La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 179 – Septembre 2017

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


« LA LUNE EST SOUS SES PIEDS »

par frère Michel-Marie du Cabeço

LES actualités de cette année 2017 sont celles d’une menace grandissante de l’islam en France, à laquelle personne ne résiste, ni au sommet de l’État ni parmi nos évêques.

En effet, dans ses actualités de juin, enregistrées dans la chapelle de la maison Saint-Joseph, frère Bruno nous expliquait qu’Emmanuel Macron, «  “ en marche ” vers la mondialisation heureuse, l’accommodement raisonnable, la discrimination positive, voulait “ accompagner ” les “ mutations ”. Il évitera donc l’épreuve de force avec l’islam. Sa descente des Champs-Élysées en grand arroi militaire était du théâtre au moment où nos forces, épuisées et mal équipées, affrontent un ennemi redoutable au Mali.  »

Quant à nos évêques, ils sont aveuglés par le concile Vatican II. Il faut relire le commentaire que notre Père, l’abbé de Nantes, fit du passage consacré à l’islam dans le décret Nostra Ætate (frère Georges de Jésus-Marie, Vatican II, Autodafé, p. 268-270). Après un exposé succinct de la croyance musulmane «  à quelques imprécisions et embellissements près  », le Concile exhorte chrétiens et musulmans à «  oublier le passé  » et à «  s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle  ».

Sur la personne de la Vierge Marie par exemple, dont cette année est le centenaire des apparitions en un lieu, Fatima, dont le nom est d’origine musulmane  ?

UNE “ COMPRÉHENSION MUTUELLE ”  ?
MARIE DANS LE CORAN

RÉDUIRE À NÉANT LA DIVINITÉ DU CHRIST.

Le nom de Marie, maryam, est la simple transposition du grec mariam, tel qu’il apparaît dans les Évangiles. C’est le seul nom féminin présent dans le Coran et il apparaît à trente-deux reprises, dont vingt-deux fois sous l’appellation «  “ Jésus ” (ou “ le Christ ”, “ le Christ-Jésus ”, ou encore “ le Messie ”) fils de Marie  », bna maryama. Cependant ce “ traitement de faveur ” s’explique par la volonté, qui affleure chaque fois qu’il est question du Messie, masîḥu, de réduire à néant sa divinité. L’appellation «  fils de Marie  » est destinée à supplanter définitivement le nom de «  Fils du Très-Haut  » (Lc 1, 32), ou encore celui de «  Fils de David  » (Mt 1, 1; Lc 1, 32).

La généalogie prêtée à Jésus (III 35-36) poursuit le même but. Si l’auteur le tient bien pour le fils de Marie, il la donne, elle, pour la fille de Amram, cimrân, la confondant ainsi avec Miryam, sœur de Moïse et d’Aaron  ! (Nb 26, 59) Les orientalistes se hâtent d’expliquer cette confusion par “ l’ignorance de Mahomet ”. Solution irrecevable, non seulement aux yeux des musulmans mais encore au vu de l’excellente connaissance de l’Ancien et du Nouveau Testament manifestée par l’auteur du Coran. Car son intention est claire  : l’anachronisme violent que constitue cette confusion délibérée entre Marie, mère de Jésus et Miryam, sœur de Moïse, brise le fil orthodromique de l’histoire sainte en abolissant l’écart de trente générations toutes tendues vers l’avenir dans l’attente du Roi-Messie.

“ PRIVILÈGES ” ET DEVOIRS DE MARIE,
LA NÉGATION DE SA MATERNITÉ DIVINE.

L’auteur proclame la maternité virginale de Marie  : «  Elle dit  : Maître, y aura-t-il pour moi un enfant alors qu’aucune chair ne me touchera  ? Il dit  : Il en sera ainsi. Le Dieu façonne ce qu’Il veut.  » (III 47) C’est aussi le sens du vocable «  Jésus fils de Marie  », dans une société où l’on nomme toujours le fils par rapport au père.

