La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 188 – Juin 2018

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LE CŒUR IMMACULÉ DE MARIE,
SALUT DU MONDE

LE mercredi 13 juin 1917, Lucie, François et Jacinthe reçurent la révélation de leur vocation particulière en même temps qu’une connaissance pleine d’amour du Cœur Immaculé de Marie. Jacinthe débordait de ferveur  : «  Notre-Dame a dit que son Cœur Immaculé serait ton refuge et le chemin qui te conduirait jusqu’à Dieu, disait-elle à Lucie. N’aimes-tu pas cela beaucoup  ? Moi, j’aime tant son Cœur, il est si bon  !  »

En effet, fidèle au rendez-vous, le trio se trouvait au pied du chêne-vert, à la Cova da Iria, à l’heure dite. Et la Sainte Vierge aussi  : «  Jacinthe, Notre-Dame va venir  ! Voilà qu’il y a déjà eu l’éclair  !  » Levant les mains dans un geste d’orante, Lucie demanda  :

«  Que veut de moi Votre Grâce  ?

 Je veux que vous veniez ici le 13 du mois prochain, que vous disiez le chapelet tous les jours et que vous appreniez à lire. Ensuite, je vous dirai ce que je veux.

 Je voudrais vous demander de nous emmener au Ciel.

 Oui, François et Jacinthe, je les emmènerai bientôt, mais toi, Lucie, tu resteras ici pendant un certain temps. Jésus veut se servir de toi afin de me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut, ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par moi pour orner son trône.

 Je vais rester ici toute seule  ? demanda-t-elle avec peine.

 Non, ma fille. Tu souffres beaucoup  ? Ne te décourage pas, je ne t’abandonnerai jamais  ! Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu.  »

«  Ce fut au moment où elle prononça ces dernières paroles qu’elle ouvrit les mains et nous communiqua, pour la deuxième fois, le reflet de cette lumière immense, racontera Lucie. En elle, nous nous vîmes comme submergés en Dieu. Jacinthe et François semblaient se trouver dans la partie de cette lumière qui s’élevait vers le Ciel, et moi dans celle qui se répandait sur la terre.

«  Il me semble, explique Lucie, que, ce jour-là, ce reflet avait pour but principal d’infuser en nous une connaissance et un amour spécial envers le Cœur Immaculé de Marie  ; de même que les deux autres fois, il avait eu ce même but, mais par rapport à Dieu et au mystère de la très Sainte Trinité. Depuis ce jour, nous sentîmes au cœur un amour plus ardent envers le Cœur Immaculé de Marie.  »

Ainsi, dans la lumière même de Dieu, les enfants virent l’expression symbolique de la diversité de leurs vocations. François s’étonnait  : «  “ Tu te trouvais avec Notre-Dame, disait-il à sa cousine, dans la lumière qui descendait vers la terre, et Jacinthe et moi dans celle qui montait vers le Ciel. ”

«  Devant la paume de la main droite de Notre-Dame se trouvait un Cœur entouré d’épines qui semblaient s’y enfoncer. Nous avons compris que c’était le Cœur Immaculé de Marie, outragé par les péchés de l’humanité, qui demandait réparation.  »

Demande renouvelée le 10 décembre 1925, à Pontevedra. Ce soir-là, Lucie recevra dans sa cellule, la visite de l’Enfant Jésus et de Notre-Dame, venus lui révéler les promesses attachées à la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis du mois  : «  Tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte communion, réciteront un chapelet, et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mystères du Rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme.  »

Le 13 juin 1917, quand la Sainte Vierge s’éloigna de l’arbuste, il y eut comme le souffle d’une fusée de feu d’artifice. Lucie se leva très vite, et en tendant le bras, s’exclama  : «  Voyez, Elle s’en va  !  » Les enfants restaient les yeux fixés sur le même point du Ciel, jusqu’à ce que Lucie déclarât  : «  C’est fini  ! Maintenant, on ne La voit plus, Elle est rentrée au Ciel, les portes se sont refermées.  »

Pour Lucie, sa dévotion au Cœur Immaculé de Marie, lumière de toute sa vie, sera portée à l’incandescence par la théophanie de Tuy.

13 JUIN 1929 À TUY  :
ÉPIPHANIE EUCHARISTIQUE ET MARIALE

La théophanie de Tuy
( 13 juin 1929 )

«  J’avais demandé et obtenu la permission de mes supérieures de faire une heure sainte de 11 heures à minuit, dans la nuit du jeudi au vendredi de chaque semaine.

«  Me trouvant seule une nuit, je m’agenouillai près de la balustrade, au milieu de la chapelle, pour réciter, prosternée, les prières de l’Ange. Me sentant fatiguée, je me relevai et continuai à les réciter les bras en croix. La seule lumière était celle de la lampe du sanctuaire.

«  Soudain, toute la chapelle s’éclaira d’une lumière surnaturelle, et, sur l’autel, apparut une Croix de lumière qui s’élevait jusqu’au plafond.

