricordieux, le pardon infini de leur Dieu. Vous l’aviez dit  : “ Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi  ! ” Vous n’aviez pas révélé ce que serait cette exaltation de douleur et d’opprobre. Mais la gloire est plus grande, votre Cœur se manifeste mieux sur ce gibet d’infamie que sur aucun trône. “ Trahe me, post te curremus  ! ” Oh, oui  ! Attirez-nous à Vous, venons tous au pied de la Croix.  »

C’est le 2 février 1920, en la fête de la Présentation de l’Enfant-Jésus au Temple de Jérusalem, que sa maman conduisit Jacinthe à l’hôpital, et elle mourut seule, le 20 février, comme elle l’avait accepté à la demande de la Sainte Vierge, après avoir beaucoup souffert. Son seul gémissement, à l’heure des pansements, était  : «  Aïe  ! Aïe  ! Oh  ! Notre-Dame  !  » et elle ajoutait  : «  Patience  ! Nous devons tous souffrir pour aller au Ciel  !  »

XIIe STATION  :
JÉSUS MEURT SUR LA CROIX

Sous les yeux de Lucie, le 13 juin 1929.

«  Trois heures durant votre sacrifice s’éternise, ô Jésus, trois heures saintes où vos atroces souffrances étaient la matière de votre sacrifice et sa forme en était votre prière. Ainsi, durant le temps de la sainte Messe, vous renouvelez au Père cette prière pour nous et pour la multitude. Vraiment, cette supplication qui accompagne jusqu’au dernier souffle pareille souffrance est le gage de notre salut. Or vous avez voulu, quoi qu’il vous en coûtât, durant cette longue lutte, à sept reprises, vous redresser sur ce clou qui transperçait vos pieds, ainsi reprendre souffle et, de votre bouche desséchée, proférer les sept Paroles qui nous révèlent les sentiments les plus profonds et les plus vifs de votre Cœur. À eux seuls, ils sont un Évangile.

«  Pour vos amis et pour les multitudes qui croiront, vous avez donné à saint Jean votre Mère et vous l’avez confié à Elle. Pour vos ennemis, quels qu’ils soient, vous avez demandé au Père qu’Il leur pardonne leur folie et qu’une fois encore la grâce les sollicite de se convertir. Au bon larron, repenti justement à la vue de votre sainteté, vous promettez sans retard le Paradis. À votre Père, par de nombreuses et pieuses paroles, Vous vous plaignez de votre abandon, vous remettez votre âme avec pleine confiance, vous rendez compte comme un loyal serviteur et un bon Fils de ce que votre mission sur terre est accomplie. À nous tous et aux saints Anges, au Père et à l’Esprit-Saint, à tout ce qui existe, vous criez votre déchirant appel à l’Amour  : “ J’ai soif  ! ” Vous avez un ardent désir, une soif inextinguible d’aimer et d’être aimé. D’aimer votre Père infiniment, de toute la force de votre cœur humain  ; et d’être aimé de Lui, immensément, afin d’attirer sa vie, sa grâce, sa gloire parmi les hommes. D’aimer les hommes et d’être aimé d’eux aussi, votre cœur a soif, ô Jésus, et vous nous le criez dans les ultimes instants de votre vie terrestre pour que nous répondions à votre appel, pour vous et pour nous, pour votre satisfaction et votre gloire, pour notre rédemption et notre béatitude éternelle.

«  Enfin, vous poussez un grand cri et la terre tremble, les rochers se fendent, les cœurs humains sont agités de sinistres pressentiments. Ce grand cri, qu’est-ce, sinon l’annonce de la chute de Jérusalem, de la fin du monde présent, du Jugement à venir à la consommation des siècles  ? Tout aura été fait pour le salut de tous. À ce cri, frappons-nous la poitrine  !  »

En octobre 1918, François est atteint par la terrible grippe espagnole. Quelquefois il disait  : «  Notre-Dame a dit que nous aurions beaucoup à souffrir  ! Peu importe, je souffrirai tout ce qu’Elle voudra  ! Ce que je veux, c’est aller au Ciel.  »

«  Un jour, lorsque, avec Jacinthe, nous entrions dans sa chambre, il nous dit  : “ Aujourd’hui, parlez peu  ! J’ai très mal à la tête. ”

N’oublie pas de faire l’offrande pour les pécheurs, lui dit Jacinthe.

– Oui, mais d’abord j’offre cela pour consoler Notre-Seigneur et Notre-Dame, et ensuite je l’offre pour les pécheurs et pour le Saint-Père.

«  Un autre jour, en arrivant, je le trouvai très content  :

– Tu vas mieux  ?

– Non, dit-il, je me sens beaucoup plus mal. Il ne me reste que peu de temps avant d’aller au Ciel. Là-haut, je vais consoler beaucoup Notre-Seigneur et Notre-Dame  ; Jacinthe, elle, va prier beaucoup pour les pécheurs, pour le Saint-Père et pour toi. Toi, tu vas rester ici parce que Notre-Dame le veut. Écoute, fais tout ce qu’Elle te dira.  » Sainte amitié  !