Mais, ne nous trompons pas sur les intentions de l’auteur à l’égard de la Sainte Vierge  ; frère Bruno fait remarquer qu’il «  semble avoir une connaissance précise des ignominies grossières répandues, à son époque particulièrement, par les milieux rabbiniques sur la personne de la Vierge Marie. Il les réprouve fermement. Mais ici il semble leur égaler le dogme chrétien d’une maternité divine de Marie, comme “ une infamie ” plus grave encore.  » (frère Bruno ­Bonnet-Eymard, Le Coran, t. 3, p. 148)

Cette pensée de l’auteur affleure dans sa ré- écriture de «  l’annonce à Marie  » (III 42-47). «  En ce temps-là, les anges dirent  : Ô Marie  ! voici que le Dieu t’a couronnée et purifiée. Il t’a couronnée au-dessus des femmes des siècles.  » (III 42) Certes, Marie est dite «  couronnée  » mais Frère Bruno rappelle que ce privilège a déjà été partagé par toute la «  descendance  »  : «  Oui, le Dieu a couronné (’aṣṭafâki, construit à partir du grec stephô) Adam, Noé, ceux d’Abraham et ceux de Amram au long des siècles […].  » (III 33) «  Il demeure donc très en deçà du couronnement que vit saint Jean dans le ciel de Patmos  : «  Une Femme […], douze étoiles couronnent sa tête.  » (Ap 12, 1) Si le mot, stephanos, est le même et si la chose place Marie «  au-dessus  » des femmes de tous les temps (cf. Lc 1, 42), le souci de ramener Marie au rang des autres créatures «  couronnées  » par Dieu est encore souligné par la mention de sa «  purification  ».

«  Après les privilèges, singulièrement édulcorés, les devoirs  : «  Ô Marie  ! sois pleine de zèle envers ton Maître et prosterne-toi, sois humble avec les humbles.  » (III 43). Aucun Évangéliste ni canonique, ni apocryphe n’a songé à mettre de telles recommandations dans la bouche d’un ange à l’adresse de la Reine des anges  ! Au contraire, c’est l’ange Gabriel qui se prosterne devant Marie  ; la saluant, il lui dit «  Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi.  » (Lc 1, 28)

Ainsi «  l’auteur présente Marie comme la sœur de Moïse et d’Aaron, tout en se donnant l’apparence de lui reconnaître les privilèges que proclame la foi chrétienne  ; c’est incorporer de force tout le “ mystère ” chrétien à l’Ancien Testament, en abolir la nouveauté plus sûrement que ne le font les ignominies grossières répandues au même moment par les milieux rabbiniques touchant la personne de la Vierge Marie  » (Le Coran, t. 2, p. 50-51).

CONTRE LE CULTE RENDU À LA SAINTE VIERGE.

L’auteur accuse les chrétiens de “ mariolâtrie ” en toute mauvaise foi et déforme le culte rendu à la Très Sainte Vierge dont on trouve de beaux témoignages dans les vestiges d’églises des septième et huitième siècles de l’ancienne Arabie byzantine, comme l’église de Madaba (actuelle Jordanie). «  Ne vous égarez pas au point d’idolâtrer (une femme) “ entre les femmes ”.  » (IV 129) La réminiscence de l’Évangile selon saint Luc est évidente dans ce verset (Lc 1, 42).

«  En ce temps-là, le Dieu dit  : Ô Jésus fils de Marie  ! est-ce toi qui as dit aux gens  : “ Prenez-nous, moi et ma mère pour deux dieux, à l’encontre du Dieu ”  ?  » (V 116)

Dans sa postface au tome 3 de la traduction de frère Bruno, notre Père écrivait  : «  Votre exégèse nous révèle en revanche en l’auteur une volonté systématique de contredire le Christ, de le blasphémer et, finalement, de se substituer à lui.  » (p. 323) «  Il est frappant de constater que cet esprit de blasphème s’en prend à Marie, vénérée “ entre les femmes ” par les chrétiens, tout autant qu’à son Fils, et dans la même mesure, comme à “ deux dieux ” prétendus.  » (p. 324)

Peut-on, sur cette base «  oublier le passé  »  ?

“ OUBLIER LE PASSÉ ”  ?
MARIE SECOURS DES CHRÉTIENS

Oublier «  ce passé sacré, sanglant, lourd d’avertissements tragiques pour demain  » (Autodafé, p. 270), c’est renier une des œuvres les plus saintes de la Chrétienté, la Croisade.