«  Dans une lumière plus claire, on voyait sur la partie supérieure de la Croix, une face d’homme, avec un corps jusqu’à la ceinture.

«  Sur sa poitrine une colombe, également lumineuse, et cloué à la Croix, le corps d’un autre homme.

«  Un peu en dessous de la ceinture de celui-ci, suspendus en l’air, on voyait un Calice et une grande Hostie sur laquelle tombaient quelques gouttes de sang qui coulaient sur les joues du Crucifié et d’une blessure à la poitrine. Coulant sur l’Hostie, ces gouttes tombaient dans le Calice.

«  Sous le bras droit de la Croix se trouvait Notre-Dame avec son Cœur Immaculé dans la main… C’était Notre-Dame de Fatima avec son Cœur Immaculé dans la main gauche, sans épée ni roses, mais avec une couronne d’épines et des flammes…

«  Sous le bras gauche de la Croix, de grandes lettres, comme d’une eau cristalline qui aurait coulé au-dessus de l’autel, formaient ces mots  : “ Grâce et Miséricorde ”.

«  Je compris que m’était montré le mystère de la très Sainte Trinité, et je reçus sur ce mystère des lumières qu’il ne m’est pas permis de révéler.

«  Ensuite, Notre-Dame me dit  : “ Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé, promettant de la sauver par ce moyen.

«  “ Elles sont si nombreuses les âmes que la justice de Dieu condamne pour des péchés commis contre moi, que je viens demander réparation. Sacrifie-toi à cette intention et prie. ”

«  Je rendis compte de cela à mon confesseur, qui m’ordonna d’écrire ce que Notre-Seigneur voulait que l’on fasse.  »

«  ILS N’ONT PAS VOULU ÉCOUTER MA DEMANDE  !  »

Mais évêque et Pape firent la sourde oreille.

Deux ans plus tard, en août 1931, comme sœur Lucie était en mauvaise santé, ses supérieures l’envoyèrent à Rianjo, petite cité maritime proche de Pontevedra, où, dans une maison amie, elle put prendre un peu de repos.

Ce fut sans doute là, dans la chapelle de la Vierge où elle se retirait pour prier, que le Ciel se manifesta de nouveau. Dans une lettre en date du 29 août 1931, sœur Lucie rapporte à son évêque, Mgr da Silva, cette révélation d’une importance capitale dans l’économie du message de Fatima  :

«  Mon confesseur m’ordonne de faire part à votre Excellence de ce qui s’est passé, il y a peu de temps, entre notre bon Dieu et moi  : comme je demandais à Dieu la conversion de la Russie, de l’Espagne et du Portugal, il me sembla que sa divine Majesté me dit  : “ Tu me consoles beaucoup en me demandant la conversion de ces pauvres nations. Demande-la aussi à ma Mère, en lui disant souvent  :

«  “ Doux Cœur de Marie, soyez le salut de la Russie, de l’Espagne et du Portugal, de l’Europe et du monde entier. ”

«  Et d’autres fois  :

«  “ Par votre pure et Immaculée Conception, ô Marie, obtenez-moi la conversion de la Russie, de l’Espagne et du Portugal, de l’Europe et du monde entier. ”  »

Et la France  ?

«  “ Fais savoir à mes ministres, étant donné qu’ils suivent l’exemple du roi de France en retardant l’exécution de ma demande, qu’ils le suivront dans le malheur. Jamais il ne sera trop tard pour recourir à Jésus et à Marie. ”  »

En 1936, dans des notes autobiographiques, sœur Lucie rappellera la révélation décisive d’août 1931  :

«  Plus tard, par le moyen d’une communication intime, Notre-Seigneur me dit en se plaignant  : “ Ils n’ont pas voulu écouter ma demande  !… Comme le roi de France, ils s’en repentiront, et ils le feront, mais ce sera tard. La Russie aura déjà répandu ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Le Saint-Père aura beaucoup à souffrir. ”  »

Au printemps 1936, sœur Lucie demanda à Notre-Seigneur pourquoi il ne convertirait pas la Russie sans que le Pape fasse la consécration.

«  Parce que, répondit-il, je veux que toute mon Église reconnaisse cette consécration comme un triomphe du Cœur Immaculé de Marie [sur le cœur du Pape lui-même !], afin d’étendre ensuite son culte et placer, à côté de la dévotion à mon Divin Cœur, la dévotion à ce Cœur Immaculé.

 Mais mon Dieu, le Saint-Père ne me croira pas si vous ne le mouvez vous-même par une inspiration spéciale.

 Le Saint-Père  ! Priez beaucoup pour le Saint-Père. Il la fera, mais ce sera tard  ! Cependant le Cœur Immaculé de Marie sauvera la Russie, elle lui est confiée.  »

L’accomplissement de cette promesse est aujourd’hui manifeste, Vladimir Poutine régnant.

Ainsi, la révélation de Rianjo nous enseigne qu’à cause de leur indocilité à la voix du Ciel, les Souverains Pontifes aujourd’hui, comme il y a deux siècles les Rois de France, attirent «  le malheur  » sur eux-mêmes, ainsi que sur l’Église et la Chrétienté assaillies de partout par les forces de l’Adversaire déchaîné, comme nous le constatons depuis.

