La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 182 – Décembre 2017

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA LIGUE

La Ligue

LE CŒUR IMMACULÉ DE MARIE
AU COMMENCEMENT ET À LA FIN

DEPUIS la Toussaint, la Phalange de l’Immaculée vit dans la joie et les soucis surnaturels du Bon Dieu, en communiant toujours plus intimement, au fil des conférences et des homélies de notre frère Bruno, au plus beau des mystères du Dieu vivant, celui de Noël. Mais attention, d’un Noël total, d’Alliance trinitaire.

«  Dieu avec nous  », c’est Noël. Mais quand il s’agit du PÈRE, le «  nous  » c’est d’abord l’Immaculée Conception, à qui Il a pensé la première, créant son âme, puis dans son enfantine et très sage compagnie, tout l’univers  : adorable petite sœur «  sagesse  », fille de Sion, épouse du Cantique des cantiques… C’est Elle que Jésus désignera, à Cana et au Calvaire, sous le nom de «  Femme  », génial “ mot de passe entre amoureux ”, comme aimait dire notre Père, mais d’un divin amour qui du même mouvement incarne le Verbe et associe intimement la première des créatures à la nature divine et à son œuvre héroïque de Salut. L’immaculée Vierge Marie, Épouse du Verbe et Temple du Saint-Esprit, est la corédemptrice du genre humain qui ouvre la Révélation (Gn 3, 15) et la clôt victorieusement (Ap 12).

Pour le premier vendredi du mois, qui tombait le 1er décembre comme en 1916, il y a 101 ans, notre frère Prieur nous fit contempler le mystère du Sacré-Cœur de Jésus dans celui du Cœur Immaculé de Marie, battant au cœur de la Santissima Bambina, si petite et si grande…

Notre premier samedi, 2 décembre, en reçut une couleur nouvelle, avec une méditation des mystères du Rosaire qui commencent avant tous les temps.

«  Dieu avec nous  », on pense tout de suite au FILS. Là, on croit connaître  : avec le temps c’est devenu bien raisonnable d’adorer un petit enfant dans les bras de sa maman… comme si le Fils de Dieu avait tout à gagner à se faire homme parmi les hommes  !

Alors, le 25 décembre prochain, l’Église conciliaire fêtera bien sûr l’Enfant-Jésus, mais elle fera silence sur sa Divine Mère, la laissant dans l’ombre de son rôle “ subordonné ” (Lumen gentium, 8). Dans l’ombre, le démon cherche ainsi à tuer l’Enfant Dieu. Nul doute que la prédication de notre frère Prieur fera justice en son temps de toutes ces désorientations.

Mais il faut bien reconnaître qu’il les a pour ainsi dire anticipées et réfutées, dans le premier article de ce numéro, comme lors de sa magistrale conférence du 19 novembre à Paris. Car enfin, «  Dieu avec nous  », qui intervient dans notre histoire, nous parle, nous commande et qui confond le monde «  en fait de péché, de justice et de jugement  » (Jn 16, 8), le «  défenseur  » de l’Église au péril de la grande apostasie, c’est le SAINT-ESPRIT. Esprit-Saint de Jésus, Esprit de vérité, qui demeure en plénitude dans le Cœur Immaculé de Marie.

C’est par Elle, l’Immaculée Conception, qu’Il va dégager l’Église catholique et hiérarchique du culte de l’homme dont elle se meurt  ; par Elle qu’il va la sortir de l’ombre d’un monothéisme rationaliste pour enfin la ramener dans la lumière d’un suave théocentrisme trinitaire, eucharistique et marial, en lui redonnant ainsi la fécondité apostolique du seul vrai et pur christocentrisme qui en résulte. C’est ce grand processus marial, de contre-réforme et de contre- révolution catholique qui se met en branle en 1830 à la rue du Bac, et dont les apparitions et le message de Fatima (1917) nous assurent du triomphe final, après bien des épreuves, à la louange de la gloire du Cœur Immaculé de Marie…

LE DIMANCHE 19 NOVEMBRE À PARIS

Lorsque vous regarderez la conférence de frère Bruno à partir de votre site préféré de VOD, il y a une chose que vous ne pourrez pas voir, ni même concevoir, et que vous allez apprendre ici, brièvement.