Et c’est «  oublier  » les manifestations éclatantes de Notre-Dame, Mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ Fils de Dieu en faveur des chrétiens.

Nos sœurs en ont montré de beaux exemples dans le carnet de l’Avent 2016 consacré à “ L’Immaculée Reine des batailles ”. N’en citons que deux, et des plus beaux  : les victoires de Las Navas de Tolosa et de Lépante.

LAS NAVAS DE TOLOSA.

Au début du treizième siècle, la Chrétienté était menacée à l’Occident par la secte musulmane des Almohades tandis que les Turcs attaquaient par l’Orient. Alphonse VIII de Castille tenta de les arrêter, en vain. Les mahométans arrivèrent aux portes de Tolède. La situation était désespérée. Ne pouvant tenir tête au calife Muhammad an-Nasîr, le souverain espagnol lança un appel aux princes chrétiens et implora la protection du pape Innocent III. Celui-ci lança un appel aux princes chrétiens. Les rois d’Aragon et de Navarre, les chevaliers de Malte et de Calatrava, ainsi que quelques seigneurs français répondirent à l’appel et joignirent leurs forces à celles de l’Espagne.

Alors, la “ Reine des Batailles ” apporta son secours. Elle apparut trois samedis de suite au religieux sacristain de Rocamadour. Après lui avoir remis un étendard, elle lui ordonna de l’apporter de sa part à Alphonse VIII. Notre-Dame ajouta qu’il ne faudrait pas le déployer avant le jour du combat ni, ce jour-là même, avant le moment d’une pressante nécessité.

Le moine objecta qu’on ne croirait pas à ses paroles  ; il fut frappé de mort. La Mère de Dieu ne lui laissa que le temps de transmettre la céleste demande à son prieur qui partit aussitôt pour l’Espagne.

La veille du 16 juillet 1212, près de Las Navas de Tolosa, les soixante-dix mille soldats de l’armée catholique se confessèrent et assistèrent à la Messe. Puis la bataille s’engagea. Mais rapidement, l’avant-garde chrétienne fut décimée. Les chevaliers de Malte et de Calatrava, ainsi que la seconde ligne reculèrent en déroute. Dans cette extrémité, le Roi déploya la bannière. Fléchissant le genou, tous les guerriers la saluèrent avec un indescriptible enthousiasme et repartirent au combat. Dès lors, ils enfoncèrent le centre des troupes ennemies. Décontenancés, les musulmans s’enfuirent en désordre. Les chrétiens avaient compté de grandes pertes, mais à partir du moment où ils arborèrent l’image de Notre-Dame, trente hommes à peine tombèrent. L’archevêque entonna le Te Deum et, quand l’armée victorieuse entra dans Tolède, elle rendit grâces à la Vierge Marie. Cette bataille marqua le tournant décisif de la Reconquista.

LÉPANTE.

La victoire de Lépante, trois siècles plus tard, fut l’œuvre de Notre-Dame du Rosaire et de son serviteur saint Pie V. Humainement, cette Croisade n’aurait pas dû réussir. Les Turcs imposaient à l’Europe chrétienne une terreur sans remède et, déjà, ils annonçaient sa conquête avec jactance.

Saint Pie V ne se laissa pas décourager par les difficultés  : échec de la première expédition et faible soutien des grandes nations catholiques (l’Espagne mise à part). Le 25 mai 1571, il signait l’alliance défensive et offensive du Saint-Siège avec l’Espagne et la République de Venise contre les Turcs. Puis il ordonna la récitation du Rosaire dans toute la Chrétienté et, de la part de Dieu, promit le triomphe de nos armées.

Lorsque les navires, sous le commandement de don Juan d’Autriche, levèrent l’ancre à Messine, le 15 septembre 1571, les soldats, selon l’exhortation du Pape, avaient reçu les sacrements. Le matin du 7 octobre, au large de la côte grecque, la flotte turque était en vue. L’égalité des chances, en rendant l’issue incertaine, imposait au combat une intensité dramatique. Sur la galère amirale, tandis que l’aumônier donne l’absolution générale, don Juan déploie la splendide bannière de Notre-Dame que lui a offerte le Souverain Pontife et à laquelle il accroche un rosaire béni. Tous se pressent pour recevoir médailles, scapulaires et rosaires.