Dieu sait les sacrifices qu’il fit pour consoler Notre-Seigneur et Notre-Dame, ne pas inquiéter sa maman, accepter les remèdes dont il savait l’inutilité et ne jamais se plaindre. Il était devenu le “ rien ” qui était toute son ambition et déjà il faisait des miracles.

Inlassable adorateur de Jésus-Hostie, il obtint la grâce de recevoir la sainte communion la veille de sa mort. «  Aujourd’hui je suis plus heureux que toi parce que j’ai Jésus-caché dans ma poitrine.  »

Il mourut dans un sourire le 4 avril 1919.

XIIIe STATION  :
JÉSUS EST DESCENDU DE LA CROIX

«  Jésus est mort selon la loi fixée par Dieu en châtiment du péché originel, dans l’arrachement de son âme à son corps. Son âme poursuit son œuvre en descendant prêcher le salut aux Enfers. Son Corps est remis à la Vierge Marie sa Mère, qui le reçoit dans ses bras avec un infini respect, une grande tendresse et une merveilleuse dévotion. Elle sait, ainsi que les saintes Femmes et les quelques fidèles qui l’entourent, de manière intuitive, que le lien de ce Corps très saint, transpercé pour notre salut, avec la Personne divine qui se le consacra entièrement, n’est pas rompu. Cette relique est sacrée, elle ne connaîtra pas la corruption du tombeau, elle est toujours le sacrement de la rédemption universelle.

«  Adorons, aimons, contemplons ce Corps divin marqué de tous les stigmates de sa cruelle Passion. Et soyons reconnaissants au Père de tous biens, de nous l’avoir donné pour signe et sacrement éternel de notre salut. C’est en le voyant, c’est en le vénérant, c’est en le recevant à notre tour dans nos âmes par la communion que nous participons à sa grâce sanctifiante.

«  Ô Marie Immaculée, qui avez tenu avec une si grande piété ce doux Corps immolé en vos bras maternels, aidez-nous, apprenez-nous à Le recevoir, vivant et vrai, dans nos cœurs et à lui demeurer toujours unis par notre pureté de corps et de cœur, par notre renoncement et notre piété spirituels.  »

C’est Jacinthe qui avait le mieux compris l’angoisse du salut des âmes qui étreint le Cœur Immaculé de Marie.

«  Le 21 janvier 1920, ce fut le départ de Jacinthe pour Lisbonne où elle devait se faire opérer. «  Son départ me fendait le cœur, écrit Lucie. Elle tint longtemps ses bras autour de mon cou, tandis qu’elle me disait en pleurant  : “ Nous ne nous reverrons jamais plus  ! Prie beaucoup pour moi jusqu’à ce que j’aille au Ciel  ! Là-Haut, je prierai beaucoup pour toi. Ne dis le Secret à personne, même si l’on voulait te tuer  ! Aime beaucoup Jésus et le Cœur Immaculé de Marie, et fais beaucoup de sacrifices pour les pécheurs  ! ”  »

Son cercueil fut déposé à l’église des Anges jusqu’au 24 février  : «  Il me semble encore, écrit l’officier des pompes funèbres, voir ce petit ange. Couchée dans son cercueil, elle paraissait vivante, avec les lèvres et les joues d’une belle couleur rosée. Le parfum agréable qu’exhalait le corps ne peut s’expliquer naturellement, la petite était morte depuis trois jours et demi, et l’odeur qu’elle exhalait était celle d’un bouquet de fleurs variées.  »

XIVe STATION  :
JÉSUS EST MIS AU TOMBEAU

«  Il fallait ce dernier abaissement, cette fin. Plus que l’aboutissement d’une vie mortelle, c’est l’accomplissement de votre vocation de Sauveur universel, ô Jésus, quand vous êtes enseveli comme une semence dans la terre et laissé au silence, à la solitude, à l’abandon et à l’inertie de la mort. Ainsi, vous avez tout livré, tout immolé, tout perdu. Vous avez été jusqu’à déposer votre vie et laisser votre chair morte au tombeau. Nul ne peut plus rien faire pour vous  ; après les gestes dérisoires de l’embaumement, tous se retirent. Quand ils reviendront – mais non point la Vierge Marie – pour de nouveaux rites funéraires et votre ensevelissement définitif, Vous ne serez plus là. Il fallait que vous alliez jusqu’à ce terme sans retour, jusqu’à cet abîme, pour que du fond de l’abîme nous criions vers Dieu avec confiance. De tous les dangers le Père nous sauvera, de la tombe même Il nous relèvera comme Vous. Prodigieuse espérance fondée sur votre mort et votre sépulture  ! “ Semés dans la corruption, dit saint Paul, nous revivrons incorruptibles  ! ”

«  Puisque ce sépulcre ne nous fait plus horreur, puisque ce signe de mort est devenu bien plutôt le signe de notre résurrection, ô très saint Corps de Jésus, apprenez-nous le détachement, la mort à nous-mêmes et la vie cachée, ensevelie avec Vous, pour qu’avec Vous nous entrions dans la Résurrection  !  »

Après sa mort à l’hôpital de Lisbonne le 20 février 1920, Jacinthe fut enterrée, non pas à Fatima, mais à Vila Nova de Ourem. Quinze ans plus tard, le 12 septembre 1935, Mgr da Silva, l’évêque de ­Leiria-Fatima, ordonna le transfert du corps de Jacinthe dans le cimetière de Fatima. On procéda à l’ouverture du cercueil et tous les assistants, émerveillés, constatèrent que le visage de Jacinthe était resté intact. On constata de nouveau le même fait extraordinaire le 1er mai 1951, à l’occasion de l’exhumation avant la translation définitive dans la basilique.

