La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 185 – Mars 2018

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


DE LOURDES À PONTEVEDRA

LE 11 février 1858, le Ciel visitait la terre de France  : «  Une jeune fille blanche  », décrite par Bernadette comme «  pas plus grande que moi  », lui apparut et la salua par une légère inclination de tête  ; «  en même temps, elle éloigna un peu du corps ses bras étendus, en ouvrant les mains, comme les Saintes Vierges [sic ! elle ne dit pas que c’était la Sainte Vierge. Mais ça lui ressemblait pour ce qu’en connaît Bernadette par les statues de l’Immaculée Conception !]; à son bras droit pendait un chapelet.

Notre-Dame de Lourdes«  J’eus peur. Je reculai. Je frottai mes yeux à plusieurs reprises  ; je croyais me tromper. Relevant les yeux, je vis la jeune fille qui me souriait avec beaucoup de grâce [que ce mot est bien choisi ! puisque c’est ainsi que l’Ange l’a saluée : « pleine de grâce ». Ce mot dans la bouche de Bernadette, vaut toutes les explications théologiques puisqu’elle voit cette “ grâce ” de ses “ œils ”], et semblait m’inviter à approcher. Mais j’avais encore peur. Ce n’était pas pourtant une peur comme j’en ai eu d’autres fois, puisque je serais toujours restée pour regarder Aquéro [celle-là], au lieu que lorsqu’on a peur on s’en va vite.

«  Alors, l’idée de prier me vint. Je mis la main à la poche. Je pris le chapelet que je porte habituel­lement sur moi. Je m’agenouillai, et je voulus faire le signe de la Croix. Mais je ne pus pas porter la main au front  : elle me tomba [la Sainte Vierge veut lui apprendre à le faire correctement]…

«  La jeune fille cependant se plaça de côté et se tourna vers moi. Cette fois, elle tenait le grand chapelet à la main. Elle se signa, comme pour prier. Ma main tremblait. J’essayai de nouveau de faire le signe de la Croix [comme elle vient de la voir faire], et je pus le faire. Après quoi, je n’eus plus peur.

«  Je récitai mon chapelet. La jeune fille faisait courir les grains du sien, mais elle ne remuait pas les lèvres.  »

Trois jours plus tard, le dimanche 14 février, avec la permission de papa et maman, Bernadette retourne «  à la grotte  » avec une vingtaine de compagnes, toutes pauvres écolières des sœurs  ; elle marche en tête de ce premier “ pèlerinage ” à la grotte de Massabielle, et arrive la première, les fait agenouiller et prendre leur chapelet. Et elles assistèrent à la deuxième apparition de «  celle-là  », Aquéro, à qui Bernadette jeta de l’eau bénite en disant  : «  Si vous venez de la part de Dieu, restez  !  » Aquéro répondit dans un sourire «  venir de la part de Dieu  ».

Le jeudi 18 février, troisième apparition. Aquéro demanda  :

«  Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours  ?

– Après avoir demandé permission à mes parents, je viendrai.

 Je ne vous promets pas de vous faire heureuse en ce monde, mais en l’autre.  »

Ce qui constitue la promesse d’en faire une sainte. Vocation fort bien comprise par Bernadette. À quelqu’un qui lui dira qu’elle était sûre d’aller au Ciel puisque la Sainte Vierge le lui avait promis, elle répondra  : «  Oui, mais il faut que je me le gagne  !  »

Car Notre-Dame a tenu parole. Elle n’a pas rendu Bernadette heureuse en ce monde  ! D’abord, parce qu’elle ne s’est plus montrée, depuis l’ultime apparition du 16 juillet 1858, jusqu’à sa mort. Ensuite, parce que ses supérieures ne croyaient pas aux apparitions de ­Massabielle. Dieu l’a permis comme une figure de l’incrédulité opposée par la hiérarchie ecclésiastique, au siècle suivant, réunie en Concile “ réformateur ” de 1962 à 1965, opposée non pas au fait des apparitions de Notre-Dame de Fatima, reconnues pour véritables, mais à son message confié à Lucie, François et Jacinthe, à la Cova da Iria en 1917, puis à Lucie à Pontevedra en 1925-1926, enfin à Tuy en 1929.

Après avoir dit son nom à Massabielle, le 25 mars 1858  : «  Je suis l’Immaculée Conception  », Elle revenait à Fatima dire que Dieu voulait établir dans le monde la dévotion à son Cœur Immaculé. Et son Église ne voulait pas  ! Pour une raison inconcevable mais clairement exprimée dans les Actes du Concile et des pontificats de Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI  : à l’encontre du message de Notre-Dame de Fatima, la hiérarchie de l’Église décidait d’établir le culte de l’homme qui se fait Dieu, plutôt que celui du Cœur Immaculé de Marie  !.

En conséquence, Lucie souffrit le même ostracisme dans son carmel, que Bernadette à Nevers au siècle précédent. Mais un théologien, un seul, prit la défense de sainte Lucie en dénonçant l’hérésie, le schisme et le scandale de l’opposition conciliaire révoltée contre la volonté divine.

Qu’est-ce que le Cœur Immaculé de Marie  ? C’est un Cœur conçu «  du Ciel  » (13 mai 1917), que blessent les péchés de la terre (13 juin), en grand chagrin de voir les pauvres pécheurs tomber en enfer (13 juillet et 19 août). Pour empêcher cela, elle vient demander un culte liturgique (13 septembre) et la reconnaissance de sa souveraine royauté sur l’univers et sur la terre (13 octobre). Jusque dans les enfers, auxquels, Reine du Rosaire, elle arrache une à une les âmes, rachetées par le Précieux Sang donné à son Fils de son propre sein, moyennant la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois, que l’Enfant Jésus a demandé à Lucie de répandre au cours de ses apparitions à Ponte­vedra, en expiation des cinq sortes de blasphèmes et outrages commis par les hommes ingrats à l’encontre de son nom très saint d’ «  ­Immaculée Conception  », et des divins privilèges de sa Virginité perpétuelle, de sa Maternité divine, ainsi que du culte rendu à ses saintes Images, particulièrement par les enfants.

«  JE SUIS L’IMMACULÉE CONCEPTION  »

Son nom est un “ secret ” si mystérieux que personne ne saurait l’expliquer  !

«  Dans la nuit du mercredi 24 au jeudi 25 mars, Bernadette s’est soudain réveillée de son premier sommeil  : la douce voix qui, voilà trois semaines, parlait à son cœur se fait entendre encore. “ Père, mère, confie-t-elle à ses parents, il faut que je retourne à la grotte  ! ” Elle a eu des quintes de toux qui, jointes à des crises d’asthme, l’ont fatiguée ces derniers jours  : n’importe  ! la Dame de Massabielle lui sourira une fois de plus  ; François et Louise ne priveront pas leur fille d’un si grand bonheur.

«  Mais aussi par quel pressentiment, dans la journée du 24, a-t-on chuchoté dans Lourdes que le lendemain la petite ­Soubirous doit reparaître devant la grotte  ? La coïncidence de l’Annonciation n’aura pas été sans frapper les personnes pieuses, et elles en auront conclu qu’en cette fête mariale il pourrait bien se produire du nouveau là-bas. Monsieur Jacomet en a rendu témoignage  : “ Hier soir, note-t-il pour le préfet dès avant midi le 25, le bruit a couru en ville que la visionnaire se rendrait ce matin à la grotte. Cette nouvelle s’est propagée en ville. Les visites se sont continuées bien avant dans la nuit, et ce matin la foule se pressait aux abords de la grotte transformée en autel. ”  » (Mgr Trochu, Sainte Bernadette Soubirous, sœur Marie-Bernard, 1844-1879, éd. 1954)

En tout cas, en ce 25 mars, Bernadette «  prétendait bien faire à la grotte où elle se sentait attendue une visite qui ne différât en rien de toutes celles de l’incomparable quinzaine. Aussi en s’y rendant vers 5 heures, fit-elle demander à sa tante Lucile de venir avec elle pour lui porter son cierge.

«  Lorsqu’elle retrouva sa place à elle, entre le canal et le rocher, déjà au-dessus de l’églantier brillait la suave lumière. En effet, pour cette seizième et décisive apparition, la Dame avait devancé sa petite visiteuse.

«  “ Elle était là, a raconté Bernadette, paisible, souriante et regardait la foule, comme une mère affectueuse regarde ses enfants. Quand je fus à genoux devant elle, je lui demandai pardon de ce que j’arrivais en retard. Toujours bonne pour moi, elle me fit signe de la tête que je n’avais pas besoin de m’excuser. Alors je lui exprimai toutes mes affections, tous mes respects et le bonheur que j’avais de la revoir. Après l’avoir entretenue de tout ce qui me vint dans le cœur, je pris mon chapelet. ”

«  Le ciel était pur et s’éclairait des premiers rayons de l’aurore. À cet instant, Bernadette extasiée se sentit plus que jamais pressée de connaître enfin, par ses nom et qualité, l’être mystérieux qui la jetait dans un pareil ravissement.

«  Mais voici que l’ovale de lumière se déplace d’au-dessus de l’églantier, se rapproche du sol et s’arrête sous la naissance de la voûte. Redressée du même coup, Bernadette monte vers la Vision. Son cierge allumé en main, elle reste cette fois debout. Ses parents, quelques personnes amies l’ont suivie là et l’encadrent. À gauche, le long du rocher, se tiennent les Lourdaises qui ont orné le petit autel dans la grotte.