Première intervention de Notre-Dame, les vents soufflant est-sud-est qui jusque-là favorisaient la flotte turque changent brusquement de direction, avantageant désormais la flotte chrétienne.

Après un premier échange d’artillerie, le choc est terrible. Sentant fléchir le courage de ses troupes, don Juan reçoit de la Sainte Vierge l’inspiration de libérer les galériens turcs à qui l’on promet la délivrance s’ils combattent dans les rangs chrétiens. Les chefs mahométans adverses l’imitent mais leurs rameurs, en majorité chrétiens, se retournent contre eux.

Au soir, la victoire de la flotte chrétienne est totale. Et si l’on déplore la perte de grands capitaines, de douze galères et de 7 500 hommes dans le camp chrétien, la flotte turque elle, est anéantie  : le commandant en chef, Ali Pacha, et une dizaine d’amiraux sont morts. Le bilan est impressionnant  : 30 000 hommes ont péri, 12 000 galériens chrétiens sont libérés, 8 000 hommes restent prisonniers, soixante galères ont été coulées, cent quatre-vingts galères prises, sans compter les navires de moindre importance.

Ce 7 octobre 1571, à cette même heure, saint Pie V, qui redoublait de mortifications et de prières depuis le départ de la flotte, mû par une inspiration divine, avertissait son entourage  : «  Ne nous occupons plus d’affaires mais allons remercier Dieu, l’armée chrétienne vient de remporter la victoire.  »

LE TRIOMPHE
DU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE

La déclaration Nostra ætate rappelle que les musulmans vénèrent Jésus «  comme prophète  » et qu’ils «  honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même […] l’invoquent avec piété  ». Notre Père acquiesce  : «  Vérité touchante, si souvent constatée à Notre-Dame d’Afrique  » à Alger (Autodafé, p. 270). En effet, si Notre-Dame, «  forte comme une armée rangée en bataille  » (Ct 6, 10), accorde sa toute-­puissante protection aux armées chrétiennes pour conjurer le péril islamique, son Cœur attire aussi celui des musulmans bien disposés.

LA “ STATION DE LA VIERGE ”.

Nous en trouvons l’attestation la plus ancienne dans le Coran, à propos de la «  station de la Vierge  », telle que frère Bruno nomme la Kacba.

En effet, une traduction scientifique du Coran lui a permis d’établir sans conteste que La Mekke n’existait pas encore au moment de la rédaction de cet ouvrage. Le lieu des événements fondateurs de l’islam est Jérusalem désignée en toutes lettres par son nom biblique de «  Salem  », silm (II 208), ou encore par «  Bakka  » (III 96), qui désigne le val de Bâkâ’, vallée située au sud-ouest de Jérusalem, la valle lacrimarum du psaume 84.

Aujourd’hui la Kacba désigne le sanctuaire le plus fameux de l’islam, édifice quadrangulaire situé à La Mekke, au milieu de la cour de la grande mosquée. Toute la question est de savoir ce que ce mot désigne dans la sourate V, écrite à une époque où La Mekke n’existait pas encore.

Étymologiquement, kacba transcrit le grec kubos, «  cube  » qui désigne les pierres d’assise, la base d’une maison et l’auteur l’emploie au verset 97 pour désigner la «  Maison  » tout entière, c’est-à-dire le Temple de Jérusalem qu’il entend bien relever. «  Le Dieu a consacré la Kacba, la Maison sacrée, relevée pour les gens […].  » Mais au verset 33 de la sourate 78, le terme prend le sens de «  vierge  ». Comment comprendre  ?

Frère Bruno a consacré un appendice historique et linguistique à cette question, qui plonge les scientifiques dans l’embarras, dans le tome 3 de sa traduction, p. 299-203. la Kacba est-elle une «  maison  » ou une «  vierge  »  ? Comment expliquer que de cette même racine KcB dérivent deux sens si différents  ?

