La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 178 – Août 2017

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


L’ACCOMPLISSEMENT DU « SECRET »

Lgrand “ Secret ” confié par Notre-Dame à Lucie, François et Jacinthe, trois enfants respectivement âgés de dix, neuf et sept ans, le 13 juillet 1917, éclaire tous les événements que nous avons vécus dans la seconde moitié du vingtième siècle, marqués par trois faits massifs.

1. Les masses d’aujourd’hui sont sur la voie de l’enfer. La Vierge Marie intervient au cœur de cette tragédie pour indiquer la seule voie capable de les en détourner  : la dévotion à son Cœur Immaculé. Cette voie n’est pas seulement religieuse. Elle est aussi politique  : elle passe par la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie. En effet, si les masses sont sur la voie de l’enfer, c’est par la faute des mauvais chefs qui les mènent sous l’empire des «  erreurs de la Russie  » schismatique et soviétique.

2. Deuxième fait massif  : le monde “ libre ”, échappé à la révolution d’octobre 1917 en Russie, est religieusement apostat et politiquement démocrate. Donc promis à la même révolution satanique s’il n’est pas sauvé par la puissance du Cœur Immaculé de Marie… agissant de Moscou lorsque la Russie lui aura été consacrée.

En attendant, la faillite de l’Europe est sans remède  : économique, sociale, religieuse, de Rome à Paris.

3. Parce que le concile Vatican II a proclamé la “ liberté religieuse ”, l’Église entière est en train de perdre la foi, sous la houlette d’un Pape «  vacillant  »  : troisième fait massif, annoncé par la troisième partie du “ Secret ” dévoilé le 26 juin 2000. L’aveuglement de l’esprit, l’endurcissement du cœur paraissent sans remède dans une Église dont Dieu retire sa grâce  : Pape, cardinaux, évêques, prêtres, religieux et beaucoup de laïcs de «  conditions diverses  » refusent de pratiquer la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois, malgré les demandes explicites de la Vierge Marie  : «  Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé.  » Les hommes d’Église ne veulent pas. Eh bien  ! Dieu les abandonne  ! Et l’Église est comme «  une grande ville à moitié en ruine  ».

Cependant, malgré tous les retards opposés à la consécration de la Russie, celle-ci est sur la voie de la conversion attendue, se préparant à en recevoir pleinement les fruits lorsque le Saint-Père «  daignera  » obéir à la Sainte Vierge. Pour mesurer le chemin parcouru, il suffit de comparer ce pays à la France qui, elle, est en proie, plus que jamais, aux démons qui l’infestent depuis plus de deux cents ans. L’impiété de la France appelle le châtiment de Dieu, comme jadis sur Sodome et Gomorrhe  :

«  Yahweh fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu venant de Yahweh.  » (Gn 19, 24)

LA FRANCE  : ATTENTION  ! SERPENT…

«  Que l’on n’offense pas davantage Dieu Notre-Seigneur, car il est déjà trop offensé  !  » (Notre-Dame de Fatima le 13 octobre 1917)

Interrogé sur les élections présidentielles françaises entre les deux tours, le pape François renvoyait dos à dos Marine Le Pen et Emmanuel Macron  : «  Des deux candidats politiques, je ne connais pas l’histoire. Je sais que l’un représente la droite forte, mais l’autre, vraiment, je ne sais pas d’où il vient, alors je ne peux donner d’avis.  »

Vraiment  ? Alors, à quoi sert la nonciature  ? Les signes, nombreux, adressés par Emmanuel Macron à la franc-maçonnerie ne lui ont certainement pas échappé  ! Invité à une “ tenue blanche fermée ”, le 21 juin 2016, rue Cadet, au Grand-Orient de France, pour y répondre à la question  : «  La mondialisation peut-elle être synonyme de progrès  ?  » Emmanuel Macron a certainement répondu par l’affirmative.

Notre Président ne connaît ni la géographie ni l’histoire. Il prend la Guyane pour une île, et l’Algérie française pour un goulag. Il ne connaît donc ni les lois de la nature ni les leçons de l’histoire. Encore moins le Créateur et Maître de l’une et de l’autre.

Sa morale est celle de la franc-maçonnerie, selon laquelle tout ce qui est possible à un être humain peut et doit lui être permis. Ce n’est d’ailleurs pas incompatible avec la morale postconciliaire, depuis la proclamation de la liberté religieuse. «  Être catholique, c’est défendre les droits des plus pauvres, ce n’est pas se battre pour retirer des droits à des hommes et des femmes  », a-t-il lancé à l’adresse de François Fillon et de Sens commun, lors d’une visite au Secours catholique le jour de Pâques. Au nom des droits des hommes et des femmes LGBT, exit le “ droit ” de l’enfant à avoir un papa et une maman en vertu de la volonté de Dieu, notre très chéri Père Céleste.

Après un pèlerinage à Rocamadour, une participation aux fêtes de sainte Jeanne d’Arc à Orléans, et en attendant de se rendre à Rome pour prendre possession de son titre de chanoine du Latran. Après s’être entretenu au téléphone avec le pape François sur le climat et l’avoir invité à venir en France, Emmanuel Macron peut suivre tranquillement l’avis du Comité consultatif national d’éthique sur la PMA. Ça ne fera pas une vague. N’a-t-il pas promis, pendant la campagne, que «  la communauté LGBT trouverait toujours en [lui] un défenseur  »  ? Tout en critiquant la façon dont la présidence Hollande avait «  humilié  » les foules de “ la Manif pour tous ”.

L’habile homme  !

Ce serpent nous ralliera finalement, comme un seul homme, à «  l’anthropologie  » maçonnique en vertu de laquelle il poursuivra les lois infernales Hollande-Taubira.

Mais on ne se moque pas de Dieu  ! C’est pourquoi il n’en reste pas moins vrai et urgent qu’il nous faut choisir librement entre l’amour de Dieu et la haine de Dieu, entre la foi et l’impiété.

«  Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné.  » (Mc 16, 16)

À quoi  ? À l’enfer éternel  !

LA RUSSIE  : “ CONVERSION ”  ?

«   Le Cœur Immaculé de Marie sauvera la Russie, elle lui est confiée.  » (sœur Lucie, 18 mai 1936)

Macron a été porté au pouvoir par la franc-maçonnerie, ce n’est un secret pour personne. Avec Poutine, le contraste est total. Les “ Conversations avec monsieur Poutine ” du cinéaste américain Oliver Stone diffusées par France 3 les lundi 26 juin et mercredi 28 juin 2017 en fournissent la démonstration éclatante.

L’HOMME DE LA PROVIDENCE.

À la demande d’Olivier Stone, Vladimir Poutine raconte son ascension foudroyante  :

«  C’est une histoire assez curieuse. Quand je suis arrivé à Moscou, comme je venais de Saint-Pétersbourg, je ne disposais d’aucun soutien, je n’avais pas de relations bien placées dans la capitale. Je suis arrivé en 1996 et le 1er janvier 2000, je suis devenu Président par intérim. Je ne sais pas pourquoi Eltsine m’a choisi [par une évidente volonté de la divine Providence], mais la première fois qu’il m’a proposé le poste, j’ai refusé.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous avez refusé  !  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui  ! Il m’avait fait appeler dans son bureau pour m’annoncer qu’il voulait me nommer Premier ministre et que, ensuite, il aimerait que je me présente aux présidentielles. Je lui ai dit que c’était une responsabilité énorme qui allait changer toute ma vie et que je n’étais pas sûr d’être prêt.  »

[Oliver Stone]  : «  Changer, de quelle manière  ? Cela faisait déjà longtemps que vous travailliez pour le gouvernement  !  »

[Vladimir Poutine]  : «  Ce n’est pas comparable. Quand on est fonctionnaire, même de haut rang, on peut mener une vie quasi normale, on peut voir ses amis, aller au cinéma, au théâtre… On n’a pas la responsabilité de tout ce qui se passe dans le pays et du destin de millions de gens. Endosser une telle responsabilité à ce moment-là, ce n’est pas facile. Et, pour parler franchement, à l’époque, je ne savais pas quel projet Eltsine avait pour moi sur le long terme. Je ne savais pas non plus pendant combien de temps je pourrais rester à ce poste parce que, à tout moment, le Président pouvait me dire  : “ Tu peux partir  ! ” Moi, je ne pensais qu’à une chose  : comment protéger mes enfants  ?  »

[Oliver Stone]  : «  Vraiment  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Eh oui  ! Qu’est-ce que vous croyez  ? Si on me renvoyait, je n’avais plus de gardes du corps, plus aucune protection  ! Comment je ferais dans ce cas-là  ? Comment vivre  ? Comment assurer la sécurité de ma famille  ? Mais ensuite, je me suis dit que si le destin [la Providence, vous dis-je…] en avait décidé ainsi, je devais aller jusqu’au bout. À l’époque, je n’avais aucune assurance que je deviendrais Président [il rit]. Personne ne m’a donné aucune garantie là-dessus.  »

La “ conversation ” continue sur les conditions de travail et la vie familiale, puis Olivier Stone revient à l’ascension irrésistible de Vladimir Poutine  :

[Oliver Stone]  : «  Well  ! Nous sommes maintenant en 2000, vous remportez la présidentielle avec 53 % des voix, mais les gens pensent que vous n’allez pas durer. Le pays traverse une période sombre, c’est la guerre en Tchétchénie, la situation est difficile.  »

[Vladimir Poutine]  : Oui, c’est vrai. La seconde guerre de Tchétchénie a éclaté en Russie en août 1999. Ce fut une épreuve terrible pour le pays et j’ai dû en assumer la responsabilité.  »

LE REDRESSEMENT DU PAYS.

[Oliver Stone]  : «  On dit que vous avez accompli des choses très positives durant votre premier mandat, dans l’industrie, l’électronique, la pétrochimie, l’agriculture… Avec vous, le PIB a augmenté, le revenu moyen aussi, vous avez réformé l’armée, vous avez mis fin à la guerre en Tchétchénie, vous avez mis un terme aux privatisations… La Russie peut être fière de vous  !  »

[Vladimir Poutine]  : «  Tout n’est pas vrai. Je n’ai pas arrêté le processus de privatisation  ! J’ai juste essayé de le rendre… plus équitable. J’ai tout fait pour que les biens de l’État ne soient pas vendus au rabais. Nous avons mis un terme aux plans de rachat frauduleux qui avaient conduit à l’apparition de l’oligarchie et grâce auxquels des gens étaient devenus milliardaires du jour au lendemain. Ces plans avaient fait perdre tout contrôle à l’État dans certains domaines stratégiques de notre économie ou avaient provoqué leur effondrement. Mon but n’était donc pas d’arrêter le processus de privatisation, mais de le rendre plus juste et plus structuré.  »

[Oliver Stone à l’interprète]  : «  Les oligarques l’ont sous-estimé quand il est devenu Président. Ils ne pensaient pas qu’il resterait.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Il y a différentes sortes d’oligarques. On leur avait assuré qu’on ne s’en prendrait pas à leurs biens et que, au contraire, l’État allait dorénavant défendre la propriété. Les lois en vigueur jusque-là ne leur étaient pas très favorables, mais la loi c’est la loi. Ça aussi, ça fait partie des règles. La loi, c’est la loi  ! J’en ai parlé avec les grands patrons, nous avons eu une discussion très franche. Je leur ai dit que les anciennes pratiques devaient cesser, que la loi devait être plus juste, plus équitable, et que le monde des affaires devait assumer de plus grandes responsabilités dans le domaine social. Beaucoup de représentants du monde des affaires, une écrasante majorité en fait, ont respecté ces règles qui leur convenaient parfaitement. Vous savez à qui ça n’a pas plu  ? À ceux qui gagnaient leurs milliards, non pas grâce à leurs talents d’entrepreneurs, mais au don qu’ils avaient de tisser de bonnes relations avec le pouvoir. Ceux-là, cela ne leur a pas plu  ! Mais ils n’étaient qu’une poignée.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous avez fait reculer le taux de pauvreté de deux tiers.  »

[Vladimir Poutine]  : «  C’est exact.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous avez augmenté les retraites…  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, considérablement.  »

[Oliver Stone]  : «  En 2000, le salaire moyen était de 700 roubles. En 2012, il était passé à 29 000 roubles.  »

[Vladimir Poutine]  : «  C’est exact.  »

[Oliver Stone]  : «  En 2004, au sommet de votre popularité, vous êtes réélu avec 70 % des voix.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, même un peu plus.  »

[Oliver Stone]  : «  En 2008, comme vous ne pouviez pas vous présenter une troisième fois, vous devenez Premier ministre et là, vous continuez à travailler dur.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, j’ai travaillé dur et, dans l’ensemble, j’ai fait du bon travail. Mais ce n’était pas moi, le Président du pays. Je sais tout ce qu’on a dit à cette période, chez nous comme à l’étranger. Mais il faut que vous sachiez que le président Medvedev a rempli pleinement ses fonctions et en toute indépendance. Il ne peut y avoir qu’un seul Président dans un pays, celui qui a été élu par le peuple.  »

[Oliver Stone]  : «  En 2012, vous vous présentez de nouveau aux présidentielles et vous l’emportez avec 63 % des suffrages.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, c’est ça  ».

[Oliver Stone]  : «  Trois fois Président, cinq tentatives d’assassinat d’après ce qu’on m’a dit. Pas autant que Fidel Castro que j’ai interviewé et qui en était à cinquante  ! Donc, il y en aurait eu cinq  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, Castro m’en avait parlé. Il m’avait dit  : “ Tu sais pourquoi je suis encore en vie  ? [Vladimir Poutine]  : Pourquoi  ? Parce que je me suis toujours occupé moi-même de ma sécurité  ! ” Mais moi, je fais mon travail et mes officiers de la Sécurité font le leur. Et, jusqu’à présent, ils ont plutôt bien travaillé  !  »

[Oliver Stone]  : «  Vous faites confiance à votre Service de Sécurité  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui.  »

[Oliver Stone]  : «  Quand on veut assassiner un Président, on commence par infiltrer son Service de Sécurité.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Je sais  ! On a un dicton en Russie  : “ Ceux dont le destin est de finir pendus ne se noient pas. ”  »

[Oliver Stone]  : «  Quel est votre destin  ? Vous avez une idée  ?  » [Vladimir Poutine]  : Seul Dieu connaît notre destin, le mien comme le vôtre.  »

LA RUSSIE SAUVÉE DE LA FAILLITE.