«  En tête-à-tête, si l’on peut dire, l’enfant engage de nouveau le colloque avec la Vision céleste. C’est si important, si nécessaire qu’enfin elle se nomme  : les prêtres à qui Bernadette réitéra ses messages ne bâtiront de chapelle et n’y viendront processionnellement qu’à cette condition. Donc, d’un ton résolu  :

«  “ Madame, voulez-vous avoir la bonté de me dire qui vous êtes  ? ”

«  Hélas  ! sera-ce donc comme les autres fois  ? Un salut de tête, un sourire  ! Bernadette insiste. Une force intérieure l’oblige à répéter  :

«  “ Ô Madame, voulez-vous avoir la bonté de me dire qui vous êtes  ? ”

«  Un salut et un sourire encore. Au même instant peut-être, dans l’église de Lourdes, un prêtre célébrant l’ “ Annonciation de la Bienheureuse Vierge ” récitait au graduel de la messe  : “ La grâce est répandue sur vos lèvres  ; c’est pourquoi Dieu vous a bénie pour toujours. ”

«  Bernadette comprend-elle que l’occasion de s’informer est unique  ? Elle ne se rebute point. “ Je ne sais pas pourquoi, expliquera-t-elle, mais je me sentis plus courageuse. Je revins à lui demander la grâce de me dire son nom. ”

«  À cette troisième instance qui l’a touchée plus que toutes les précédentes, justement sans doute parce que l’enfant demeurée confiante en dépit d’apparents refus, pratique l’importunité louée par l’Évangile, l’Apparition, qui jusque-là gardait les mains jointes, ouvre les bras, les incline comme sur la Médaille miraculeuse, en faisant glisser vers le poignet son chapelet d’albâtre et d’or – c’est la bénédiction à la terre rachetée – puis elle joint les mains encore, les rapproche de sa poitrine, comme pour réprimer les battements de son cœur  ; enfin, les yeux au ciel, dans l’attitude de l’antique Magnificat, elle livre son secret  :

«  “ Je suis l’Immaculée Conception. ”  »

«  L’Apparition sourit de nouveau, ne parla plus et disparut en souriant.  » Elle avait dit «  Je suis  », comme Yahweh, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, à Moïse, du sein du Buisson ardent (Ex 3, 14). Elle «  est  », Elle, fille d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Mais par une “ conception ” aussi mystérieuse que l’Être de Yahweh Dieu répondant à Moïse qui lui demandait son Nom par l’affirmation pure et simple de son Être  : «  Je suis celui qui suis  », parce qu’Elle est «  Immaculée  »

Le pape Pie IX avait l’intention de joindre le Syllabus (1864) à la définition du dogme de l’Immaculée Conception, le 8 décembre 1854. Mais son entourage libéral l’en dissuada.

SIGNE DE CONTRADICTION

Saint Pie X avait bien saisi que l’Immaculée Conception est un nom de guerre. Son encyclique Ad diem illum lætissimum, du 2 février 1904, célébrant le cinquantenaire de sa définition, montre que, à lui seul, ce dogme démasque toutes les erreurs  :

«  D’où partent, en réalité, les ennemis de la religion pour semer tant et de si graves erreurs, dont la foi d’un si grand nombre se trouve ébranlée  ?

«  Ils commencent par nier la chute primitive de l’homme et sa déchéance. Pures fables, donc, que la tache originelle et tous les maux qui en ont été la suite  : les sources de l’humanité viciées, viciant à leur tour toute la race humaine  ; conséquemment, le mal introduit parmi les hommes, et entraînant la nécessité d’un rédempteur. Tout cela rejeté, il est aisé de comprendre qu’il ne reste plus de place ni au Christ, ni à l’Église, ni à la grâce, ni à quoi que ce soit qui passe la nature. C’est l’édifice de la foi renversé de fond en comble.

«  Or, que les peuples croient et qu’ils professent que la Vierge Marie a été, dès le premier instant de sa conception, préservée de toute souillure  : dès lors, il est nécessaire qu’ils admettent, et la faute originelle, et la réhabilitation de l’humanité par Jésus-Christ, et l’Évangile et l’Église, et enfin la loi de la souffrance  : en vertu de quoi tout ce qu’il y a de rationalisme et de matérialisme au monde est arraché par la racine et détruit, et il reste cette gloire à la sagesse chrétienne d’avoir conservé et défendu la vérité.

«  De plus, c’est une perversité commune aux ennemis de la foi, surtout à notre époque, de répudier et de proclamer qu’il les faut répudier, tout respect et toute obéissance à l’égard de l’autorité de l’Église, voire même de tout pouvoir humain, dans la pensée qu’il leur sera plus facile ensuite de venir à bout de la foi.

«  C’est ici l’origine de l’anarchisme, doctrine la plus nuisible et la plus pernicieuse qui soit à toute espèce d’ordre, naturel et surnaturel.

«  Or, une telle peste, également fatale à la société et au nom chrétien, est dissipée par le dogme de l’Immaculée Conception de Marie, par l’obligation qu’il impose de reconnaître à l’Église un pouvoir, devant lequel non seulement la volonté ait à plier, mais encore l’esprit. Car c’est par l’effet d’une soumission de ce genre que le peuple chrétien adresse cette louange à la Vierge  : “ Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n’est point en vous. ”

«  Et par là se trouve justifié une fois de plus ce que l’Église affirme d’elle, que, “ seule, elle a exterminé les hérésies dans le monde entier ”.

«  Que si la foi, comme dit l’Apôtre, n’est pas autre chose que “ le fondement des choses à espérer ” (He 11, 1), on conviendra aisément que par le fait que l’Immaculée Conception de Marie confirme notre foi, par là aussi elle ravive en nous l’espérance. D’autant plus que si la Vierge a été affranchie de la tache originelle, c’est parce qu’elle devait être la Mère du Christ  : or, elle fut Mère du Christ afin que nos âmes pussent revivre à l’espérance.  »

Le 13 mai 1917, entendant Marie lui dire «  Je suis du Ciel  », aussitôt Lucie demande  :

«  Et moi aussi, est-ce que j’irai au Ciel  ?  »

Et, de même que l’Ange enseignera aux enfants un acte de foi, d’espérance et de charité pour les préparer à voir la Sainte Vierge, saint Pie X n’a garde d’ «  omettre ici la charité à l’égard de Dieu  : qui ne trouverait dans la contemplation de la Vierge immaculée un stimulant à regarder religieusement le précepte de Jésus-Christ, celui qu’il a déclaré sien par excellence, savoir que nous nous aimions les uns les autres, comme il nous a aimés  ?

«  “ Un grand signe, c’est en ces termes que l’apôtre saint Jean décrit une vision divine, un grand signe est apparu dans le ciel  : une femme, revêtue du soleil, ayant sous ses pieds la lune et, autour de sa tête, une couronne de douze étoiles. ” (Ap 12, 1) Or, nul n’ignore que cette femme signifie la Vierge Marie, qui, sans atteinte pour son intégrité, engendra notre Chef.

«  Et l’Apôtre de poursuivre  : “ Ayant un fruit en son sein, l’enfantement lui arrachait de grands cris et lui causait de cruelles douleurs. ” (Ap 12, 2) Saint Jean vit donc la très Sainte Mère de Dieu au sein de l’éternelle béatitude et toutefois en travail d’un mystérieux enfantement. Quel enfantement  ? Le nôtre assurément, à nous qui, retenus encore dans cet exil, avons besoin d’être engendrés au parfait amour de Dieu et à l’éternelle félicité. Quant aux douleurs de l’enfantement, elles marquent l’ardeur et l’amour avec lesquels Marie veille sur nous du haut du Ciel, et travaille, par d’infatigables prières, à porter à sa plénitude le nombre des élus.

«  C’est notre désir que tous les fidèles s’appliquent à acquérir cette vertu de charité, et profitent surtout pour cela des fêtes extraordinaires qui vont se célébrer en l’honneur de la Conception immaculée de Marie.

«  Avec quelle rage, avec quelle frénésie n’attaque-t-on pas aujourd’hui Jésus-Christ et la religion qu’il a fondée  ! Quel danger donc pour un grand nombre, danger actuel et pressant, de se laisser entraîner aux envahissements de l’erreur et de perdre la foi  ! C’est pourquoi “ que celui qui pense être debout prenne garde de tomber ” (1 Co 10, 12). Mais que tous aussi adressent à Dieu, avec l’appui de la Vierge, d’humbles et instantes prières, afin qu’il ramène au chemin de la vérité ceux qui ont eu le malheur de s’en écarter. Car Nous savons d’expérience que la prière qui jaillit de la charité et qui s’appuie sur l’intercession de Marie n’a jamais été vaine.  »

DEUX «  LIGNAGES  » IRRÉCONCILIABLES.

«  Assurément, il n’y a pas à attendre que les attaques contre l’Église cessent jamais  : “ car il est nécessaire que des hérésies se produisent, afin que les âmes de foi éprouvée soient manifestées parmi vous ” (1 Co 11, 19). Mais la Vierge ne laissera pas, de son côté, de nous soutenir dans nos épreuves, si dures soient-elles, et de poursuivre la lutte qu’elle a engagée dès sa conception, en sorte que quotidiennement nous pourrons répéter cette parole  : “ Aujourd’hui a été brisée par elle la tête de l’antique serpent. ”  » (cette ency­clique est citée intégralement in Il est ressuscité n° 144, octobre 2014, p. 15-20)

Il semble pourtant que cette tête maudite se redresse «  aujourd’hui  », à lire, dans la Constitution apostolique Veritatis gaudium du pape ­François, que dans la rencontre avec Jésus, «  le Vivant  (cf. Ap 1, 18) et l’aîné d’une multitude de frères (cf. Rm 8, 29), le cœur de l’homme [de tout homme, sans baptême ni confession ?] expérimente déjà dès maintenant, dans le clair-obscur de l’histoire, la lumière et la fête sans couchant de l’union avec Dieu et de l’unité avec les frères et les sœurs dans la maison commune de la création dont il jouira sans fin dans la pleine communion avec Dieu.  »

François commet ici l’erreur de «  nier la chute primitive de l’homme et sa déchéance  », au moins par omission. À cause de cette chute originelle, le genre humain se partage en deux «  lignages  », depuis que Dieu dit à Satan  : «  Je mettrai une hostilité entre toi et la Femme, entre ton lignage et le sien.  » (Gn 3, 15)

Le nom de cette «  Femme  » a été révélé par la Vierge Marie à Bernadette, le 25 mars 1858, en la fête de l’Annonciation  : «  Je suis ­l’Immaculée Conception.  » Et son «  lignage  », c’est Jésus, le Christ, le Fils de Dieu, et c’est nous si, du moins, nous lui appartenons.

