La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 176 – Juin 2017

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


AVEC SŒUR LUCIE :
PÈLERINAGE DE RÉPARATION

Sœur Lucie

QUE le Bon Dieu est bon  ! Que la Sainte Vierge est maternelle  ! En effet, depuis quelques semaines, les épreuves se sont abattues sur la France et l’Église, pouvant laminer notre confiance et notre force  : la chute des deux François «  vacillants  », celui de France à l’issue des dernières élections et celui de Rome à l’issue de son pèlerinage à Fatima le 13 mai dernier. Certes notre intention première était bien la réparation et la consolation de Notre-Dame, mais il se trouve qu’en retour la Vierge au Cœur Immaculé nous a comblés de force et courage pour La suivre jusqu’où Elle voudra, avec la certitude que le chemin de son Cœur Immaculé est bien chemin de Vérité et de Vie, quels que soient les aléas de la route à suivre et les délais, que nous ignorons. Elle est Reine  : «  À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera.  » Admirabile commercium  !

Mais venons-en à ce grand jour du 25 mai, jour de l’Ascension, objet de nos vœux et attentes.

Objet de toutes les préparations en amont, que précisèrent cinq circulaires détaillées, préparatifs qui furent le tracas permanent des frères organisateurs grâce auxquels le déroulement de ce pèlerinage fut parfait pour tout et pour tous, ce qui représente une vraie performance et permit aux pèlerins de tout âge – de quatre mois à quatre-vingt-neuf ans – de toute situation familiale, de suivre, chacun selon son rythme, les activités proposées. Le bonheur visible de tous et chacun durant ces trois jours a dû être pour les frères une vraie récompense  !

Les pèlerins avaient reçu à l’avance le livret du pèlerinage, très complet. Plus qu’un simple livret  ! puisque le programme, stricto sensu, des trois jours tenait sur un recto, le verso étant occupé par le plan des lieux de visites et d’hospitalités. En fait, c’est un manuel de 216 pages sur tous les tenants et aboutissants du Message de la Vierge à Fatima, retraçant l’histoire du monde, d’un siècle, en fonction des demandes et des réalisations, ou plutôt des non-­réalisations, de ces mêmes demandes. Et c’est l’histoire d’un combat, acharné, opposant la malice des hommes, des autorités, à la volonté salvatrice du Ciel, relayée par sa messagère, à de nombreuses reprises, sans effet, sauf pour le Portugal et l’Espagne. Histoire tragique pour le monde, histoire pathétique pour sœur Lucie. En ce livret nous est donnée la vue orthodromique de l’histoire du monde, mystique et politique. «  Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé.  » Tel en est l’axe, à partir duquel tout s’articule.

Nous avons eu le temps de nous en imprégner avant le départ ou dans les temps d’attente et en avion.

Quant aux prières et cantiques, nous avions reçu le CD à l’avance afin que tous sachent les nouveaux chants – connus des seuls jeunes gens des camps – dans lesquels frère Henry a mis en harmonie les paroles de la Vierge et de l’Ange  ! Quelle ­préparation  !

Ainsi équipés, nous pouvons partir, qui de Nantes, qui de Lyon, qui d’Orly où la vue de l’ensemble des communautés, frère Bruno en tête, nous assure que le jour J est arrivé  !

À chaque fois, c’est la même joyeuse atmosphère de retrouvailles entre CRC, qui nous ferait oublier les consignes  ! Heureusement, à chaque endroit où l’erreur est possible – et ils sont nombreux dans ces grands halls  ! – un frère est là, guidant, prévenant ou rattrapant l’égaré. Bref, il n’est que de se laisser conduire, ce que nous faisons bien volontiers. Avant de décoller et d’admirer comme le ciel est bleu par-dessus les nuages comme notre âme doit l’être par-dessus tous les tracas, petits et grands, puisque nous sommes dans la main de Dieu…

Le plus grand rassemblement se fera à Lisbonne où se retrouvent les pèlerins des trois avions affrétés spécialement pour le pèlerinage, en attendant que nous rejoignent à Fatima même ceux qui seront venus par leurs propres moyens  : en tout neuf cents pèlerins, pas un de plus, pas un de moins.

Douze cars avaient été affrétés, pour douze groupes avec deux frères responsables de chacun d’eux. Le car numéro 1 est réservé – premier et deuxième ordres obligent  ! – aux communautés, toutes rassemblées, venues de toutes les maisons de France et du Canada. Les Canadiens ont accompagné la leur en nombre imposant  ! Inutile de dire qu’un tel spectacle ne passe pas inaperçu  !