Mais cette rébellion et ses tragiques conséquences n’auront qu’un temps selon la promesse du 13 juillet 1917  : «  À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira, et il sera donné au monde un certain temps de paix.  »

THÉOLOGIE TOTALE DE L’EUCHARISTIE

L’Épiphanie eucharistique de Tuy apporte une divine réponse à la question qui agite et divise les évêques allemands depuis le mois de février à propos du «  désir de participer ensemble à la communion  » exprimé par «  certains couples luthéro-catholiques  » (La Croix du mercredi 6 juin 2018).

À l’occasion des cinq cents ans de la Réforme, le cardinal Marx, archevêque de Munich et président de la conférence épiscopale allemande, ouvrait la voie à “ l’intercommunion ”, mais le pape François a dit non, dans une Lettre datée du 25 mai et signée du cardinal Ladaria, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, selon laquelle l’intercommunion est «  un thème qui touche la foi de l’Église et qui a de l’importance pour l’Église universelle  », donc ne relevant pas de la compétence des épiscopats nationaux, mais bien de Rome.

N’en déplaise à notre Saint-Père le pape François, il faut reconnaître que l’abbé de Nantes, notre Père, avait raison de nous avertir de ne pas «  glisser sur la pente savonneuse  » où s’engagent les théologiens qui suivent étroitement l’explication aristotélico-thomiste de la transsubstantiation, selon laquelle la consécration du pain et du vin, à la messe, opère un véritable changement de substance, tout en laissant subsister les “ accidents ” du pain et du vin, inchangés (Les saints mystères du Corps et du Sang du Seigneur. Nouvelle théologie de l’Eucharistie, CRC n° 116, p. 3-14).

«  C’est visible et la foi n’y contredit pas. Aucun changement n’est constaté au niveau des phénomènes. La quantité et tous les autres accidents qui en relèvent, les qualités et toutes les structures physico-chimiques qui les déterminent restent en place. Les modernes poussent au plus loin l’analyse scientifique et constatent que toutes les lois de la chimie organique subsistent sans changement.

«  Comment les “ accidents ”, qui sont à la substance comme les branches et le feuillage de l’arbre sont au tronc, peuvent-ils… subsister… sans leur substance porteuse  ? Pour un aristotélicien, dire qu’ils deviennent les accidents d’une autre substance est absurde, impensable. Toute la théologie postérieure (sauf l’École de Salamanque, semble-t-il) a reculé devant l’absurdité. L’homme a les accidents de l’homme, le chien ceux du chien, le pain ceux du pain. Le corps de l’homme ne peut avoir les accidents du pain, vérité élémentaire. Et pourtant  !  »

Avant toute “ adaptation pastorale ”, il est primordial de «  sortir des ornières et libérer la charité  » à l’école du théologien de la Contre-Réforme catholique au XXe siècle.

«  L’INVENTION INCONGRUE.  »

Saint Thomas fait appel au miracle (q. 75, art. 6 ad 3)  : Dieu accorde à ces accidents de demeurer tels et d’agir selon leurs lois naturelles (q. 77) alors même que leur substance a disparu. Fantastique  ! Les accidents demeurent en l’air  ? Ils semblent constituer un voile opaque sous lequel une autre substance que la leur se cache pour n’être connue que par la foi seule.

«  Que ces accidents soient “ portés par l’air ambiant ”, c’était l’opinion d’Abélard, répugne à saint Thomas. Pour atténuer le miracle, il accorde à ces structures et ces lois chimiques organiques maintenant privées de lien substantiel, de principe radical d’organisation et d’action, un certain support, insuffisant certes, mais seul concevable, à défaut de mieux  : ce sera l’accident le plus important, le premier, qui n’est plus le tronc, mais qui n’est pas encore les branches… la “ quantité dimensive ” (q. 77, art. 2)  ?  ! Comme serait le plateau du garçon de café qui retiendrait tout de même en ordre tasses, soucoupes, théière et carafe d’eau, quand il n’y aurait soudain plus de garçon de café, plus de main pour tenir l’ensemble virevoltant, mais à sa place, par exemple, un ange…  »

QUAND ARISTOTE PARLE TROP FORT.

«  L’objection majeure à cet enfermement de la foi dans le système d’Aristote est ici des plus grave. Une césure, un vide, une absence totale de relations positives entre les accidents du pain qui demeurent et le Corps du Christ qui survient, portent atteinte à l’unité, à la cohérence de l’être sacramentel. Aucune amélioration du système depuis neuf cents ans, car il existait bien avant saint Thomas (cf. Martelet, Résurrection, Eucharistie et Genèse de l’homme, Chemins théologiques d’un renouveau, Desclée 1972, p. 144-147), n’est parvenue à colmater cette brèche. Or, comme c’est ce qui se voit et se touche qui a d’abord pour l’homme la pleine réalité, et plus encore quand c’est cela qui est déclaré matière du sacrement et signe sensible, à défaut du pain qui n’est plus, ce sont ces apparences ou espèces, ces accidents qui tiennent à eux seuls le rôle essentiel, en vertu d’une action miraculeuse de Dieu qui les conserve dans leur être et dans leur mouvement  !