Olivier Stone en vient à une question qui lui tient à cœur  :

«  J’en parlais un peu plus tôt avec Fernando, mon producteur. Il dit que vous êtes un excellent PDG et que la Russie est votre entreprise. Dès qu’un problème surgit, vous essayez de le traiter sur-le-champ.

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, c’est vrai.  »

[Oliver Stone]  : «  Disons que, pour un problème donné, on entre dans le détail, des détails de plus en plus petits, ils prennent bientôt toute la place et, sans qu’on s’en rende compte, c’est l’arbre qui cache la forêt. Ce doit être frustrant de se coucher sans avoir réussi à trouver la solution  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Ce qui m’intéresse, c’est le processus de résolution des problèmes. J’essaie d’y mettre de la créativité. Si un peintre est en train de faire un tableau et qu’il a un déjeuner, est-ce qu’il doit poser son pinceau et y aller  ? Je ne pense pas que ça se passe comme ça. Le peintre aura sûrement envie de terminer ce qu’il est en train de faire avant d’aller se détendre.  »

[Oliver Stone à l’interprète]  : «  Il dit qu’il a besoin d’y mettre la touche finale  !  »

[Vladimir Poutine]  : «  J’aime aller au bout des choses. Je ne veux pas me comparer à un artiste, mais le processus de décision rappelle un peu le processus créatif.  »

[Oliver Stone]  : «  Tout cela renvoie à une question plus large. Depuis quinze ans, vous avez été Président, Premier ministre et de nouveau Président. Je suis sûr que vous connaissez cette anecdote au sujet de Ronald Reagan, qui est l’un des Présidents les plus admirés de mon pays, parmi les conservateurs, bien sûr. Il était connu pour respecter son emploi du temps à la lettre et il rentrait chez lui à la Maison Blanche avant 18 heures, pour dîner tous les jours devant la télé avec son épouse.  »

[Vladimir Poutine]  : «  C’était un homme heureux. Il était très organisé, c’était bien sûr l’une de ses grandes qualités.  »

[Oliver Stone]  : «  C’est ce que je veux dire. C’était un homme souriant, il était à l’aise avec tout le monde, il aimait grignoter ses bonbons et raconter des blagues. Il n’hésitait pas à déléguer à ses équipiers. Je vous parle de lui, parce que c’est une autre façon de vivre.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Il y a deux problèmes  : trouver les bonnes personnes et savoir déléguer.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous semblez partisan de la méthode dure.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Peut-être, mais je sais ce que je dois faire et j’essaie de bien le faire. Il y a une grande différence entre nous cependant. Reagan était Président des États-Unis et, quels qu’aient pu être les problèmes du pays à ce moment-là, ils n’étaient pas comparables à ceux que la Russie a eu à affronter au tournant des années 1990-2000.  »

[Oliver Stone]  : «  Reagan vous dirait que non. L’Amérique n’avait plus un sou, plus rien ne fonctionnait et c’était à lui d’apporter l’énergie positive dont le pays avait besoin. À cet égard, il a fait son boulot, il a fait naître ce sentiment positif mais, entendons-nous bien, ce n’était qu’un sentiment, une illusion.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Mais être au bord de la faillite et être en faillite, ce n’est pas la même chose  !  »

[Oliver Stone]  : «  Certains vous diront que Reagan n’a fait qu’appauvrir un peu plus l’Amérique, parce que la dette a augmenté énormément.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Bien sûr  ! Elle atteint combien aujourd’hui  ? 18 000 milliards  ?  »

[Oliver Stone]  : «  J’ai oublié  !  »

[Vladimir Poutine]  : «  Elle est de 18 000 milliards de dollars. En Russie, elle représente 12 % du PIB.  »

[Oliver Stone]  : «  18 000 milliards aux États-Unis et environ 1000 milliards en Russie…  »

[Vladimir Poutine]  : «  Ce qui compte, c’est le pourcentage de PIB que cela représente.  »

[Oliver Stone]  : «  Aux États-Unis, je crois que c’est aux alentours de 100 %.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Chez nous, le taux d’endettement est minimal, il n’est que de 12 à 13 % et le niveau de nos réserves est assez élevé. La Banque centrale possède 360 milliards de dollars de réserve et, en plus de cela, le gouvernement a deux fonds de réserve  : un de 80 milliards de dollars et l’autre de 170 milliards, avec lesquels on finance notre léger déficit.  »

[Oliver Stone]  : «  Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 20 % en 2015 et l’inflation était de 13 %  !  »

[Vladimir Poutine]  : «  De 12, 9 %.  »

[Oliver Stone]  : «  O. K.  ! Quelle est la politique de la Banque centrale de Russie  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  La Banque centrale mène une politique monétaire très pondérée, qui est comprise et soutenue par les institutions financières internationales, y compris le Fonds Monétaire International.  »

[Oliver Stone]  : «  Je croyais que vous n’aviez pas de dette auprès du FMI  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non, nous n’avons pas de dette. Je ne parle pas de notre endettement. D’ailleurs, la Russie a remboursé auprès du FMI, non seulement sa dette, mais aussi celle de toutes les anciennes républiques soviétiques. Même la dette de l’Ukraine, qui s’élevait à 16 milliards de dollars. Mais je vous parlais de la politique monétaire. Nous sommes en contacts réguliers avec madame Lagarde et d’autres collègues du FMI. Nous les informons de ce que nous faisons, nous écoutons leurs recommandations. Je sais donc très bien comment les autorités du FMI évaluent la politique de la Banque centrale de Russie. Ils l’évaluent de façon positive.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous parlez comme si le FMI était un partenaire de la Russie, comme si Wall Street voulait que la Russie réussisse, ce dont je doute. Au contraire, ne pensez-vous pas que Wall Street travaille activement à détruire l’économie russe, que c’est l’intérêt des États-Unis  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Je ne parlais pas de Wall Street, mais si on parle du gouvernement américain, il est certain qu’il considère la Russie comme un concurrent, surtout ces derniers temps.  »

TERRORISTES OU «  PARTENAIRES  »  ?

«  Ce n’est pas nous qui avons favorisé l’apparition d’Al Qaïda, ce sont nos partenaires américains. Tout a commencé à l’époque de la guerre soviéto-afghane. Les services secrets américains ont soutenu divers mouvements fondamentalistes islamistes qui luttaient contre les forces soviétiques. Les Américains ont favorisé la naissance d’Al Qaïda et l’apparition de Ben Laden, mais ensuite ils ont perdu le contrôle. Ça se passe toujours comme ça  ! Nos partenaires américains auraient dû le savoir. C’est de leur faute.  »

[Oliver Stone]  : «  Bill Caisy, le directeur de la CIA sous Ronald Reagan, s’est efforcé de soulever les musulmans du Caucase et de l’Asie centrale contre l’Urss. Son projet n’était pas simplement d’abattre l’Urss en Afghanistan mais, grosso modo, de changer le régime en Urss.  »

[Vladimir Poutine]  : Le problème, c’est que ces idées ne sont pas mortes et quand des troubles ont éclaté en Tchétchénie et dans le Nord-Caucase, les Américains les ont malheureusement soutenus. La guerre froide était derrière nous, nous avions des relations franches avec le monde entier, avec l’Europe, les États-Unis. Nous comptions sur leur soutien, bien sûr  ! Et, au lieu de ça, nous avons découvert que les services secrets américains soutenaient les terroristes. Je vais vous dire une chose très importante  : à l’époque, nous avons compris que nos partenaires américains soutiennent la Russie en paroles, assurent qu’ils sont prêts à coopérer dans la lutte contre le terrorisme mais, en fait, ils utilisent ces terroristes pour fragiliser la politique intérieure de notre pays.  »

[Oliver Stone]  : «  Quels ont été les moments les plus durs de la guerre en Tchétchénie  ? La première guerre  ? La deuxième  ? Quelles années  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  J’aurais du mal à le dire précisément. Mais la “ deuxième guerre de Tchétchénie ”, comme on l’appelle, a éclaté parce que des gens, dans la population civile du Daghestan, qui est aussi une république musulmane, ont pris les armes contre les terroristes. Je me souviens très bien que, au Daghestan, des gens nous ont pris violemment à partie  : “ Si la Russie ne veut pas nous défendre, donnez-nous des armes et nous nous défendrons nous-mêmes  ! ”  »

[Oliver Stone]  : «  Les Américains œuvraient en sous-main. Vous dites que vous avez des preuves qu’ils soutenaient les Tchétchènes  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Bien sûr  ! Pour ce qui est du soutien politique et en termes de renseignements, il n’y a pas besoin de preuves. C’était évident pour tout le monde, ils le faisaient ouvertement.

«  Pour ce qui est du soutien financier, nous avons quantité de preuves, nous en avons présenté certaines à nos collègues américains. J’en ai parlé au président Bush une fois. Je lui ai donné les noms d’agents secrets américains qui travaillaient au Caucase et qui ne se contentaient pas d’apporter un soutien politique, mais aussi un soutien technique aux combattants, en les transportant d’un endroit à un autre. Le président Bush a eu une très bonne réaction, il m’a dit  : “ Je vais m’en occuper  ! ” Mais après cela, mes hommes ont reçu par le biais de nos réseaux un courrier de la CIA qui disait  : “ Nos collègues s’estiment en droit de maintenir des liens avec tous les représentants de l’opposition et ils poursuivront en ce sens. ” Il était clair qu’ils ne parlaient pas seulement des opposants politiques, mais des structures et des organisations terroristes. Elles étaient présentées comme des forces d’opposition traditionnelles.  »

[Oliver Stone]  : «  Et tout cela, pendant qu’ils combattaient le terrorisme en Afghanistan… Ça semble tout à fait contradictoire  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Nous sommes habitués à ces contradictions.  »

[Oliver Stone]  : «  Je suppose que ce courrier est top-secret  ? Nous ne pouvons pas y avoir accès  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Je pense que ce ne serait pas très correct. Ce que je viens de dire est suffisant. George se souvient sûrement de notre discussion, du moins je l’espère.  »

LA GUERRE CONTRE LA RUSSIE.

Au temps de la confrontation du bloc de l’Est et du bloc de l’Ouest, «  les deux camps  » ennemis, l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord (OTAN) faisait face au Pacte de Varsovie. Après la disparition de l’URSS et du Pacte de Varsovie, à quoi sert l’Otan  ?

Réponse de Poutine  :

«  Aujourd’hui, l’Otan n’est qu’un outil de la politique extérieure américaine. Les États-Unis n’ont pas d’alliés, uniquement des vassaux. Quand un pays devient membre de l’Otan, il a beaucoup de mal à s’opposer à la pression d’un pays aussi important que les États-Unis qui pilotent l’organisation. Il peut soudain voir apparaître sur son territoire un système de défense antimissiles balistiques, des nouvelles bases militaires et même, si besoin, des armes offensives.

«  Et nous, que devons-nous faire, face à cela  ? Nous devons prendre des contre-mesures, c’est-à-dire mettre dans la ligne de mire de nos missiles les installations qui, selon nous, commencent à représenter une menace. C’est ainsi qu’apparaissent les tensions. Pourquoi réagissons-nous de façon aussi épidermique à l’élargissement de l’Otan  ? Nous comprenons très bien la raison d’être de l’Otan ou plutôt le fait qu’elle n’en a plus, mais aussi le danger que représente pour nous cette organisation. Qu’est-ce qui nous inquiète, au juste  ? C’est le mode de prise de décision. Je sais comment les décisions sont prises.

«  Je me souviens de l’une de nos dernières rencontres avec le président Clinton. Il était venu à Moscou. Au cours de la discussion, je lui ai demandé si on ne pourrait pas envisager que la Russie intègre l’Otan. Clinton m’a répondu qu’il n’était pas contre, mais toute la délégation américaine est soudain devenue très nerveuse.  »

[Oliver Stone]  : «  Et vous avez fait la demande  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Pourquoi les Américains étaient-ils si nerveux  ? Parce que si la Russie intégrait l’Otan, elle aurait toujours voix au chapitre et nous ne nous laisserions jamais manipuler. Mais nos amis américains ne l’accepteront jamais  !  »

[Oliver Stone]  : «  Si vous faisiez partie de l’Otan, vous devriez partager vos données sur le nucléaire avec les États-Unis.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Après l’effondrement de l’Union soviétique et le changement de notre système politique, nous avons fait preuve d’une ouverture telle, y compris vis-à-vis des Américains, que cela a même englobé la situation de nos forces nucléaires. On n’avait quasi plus aucun secret. Les observateurs américains ont eu accès à l’une de nos plus importantes usines de fabrication de composants nucléaires, et ce, de façon permanente. On a vraiment tout mis sur table. Et cela ne représentait pas une menace pour nous. Mais chez vous, ce qui est curieux, c’est que les présidents changent, mais pas la politique, en tout cas pas sur les questions de principe.  »

[Oliver Stone]  : «  Autrefois, les Soviétiques étaient très réalistes vis-à-vis de la politique des Américains. Ils essayaient toujours de comprendre leurs intentions. Je ne sais pas si vous avez toujours des groupes d’experts chez vous. J’imagine que oui, et qu’ils vous disent de façon très précise quelles sont les intentions des États-Unis  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, bien sûr  ! À mon avis, quand on pense qu’on est la seule puissance mondiale et qu’on tente de faire entrer cette idée dans la tête de millions de gens, on fait naître des réflexes impérialistes au sein de cette société. Cela exige une politique extérieure qui soit en accord avec ces attentes. Les dirigeants du pays sont donc obligés de respecter cette logique. Mais en réalité, cela ne va pas dans le sens des intérêts du peuple américain. C’est ainsi que je vois les choses, parce que, au final, cela est source de problèmes et de conflits, cela démontre aussi qu’il est impossible de tout contrôler.  »

[Oliver Stone]  : «  Je crois qu’il en a toujours été ainsi aux États-Unis. La Russie est leur ennemie désignée, elle l’était sous le communisme, elle l’est sous le poutinisme. C’est l’ennemie par excellence.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Après la Seconde Guerre mondiale est apparu le système des deux blocs. Je pense que l’Union soviétique a fait alors une erreur stratégique. Mais, à cette époque, elle réagissait de façon assez primaire et doctrinaire. Elle a ainsi fourni un prétexte aux États-Unis et aux pays européens pour créer l’Otan, et s’engager dans la guerre froide. Je pense que, lorsque les États-Unis se sont sentis à la tête du soi-disant Monde libre, d’autant plus après la chute de l’Union soviétique, ils ont soudain eu l’illusion qu’ils pouvaient tout se permettre et en toute impunité. C’est un piège parce que, dans une telle situation, et le dirigeant et le pays vont commencer à commettre certaines erreurs. On ne ressent plus le besoin d’analyser les situations ni de penser aux conséquences de sa politique. Le pays ne sait plus bien fonctionner, il enchaîne les erreurs. C’est dans ce piège que les États-Unis ont fini par tomber, selon moi.  »