Le sens de «  vierge  » était déjà ancien puisque saint Épiphane faisait état, au quatrième siècle d’un culte célébré en langue arabe, à Pétra, dans la nuit du 25 décembre en l’honneur de chacbou, «  la Vierge  », et de son fils ḏû-šarâ «  le fils unique du Seigneur  ». Quel rapport entre «  le cube  », kacba, bétyle quadrangulaire où reposait l’idole ḏû-šarâ et «  la Vierge  », chacbou  ? Pour frère Bruno, une explication s’impose  : «  Saint Épiphane est témoin d’une influence chrétienne fort ancienne sur les cultes religieux en Arabie préislamique. Dès lors, comment nous étonner que la Mère du Fils de Dieu soit son trône, en latin, Sedes Sapientiæ  », le «  Siège de la Sagesse  » de nos litanies  ?

Mais la question posée par le Coran est autre  : comment passe-t-on de la «  vierge  », kacba, au «  cube  », kubos  ?

La kacba fut toujours associée «  au lieu d’Abraham  », maqâmu ’ibrâhîma, du fait même que l’une et l’autre se rattachent à «  la Maison  », ’al-bayta, c’est-à-dire au Temple de Jérusalem. Or, le maqâm d’Abraham est le Rocher sacré du mont Morriya à Jérusalem, «  Lieu  » saint entre tous, qui servait de support soit au Saint des saints soit à l’autel des holocaustes. C’est donc aussi à Jérusalem qu’il faut chercher la kacba.

Le long du chemin qui relie Jérusalem, où s’endormit la Sainte Vierge, à son tombeau de Gethsémani où elle connut son Assomption, s’élevait un édicule nommé “ kubos ” selon saint Germain de Constantinople (634-733). Il avait été construit pour commémorer le châtiment du geste impie du juif Jéphonias qui avait cherché à renverser de sa civière le corps de la Sainte Vierge alors que les Apôtres le portaient jusqu’à Gethsémani.

Le moine Épiphane, en pèlerinage en Terre sainte au septième siècle, y accomplit ses dévotions et désigne ce monument par le terme de tetrakionin. Il s’agissait sans doute d’un édifice cubique de quatre colonnes, recouvert d’une coupole.

Cinq cents ans plus tard, Daniel l’Abbé (1099-1185) précise le lieu d’un ancien couvent de moniales détruit par les “ païens ”, c’est-à-dire les musulmans, à l’endroit même de l’édicule où Épiphane fit ses dévotions.

Mais alors, il est permis de penser qu’au septième siècle, au temps du moine Épiphane, les arabes n’avaient encore que respect et vénération pour ce lieu saint, kubos, consacré à la Vierge, Kacba, réprouvant le geste impie du juif Jéphonias comme une «  énorme infamie  », tel qu’on le lit dans la sourate IV verset 156  : «  du fait de leur parole contre Marie  ».

Les arabes trouvèrent donc, aux portes de Jérusalem, cet édicule élevé par les chrétiens en hommage de réparation à la Sainte Vierge. N’est-il pas émouvant de constater que loin de détruire ce mémorial, ils le prirent, au contraire, pour symbole de la «  Maison d’Abraham  », c’est-à-dire du Temple de Jérusalem, qu’ils voulaient «  relever  »  ?

Cette attitude première de l’islam naissant, qu’une exégèse scientifique de la sourate V met en lumière, aujourd’hui encore nous convoque tous, qui que nous soyons, chrétiens, juifs ou musulmans, aux pieds de la Fille d’Abraham  ! C’est ce qui arrivera très certainement quand le Saint-Père daignera entendre les demandes de Notre-Dame de lui consacrer la Russie et de répandre dans le monde la dévotion à son Cœur Immaculé.

LA ROUTE MONDIALE DE NOTRE-DAME DE FATIMA EN PAYS MUSULMAN.