«  Le Corps du Christ, lui, invisible, objet de foi, imperceptible, inopérant, semble refoulé, retenu au second plan sans arriver à percer le voile, le mur de ces accidents du pain qui demeurent. Il est le don caché, il est dans l’hostie, sous les voiles, sous les apparences de quelque chose qui n’est pas lui et qu’il n’est donc pas arrivé à supplanter totalement. Sa rémanence, sa localisation, sa disparition sont toutes en dépendance de la durée, de l’action, de la dissolution des apparences du pain. Vraiment le Corps du Christ est par trop effacé et assujetti, c’est le sacrement renversé  !

«  Glissant sur cette pente savonneuse, les théologiens auront deux issues, l’une et l’autre catastrophiques. Celle de Calvin, qui dénoue enfin les liens déjà fictifs du Corps du Christ avec les réalités apparentes du pain  : le fidèle donc mange ceci symboliquement et, à cette occasion, le Corps du Christ se rend présent et bienfaisant à son âme. C’en est fini de l’Eucharistie  : c’est du pain que l’on mange pour une communion spirituelle. L’autre, celle de Luther, pour conserver à la Présence du Christ tout son réalisme, consolidera les deux éléments disjoints du sacrement et les attachera l’un à l’autre par un lien de juxtaposition locale  : le Corps du Christ vient demeurer dans le pain. La théorie de Duns Scot, d’une simple et pure union morale entre le Corps du Christ et les accidents du pain, fait le pont entre saint Thomas et Luther ou Calvin… en attendant nos Hollandais modernistes.

«  Car la transsignification ou la transfinalisation, loin d’être des innovations, sont tout bonnement la reprise jusqu’à l’absurde de l’invention incongrue de saint Thomas, ou de ses prédécesseurs aristotéliciens. L’attention est toujours fixée d’abord sur le pain. Quand les paroles du sacrement produisent leur effet, quel changement est seul concevable pour ces modernes  ? Un changement du sens. Le pain, qui était pour être mangé, nourriture de l’homme, cesse de nous parler ce langage naturel pour revêtir concrètement une autre finalité, un autre sens. La liturgie en modifie l’être-au-monde, l’être-pour-nous, en le réservant à la communion fraternelle dans le Christ  ; ce changement de finalité et de sens atteindrait, disent-ils, sa définition profonde… Mais tout ce subjectivisme ne fait que rendre plus massives la subsistance du pain et l’irréalité physique de la présence du Christ  !

«  L’Église, en maintenant jusque dans l’encyclique Mysterium fidei de Paul VI, en 1965, la notion dogmatique de “ transsubstantiation ”, a seulement planté des panneaux d’interdiction de franchissement d’une ligne rouge en pleine pente glissante. Mais là-haut, c’est toujours le même point de départ du périlleux slalom  : le pain disparaît comme substance, mais ses accidents demeurent assistés de la force de Dieu  ! Il faut faire des prodiges d’acrobatie dialectique pour cacher le corps sous ces apparences encombrantes sans pour autant accorder à celles-ci aucune réalité et consistance propre, au-devant et par-dessus Celui-là.

«  “ Jésus caché dans l’hostie ”, eh bien, non  ! Parce qu’il n’y a pas d’hostie qui ne soit Jésus lui-même et parce que Jésus ne se cache pas, mais se révèle, se manifeste, nous parle et se donne en se faisant hostie. Non pas dans le pain, mais Lui-même devenu notre pain quotidien.  »

La parole de l’Ange de l’Eucharistie, à Fatima, l’atteste  : «  Mangez et buvez le Corps et le Sang de Jésus-Christ.  » (Automne 1916) Et plus encore l’épiphanie eucharistique de Tuy, illustration littérale des explications du théologien.

EXPLICATION NOUVELLE.

À la vue de l’Hostie et du Sang qui en découle dans le calice, «  laissons délibérément le pain hors de notre considération, puisqu’il rentre tout entier dans son néant dès que le sacrement est constitué  ». Il apparaît bien tel entre les mains de l’Ange. D’où l’a-t-il apporté  ? Nous ne le savons pas. Mais «  peu nous importe ce qui précède  ; dans son être nouveau, dans son action, son accomplissement  », que les gestes et les paroles de l’Ange mettent en œuvre, «  ce sacrement est celui du Corps et du Sang, et nullement du pain et du vin. Dût Aristote en être froissé, le sacrement, le signe visible, c’est Ceci, que Jésus donne à son Église, et Ceci est son Corps. La matière du sacrement, c’est le Corps (et non le pain dont il n’est plus question), c’est le Sang (et non plus le vin).