[Oliver Stone]  : «  C’est toute la question. Où en sont les États-Unis  ? Quelle est leur stratégie dans le monde  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Je répondrai très précisément et très franchement à cette question, mais seulement quand je serai à la retraite  !  » [rire d’Oliver Stone]

[Oliver Stone]  : «  Je peux vous dire ce que j’en pense, et vous pourrez réagir. Je sais que beaucoup de gens bien renseignés pensent que la stratégie américaine est de détruire l’économie russe pour la faire régresser à son niveau des années 90. Les États-Unis veulent changer le leadership russe pour faire de ce pays un allié. En gros, ils veulent dominer la Russie comme par le passé. Les États-Unis pensent qu’ils ne sont pas allés assez loin, qu’ils auraient pu la priver de son arsenal nucléaire.  »

[Vladimir Poutine]  : C’est une théorie envisageable, c’est tout à fait possible, mais si c’est le cas, je pense que c’est une politique erronée, parce qu’elle n’envisage pas les relations avec la Russie dans une perspective d’avenir. Les gens qui pensent ainsi ne se projettent pas dans les vingt-cinq à cinquante prochaines années. S’ils le faisaient, ils envisageraient leurs relations avec la Russie sous un angle très différent et ils n’essaieraient pas de faire de la Russie leur vassale.  »

C’est précisément ce qu’a fait Poutine en 1999. Il s’est «  projeté  » en 2024… où il sera encore au pouvoir, si Dieu lui prête vie…

[Oliver Stone]  : «  Je comprends. La Russie ne lâchera rien  ! Sous Staline, les Russes ont donné leurs bijoux, tous leurs biens pour soutenir leur gouvernement contre les nazis.  »

[Vladimir Poutine]  : «  C’était bien plus qu’une question d’argent, c’était leur vie qu’ils jouaient  ! Notre peuple s’est battu jusqu’à la dernière goutte de sang, pas jusqu’à son dernier kopeck. La chose la plus importante en Russie, c’est son peuple, la conscience collective, sa façon d’être. Et ce peuple ne peut pas exister sans la souveraineté de son État. C’est cela que nos partenaires doivent prendre en compte pour construire avec nous des relations justes et durables, plutôt que d’employer la menace nucléaire. Ainsi, nous n’aurions plus à dépenser autant pour la défense. Jugez par vous-même  : l’an dernier, en équivalent dollars, nous avons dépensé 40 milliards pour la défense  ; et les États-Unis, plus de 460 milliards, plus de dix fois plus  ! [rire] Et pour le budget de l’année en cours, celui de 2016, c’est plus de 600 milliards. C’est totalement démesuré, cela représente plus que les budgets de défense de tous les pays du monde réunis  !  »

[Oliver Stone]  : «  Nous avons des élections en Amérique cette année, aucune de ces questions – l’environnement, quelles alliances établir – n’ont été abordées. La rhétorique est celle de la force, pas de concession, on relance l’effort militaire, et c’est le cas des deux côtés, y compris chez Hilary Clinton, qui a vraiment viré néo-conservatrice en faveur de la ligne dure vis-à-vis de la Russie. Elle a d’ailleurs soutenu l’intervention en Syrie.

«  Et, pour couronner le tout, le Pentagone a récemment affirmé par la bouche du général Joseph Denford, que la Russie constituait la principale menace pour les États-Unis. Il a fait une déclaration très musclée.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Nous savons tout cela et nous ne pouvons bien sûr pas nous en réjouir. Pourtant, nous avons toujours été prêts au dialogue dans quasi tous les domaines. Mais durant leurs campagnes électorales, les États-Unis ont malheureusement pris la mauvaise habitude d’user et d’abuser de la question russe. Ensuite, on nous dit de ne pas y prêter attention, que c’est juste de la rhétorique de campagne. Nous nous mettrons d’accord après  ! [rire] Mais sacrifier des relations entre gouvernements et entre États sur l’autel d’un processus électoral est une grande erreur, selon moi.  »

LA COURSE AUX ARMEMENTS.

[Vladimir Poutine]  : «  La Russie avait proposé de travailler sur le système de défense de missiles antibalistiques de façon conjointe avec les États-Unis, la Russie et l’Europe. Au final, malheureusement, nos partenaires ont refusé notre proposition. Pour conserver l’élément le plus important de la stabilité internationale, c’est-à-dire l’équilibre des forces stratégiques, nous avons été obligés de développer notre système de défense antimissiles, afin de pouvoir l’opposer à n’importe quel système de défense antibalistique. Leur réponse a été simple  : “ Le système de défense que nous mettons en place n’est pas dirigé contre la Russie. De votre côté, faites ce que vous voulez  ! Nous considérerons que ce n’est pas dirigé contre les États-Unis. ” J’ai répondu  : “ Très bien  ! Faisons cela  ! ” Et c’est ce qu’on a fait.  »

[Oliver Stone]  : «  O. K.  ! Donc, plus de règles, ou plutôt  : plus de nouvelles règles, les règles américaines…  »

[Vladimir Poutine]  : «  Pour nous, la Russie fait face à deux menaces. La première, c’est l’emplacement de ces missiles antibalistiques tout près de nos frontières, dans les pays d’Europe de l’Est. La deuxième, c’est que les rampes de lancement de ces missiles peuvent être modifiées en quelques heures pour devenir des rampes de lancement de missiles offensifs. Regardez  ! Si, en Europe de l’Est, il y avait des installations sur terre et sur mer, sur des navires qui croiseraient dans les mers septentrionales et en Méditerranée, et même en Alaska, quasi tout le territoire russe serait encadré par ces systèmes d’armement. Ce serait à nouveau une grossière erreur stratégique de la part de nos partenaires, car la Russie répondrait proportionnellement. Nous entrerions à nouveau dans un cycle de course aux armements. De plus, cette réponse nous coûterait beaucoup moins cher, elle serait peut-être moins sophistiquée, mais plus efficace. Ainsi, nous conserverions cet équilibre stratégique. L’équilibre, c’est quelque chose de très important.  »

[Oliver Stone]  : «  C’est une chose à laquelle Reagan et Gorbatchev sont presque parvenus en 1986. À un moment, ils voulaient même aller jusqu’au bout, jusqu’à un désarmement complet.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Souvenez-vous comment s’est développé le projet atomique. Quand les États-Unis ont construit la bombe atomique et que l’Union soviétique s’est mise elle aussi à développer activement son propre programme, des scientifiques étrangers travaillaient en Russie, surtout des Allemands. Mais nos Services de renseignements recevaient énormément d’information des États-Unis. Vous devez vous souvenir des époux Rosenberg qui ont fini sur la chaise électrique. Mais ce n’était pas eux qui avaient obtenu des informations, ils n’avaient fait que les transmettre. Qui les obtenait  ? Les scientifiques eux-mêmes, ceux qui développaient la bombe atomique américaine  ! Pourquoi ont-ils fait cela  ? Ils comprenaient à quel point c’était dangereux, ils comprenaient qu’ils faisaient sortir le génie de la bouteille et qu’on ne pourrait jamais plus l’y remettre. Cette équipe internationale de scientifiques devait être un peu plus intelligente que les politiques. Ils ont tout à fait consciemment transmis ces informations à l’Union soviétique pour qu’il y ait un équilibre nucléaire dans le monde. Et que fait-on maintenant  ? On essaie de détruire cet équilibre, c’est une grossière erreur.  »

[Oliver Stone]  : «  Alors, vous devriez arrêter de les appeler vos “ partenaires ”. Vous le dites trop souvent…  »

[Vladimir Poutine]  : «  Nous devons poursuivre le dialogue.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous devriez me souhaiter un bon 4 juillet.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui… Bonne fête  !  »

[Oliver Stone]  : «  C’est notre fête de l’Indépendance.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, oui, je sais.  »

[Oliver Stone]  : «  Donc, en cas de guerre, les États-Unis auraient le dessus, oui ou non  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non  !  »

[Oliver Stone]  : «  Est-ce que la Russie survivrait  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Je pense que personne n’y survivrait  !  »

En attendant cette terrifiante échéance, la guerre a bel et bien commencé. Oliver Stone demande  :

«  Après 2001, pourquoi avez-vous laissé l’armée américaine s’implanter en Asie centrale  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Parce que nous sommes con­frontés à une même menace  : les terroristes formés en Afghanistan. Je pense que nous devons travailler ensemble. Nous devons soutenir les États-Unis. De plus, le Président américain m’a dit qu’il ne comptait pas laisser de troupes permanentes. Il m’a parlé de moins d’une décennie. D’ici quelques années, les troupes américaines se retireront.  »

[Oliver Stone]  : «  Il a dit qu’il ne comptait pas y rester pour toujours  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, oui, oui, il me l’a dit  ! Il nous a demandé de les aider encore quelques années, nous avons accepté. Je lui ai dit  : “ Bien sûr, nous vous aiderons. ”  »

[Oliver Stone à l’interprète]  : «  Quand est-ce que monsieur Poutine a ouvert les yeux  ? En 2007 à Munich, il porte un autre regard sur cette relation. Qu’est-ce qui s’est passé entre 2002 et 2003  ? Il y a l’invasion de l’Irak, ensuite il y a la “ révolution orange ” en Ukraine, en 2004. Qu’est-ce qu’il se dit, quand survient la révolution ukrainienne  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Viktor Ianoukovytch avait remporté cette élection, mais la rue n’a pas voulu l’accepter. Il y a eu des émeutes qui ont été activement soutenues par les États-Unis. Le gouvernement a ensuite déclaré qu’il y aurait un troisième tour aux élections, en violation totale de la Constitution ukrainienne. Cela peut déjà être considéré comme un coup d’État.

«  Viktor Iouchtchenko et Ioulia Tymochenko, tous deux pro-­occidentaux, ont été portés au pouvoir. Je ne peux pas dire qu’on ait accueilli d’un bon œil ce changement. Mais nous avons tout de même continué à collaborer avec le gouvernement ukrainien. Je suis allé à Kiev, ils sont venus à Moscou. Nous nous sommes rencontrés dans des pays tiers. Nous avons mis en œuvre tous nos plans de coopération. Mais leur politique ne convenait pas au peuple ukrainien. Le mandat de monsieur Iouchtchenko a pris fin, monsieur Ianoukovytch a remporté les élections suivantes, sans qu’il y ait de contestation.

«  Dans cette région, la diplomatie américaine tente d’éviter à tout prix un rapprochement entre l’Ukraine et la Russie. Certains y voient une menace, pensant que cela renforcerait la puissance de la Russie. Ils veulent donc empêcher ce rapprochement par tous les moyens. Il me semble que nos partenaires, européens comme américains, ont agi en se basant sur cette analyse, plutôt que pour défendre la liberté de choix du peuple ukrainien. Ils ont soutenu les nationalistes ukrainiens les plus extrémistes. Si on se place de leur point de vue, ils sont gagnants. Ils ont atteint leur but. Bravo  !

«  Mais il faut étudier le problème sous un angle un peu plus large. Il ne faut pas réfléchir uniquement du point de vue de la confrontation actuelle, en essayant de placer des États satellites pour se protéger d’une prétendue menace. Il faut se projeter dans vingt-cinq ans en essayant de voir comment pourrait évoluer la situation. Alors, on pourrait changer la philosophie des relations internationales.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous avez laissé faire mais, à un moment donné, entre 2004 et 2007, à Munich, la roue a tourné. L’Irak était un désastre, l’Afghanistan aussi et là, vous avez changé d’avis.  »

[Vladimir Poutine]  : «  À Munich, j’ai simplement donné notre point de vue sur la situation du moment. L’Union soviétique s’est effondrée, les États-Unis et les Européens n’ont plus d’ennemi. Pourquoi ­faudrait-il élargir l’Otan  ? Contre qui  ? Pour assurer la sécurité de certains pays qui se sentent en danger, il n’est pas du tout nécessaire d’élargir l’Otan  ! On peut signer des accords bilatéraux d’entraide et de non-agression. Ça ne sert à rien de faire de quelqu’un un ennemi  ; il y a eu deux vagues d’élargissement.

«  Après ça, les États-Unis se sont retirés unilatéralement du traité sur les missiles antibalistiques. On nous dit toujours  : “ Ça ne vous concerne pas, la Russie n’est pas menacée. Tout ça est dirigé contre l’Iran. ” Mais aujourd’hui, le problème iranien est réglé. Un traité a été signé  ; l’Iran a renoncé à développer un programme nucléaire militaire. Les États-Unis ont accepté cette décision et des documents ont été signés. Pourtant, le programme des missiles antibalistiques en Europe se poursuit à plein régime. Contre qui  ? On est obligé de réagir.  »

[Oliver Stone]  : «  On sait que Bush a soutenu l’offensive géorgienne en 2008.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Nous avons été étonnés lorsque, à la suite de l’attaque lancée par le président géorgien Saakachvili, non seulement on n’a pas été soutenus, mais tout a été inversé et c’est la Russie qui a été désignée comme l’agresseur. Je n’en croyais pas mes yeux et mes oreilles quand j’ai vu que des médias occidentaux accusaient la Russie d’être à l’origine de l’attaque. Des millions de gens dans le monde y ont cru. Pourtant, monsieur Saakachvili avait annoncé publiquement qu’il avait donné l’ordre à ses troupes de passer à l’action.  »

[Oliver Stone]  : «  Pensez-vous que les États-Unis ou en tout cas l’Otan aient soutenu Saakachvili ou qu’ils lui aient dit  : “ Vous pouvez y aller ”  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non, je ne suis pas certain que quelqu’un l’ait poussé à le faire, je n’en sais rien  ; mais je ne pense pas qu’il aurait osé se lancer seul dans une telle provocation. En tout cas, personne n’a essayé de l’arrêter.  »

En revanche, en Ukraine, il en va tout autrement. Avant d’y revenir, une visite à la datcha présidentielle nous introduit à la chapelle. Olivier Stone demande  :

«  La réintroduction de la religion orthodoxe dans le système russe, c’est vous aussi  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Ce n’est pas moi, c’est le peuple russe.  »

[Oliver Stone]  : «  Je comprends. Mais il y a eu une renaissance de la foi  ?  »

[Vladimir Poutine]  : Cette renaissance s’explique par le fait que l’idéologie communiste a laissé un vide idéologique qui ne pouvait être comblé que par la religion.  »

[Oliver Stone]  : «  Quand vous venez ici, où est-ce que vous vous tenez  ? Il y a des chaises, vous êtes assis  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non, dans les églises orthodoxes, le service se déroule debout.  »

[Oliver Stone]  : «  Je vois. C’est la tradition de l’orthodoxie russe. Les gens ne prient pas à genoux, mais debout.  »

[Vladimir Poutine]  : «  On peut se mettre à genoux parfois.  »

La conversation tourne court sur le sujet de la religion. Il serait pourtant urgent de se mettre à genoux  ! Où l’on voit la nécessité d’obéir à la Sainte Vierge.