Les choses sérieuses commencent dans le car qui nous mène de Lisbonne à Fatima  : nous écoutons la conférence de frère Bruno sur le pèlerinage du pape François, douze jours avant le nôtre. Il le résume d’un titre  : “ Marche vers le plus grand Masdu ” d’un disciple de Paul VI et de Maritain. Hélas  ! Tout est dit.

En effet, chacune des étapes de son pèlerinage en comptant aussi sa catéchèse du mercredi 10 mai, sera marquée par une inintelligence radicale et confondante du message de la Vierge  : exit la conversion des pécheurs, au profit de la miséricorde pour tous les exclus, comme si le temps présent, avec toutes ses épreuves, n’était pas l’apprentissage du ciel  ; exit le Cœur Immaculé de Marie au profit de son propre cœur à lui, pape François, plus large et miséricordieux que celui de la Vierge parce qu’avec lui «  toutes les brebis confiées à (s) es soins sont sauvées sans exception  »  ! exit la royauté de Marie, – qui ­d’ailleurs ne connaissait pas le destin de résurrection de son Fils – c’est seulement «  avec  » Elle que le Pape est pèlerin de l’Espérance  ; exit sa mission de Corédemptrice rappelée dans le troisième secret où elle arrête le bras de l’Ange exterminateur  ; et là, frère Bruno voit une réponse indirecte, mais précise, à ses suppliques répétées  : puisqu’il n’y a pas de châtiment divin, pas besoin d’inventer une Vierge «  plus miséricordieuse que son Fils  »  ! Théologiquement inacceptable ­probablement  !

Pourtant le Pape connaît les dits et gestes de la Vierge à Fatima  : ses propos le prouvent.

À son arrivée à Fatima, il se rendra à la Capelinha, à la différence de Paul VI, mais ce sera pour une confrontation du Pontife et de la Vierge  ; un dialogue tragique débouchant sur un refus tragique  : refus du salut pour les pécheurs, refus de la conversion.

Et de fait, le sermon de la messe de canonisation des petits voyants sera luthérien à la faveur d’une exégèse fantaisiste  : la Vierge à Fatima a étendu son manteau de lumière (  ?), non pour nous convertir, mais pour nous couvrir et sauver tous.

Comment balayer aussi délibérément les Paroles de l’Ange, de la Vierge  ? Le but de la vie et de la mort de François et Jacinthe  ? Le calvaire de sœur Lucie  ?

Il s’agit d’une substitution de message…

Au terme de cette conférence sur la prédication du pape François à Fatima, accablante, et inconcevable de la part d’un dévot de la Vierge, il est clair que nous avons en lui un opposant résolu au message de Notre-Dame  ; on ne peut plus dire qu’il ne connaît pas, que c’est la faute à X ou Y. Il sait et ne veut pas, actualisant la Parole de Jésus  : Volui et noluisti. C’est effrayant  : il n’a pas connu l’heure du Salut. C’est alors l’heure du châtiment.

Comme pour la France après la chute de François Fillon.

Plus que jamais est réaffirmée l’intention première de notre pèlerinage  : consoler la Vierge Marie de tant d’outrages.

Nous arrivons à Fatima et il s’agit pour chacun de se répartir dans toutes les hospitalités prévues – six en tout  ! dont notre chère maison des Sœurs dominicaines  ! – ce qui se déroule facilement grâce aux frères. C’est là que les groupes prendront leurs repas.

Vu notre nombre, les différents groupes ont un jour et un horaire fixés pour se rendre au chemin de pénitence, au Chemin de Croix des Hongrois, au Cabeço et à Aljustrel, et sur la tombe des voyants dans la basilique Notre-Dame du Rosaire. Tout cela pour dire que nos seuls points de rendez-vous commun seront la messe chaque jour, l’Heure sainte du vendredi soir ainsi que le Chapelet international suivi de la procession.

Le premier rendez-vous fixé, c’est la Messe à la Capelinha, à 17 heures. Et c’est impératif, les organisateurs du Sanctuaire étant draconiens pour les horaires. Nous y serons, et dans les temps  !

Mais là, ce sont d’autres soucis qui préoccupent frère Bruno  : à quel accueil s’attendre  ?