«  Cette matière doit être visible et constituer un signe  ? Eh  ! bien, nous n’hésitons pas, dans la foi, à dire que précisément le Corps est visible, tangible, là sur la patène, et le Sang dans le calice, et que leurs signes sont un appel à la manducation et à la boisson. Puisqu’ils sont là comme du pain et du vin. Ce ne sont pas du pain et du vin qui seraient comme le corps et le sang, ce sont le Corps et le Sang du Seigneur qui sont réellement présents et à nous présentés comme du pain et du vin. Mais de pain et de vin il n’y a plus. Jésus l’a dit.  » Et le pape François l’a répété fermement dans sa catéchèse du mercredi 7 mars 2018.

SOLUTION THÉOLOGIQUE.

«  La difficulté, insurmontable en climat aristotélicien, est d’expliquer comment une nature déterminée, ici la nature humaine, ayant déjà tout son équipement spécifique de quantités et de qualités, correspondant à sa manière d’être, son type d’opérations organiques humaines et ses caractères individuants, peut gouverner en sus un autre équipement spécifique, ici les accidents et propriétés du pain et du vin. On ne peut avoir simultanément deux poids, deux mesures, deux morphologies, deux types d’opérations, etc.

«  Cela ne s’est jamais vu dans la nature, c’est exact. Mais le miracle existe, et si la foi nous y oblige nous préférerons douter des postulats d’Aristote que de la Parole divine. Pour accommoder la foi aux catégories d’Aristote, saint Thomas a mis le miracle là où il constitue un non-sens et un obstacle à la foi, dans la survivance des espèces du pain. Renversons les chances  : mettons le miracle là où il parle au croyant, même s’il paraît un non-sens et un désaveu pour le philosophe  ; disons que le Corps du Christ s’est suréquipé de l’appareil des accidents du pain, voulant se donner toutes ces apparences et propriétés du pain pour nous signifier ce qu’il voulait que nous fassions de lui.

«  Évidemment, nous n’avons aucune expérience analogue, d’un corps qui jouisse simultanément d’un double jeu d’accidents. Cela paraît, dans notre condition présente, contradictoire  : un homme qui, étant homme, aurait aussi tout du chêne, ou du lion, ou d’un aigle, dimensions, forme, actions  ! Il faut cependant nous rappeler 1er que le Corps du Christ est ressuscité et glorieux, ce sur quoi insiste fortement G. Martelet (IIIe partie, Résurrection du Christ et Eucharistie); mais il ne l’était pas encore lors de la Cène, d’où le besoin d’invoquer une autre raison, celle-là décisive, 2e que ce Corps est celui d’une Personne divine dont la puissance obédientielle, la malléabilité sous la volonté d’une si singulière Personne, nous est totalement inconnue et surpasse tout ce que nous pouvons concevoir. Il n’y a point de contradiction, dans ce cas absolument unique, à considérer que cet être peut se donner des apparences et des opérations autres que les siennes, s’il veut adopter intentionnellement la figure et les propriétés d’un autre être. S’il se revêt des seules apparences, ce sera une “ apparition ”; mais s’il convertit à soi un autre être pour en prendre la place et toute la condition, ce sera une réalité, une substance jouant librement des deux modes d’être, le sien propre et le signifiant secondaire. Et c’est le cas merveilleux de ce Saint-Sacrement.

«  Quelques analogies très grossières aideront ici la pensée. Le guignol lyonnais où des poupées de chiffon sont animées par une main glissée à l’intérieur, index dans la tête, pouce et médius dans les bras, et l’homme caché derrière la tenture contrefait de la voix et du geste, intentionnellement, le personnage fameux de Guignol  !

«  La cloche du village sonne, mise en branle par un mouvement d’horlogerie  ; c’est tout mécanique et l’appel à la prière – comment ne l’a-t-on pas compris – en perd beaucoup de sa force. Mais si le curé du village détache la corde et réveille les cloches, c’est lui qui sonne et l’appel retentit comme un message personnel aux oreilles et au cœur de ses paroissiens.

«  Exemples déficients, parce que, dans l’un et l’autre cas, un être se sert d’un autre comme d’un instrument. Ici au contraire, le corps ne se gêne pas de l’intermédiaire du pain qui accaparerait le sens, il l’exclut, il le supprime, il se substitue à lui, gère ses accidents en se les appropriant totalement pour parler seul à nos sens et à nos âmes. Ce ne sont plus les apparences du pain  : ce sont les apparences du Corps, apparences voulues, sacramentelles, pleinement significatives de ce que le Seigneur veut être pour nous. Son intention claire  : être touché, être regardé, être mangé et bu, être savouré. Parfaitement.

«  Le Fils de Dieu qui déjà nous avait révélé son pouvoir d’assumer une nature humaine en subordination de sa nature divine, pour être homme notre frère, maintenant nous révèle son pouvoir humain de mettre en retrait ses apparences et opérations corporelles d’homme pour se montrer à nous et agir en nous comme pain et vin, et se faire ainsi tout nôtre, nourriture et breuvage.  »

SOLUTION SCIENTIFIQUE.