Très Saint Père  ! Consacrez la Russie à son Cœur Immaculé. Il y va de la survie de cette prétendue “ orthodoxie ” face à l’islam. Et aussi, par voie de conséquence, du relèvement de la natalité, face à toutes les perversions que Macron va nous imposer en France, mais que Poutine ne condamne même pas  ! «  Il n’y a aucune interdiction.  » La volonté de Dieu ne compte-t-elle pour rien  ?

UKRAINE  : UN COUP D’ÉTAT INJUSTIFIÉ.

Vladimir Poutine demande à «  commencer par une brève introduction.

«  Quand l’Ukraine a obtenu son indépendance, il y a eu des privatisations encore plus sauvages qu’en Russie. Les biens publics ont été pillés et le niveau de vie s’est effondré. Cela s’est passé juste après l’indépendance, et rien n’a changé sous les gouvernements qui ont suivi. Pour les simples citoyens, il n’y avait eu aucun changement positif. Les gens en avaient assez de l’arbitraire, de la corruption endémique, de la paupérisation des uns et de l’enrichissement immoral et illégal des autres. Naturellement, les gens pensaient qu’adopter les règles de l’Union européenne pourrait les sortir de la situation humiliante qu’ils subissaient depuis le début des années 1990. Je pense que tel fut le principal moteur de tous les événements récents en Ukraine.

«  L’économie de la Russie et celle de l’Ukraine se sont développées à partir d’un noyau commun. Les deux pays avaient des liens économiques uniques. Les marchés russes étaient complètement ouverts aux importations en provenance d’Ukraine. Aujourd’hui encore, il n’y a pas de droits de douane entre nos deux pays. Pendant dix-sept ans, nous avons mené des négociations avec l’Union européenne sur les conditions d’entrée de la Russie à l’OMC.

«  Et, tout à coup, on nous annonce que l’Ukraine et l’Union européenne vont signer un accord d’association. Les marchés ukrainiens vont s’ouvrir à l’Europe. Cela signifie que toutes les marchandises en provenance de l’Union européenne vont pouvoir entrer sur notre territoire et cela, sans négociations préalables et malgré les accords de principe que nous avions signés avec les Européens au cours des dix-sept années de pourparlers sur notre entrée dans l’OMC.

«  Bien évidemment, nous devions réagir à cette annonce et nous avons dit que si l’Ukraine avait décidé d’agir ainsi, c’était son choix et nous respections ce choix. Mais ce n’était pas à nous de payer pour ce choix. Pourquoi les habitants de la Russie devraient-ils payer de leur poche une décision ukrainienne  ? Nous avons proposé des négociations trilatérales à nos partenaires européens, mais leur refus a été catégorique. On nous a fait comprendre que ça ne nous regardait pas.

«  On le sait, la crise a éclaté lorsque monsieur Ianoukovytch a déclaré qu’il devait repousser la signature de l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne. Le président Ianoukivytch, qui était président à l’époque, a annoncé que l’accord allait être conclu, mais qu’il fallait d’abord préciser certaines modalités.

«  C’est là que tout a commencé. Nos partenaires en Europe et aux États-Unis ont surfé sur une vague de mécontentement populaire. Au lieu d’expliquer ce qui se passait vraiment, ils ont soutenu ce coup d’État.  »

[Oliver Stone]  : «  Entre novembre 2013 et le 20 février 2014, il y a eu beaucoup de manifestations. Je revois la télévision disant qu’il s’agissait d’un coup d’État au ralenti. Ça semblait évident pour les Russes. L’Ukraine, nous, on n’y prêtait pas attention.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non, peut-être pas vous personnellement, mais la CIA était extrêmement attentive à ce qui se passait en Ukraine. Il suffit de regarder l’évolution des événements. Ianoukovytch a annoncé que la signature de l’accord d’association était repoussée et personne n’a cherché à savoir pourquoi ou pour combien de temps. Immédiatement, des troubles ont éclaté.  »

[Oliver Stone]  : «  14 policiers tués et 43 blessés. Pendant le massacre de la place Maïdan, vous receviez des renseignements  ? C’est bizarre qu’il y ait eu à la fois beaucoup de policiers et beaucoup de manifestants tués. La police ne ripostait pas, elle a battu en retraite, rappelée par Ianoukovytch. Il semble que des groupes de snipers visaient les policiers et les civils dans le but de créer un chaos propice à la prise du pouvoir.  »

[Vladimir Poutine]  : «  C’est tout à fait exact. Ianoukovytch n’a pas donné l’ordre d’utiliser les armes contre les manifestants. Nos partenaires occidentaux, y compris les Américains, m’ont demandé de faire pression sur lui pour qu’il ne donne pas ce genre d’ordre. Ils nous ont dit  : “ Faites en sorte que Ianoukovytch n’ait pas recours à la force. ” De notre côté, nous demanderons à l’opposition d’évacuer les places publiques et les bâtiments administratifs. Nous avons répondu  : “ C’est une bonne proposition. Nous allons y travailler. ” Et, comme vous le savez, le président Ianoukovytch n’a pas eu recours aux armes. Il m’a dit d’ailleurs que, pour lui, c’était inimaginable. Il n’avait absolument pas la volonté de donner l’ordre de tirer sur la population.  »

[Oliver Stone]  : «  Qui étaient ces snipers  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Qui étaient-ils  ? Qui les avait engagés  ? Des gens qui avaient intérêt à l’escalade des tensions  ! Je n’ai pas d’information précise sur l’identité de ces individus, mais c’est d’une logique élémentaire.  »

[Oliver Stone]  : «  Aviez-vous des informations sur des bataillons issus de faction d’extrême-droite qui avaient reçu un entraînement militaire dans d’autres villes  ? On m’a dit que des unités de centaines d’hommes étaient arrivées en ville dans les jours qui ont précédé les affrontements, place Maïdan.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Nous avions et nous avons toujours des informations attestant que des groupes de combat de ce type étaient formés en Ukraine occidentale, en Pologne et dans d’autres territoires.  »

«  Je rappelle que, juste avant, le 21 février 2014, si je ne m’abuse, les ministres des Affaires étrangères de trois pays européens sont venus à Kiev pour participer à la rencontre entre le président Ianoukovytch et l’opposition. Ils se sont mis d’accord sur l’organisation d’élections anticipées et sur les futurs rapports entre l’opposition et le Président.  »

[Oliver Stone]  : «  La presse américaine en a parlé comme si Ianoukovytch avait abandonné Kiev.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, oui. C’est une version qui justifie le soutien à ce coup d’État. Dès que Ianoukovytch est parti dans la deuxième ville du pays pour assister à un événement politique intérieur, sa résidence a été occupée par des hommes en armes. Si la Maison Blanche était occupée de cette manière, vous ne diriez pas qu’il s’agit d’un coup d’État  ? Ces gens ne sont pas venus pour passer le balai  ! Le procureur général s’est fait tirer dessus. Un de ses agents de sécurité a été blessé. Le cortège du président Ianoukovytch a essuyé des coups de feu. C’était un coup d’État armé, et rien d’autre  !

«  Le lendemain, avec notre aide, monsieur Ianoukovytch a pu gagner la Crimée qui, à l’époque, faisait encore partie de l’Ukraine. Il y est resté une semaine ou dix jours. Il espérait encore que les gens qui avaient signé l’accord du 21 février tenteraient de régler le conflit par des moyens démocratiques, civilisés, légaux. Mais rien de tel ne s’est produit. En revanche, il est devenu évident que s’il tombait entre leurs mains, il se ferait tuer. Bien sûr, on peut tout déformer, on peut tromper des millions de gens en utilisant le monopole dont on dispose sur les médias. Mais, au final, un spectateur impartial peut très bien comprendre que c’était bel et bien un coup d’État.

«  Quand le régime a été renversé, certains ont apprécié ce changement, et d’autres non. Des gens ont été effrayés par le déchaînement de nationalisme et de radicalisme. La première mesure adoptée par ceux qui avaient pris le pouvoir a été une loi qui limitait l’usage de la langue russe. Les Européens ont bloqué cette mesure, mais un signal avait été lancé. Le peuple a compris la direction qu’allait prendre le pays.

«  Le même processus a été mis en place dans le sud-est du pays, dans le Donbass. Là-bas, il y a deux grandes villes  : ­Iouchansk et Donetsk, dont les habitants n’ont pas accepté le coup d’État. Au début, la police a reçu l’ordre d’arrêter certaines personnes, mais elle a rapidement pris le parti des insurgés. Ensuite, les Services secrets se sont mis à enlever les gens au milieu de la nuit et à les mettre en prison. Il est normal que, en voyant ça, les habitants du Donbass aient pris les armes  ! À partir de là, de vrais combats ont commencé. Au lieu d’engager le dialogue avec les habitants du sud-est de l’Ukraine après l’intervention des Services secrets, le gouvernement ukrainien a déployé les Forces spéciales et ensuite l’armée, avec des chars et des avions de combat. Ils se sont mis à frapper les quartiers résidentiels directement au lance-roquettes.

«  Après, il y a eu des élections et un nouveau Président a été élu. À plusieurs reprises, nous avons appelé le Président ukrainien à ne pas prendre de mesures radicales. Je lui ai parlé de nombreuses fois, mais il avait sa propre vision de la situation. Il évoquait toujours les pertes d’une, deux ou trois personnes que son armée avait subies durant les combats contre les milices. C’était évidemment regrettable, toute mort est toujours une tragédie. Quand il a repris les hostilités, ce sont des milliers de personnes qui ont péri.  »

[Oliver Stone]  : «  En ce qui concerne monsieur Obama, quels étaient vos échanges avec lui à ce moment-là  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Nous étions en contact ininterrompu. Enfin, nous parlions au téléphone très régulièrement.  »

[Oliver Stone]  : «  Manifestement, vous étiez en désaccord  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Nos visions étaient très différentes et elles le sont toujours en ce qui concerne les origines et le déroulement de la crise ukrainienne.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous vous parlez encore  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, nous nous sommes parlé il y a quelques jours. Nous avons évoqué nos rapports bilatéraux, la situation au Moyen-Orient et en Ukraine.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous diriez que vos échanges sont cordiaux  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non, ce sont des relations de travail.  »

[Oliver Stone à l’interprète]  : «  Ils se voient quand ils se parlent  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non, mais je peux vous dire que c’est un dialogue où les deux parties sont désireuses de se parler. Nous ne sommes pas du tout dans une confrontation. J’ai l’impression que le président Obama est quelqu’un de réfléchi, qui sait évaluer une situation de façon réaliste. Nous sommes en accord sur certains points et en désaccord sur d’autres. Parfois, nous trouvons des points de convergence sur des sujets difficiles. Je dirais que c’est un dialogue utile.  »

[Oliver Stone à l’interprète]  : «  C’est une question futile, mais je suis toujours très curieux. Est-ce qu’ils s’appellent Vladimir et Barack ou…  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Barack et Vladimir.  »

[Oliver Stone]  : «  Par vos prénoms  ? C’est super  ! Pouvons-nous parler des influences extérieures pendant la crise ukrainienne  ? On sait que des ONG opéraient en Ukraine. On sait que Victoria Nuland, la secrétaire d’État adjointe américaine pour l’Europe de l’Est soutenait activement le changement de gouvernement […].  »

[Vladimir Poutine]  : «  Tout cela est vrai. Je ne comprends pas toujours la logique de nos partenaires. Mais parfois, j’ai l’impression que, pour mieux contrôler leur propre camp, euro-atlantique, et y imposer plus de discipline, ils ont besoin d’un ennemi extérieur.  »

[Oliver Stone]  : «  Autrement dit, les États-Unis maintiendraient une Europe unie, pro-américaine et pro-Otan, grâce à un ennemi commun comme la Russie  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Je peux vous assurer que c’est la vérité. Je le sais. Je le sens.  »

[Oliver Stone]  : «  Avec le recul, était-ce une erreur d’annexer la Crimée  ? Cela vous a coûté très cher  ! Des sanctions, le retournement de l’Union européenne contre la Russie, les États-Unis… Ça a défrayé la chronique, parce que c’est illégal ou considéré comme tel dans le monde des traités d’après-guerre.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Ce n’est pas nous qui avons décidé d’annexer la Crimée à la Russie, ce sont les habitants de Crimée qui ont décidé de rejoindre la Russie. Le Parlement de Crimée, élu en accord avec la législation ukrainienne et donc complètement légitime, a annoncé la tenue d’un référendum. Le Parlement de Crimée a voté à une majorité écrasante en faveur de la réunification avec la Russie. Il faut dire que le coup d’État a entraîné énormément de violence. Entre autres menaces, il y avait le risque de violences perpétrées par des nationalistes ukrainiens en Crimée, où près de 70 % de la population sont des Russes d’origine ou se considèrent comme Russes, car le russe est leur langue maternelle. Les gens étaient inquiets pour leur sécurité.

«  Conformément aux accords internationaux, nous avions le droit de stationner 20 000 hommes sur notre base militaire en Crimée, et même un peu plus. Il fallait garantir le fonctionnement des institutions représentatives pour que le Parlement puisse se réunir et faire son travail. La population devait se sentir en sécurité.

«  Oui, nous avons créé les conditions nécessaires pour que les gens puissent se rendre aux urnes. Nous n’avons mené aucune opération armée. Pas un coup de feu n’a été tiré et personne n’a été tué. Plus de 90 % des habitants de Crimée ont participé au référendum. Ensuite, sur la base des résultats du scrutin, le Parlement de Crimée a demandé au Parlement de Russie d’intégrer la Crimée dans la Fédération de Russie.