Bien rodée par de longs entraînements préparatoires de démontage, transport, remontage d’une “ régie audio-vidéo ” complète, le jour “ J ” vint pour l’équipe de frère Sébastien, ainsi que l’heure “ H ” du lever  : 3 h 15. Voyage dans la nuit et messe à 7 heures à l’église Saint-Sulpice en compagnie d’une trentaine de paroissiens, dans la salle où notre bienheureux Père et frère Bruno enseignèrent le catéchisme aux enfants.

Après un travail acharné, de 9 heures à 13 heures, nos frères avaient transformé les salons Vianey en auditorium multimédia. Tout était donc fin prêt pour recevoir nos amis. Ceux de la capitale, ceux du Nord, de l’Est et du Sud se donnèrent rendez-vous à la rue du Bac pour assister à la Messe, au pied de l’autel de l’Immaculée, notre Mère à tous, et toujours prête à exaucer ses enfants qui la prient avec foi et confiance… Les pèlerins de l’Ouest ayant eu une messe tôt matin à Angers grâce au dévouement d’un Bon Pasteur, tous se retrouvèrent donc à 14 h 30 aux salons Vianey pour la récitation du chapelet. Heureuse surprise cette année, celle de voir que le “ tractage ” de nos jeunes gens avait produit des fruits en abondance. Sans aller à la centaine, c’est par dizaines que se comptaient les nouveaux…

CARITAS MARIÆ URGET NOS.

En rapportant très fidèlement les dits et faits qui jaillirent du “ Buisson ardent ” des apparitions de Fatima, de Pontevedra et de Tuy, frère Bruno nous fit goûter, dans une première partie, combien le Bon Dieu est bon, tendre le Cœur Immaculé de Marie (supra). Il nous fit entendre leur cri d’alarme à la vue de la perte des âmes et des guerres qui vont ravager le monde en châtiment de notre impiété  ; il nous fit surtout comprendre pourquoi, dans ce contexte, le Démon et le Cœur Immaculé de Marie se disputent le cœur et l’esprit du chef de l’Église. S’il obéit au contrat d’Alliance que Dieu lui propose, c’est le salut, la paix, la vie pour l’Église et le monde, sinon… On comprend pourquoi dès lors, tous les assauts du démon et toutes les prières et les sacrifices des trois voyants, puis des fidèles à leur ressemblance, vont finalement se concentrer sur la personne aimée du chef de l’Église. Car, pour la Sainte Vierge, pour les bienheureux François et Jacinthe, pour sœur Lucie jusqu’à la fin de sa vie, pour frère Bruno aujourd’hui, «  le Saint-Père  » reste toujours «  le Saint-Père  », même quand il «  vacille  » en refusant d’obéir à Notre-Dame…

Le pape François est «  Pierre aux liens  » d’une «  désorientation diabolique  » (supra). Le mal, l’erreur, le mensonge qui enveloppent et empoisonnent chaque mot des discours du «  Saint-Père  », frère Bruno, le démasque sans pitié  : c’est ­Vatican II, son ouverture aux modes de penser du monde pour lequel Jésus n’a pas prié (Jn 17, 9), à la suite des Papes qui furent les promoteurs impénitents d’une telle désorientation depuis Jean XXIII. Malgré les apparences, cette maladie ne mènera pas à la mort totale, car un jour viendra où, mystère de mort et résurrection, le «  Saint-Père  » obéira enfin à Notre-Dame… Notre frère Prieur ranime notre espérance au feu de la sienne, et nous aide à redoubler de prières et de sacrifices pour le pape François.

Sa conférence fut vivement applaudie. Ensuite les conversations allèrent bon train, notamment autour des stands de librairie, très entourés par les nouveaux venus. Ils n’hésitaient pas à aborder les frères pour discuter, souvent d’accord, parfois non, ou cherchant à mieux comprendre. Tous repartirent, l’un avec un livre, l’autre un DVD, etc.

LES SIGNES DES TEMPS DU DIABLE

Au fil des conversations, nos frères et nos sœurs apprirent que la lutte du Démon contre la Sainte Vierge continuait plus que jamais. Un jeune curé de Paris refuse que sa chorale chante l’Ave Maria de Fatima, au seul motif que ces apparitions ne sont pas connues  ?  !… Ignorance coupable qui profite à qui  ? Choc de la réponse  : «  Mes sœurs, priez  ! dans le XVIe arrondissement de Paris, on vient d’ouvrir un temple à Satan  !  »

INTRUSION MUSULMANE AU CARMEL DE VERDUN.