«  Aussi ne devons-nous pas nous décourager, écrit sœur Lucie, lorsque nous croisons sur notre chemin un fils de perdition qui résiste à la grâce, à notre charité tenace, à tous nos efforts, à nos sacrifices et à nos prières. Ce sont les enfants de cet autre lignage et Satan les entraîne sur les chemins de la perdition.  » (Apelos, p. 138)

Entre ces deux lignages, se déroule en effet un terrible combat, dont l’issue est certaine  : le lignage de la Femme écrasera la tête du serpent.

«  La nouvelle descendance qui naîtra de cette Femme annoncée par Dieu triomphera, après des combats, de la postérité de Satan, jusqu’à lui écraser la tête. Marie est la Mère de cette nouvelle lignée, Elle est comme un nouvel arbre de vie, planté par Dieu dans le jardin du monde pour que tous ses enfants puissent se nourrir de ses fruits.  » (ibid., p. 135)

Il ne faut donc pas oublier que «  dans la maison commune de la création  » première, «  la honte du péché avait obscurci la splendeur et le charme de la nature humaine  », dit saint André de Crète (660-740), le premier théologien qui voit dans la nativité de Marie une nouvelle création  : «  Quand naît la Mère de Celui qui est la Beauté par excellence, cette nature récupère en sa Personne ses anciens privilèges et est formée selon un modèle parfait et vraiment digne de Dieu

«  Aujourd’hui, commence la réforme de notre nature et le monde vieilli, soumis à une transformation toute divine, reçoit les prémices de la seconde création.  » (sermon 1 sur la Nativité de Marie)

Le pape François néglige cette étape du «  clair- obscur de l’histoire  » où «  le corps de la Vierge, selon saint André de Crète, est une terre que Dieu a travaillée, les prémices de la masse adamique divinisée par le Christ, l’image qui ressemble vraiment à la beauté primitive, ­l’argile pétrie par les mains de l’Artiste divin.  » (sermon 1 sur la dormition de Marie)

Selon notre foi catholique, l’Immaculée Conception apparaît ainsi comme le principe et fondement d’une nouvelle création, et son Cœur Immaculé «  la maison commune de la création  » dont l’homme «  jouira sans fin dans la pleine communion avec Dieu  » à condition d’y loger parmi «  les frères et les sœurs  » enfants de Marie dont Jésus est le «  ­premier-né  » (Lc 2, 7).

«  C’est une loi divine, en effet, écrit saint Pie X (Ad diem illum), que ceux-là seuls obtiennent l’éternelle béatitude qui se trouvent avoir reproduit en eux, par une fidèle imitation, la forme de la patience et de la sainteté de Jésus-Christ  : “ Car ceux qu’il a connus dans sa prescience, il les a prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin que celui-ci soit l’aîné de nombreux frères. ” (Rm 8, 29)  »

Le pape François se réfère donc au même passage de l’Épître aux Romains que saint Pie X. Mais en négligeant la tragique fracture du péché originel et le remède apporté par la corédemption de Jésus et Marie, il nous interdit l’accès à la grâce et la miséricorde dont le Cœur immaculé de Marie est la source médiatrice. C’est sans doute en prévision de ce reniement du «  dogme de la foi  » par un Pape «  vacillant  » que Dieu a fait connaître par Notre-Dame de Fatima sa volonté d’établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de sa Divine Mère.

«  UNE ÉTERNELLE INIMITIÉ  »

«  Nous déclarons, Nous prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la bienheureuse Vierge Marie, dès le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu tout-­puissant, en vertu des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée par Dieu, et par conséquent qu’elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.  » (saint Pie IX, Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854)

Cent ans plus tard, Pie XII écrira dans l’encyclique Fulgens Corona, du 8 septembre 1953  :

«  Si, à un moment donné, la bienheureuse Vierge Marie était restée privée de la grâce divine, parce que souillée dans sa conception par la tache héréditaire du péché, il y aurait eu entre elle et le serpent – du moins pendant cet espace de temps, si court qu’il eût été – non pas l’éternelle inimitié dont il est fait mention depuis la tradition primitive jusqu’à la définition solennelle de l’Immaculée Conception de la Vierge, mais bien plutôt un certain asservissement.  »

C’est à cette conséquence qu’aboutit la “ mariologie ” du concile Vatican II lorsqu’il découronne la Vierge Marie pour la réduire à un «  rôle subordonné  » (Lumen Gentium, chapitre 8, le dernier  !).

L’ «  éternelle inimitié dont il est fait mention depuis la tradition primitive  » signifie qu’elle s’est déclarée lorsque les Anges lurent dans le Cœur de Dieu, aux origines, le nom de Jésus et de Marie  : «  Un Dieu qui s’abaisse, un Homme mourant comme un voleur mais chéri de Dieu, une Femme qui monte jusqu’auprès de son Trône.  » (Lettre à mes amis n° 224 du 7 mars 1966, p. 4) Et quelle Femme  ! «  Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.  » (Ap 12, 1)

Une jalousie féroce s’empara alors de certains d’eux, dans la superbe de leur transcendante dignité. Ils s’élevèrent contre la résolution divine  : «  À Dieu ne plaise, Seigneur  !  »

D’autant que la Femme «  est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement  ».

Aussitôt, «  un second signe apparut au ciel  : un énorme Dragon rouge feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête sur­montée d’un diadème  ».

«  Alors, ils entendirent la Voix terrible de l’Amour contredit et bafoué  : “ Arrière, Satan  ! ” (Mt 16, 22-23) “ Celui qui perd sa vie la trouvera. Celui qui prétend la garder la perdra ”, tout l’Évangile, ramassé en quelques traits de lumière, saisit les Hiérarchies angéliques et les passa au feu de l’épreuve. Signe de contradiction, révélation des cœurs, il les scinda en deux camps à jamais désunis, Anges et Démons.

«  Aussitôt ce fut parmi eux une mêlée, une lutte d’Esprit à Esprit, plus terrible que les nôtres, mais pour nous combien mystérieuse  !

«  Plus liés encore, de par leur création, que les membres d’une famille le sont entre eux, leur soudain et surnaturel amour ou leur haine du Père qui les éprouvait, soudain les divisèrent et dressèrent les uns contre les autres.  »

Dans ce combat, l’amour du Cœur Immaculé de Marie devait l’emporter  : «  Alors, il y eut une bataille dans le Ciel. Michel et ses Anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, appuyé par ses Anges, mais ils eurent le dessous et furent chassés du Ciel.  » (Ap 12, 7-8) Les voilà maintenant qui battent l’estrade, sur terre, se sachant déjà vaincus là encore et promis à l’enfer éternel préparé pour eux (Mt 25, 41).

Ainsi s’accomplit l’oracle des origines  : «  Je mets une inimitié entre toi et la Femme, entre ta semence et la sienne. Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon.  » (Gn 3, 15) Aujourd’hui, cette inimitié atteint un paroxysme sous le règne d’un Pape dont la démarche est «  vacillante  », comme l’annonce la vision du troisième secret de Notre-Dame de Fatima, tandis qu’Elle écrase la tête du Masdu infernal de son pied virginal.

«  UNE BATAILLE DÉCISIVE  »

«  Se voyant donc rejeté sur la terre, le Dragon se lança à la poursuite de la Femme, la mère de l’enfant mâle  » (Ap 12, 13), pour engager une lutte qui remplit toute l’histoire humaine.

«  Jamais Dieu n’a fait et formé qu’une inimitié, mais irréconciliable, qui durera et augmentera même jusqu’à la fin des temps  : c’est entre Marie, sa digne Mère, et le diable  ; entre les enfants et serviteurs de la Sainte Vierge, et les enfants et les suppôts de Lucifer  ; en sorte que la plus terrible des ennemies que Dieu ait faite contre le diable est Marie, sa Sainte Mère.  » (saint Louis-­Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion, n° 52)

L’encyclopédie de Mgr Doré tend à effacer cette inimitié de l’histoire en faisant de Satan un «  symbole  ».

Sous le titre “ De quoi Satan est-il le nom  ? ” Notez bien  : «  De quoi  », là où on attendrait «  De Qui  », Yara Matta, de l’Institut catholique de Paris, écrit  :

«  Au-delà d’un nom propre ou de la personnification du satan dans un être singulier, les textes anciens reflètent une certaine relecture de l’histoire d’Israël  : d’un côté, le satan qui fait partie des anges, benei Élohim («  fils de Dieu  »), peut devenir l’instrument de la volonté divine afin de mettre l’homme à l’épreuve…  » (p. 200) Régis Burnet, de l’université catholique de Louvain, en offre un exemple en «  saint Judas ou le destin d’un traître  » (p. 627)  !

«  … D’un autre côté, il est le Tentateur, invoqué pour justifier les troubles d’Israël, suite au recensement ordonné par David, ou les conflits qui déchirent le peuple lors du retour de l’Exil.  »

Satan n’est donc plus un être personnel, ennemi de Dieu et de «  la Femme  », qui intervient dans l’histoire d’Israël, mais une interprétation de cette histoire, une «  relecture  » qui fait concevoir Satan soit comme un auxiliaire de Dieu «  instrument de la volonté divine  », soit comme un «  accusateur  ».