«  Les pertes territoriales subies par l’Ukraine ne sont pas dues à la Russie, mais à la décision des habitants de Crimée qui ne voulaient pas se retrouver sous le contrôle d’un régime nationaliste. Une guerre civile a éclaté dans le sud-est de l’Ukraine, dans le Donbass. Immédiatement, le PIB a chuté de manière catastrophique. Les plus grosses entreprises industrielles ont cessé le travail. Le chômage a grimpé, les salaires ont plongé. L’inflation a atteint 47 %. Nous sommes étroitement liés à l’Ukraine. Plus que des peuples frères, je suis convaincu que nous sommes quasi le même peuple. Évidemment, il y a des spécificités linguistiques, culturelles et historiques qu’il faut respecter. D’ailleurs, elles ont toujours été respectées, même lorsque l’Ukraine faisait partie de l’Urss. Il faut rappeler que, pendant des décennies, l’Union soviétique a été dirigée par des Ukrainiens  ; je trouve que ça en dit long.  »

[Oliver Stone]  : «  Mais économiquement, comme vous dites, vous êtes auto-suffisants  ? Ils sont partis, laissez-les à leurs problèmes  ! Ça ne détruira pas votre pays.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Bien sûr  !  »

[Oliver Stone]  : «  Lors de notre dernière rencontre, je vous ai posé une question sur la base sous-marine russe en Crimée, à Sébastopol, et vous avez dit que la perte de la base ne représenterait pas une menace.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Cela représentait une menace, mais pas une menace critique, parce que, aujourd’hui, nous mettons en service une nouvelle base navale, non loin de là, à Novorossiisk.  »

[Oliver Stone]  : «  Même si l’Otan devait passer un accord avec l’Ukraine, je ne vois pas où serait la menace pour la Russie, avec l’armement moderne.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Moi, si  ! J’y vois une menace. Quand l’Otan débarque dans un pays, la population de ce pays et ses dirigeants ne peuvent pas influencer les décisions de l’Otan, y compris celles concernant le déploiement d’infrastructures militaires. Même des armements très sensibles peuvent être déployés, comme les systèmes de défense antimissiles. Aujourd’hui, on observe un renforcement de l’influence américaine en Europe, en partie grâce aux pays d’Europe de l’Est. Ils sont encore dans un paradigme de confrontation avec une puissance dominante, l’ex-Urss, qu’ils projettent sur la Russie actuelle. Mais tôt ou tard, cela va s’arrêter. En initiant la crise en Ukraine, les Américains ont réussi à présenter la Russie comme un agresseur potentiel. Mais bientôt, tout le monde comprendra que la Russie ne représente pas une menace, ni pour les Pays baltes ni pour les pays d’Europe de l’Est, encore moins pour les pays d’Europe de l’Ouest.

«  Quand les Européens s’en rendront compte, ils seront d’autant plus désireux de protéger leur souveraineté et de défendre leurs intérêts nationaux. Cette pression constante n’est agréable pour personne, croyez-moi  ! Tôt ou tard, on en verra les conséquences, mais tôt ou tard, cela prendra fin. Il est préférable que ce soit le résultat d’un dialogue pacifique. Bien sûr, on peut aussi faire monter la pression en Asie en parlant de la Corée du Nord ou d’autres pays, mais, pour moi, ce dont nous avons tous besoin, c’est d’une autre forme de relations internationales basée sur le respect des intérêts des peuples et sur leur souveraineté, pas sur l’intimidation et l’évocation d’une menace extérieure qui ne peut être conjurée qu’avec l’aide des États-Unis. Un jour, ce paradigme ne sera plus d’actualité.  »

SYRIE  : «  UN GOUVERNEMENT LÉGITIME  ».

[Oliver Stone]  : «  En ce qui concerne la Syrie, est-ce que vous pouvez nous expliquer votre objectif, nous faire un historique et nous préciser votre position actuelle  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Nous voyons ce qui s’est produit dans certains pays de cette région, surtout en Irak et en Libye. D’autres pays sont aussi dans une situation préoccupante, mais ce qui s’est passé dans ces deux États, c’est une tragédie. Une tragédie qui est la conséquence du renversement violent des régimes en place. Il y a eu non seulement destitution, mais aussi liquidation physique des dirigeants.

«  Nous sommes clairement opposés à ce que le même scénario se reproduise en Syrie, sinon toute la région sera en proie à un chaos total  ! Si la Syrie subit le même sort que la Libye, les positions des groupes terroristes et radicaux seront encore renforcées. Aujourd’hui, ces groupes sont déjà très puissants, car ils contrôlent une grande partie de l’extraction du pétrole dans la région.  »

[Oliver Stone]  : «  C’est qui, ces “ ils ”  ? Les terroristes  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, les terroristes  ! Et comme en plus, ils vendent des objets d’art, des objets culturels et qu’ils reçoivent de l’aide de l’étranger, ils sont vraiment puissants. Il faut les empêcher de se renforcer encore. Ils ont l’intention de créer un califat qui s’étendrait de l’Europe du sud jusqu’à l’Asie centrale.  »

[Oliver Stone]  : «  C’est la préoccupation majeure  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, mais nous avons aussi des objectifs pratiques. Des milliers de combattants originaires de l’ex-Union soviétique, y compris de Russie, se battent là-bas et peuvent un jour revenir chez nous. Nous ne pouvons pas le permettre. Tous ces facteurs expliquent pourquoi nous faisons ce que nous faisons.

«  En même temps, nous avons conscience que les dirigeants syriens actuels ont également commis des erreurs dans l’établissement des relations à l’intérieur de leur propre pays. C’est pour cela que, avant de prendre cette décision, nous avons discuté avec le président Assad. Il est conscient de tous les problèmes de son pays. Non seulement il est prêt à dialoguer avec l’opposition, y compris avec l’opposition armée, mais il est même prêt à travailler avec elle sur la nouvelle Constitution, et il est prêt à soumettre les futures élections présidentielles qui seront des élections anticipées, à un strict contrôle international.  »

[Oliver Stone]  : «  Et qu’en est-il des routes que Daesh utilisait pour acheminer les camions-citernes en Turquie  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  L’une de ces routes passait à travers la région où vivent les Turkmènes de Syrie. C’est le meilleur itinéraire pour acheminer du pétrole en Turquie, c’est le plus court et il donne accès à un port de la Méditerranée, sur le territoire turc, Ceyhan.  »

[Oliver Stone]  : «  Et vous avez transmis ces informations à Erdogan, n’est-ce pas  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non, je n’en ai pas parlé à Erdogan.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous avez frappé des zones où vivent des populations d’origine turque sans lui dire pourquoi  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Vous trouvez que j’aurais dû lui en parler  ? Pour quelle raison  ? Ce n’est pas son pays. Nous avons travaillé avec les autorités officielles syriennes, avec l’armée syrienne aux côtés de laquelle nous combattons les radicaux.  »

[Oliver Stone]  : «  N’auriez-vous pu lui dire de façon diplomatique  : “ Monsieur le Président, nous savons de source sûre que du pétrole arrive en Turquie, nous pensons que des trafiquants à la frontière coopèrent avec Daesh et cela nous préoccupe beaucoup ”.  »

[Vladimir Poutine avec un rire franc]  : «  C’est vraiment un plaisir de discuter avec vous  ! Écoutez, pendant le sommet du G 20, quand les journalistes sont sortis de la salle, j’ai sorti des photos, grandes comme ça. J’ai montré à tout le monde ces itinéraires. Nous avons aussi montré ces photos à nos partenaires américains qui sont à la tête de la coalition contre Daesh. Tout le monde est au courant  ! Cela ne sert à rien d’enfoncer des portes ouvertes. Ce sont des évidences. Il ne s’agit pas d’un camion isolé, mais de milliers de camions, des milliers  ! Cette route, c’est un oléoduc vivant.  »

[Oliver Stone]  : «  Quels représentants américains étaient présents  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Vous me demandez des informations qui ne doivent pas être rendues publiques.  »

[Oliver Stone]  : «  Donc, deux fois par jour, demain, aujourd’hui, vous communiquez des informations à l’Otan sur la mission en Syrie  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Pas à l’Otan, à l’armée américaine.  »

[Oliver Stone]  : «  Vraiment  ? Directement  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Et ils font la même chose.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous recevez vous-mêmes leurs informations  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, nous recevons des États-Unis des informations identiques sur les opérations de leur aviation.  »

[Oliver Stone]  : «  Pour éviter des catastrophes majeures…  »

[Vladimir Poutine]  : «  Pour éviter des incidents aériens.  »

[Oliver Stone]  : «  C’est une situation dangereuse…  »

[Vladimir Poutine]  : «  Tout à fait  ! Quand les avions de plusieurs pays évoluent dans le même espace aérien en même temps, cela peut avoir certaines conséquences. Par ailleurs, nous opérons là-bas à l’invitation du gouvernement syrien légitime. Nous agissons donc en accord avec la loi internationale, à savoir la charte de l’Organisation des Nations Unies, ce qui n’est pas le cas de tous les autres avions. Ils ne peuvent s’y trouver qu’en accord avec la loi internationale existante, soit dans le cadre d’une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu, soit à l’invitation du gouvernement de ce pays.  »

[Oliver Stone]  : «  Ce sont donc des vols illégaux  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Et pourtant, malgré tout cela, nous partons du fait que nous avons un objectif commun  : combattre le terrorisme international. Nous sommes donc prêts à coopérer avec vous.  »

[Oliver Stone]  : «  Il y a des avions de chasse français, britanniques, turcs. J’en oublie  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Il y a des avions d’une multitude de pays, même d’Australie.  »

[Oliver Stone]  : «  Ah  ? oui, vraiment  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Et du Canada, je crois.  »

[Oliver Stone]  : «  Du Canada  ! Et d’Iran  ? Pas d’Iraniens  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non, pas d’Iraniens.  »

[Oliver Stone]  : «  C’est plutôt surchargé, comme espace aérien  !  »

[Vladimir Poutine]  : «  Pas vraiment, parce que quand nos pilotes effectuent environ 70 à 120 frappes par jour, la coalition internationale dirigée par les États-Unis ne réalise que trois à cinq frappes quotidiennes.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous effectuez 70 à 120 frappes par jour  ? Sept jours sur sept  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, oui. Tous les jours  !  »

[Oliver Stone]  : «  Alors la situation progresse, j’imagine  ? On ne va pas se retrouver dans un bourbier, comme au Vietnam  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Il y a des progrès.  »

[Oliver Stone]  : «  Il y a des progrès  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Tout le monde le constate. Bien sûr, de vastes territoires restent encore sous le contrôle de Daesh, mais beaucoup d’autres ont été libérés. Il ne s’agit pas de quelques zones désertiques, mais de territoires vitaux pour la Syrie.

«  Ce n’est pas tout  : plusieurs groupes et tribus de Syrie, y compris des tribus sunnites, se sont dits prêts à combattre avec nous contre Daesh. Nous sommes entrés en contact avec eux, nous en avons informé le président Assad et les responsables militaires syriens. Nous leur avons déclaré que nous étions prêts à soutenir les groupes sunnites désireux de lutter contre Daesh et le Front Al-Nosra. Sur le principe, le président Assad et les militaires syriens n’y voient pas d’inconvénient. Ces groupes sunnites, soutenus par notre aviation, combattent donc Daesh et Al-Nosra.  »

[Oliver Stone]  : «  Mais si vous faites de 70 à 120 frappes par jour sur au moins deux mois, autrement dit soixante jours, ça fait quatre à sept mille frappes  ! Daesh est-il si grand que ça  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Dans les rangs de Daesh, on compte approximativement 80 000 terroristes dont 30 000 mercenaires étrangers, originaires de 80 pays du monde, y compris de Russie.  »

Ici, une séquence vidéo montre une opération aérienne.

[Vladimir Poutine]  : «  C’est une de nos opérations aériennes.  »

[Oliver Stone]  : «  Qui est au sol  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Des combattants qui courent avec des armes. Certains ont des fusils, d’autres des armes plus lourdes, des armes antichars. Le pilote dit qu’il va faire une autre tentative.  »

[Oliver Stone]  : «  Ils n’ont pas de Stingers  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Nos gars courent de grands risques.  »

[Oliver Stone]  : «  Ces types vous ont déjà combattus en Afghanistan  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Dieu sait où ils ont combattu. Ce sont des terroristes internationaux.  »

[Oliver Stone]  : «  Ouais. Donc, ils ont été surpris  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Là, c’est une tentative d’entrer en Syrie depuis la Turquie.  »

[Oliver Stone]  : «  Je pense que ça fera une bonne “ pub ” anti-­recrutement pour Daesh  ! On n’a plus envie de les rejoindre, quand on voit ça.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Nous n’avons pas intérêt à jeter de l’huile sur le feu dans ce conflit. Au contraire, nous voulons promouvoir le dialogue pour préserver l’intégrité territoriale de ce pays. C’est très compliqué. Ce n’est pas facile de trouver un consensus, mais les contacts directs que nous entretenons avec nos divers partenaires nous donnent l’espoir de réussir. Nous avons vraiment besoin du soutien des États-Unis, de l’Arabie saoudite, de la Jordanie et de l’Égypte. Nous allons prendre beaucoup de précautions pour que chaque pas en avant consolide nos acquis sans les compromettre.  »

RETOUR EN CRIMÉE.

[Oliver Stone]  : «  Well  ! Parlons d’un autre conflit. En Crimée, avant le référendum, un destroyer américain, le Donald Cook, est apparemment entré en mer Noire, a fait demi-tour et abandonné sa mission. L’épisode rappelle la crise des missiles à Cuba. Il s’était produit à peu près la même chose  : un bâtiment s’était approché de la ligne de démarcation, avant de faire demi-tour.  »

[Vladimir Poutine]  : «  À partir du moment où la Crimée a intégré la Russie, notre rapport envers cette région a radicalement changé. Si nous voyons une menace pour notre territoire, et la Crimée en fait partie désormais, nous mettrons tout en œuvre pour le défendre.