La CRC n’est pas en odeur de sainteté à Fatima  : sa participation active et contradictoire lors du dernier Congrès marial de la PAMI en septembre dernier a fortement déplu, tandis que le recteur du Sanctuaire se montrait le complice très actif des théologiens modernistes qui rejettent et détruisent tout le message de Fatima. Il empêcha nos frères et nos jeunes amis de le défendre, allant jusqu’à leur envoyer la police. Bref, même si les contacts téléphoniques ont permis de mettre sur pied notre participation aux offices avec notre aumônier, frère Bruno s’attend au pire.

MESSE D’OUVERTURE, JEUDI 25 MAI À 17 HEURES, À LA CAPELINHA.
Messe votive de Notre-Dame de Fatima, et non pas de l’Ascension car cette fête est reportée au dimanche suivant, comme en Italie. Atmosphère fervente, rehaussée par la beauté sobre du Kyriale de la Phalange chanté par la chorale et repris par notre assemblée, ainsi que par les chants traditionnels que tous les fidèles connaissent. Frère Bruno lit l’Épître (ci-dessus) et donne le sermon (ci-dessous). Bref et percutant, qui résume en trois mots les raisons de notre pèlerinage   : Adoration, Réparation, Consécration.

Or c’est le mieux qui s’est produit  ! en ce sens que, dès la première Messe, les prêtres et les appariteurs du sanctuaire ont été conquis. Il y avait de quoi  ! Dans le chœur, autour de l’autel, en aube, tous les frères prieurs des différentes maisons, les frères “ enfants de chœur ”, un frère à l’ambon pour diriger la chorale disposée en nombre dans la partie droite de la Capelinha, la petite foule des CRC au milieu d’autres groupes… de Nogent (diocèse de Troyes), et un prêtre canadien de Sherbrooke, sans oublier de nombreux Martiniquais. Dans cette petite foule, impossible de ne pas avoir l’œil attiré par les rangées de voiles blancs et de soutanes  ! Et le tout encadré par une trentaine de jeunes gens portant avec fierté et dignité de magnifiques bannières de l’Immaculée, blanc et or sur fond bleu. Sans compter les trois cents petits drapeaux arborés par les enfants, petits et grands. Ils assureront ce service de Chevaliers de Notre-Dame lors de toutes les cérémonies, regroupant ainsi sous le drapeau de la Vierge et protégeant tous les pèlerins, qui sont nombreux en ce centenaire. Le spectacle a fière allure  !

La Messe de la Sainte Vierge, et non pas de l’Ascension car cette fête est reportée au dimanche suivant, comme en Italie, se déroule dans une atmosphère fervente, rehaussée par la beauté sobre du kyriale de la Phalange chanté par la chorale et repris par notre assemblée, ainsi que par les chants traditionnels que tous les fidèles connaissent. Frère Bruno lit l’Épître et donne le sermon  !Sermon de la messe d’ouverture

Bref et percutant, qui résume en trois mots les raisons de notre pèlerinage  : Adoration, Réparation, Consécration. «  Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime.  » Le ton est donné (cf. infra, p. 18-19). Douceur de cette première Messe, intime si l’on peut dire, à la Capelinha, où nous nous pressions pour d’abord embrasser notre Mère chérie du Ciel, lui dire avant tout que nous l’aimions et voulions la consoler, Elle, et faire ce qu’Elle demandait, Elle… Joie, fierté d’entendre frère Bruno prêcher sur ce lieu même où Elle est apparue.

Nous aurons de nombreux commentaires louangeurs et des questions de la part des assistants à cette Messe. De retour à la sacristie, le prêtre canadien demande à frère Bruno  : «  Vous avez fait votre sermon en trois points, mais comme je suis vieux, j’ai oublié. Vous avez dit Adoration, et après  ?Réparation – et le prêtre canadien ajoute  : – Consécration, c’est le deuxième qui me manquait  !  »

Le lendemain, sur le Chemin de Croix, nous avons rencontré le groupe du prêtre de Nogent-sur-Seine. Un couple nous aborda et nous dit qu’ils avaient assisté à la Messe d’ouverture de la veille et qu’ils n’avaient jamais espéré avoir une telle Messe pendant leur pèlerinage à Fatima, et que pour eux, c’est une grande grâce et qu’ils avaient eu l’impression que la Vierge était descendue du Ciel pour y assister, tellement c’était magnifique.

