La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 180 – Octobre 2017

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


13 OCTOBRE 1917
« REGARDEZ LE SOLEIL ! »

La foule des pèlerins, à la Cova da Iria, le 13 octobre 1917, pendant la chute du soleil. Le 13 juillet précédent, puis le 19 août et le 13 septembre, Notre-Dame avait annoncé  : «  En octobre, je ferai un miracle que tous verront pour croire.  »

LE 13 octobre au matin, alors que la Cova da Iria était déjà envahie par des dizaines de milliers de pèlerins, Maria Rosa était de plus en plus inquiète à la pensée du drame qui pourrait survenir si le miracle annoncé ne se produisait pas. En larmes, elle regardait Lucie qui, pour la réconforter, lui caressait le visage en lui disant  :

«  N’ayez pas peur, maman. Il ne nous arrivera rien de mauvais  ! Sûrement, Notre-Dame va faire ce qu’elle a promis  !  »

Maria Rosa et Antonio décidèrent d’accompagner leur fille  : «  Si Lucie doit mourir, nous voulons mourir à ses côtés  », dirent-ils.

Antonio la conduisit par la main jusqu’à la Cova da Iria où il se trouva séparé d’elle par les remous de la foule qui piétinait dans la glaise, transformée en boue par la pluie qui n’avait cessé de tomber depuis la veille.

«  Un prêtre, qui avait passé la nuit à la Cova, demanda à Lucie à quelle heure Notre-Dame allait venir.

 À midi ”, lui répondit-elle.

«  Le prêtre tira sa montre, et dit  :

 Voyez, il est déjà midi  ! Notre-Dame ne ment pas  ! Nous allons bien voir  ! ”  »

Il était bien midi à l’heure officielle mais pas encore à l’heure solaire. En effet, pour adopter l’heure des belligérants, le gouvernement portugais avait imposé au pays une heure légale qui avançait de quatre-vingt-seize minutes sur l’heure solaire.

«  Quelques minutes s’écoulèrent  ; l’abbé tira de nouveau sa montre, et dit  :

– Midi est déjà passé. Que tout le monde s’en aille  !… Tout cela est une illusion  ! ”

«  Lucie ne voulait pas partir. Le prêtre se mit alors à pousser les enfants de ses deux mains, mais Lucie lui dit en pleurant  :

 Que ceux qui veulent s’en aller s’en aillent  ! Moi, je ne pars pas. Je suis chez moi ici. Notre-Dame a dit qu’elle viendrait. Les autres fois, elle est venue, et maintenant aussi, elle va venir  ! ”  »

Soudain, poussée par un mouvement intérieur, Lucie demanda à la foule de fermer les parapluies pour réciter le chapelet.

Quelques minutes après, elle s’exclama  :

«  Oh, Jacinthe  ! Mets-toi à genoux, Notre-Dame arrive  ! J’ai déjà vu l’éclair  !  »

Il était 1 h 30 à l’heure des montres, c’est-à-dire presque midi à l’heure solaire.

Lucie tomba en extase  : «  Son visage, de plus en plus beau, prit une teinte rose  ; ses lèvres s’amincirent  », témoignera Maria Rosa Pereira. Et un autre témoin  : «  La petite regardait un point fixe et souriait.  »

Jacinthe lui donna un coup de coude et lui dit  :

«  Parle, Notre-Dame est déjà là  !  »

Alors Lucie revint à elle, respira deux fois pro­fon­dément, comme quelqu’un qui a eu le souffle coupé, et commença son entretien avec Notre-Dame  :

«  Que veut de moi Votre Grâce  ?

 Je veux te dire que l’on fasse ici une chapelle en mon honneur. Je suis Notre-Dame du Rosaire. Que l’on continue toujours à réciter le chapelet tous les jours. La guerre va finir et les militaires rentreront bientôt chez eux.  »

J’avais beaucoup de choses à vous demander  : de guérir quelques malades et de convertir quelques pécheurs, etc.

 Les uns oui, les autres non. Il faut qu’ils se corrigent, qu’ils demandent pardon de leurs péchés.

«  Et, prenant un air plus triste  :

 Que l’on n’offense pas davantage Dieu Notre- Seigneur, car il est déjà trop offensé  !  »

«  REGARDEZ LE SOLEIL  !  »

Lucie s’écria  : «  Elle s’en va  ! Elle s’en va  !  » Et la voyante, de sa voix forte, lança  : «  Regardez le soleil  !  »

«  Ouvrant les mains, Notre-Dame les fit se réfléchir sur le soleil et, pendant qu’elle s’élevait, le reflet de sa propre lumière continua à se projeter sur le soleil. Voilà le motif pour lequel j’ai crié que l’on regarde le soleil. Mon but n’était pas d’attirer par là l’attention du peuple, car je ne me rendais même pas compte de sa présence.  »

Ce fut à ce moment précis que la foule contempla le spectacle inouï de l’ébranlement et de la chute du soleil.