«  Non, je n’irai pas jusqu’à comparer cette situation avec la crise des missiles de Cuba, parce que, à cette époque, le monde s’est vraiment trouvé au bord de l’apocalypse nucléaire. Aujourd’hui, Dieu merci  ! la situation n’est pas aussi critique. Cependant, nous avons installé en Crimée un système de missiles de défense côtière.  »

[Oliver Stone]  : «  Un bastion, c’est ça  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Bastion, oui.  »

[Oliver Stone]  : «  Ce sont de gros missiles  ! Et le destroyer Donald Cook a des missiles Tomahawk.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Contre le système de missiles que nous avons déployés en Crimée, un destroyer comme le Donald Cook n’a aucune chance  !  »

[Oliver Stone]  : «  C’est pour ça qu’il a fait demi-tour  ! Votre commandant avait l’autorisation de tirer  ?  »

[Vladimir Poutine]  : Nos commandants ont toujours l’autorisation d’utiliser tous les moyens disponibles pour la défense de la Fédération de Russie.  »

[Oliver Stone]  : «  Hein  ! Ça aurait pu être un incident grave.  »

[Vladimir Poutine]  : «  En effet  ! Mais que faisait ce destroyer si près de nos côtes  ? Qui est le provocateur dans cette histoire  ? Nous défendrons toujours notre territoire  !  »

[Oliver Stone]  : «  Tout s’est déroulé sur combien de temps, cette confrontation  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Ça s’est passé en temps réel. Le commandant du destroyer a sans doute repéré les radiations des missiles qui le mettaient en joue. Je ne connais pas l’homme qui était à la barre de ce navire, mais je trouve qu’il s’est montré calme, responsable, courageux. Il a su prendre la bonne décision, ne pas faire monter la tension pour éviter la confrontation. Aller plus loin aurait été absurde. Ça ne veut pas dire qu’on l’aurait attaqué, mais nous devions montrer aux Américains que nos côtes étaient bien protégées.  »

[Oliver Stone]  : «  Il a été averti  ? Enfin, il a reçu un avertissement  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Le capitaine voit immédiatement que son navire est pris pour cible, il est alerté par les appareils de son navire.  »

[Oliver Stone]  : «  Ça se passe en deux minutes, trente minutes, cinquante  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Il faudrait demander à un expert, mais c’est une question de secondes, je pense.  »

[Oliver Stone]  : «  Cela arrive souvent  ? Vous semblez très calme  ! On vous a appelé  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Ça arrive de temps en temps. Dans ce cas précis, on nous a poussés à bout.  »

[Oliver Stone à l’interprète]  : «  Il l’avoue  !  »

[Vladimir Poutine]  : «  Bien sûr, nous étions forcés de réagir, d’une manière ou d’une autre  !  »

[Oliver Stone]  : «  Vous l’avouez enfin  !  »

[Vladimir Poutine]  : «  Comme j’ai déjà dit, nous étions ouverts à un dialogue positif. Nous avons tout fait pour trouver une sortie politique acceptable à cette situation en Ukraine. C’était peine perdue, car les États-Unis ont voulu coûte que coûte soutenir un coup d’État anticonstitutionnel. Pourquoi  ? Je ne l’ai toujours pas compris.  »

[Oliver Stone]  : «  Lors d’un discours, vous avez dit  : “ Ceci est notre territoire historique. Des Russes sont concernés, ils sont en danger, nous ne pouvons pas les abandonner. Nous n’avons pas organisé le coup d’État, c’est l’œuvre des nationalistes, des extrémistes de droite. Vous les avez soutenus, et pourtant où vivez-vous  ? À 8 000 kilomètres d’ici. Nous, nous vivons ici. C’est notre terre. Pourquoi voulez-vous vous battre là-bas  ? Vous ne le savez même pas, n’est-ce pas  ? Nous, nous le savons et nous nous tenons prêts. ”  »

[Oliver Stone]  : «  Est-ce qu’il reste un espoir  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Il y a toujours un espoir. Je suis convaincu que, tôt ou tard, on parviendra à des solutions dont on ne se doute même pas aujourd’hui…  »

Il ne peut mieux dire, car «  la solution dont on ne se doute pas aujourd’hui  » est entre les mains du Pape  : la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie.

[Vladimir Poutine]  : «  … Mais d’autres problèmes émergeront et il faudra les résoudre.  »

[Oliver Stone à l’interprète]  : «  C’est donc un optimiste  !  »

[Vladimir Poutine]  : «  Modéré [rire]. Quant à la situation au Proche-Orient et à la complexité des problèmes auxquels cette région fait face, je pense à ce que m’a dit l’ancien Premier ministre israélien, monsieur Sharon, lors d’une de mes visites en Israël. Il m’a dit  : “ ­Monsieur le Président, vous êtes dans une région où vous ne pourrez jamais faire confiance à qui que ce soit sur quelque question que ce soit. ” [rire] Je pense qu’il avait vécu tellement d’événements tragiques qu’il avait perdu tout espoir de voir les choses s’améliorer. Mais à mon avis, cette région aussi, tôt ou tard, connaîtra l’apaisement. Les gens finiront pas trouver un équilibre qui permettra à la région de vivre en paix. Même si, aujourd’hui, ces problèmes nous paraissent extrêmement complexes.

«  Vous savez, aucune grande religion au monde ne peut être source de mal. Dans l’islam, il y a plusieurs courants, plusieurs branches. Aujourd’hui, les deux branches principales, les sunnites et les chiites, sont très divisées, nous le voyons. Mais je pense que, un jour, ce clivage sera surmonté.  »

[Oliver Stone]  : «  Sinon, est-ce qu’on deviendra un califat  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Ça, nous ne l’accepterons pas  ! Veillez à ce que Washington ne se transforme pas en califat  !  » [rire]

[Oliver Stone]  : «  Vous avez connu des périodes de tension, vous en connaissez à nouveau  ; vous vivez une présidence difficile  !  »

[Vladimir Poutine]  : «  Des époques simples, vous en connaissez  ? Les temps sont toujours durs  ! Il faut simplement remercier Dieu de nous permettre de servir notre pays.  »

AUX ÉTATS-UNIS… RIEN DE NOUVEAU  !

[Oliver Stone]  : «  Il s’est passé beaucoup de choses, ces derniers mois. Dans mon pays, l’Amérique, nous avons eu des élections.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Je vous en félicite  !  »

[Oliver Stone]  : «  Hum  ! Donald Trump l’a emporté. C’est votre quatrième Président américain, n’est-ce pas  ? Il y a eu monsieur Clinton, monsieur Bush, monsieur Obama et maintenant le quatrième.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui.  »

[Oliver Stone]  : «  Qu’est-ce qui va changer  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Presque rien  !  » [rire]

[Oliver Stone]  : «  C’est vraiment votre sentiment face à ces quatre présidents  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Eh bien, la vie apporte son lot de changements, mais la bureaucratie est très puissante partout, et plus encore aux États-Unis. C’est elle qui dirige le monde en fait.  »

[Oliver Stone]  : «  Y a-t-il des ouvertures, des espoirs de changement avec monsieur Trump  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Il y a toujours de l’espoir, tant qu’on n’est pas dans un cercueil.  »

[Oliver Stone]  : «  Ça, c’est très russe, très Dostoïevski  !  » [rire de monsieur Poutine]

Après avoir passé une séquence vidéo sur les attaques cybernétiques pendant les élections  :

[Oliver Stone]  : «  Cette campagne a été très fortement critiquée. La version de l’Occident, c’est que la Russie s’est ingérée dans les élections au bénéfice de monsieur Trump.  »

[Vladimir Poutine]  : «  C’est une affirmation complètement idiote  ! Oui, nous avons exprimé notre sympathie à l’égard de monsieur Trump et nous continuons à le faire, parce qu’il a publiquement déclaré qu’il souhaitait rétablir de bonnes relations russo-américaines. Quand les journalistes des médias internationaux me posaient toutes sortes de questions pour tenter de me coincer, je leur retournais systématiquement la question, en leur demandant s’ils étaient opposés à l’établissement de bons rapports entre les États-Unis et la Russie. Bien sûr, il reste à voir comment ces relations vont évoluer dans la pratique. Monsieur Trump a parlé du rétablissement des liens économiques, de la lutte commune contre le terrorisme. Qu’y a-t-il de mal à cela  ?  »

[Oliver Stone]  : «  Oui  ! Dans ce cas, pourquoi avoir pris la peine de pirater l’élection  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Nous n’avons absolument pas piraté l’élection. Il est difficile d’imaginer qu’un pays, même un pays comme la Russie, puisse influencer une campagne électorale et ses résultats. À mon avis, le fait que quelque hacker non identifié ait révélé des problèmes internes au Parti démocrate n’a pas eu un grand impact sur le déroulement de la campagne, pas plus que sur les résultats. Oui, les hackers ont dévoilé des tensions au sein du Parti démocrate, mais ce n’étaient pas de fausses informations. La Présidente du Comité international démocrate a tout de même donné sa démission. Cela montre bien qu’elle ne contestait pas la véracité de faits exposés. Les hackers n’y sont pour rien  ! Ce sont des problèmes internes aux États-Unis. Les personnes qui ont essayé de manipuler l’opinion publique ne devraient pas présenter la Russie comme un ennemi. Elles auraient dû s’excuser auprès des électeurs, mais elles ne l’ont pas fait. Manifestement, le peuple américain souhaite voir de grands changements dans les domaines de la sécurité, de la lutte contre le chômage et dans la création de nouveaux emplois dans le pays […].

«  Il y a aussi la défense des valeurs traditionnelles, car les États-Unis restent dans une large mesure une nation puritaine, surtout l’Amérique profonde. Donald Trump et son équipe ont mené une campagne très intelligente. Ils savaient précisément où aller chercher leurs électeurs, ils ont identifié les États qui pouvaient leur apporter le plus d’électeurs. J’ai regardé ses discours pendant la campagne électorale  : j’ai trouvé que, sur certains points, il allait vraiment trop loin. Mais, au final, il s’est avéré qu’il a eu raison.  »

Une séquence vidéo d’un discours de Trump, sur les musulmans, montre l’enfer qui se prépare.

[Vladimir Poutine]  : «  Il a réussi à trouver la corde sensible dans le cœur des gens et il a su en jouer. Personne ne peut mettre en doute le résultat de ces élections. Au lieu de chercher des raisons extérieures à leur défaite, les perdants devraient en tirer les conséquences, remettre en question leurs actions et leur travail. Ce qui est navrant, c’est que l’équipe sortante a miné le terrain derrière elle, elle a créé un environnement tel, qu’il va lui être extrêmement difficile de tenir les promesses faites au peuple. Mais, en vérité, nous n’attendons rien de révolutionnaire.  »

[Oliver Stone]  : «  Trump lui-même a dit que les Russes avaient piraté les élections.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Je ne comprends pas ce qu’on veut dire par cette formule “ la Russie a piraté ”. J’ai entendu d’autres analyses. On sait que les technologies actuelles permettent à n’importe qui de pirater des données depuis n’importe où. On peut le faire depuis son lit avec un ordinateur sur les genoux. Et puis, il est possible de brouiller le trafic, de sorte que personne ne puisse identifier exactement l’origine géographique de ces attaques.  »

[Oliver Stone]  : «  C’est quand même du jamais vu  ! Les deux principaux partis américains, les agences de renseignements, la CIA, le FBI, le NSA, les responsables politiques de l’Otan, tous croient à cette histoire de piratage de la campagne par la Russie. C’est énorme  !  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non, non, ce n’est pas tout à fait correct. Vous avez sans doute lu ce qui a été écrit à ce propos, en tout cas les rapports officiels.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous avez lu le rapport de vingt-cinq pages  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, je l’ai lu.

«  L’un des services de renseignements dit que l’ingérence de la Russie est hautement probable. L’autre estime que cette probabilité n’est pas si haute que ça. Leurs conclusions sont basées sur des analyses de la situation, pas sur des faits. Il n’y a rien de concret. Cela me rappelle la façon dont se construit une aversion contre un groupe ethnique, comme l’antisémitisme par exemple. Les antisémites vont toujours reprocher aux juifs leurs propres échecs. Certaines personnes ont la même attitude envers la Russie. Ils la rendent responsable de tous leurs maux.  »

[Oliver Stone]  : «  Le sénateur McCain, par exemple, pas plus tard qu’hier, a proposé un veto du Sénat pour empêcher Trump de lever les sanctions, par anticipation.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Vous savez, aux États-Unis, il y a beaucoup de sénateurs comme lui… malheureusement  !

«  À vrai dire, il m’est assez sympathique. Non, non, je ne plaisante pas  ! J’apprécie son patriotisme, sa cohérence dans la défense des intérêts de son pays. Vous savez, à l’époque de la Rome antique, il y avait un sénateur nommé Marcus Porcius Cato, Caton l’Ancien, qui terminait tous ses discours par cette phrase  : “ Carthage doit être détruite. ” Ceux qui partagent les convictions du sénateur dont vous venez de parler vivent dans un monde révolu. Ils ne veulent pas aller de l’avant, ils ne veulent pas comprendre que le monde change très vite. Ils ne voient pas les menaces réelles, le passé les tire en arrière. D’un autre côté, nous avons soutenu le combat des États-Unis pour leur indépendance et nos deux pays ont été alliés pendant la première et la Seconde Guerre mondiale.