C’est à partir de là que nous avons pu constater une différence avec notre pèlerinage de 1996 où éclatait la distorsion entre les officiels et nous autres, pauvres apôtres, faisant corps avec le peuple portugais, sous l’œil de «  rhinocéros  », dixit notre Père en voyant la vidéo, du cardinal Ratzinger qui avait parfaitement repéré la bannière de Jean-Paul Ier… et les porteurs de bannière  !

Tandis que là, les frères n’étaient plus traités en parias. Cela change tout  ! À une question que lui posa notre cérémoniaire, frère Jean-Eudes, pour le bon déroulement de la cérémonie, l’appariteur répondit  : «  Vous êtes ici chez vous  !  » Le frère corrigea gentiment  : «  Nous sommes chez la Sainte Vierge  !  » Un bon sourire lui répondit. Et pour bien nous montrer son contentement, Notre-Dame nous a tout facilité durant ces deux jours dans son sanctuaire, chez Elle.

C’est un petit début de renaissance, à notre échelle, expliquera frère Pierre de la Transfiguration. Le châtiment est inévitable, mais la Sainte Vierge prépare la renaissance et, pour cela, elle a nos cœurs à sa disposition, les chants de frère Henry et les sermons de frère Bruno et de notre Père. Il ne nous reste plus maintenant qu’à vivre notre consécration entièrement.

Il ne s’agit donc pas d’une satisfaction d’amour-propre, même pas du sentiment d’une «  reconnaissance  », qui nous placerait à l’extérieur, mais simplement – ce n’est pas si simple  ! – de la certitude d’être à notre place dans l’Église, in medio Ecclesiæ. Les frères insérés à leur place dans l’ordonnance de cette Messe, et notre frère Prieur enseignant la vérité exacte sur Notre-Dame de Fatima  ! Gage de Renaissance, non  ? Car c’est de ne pas enseigner Fatima que l’Église et le monde meurent  !

Nous sommes aux pieds de Notre-Dame, notre unique recours en ce temps d’apostasie  ! En suppliants, pour la conversion du Pape. C’est pour cela que nous sommes venus  ! Aussi, lorsque nous voyons la CRC acceptée, écoutée en frère Bruno, au sein même du Sanctuaire, on peut penser que le Règne du Cœur Immaculé de Marie commence, à petits pas et, en tout cas, qu’Elle agrée nos prières, qu’Elle en est consolée. C’est notre but et notre joie  !

De plus, nous sommes impressionnés par le respect, la piété et l’ordre avec lesquels opèrent les différents appariteurs  : ils aiment leur Reine et ont à cœur qu’elle soit servie dans la dignité, la beauté et le bon ordre. Leur respect pour le Saint-Sacrement à l’intérieur de la Capelinha est particulièrement édifiant. Ils anticipent les génuflexions pour signifier aux prêtres de la faire. De ce point de vue, ils auront tout de suite remarqué la compétence des frères pour le déroulement de la liturgie, et ils accorderont toutes les autorisations pour les cérémonies suivantes en toute confiance, impressionnés à leur tour par la tenue de notre groupe homogène dans sa ferveur malgré l’hétérogénéité de ses pèlerins  ! Par exemple les processions d’entrée et de sortie sont ordinairement interdites dans la basilique de la Sainte Trinité. «  Mais puisque vous les avez prévues, vous les ferez  !  » C’est si beau de voir tous les frères et sœurs bien rangés, et toutes les bannières, et notre tiers ordre en “ foule ”. Comment ne pas penser à la grâce reçue par notre Père le Jeudi saint, 25 mars 1948, avant son ordination  ? Nous avons sous les yeux l’accomplissement de la promesse évangélique  : «  La vigne émondée a produit de beaux fruits.  » Oui, le sacrifice de notre bien-aimé Père, scellé par ses dernières années de maladie et sa mort d’amour, est fécond.

Chapelet internationalLe soir même au cours du Chapelet international, frère Bruno fut requis de réciter une demi-­dizaine de chapelet à l’ambon de la Capelinha, et de lire un passage de la Sainte Écriture en vue de la procession solennelle du Saint-­Sacrement. Les frères, revêtus de la livrée rouge des porteurs, derrière frère Michel chargé de la Croix lumineuse suivie de nos trente bannières, frère Bruno fut placé en tête du clergé par les appariteurs devant le dais. Plusieurs de nos frères aidèrent à porter ce dernier. Le reste de nos frères et l’ensemble de nos sœurs suivirent le dais mêlés à la foule des pèlerins.