Satan à Paris, vous le retrouvez aussi à Verdun. Le vendredi 10 novembre à 17 heures, il franchit les portes du Carmel, en la personne de deux musulmans barbus d’une trentaine d’années. Une fois dans la chapelle, raconte Mgr Gusching, «  ils ont prié en arabe pendant les vêpres.  » «  Ils se sont présentés comme des annonciateurs et ont dit aux sœurs  : “ Si vous ne vous convertissez pas, vous irez en enfer. ”  » L’évêque a tout de suite pris les mesures apaisantes qui s’imposaient  : «  J’ai dit aux sœurs de ne pas avoir peur…  », puis dialogue fraternel avec l’iman de Verdun  ! Celui-ci répond au doux nom d’Abdelkrim Aïtelkaid, et jure que non vraiment, cela ne se fait pas de «  violer la sacralité d’un lieu de culte  »…

Indirectement impliqué dans ce «  fait divers  », un de nos amis en a profité pour inter­peller son évêque. Mgr de Metz-Noblat est sincèrement résolu à chausser des “ bottes de sept lieues ” pour la nouvelle évangélisation du diocèse de Langres. De bonne volonté, mais désorienté par Vatican II, il perd son temps à l’écoute des ennemis du Christ et de l’Église, le chapeau sur la tête à la synagogue, ou en chaussettes dans les salles de prières musulmanes. Voici de quoi lui faire prendre conscience des nécessités de son service pastoral.

«  Cher Monseigneur,

«  Ma cousine, sœur Béatrice, s’est donc trouvée face à ces musulmans, mais à son corps défendant  ! N’est-ce pas le “ retour de flamme ” de vos démonstrations à vous les évêques, que l’on voit en chaussettes à la mosquée et en “ dialogue ” avec eux  ?  ! Mais voilà  : ce sont eux qui se montrent “ missionnaires ” et qui n’ont pas peur de faire du prosélytisme au Carmel  ! Au fond, c’est logique depuis que les Papes de Vatican II les congratulent chaque année à la clôture du ramadan, et les confortent dans l’illusion où ils se trouvent que leur fausse religion est aussi vraie que la nôtre. Si c’est le cas, comment leur reprocher leur prosélytisme  ?

«  Or l’islam n’est qu’une géniale hérésie du septième siècle, comme les travaux d’exégèse du Coran de frère Bruno de Jésus en donnent la preuve. Il a démontré aussi que son auteur, lequel est en même temps le fondateur de la langue arabe, connaissait les écrits des rabbins et les Épîtres de saint Paul. J’ai lu aussi que le successeur de Mgr Touvet à la cathédrale de Langres reçoit les musulmans dans une salle dont il enlève le crucifix, et se félicite de passer sous silence “ tout ce qui nous divise ”. Mais cela ne me semble pas de bon aloi pour lancer la campagne missionnaire que vous voulez instaurer dans le diocèse pour les dix ans à venir.

«  Tout autre était l’Esprit qui animait un saint comme le Père de Foucauld, génial précurseur de la conversion des musulmans, qui a enseigné qu’il fallait se faire petit et faire rayonner le Bien-Aimé Jésus au milieu de ces populations, car si l’on voulait en faire des Français il fallait en faire d’abord des chrétiens… N’avait-il pas annoncé en 1912  : “ Si nous n’en faisons pas des chrétiens – car la France dans l’empire colonial français a des devoirs vis-à-vis d’eux, comme les parents ont le devoir d’éduquer chrétiennement leurs enfants – et si nous nous contentons de les exploiter, dans cinquante ans, ils nous jetteront à la mer  ! ”... C’est ce qui est arrivé en 1962, et maintenant ils prient dans les rues alors que nos églises se vident, et ils viennent faire du prosélytisme jusqu’au sein du Carmel  ! Sa méthode est la seule valable encore aujourd’hui. Leur faire des “ risettes ” et construire des mosquées comme le fait notre République est suicidaire. Les gens du peuple s’en rendent compte.

«  L’Église a besoin de faire appel à tous ses membres pour témoigner sa foi (…). De mon côté, je peux vous proposer une aide concrète immédiate, à mon très modeste échelon, à la dernière place – la meilleure – dans l’Église.