«  Aujourd’hui, nous faisons face aux mêmes défis  : le terrorisme international, la pauvreté dans le monde et la dégradation de l’environnement qui est une vraie menace pour toute l’humanité. Nous avons accumulé tellement d’armes nucléaires qu’elles sont devenues un danger pour le monde entier. Nous devrions réfléchir, nous avons des problèmes à résoudre.  »

[Oliver Stone]  : La Russie a été accusée de traîtrises extrêmes. C’est une accusation qui est reprise sans arrêt dans les médias, à tel point que plus personne ne pense à la remettre en question  : “ La Russie a piraté les élections. ” Beaucoup de gens disent que le Kremlin tient Trump à sa merci, que le Président a une dette envers lui. Vous voyez bien où cela nous mène. La situation est impossible, très délicate pour monsieur Trump s’il a vraiment l’intention de redéfinir les rapports avec la Russie.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Je l’ai dit, je le répète  : cette prétendue influence sur les résultats des élections américaines est un mensonge. Ce mensonge est diffusé aujourd’hui pour un certain nombre de raisons  : pour compromettre la légitimité du président Trump, pour empêcher la normalisation de nos relations et pour créer des instruments supplémentaires pour la lutte politique intérieure. Si on considère les choses sous cet angle, les relations russo-américaines ne sont qu’un instrument au service de rivalités politiques intestines.  »

[Oliver Stone]  : «  Beaucoup de gens sont agacés. Ils pensent que ces accusations sont infondées et ils sont d’accord avec Julian Assange qui connaît bien la question depuis 2006.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Nous savons qu’un grand nombre d’Américains ne croient pas à ces mensonges. Nous en sommes heureux. Mais certaines personnes instrumentalisent ces idées pour servir leur cause et nos réfutations ne vont pas les arrêter. Au contraire, ils vont utiliser nos contre-arguments pour poursuivre leur lutte avec les mêmes moyens. Nous connaissons leurs stratagèmes.  »

[Oliver Stone]  : «  Il me semble que si vous connaissez leurs stratagèmes, vous pourriez au moins faire quelque déclaration sur cette cyberguerre, entrer dans le détail, dire pourquoi ce n’est pas possible, pourquoi il y aurait dû y avoir une trace… Il y a quand même des voies à explorer. On dirait que la Russie n’a pas envie de se défendre de ces accusations, qu’elle laisse passer la tempête en disant qu’elle a autre chose à faire.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Vous avez bien compris. Nous sommes indifférents à ces accusations, parce qu’elles ne nous concernent pas, c’est un problème de politique intérieure américaine. Je le répète, j’aimerais qu’on m’entende  : ces hackers, quels qu’ils soient, n’ont pas pu avoir un grand impact sur le déroulement de cette campagne. Ils n’ont fait qu’étaler au grand jour des problèmes internes de la vie politique américaine. Ils n’ont pas menti, ils n’ont rien inventé. Quelle importance d’où ils viennent  ? Qu’ils soient de Russie, d’Asie, d’Amérique latine ou peut-être d’Afrique  ?  »

[Oliver Stone]  : «  Mais est-ce qu’il n’y a pas quelque part dans le cyberespace des preuves que la Russie pourrait produire pour sa défense  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Il n’y a aucune preuve démontrant que nous ayons quoi que ce soit à nous reprocher, et c’est la plus grande preuve de notre innocence. Même les rapports dont vous venez de parler, les rapports de la CIA, de la NSA, ne contiennent rien de concret. Ce ne sont que des allégations et des suppositions.  »

[Oliver Stone]  : «  Soit  ! Donc, vous attendez que ça se tasse. En même temps, monsieur Trump a plus d’une fois appelé à la reprise américaine de la production d’armes, à la fois nucléaires et conventionnelles, ce qui est une absurdité pour moi. Comment l’Amérique peut-elle dépenser plus que ce qu’elle dépense déjà  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Les États-Unis dépensent davantage pour leur défense que tous les pays du monde réunis. Je pense que les contribuables américains devraient y réfléchir. Il y a d’autres problèmes dans ce pays  : la santé, l’éducation, les retraites, l’assistance sociale, enfin la dette publique qui s’élève à près de vingt mille milliards de dollars  ! Les militaires ne se satisfont jamais des moyens que l’État met à leur disposition. Croyez-moi, chez nous aussi, il y a les mêmes débats.  »

[Oliver Stone]  : «  Avez-vous espoir de rencontrer monsieur Trump dans les mois qui viennent  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, nous allons certainement nous rencontrer à un moment donné. De notre côté, nous ne précipitons rien. Pour le moment, le nouveau Président américain travaille avec ses partenaires à définir ses priorités. Il travaille avec les Services secrets, les militaires, le département d’État et également avec le Parti républicain. Et puis il devra aussi compter avec les démocrates. Mais quand son gouvernement sera prêt à travailler avec nous, nous répondrons présent.  »

[Oliver Stone]  : «  Mais comment allez-vous travailler avec les agences de renseignements si ces mêmes agences disent que la Russie a piraté les élections  ? On est dans l’impasse.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non, ce n’est pas une impasse. C’est une question de volonté humaine.  »

[Oliver Stone]  : «  Si monsieur Trump veut demander la déclassification de tous les dossiers concernant l’Ukraine et la Syrie pour voir la genèse de ces problèmes, est-ce que ce serait possible, pour qu’il change sa façon de voir les choses  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Je pense que c’est possible mais, comme je l’ai déjà dit, il aura une très faible marge de manœuvre. Nous comprenons ces contraintes  ; cela étant, j’espère vraiment que, après avoir étudié attentivement les dossiers, il se forgera sa propre opinion sur toutes ces questions. J’espère que nous allons trouver des points de compréhension mutuelle. Nous devons entamer un dialogue substantiel avec nos partenaires américains, au niveau du département d’État, des Services secrets, mais aussi du Conseil de sécurité. Les déclarations publiques américaines ou russes ne suffisent pas. Nous souhaitons entendre l’argumentaire des Américains dans un dialogue constructif et professionnel, et nous voulons que nos arguments aussi soient entendus.  »

[Oliver Stone]  : «  À quand le prochain G 20  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Probablement en été, en juillet, je crois.  »

[Oliver Stone]  : «  Ce sera donc votre première rencontre  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, sans doute.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous avez eu deux conversations téléphoniques avec lui  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui, nous en avons eu une avant l’investiture et une autre après.  »

[Oliver Stone]  : «  J’imagine que vous avez abordé la question du terrorisme  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Nous avons parlé de la lutte contre le terrorisme. Nous avons évoqué la question de la Corée du Nord, le désarmement nucléaire, l’Ukraine.  »

[Oliver Stone]  : «  Bien, je vois  ! Est-ce qu’il y a eu une ingérence américaine dans les élections de 2012 en Russie  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Des ingérences, il y en a toujours eu. En 2012, mais aussi en 2000. En 2012, elles ont été particulièrement agressives, je ne vais pas entrer dans les détails. Je peux simplement citer un exemple. Nos partenaires américains sont au courant, nous en avons parlé avec messieurs Kerry et Obama. On avait du mal à croire que des diplomates étrangers puissent s’immiscer de façon aussi agressive dans une campagne électorale à l’intérieur même de la Russie.

«  Les Américains organisaient des réunions avec l’opposition russe, ils les finançaient. Ils se rendaient à des meetings de l’opposition, etc. Ce n’est pas le rôle des services diplomatiques  ! Ils sont censés œuvrer au rapprochement des États. Les ONG, oui, elles peuvent faire tout ce qu’elles veulent, indépendamment de leur pays d’origine, mais le problème avec les ONG, c’est qu’elles sont souvent financées par des structures contrôlées directement ou indirectement par le Département d’État américain. Ces ONG sont présentes dans toute zone postsoviétique, en Europe de l’Est et dans beaucoup d’autres pays, y compris en Afrique et en Amérique latine.  »

[Oliver Stone]  : «  Bien  ! Est-ce qu’il y a eu une cyber-ingérence dans les élections de 2012  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  À vrai dire, je ne m’y suis pas particulièrement intéressé. Nous suivons notre propre agenda. Il me semble que beaucoup de nos partenaires vivent dans leur monde et ne comprennent pas ce qui se passe vraiment dans les autres pays, notamment en Russie.

«  Les Américains ont des intérêts un peu partout, ils doivent être présents dans le monde entier. Les 600 milliards dépensés par le Pentagone, ce n’est pas la totalité du budget alloué à la sécurité et à la défense.  »

[Oliver Stone]  : «  Si moi-même, je sais qu’il existe des logiciels malveillants infiltrés dans les infrastructures japonaises pour détruire des centrales électriques, des chemins de fer et mettre tout un pays au point mort, j’imagine que les Russes sont bien mieux renseignés que moi là-dessus  ? Cela fait belle lurette qu’ils ont pris la mesure du danger et qu’ils y travaillent pour préserver la Russie d’une telle menace  ? La Russie qui serait une cible désignée…  »

[Vladimir Poutine]  : «  Vous n’allez sûrement pas me croire, mais à partir des années 1990, nous sommes partis du principe que la guerre froide était terminée. Nous avons estimé qu’il n’y avait aucun besoin de prendre des mesures de protection supplémentaires, parce que nous considérions que nous faisions partie intégrante de la communauté internationale. Et jusqu’à récemment, nous n’avions pratiquement pas de matériel propre, fabriqué en Russie. Nos entreprises publiques, nos organismes d’État et nos administrations importaient à tout-va, qu’il s’agisse d’équipement informatique ou de logiciels. Nous utilisons énormément de matériel provenant d’Europe et des États-Unis, même au sein des services secrets du ministère de la Défense. Mais, il y a quelque temps, nous nous sommes rendu compte du danger que cela pouvait représenter. Nous nous sommes posé la question  : comment garantir notre indépendance technologique et notre sécurité  ? Bien évidemment, nous réfléchissons à tout cela et nous prenons les mesures qui s’imposent.  »

[Oliver Stone]  : «  La Russie a-t-elle connu des cyber-attaques dès 2007, et même 2006, 2005  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Avant, on n’y prêtait pas vraiment attention, il y avait même des observateurs américains dans nos usines nucléaires, là où on produisait nos armes nucléaires.  »

[Oliver Stone]  : «  Oui, oui. Jusqu’en quelle année  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Je ne me souviens pas exactement. Peut-être jusqu’en 2006. La Russie a fait preuve d’une immense ouverture et d’une confiance exceptionnelle. Malheureusement, personne n’a su le reconnaître et l’apprécier.  »

[Oliver Stone]  : «  Quand la Russie a-t-elle commencé à renforcer ses cybercapacités  ? ’

[Vladimir Poutine]  : «  Le processus a commencé il y a un certain temps, en même temps que beaucoup d’autres. Il a fallu combler notre retard sur le reste du monde, mais nous avions des bases solides. En Russie, le niveau d’éducation est très élevé, il existe d’excellentes écoles de mathématiques. Aujourd’hui, le chiffre d’affaires annuel de certaines entreprises russes dépasse les sept milliards de dollars. Elles sont devenues très compétitives sur le marché des logiciels. Et les fabricants de matériel de Hardway ne sont pas en reste, c’est un secteur très dynamique, certains fabriquent ce qu’on appelle des super-ordinateurs.  »

[Oliver Stone]  : «  J’imagine que la Russie est prise dans une sorte de course avec les États-Unis, une bataille secrète par rapport à la cyberguerre, non  ? Que les États-Unis font des tentatives contre la Russie et que la Russie essaie de se défendre en contre-attaquant.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Chaque action entraîne une réaction.  »

[Oliver Stone à l’interprète]  : «  Il est bizarre sur ce sujet  ! Comme s’il avait quelque chose à se reprocher. On dirait un renard qui vient de sortir du poulailler.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Hélas  ! il n’y avait pas de poules dans le poulailler  !  » [rire]

[Oliver Stone]  : «  Il y a quelques semaines, sur R T, j’ai vu un reportage qui n’a pas eu de suite et qui a disparu au bout de deux jours. Il disait que plus de vingt pays avaient été victimes d’une attaque Botnet sur leur système bancaire. En Russie, six grandes banques. C’est d’une telle ampleur qu’on a émis l’hypothèse – c’était après les élections – qu’il ait pu s’agir d’une attaque des États-Unis contre la Russie.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non, le reportage n’a pas disparu. On savait qu’une telle attaque était en préparation. Ce n’était pas une certitude absolue mais, pour prendre leurs précautions, les représentants des banques ont contacté les médias ainsi que leurs clients. Ils ont prévenu les citoyens de l’éventualité de ces attaques et les ont appelés à ne pas s’inquiéter, à ne pas se ruer dans les banques pour retirer leur argent. Mais nous n’affirmons pas que cela venait des États-Unis, nous n’en avons aucune preuve.  »

[Oliver Stone]  : «  C’est une affaire énorme  ! Vous avez d’abord monsieur Bayden qui dit  : “ Nous attaquerons la Russie comme elle nous a attaqués pendant ces élections ”, relayé par ­monsieur Obama. C’est insensé  ! Ce sont des mots qui pèsent lourd de la part du ­Président et du vice-président. Ce sont des gens sérieux, il s’est bien passé quelque chose avant l’investiture de monsieur Trump  !  »

[Vladimir Poutine]  : «  Ils ont dit qu’ils avaient besoin de temps. Or, le mandat de l’administration précédente touchait à sa fin. Il ne lui restait pas beaucoup de temps  ! À vrai dire, et sans vouloir vexer qui que ce soit, les événements de cette fin de mandat m’ont rappelé le fonctionnement du Politburo du Parti communiste de l’Union soviétique. Ses membres passaient leur temps à se décerner des décorations et autres médailles. C’était vraiment ridicule, cette manie de s’octroyer entre eux des titres honorifiques. Quand j’ai vu qu’il se passait la même chose aux États-Unis, j’ai compris qu’ils n’avaient plus le temps de prendre des décisions sérieuses.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous en riez, mais au vu des fortunes que nous avons investies dans la cyberguerre et le commandement de la cyberdéfense, il me semble que le danger est réel. J’ai l’impression que vous minimisez l’affaire parce que, en effet, il s’est passé quelque chose, mais que vous ne voulez pas en parler, parce que les relations ne sont pas faciles en ce moment.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Vous êtes déçu par l’échec des États-Unis ou vous regrettez que l’argent des contribuables américains ait été dépensé de cette manière  ?  »

[Oliver Stone]  : «  Non, je pense surtout que la cyberguerre peut déboucher sur une vraie guerre, j’en suis convaincu. Par le passé, le virus Texnet, par exemple, a bien failli déchaîner une tempête à l’échelle mondiale. Je pense que tout cela est très dangereux, que nous jouons avec le feu.  »

[Vladimir Poutine]  : «  En effet, c’est dangereux  !  »

[Oliver Stone]  : «  Je sais… Manifestement, vous avez des informations sensibles et je comprends que vous n’ayez pas envie de les divulguer. Est-ce qu’on va pouvoir faire face à ce qui nous attend  ? Ce qui s’est passé en Iran pourrait être aussi grave que ce qui s’est passé en 1945 à Nagasaki et Hiroshima et qui a marqué le début d’une nouvelle ère.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Ce qui s’est passé à Hiroshima et Nagasaki est une page tragique de l’histoire de l’humanité. On a ouvert la boîte de Pandore. Selon nos experts, le recours à l’arme nucléaire n’avait aucune utilité du point de vue militaire. Le Japon était au bord de la défaite. Mais cette comparaison entre l’Iran et le Japon me semble quand même exagérée. Là où je suis d’accord avec vous, c’est lorsque vous dites que si nous n’instaurons pas des règles dans ce domaine, les conséquences de ces actes peuvent être très graves, voire tragiques.  »

[Oliver Stone]  : «  Pour moi, c’est une guerre secrète. On ne sait pas qui l’a commencée, si elle se fait par procuration, via d’autres pays, si la Corée du Nord a bien piraté Sony par exemple, comme le dit la rumeur. Mais si toutes les lumières s’éteignaient en Russie, ce serait aussitôt la panique, de même qu’aux États-Unis. On ne pourrait pas identifier l’agresseur.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Il est presque impossible de semer la panique chez les citoyens russes  ! [rire d’Oliver Stone] Ça, c’est une première chose. Deuxièmement, les économies les plus avancées sur le plan technologique sont les plus vulnérables aux attaques de ce type. Mais en tout état de cause, cette compétition recèle de nombreux dangers. En la matière, des règles du jeu sont indispensables. Je ne voulais pas en parler, mais vous me forcez à le faire en m’arrachant des réponses.