Procession du Saint-SacrementLe lendemain, c’est la Vierge qui sera ainsi processionnée, précédée de la grande Croix lumineuse portée par frère François-Xavier et suivie de nos bannières. Comme la veille, quatre de nos frères relaient les ­porteurs du brancard pendant une partie de la procession.

Mais cette fois, forts de l’expérience de la veille, nos frères et nos sœurs se placèrent derrière le brancard de Notre-Dame de façon bien ordonnée sous l’œil complice et bienveillant des appariteurs qui nous laissèrent agir à notre guise. C’était tellement émouvant de la voir passer tout près de nous, et aussitôt après d’un seul mouvement spontané, la foule se précipitant derrière Elle, courant, se pressant pour être au plus près d’Elle. C’est tellement figuratif  !

Procession du Saint-SacrementComment se fera le triomphe du Cœur Immaculé de Marie  ? Mais comme ça  ! Quand la consécration de la Russie sera faite, la dévotion des premiers samedis répandue, tous, sans presque s’en rendre compte, se précipiteront ainsi à la source de la grâce et de la miséricorde, vers le Cœur Immaculé de Marie, comme aimantés… Cela m’a soulevée d’amour. Lumière dans la nuit et le froid. Les yeux fixés sur Elle, même de loin, nous la suivons et c’est bien l’illustration de notre condition, de notre vocation  : La suivre sur son chemin, dans le reflet de sa Lumière dans la nuit qui s’épaissit. Ne pleurons pas sur la nuit, la terre est un temps d’épreuve. Elle est là, notre Refuge  : “ Regardez l’Étoile ”. Les petits comme les grands ont alors tous une âme d’enfant.

Notre Messe du vendredi nous conduira au ciel  ! Au septième ciel  ! Ce fut un vrai moment de paradis où ciel et terre étaient intimement unis. Pourtant c’était dans la basilique de la Sainte Trinité, immense bâtisse en béton, avec un Christ à l’extérieur comme à l’intérieur, à hurler de laideur et de mauvais goût (mais on peut facilement les supprimer et les remplacer). Imaginez d’abord la procession d’entrée, mise en place à l’extérieur dans toute son ampleur grâce à la dimension des lieux  : en tête, les bannières fièrement arborées, les communautés d’un nombre impressionnant, puis notre petite foule et le clergé, – notre aumônier et nos frères prieurs – entrant lentement dans cette immense basilique de dix mille places, prenant place dans les différents lieux préposés, dix frères dans le chœur, les autres dans l’assemblée, les bannières dans le chœur, quinze de chaque côté de l’autel, se détachant sur le fond doré d’une immense mosaïque et formant la cour d’honneur de Notre-Dame représentée quand même par une statue “ honnête ” (  ?  ?  ?), le tout sur fond d’orgue avec le chant puissant de “ Cœur de Jésus, notre Roi ”, entonné par la chorale et repris avec force par l’assemblée.

C’est frère Bruno qui lit l’Épître, un extrait des Actes des Apôtres, dans lequel Gallion, proconsul d’Achaïe, sauve saint Paul de ses adversaires juifs, tout un symbole  ! Puis notre frère prieur donne le sermon, sur le Cœur Immaculé de Marie, suivant la théologienne hors pair qu’est sœur Lucie (infra, p. 29-30).

Depuis le début des temps, explique cette dernière, l’Immaculée est notre refuge, depuis que Dieu a établi une hostilité entre son lignage et Satan. De cette nouvelle descendance, Marie est la Mère et le Christ, son premier fruit, suivi de tous les autres que sont les enfants de son Église.

Donc, vivre par le Christ, c’est vivre par Marie. C’est pourquoi établir la dévotion à son Cœur Immaculé, c’est amener les âmes à une conversion totale à son Fils. N’est-elle pas Mère, le premier tabernacle de Jésus, le premier ostensoir  ? C’est dans ce Cœur que nous recevons grâce sur grâce.

La Vierge Marie est la tête du Corps mystique qui écrasera le Démon. Le Christ a commencé avec Marie l’œuvre de notre Rédemption  : sœur Lucie formule le dogme de la Corédemption de Marie, refusé obstinément par Vatican II

Ce mystère d’amour se termine dans le grand secret du 13 juillet par le martyre d’amour  : «  Sous les deux bras de la croix se tenaient deux anges qui recueillaient le sang des martyrs qu’ils répandaient sur les âmes qui s’approchent de Dieu.  » Or le 1er décembre 1916, le Père de Foucauld mourait en concordance avec ce secret, dans une mort d’amour. Six mois après, la Vierge descendait du Ciel pour faire de notre religion un amour. Comment ne pas vouloir imiter les petits voyants dans leur amour de consécration et de ­réparation  ?