«  En grande union de prières et de sacrifices, dans le Cœur Immaculé de Notre Mère à tous, la Bienheureuse Vierge Marie.

«  Votre bien indigne fils, Claude de Cointet.  »

LA SANTISSIMA BAMBINA

C’est Elle qui écrasera finalement la tête du serpent, à sa manière, confondante d’humilité, mais néanmoins vigoureuse et sans appel, car Elle est l’Immaculée Conception. Les 2 et 3 décembre, frère Bruno prêcha sur ce mystère de la plus aimable manière, en communauté. Voici donc une synthèse de ce bel approfondissement de notre dévotion au Cœur Immaculé de Marie.

Le mystère de l’Immaculée Conception est un dogme de notre foi, qui pour avoir été proclamé infailliblement par le saint pape Pie IX (1854), et confirmé par Notre-Dame de Lourdes (25 mars 1858) reste difficile à expliquer. Mais, mieux qu’une explication de ce privilège que notre Père considérait comme encore méconnu, en voici une statue  : c’est la Sainte Vierge, nouvellement née, dans son berceau. On l’appelle la Santissima Bambina.

L’ORIGINE DE CETTE DÉVOTION.

Notre très chérie Mère du Ciel veut que nous l’admirions, l’aimions, la priions dans sa sainte Enfance. Et donc, en premier lieu dans sa naissance dont la date fut révélée à un pieux Romain au septième siècle, par une vision de l’extraordinaire allégresse des anges au Ciel tous les 8 septembre.

Le saint homme informa le pape Serge Ier (687-701) qui introduisit la fête au calendrier romain, et prescrivit une procession aux flambeaux. Le 7 septembre, le clergé et les fidèles se réunirent à l’église Saint-Adrien, puis le cortège s’ébranla au chant des litanies. Arrivé au seuil de la basilique Sainte- Marie-Majeure, le Souverain Pontife, qui avait parcouru pieds nus une partie de la procession, se déchaussa à nouveau, puis pénétra dans le sanctuaire, tandis qu’on entonnait le Te Deum. On lava les pieds du Saint-Père qui se prépara à célébrer le Saint- Sacrifice de la messe.

Le 12 mai 2017, le pape François s’est rendu directement à la Capelinha, en arrivant à Fatima, et il a déclaré à Notre-Dame, en présence de sa statue, qu’il se voulait «  prophète et messager pour laver les pieds à tous les hommes  ». Peut-être avait-il en pensée cet antique épisode fondateur de la dévotion dont il est lui-même empreint. En tout cas, c’est une incitation à réciter notre chapelet, pour notre bon pape François, afin qu’à l’exemple de saint Serge Ier, il obéisse humblement aux demandes du Cœur Immaculé de Marie, à Fatima.

Au dix-septième siècle, le Père Olier, fondateur du séminaire d’Issy-les-Moulineaux et d’une compagnie de prêtres  : “ les Messieurs de Saint-Sulpice ”, recommanda à l’une de ses pénitentes de dessiner la Vierge Marie en nouveau-né. Ce dessin inspira à une religieuse, franciscaine de Todi, en Italie, la pensée de modeler une très belle statue en cire de la Vierge Enfant, dont ce dessin lui offrait le modèle. Ce fut un bel incendie de dévotion  : tous les monastères voulurent posséder ce trésor et l’on en fit des copies. Les capucines de Milan ne s’en contentèrent pas, elles réclamèrent l’originale, qu’elles obtinrent. Lorsque l’évêque la leur apporta, en 1739, les Milanais se pressèrent aux pieds de la Vierge Enfant. Tous voulaient prier la très douce Petite Marie, la Madonnina. Après la Révolution, elle aboutit chez les sœurs de la Charité, chargées à Milan du soin des malades.

Un ami nous offre cette copie. Impossible de vous décrire la joie de nos sœurs qui lui ont aussitôt procuré un petit autel où elle est devenue l’objet de notre dévotion. Et parce qu’elle fait des miracles, nous allons la prier pour le Saint-Père.

LES MIRACLES DE MARIA BAMBINA

Un prêtre éprouvait une certaine répugnance à croire aux miracles obtenus par la Madonnina. Il qualifiait ces récits d’historiettes pour enfants, et de légendes. Cependant, les articles de la presse catholique prenaient vaillamment la défense des dévots de Maria Bambina contre la campagne de diffamations lancée par la franc-maçonnerie. Les journalistes du Corriere della sera prétendirent que l’autorité civile était en droit d’interdire ces pratiques superstitieuses, d’autres réclamèrent une plus grande surveillance des couvents. Les faits étaient caricaturés et ridiculisés.