En 1935, Mgr da Silva envoya une photo du visage de Jacinthe à sœur Lucie, alors religieuse Dorothée à Pontevedra. Très touchée, sœur Lucie écrivit à son évêque le 17 novembre suivant  :

«  Je vous remercie et je vous suis très recon­naissante des photographies envoyées. Je ne puis vous dire à quel point elles me sont précieuses. En particulier, j’aime tellement celle de Jacinthe que je voudrais pouvoir tirer, même sur la photographie, les linges qui la recouvrent, afin de la voir tout entière.

«  J’étais comme impatiente de découvrir son visage, sans plus me rendre compte que ce n’était qu’une image. J’étais dans une demi-extase, ma joie était si grande de revoir la plus intime amie de mon enfance. J’espère que le Seigneur, pour la gloire de la très Sainte Vierge, lui accordera l’auréole des saints. Elle n’était enfant que par l’âge. Elle savait déjà pratiquer la vertu et montrer son amour à Dieu et à la très Sainte Vierge par la pratique du sacrifice.  »

CONSÉCRATION

 Homélie de la Messe à la basilique de la Trinité, vendredi 26 mai 2017.

Mes bien chers frères, mes sœurs, chers amis,

«  Le Cœur Immaculé de Marie est aujourd’hui, pour tous ses enfants, le refuge et le chemin qui conduit vers Dieu  », écrit sœur Lucie dans les Apelos. À vrai dire, «  Dieu a donné ce refuge et ce chemin à toute l’humanité dès le commencement, aussitôt après la chute du péché originel. Le Seigneur a dit au démon qui avait tenté les premiers êtres humains et les avait amenés à désobéir à Dieu  : “ Je ferai régner une inimitié entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon. ” (Gn 3, 15)  »

La consécration au Cœur Immaculé de Marie donne naissance à «  la nouvelle descendance de cette femme, annoncée par Dieu, qui régnera dans la lutte contre la postérité de Satan.

«  Marie est la Mère de cette lignée.

«  Elle est comme un nouvel arbre de vie, planté par Dieu dans le jardin du monde pour que tous ses enfants puissent se nourrir de ses fruits. C’est du cœur de leur mère que les enfants reçoivent la vie naturelle, leur premier souffle, le sang qui va former leur être, les battements de leur cœur, comme si le cœur de leur mère était le mécanisme d’une horloge qui actionnerait une autre pendule. Le cœur de la mère est donc le cœur de son enfant, et le Cœur de Marie est le cœur de cette nouvelle lignée qui a pour premier fruit  : le Christ, le Verbe de Dieu  ! Et c’est de ce fruit que tout le lignage du Cœur Immaculé doit se nourrir  », selon la parole de Jésus à Capharnaüm  :

«  “ Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. De même que le Père, qui vit, m’a envoyé, de même celui qui me mange vivra, lui aussi, par Moi. ” (Jn 6, 48; 56-57)

«  Ainsi, vivre par le Christ, c’est vivre par Marie, parce que le corps et le sang du Christ c’est le sang du Cœur de Marie.

«  Établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie signifie amener les âmes à une consécration totale, c’est-à-dire à se convertir, à se donner, et à estimer intimement, à vénérer avec amour le Cœur Immaculé de Marie.

CONSÉCRATION AU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE.

«  C’est en ce sens que notre dévotion au Cœur Immaculé de Marie s’établira dans le monde par une véritable consécration qui est conversion et don total. Comme par la consécration le pain et le vin se transforment en corps et en sang de Jésus-Christ, et le sang du Cœur de sa Mère se transforme en sang et en corps du Fils.  »

«  Nous savons tous ce qu’est, dans une famille, le cœur de la mère  : c’est l’amour  !

«  C’est l’amour qui incite les mères à donner tant de soins à leurs enfants au berceau, c’est l’amour qui les pousse à se sacrifier, à se dévouer pour eux, à toujours courir à leur secours.

«  Tous les enfants ont confiance en leur mère, et tous savent qu’ils ont une place de prédilection dans son cœur qui les aime intimement.

«  C’est de cette manière que ce Cœur Immaculé sera pour nous le refuge et le chemin qui mène jusqu’à Dieu.

«  Ce fut dans ce Cœur, comme en un premier tabernacle que le Père a enfermé son Fils. Ce Cœur fut le premier ostensoir qui l’a abrité, et ce fut le sang de ce Cœur Immaculé qui a fourni au Fils de Dieu sa vie et son être naturel. Et c’est de cette vie, puisée dans le Cœur de Marie, que nous recevons tous “ grâce sur grâce ” (Jn 1, 16).