«  Cette panification, cette vinification d’un genre singulier, peuvent-elles être précisées en langage scientifique et philosophique  ? Peuvent-elles être situées à un certain niveau des structures objectives  ?

«  Scientifiquement, le pain et le vin ne sont pas des corps simples ni même des composés chimiques. Ce ne sont pas des substances véritables ou structures dynamiques parfaitement intégrées, comme sont les individualités bio-chimiques. Ce sont deux mélanges de corps très divers plus ou moins étroitement associés dans des proportions variables et des degrés de nécessité inégaux. Ouvrons R. Lecoq, Manuel d’analyses alimentaires et d’expertises usuelles (éd. Douin).

«  Le pain est “ le produit résultant de la cuisson de la pâte faite avec un mélange de farine de froment (additionné parfois de farines d’autres céréales), de levain de pâte ou de levure dite de boulanger ”. D’où résulte l’analyse chimique suivante  : humidité 35-40 %, sel 0-2 %, lipides 0, 80 %, glucides dont le principal est l’amidon, sorte de sucre végétal, 52 %; protéines végétales, construites sur un atome d’azote, dont le gluten 7, 25 %.

«  Le vin est “ un liquide provenant exclusivement de la fermentation de grains de raisins écrasés ou de jus de raisin frais ”. D’où l’analyse chimique  : eau 90 %, alcools éthylique 9 %, méthylique, propylique  ; poly-alcools, glycérine, inositol, butylène glycol  ; aldéhydes et cétones  ; acides volatils divers à fonction acide carboxylique  ; esters constituant le bouquet du vin  ; ammoniac  ; substances mixtes, glucose, fructose  ; glucides stables, tanin, sels d’acides tartrique, malique, citique  ; enfin, substances minérales, potassium, sodium, calcium, manganèse, fer.

«  Les théologiens contemporains admettent tous, sans trop l’avouer parfois, la permanence évidente, nécessaire, de tous ces corps, de toutes ces substances chimiques, minérales et organiques, de leurs lois et de leurs opérations qu’ils rangent donc dans ce que le dogme ancien appelle espèces ou apparences. Les atomes de fer, d’azote, de potassium, les molécules organiques des alcools ou des glucides, l’eau, le sel, le tanin, etc., demeurent ainsi en tout ce qu’ils étaient et seront encore après la disparition de leur ensemble  ?

«  Si nous admettons que ces éléments constituent les agglomérats que la chimie désigne comme pain et vin, ce que nos dogmes appellent leur substance qui s’en va ou se trouve convertie, et l’autre substance qui en prend la place s’en trouvent réduites à une mince, à une trop mince mission de contrôle général et de cohésion de l’ensemble. Si l’on aboutit à la conclusion que le Corps du Christ prend le contrôle de l’humidité, de l’amidon et du gluten, etc., et que le Sang du Christ adopte l’eau, les alcools, le tanin, etc., pour se donner les apparences du pain et du vin, ce contrôle demeure trop extérieur à cette matière inchangée pour qu’on puisse vraiment parler de transsubstantiation, pour qu’on puisse nommer cela le Corps et le Sang du Christ, qu’on doive l’adorer et qu’on puisse prétendre s’en nourrir.

«  La seule solution admissible est donc l’inverse de la théorie hollandaise  : il y a transsignification et transfinalisation, non plus du pain et du vin qui changeraient de sens et de finalité en demeurant ce qu’ils sont, théorie idéaliste… Il y a transsignification et transfinalisation du Corps du Christ qui, demeurant lui-même, se donne un autre sens et une nouvelle finalité, et s’en revêt pour ainsi dire, intentionnellement, en se saisissant de l’être-pain et de l’être-vin dans l’Action sacramentelle.  »

DÉCISIF ÉCLAIRCISSEMENT MÉTAPHYSIQUE.

«  Comment cela se peut-il  ? Une seule réponse convient, que saint Thomas avait pressentie  : la transsubstantiation est une conversion de l’être même. La substance qui change, ce n’est pas tant l’essence du pain que les scolastiques appellent la substance seconde, mais c’est l’être concret, l’existence individuelle, la substance première  : tout l’être. Jusqu’à l’atome de fer qui n’existe plus lui-même, mais qui est Corps du Christ vivant par son âme même. J’oserais dire que le changement n’est pas considérable quant à l’essence, puisque le pain n’est qu’un conglomérat, produit de la cuisson d’un mélange  ; ce lien lâche entre les éléments, c’est l’âme du Christ qui va en assumer la fonction, le faisant son Corps. Mais quant à l’existence individuelle, ce changement est grand, il est total  : c’est tout l’être, sel, alcools, sucres, levain, etc., qui est absorbé par le Corps du Christ, sous l’emprise de son âme se faisant de ce pain une extension réelle, matérielle, historique, de son Incarnation. C’est là que G. Martelet extrapole à la suite de Teilhard, perdant tout bon sens, et fait du cosmos même le Corps du Christ ressuscité (p. 213-214)  !