D’abord, tous purent le fixer à l’œil nu sans être incommodés  : le soleil ne blessait pas la rétine.

Puis on aurait dit qu’il s’éteignait et se rallumait. Il lançait des gerbes de lumière et peignait tout de différentes couleurs  : les arbres, les personnes, le sol, l’air. Les gens s’exclamaient  : «  Re­gardez  ! Regardez comme c’est beau  !  »

Soudain, le soleil eut des secousses et il se mit à tourner sur lui-même à une vitesse vertigineuse. Il s’arrêta et recommença par deux fois à tournoyer.

Enfin, il sembla se détacher du ciel. «  Le soleil paraissait grossir de volume, se précipiter et tomber sur la terre, comme pour annoncer quelque chose à la fois d’heureux et d’effrayant. Il semblait descendre vers nous, manifestant le miracle, et saluant la Reine des cieux et de l’univers qui parlait aux trois pastoureaux.  »

«  En voyant le soleil tomber sur nous, raconte l’un des innombrables témoins, je m’écriai  : “ Je vais mourir  ! ” Je me suis mis à genoux sur les cailloux, je joignis les mains et je demandai pardon au ­Seigneur de toutes mes fautes.  »

Dès que le soleil remonta au zénith, ce fut une explosion de joie. La promesse de Notre-Dame s’était accomplie à la lettre  : tous, c’est-à-dire les soixante-dix mille personnes réunies à la Cova da Iria, parmi lesquelles se trouvaient de nombreux sceptiques, athées et anticléricaux, avaient vu le miracle.

Et la mère de Lucie aussi  !

«  Maintenant, déclarait-elle, on ne peut pas ne pas y croire, car le soleil, personne ne peut y toucher  !  »

Son témoignage est d’autant plus probant que son opposition aux apparitions avait été, depuis le début, tenace et systématique.

Il est remarquable que les habits des gens, ­trempés par la pluie, avaient séché en un instant. Des jeunes filles qui se trouvaient là, et qui deviendront plus tard religieuses dorothées, le rappelleront à Lucie, quand elles la retrouveront dans la congrégation.

Elle-même ne s’en était pas aperçue tant elle avait l’esprit ravi par les visions qu’elle contemplait avec François et Jacinthe. Ensuite, elle se trouva très sollicitée par toutes sortes de personnes.

«  J’avais autre chose à faire qu’à regarder mes vêtements  », expliquera-t-elle à ses compagnes dorothées.

En effet, pendant que la foule était subjuguée par le miracle, les pastoureaux jouissaient d’un spectacle différent  : il leur fut donné de contempler en plein ciel, dans une lumière éblouissante, trois tableaux successifs  :

«  Notre-Dame ayant disparu dans l’immensité du firmament, nous avons vu, à côté du soleil, saint Joseph avec l’Enfant-Jésus, et Notre-Dame vêtue de blanc avec un manteau bleu. Saint Joseph et l’Enfant-Jésus semblaient bénir le monde avec des gestes qu’ils faisaient de la main en forme de croix.

«  Peu après, cette apparition ayant cessé, j’ai vu Notre-Seigneur et Notre-Dame qui me donnait l’impression d’être Notre-Dame des Douleurs  » car elle avait «  une mante violette  ». Quant à Notre-Seigneur, vêtu de pourpre comme lors de la scène des outrages, «  il semblait bénir le monde, de la même manière que saint Joseph.

«  Cette apparition disparut, et il me sembla voir encore Notre-Dame sous l’aspect de Notre-Dame du Carmel, parce qu’elle avait quelque chose qui pendait de sa main.  » Ce “ quelque chose ” était le scapulaire.

COMME UN PRÉDICATEUR EN CHAIRE…

Dès la fin des phénomènes cosmiques extraordinaires, de nombreux pèlerins enthousiastes se précipitèrent vers les voyants. Néanmoins, Lucie garda tout son calme. «  Qu’elle n’ait pas manifesté le moindre trouble alors qu’elle se trouvait dans cette foule énorme, comme prise dans un cercle de fer, car tous voulaient s’approcher d’elle pour l’en­tendre, l’embrasser et la serrer dans leurs bras, est un fait en sa faveur, qui ne peut quitter notre esprit  », notait un témoin d’une soixantaine d’années, originaire de Tomar.