«  Tel est bien le lignage de cette Femme admirable  : le Christ en lui-même et dans son Corps mystique, et Marie est la Mère de ce corps destiné par Dieu à écraser la tête du serpent infernal.  »

Mgr Florian Kolfhaus disait au Congrès de Fatima, en septembre 2016, que Marie «  rend visible la sainteté du Corps mystique  ». Sœur Lucie continue  :

«  Nous formerons alors le cortège de ce nouveau lignage créé par Dieu, en puisant la vie surnaturelle à la même source fécondante dans le cœur de la même Mère qui est la Mère du Christ et de son Corps mystique. C’est ainsi que nous deviendrons véritablement les frères du Christ, selon ses propres paroles  : “ Ma mère et mes frères ce sont ceux qui entendent la parole de Dieu et la mettent en pratique. ” (Lc 8, 21)

«  C’est le lien qui unit tous les enfants dans le cœur de leur mère, c’est là qu’on écoute l’écho de la parole du Père parce que Dieu a enfermé dans le Cœur de Marie sa Parole qui est son Verbe, et c’est de cette Parole que nous vient la Vie  : “ Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi  ! Selon le mot de l’Écriture  : De son sein couleront des fleuves d’eau vive. ”  » (Jn 7, 37-38)

«  “ Car je répandrai de l’eau sur le sol assoiffé, des flots sur la terre desséchée. Je répandrai mon esprit sur ta race, ma bénédiction sur ta postérité. ”  » (Is 44, 3)

«  C’est dans cette terre arrosée que notre dévotion au Cœur Immaculé de Marie doit s’enraciner, et c’est sous cette perspective de l’amour que Dieu y a déposé comme dans le cœur d’une Mère universelle, qu’il consacre et transforme son lignage en corps et en sang du Christ, son Premier-né, Fils de Dieu, le Verbe du Père  :

«  “ De tout être, il était la Vie et la Vie était la lumière des hommes (…). Et le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’il tient de son Père, comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. ”  » (Jn 1, 4-14)

«  Ce fut dans le Cœur de Marie que Dieu commença l’œuvre de notre Rédemption, son “ Fiat ” en a été le principe  : “ Marie dit alors  : “ Je suis la servante du Seigneur  ; qu’il m’advienne selon ta parole. ” (Lc 1, 38) “ Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. ” (Jn 1, 14)

«  Ce fut ainsi que, dans la plus étroite union qui puisse exister, le Christ commença avec Marie l’œuvre de notre Rédemption. Les palpitations du Cœur du Christ sont celles du Cœur de Marie, la prière du Christ est la prière de Marie, les joies du Christ sont celles de Marie, de Marie sont le corps et le sang du Christ, qui seront immolés et versés pour le salut du monde. C’est ainsi que Marie, faite un avec le Christ, est la Corédemptrice du genre humain.

«  Avec le Christ en elle, avec Jésus-Christ dans ses bras, avec le Christ à Nazareth, dans sa vie publique, avec Jésus-Christ, elle a gravi le Calvaire, elle a souffert et agonisé, recueillant dans son Cœur Immaculé, pour les offrir au Père, les dernières ­douleurs du Christ, ses dernières paroles, ses dernières agonies, et les dernières gouttes de son sang.

«  Et Marie est restée sur la terre pour aider ses autres enfants à compléter l’œuvre rédemptrice de son Christ, conservant dans son Cœur, comme en une source jaillissante de grâce, Ave gratia plena, la vie, la passion et la mort de Jésus-Christ son Fils, pour nous en communiquer les fruits.  » (Apelos, onzième appel du Message, p. 329-334)

PAR LE SANG DES MARTYRS.

«  Sous les deux bras de la Croix, il y avait deux Anges, chacun avec un arrosoir de cristal à la main, dans lequel ils recueillaient le sang des martyrs, et avec lequel ils arrosaient les âmes qui s’approchaient de Dieu.  »

Le 1er décembre 1916, le Père de Foucauld mourait du martyre qu’il avait désiré toute sa vie, en parfaite concordance avec ce “ Secret ” du Cœur Immaculé de Marie. Secret d’amour, selon la parole de l’abbé Huvelin, d’un «  ancien officier, intrépide voyageur dans le Maroc, fervent pèlerin en Terre sainte, parfait gentilhomme, très bon chrétien, qui fait de la religion un amour  ».

Moins de six mois plus tard, la Sainte Vierge descendait en personne à la Cova da Iria pour faire de notre religion un amour. François l’a tout de suite compris, dès le 13 mai 1917  :

«  J’ai beaucoup aimé voir l’Ange, mais j’ai aimé encore davantage voir Notre-Dame. Ce que j’ai le plus aimé, ce fut de voir Notre-Seigneur dans cette lumière que Notre-Dame nous a mise dans la poitrine. J’aime tellement Dieu  ! Mais Lui, il est si triste, à cause de tant de péchés  ! Nous, nous ne devons jamais en faire aucun.  » Ainsi soit-il  !