Nous en avons eu un signe avant-coureur dans l’enthousiasme que provoqua la “ Vierge pèlerine de Fatima ” dans le monde musulman au début des années 50  :

«  Dès les premiers pas de la Route mondiale en Afrique, en 1948, elle exerça une sorte de fascination sur les musulmans. Du Maroc espagnol au Caire, la blanche statue fut l’objet de toutes sortes d’hommages de leur part. Les chorales musulmanes demandaient la faveur de suivre les processions  ; des imans enseignèrent des cantiques aux chrétiens des villages sans missionnaires  ; dans telle ville, presque entièrement musulmane, toute la population assistait aux cérémonies  ; devant les mosquées pavoisées et illuminées, des arcs de triomphe étaient dressés.  » (chanoine Barthas, Fatima et les destins du monde, Fatima-éditions, p. 61-64)

«  Dans les fêtes magnifiques qui marquèrent le passage de la route mondiale à travers l’Afrique du Sud, la Rhodésie, le Kenya, le Tanganyika, l’Ouganda, etc., les musulmans furent plus nombreux et parfois plus fervents dans leurs acclamations que les catholiques.

«  La Vierge de Fatima a opéré sur la terre africaine une grande œuvre de paix, obtenant par sa présence la fraternisation d’éléments ethniques et même religieux opposés, noirs comme blancs, païens, musulmans et chrétiens.  » (chanoine Barthas, Les colombes de la Vierge, p. 69)

Dans la péninsule indienne, après le départ des autorités et des forces anglaises, une féroce guerre civile opposait les populations musulmanes et hindoues dans les régions à populations mêlées, le long des frontières encore vagues entre les deux nouveaux États de l’Hindoustan et du Pakistan. «  “ Dans les villages, on se tuait comme des chiens ”, rapporte un missionnaire. Dès que la Vierge de Fatima eut touché terre à Goa (enclave portugaise aux Indes), les massacres diminuèrent puis cessèrent.

«  Cependant, la guerre militaire se poursuivait entre les deux pays. Mais pendant que la Vierge parcourait l’Hindoustan au milieu de manifestations d’une ampleur et d’une ferveur inouïes, un traité de paix était préparé. Il fut signé juste à temps pour laisser passer à travers la nouvelle frontière le train qui portait Notre-Dame vers le territoire pakistanais.  »

Et «  jusqu’en août 1950, au Pakistan, la Vierge pèlerine fut reçue avec non moins de ferveur, même par les autorités musulmanes  !  » (ibid., p. 81)

«  Un missionnaire de New-Dehli nous a assuré que le passage de la Vierge aux Indes avait obtenu un succès comme miraculeux. Auparavant un musulman ne pouvait fréquenter les chrétiens sans risquer la plus terrible des vendettas de ses coreligionnaires. Maintenant, on en voit qui viennent s’instruire dans les missions sans que personne n’y mette obstacle.  » (ibid., p. 65)

Tels étaient les heureux fruits de la Route mondiale de Notre-Dame de Fatima, restés cependant sans lendemain à cause du concile Vatican II proclamant la “ liberté religieuse ” comme un droit de l’homme à l’encontre de la volonté de Dieu manifestée à Fatima.

DIEU VEUT ÉTABLIR DANS LE MONDE
LA DÉVOTION AU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE

Dans l’angoisse de l’Église et de notre Patrie menacées par le djihad, rappelant ces signes merveilleux opérés par Notre-Dame de Fatima, frère Bruno demandait, en octobre 2016 à notre Saint-Père le pape François de recommander aux évêques du monde entier l’instauration de semblables routes mariales, afin de propager la dévotion au Cœur Immaculé de Marie parmi le clergé et les fidèles de chaque diocèse et les préparer ainsi à l’acte solennel et mondial de la Consécration de la Russie qu’il lui faudra ordonner aux évêques du monde entier de prononcer avec lui.

Sœur Lucie espérait que les cérémonies organisées par les diocèses pour cette Consécration attireraient les âmes bien disposées et parmi elles, celles des musulmans. C’est ce qu’elle évoquait en 1983, le 19 mars, dans son entretien avec le nonce apostolique à Lisbonne, Mgr Portalupi. En rappelant la nécessaire union de tous les évêques avec le Pape, le jour de cette consécration, elle ajoutait que «  certains musulmans pourront s’y associer  ».