Puis frère Bruno fait prier, dans la Prière universelle, pour des intentions très ciblées, résumant exactement les raisons de notre pèlerinage de supplication  : la conversion du cœur du Pape.

Invoquons le Cœur Immaculé de Marie, demande frère Bruno,

 Pour le Saint-Père, que l’Esprit-Saint lui inspire une confiance totale dans le Cœur Immaculé.

 Pour l’Église universelle, que l’Esprit-Saint lui inspire un amour eucharistique semblable à celui de Francisco dans la petite église de Fatima.

 Pour que les pèlerins soient étreints de la même pitié que Jacinthe pour les pécheurs qui n’ont personne qui prie pour eux.

 Pour que l’Esprit-Saint attire les âmes de ceux qui ne croient pas, par la beauté des petits voyants de Fatima.

 Pour que le Saint-Esprit donne au Saint-Père la même volonté que le pape Luciani d’accomplir les demandes de la Vierge comme elle les a demandées.

Avec une telle prière universelle, on répond et on chante de tout cœur  !

Au son des cantiques nouveaux, d’une mélodie moderne, sobre et douce qui porte à la prière, nous nous unirons à l’Action eucharistique du prêtre, nous portant tous, nous offrant tous, Ciel et terre se ­rejoignant dans une oblation commune.

Oui, nous avons goûté une joie céleste, très pure, prolongée par la sortie en procession interminable au chant de “ Ô Immaculée ”, porte-bannières marchant en tête puis s’écartant pour se ranger en carré de chaque côté à la sortie de la basilique au son des derniers couplets. Oui, c’était le Ciel  !

Cette Messe nous était réservée mais les pèlerins qui y ont assisté en ont été fortement émus.

La Vierge ne nous aurait-elle pas infusé un peu de la puissante douceur de son amour maternel, nous prenant à l’écart, pour le réconfort et la paix de notre âme avant la grande épreuve  ? Comme Jésus le fit avec ses Apôtres  ?

Après l’Heure sainte du soir dans la basilique Notre-Dame du Rosaire, trop petite pour nous contenir tous, durant laquelle frère Bruno nous entraîna à la suite de sœur Lucie à la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, nous nous retrouvâmes tôt matin à la chapelle de la Capelinha pour notre dernière Messe célébrée toujours par notre aumônier, avec la même ordonnance de nos frères et nos porte-­drapeaux. L’Épître était tirée de l’Apocalypse  : «  Je ferai toute chose nouvelle  ». Frère Bruno, dans le sermon, en dégagea la leçon  : Oui, nous quittons cette Terre sainte où Marie règne, pour retourner dans un monde où Satan lui fait la guerre. Mais Elle régnera, Elle fera toute chose nouvelle  ! Elle règne déjà  ! Elle est présente ici comme à Tuy dans la théophanie. Elle nous redit les paroles de l’Ange  : «  Mangez et buvez le Corps et le Sang de Jésus-Christ horriblement outragé  »; elle nous invite à réparer et à consoler son Fils. Telle est notre vocation, dont nous avons renouvelé la grâce en ce lieu béni afin d’être comme Elle la servante du Seigneur  : Ecce ancilla Domini.

Heure Sainte, tombes de Lucie et JacintheDans le transept de la basilique de Notre-Dame du Rosaire, nous avons prié sur les tombes des voyants. Celle de François est à droite, côté Épître. La sculpture qui le représente est ornée de ces petits oiseaux pour lesquels, comme son patron saint François d’Assise, il ressentait pitié et tendresse. La tombe de Jacinthe est à gauche, côté Évangile, rejointe par sœur Lucie en 2006.

«  Quand je serai libérée de la prison de cette terre, mon apostolat sera plus étendu et ses moyens seront plus féconds  », écrivait-elle à l’évêque de Fatima en 1960. Le pape Jean-Paul Ier confiait à sœur Vincenza  : «  Après sa mort, sœur Lucie sera connue et aimée dans le monde entier, comme sainte Bernadette de Lourdes. Le monde entier connaîtra les faits extraordinaires et les conversions opérées par Notre-Seigneur et la Madone, à la prière de sœur Lucie.  »Heure sainte

À commencer par la guérison de Maria Rosa, sa mère, en 1919, obtenue à sa prière et payée du chemin de pénitence, que nous avons fait à notre tour pour demander la guérison de notre Mère l’Église.