«  La figure de Satan prend ainsi de l’épaisseur et s’assortit de plusieurs noms propres, en lien avec le développement d’une littérature apocalyptique abondante dans les premiers siècles avant notre ère.  » N’étant pas inspirée, cette «  littérature  » n’appartient pas aux Saintes Écritures. Mais les collaborateurs de Mgr Doré ne font pas la différence.

«  On constate alors un mouvement d’individualisation des anges et d’insistance sur leur obéissance à la volonté divine ou sur leur chute de devant la Face de l’Éternel. De ce fait, Satan s’assimile dans les textes de Qumrân à l’Ange des ténèbres, à Bélial ou Béliar (Testaments des douze patriarches). Il est Mastéma, le prince de la haine et des esprits mauvais (Livre des Jubilés), probablement de la racine stm qui signifie “ envier ”, “ être jaloux ”, ou “ accuser ”. Il est appelé Béelzéboul (origine incertaine) et encore “ ­l’esprit mauvais ” qui s’assimile tardivement au serpent antique du livre de la Genèse, comme l’atteste le livre de la Sagesse  : “ Par la jalousie du Diable, la mort est entrée dans le monde. ” (Sg 2, 24) Or, cette jalousie empêche Satan et ses anges de s’incliner devant Adam, fils et image de Dieu, selon une légende juive ancienne, et le pousse même, d’après la tradition rabbinique ultérieure, à insuffler dans le cœur de l’homme le mauvais penchant.  »

Et la tradition apostolique “ antérieure ” à la tradition rabbinique  ? Voici  :

«  Dans les écrits les plus anciens du Nouveau Testament, à savoir les lettres reconnues de Paul (sic  !) se lisent des échos de cette figure satanique.  » Échos de ladite «  tradition rabbinique ultérieure  », étrange renversement des rôles  ! Car les rabbins ne font que singer saint Paul. «  Particulièrement dans la polémique de l’apôtre contre ses adversaires. Ceux-ci sont “ les ministres de Satan ” (2 Co 11, 13-15), qui séduisent la communauté par leur prédication contraire à l’évangile du Christ, tout comme le serpent, satan, déguisé en ange de lumière, avait séduit Ève jadis (2 Co 11, 1-15).  »

Ainsi, Satan est tenu par saint Paul pour un être réel, personnel, agissant d’un bout à l’autre de l’Histoire sainte. Bien plus, selon la «  tradition évangélique  », reconnaît Matta, «  le satan des synoptiques commence par tenter Jésus dans la façon de vivre son identité de Fils  : est-ce selon le désir du monde ou selon la volonté du Père  ?  »

LA TENTATION DE JÉSUS AU DÉSERT.

Michel Berder, de l’Institut catholique de Paris, affirme que la rencontre de Jésus avec le «  tentateur  », qui «  n’a eu aucun témoin (sic  !)  », est «  donc évidemment une mise en scène, qui ne se veut pas “ histoire ”, de l’épreuve majeure que Jésus a dû rencontrer avant de se lancer dans la vie publique. Elle vise à nous faire comprendre sa ­décision, qui éclaire la suite de son parcours.  » (p. 187)

Mais si elle n’est pas historique, «  l’expérience de la tentation  » que fait Jésus devient une pure fiction… et notre foi en perd tout fondement  ! Que reste-t-il alors de la conclusion selon laquelle «  en répondant à chacune des tentations par une citation de l’Écriture, Jésus signifie que, pour lui, le dernier mot reste à la volonté du Père  »  ? Comme dans la réponse que fit sa Mère à l’ange Gabriel  : «  Qu’il me soit fait selon votre parole.  » Et encore, lors de leur douce rencontre au Temple de Jérusalem pour la Pâque, Jésus avait dit à sa Mère  : «  Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père  ?  » (Lc 2, 49) Au jardin de l’agonie  : «  Non pas ma volonté, mais la tienne, ô Père  !  » C’est en vertu de cette volonté «  du Père  » que Jésus disait  : «  Il faut.  » Mais à l’école de Mgr Doré, cette “ nécessité ” perd toute sa force.

DE PIERRE, INSTRUMENT DU DIABLE, À «  SAINT JUDAS  ».

Selon Berder, «  c’est aussi Pierre qui prendra la relève [de la personnification du Diable] lorsqu’il refusera la Passion de son maître et cherchera à l’établir Messie selon ses propres attentes. Jésus devra le repousser comme le tentateur  : “ Retire-toi  ! Derrière-moi, Satan, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. ” (Mc 8, 33; Mt 16, 23)  »

«  C’est encore Judas, l’un des Douze, qui sera l’agent de Satan lorsque viendra le moment, l’heure des ténèbres  », continue Matta. Mais Régis Burnet va jusqu’à canoniser Judas  : «  Matthieu ajoute au récit de Marc d’autres détails, comme celui des 30 pièces d’argent qui n’a probablement rien d’historique puisqu’il faut y voir une allusion au livre de Zacharie, où cette somme correspond au salaire du berger-prophète rejeté par les siens.  » Et alors  ? Où l’on voit qu’un moderniste ne croit ni aux prophéties ni aux miracles  ; il fait de l’analyse littéraire et de la psychologie, en totale méconnaissance du mystère de la Rédemption, et des pensées du Sacré-Cœur de Jésus  :

«  Pourquoi Jésus, qui connaît le faux frère, ne tente-t-il rien pour l’arrêter  ? Paradoxalement, ­Matthieu semble plus favorable à Judas, puisqu’il le dédouane en partie de son acte  : Judas, se rendant compte de son forfait, en a remords et vient rendre l’argent aux prêtres. Ces derniers se rient de lui, ce qui accroît son désespoir  : il finit par se pendre et les grands prêtres achèteront un champ avec ce qui est devenu le prix du sang.  » (Mt 27, 3-10)

La comparaison avec saint Luc, dans les Actes des Apôtres, fait apparaître, selon Burnet, un contact avec les «  écrivains antiques  » selon lesquels «  l’horreur de la fin signe l’atrocité des crimes  : Judas périt de la répugnante mort des tyrans et des persécuteurs (Ac 1, 18), comme Antiochus IV Épiphane qui avait profané le Temple et finit par se jeter à la mer, ou Hérode le Grand, qui finit rongé par la gangrène et tenta de se suicider.  » Mais c’est de la littérature «  antique  »…

Quant à Jean, il “ diabolise ” Judas  : «  “ L’un de vous est un diable  ! ” (Jn 6, 70-71), prophétise le Nazôréen dès le début de son ministère public. Et de fait, lors de la Cène, c’est bien Satan lui-même qui entre dans Judas quand Jésus lui donne la bouchée.  » (p. 628)

Selon saint Augustin, «  en désespérant de la miséricorde de Dieu, Judas s’est fermé la voie à un repentir salutaire  ». Il est donc damné  : «  Augustin pense le suicide comme le meurtre de soi-même, ouvrant ainsi la voie à des siècles de réprobation.  »

Jusqu’à nos jours… exclusivement  !

Mais le pire, c’est saint Jean Chrysostome, pa­triarche de Constantinople au quatrième siècle, qui «  inaugura la longue histoire de l’antijudaïsme chrétien en réalisant une synthèse jusque-là inconnue des auteurs antijuifs de l’Antiquité  : associer les juifs et le goût de l’argent. Dès son Discours contre les juifs, il dresse le portrait d’un être cupide et veule, qui trahit son maître pour de l’argent et symbolise tous les juifs, qui auraient “ condamné ” Jésus.  »

Jusqu’aux “ Lumières ”… exclusivement  ! Remarquez le conditionnel qui jette le doute sur le fait historique.

«  À partir du dix-huitième siècle, les cris de haine contre Judas se taisent et une nouvelle attitude prend le dessus, fondée sur une tentative de saisir de manière “ rationnelle ” et “ historique ” les événements de la vie de Jésus.  »

Selon Reimarus (1694-1768) et ses disciples, David-Friedrich Strauss et Ernest Renan, «  la figure du Sauveur spirituel et souffrant, aux antipodes d’un Messie politique, est une invention des disciples de Jésus désorientés par sa mort  ».

Mais Burnet estime que «  le cas de Judas pose deux énigmes restées irrésolues  ». La première est celle du motif de sa trahison  : celui de l’avarice ne répond pas à la question puisque «  seul Jean accuse ainsi Judas  »  ! Et alors  ? Jean n’est-il pas digne de confiance  ? Moins que Reimarus, Strauss et Renan… qui procèdent «  de manière “ rationnelle ” et “ historique ”  »…

Ensuite, «  pourquoi les grands prêtres ont-ils besoin de Judas pour leur livrer Jésus  ?  » Ici, l’énigme se fait “ théologique ”  : «  Pourquoi Dieu a-t-il laissé Judas trahir Jésus et pourquoi Jésus l’aurait-il choisi comme disciple  ?  »

De nouveau, le conditionnel laisse penser que le personnage n’est pas historique mais “ mythique ”  :

«  On trouve dans le “ cas Judas ” une sorte de résumé de tout le problème du mal. Pourquoi Dieu, infiniment bon, permet-il le mal, même au nom de la liberté  ? Et pourquoi Jésus n’a-t-il pas dénoncé Judas  ?  » Jésus a répondu à la question  : parce qu’il obéit à son Père  ! (Jn 14, 30-31)

Il est clair que Burnet reste totalement étranger au mystère de la Rédemption, au moment même où il écrit  : «  Il faut en revenir au mystère même de Jésus dont toute la vie reflète une confiance absolue envers le Père, et une confiance complète aussi envers les hommes aux mains desquels il s’est “ livré ”.  »

Vraiment  ? «  Comme il était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il faisait. Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et qu’il n’avait pas besoin d’un témoignage sur l’homme  : car lui-même connaissait ce qu’il y avait dans l’homme.  » (Jn 2, 23-25)

Notre-Dame, sa divine Mère, n’a pas d’autre sentiment. Aux demandes que lui transmet Lucie, le 13 septembre 1917, elle répond  : «  Je ­guérirai les uns  ; les autres, non, parce que Notre-Seigneur ne se fie pas à eux.  »

«  À Judas, comme aux autres, Jésus a voulu faire confiance jusqu’au bout  », continue l’impie Burnet. Bien qu’ «  il a dû découvrir avec horreur que son disciple allait le livrer […] en donnant à Judas une bouchée au cours du dernier repas, il semble même entretenir avec lui une proximité, voire une familiarité troublante  ». Et Mgr Doré a laissé passer cette ignoble insinuation  ?  !