Une personne amie engageait doucement ce prêtre incrédule à visiter la céleste Petite, comme on l’appelait. Il finit par se rendre à ses pieuses et fréquentes exhortations… Peut-être pour avoir la paix  ? Lorsqu’il vit le visage de la petite Vierge au berceau, il sentit naître en son cœur un tel amour pour Marie qu’il lui fut impossible de retenir ses larmes. Dès lors, il se sentit attiré à prier la très aimable Petite Madone avec une confiance toujours plus grande et une plus tendre dévotion envers Elle.

Supplions l’auguste Petite Marie de mettre dans l’âme du Saint-Père une ardente dévotion pour son Cœur Immaculé, afin qu’il réponde enfin à ses pressantes demandes révélées à Fatima, à Pontevedra, et à Tuy.

À Milan, on se mit à appeler les sœurs de la Charité “ sœurs de Maria Bambina ” et leur institut devint le foyer de la dévotion. Elles éditèrent de petits fascicules afin de répandre ce culte et fondèrent “ la sainte Ligue des innocents ”. Ces bonnes religieuses veillaient avec un soin particulier sur les enfants abandonnés. Elles les conduisaient à l’église, leur apprenaient leurs prières et le catéchisme, afin de les préserver des dangers du monde et de l’éducation laïque.

LA CLÉ DES CŒURS.

En 1885, la communauté se consacra à Maria Bambina par un petit acte symbolique. Le 27 octobre, en présence de l’évêque, la supérieure offrit à la céleste Petite trois clés d’argent  : la clé des cœurs, la clé des grâces et la clé du Paradis, réunies par un anneau d’or et déposées dans une coupe d’argent posée devant le berceau.

Quelque temps après, cette Enfant bénie montra qu’elle détenait, en effet, la clé des cœurs. Depuis plus de huit mois, une famille était divisée par de violentes discordes. Les enfants persistaient dans la révolte contre leur père et se querellaient entre eux, allant jusqu’à se menacer de mort les uns les autres  ! Tous les moyens employés par leur mère pour obtenir un peu de paix et d’entente se révélèrent inutiles.

Un jour, son bon ange lui inspira de recourir à Marie Enfant. S’étant procuré du coton bénit par le contact de la Sainte Image, elle le plongea avec beaucoup de foi dans l’eau destinée à cuire la soupe et, se jetant à genoux, récita neuf Ave Maria avec beaucoup de ferveur, suppliant la Santissima Bambina de lui prêter secours.

L’heure venue, on servit le repas. Toute la famille se trouvait réunie, excepté le plus rebelle des fils qui n’était pas revenu à la maison depuis huit mois. La bonne mère demanda à son mari s’il lui serait agréable qu’elle allât chercher le pauvre absent. Le père acquiesça aussitôt. À son tour, l’enfant se laissa facilement persuader par sa mère, remit de lui-même à son père le peu d’argent qu’il avait amassé et prit place à table avec ses frères  ! Dès lors, le calme, la charité fraternelle et la paix revinrent dans cette famille désolée. Vive Marie Enfant, au Cœur Immaculé  !

Le 12 mai dernier, le pape François s’est adressé à Notre-Dame de Fatima dans une longue supplique  :

«  Pèlerin de la Paix qu’en ce lieu tu annonces, je loue le Christ, notre paix, et pour le monde je demande la concorde entre tous les peuples.  » Comme la mère de famille suppliant la Santissima Bambina de lui prêter secours, afin de réunir ses enfants dispersés à la table familiale, il a ajouté en «  Pèlerin de ­l’Espérance que l’Esprit anime  », se vouloir «  prophète et messager pour laver les pieds à tous les hommes, à la même table qui nous unit  ».

Nous le savons, la Vierge Notre-Dame est prête à faire aujourd’hui le même miracle que jadis la Santissima Bambina, en l’étendant à la terre entière, à la seule condition de faire ce qu’elle demande  : après avoir montré «  l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs  », elle a révélé le dessein de Dieu  : «  Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes se sauveront et l’on aura la paix.  » Les Papes n’ayant pas écouté les demandes de Marie, nous avons eu et avons encore «  guerres et persécutions contre l’Église  ». Cependant, ils le feront, mais ce sera tard. En attendant, le sang des martyrs recueilli par les Anges «  arrose les âmes qui s’approchent de Dieu  ».