«  Il y a un an et demi, l’automne 2015, nous avons adressé une offre à nos partenaires américains. Nous leur avons proposé de creuser tous ces sujets et de conclure un traité sur les règles de conduite dans ce domaine. Les Américains n’ont pas répondu.  »

[Oliver Stone]  : «  Vous allez pouvoir ouvrir le dossier avec monsieur Trump  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Certainement. Nous devons ouvrir une nouvelle page dans les relations russo- américaines.  »

DE STALINE…

[Oliver Stone]  : «  À propos de Staline, vous l’avez critiqué. Bien sûr, son action est largement condamnée à travers le monde, mais en même temps nous savons tous qu’il a conduit l’Urss à la victoire contre l’Allemagne, contre le fascisme. Que vous inspire cette ambivalence  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Je pense que vous êtes quelqu’un de très rusé.  » [rire]

[Oliver Stone]  : «  Pourquoi  ? On peut en reparler demain, si vous voulez.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non, non, non. Je peux répondre maintenant. Vous savez, l’un des personnages politiques majeurs du vingtième siècle, Winston Churchill, était un antisoviétique convaincu, mais lors de la seconde guerre mondiale, il a tout fait pour préserver l’alliance avec l’Urss et il qualifiait Staline de remarquable chef militaire et grand révolutionnaire. À la fin du conflit, c’est Churchill qui, comme vous le savez, a initié la guerre froide. Et quand l’Urss a réalisé ses premiers essais nucléaires, c’est encore Churchill qui a proclamé la nécessaire coexistence des deux systèmes. C’était un homme très souple. Il savait s’adapter. Mais je pense que, au fond de lui, son opinion envers Staline n’a jamais varié. Staline était un pur produit de son époque, qu’on le diabolise à l’extrême ou qu’on glorifie ses mérites dans la victoire contre le nazisme.

«  Quant à sa diabolisation, dans l’histoire britannique, il y a un personnage célèbre  : Oliver Cromwell. C’était un homme avide de sang, qui a été amené au pouvoir par une vague révolutionnaire et qui s’est transformé en tyran et en dictateur. Et pourtant, en Grande-Bretagne, il y a des statues de lui partout  ! Et Napoléon, lui, il est déifié  ! Or, qu’a-t-il fait  ? Il est arrivé au pouvoir grâce à la révolution, mais il a rétabli la monarchie et s’est même proclamé empereur. Il a mené la France à la catastrophe, à la défaite totale. Dans l’histoire mondiale, on trouve bon nombre de personnages et de situations semblables.

«  Je crois que la diabolisation excessive de Staline est un moyen d’attaquer l’Union soviétique et la Russie, de dire que la Russie actuelle porte encore les stigmates du stalinisme. Nous portons tous des traces de notre passé, et alors  ? Ce que je veux dire, c’est que la Russie a complètement changé, même s’il reste sans doute quelque chose du passé dans les mentalités. Mais pour autant, il ne faut pas oublier les atrocités du stalinisme, la mort de millions de nos compatriotes dans les camps. C’est une figure complexe de notre histoire.  »

[Oliver Stone]  : «  Vos parents l’admiraient, non  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Bien sûr  ! Je pense qu’une écrasante majorité de citoyens soviétiques admiraient Staline.  »

[Oliver Stone]  : «  Quand sont morts vos parents  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Ma mère est morte en 1998 et mon père en 1999.  »

[Oliver Stone]  : «  Ils étaient fiers de vous  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Oui.  »

[Oliver Stone]  : «  Est-ce qu’ils pouvaient s’imaginer qu’un jour…  »

[Vladimir Poutine]  : «  Mon père est décédé deux mois avant ma nomination au poste de Premier ministre. Mais, en même temps, avant cette nomination, lorsque je lui rendais visite à l’hôpital, il disait au personnel médical  : “ Regardez, voilà mon Président qui arrive  ! ”  »

[Oliver Stone]  : «  Mon Président  ? C’est touchant  !

«  Les Américains vous reprochent d’avoir créé un système centralisé, autoritaire, ce qu’ils appellent un capitalisme oligarchique d’État. En même temps, ils aimaient bien la Russie des années 1990, où les oligarques prospéraient avant votre arrivée. [On entend le rire de Poutine.] Vous en avez neutralisé certains, vous me l’avez raconté. Vous les avez réunis à Moscou en insistant sur le fait qu’ils portaient une responsabilité vis-à-vis du peuple et de l’État. Les élites occidentales disent que vous avez mis vos propres oligarques au pouvoir ces quinze dernières années, tandis que les autres, les anciens, sont bien installés dans des villes comme Londres. Ils admettent avoir accumulé de grandes richesses, mais ils disent aussi que c’est vous qui avez fait cette richesse et que vous en avez pris votre part. Ils disent que vous êtes en réalité l’homme le plus riche du monde, au même titre que Rockefeller, Morgan ou Onassis. Cela vous fait sourire, tant mieux  ! Mais, en tant que chef de votre peuple, comme Chaves ou Castro ou d’autres encore qui ont été accusés de corruption, pourriez-vous d’une certaine manière être plus transparent sur votre fortune personnelle  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  La vérité, c’est que je ne possède pas la fortune qu’on m’attribue  ! Je me souviens que, lorsque j’ai déménagé de Saint-Pétersbourg à Moscou, j’ai été frappé par le nombre d’escrocs qui se trouvaient dans la capitale. J’ai été encore plus surpris par leur comportement et j’ai eu beaucoup de mal à m’y faire. Ces gens n’avaient aucun scrupule.

«  Qu’est-ce que l’oligarchie  ? C’est la fusion entre le pouvoir et l’argent. L’objectif des oligarques est d’influer sur les décisions des autorités, afin d’accroître toujours leur fortune. Ma tâche était de séparer l’argent et le pouvoir.

«  En 2008, l’année de la crise, j’ai été surpris par le comportement admirable de nombreux chefs d’entreprise, y compris du secteur privé, que je ne connaissais pas personnellement. Ils ont d’eux-mêmes pris en charge une grande partie des responsabilités, ils ont tout fait pour maintenir leur société à flot, pour garder leur personnel. Ils ont risqué leurs capitaux. J’espère que c’est dans ce cadre-là, en accord avec la législation existante, que nous allons continuer à développer le secteur privé. Mais je pense qu’aujourd’hui, la présence des oligarques au pouvoir n’est pas aussi critique que dans les années 1990 ou au début des années 2000.

«  Aujourd’hui, nous avons un autre objectif, beaucoup plus important  : réduire l’écart entre les plus riches et les personnes à petits revenus. En 2 000, près de quarante millions de personnes vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Aujourd’hui, ce chiffre est encore très important, mais il a été divisé par deux  ! Pour ce qui est des oligarques, ce n’est plus un problème d’actualité, selon moi.  »

[Oliver Stone]  : «  Donc, pas de compte en banque à Chypre  ?  »

[Vladimir Poutine]  : «  Non, et il n’y en a jamais eu  ! [rire] Ce sont des inepties. Si ce genre de compte existait, il aurait été signalé depuis longtemps.  »

[Oliver Stone]  : «  Je sais d’expérience que je m’amuserais beaucoup plus si j’étais riche.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Vous savez, à mon sens, ce n’est pas l’argent qui fait le bonheur. Qu’est-ce que vous en feriez aujourd’hui, dans un contexte de crise, avec tous ces actifs qu’il faudrait préserver, déplacer, etc.  ? Ça ne vous apporterait que des migraines  ! Vous êtes beaucoup plus riche que bien des gens dont le compte en banque est beaucoup plus garni que le vôtre, parce que vous avez votre opinion bien à vous, vous avez du talent, vous avez la possibilité de vous en servir pour laisser votre empreinte dans l’histoire. L’argent ne donne pas ce genre de bonheur, on ne peut pas emporter sa fortune dans la tombe.  »

… À SALAZAR.

[Oliver Stone]  : «  Si vous vous présentez de nouveau en 2018 et que vous l’emportez, vous serez au pouvoir pour six ans de plus, jusqu’en 2024, ce qui ferait un total de vingt-quatre ans, en tant que Président et Premier ministre, plus longtemps que Roosevelt, mais moins que Castro qui approchait des cinquante ans de pouvoir et pas loin de Staline qui a fait plus ou moins trente ans, disons  : vingt-sept ans. Cela ne vous fait pas peur  ? Est-ce qu’il n’y a pas une routine qui s’installe  ? Le pouvoir ne déforme-t-il pas votre regard  ? Pensez-vous que la Russie ait besoin de vous à ce point  ? Ne peut-on pas imaginer une saine concurrence entre de potentiels successeurs à l’intérieur du système  ? Le Parti unique en Chine est un bon exemple de concurrence à l’intérieur du Parti. Les successeurs font leurs armes au fil des ans dans les structures du Parti dans différentes provinces.  »

[Vladimir Poutine]  : «  L’Union soviétique testait aussi ses dirigeants de cette manière, mais ils ont quand même provoqué la fin du régime. Ce n’est donc pas une question de sélection. Pour revenir à votre question  : est-ce que la Russie a besoin de quelqu’un ou pas  ? C’est à la Russie elle-même d’en décider. Quant à l’alternance du pouvoir, elle est nécessaire. Évidemment, il faut qu’il y ait une saine compétition dans ce processus. Mais des gens dévoués à la nation qui doivent y participer. Au final, je le répète, ce sont les citoyens russes qui choisiront leurs dirigeants. Au sujet des élections de 2018, c’est un domaine où il est bon de conserver un certain suspens. Je ne vais donc pas donner de réponse complète à votre question.  »

[Oliver Stone]  : «  Je comprends. J’ai dit  : “ Si ”.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Dans ce domaine, il n’y a pas de conditionnel.  »

[Oliver Stone]  : «  Si… Oh  ! excusez-moi  ! Bien sûr, la démocratie, quelle que soit la définition qu’on lui donne, a des défauts. Le système américain est loin d’être parfait. On sait que l’argent achète le pouvoir en Amérique. Le système russe non plus n’est pas parfait. Il est peu probable que les prochaines élections parviennent à convaincre le monde que la Russie est bel et bien une démocratie, à moins qu’on fasse venir des observateurs internationaux, comme monsieur Chavès l’a fait au Venezuela où le processus est devenu véritablement transparent.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Vous croyez vraiment que nous éprouvons le besoin de prouver des choses à qui que ce soit  ? Notre objectif est de rendre notre pays plus fort.  »

[Oliver Stone]  : «  C’est un argument dangereux. Il est à double tranchant. Ceux qui abusent du pouvoir disent toujours que c’était une question de survie.  »

[Vladimir Poutine]  : «  Ce n’est pas une question de survie et nous ne cherchons absolument pas à nous justifier  ! Vous avez évoqué le passé soviétique et l’histoire impériale de la Russie. Effectivement, il faut tenir compte de tous les éléments négatifs du passé, mais aussi des éléments positifs. La Russie est un pays millénaire, elle a ses traditions, sa conception de la justice, sa vision de ce qui est un pouvoir efficace. Le sujet, ce n’est pas la survie d’un système ou le fait qu’un individu s’accroche au pouvoir, ou que je le fasse moi-même.

«  Ce qui compte, c’est d’assurer la croissance économique, la qualité de vie des citoyens russes, c’est d’améliorer notre système de défense, de faire en sorte que tout cela fonctionne au quotidien, et pas seulement en temps de crise.  »

LA CONSÉCRATION DE LA RUSSIE

Vladimir Poutine montre ici le même souci que Salazar dont toute l’ambition, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, était de «  faire vivre le Portugal habituellement  », en s’opposant aux exigences des Alliés, exactement comme Poutine résistant aux pressions de la “ mondialisation ” libérale.

Si déjà nous portions la Russie dans notre cœur à cause des paroles de Notre-Dame à Fatima le 13 juillet 1917, et à Tuy le 13 juin 1929, les propos de Vladimir Poutine ne peuvent qu’accroître notre amour de ce peuple et de sa terre.

En 1947, quelqu’un eut l’idée de promouvoir, dans tout le Portugal, une campagne de prières pour la conversion de la Russie et fit imprimer quelques feuillets qu’une amie de sœur Lucie lui communiqua. La voyante remercia aussitôt  :

«  Cela m’a beaucoup plu et si c’est pour faire de la propagande et que vous voulez bien m’en envoyer davantage, j’aurai l’occasion de les distribuer à des personnes qui, avec plaisir, voudront s’associer à cette campagne de prières si nécessaire. Oui, il est nécessaire de sauver la Russie au prix de prières et de sacrifices. Pour cela, plus la campagne sera étendue, meilleure elle sera.  »

Aujourd’hui, il s’agit toujours de «  sauver la Russie  », non pas des «  erreurs  » de ses propres gouvernants, comme en 1947, mais au contraire d’une immense conjuration mondiale nouée par les États-Unis pour abattre la puissance renaissante, éman­cipée des puissances d’argent, de la Russie vouée au Cœur Immaculé de Marie. Ou du moins le sera-t-elle lorsque le Saint-Père daignera faire et ordonner aux évêques du monde catholique de faire avec lui un acte solennel et public de réparation des «  erreurs de la Russie  » qui ont blessé les Saints Cœurs de Jésus et de Marie dans le passé, et si Sa Sainteté promet conjointement d’approuver et de recommander la pratique de la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois  : communion, chapelet, quart d’heure de “ compagnie ” de la Sainte Vierge, pour la consoler de tant de blasphèmes, outrages et indifférences.

«  Ils n’ont pas voulu écouter ma demande  !…  »

La plainte de Notre-Seigneur retentit dans nos cœurs, et nous subissons aujourd’hui les conséquences de cette désobéissance  : «  Comme le roi de France, ils s’en repentiront, et ils le feront, mais ce sera tard. La Russie aura déjà répandu ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Le Saint-Père aura beaucoup à souffrir.  »

Nous y sommes  ! Les «  erreurs de la Russie  » n’étaient que l’instrument, le bâton de la colère de Dieu, comme Babylone dans l’Ancien Testament. Ce qui commande le cours des événements, c’est la volonté de Dieu. Ce qui nous importe, c’est la conversion des pécheurs, c’est la dévotion réparatrice au Cœur Immaculé de Marie.

frère Bruno de Jésus-Marie.

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