En définitive, «  le verbe choisi par les évangiles, paradoi, ne signifie pas “ trahir ”, mais bien “ livrer ”, un verbe dont le sens n’implique nullement l’idée d’infidélité ou de perfidie, mais simplement celle de remettre en main propre. Au point de vue humain, Judas se serait donc borné à “ livrer ” Jésus aux grands prêtres, comme on remet un prisonnier au tribunal. Mais c’est ainsi que s’accomplit la mission de Jésus, que la foi comprend comme un “ ­abandon ”, consenti au monde, au rebours de toutes les logiques du monde.  » (p. 631)

C’est dire le peu de cas que Burnet fait de l’inspiration qui guide l’Évangéliste lorsqu’il nomme «  fils du Diable  » (Jn 8, 44), héritiers de Caïn le fratricide, remplis de mensonge, les ennemis de Jésus qui conspirent pour le perdre  : «  La tradition johannique prolonge cette diabolisation des adversaires qui divisent la communauté et ne marchent pas selon la vérité  », beaucoup plus tard. «  La lutte prendra alors des dimensions cosmiques dans l’Apocalypse, où les forces démoniaques seront réduites à néant par Dieu dans son Fils mort et ressuscité.  » (p. 201)

Mais auparavant, il faut que le Fils de Dieu l’emporte par la médiation de sa Mère, la «  Femme  » qui l’a mis au monde dans les douleurs de l’enfantement du Calvaire (Ap 12, 5), et contre laquelle le Dragon a engagé une lutte sans merci. Nous l’aurions oublié, en nos temps qui sont les derniers, si nous n’avions vu s’accomplir tous les signes “ cosmiques ” annoncés par saint Jean dans l’Apocalypse.

À Fatima, en 1917, ils ont été donnés à contempler à Lucie, François et Jacinthe depuis la hauteur des Cieux jusqu’aux abîmes de «  l’étang de soufre  » où ils ont vu les démons et les damnés, et entendu leurs cris de désespoir.

Au moment où l’apostasie est à son comble en ce monde, jusque dans l’Église, comme l’ “ Encyclopédie ” patronnée par Mgr Doré en témoigne surabondamment, la Vierge Marie écrase la tête du serpent, selon la promesse reçue par nos premiers parents aux origines (Gn 3, 15), et elle triomphe de toutes les hérésies dont cet ouvrage est l’égout collecteur par ses blasphèmes contre ses privilèges.

«  ET IL FUT TENTÉ PAR LE DIABLE.  »

«  Et tentabatur a diabolo.  » (Luc 4, 2)

Jésus  ! Vous avez souffert cette présence de Satan au désert, dans une lassitude extrême, quand ce jeûne de quarante jours déjà vous avait épuisé. Je ne peux méditer sans frémir cette triple tentation, ce retour à la charge contre vous de l’Esprit infernal. Comment accepter cette influence du Maudit sur votre chair, sur votre imagination et votre raison,… mais non pas sur votre Cœur  : Vade, retro  ! Oui, j’en suis horrifié. À mes yeux, rien ne prouve mieux votre force royale, votre souveraineté sur tout être de la terre et du ciel, que cette victoire sereine et décisive sur le Prince des enfers. Sa tentation sollicite votre chair, envahit votre imagination, offense votre sagesse. Quelle peine pour nous qui vous aimons de vous voir l’objet de pareille séduction, attirance, infestation. Quelle fierté pour vos disciples de voir que vous repoussez l’Adversaire, humblement, en lui opposant la Parole de Dieu comme une sage leçon que vous auriez apprise, ô Vous la Source de la divine Vérité  !

Je vous admire, je vous adore. L’Autre, je ne l’ai vu, je crois, dans ma vie qu’une fois. Si c’était par votre per­mission une manifestation réelle, si c’était une représentation naturelle de mon esprit je ne sais. De savoir si c’était imagination ou vision, peu me chaut. L’important est d’en tirer profit pour mon âme et pour les âmes miennes… Je l’ai vu assis, jambes croisées, devant une fenêtre mais il n’y avait pas la place de s’asseoir ni de siège. Il n’en a pas besoin. Je voyais le personnage entier mais je n’observais distinctement que le visage dont mon regard intérieur ne pouvait se détacher. C’était, à travers l’apparence corporelle, une présence si intensément spirituelle que j’en étais comme fasciné, mais dans l’angoisse. Ce visage n’était que parole. Ce qu’il exprimait était si pénétrant que mon cœur en était blessé. Ma vie était comme suspendue – oh  ! cela ne dura qu’un instant – à ce qu’il me disait mais sans mots humains, à ce qu’il me montrait. C’était, en une seule vision, les trois mêmes tentations éternelles…

Voici. C’était une intelligence très puissante, qui me do­minait, m’enveloppait, et qui semblait organiser toutes choses de ma vie selon ses desseins. Limpide comme du cristal. Il voyait tout de mes actions, de mes relations, du passé et du présent, du nœud de difficultés où j’étais alors et des bontés de Dieu dont la Présence très douce ­emplissait auparavant cette ­chambre. Et encore à ce moment, ô mon Jésus, vous étiez là  ! Autrement, comment aurais-je gardé ma paix  ? Je voyais toutefois qu’il ne savait pas l’avenir, qu’il ne percevait pas votre présence et qu’il ne pouvait forcer le secret de mon cœur. Oui, Satan, la clarté, l’ampleur, la puissance de ton intelligence me sont apparues. Mais aussi leurs limites. Tu ne pénètres pas du tout le monde surnaturel qui est océan d’amour où baigne tout entier l’homme ami de Dieu. Tu es étranger à ce monde d’amour parce que tu es tout méchant. Ce que tu me disais par l’expression intense, dominatrice, de ton visage, était une méchanceté inouïe, totale, implacable. Ton regard faisait peser sur moi ta haine froide. Cette haine est aussi vaste que ton intelligence. Je te voyais calculer, organiser ma damnation et, cela décidé, tu attendais dans cette chambre où je ne te savais pas embusqué, pour me voir tomber dans ton filet. Comme le joueur qui se prépare à faire l’autre en trois coups échec et mat. Tu pa­raissais très sûr. Tout ton silence et ton immobilité voulaient me convaincre que j’étais perdu. Tu ne montres jamais ta faiblesse. Allons, avoue que tu ne vois pas ton Vainqueur qui se tient, quand tu attaques, tout proche de son serviteur en péril  !

Cette angoisse a dû être brève, brève. Elle m’a paru longue, comme hors du temps. D’une manière que je ne saurais décrire, ton seul visage me parlait, me dévoilait ton plan pour notre perte. D’une main dominatrice, tu t’emparais de tous les éléments de notre calme bonheur, tu les dressais tous en obstacle à notre cheminement, comme un ennemi tire parti de tous les mouvements de terrain pour organiser une résistance. Mais d’un autre côté, tu ouvrais une voie large, facile, qui me précipitait dans un tel désordre que la fin n’en pourrait être que la ruine totale et, pour moi, la chute dans le désespoir. D’instant en instant tu me ­persuadais diaboliquement que mon destin était là, déjà joué.

J’étais seul, avec toi. Dans une minute quelqu’un allait venir. Tu me laisserais et je me perdrais.

Ô mon Jésus, quelles actions de grâces vous rendrais-je pour le bien que j’ai reçu de vous  ! Vous avez vaincu la triple Tentation de Satan pour Vous-même d’abord, et à la fin vous avez vaincu de nouveau l’Ange de la Mort pour nous sur la Croix. Je ne dis pas que j’ai vaincu la tentation, brisé le charme, corrigé et redressé mon destin. Où en aurais-je trouvé la force  ? C’est Vous, après avoir permis cette vision terrifiante, qui l’avez brisée de votre main. L’Autre ne vous voyait pas. Que votre Présence était douce à mon âme, ô mon Bien-Aimé, quand tout disparut et que je restai seul avec Vous. Après cet effroi, que votre Amour me fut un précieux réconfort  !

Quelqu’un entra et ne vit que le prêtre, autre Christ, votre misérable prêtre les mains remplies de dons spirituels.

Depuis, ce souvenir suffirait à m’abattre, comme un arbre craque, un jour d’été, sans le moindre vent. Tout est verti­gineux en lui. Cette intelligence pénétrante, méchante, que je sens observer froidement tout ce que je fais. Mais par la sainte vertu de la Croix je l’écarte. Cela, je le puis. Toutefois, chose étrange, quand il prend à ma chair, à ma fantaisie, à ma raison des envies de pécher, quand me vient du dedans la tentation de tomber, et que je voudrais alors me rappeler la vision infernale pour réveiller en moi la peur et l’horreur, je ne puis. Ainsi ai-je fait cent fois l’expérience que l’homme ne peut chercher dans une tentation le remède à une autre. Les œuvres du démon ne se contrarient jamais. Ce royaume-là n’est pas divisé contre lui-même, tant il se passionne à notre perte.