PUISSANCE DE MARIE-ENFANT.

Durant l’été 1885, une dame vint supplier l’aimable Bambinella. Son mari était à toute extrémité atteint d’un cancer qui lui rongeait la langue et le mettait à la torture. Surtout, le malheureux avait abandonné toute pratique religieuse et allait mourir dans l’impénitence et le désespoir. Cette vertueuse épouse priait pour sa conversion, mettant toute sa confiance en Marie Enfant. Elle plaça son image sous l’oreiller du malade. Aussitôt, celui-ci changea subitement de sentiments. Ne pouvant plus parler, il écrivit qu’il souhaitait voir un prêtre et se confessa en donnant toutes les marques d’une sincère contrition. Il reçut le saint viatique avec une particulière dévotion et mourut paisiblement dans les bras de la tout aimable Petite Marie, refuge des pécheurs.

Un jeune garçon, âgé de quinze ans, atteint d’une inflammation de la moelle épinière, était si courbé qu’il ne pouvait marcher. Ses parents entendirent parler des guérisons miracu­leuses obtenues dans le sanctuaire où était honorée la Santissima Bambina. Ils y coururent avec leur enfant. Le petit rachitique arriva, exténué, à la chapelle, et parut aussitôt, sous le gracieux regard de Marie, se ranimer. En quelques moments, la transformation était complète  : toute trace de difformité avait disparu, la spinite était guérie, et l’adolescent, devenu agile, se tenait droit, comme s’il n’avait jamais eu aucun mal  !

En 1890, la Vierge Enfant, Régente en France, choisit le monastère des carmélites déchaussées de Laval pour répandre ses grâces dans tout son royaume. Vers le mois de juin de cette même année, une gravure de la Santissima Bambina leur parvint. Elles firent exécuter une copie, aussi fidèle que possible, de la statue miraculeuse, avec le concours des sœurs de Milan. Le 8 décembre 1894, les carmélites exposèrent pour la première fois la Bambina dans leur chapelle. Les fidèles accoururent en foule pour contempler et implorer la douce protection de Marie Enfant. De ce jour, cette sainte dévotion fit des progrès rapides, non seulement à Laval, Pontmain et les environs, mais dans toute la France. Ainsi, le petit village gascon d’Auriébat, non loin de Lourdes, connut l’insigne privilège de recevoir une statue de l’aimable Petite. En mai 1940, la Madonnina passa de maison en maison. Chaque famille la priait pour le retour des prisonniers, la fin de la guerre, et pour la France notre Patrie. Cette dévotion se propagea jusqu’en Inde, sans cesse amplifiée par les miracles opérés par l’intercession de la Santissima Bambina

FONDEMENT THÉOLOGIQUE DE CETTE DÉVOTION

Pourquoi notre très chérie Mère du Ciel veut-elle que nous la priions dans sa sainte Enfance  ? Pourquoi demande-t-elle que nous célébrions sa naissance avec solennité  ?

En plus de la suave autorité de saint Jean Eudes et de sainte Mechtilde, frère Bruno fit appel à la lumineuse étude théologique qui valut à notre bienheureux Père le premier prix d’un concours de théologie  : “ Le Christ, révélation de Dieu ”.

Dieu créa l’univers pour Elle, l’Immaculée Conception, mais par Lui, le Verbe. Image du Père, il est donc aussi le modèle de toute la création et, en tant que tel, même en dehors de toute Incarnation, Il possède et est possédé par la création depuis l’origine du monde. C’est d’ailleurs pourquoi notre Père pensait, avec saint Thomas, que le Verbe ne se serait pas incarné s’il n’y avait pas eu de péché, parce qu’il n’en aurait pas eu besoin pour être proche des hommes. L’homme, dans l’état de nature et de grâce originelle était intimement familier du Verbe de Dieu, c’est certain. Mais après le péché qui avait brisé cette intimité, il fallait que le Fils de Dieu entre dans l’humanité. «  Qui racontera sa génération  ?  » (Is 53, 8)

C’EST PAR ELLE QUE JÉSUS ENTRE DANS L’HISTOIRE.