RÉPARATION

 Adoration eucharistique à Notre-Dame du Rosaire, vendredi 26 mai 2017.

Mes bien chers frères, mes sœurs, chers amis,

«  Mangez et buvez le Corps et le Sang de Jésus-Christ, horriblement outragé par les hommes ingrats. Réparez leurs crimes et consolez votre Dieu.  » (E 129)

À l’automne 1916, les enfants conduisaient leurs brebis au Cabeço où ils aimaient réciter la prière de l’Ange  : «  Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime  ! Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas, qui ne vous aiment pas.  » Ils étaient agenouillés, le visage contre terre, lorsqu’une lumière inconnue leur fit relever la tête. Le même Ange qui leur était déjà apparu à deux reprises, était là, tenant dans sa main gauche un calice au-dessus duquel était une Hostie. Des gouttes de sang en tombaient dans le calice.

Laissant le Calice et l’Hostie suspendus en l’air, il se prosterna jusqu’à terre et répéta trois fois cette prière  :

«  Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément, et je vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels il est lui-même offensé. Par les mérites infinis de son très Saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs.  »

À notre arrivée au Cabeço, lieu très émouvant où l’Ange apparut aux petits voyants à deux reprises, au printemps et à l’automne 1916, nous nous agenouillerons pour réciter les belles prières qu’il leur apprit et que nous récitons toujours. C’est là qu’il leur donna la Communion. Le groupe sculpté du Cabeço est la plus belle et la plus fidèle représentation des trois voyants que l’on trouve à Fatima.

L’Ange se releva, donna la Sainte Hostie à Lucie et partagea le Précieux Sang entre François et Jacinthe en disant  :

«  Mangez et buvez le Corps et le Sang de ­Jésus-Christ, horriblement outragé par les hommes ingrats. Réparez leurs crimes et consolez votre Dieu.  »

Il se prosterna de nouveau, répéta encore trois fois la nouvelle prière “ Très Sainte Trinité ” avec les voyants, puis il disparut.

Poussés par une force surnaturelle, les enfants l’avaient imité en tout et ils continuèrent à prier dans la même attitude jusqu’au soir. Par une grâce infuse, les paroles de l’Ange avaient pénétré très profondément dans leurs âmes.

«  Elles se gravèrent dans notre esprit, écrit Lucie, comme une lumière qui nous faisait comprendre qui est Dieu, combien il nous aime [jusqu’à verser son Sang Précieux pour nous donner la vie] et veut être aimé de nous, la valeur du sacrifice [à commencer par le sien qu’il renouvelle à chaque Messe en versant son Sang dans le calice à la parole du prêtre célébrant le Saint-Sacrifice] et combien celui-ci lui est agréable, comment par égard pour lui Dieu convertit les pécheurs. C’est pourquoi, à partir de ce moment, nous avons commencé à offrir au Seigneur tout ce qui nous mortifiait [celui qui aime imite], mais sans chercher à nous imposer des pénitences particulières, sauf celle de passer des heures entières prosternés sur le sol à répéter la prière que l’Ange nous avait apprise.  » Quelques fois jusqu’à tomber de fatigue.

Avec les apparitions de Notre-Dame, vinrent les épreuves de toute sorte, mais les voyants ne furent pas désemparés  : l’Ange les leur avait annoncées, et il les avait invités à offrir leurs souffrances, en réparation pour les péchés des hommes, pour la consolation de Dieu, et la conversion des pécheurs.

«  Ah  ! si, quand nous recevons Jésus-Hostie, nous pensions que nous allons satisfaire les désirs d’un Dieu qui nous aime infiniment  !  » écrivait sœur Lucie à sa marraine, Filomena Miranda, le 25 décembre 1926.

«  Il me vient à l’esprit que, tandis que d’autres s’occupent des choses de la terre qui ne valent rien, nous à qui Jésus a fait la grâce de connaître la misère des biens de la terre et l’amour de son Divin Cœur envers nous, nous devons nous occuper de L’aimer et de faire en sorte que beaucoup d’autres L’aiment. Si nous étions capables de correspondre aux tendresses d’un Dieu envers nous dans le Sacrement de son amour  ! Nous voyons là un amour sans limites, au Ciel seulement nous comprendrons jusqu’à quel point nous sommes aimées.  » (25 décembre 1927)

«  Comme je me sens heureuse de m’être consacrée à Jésus dès mes jeunes années et, savez-vous, bien des fois, j’ai du regret des jours que j’ai passés dans le monde  !  »

Elle a vingt ans  !

«  Oh  ! si les âmes qui s’adonnent aux maximes du siècle savouraient un jour les délices de l’âme qui souffre aux pieds de Jésus crucifié  ! Là, les jours où l’on ne souffre pas pour l’amour de Jésus deviennent insipides et presque insupportables [c’est du temps perdu !]. Ce Divin Sauveur est si bon  ! Il est toujours si attentif aux besoins des âmes  : ah  ! si nous pouvions correspondre dignement à l’attente de l’Hostie Immaculée  ! En ces jours de Carême, nous Le voyons tant souffrir pour notre amour. Qui serait jamais capable d’un tel excès  ? Au moins que nous, nous tâchions de Lui ressembler, nous tâchions de L’aider à boire le calice jusqu’à la dernière goutte en souffrant avec générosité tous les sacrifices que sa divine Miséricorde daignera nous demander. Ah  ! que Jésus fasse de nous des martyres de son amour  !