Le Dr Carlos Mendes la délivra de cette foule qui aurait pu l’étouffer. «  Oh  ! Quel beau gaillard que cet homme, s’écria Olimpia en le voyant porter Lucie dans ses bras. Voici les enfants qui passent. Ils sont sauvés  ! Rendons grâces à Dieu  !  »

«  Je voulais la porter jusqu’à la route, dira le Dr Mendes. Fait extra­­ordinaire, elle chercha à se hausser davantage sur mon épaule qui fut ainsi la première tribune d’où elle a prêché le message que venait de lui confier Notre-Dame du Rosaire.

«  Avec une grande foi, elle criait d’une voix forte et assurée  : “ Faites pénitence  ! Faites pénitence  ! Notre-Dame veut que vous fassiez pénitence. Si vous faites pénitence, la guerre finira. ”

«  Son attitude énergique, chaleureuse, pleine d’enthousiasme, comme si elle accomplissait une mission, m’impressionna profondément. Elle paraissait inspirée. Sa voix avait des intonations comme la voix d’un grand prophète.  »

Dans son deuxième Mémoire, Lucie écrira  : «  Les paroles de l’apparition du 13 octobre qui se gravèrent le plus dans mon cœur furent la demande de notre très sainte Mère du Ciel  :

“ N’offensez pas davantage Dieu Notre-Seigneur, qui est déjà trop offensé. ”

«  Quelle plainte pleine d’amour et quelle tendre supplication  ! Qui me donnera de la faire résonner dans le monde entier pour que tous les enfants de la Mère du Ciel entendent le son de cette voix  !  »

Lucie commençait d’accomplir sa mission sur les épaules d’un jeune avocat  ! «  Agitant sa main droite lentement et sans affectation  », elle semblait «  un prédicateur en chaire et son visage était ­transfiguré  ».

«  SI VOUS FAITES PENITENCE…  »

Les paroles de Lucie  : «  Si vous faites pénitence, la guerre finira  », furent entendues très clairement par le Dr Carlos Mendes qui en témoignera. Il avait Lucie sur les épaules  !

Depuis le début des apparitions, la question de la guerre était dans tous les cœurs des pèlerins, anxieux des mauvaises nouvelles reçues du front français.

Le 13 mai, au cours de la première apparition, Lucie elle-même avait demandé  : «  Pouvez-vous me dire si la guerre durera encore longtemps, ou si elle va bientôt finir  ?  » Et Notre-Dame avait répondu  : «  Je ne puis te le dire encore, tant que je ne t’ai pas dit aussi ce que je veux.  » Qui est la condition de la paix.

En juillet  : «  Je veux que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre, parce qu’elle seule pourra vous secourir. En octobre, je dirai qui je suis, ce que je veux, et je ferai un miracle que tous verront pour croire.  »

Le 13 octobre, Jacinthe elle-même, fait extraordinaire, elle qui ne parlait jamais, répétait  : «  Que les hommes se convertissent et la guerre finit aujourd’hui  !  » Cet “ aujourd’hui ” extrait de la phrase et détaché de la condition  : «  Que les hommes se convertissent  », semblait l’annonce tant attendue de la fin imminente de la guerre. Et le bruit se répandit que Notre-Dame l’avait effectivement affirmée.

Dans une lettre de 1941, Lucie répondra au Père Gonçalves  : «  Je ne disais pas  : “ La guerre est finie ”, je disais  : “ La guerre va finir. ”  »

Elle n’y attachait pas grande importance parce que le mot au­jourd’hui était conditionné par la pénitence et signifiait à l’évidence “ le jour même ”  : «  Si vous faites pénitence, la guerre finira le jour même.  »

Ce soir-là, le chanoine Formigao le premier interpréta cette réponse comme l’affirmation d’une suspension immédiate des hostilités et ne tarda pas à en être troublé, puisque les combats se poursuivaient.

«  Il faut ajouter cependant, écrit le R. P. de Marchi au terme de son enquête, que cette erreur n’a pas été partagée par les autres témoins du miracle du soleil, ce qui est assez curieux. Parmi toutes les références faites aux déclarations des enfants en ce jour mémorable, aucune ne retient l’expression  : “ La guerre finit au­jour­d’hui ”, mais seulement  : “ La guerre va finir bientôt. ” C’est ce qu’on lit par exemple dans le journal “ O Século ”, et dans tous les reportages que nous avons sous la main.  »

Il n’y a aucune incertitude sur le sens des paroles de la Sainte Vierge au sujet de la fin de la guerre. Elle avait dit le 13 juillet 1917  : «  «  La guerre va finir. Mais si l’on ne cesse d’offenser Dieu, sous le règne de Pie XI, en commencera une autre pire.  » Ce qui est arrivé, parce qu’on n’a pas cessé d’offenser Dieu. Et nous en sommes encore là aujourd’hui.