Mgr Fulton J. Sheen, évêque auxiliaire de New York, déclarait au congrès international de Lisbonne en octobre 1951 que la «  Vierge Marie n’était pas venue à Fatima seulement pour la conversion de la Russie, mais aussi pour celle des musulmans.  »

«  OUI, LA JUSTICE, AUX YEUX DE DIEU, C’EST LA PERFECTION.  »

La traduction scientifique du Coran à laquelle notre Père attela frère Bruno est déjà et sera plus encore, à l’heure de l’Immaculé, un outil essentiel de la conversion des musulmans. En révélant la richesse et la précision du vocabulaire biblique transposé en arabe par l’auteur, frère Bruno donne aux musulmans de bonne volonté la possibilité de retrouver le sens orthodromique de la seule et unique Révélation.

En voici un exemple.

Que répliquer au musulman persuadé de lire au verset 19 de la sourate III  : «  La religion, aux yeux d’Allah, est l’Islam  » (traduction de Régis Blachère)  ? Peut-être ceci.

«  La religion  » est le terme communément admis pour traduire ’ad-dîn. Mais plus proprement, ce terme est issu de l’araméen dîn «  justice  », exprimant l’abandon confiant d’Abraham, homme juste, dans la parole de Yahweh qui lui annonçait une postérité aussi nombreuse que les étoiles (Gn 15, 5-6).

Le sens véritable de ’al-’islam, habituellement compris comme «  soumission  » est plus expressif encore. Il est issu de la racine hébraïque šâlam «  être complet, achevé, parfait  ». Il s’agit de la perfection que Dieu attend d’Abraham  : «  Marche en ma présence et sois parfait  !  » (Gn 17, 1)

Précisément, l’auteur paraphrase ce passage de la Genèse dans la sourate II au verset 132  : «  Sois parfait  », ’aslim. À quoi Abraham répond  : «  Je suis parfait  » ’aslamtu. Remarquons que cette réponse, absente de l’Écriture, est profondément antichrétienne, tendant à égaler Abraham à Jésus qui seul a osé se dire parfait (Jn 8, 48) et le vocabulaire utilisé par l’auteur ne l’est pas au hasard.

’aslim est tiré de l’araméen haweî šelîm, «  Sois parfait  », lui-même traduit de l’hébreu wèheyéh tâmîm. Or tâmîm, «  sans défaut  », est le mot “ technique ” qui qualifie l’intégrité de la victime préparée pour le sacrifice (l’agneau pascal «  sans tare  », Ex 12, 5), mais aussi la perfection morale requise du fidèle pour être l’hôte de Yahweh sur la Montagne sainte (Ps 15, 2), figures et attitudes annonciatrices du Messie. Le sens même de ces termes nous ramène ainsi à la Révélation et souligne la déviation opérée par le Coran.

Et c’est aussi de cette manière que l’époux s’adresse à l’épouse dans le Cantique des cantiques  : «  Ouvre-moi ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite  » (Ct 5, 2), tamâti, que saint Jérôme traduit en latin par immaculata mea.

Il est vrai qu’une autre personne s’est dite «  parfaite  », mais ce n’est pas Abraham, c’est la Très Sainte Vierge Marie le 25 mars 1958 à Lourdes  : «  Je suis l’Immaculée Conception  », avant de nous révéler cinquante-neuf ans plus tard, son Cœur Immaculé, le 13 juin 1917 à Fatima. Nous avons la ferme espérance qu’ «  à la fin  » le Cœur Immaculé de Marie triomphera, comme Notre-Dame l’a dit le 13 juillet 1917. «  Nous osons le prédire, disait Mgr Pavy, archevêque d’Alger, viendra un temps où Celle que les musulmans vénèrent comme la mère d’un grand prophète leur ouvrira les yeux sur la divinité de son Fils, et ils honoreront en Elle, avec nous, la Mère de Dieu et des hommes.  »

Ce sera alors l’immense avantage du travail scientifique de notre Père et de frère Bruno que de ramener les âmes vers la seule et unique Révélation, à la lumière du Cœur Immaculé de Marie, puisque la vraie justice, aux yeux de Dieu, c’est la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.

frère Michel-Marie du Cabeço.

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