«  Nous disions un jour que, dans la sainte Communion, Jésus rassasiait tous nos désirs, mais maintenant je dis que, dans la Divine Eucharistie, Jésus les avive davantage.  » (sœur Lucie à sa marraine, Filomena Miranda, le 16 avril 1927)

«  Quand la souffrance et l’angoisse nous accablent, souvenons-nous de Jésus-Christ au jardin des Oliviers et, comme Lui, disons à Dieu  : “ S’il est possible, Seigneur, éloignez de moi ce calice  ; mais, si vous voulez que je le boive, que votre volonté soit faite et non la mienne. ” Lors même que notre affliction est grande, pensons que celle de Jésus a été plus grande encore, puisque son visage s’est couvert de grosses gouttes de sang, qui tombèrent jusqu’à terre.

«  Oh  ! comme j’aurais voulu être à ce moment-là auprès du Seigneur, pour essuyer sa Face avec un linge fin. Et conserver la relique du Sang de mon Dieu  ! Mais, ce que je n’ai pas fait alors, je veux le faire aujourd’hui, parce que tous les jours le Sang de la Rédemption coule de son visage meurtri, de ses mains et de ses pieds transpercés, de son Cœur ouvert, et ce Sang est présent dans l’Hostie et le Vin consacrés sur l’autel du sacrifice  ; et j’ai le bonheur de me nourrir de ce Corps et de ce Sang. Ave Maria  !  »

«  Nous voici, ô divin Cœur eucharistique de Jésus, au pied de votre autel, vous retrouvant et vous adorant présent au Tabernacle de votre vie immortelle et par le culte de votre Église sainte comme en un nouveau et perpétuel Thabor. Nous savons que Vous êtes ici présent, dans votre Corps ressuscité, votre Sang, votre Âme et votre Divinité, tout réunis en votre unique et parfaite Personne de Fils de Dieu fait homme, mort et ressuscité, à jamais donné à vos créatures comme Victime salutaire et comme Médiateur, comme Sauveur et comme Roi, Seigneur tout-puissant et miséricordieux. C’est Vous qui avez souffert, Vous le même Homme né du sein de la Vierge Marie, dont toutes les souffrances demeurent à jamais le témoignage de l’Alliance Nouvelle et Éternelle. C’est Vous qui renouvelez sans cesse par le ministère du prêtre, sur nos autels, ce Sacrifice dont nous avons médité les mystères sanglants ce matin dans notre chemin de Croix.

«  Ainsi nous appliquerons les sentiments de contrition, de compassion, de mortification et d’amour reconnaissant, que nous a inspirés ce Chemin de la Croix, à nos Messes quotidiennes, afin qu’en chacune d’elles, par notre offrande spontanée et généreuse, nous ne fassions plus avec Vous qu’un Cœur et qu’une Hostie, pour notre salut et celui du monde entier, pour votre consolation et celle de la Vierge Marie, votre Mère et la nôtre, à la Gloire du Père en votre Trinité très Sainte, à qui soient rendus honneur, louange et gloire dans les siècles des siècles.  »

Ainsi soit-il  !

LA RÉCITATION DU CHAPELET AVEC SŒUR LUCIE

MYSTÈRES JOYEUX

Dieu a commencé dans le Cœur Immaculé de Marie l’œuvre de notre Rédemption, puisque c’est la réponse de Marie, «  Fiat  », «  qu’il me soit fait selon votre Parole  », qui a permis à cette Parole, au Verbe de Dieu de prendre chair en son sein et d’habiter parmi nous (Jn 1, 14).

Et ainsi, dans l’union la plus étroite qui puisse exister entre deux êtres humains, ne faisant qu’une seule chair, le Christ a commencé avec Marie l’œuvre de notre salut.

À partir du jour de sa conception virginale, les battements du Cœur du Christ sont les battements du Cœur de Marie, la prière du Christ est la prière de Marie, les joies du Christ sont les joies de Marie  ; le Christ a reçu de Marie son Corps et son Sang qui seront immolé et versé pour le salut du monde.

ANNONCIATION.

«  L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, à une jeune fille vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David  ; et le nom de la vierge était Marie. Il entra et lui dit  : “ Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi ”.  » (Lc 1, 26-28)

Dans ce passage sacré, Dieu nous révèle comment s’est réalisée l’Incarnation du Verbe éternel  : «  L’Esprit-­Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre  ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.  » (Lc 1, 35)

Ces paroles nous révèlent le mystère de la Sainte Trinité, et celui du Cœur Immaculé de Marie  : «  Sois sans crainte, Marie  ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.  » (Lc 1, 30)

Oui, elle a attiré sur elle le regard de Dieu parce qu’elle était vierge, pure et immaculée. C’est pourquoi elle fut choisie pour être le premier temple humain habité par la Très Sainte Trinité.