Il s’est éloigné, il ne se montre plus. Mais au temps fixé, sans doute, il reviendra. Sa méchanceté est atrocement calme, son intelligence est infatigable. Il me laisse aller parce que je ne l’inquiète pas et qu’il pense me tenir un jour. L’espérance seule tient l’angoisse à distance. Je sais que sa science ne pénètre pas le mystérieux et doux univers où je vis désormais, ô Jésus, votre Sacré-Cœur. Dans toute sa puissance je sais qu’il n’arriverait pas à commander un seul battement de mon cœur, à moins que je ne le veuille. Ô mon Dieu, ce cœur vous est consacré. Gardez-le caché dans le secret de votre Face… Jésus a vaincu le monde et les démons… Paix souveraine…

(G. de Nantes, Page Mystique n° 42, février 1972.)

DÉVOTION RÉPARATRICE DES CINQ PREMIERS SAMEDIS

Pourquoi cinq samedis et non neuf, ou sept en l’honneur des douleurs de Notre-Dame  ? Dans la nuit du 29 au 30 mai 1930, Jésus répondit à Lucie  :

«  Ma fille, le motif en est simple. Il y a cinq espèces d’offenses et de blasphèmes proférés contre le Cœur Immaculé de Marie  :

 Les blasphèmes contre l’Immaculée Conception.

 Les blasphèmes contre sa Virginité.

 Les blasphèmes contre sa Maternité divine, en refusant même de la reconnaître comme Mère des hommes.

 Les blasphèmes de ceux qui cherchent publiquement à mettre dans le cœur des enfants l’indifférence ou le mépris, ou même la haine à l’égard de cette Mère Immaculée.

 Les offenses de ceux qui l’outragent directement dans ses saintes images.

«  Voilà, ma fille, le motif pour lequel le Cœur Immaculé de Marie m’a inspiré de demander cette petite réparation.  »

L’IMMACULÉE CONCEPTION.  »

C’est son “ Nom ”, nous l’avons dit (supra, p. 3-4), c’est-à-dire la définition de sa “ Personne ” par la relation “ singulière ” qu’elle entretient avec son Créateur qui la “ conçoit ” Immaculée  ! Et donc triomphante dès sa naissance, elle seule, la santissima Bambina, tandis que nous autres, nous naissons sous la patte du démon.

De fait, tout à fait “ personnelle ”, c’est-à-dire unique, est la condition d’une créature «  Imma­culée  » parmi la totalité des créatures humaines, toutes “ pécheresses ”, souillées par le péché. Non seulement elle n’a subi aucune atteinte du serpent perfide, mais c’est elle qui, dès sa naissance, lui écrase la tête.

Cette victoire confère à son Cœur Immaculé une puissance extraordinaire pour entrer à son tour en relation avec tous les cœurs des autres créatures humaines, comme une mère de famille nombreuse est attentive à chacun de ses enfants.

C’est la raison pour laquelle Pie IX voulait publier le Syllabus en même temps que le dogme de l’Immaculée Conception, en 1854. Les “ libéraux ” l’en ont dissuadé… et c’est bien regrettable. Car c’est Elle, et Elle seule qui vainc toutes les hérésies, depuis la plus haute antiquité jusqu’aux erreurs modernes  : le culte du Cœur Immaculé de Marie renverse le “ culte de l’homme ” proclamé par Paul VI dans l’aula conciliaire le 7 décembre 1965.

MÈRE DE DIEU, TOUJOURS VIERGE ET ÉPOUSE.

«  Comme le Nom du Père, l’ultime, paraît à nos yeux, à nos esprits de créatures mortelles, enveloppé d’une gloire insoutenable qui est la splendeur de sa Sainteté, il en va de même du Nom de la Mère de Dieu.  » (Georges de Nantes, août 1999)

Elle est la Mère de Celui qui naît aussi purement d’Elle en son humanité que de son Père selon la Divinité. De telle sorte qu’au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, que l’on l’adore en chantant  : Sanctus  ! Sanctus  ! Sanctus, Saint, Saint, Saint est le Seigneur  ! répond le Nom de la Mère de Dieu qu’une Nuée défend contre toute turpitude ou contre tout insupportable propos humain. Dans le moment même et du fait de l’Incarnation, Marie est associée, par toute sa personne, pour une communauté entière de vie et de destin avec la Personne du Verbe, en sorte que le Verbe est l’Époux de Marie par le don de son Esprit. Et puisque le Fils est donné à Marie par le Père en même temps qu’Il se donne lui-même, Elle est, du même mouvement et en toute vérité Fille unique du Père, «  pleine de grâce  », Mère-Épouse du Fils.

Objet d’une grâce divine, débordante, elle est «  pleine de grâce  » pour nous aussi. Elle est pleine d’une maternité divine  : «  Le Père n’a donné et ne donne son Fils que par elle, ne se fait des enfants que par elle, et ne communique ses grâces que par elle. Dieu le Fils n’a été formé pour tout le monde en général que par elle, n’est formé tous les jours et engendré que par elle dans l’union au Saint-­Esprit, et ne communique ses mérites et ses vertus que par elle. Le Saint-Esprit n’a formé Jésus-Christ que par elle, ne forme les membres de son Corps mystique que par elle, et ne dispense ses dons et faveurs que par elle.  » (saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, § 140)

Pour que la Vierge Marie puisse répandre ce flot de grâces dont son Cœur Immaculé surabonde, il faut qu’elle soit reconnue comme Mère. Si nous ne voulons pas la reconnaître comme Mère, nous n’aurons pas Dieu pour Père. C’est pourquoi l’Ave Maria vient en bonne suite du Pater noster, en façon d’exorcisme, afin que nous ne succombions pas à la tentation et que nous soyons à la fin des fins délivrés du mal.

La première partie de l’Ave Maria, si haute, nous donne à contempler la Vierge Immaculée trois fois sainte qui regorge de grâces, de perfections, de satisfaction, de bonheur et de gloire  :

«  Soyez dans la joie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.  »

Dire cela mille et mille fois ne peut que multiplier au Cœur Immaculé de notre Mère la joie, l’action de grâces, et la consolation qu’elle est venue demander à Pontevedra. Pour réparer notre aveuglement et proscrire tout sacrilège, toute saillie importune dans des choses si sublimes, et que soit exaltée la gloire intime de Marie, deux mots sont des perles de grand prix.

«  Le premier est celui de “ toujours Vierge ” ou équivalemment, d’ “ Immaculée ” dont nous comprenons qu’ils font barrière, l’un et l’autre, à toute indiscrétion. Déjà, ils indiquent de quelle sublime et infinie perfection ils sont les substituts. Faute de dire les choses sublimes, au moins ils interdisent les choses d’en bas, les confusions. Comment pourraient-ils être abandonnés au maniement de notre imagination et de notre raison humaine  ? Ce n’est pas tout de dire  : je vais méditer sur ces mystères, si ma méditation les pollue, les tord, les abîme, c’est du temps perdu et c’est péché, comme la Sainte Vierge s’en est d’ailleurs plainte à Fatima et à ­Pontevedra. Et comme nous le déplorons dans l’Encyclopédie Jésus de Mgr Doré.

Eh bien  ! ce mot de “ toujours Vierge ” et celui, non moins impressionnant d’ “ Immaculée ” sont des mots qui, précisément, interdisent encore plus de manipuler les choses divines.

La seconde perle de grand prix est le mot de “ Mère ”, de Sainte Mère de Dieu. Combien il est risqué d’être seulement livré à notre contemplation  ! Le pape Jean-Paul II parlait toujours de “ la Mère ”, ce qui n’est pas du langage ecclésiastique courant, comme si “ Mère ” était toute seule et que tous les hommes pouvaient l’invoquer comme la mère universelle  ? Elle est Mère. L’Église traditionnelle admet le titre de Sainte Mère de Dieu. Ce mot est un roc, le pilier de la doctrine mariologique, c’est-à-dire de la théologie de la sainteté de Marie  : Mère de Dieu.

«  Et c’est en l’appelant par ces mots qui lui sont les plus glorieux et touchants, que nous entrons dans le vif du sujet, le corps de notre prière, l’important pour nous, en toutes nos détresses et angoisses. C’est court, mais c’est percutant  : Sainte Marie, toute sainte  ! Mère de Dieu, créature devenue et désormais proclamée pour l’éternité Mère de votre Créateur… voici notre demande  :

«  “ Priez pour nous ”, rien de plus, mais rien de moins. Valeur infinie, universelle, nécessaire et suffisante  : Votre prière, ô Mère. Rien d’autre, mais toute votre prière, “ pour nous (pauvres) pécheurs, maintenant ”. Voilà le mot qui, à tout moment, tout instant de notre vie, de notre pèlerinage, mais plus nécessairement dans les angoisses et les terreurs de nos temps d’apocalypse, appelle sur nos lèvres encore de nouveaux Ave… et nous presse de les enchaîner les uns aux autres en rosaire. “ Et à l’heure de notre mort ”, enfin  ! pour que, selon vos promesses de Fatima, de Pontevedra, et de toujours, nous soyons assistés, nous et nos proches pour lesquels aussi nous multiplions nos rosaires aux cent cinquante Ave, et que pour nous les portes du Ciel s’ouvrent toutes grandes car nous étions mille pèlerins à Fatima, ô Mère, et représentant – ­pourquoi limiter nos pensées ­charitables  ? – mille millions de fidèles du Christ et les multitudes humaines, afin que, s’il est possible, tous soient sauvés de ces “ pauvres pécheurs ” que Votre et notre Père Céleste a créés, que notre Roi et notre Amour a sauvés, que leur Commun Esprit-Saint habitant en Vous, ô Marie, peut sanctifier sans aucune limite  ! Amen  ! Ainsi soit-il  !  »

Pour en dire la haute sainteté, c’est le nom d’Épouse-Mère, c’est le nom d’Épouse qui sera préféré pour accéder par la révélation du Père et de son Divin Amour à la connaissance de ce secret ineffable de la Maternité divine. Ce que d’abord nous apprenons dans cette maternité si singulière, c’est que Dieu le Père a donné Marie pour épouse à son Fils, et d’une manière si discrète et si sublime qu’on ne peut savoir ce que c’est. Mais de savoir qu’elle est, Elle, Épouse du Verbe, cela nous donne une certaine connaissance ineffable de la Vierge Marie dans la réalité de sa Maternité.