«  Poussons plus loin que saint Thomas, trop lié à Aristote. Pour lui, l’existence n’a de signification que par son lien à une essence  ; dépouillée de celle-ci, elle demeure inintelligible, n’étant rien. Pour une métaphysique résolument chrétienne, toute existence est comme une portion d’être, créée par Dieu, subsistant par un acte positif de sa Puissance. Ainsi le pain, sur l’autel, est une portion d’être, le terme d’une fraction de l’énergie créatrice  : une volonté précise de Dieu le tire du néant et le conserve comme il est, là où il est  ; cette position dans le monde et l’histoire précède ontologiquement (cela est bien vu par saint Thomas, dans les Questions Disputées de Malo, quest. 2, art. 3 ad 3) sa substance de pain et ses accidents.

«  C’est cette portion d’être que le Christ saisit pour en faire son Corps. Eau, alcool, gluten, fer, acides et protéines, tous éléments demeurant sans changement de structure ni d’opérations, sont le Corps du Christ et plus rien d’autre. C’est lui, leur être total et leur forme intégrante unique est l’âme du Christ  », «  horriblement outragé par les hommes ingrats  ».

«  Notions difficiles dont la conclusion seule importe aux fidèles. Il n’y a plus du tout de pain, ni en substance ni en accidents ou apparences. Néant du pain. Tout ceci, l’hostie sur la patène, est le Corps. Tout cela, dans le calice, est le Sang. Je vois le Corps, je vois le Sang  ! Et si leurs apparences vous étonnent, chrétiens, sachez précisément qu’en son âme et conscience, en sa Personne divine, Jésus-Christ veut prendre ces apparences et agir ainsi dans une intention précise  : il veut être vraiment, réellement et substantiellement votre pain à manger, votre vin à boire pour votre bien et votre joie  », et sa consolation à Lui  : en le mangeant et buvant «  réparez leurs crimes et consolez votre Dieu  ».

Transsignification active  : Jésus fait de son Corps ce pain, et de son Sang ce vin pour paraître ce qu’il est, ce qu’il veut, ce qu’il mérite d’être pour nous. Transfinalisation active  : Jésus se met en ces apparences et cet état pour obtenir ce qu’il veut, d’être assimilé par notre corps afin de nous assimiler à lui en esprit et recevoir de lui la Vie éternelle.

«  Tel est le premier don eucharistique, celui de l’Incarnation continuée, répandue et communiquée dans et par l’Église, pour tous les fidèles sur la terre jusqu’à la consommation des siècles. “ Jésus est là et il t’appelle ” (Jn 11, 28). Ce don, au début du repas du Jeudi saint, est tout simplement celui de la Présence toujours vivante, mais voulue, mais intentionnelle, mais démonstrative d’amour dans l’Action sacramentelle. Car il ne faut plus dire que l’âme et la divinité sont dans l’hostie par “ concomitance ”; quelle inversion des réalités  ! C’est la Personne divine qui meut l’âme du Christ à faire de ce pain son propre Corps dans l’Action sacramentelle.

«  Ah  ! si l’on voyait l’Hostie comme elle est  : le Verbe fait chair se faisant corporellement notre pain  ! l’hostie c’est un cri, c’est un signe d’amour unique, merveilleux, appel à la rencontre mutuelle, à l’union poussée au sublime. Plus que la simple présence des regards échangés, plus que l’embrassement le plus étroit, c’est ici la plus grande compénétration et assimilation qui se puisse concevoir, celle de la nutrition. O admirabile commercium, unio singularis, commixtio ineffabilis   !

«  Telle est donc la matière visible du sacrement, le sacramentum. Quelle en est la forme, qui lui donne son sens surnaturel, chrétien, le sacramentum et res  ? Ce que nous venons de dire ne suffit-il pas  ? Oh  ! non. Car cette Présence et ce Don ont un sens sans lequel ils demeureraient aussi vains que pour les gens de Bethsaïde et de Capharnaüm le passage de Jésus parmi eux (Mt 11, 21).  »

Telle est la matière du sacrifice  : le sacrement, c’est tout son Être rendu corporellement présent, et la forme en est l’effusion charitable de son Sang, non plus versé par le bourreau, mais versé par le Souverain Prêtre, vivant et glorieux, dans le calice non plus d’amertume, mais de joie. Manifesté à Tuy par la vision du Sang qui découle du Corps du Crucifié sur l’Hostie, et tombe de l’Hostie dans le calice.