Par les mérites du Verbe fait homme, duquel nous recevons foi, pardon et grâce, nous aussi devenons des temples vivants de l’adorable Trinité  : «  Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous  ?  » (1 Co 3, 16)

Si nous sommes des temples vivants de Dieu, il est nécessaire de conserver pur notre temple.

VISITATION.

«  En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, ’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit-Saint et s’écria d’une voix forte  : “ Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni  !  » (Lc 1, 39-42)

Marie entonne alors le plus beau cantique de louange à Dieu  :

«  Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur  ! Il s’est penché sur son humble servante. Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse, car le Tout-­Puissant fit pour moi des merveilles. Saint est son Nom, et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

«  Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles. Il comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, de la promesse faite à nos pères en faveur d’Abraham et de sa race à jamais  !  » (Lc 1, 46-55)

NATIVITÉ.

«  Joseph, lui aussi, monta de Galilée, de la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né, elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.  » (Lc 2, 4-7)

Saint Luc raconte ensuite que «  dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient aux champs et gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit. L’Ange du Seigneur se tint près d’eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté, et ils furent saisis d’une grande crainte. Mais l’ange leur dit  : “ Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple  : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David. Et ceci vous servira de signe  : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire. ”

«  Et soudain se joignit à l’ange une troupe nombreuse de l’armée céleste, qui louait Dieu, en disant  : “ Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance  ! ”

«  Et il advint, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, que les bergers se dirent entre eux  : “ Allons jusqu’à Bethléem et voyons ce qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître. ”

«  Ils vinrent donc en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire. Ayant vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit de cet enfant  ; et tous ceux qui les entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers. Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur. Puis les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, suivant ce qui leur avait été annoncé.  » (Lc 2, 8-20)

De la même manière, nous aussi nous devons raviver notre foi dans le message de l’Ange du Portugal et dire la prière qu’il nous a apprise  :

«  Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime  ! Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas, qui ne vous aiment pas.  »

Comme Notre-Dame, conservons toutes ses paroles dites aux trois petits bergers dans notre cœur et méditons-les avec foi, espérance et amour.

PRÉSENTATION.

«  Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’Enfant reçut le nom de Jésus, que l’Ange avait indiqué avant sa conception. Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi  : tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur.  » (Lc 2, 21-23)

En accomplissant ce précepte de présenter son premier-né au Temple pour être offert au Seigneur, Marie exerce en même temps la mission que Dieu lui a confiée de Corédemptrice du genre humain.

Marie connaît les Saintes Écritures et, par elles, elle sait que son Fils est destiné à être victime d’expiation pour les péchés des hommes. Elle prend Jésus dans ses bras d’une pureté immaculée, elle le porte au Temple dans ses mains virginales et le dépose sur l’autel pour que le prêtre l’offre au Père éternel comme victime expiatoire et sacrifice de louange.

Ici, Marie n’offre pas seulement son Fils, mais elle s’offre elle-même avec le Christ, lui qui avait reçu de Marie son corps et son sang  ; ainsi Marie s’offre à Dieu dans le Christ et avec le Christ, étant avec le Christ Corédemptrice de l’humanité.

Dans ce mystère de la Présentation de Jésus, les mains pures de Marie sont la première patène, sur laquelle Dieu plaça la première hostie  : de cette patène, le prêtre qui officiait ce jour-là dans le Temple de Jérusalem la prit pour l’élever au-dessus de l’autel et l’offrir au Père. Plus tard, ce sera la véritable Messe, lorsque le sacrifice d’expiation sera sur le point de se consommer au Calvaire  : Jésus, par ses propres mains, s’offrira au Père pour les hommes.

LA DOUCE RENCONTRE.

«  Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pendant qu’il était dans la caravane des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher.

«  C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi  : il les écoutait et leur posait des questions  ; et tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. À sa vue, ils furent saisis d’émotion, et sa mère lui dit  : “ Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela  ? Vois  ! comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant  ! ” Il leur dit  : “ Pourquoi donc me cherchiez-vous  ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père  ? ”  » (Lc 2, 42-49)

La Sainte Famille nous offre ici un grand exemple de vie chrétienne, dit sœur Lucie. La distance ne les arrête pas, ni le manque de moyens de transport pour aller au Temple de Jérusalem joindre leur prière à celle que le peuple de Dieu offrait au Seigneur. Le Temple de Jérusalem rappelle ces lieux de culte qui aujourd’hui, pour nous, sont nos églises, où nous aussi nous devons aller pour offrir à Dieu, tous unis, nos prières et nos louanges.

Dans la réponse qu’il a donnée à sa Mère, continue sœur Lucie, Jésus-Christ nous dit que le temple est la maison de Dieu  : «  Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père  ?  » Ainsi, les églises sont la maison de notre Père  ; pour cette raison, aller là avec foi, avec respect et avec amour. Allons à la maison de notre Père pour que là, unis autour de la même table, nous nous nourrissions du même pain  : le pain de l’Eucharistie, le pain de la parole de Dieu. Comme Jésus-Christ, nous devons écouter en ce lieu la parole de Dieu, qui nous est transmise par ses ministres comme elle l’était alors au peuple de Dieu par les docteurs de la Loi.