Nous avons visité, à Aljustrel, la maison des Marto, la chambre où François mourut, celle où ils naquirent et où Jacinthe fut alitée durant sa maladie avant d’être installée dans celle de son frère où la Sainte Vierge lui annonça de nouvelles croix, qu’elle accepta «  pour la conversion des pécheurs  ». Puis la maison des dos Santos dont l’ameublement a été parfaitement conservé  : le métier à tisser sur lequel Maria Rosa apprenait aux jeunes filles à tisser  ; la cheminée auprès de laquelle, l’hiver, toute la famille se réunissait pour la veillée.

À la fin de l’Heure sainte (infra, p. 30), nous sortîmes en procession de la basilique par la grande porte centrale, les bannières en tête, suivies des frères, des sœurs et de nos amis en direction de la Capelinha pour le chapelet international et la procession de la Sainte Vierge.

Frère Bruno expliquera un peu plus tard pourquoi Elle règne déjà, en ce moment même, ici  : en effet, il a été frappé par le culte incessant rendu à la Vierge par le clergé et le peuple dans le sanctuaire – messes et chapelets se succèdent –, avec amour, dévotion et grande dignité. C’est Elle la Reine de ces lieux que nous avons traversés. Même si les boutiques à touche-touche sont omniprésentes, l’atmosphère reste mariale. Les petits écoliers rencontrés sur le Chemin de Croix, au Cabeço et à la Capelinha menés par leurs maîtresses, honorent leur Reine. Nous sommes dans la Cité de Marie. «  Au Portugal se conservera le dogme de la foi.  »

Ite missa est  ! Il faut partir, déjà  ! Mais le cœur rempli d’une joie, d’une espérance, d’une force, d’une paix que nul ne peut nous enlever. En ce temps de préparation à la Pentecôte, nous avons reçu avec un peu d’avance l’effusion de tendresse de Celle qui est la demeure de l’Esprit-Saint  !

C’est le moment des adieux, du retour dans les différents cars pour Lisbonne, tandis que les pèlerins de Lyon bénéficieront d’une prolongation de séjour à Fatima, qui leur permettra de se rendre à l’église de Fatima ou de prolonger leurs prières à la Capelinha  ! Puis les avions décolleront, chacun vers sa destination.

Les communautés poursuivront leur apostolat dans l’avion qui les mène à Orly auprès du steward, français et musulman, qui les interrogea sur leur pèlerinage et leur demanda de chanter l’Ave Maria de Fatima. Il le chanta avec eux et en pleura… D’autres resteront en pensée à Fatima en “ croquant ” les divers lieux du pèlerinage.

Maintenant chacun est rentré chez soi, habité par une force et une espérance surnaturelles pour tenir bon dans le combat qui continue et aussi porter ses épreuves personnelles, car la Vierge ne se laisse pas vaincre en générosité, et ce, avec la joie intime d’avoir fait ce qui était en notre pouvoir pour contribuer au salut du monde, selon les demandes de la Vierge Immaculée  : la conversion des pécheurs par l’intercession de son Cœur Immaculé.

Ce pèlerinage de réparation et de consolation est une grâce dont nous rendons… grâces au Ciel et à frère Bruno pour lequel nous sommes remplis de gratitude  : c’est lui qui a décidé ce pèlerinage, qui a mobilisé toutes les énergies des communautés pour sa réalisation, poursuivant ainsi au plus près la mission reçue de notre Père fondateur et la vocation de la CRC. En 1996, le Père était retenu prisonnier par les Cauchon ou les ferblantiers du temps – choisissez – et son sacrifice nous avait valu la réussite de ce pèlerinage-éclair au nez du cardinal Ratzinger, mais c’était dans l’affliction de «  damnés de la terre  ».

En 2017, notre Père a gagné son Ciel et de là-haut – avec toute la Phalange triomphante –, il nous guide, il nous donne un avant-goût de la victoire de l’Immaculée en Chrétienté et nous exhorte à la persévérance  : «  Courage, mes petits  ! Tenez bon  !  »

Plus que jamais la Phalange est l’Arche du Salut. Ego promitto fidelitatem.

Cécile Perrin.

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