«  Cette Maternité (il faut puiser dans l’Esprit-Saint quelque lumière pour comprendre le sens de ces mots, non pas humainement, mais divinement), cette Maternité est enchâssée dans la manifestation de la Paternité divine. Pour qu’elle soit Mère de Dieu, de Jésus, il faut d’abord qu’Elle soit digne de la Paternité divine. Cette Paternité divine nous éclaire de son plein jour sur la nature humaine et la grâce divine de Marie, Mère de Dieu. C’est dans cette Paternité que nous voyons comment Dieu prolonge son Être, si l’on peut dire, et sa gloire, dans le Cœur de la Vierge Marie, sa Mère. Mais encore fallait-il que, d’un mot, fussent écartés tout odieux rapprochement ou comparaison.

«  C’est pourquoi il est dit  : “ Vous êtes bénie. ” De quelle bénédiction, grand Dieu, est-il question ici  ? “ Vous êtes bénie au-dessus de toutes les femmes. ” Elle est Mère et Elle est bénie au-dessus de toutes les femmes. Notez que le mot de femmes, ici, est le genre commun de créatures avec lesquelles il n’y a pas de mélange. C’est une dégénérescence du mot imprononçable par aucun être autre que Celui qui en est le propriétaire et le seul usager. Quand Jésus dit  : “ Femme ”, Jésus seul peut prononcer ce mot à l’égard de la Vierge Marie, sans confusion, sans blasphème. Seul, Jésus sait qui est Marie. Donc, nous nous méfierons de ce terme et surtout, quand il confond la Vierge Marie non pas au-dessus de toutes les femmes, mais au contraire, avec les pires sous prétexte de charité.

«  Nous reste, heureusement, le terme moins explosif d’Épouse qui transfigure l’aimable et admirable qualificatif de Vierge. Voilà des mots qui, au contraire, sont d’une pureté extrême, et qui nous retiennent dans la sainteté du Ciel au lieu de nous faire descendre dans les comparaisons humaines. Déjà, ces deux termes se recommandent à nos cœurs par leur usage consacré dans la Bible et dans la liturgie chrétienne. Il est vrai qu’on parle d’épouse dans une acception qui est parfaite. L’épouse est celle que son mari a aimée et choisie, avec laquelle il a fait une union indicible. La Vierge est celle qui n’a pas été mariée, qui ne l’est pas. Ces deux termes sacrés sont des termes nobles dans la Bible, tout prêts pour un usage supérieur encore. Quand la Vierge paraîtra, c’est vers ces deux mots que les auteurs inspirés de la Bible dirigeront nos esprits. Ainsi, saint Joseph est-il bien assurément l’époux de la Très Sainte Vierge.  » (Sermon de notre Père du 13 août 1999)

LE CULTE DES SAINTES IMAGES.

À Poitiers, le 24 janvier au soir, dans les locaux de l’aumônerie de l’ENSMA, une dizaine d’étudiants étaient réunis pour échanger avec monsieur Éric Boone, directeur du Centre théologique de Poitiers, secrétaire à l’assemblée synodale du diocèse. Ils ont écouté monsieur Boone leur parler de l’Église et de sa place dans le monde depuis Vatican II. Un de nos amis participa activement à cette réunion. Nous avons publié son témoignage (Il est ressuscité n° 184, février 2018, p. 29-31). Les propos de monsieur Boone illustrent l’ “ esprit du Concile ”, dont le fruit est de reléguer «  l’Immaculée ­Conception, ­Corédemptrice et Médiatrice de toutes grâces dans le canton oublié d’une histoire ancienne  : “ Elle était au pied de la Croix ”, se rappelle monsieur Boone, mais c’est pour ajouter aussitôt  : “ une disciple comme nous ”.  » Ce qui est conforme à la lettre même du Concile  : «  Le premier chapitre de Lumen Gentium sur une Église qui se veut si grande, si grande fait inclusion avec le dernier sur la Sainte Vierge à qui l’on a imposé de rester si petite, si petite. L’Église, c’est-à-dire nous les laïcs, il ne faut pas l’oublier, est intimement lié au projet de Dieu qui embrasse tous les siècles, c’est donc “ over grand  ! ” Tout en disant quelques belles vérités incontournables au sujet de la Vierge Marie, Vatican II la maintient par ce dernier chapitre dans un “ rôle subordonné ”, tout humain et terrestre. Il insiste, car c’est grave  : les théologiens doivent se garder “ avec le plus grand soin de toute parole [Marie médiatrice de toutes grâces] ou de tout geste [baiser une statue de la Vierge, vénérer ses reliques…] susceptibles d’induire en erreur, soit nos frères séparés, soit toute autre personne sur la doctrine de l’Église. ”  » (Lumen Gentium n° 67; cf. Vatican II, Autodafé, p. 128-130)

L’abbé de Nantes, notre Père, en bon disciple de saint Jean Damascène, a réfuté cet iconoclasme avec ferveur et psychologie  :

«  Quel est ce rapport qui, tout d’un coup, nous saisit, entre nous et Elle, par le moyen de ces statues, de ces médailles, de ces images, toute cette “ ferblanterie ”, comme ils disent de l’autre côté pour s’en moquer, étant dénuée de toute valeur et cependant bénie par l’Église. Tous ces objets sont bénis, sont l’objet d’impositions liturgiques. Pourquoi cela  ? Faut-il marcher dans cette voie, malgré le respect humain, ou non  ?

«  C’est à Fatima et c’est l’émotion qui saisit à la procession de la statue sur son brancard couvert de fleurs. Toute cette immense foule, saisie par cette émotion, me rendit toute résistance impossible. Il fallait que je participe à cet élan d’une foule fidèle, dévouée, dévote. Ainsi, j’en fus submergé. Ce n’est qu’après avoir été ainsi transporté avec cette foule, au milieu de cette foule, jusqu’aux pieds de la Vierge Marie, que je fus capable d’analyser cette émotion de manière à ne pas l’oublier. Me rendre compte de quelle émotion j’étais rempli, de telle manière que je puisse la susciter de nouveau, ne pas l’oublier, au contraire tâcher de la rendre durable et féconde.

«  Et voici, de prime abord, j’admirais la conformité de l’objet, simple statue avec ce que j’imaginais des perfections de Marie. D’abord, nous regardons cette statue, ô Vierge Marie, nous considérons cette statue en pensant à vous. C’est une chose fort simple et tout à fait naturelle et on peut, à ce moment-là, la trouver belle ou pas, s’y attacher à cause de sa beauté, s’en détourner à cause de sa laideur. On est dans l’ordre d’une piété tout à fait naturelle, mais bientôt, il y a plus, dans cette union à ces milliers d’autres âmes, à ces milliers de voix, dans cette participation à ces gestes, comme l’agitation d’un voile blanc, gestes de dévotion, d’enthousiasme d’une foule. Ce n’est pas le fait de la foule, mais c’est le fait de l’unanimité de tant et tant de gens parmi lesquels je ne suis qu’une poussière.

«  Cet enthousiasme, allant à cette statue portée sur des fleurs au-dessus de la foule, qu’on voyait pour ainsi dire dans le ciel, me faisait bondir le cœur vers le Ciel où Elle siège auprès de son Fils, en Reine. Cette statue, par le fait même, était comme un tremplin, une invitation pour rebondir et aller jusqu’à la source de l’émotion qui est la Vierge bien vivante au Ciel. Je ne fus satisfait, transporté, au comble de l’enthousiasme, pour ne pas dire de l’adoration, quand j’en vins à suivre l’élan général, celui du sculpteur lui-même sans doute, quand il fit cette statue. Tout s’empressait à faire jaillir de l’image les vertus et perfections qui avaient été pour ainsi dire, je prends le terme fort, inscrites ou plus exactement incarnées dans cette statue, pour y retrouver dans cet élan, l’être chéri, l’immaculée, incarné dans cet objet.  » (Sermon de notre Père du 5 août 1999)

L’ESPRIT D’ENFANCE.

Un témoignage de la «  dévotion enfantine  » à laquelle il est blasphématoire de causer scandale, est donné par Georges de Nantes dans un chapitre de ses Mémoires et Récits. Sous le titre “ Ferveur enfantine à Rochefort ”, il raconte un souvenir du «  château de tante Geneviève  », où il se rendit dans les années contemporaines des apparitions de Pontevedra  :

«  Jamais je n’ai rencontré de dame plus imposante, le visage majestueux, la parole vive, avec un rien de déluré, et d’une extravagante impétuosité que seul lui permettait son port de reine. Amusante avec ça, pleine de facéties parfois féroces.

«  Son fils, son orgueil, l’abbé de Jouffrey, était là. C’était un homme magnifique. Lui aussi très grand, mais calme autant que sa mère était vive, visiblement étouffé par elle qui le choyait  ; il avait un sourire d’une exquise, d’une incroyable douceur lasse, et le fond des yeux tristes comme désenchanté. J’ai su plus tard que sa carrière ecclésiastique avait été semée de déceptions…

«  Il y avait aussi Fifine, la petite bonne de ma tante, un poème de jeux, de délicatesse, d’empressement, dont elle ne pouvait se passer une minute. Fifine  ! et Fifine accourait. On entendait appeler Fifine tout le jour.

«  Il y avait aussi Jacques.