LE SACRIFICE
DE L’ALLIANCE NOUVELLE ET ÉTERNELLE

La première bénédiction sur le pain, sa conversion au Corps du Christ pour être rompu et donné à tous, n’évoque pas, de soi, le sacrifice, mais le don plénier d’une présence nourrissante, consolante dans les séparations et les épreuves à venir  ; elle continue le bienfait de l’Incarnation et de la vie quotidienne de Jésus parmi les hommes, chez les siens…

Tandis que la seconde bénédiction, celle de la coupe, la conversion du vin au Sang du Christ, éclairée par les paroles qui l’accompagnent, témoigne évidemment d’un sens sacrificiel  :

«  Ayant pris une coupe, il rendit grâces et la leur donna en disant  : “ Buvez-en tous  ; car ceci est mon Sang, le Sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés. ”  » (Mt 26, 27-28)

Le don du sang «  revêt un sens tragique dès lors qu’un homme en affirme la résolution et que déjà il en mime l’action, annonçant ainsi et réalisant symboliquement son proche sacrifice où le bourreau le transpercera par violence, provoquant sa souffrance et sa mort. Mais le tragique en reçoit un sens plus haut, celui d’un sacrifice puisque cette mort violente aura été d’avance offerte pour la réconciliation des frères entre eux et avec Dieu leur Père. L’horreur alors devient source de joie, le sacrifice annonce la fête. Car si le sang versé évoque la douleur et les larmes, le vin offert est celui de l’allégresse des noces.  » (CRC n° 116, avril 1977, p. 11)

«  Jésus est au milieu de ses Apôtres auxquels il a fait tout à l’heure le don de son Corps à manger, les établissant dans une singulière union avec lui. À la fin du repas, avant d’aller à la mort, anticipant sur le sacrifice sanglant du Calvaire, il l’annonce et déjà le réalise sacramentellement, c’est-à-dire en intention, en paroles et en figures réelles et efficaces.

«  Il prononce sur la coupe de vin ces paroles  : Ceci est mon Sang, répandu pour vous et pour la multitude. Que se passe-t-il  ? Dans cette volonté de l’Homme-Dieu se réalise la transsubstantiation. C’est-à-dire  : que l’Âme du Christ se saisit de cette substance concrète du vin, et en fait par sa puissance divine, illimitée, son propre Sang, là, comme versé ou plutôt jailli de Lui-même, de son Corps dans cette coupe qui symbolise l’épreuve cruciale, le don décisif de sa vie. C’est la préfiguration physique de sa mort. Qui nierait qu’elle soit pour Lui un acte distinct de celui du lendemain, quand il mettra à exécution le projet qu’il annonce là  ?

«  De la même manière, en chacune de nos messes, quand les prêtres prononcent les mêmes paroles en son Nom… Ceux-ci, ses ministres, qui ne sont pas des magiciens  ! donnent au Christ d’agir selon les paroles qu’ils prononcent sur son ordre, conformément à leur mission  ; ils entraînent Jésus Lui-même, vivant, ressuscité et présent à son Église, à faire ce qu’ils disent et ce qu’il veut  : il se rend présent physiquement sur l’autel. Puis, dans un acte nouveau, localisé, daté, minuté, à cette messe-ci, distincte et nouvelle, sa puissance spirituelle se saisit de l’être du vin pour le changer en son Sang  : il verse de nouveau sa vie dans cette coupe qui signifie son épreuve…

«  Ce Sang est vivant, bien sûr, ce Sang reste animé par l’âme indivise de Jésus et son effusion, que Jésus effectue lui-même et non un prêtre magicien, est toute de l’ordre du signe – non-sanglant – elle n’est pas épuisante, mortelle, comme une nouvelle crucifixion. C’est Jésus qui accomplit de nouveau ce qu’il a fait une fois pour toutes et pleinement, le sacrifice de sa vie en rémission des péchés.  »

«  Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément et je vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels il est lui-même offensé. Par les mérites infinis de son très Saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs.  » (Automne 1916)

«  Comme on le voit, ce sacrement ne voit reconnue sa pleine vérité qu’à ce point où, plus que les autres sacrements qui se font aussi en mémoire du Sacrifice rédempteur, il est l’Acte même du Christ corporellement présent, présent en son prêtre comme sacrificateur, présent comme victime ou hostie sous la double matière de son Corps livré et de son Sang répandu. Saint Thomas avait bien signalé ce signe de mort qu’était “ la séparation des espèces ” tout au long de la question 78. Il avait bien vu en quoi le Christ sur l’autel était victime. Mais pour que le sacrifice de la messe soit véritable, il fallait encore que le Christ soit prêtre et agisse dans ce sacrement Lui-même une nouvelle fois.

«  Telle est l’action sacramentelle de Jésus vivant parmi nous, mais pour quelle fin  ? Quels sont les fruits particuliers, à coup sûr extraordinaires, sublimes, de ce sacrifice sacramentel  ?  » (CRC n° 116, p. 13)

De la réponse à cette question dépend celle que le Pape fera au «  désir de participer ensemble à la communion  » exprimé par certains couples luthéro-catholiques. C’est à bon droit que certains ont déclaré qu’il y va de l’alliance contractée par le mariage, car la raison et l’effet de cette Action sacramentelle du Christ Souverain Prêtre en son Église et pour elle, c’est, selon ses propres paroles, le renouvellement, la commémoration, la célébration de l’Alliance nouvelle et éternelle scellée sur la Croix entre Dieu et son Église, sans cesse à restaurer et à parfaire du fait de la malice des hommes, et à souscrire et à honorer par les générations à venir jusqu’à la consommation des siècles.

Frère Bruno de Jésus-Marie.