Il y a un mois, nous étions laminés par le premier tour des élections présidentielles, suivi trois semaines plus tard du pèlerinage du pape François qui nous faisait pleurer en union avec le Cœur Immaculé de notre Mère chérie à la pensée de tant d’âmes qui continuent à tomber «  en tourbillon  » en enfer… Nous aurons les conséquences de cet aveuglement et nous voulons les souffrir en réparation  ! Notre pèlerinage de réparation a ravivé notre Espérance et décuplé notre Amour pour le Cœur Immaculé de Marie. Il a été un baume au cœur de nos amis, leur courrier le manifeste chaque jour depuis notre retour  : tous amis de nos communautés, heureux de réparer, de consoler Jésus et Marie, de recevoir leurs grâces comme une réponse de la Sainte Vierge, Marie Médiatrice de toutes grâces, nous manifestant qu’elle agrée notre “ Acte de consécration ”, prononcé devant sa statue avant de la quitter, et notre «  patience  » inlassable qui le suivra, à l’exemple de sœur Lucie, dans ce gigantesque combat d’Apocalypse  ! «  Notre-Dame a promis de remettre à plus tard le fléau de la guerre si cette dévotion était propagée et pratiquée. Nous la voyons repousser ce châtiment dans la mesure où l’on fait des efforts pour la propager. Mais je crains que nous ne puissions faire davantage que ce que nous faisons, et que Dieu, mécontent, lève le bras de sa miséricorde et laisse le monde être ravagé par ce châtiment qui sera comme il n’y en a jamais eu, horrible, horrible.  »

Cette lettre de sœur Lucie au Père Aparicio (20 juin 1939  !) nous fait comprendre l’impuissance du pape François «  aux liens  », et nous invite à prier sans relâche (Actes 12).

MARIE RÈGNE  !

 Homélie de la Messe à la Capelinha, samedi 27 mai 2017.

Mes bien chers frères, mes sœurs, chers amis,

Nous quittons cette terre sainte où Marie est honorée comme une Reine, où Elle règne réellement pour retourner dans un monde où Satan lui fait la guerre. Mais nous savons non seulement qu’elle sera victorieuse, mais qu’elle l’est, actuellement distribuant ses grâces et donnant ses ordres.

Elle est la Reine de notre cœur, dont son Cœur Immaculé est le refuge permanent, assuré, le chemin qui nous conduira jusqu’à Dieu notre Père, notre très chéri Père Céleste par les mérites de son Fils Jésus-Christ Fils du Père et de Marie, notre doux Sauveur, notre Frère, dont l’Amour, l’Esprit-Saint, qui est Dieu, l’Esprit du Père et du Fils nous a envahis en ce Lieu saint où Marie a paru, il y a cent ans, et où elle est présente à cette Messe, comme elle l’a manifesté à Tuy, le 13 juin 1929, où Lucie a vu, de ses yeux vu, le mystère quotidien, rédempteur, de ce Sang jailli du Cœur transpercé de son Jésus pour couler sur l’Hostie que le prêtre va consacrer et nous donner à manger afin d’accomplir la parole entendue au Cabeço de l’ange saint Michel par Lucie, François et Jacinthe, afin que nous l’entendions à notre tour  :

«  Mangez et buvez le Corps et le Sang de Jésus-Christ, horriblement outragé par les hommes ingrats. Réparez leurs crimes et consolez votre Dieu.  »

Telle est notre vocation, mes bien chers frères, mes sœurs, laquelle nous avons ici la grâce de répondre avec sainte Lucie.

«  C’est dans l’asile de votre Cœur Immaculé, ô Vierge et Mère, que je me consacre à Vous et par Vous au Seigneur, avec ces paroles qui sont vôtres  : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole, votre désir et votre gloire.  » (Consécration quotidienne de sœur Lucie au Cœur Immaculé de Marie)

À la fin de la Messe, alors que le clergé rentrait à la sacristie, frère Thomas entonna le cantique “ Ô Reine du Rosaire ”, transposition française du traditionnel “ Adeus ” portugais. Bien que cela ne se fasse pas habituellement à la Capelinha, nos sœurs sortirent alors leur petit mouchoir blanc, pour exprimer à notre bonne Mère du Ciel nos adieux et toute notre action de grâces pour ce merveilleux pèlerinage qu’Elle a si visiblement béni. L’enthousiasme gagna notre petite foule  : les frères puis nos amis, ainsi que d’autres pèlerins, se mirent à agiter eux aussi leur mouchoir. Moment d’émotion  ! Bien des larmes jaillirent discrètement des yeux, mais c’étaient des larmes de bonheur. Nous étions si bien chez la Sainte Vierge. C’est donc le cœur rempli de courage, que nous avons quitté ce lieu béni pour aller prendre notre petit déjeuner et nous préparer à reprendre les cars en vue du retour en France.

frère Bruno de Jésus-Marie.