Pour que guerres, révolutions, tremblements de terre, inondations, incendies, terrorisme cessent, «  je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la Communion réparatrice des premiers samedis. Si l’on écoute mes demandes, la Russie se convertira et l’on aura la paix. Sinon elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, plusieurs nations seront anéanties.  »

Tous les maux qui accablent l’humanité ont pour seul responsable le Saint-Père qui, de Jean XXIII à François, n’a pas voulu écouter les demandes de Notre-Dame. Mais notre espérance demeure invincible  :

«  À la fin mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira, et il sera donné au monde un certain temps de paix. Au ­Portugal se conservera toujours le dogme de la foi.  »

LE MARTYRE DES ENFANTS.

Le 17 octobre, «  un véritable démon à figure humaine, l’incendiaire de l’église d’Alcanena, est venu interroger et menacer les enfants  ». Lorsque l’abbé Formigao arrive à Aljustrel le 19 octobre dans l’après-midi, les voyants subissaient déjà l’interrogatoire de l’abbé Lacerda, alors aumônier militaire du corps expéditionnaire en France, accompagné du curé de Fatima et d’un prêtre de Leiria.

«  Nous avons dit à Lucie, racontera l’aumônier militaire, qui nous sommes, d’où nous venons, nos projets, mais elle ne s’en préoccupa nullement. Elle répondit brièvement à nos questions, et ne nous interrompit qu’une fois ou l’autre pendant que nous écrivions, par exemple pour demander  : “ Écoutez, dites-moi, là-bas, à la guerre, y a-t-il beaucoup de gens qui meurent  ? Jacinthe a un frère qui y est. ”  »

L’interrogatoire du chanoine Formigao suivit aussitôt  ! Pauvres enfants  ! Il constata lui-même leur extrême fatigue physique et morale  :

«  Lucie, dans la nuit du 18 au 19, n’est pas retournée chez elle pour dormir, mais elle est restée dans la maison de son oncle, parce que, jusque dans la nuit, elle a dû répondre à des questions insidieuses et prolongées.  »

Et le chanoine résumait ainsi la situation  :

«  Lucie surtout, parce qu’on l’interroge plus longuement, n’en peut plus de fatigue, et son état d’épuisement la fait répondre aux questions qui lui sont faites sans l’attention et la réflexion désirables. Elle répond quel­quefois presque machinalement, et il lui arrive souvent de ne plus bien se rappeler certaines circonstances des apparitions, contrairement à ce qui se passait avant le 13 octobre.  »

Elle finira par dire au chanoine Formigao  :

«  Je ne me rappelle plus bien ce qu’elle a dit. Elle a pu le dire, je ne sais pas. Peut-être n’ai-je pas bien compris Notre-Dame.  »

Le 2 novembre 1917, le Dr Formigao revint à Aljustrel pour procéder à d’autres interrogatoires. «  Lorsque ma mère m’avertit que monsieur l’abbé For­migao arrivait, je lui répondis  : “ Oh  ! maman, dites que je ne suis pas à la maison  ! ”

«  C’était pour être débarrassée de ses questions. Car il était très minutieux  : il interrogeait, écrivait, interrogeait de nouveau, et cela me fatiguait. Je lui disais  : “ J’ai déjà dit cela d’autres fois. Ne croyez-vous pas ce que je dis  ? ” Je ne sais où il allait chercher tant de choses. Cependant, il avait une manière d’être très aimable, très douce.  »

Lucie fut finalement réconfortée par la bonté et le zèle de ce bon pasteur  : «  Je l’aimais beaucoup, parce qu’il me parlait de la pratique de la vertu, m’enseignant certaines manières de l’exercer. Il me montra une image de sainte Agnès, me raconta son martyre et me suggéra de l’imiter. Il revint tous les mois pour m’interroger et il me donnait toujours à la fin quelques bons conseils, ce qui me faisait un grand bien spirituel.

«  Un jour, il me dit  : “ Ma petite fille, tu as le devoir d’aimer beaucoup Notre-Seigneur à cause de tant de grâces et de bienfaits qu’il t’accorde. ” Cette phrase se grava si intimement dans mon âme que, depuis lors, je pris l’habitude de dire constamment à Notre-Seigneur  : “ Mon Dieu, je vous aime en remerciement des grâces que vous m’avez accordées. ”  »

frère Bruno de Jésus-Marie.