«  Le soir à la prière, oncle Gabriel récitait les Litanies de la Sainte Vierge. Le fait était nouveau pour moi et me frappa délicieusement. C’était dans la chapelle du château, aménagée dans une tour d’angle  ; là aussi, notre oncle célébrait la Messe le matin. Tout cela était tellement nouveau  ! Pour la première fois sans maman ni papa, chez des oncles et tante inconnus, la vie de château  ! Repas distingués et compliqués, promenades dans le vallon que dominait de très haut la terrasse et retour par les bois. Nous n’y restâmes que quelques jours, qui marquèrent dans ma vie.

«  Car il y avait oncle Jacques. Celui-là, sa mère visiblement n’en était pas fière et peut-être ne ­l’aimait-elle guère. Je revois vivante cette figure maigre, allongée comme un Greco, aux joues envahies de poils rares et désordonnés, aux pauvres yeux de chien battu où dansait une perpétuelle lumière. Avec sa voix douce et son geste hésitant, ce pauvre oncle était un simple, un simple d’esprit que sa mère avait toujours chez elle, avec elle, comme une humiliation constante pour sa superbe gloire, son fard éclatant, ses yeux dominateurs, son intelligence brillante. Et lui se faisait oublier autant qu’il pouvait, effacé, doux et humble comme pour se faire pardonner d’être la honte de sa mère, révélant, exagérant un autre contraste.

«  Son amitié me choisit et m’introduisit dans le sanctuaire invisible où il habitait. Il me prenait gentiment la main, ou moi la sienne  ; il me conduisait dans une allée du parc et, sortant ce mystérieux petit livre, tout défraîchi, bruni d’avoir été lu si souvent feuille à feuille, que j’ai encore et que je ne peux rouvrir sans une douce émotion, il m’indiquait une prière que nous disions ensemble, que je découvrais et que j’aimais immédiatement, que je comprenais à fond à cause du ton de la voix d’oncle Jacques, de l’intense bonheur de ses yeux, de son angélique allégresse. D’une prière à l’autre, il m’expliquait, comme choses bien connues de lui, tellement évidentes et claires, et toutes proches, Dieu, le Ciel, les saints, la passion de Jésus, la Sainte Vierge, les merveilles de la grâce.

«  Je n’ai jamais plus nulle part entendu personne me parler des choses divines et prier avec moi comme lui.

«  Il voyait, il savait. De son ravissement mystique découlait ce flot de paroles éloquentes, et de son amour pour les saints du Paradis son affection pour moi, délicate, discrète et absolument généreuse. J’étais ravi. Dès la fin des repas, ou le retour d’une promenade, je le guettais, il m’attendait, je ne me souviens plus, cela se faisait d’une manière toute naturelle, nous nous retrouvions pour prier et lui pour me parler, moi pour l’entendre dire ses secrets, de divins secrets que j’écoutais avec bonheur.

– Jacques  ! dit enfin tante Geneviève, laisse cet enfant tranquille. Tu vas le déboussoler avec toutes tes prières, ce n’est pas de son âge  ! Allons, Georges, va jouer. Il t’embête avec ses dévotions qui n’en finissent pas.

– Mais non, ma tante

«  Et on nous laissait aller, reprendre nos colloques mystérieux. Je n’ai qu’à fermer les yeux, je vois le doux sourire christique, la sainte face crucifiée et bienheureuse de mon oncle Jacques.

«  Quelle fut sa vie  ? quelle fut sa fin  ? je ne sais. Je n’ai vécu que ces quatre ou cinq jours auprès de lui. Mais je n’aurais pas connu dès mes sept ou huit ans la pure joie, surhumaine, de l’union à Dieu et à ses saints, l’enfouissement dans les mystères de la vraie Vie comme dans un océan d’amour sans limites, si je n’avais été le confident de mon oncle Jacques. Bienheureux les simples d’esprit  !

«  Ici encore, quel rapport cela a-t-il avec la Messe  ? Un rapport très certain, et qui sera pour moi à mon insu une lumière décisive. Depuis longtemps je voulais être prêtre, j’étais appelé. Et il y avait bien oncle Gabriel pour me donner l’image vivante de la grandeur et de la dignité du sacerdoce. Il était le plus beau modèle dont un enfant puisse rêver et, je l’ai dit, d’une exquise bonté. Pourtant ce n’est pas lui qui, s’abaissant jusqu’à moi, choisit mon cœur et y répandit l’amour sacré dont il devait brûler pour toujours, mais le pauvre Jacques, qui n’était rien, ne comptait pour rien dans les grandeurs d’établissement et de ministère, mais qui parut à l’enfant que j’étais la figure achevée de la perfection évangélique, le modèle des grandeurs de charité, celles qui ne passeront pas. Car le ministère cessera mais la charité, elle, ne passera jamais.  » (t. I, p. 56-59)

Et le foyer incandescent de la charité, c’est le Cœur Immaculé de Marie, qui ne fait qu’un avec le Cœur eucharistique de Jésus.

Qu’il soit notre refuge à jamais  !

CONCLUSION

J’ai quatre-vingts ans ce matin. “ De mes œuvres je fais trois parts ” à l’exemple du Père de mon âme disant à Dieu, Notre-Seigneur  :

«  La première est celle de mes péchés, ceux que j’ai commis comme ceux que j’aurais dû commettre si votre grâce ne m’en avait gardé. J’ai rencontré trop de grands pécheurs en lesquels je me suis reconnu comme un frère pour ne pas me compter parmi les pires. Vous seul savez ce que j’aurais pu être et moi je sais que vous auriez eu mille raisons de me rejeter s’il vous avait plu. Ma place en enfer, oui, il y a certainement dans ce lieu de désolation et d’horreur une place à mon nom. Pourtant, ce que j’ai fait, ce que j’aurais pu faire, j’en viens à l’oublier moi aussi, tant de fois Vous me l’avez pardonné par la main de vos prêtres et je vais, purifié par le Sang de votre Fils répandu chaque matin de ma propre main pour mon salut sur la croix. Le geste du pardon, la parole de miséricorde anticipent votre Jugement et me le font déjà connaître certainement. Sur tout cela, votre absolution sacramentelle est descendue. Merci.

«  La deuxième part, celle de mes œuvres douteuses, m’inquiète davantage. Ai-je bien, ai-je mal agi  ? Mes intentions étaient-elles pures ou me trompais-je sciemment  ? Aujourd’hui encore, mon âme m’est obscure dans une partie de ses mouvements. Leur face lumineuse se dit à ma conscience mais je leur sens un revers sombre qu’un jour votre implacable justice seule révélera. Que dirai-je  ? En cette obscurité, mon Dieu, je ne trouve ici-bas nul appui, nulle sécurité. C’est la faille terrible par où s’engouffrerait le désespoir. Il ne dépend que de Vous de me rassurer, ou de me perdre. Mon père, à qui je m’ouvre de mes incertitudes, des divers mouvements en moi de la nature et de la grâce, de l’entremêlement des Esprits, me rassure certes, mais il ne connaît mon fonds que par mes aveux. Là, en ce centre le plus secret de mon cœur, seul pénétrera enfin votre Jugement. Je me porte et me supporte, m’examinant de mon mieux et sans autre pensée que de ne tomber ni dans la présomption ni dans le désespoir. Vous déferez ce paquet de nœuds, avec votre bonté ordinaire. Si je me suis égaré, vous me le direz. Si j’ai péché, vous me punirez avec justice, avec mesure, Seigneur, avec douceur. J’irai purger ma peine et consoler mon chagrin de vous avoir offensé, mais j’irai en chantant l’hymne de liesse qui fleurit sur les lèvres des élus quand enfin ils sont sûrs de finir en Vous éternellement  ! Si je me suis menti à moi-même et endurci…  »

J’interromps ici cet angoissant examen de cons­cience pour en appeler aux promesses faites par Notre-Dame de Fatima aux âmes qui auront pratiqué la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois  : «  Je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme.  »

«  Reste la troisième part et non la moins lourde, cette misère accablante de nos rébellions contre nos supérieurs par devoir de conscience. Une fois, passe  ! Deux fois, dix fois, c’est inquiétant. Mais j’aurai à rendre compte de ma fixation obstinée dans la Foi et les rites, dans la Loi et les traditions que ma mère humaine et ma Mère divine m’ont enseignés comme venant de Vous et immuables autant que Vous. Si je meurs maintenant, quel jugement porterez-vous sur ce combat et ce calvaire gravi en votre Nom, pour votre Honneur, Seigneur, à l’encontre de vos propres représentants  ? On me dit que Vous avez changé, Vous aussi, mais je ne voudrai jamais le croire. Si vous changez, il n’y a plus de vérité ni de justice et tout est vain. Si vous avez changé, pourrez-vous me reprocher ma fidélité au Dieu que vous étiez hier  ? Gardant mon Credo, dépassé, dévalué aurais-je fait obstacle à vos imprévisibles desseins  ? Témoigner contre cette génération perverse et incrédule qui s’imagine en nous broyant glorifier votre Nom, ô mon Dieu, est-ce le Péché contre l’Esprit, irrémissible, pour lequel il n’y a ni conversion en ce monde, ni en l’Autre miséricorde et pardon  ? Je sais. Sur cela j’engage mon éternité. Comme nos persécuteurs engagent la leur. Eh bien  ! voyant d’avance votre Jugement, ô Père que je connais dans toute la vérité de votre Cœur, je ne tremble pas, m’obstine et signe ma vieille Profession de foi inchangée, inchangeable, désirant pour que ma part soit plus belle souffrir davantage encore et s’il se peut mourir pour l’immuable Vérité de la sainte Église romaine. Je sais en qui j’ai cru et de Lui je suis certain.  » (Georges de Nantes, Page Mystique n° 37, septembre 1971)

frère Bruno de Jésus-Marie.