Le Christ voulut entrer dans cette histoire, mais d’une manière continue, profonde, vivante, humaine. C’est un grand art qui se déploie d’une manière absolument incomparable, tant dans la préparation lointaine de l’Incarnation que dans l’ultime phase de sa réalisation.

Notre Père montre que ce projet, ce dessein, cette première forme divine de l’Incarnation commence de paraître dans l’histoire de deux manières  : comme semence humaine et comme présence divine. Elle, «  la Femme  », la «  Fille de Sion  » et Lui, sa descendance, l’Emmanuel, sont annoncés, présents, dans la pensée et le cœur des hommes, «  à cause de nous, pécheurs, et pour notre salut  ».

Ici, notre Père faisait remarquer ce qu’a d’extraordinaire «  un peuple qui sait d’avance que naîtra de lui son Sauveur  !  » Une généalogie descendante, “ c’est pas courant, ça  ! ” Ordinairement, une généalogie remonte d’un individu aux ancêtres dont il provient. Mais ici les hommes présents ou passés sont donnés comme les ancêtres de quelqu’un qui doit venir.

C’est un écoulement de vie qui se trouve sacré de par son terme. On n’a jamais vu cela  ! Voilà comment celui qui doit venir est déjà présent  : «  Abraham, votre père, a exulté et parce qu’il voyait d’avance mon jour, ma venue, il a vu et il s’est réjoui.  » (Jn 8, 56) Abraham engendrant Isaac, engendre d’abord la figure de Celui qui doit venir. Et dans son épreuve du sacrifice d’Isaac, mais déjà dans sa naissance miraculeuse, il donne au Messie un visage, comme un contour plus précis. Isaac est aussi celui par qui la semence vivante va passer d’Abraham à ses descendants, et c’est de cette manière que naîtra Jésus-Christ.

Passons les siècles. David a conçu le Messie comme son descendant et lui a donné son sang, le concevant de sa chair en son fils, comme un roi de Juda en Jérusalem. Selon la prophétie de Nathan, le Messie sera fils de David, à sa ressemblance. Le mystère de l’Incarnation est déjà à l’œuvre, sans même que nous y prenions garde. Notre Père ne se lassait pas de contempler, d’admirer, d’aimer en David, Jésus lui-même, et auprès de lui la Vierge Marie, figurée par la plus sage et sainte de ses épouses  : Abigayil qui prophétise la grandeur future de ses mystères glorieux.

BONNE SAINTE ANNE, MERCI  !

C’est dans le sein de sainte Anne finalement que le mystère de l’Incarnation entre dans sa phase ultime de réalisation  ; sous le rapport de la semence humaine, mais aussi sous celui de la présence divine, car la petite est par un privilège unique, l’Immaculée, le Seigneur est avec Elle. Marie est née, Dieu peut venir habiter parmi nous. Reste une petite formalité dont l’archange Gabriel s’acquittera avec une exquise délicatesse. Quand il apprend à la «  pleine de grâce  », que le Saint-Esprit va opérer en son sein la conception virginale de Jésus, Elle répond aussitôt  : «  Je suis la servante du Seigneur qu’il me soit fait selon votre parole.  »

La joie de la venue du Messie-Sauveur était enfin donnée au monde, après tant de siècles d’attente  ! Joie aussi du Verbe de s’incarner en cette si pure et si sponsale créature, qui lui est consacrée de toute éternité. C’est ainsi que le Dieu vivant a été tout à la fois conçu et attendu par l’ensemble d’un peuple pécheur soupirant après son sauveur, désiré plus encore par «  la Femme  », la sœur-épouse, la fille de Sion, qui lui offre son Cœur Immaculé, et devient sa Mère. Telle est la joie de Noël, Dieu avec nous, Jésus-Marie… adoré, chéri à l’imitation du bon saint Joseph, le plus heureux des hommes…

Allons à la crèche, et disons avec notre bienheureux Père ces paroles d’amour que Jésus lui inspira et qu’Il exauça  :

«  Ô très Sainte et Immaculée Vierge Marie, je ne veux pas d’une beauté qui m’ôte la sagesse, et c’est pourquoi je vous ai élue pour reine et pour amie, je n’ose à cause de mes péchés dire avec saint Bernard, pour unique épouse, vous, la Beauté parfaite qui engendre la Sagesse.  » (CRC n° 23, août 1969, p. 12)

frère Philippe de la Face de Dieu.