La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 188 – Juin 2018

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


SYRIE (4)
LES CAUSES DE LA GUERRE (1997-2011)

Deuxième partie

par frère Jean-Duns de Sainte-Anne.

DANS notre précédente étude (Il est ressuscité n° 185, mars 2018, p. 15-27), nous avons montré que, dès son installation à la Maison-Blanche en janvier 2001, l’administration Bush a envisagé une opération sur la Syrie, à réaliser après l’opération sur l’Irak, dans le cadre de la recomposition du Moyen-Orient selon les critères de la stratégie américaine. À partir des années 2005-2006, le département d’État a mis en place un programme complet, visant à la déstabilisation du président Bachar el-Assad, et à une partition de la Syrie.

Lorsqu’elle arriva à la Maison-Blanche, l’administration Obama hérita de cette entreprise de “ démocratisation ” du Moyen-Orient lancée par l’administration précédente. Il est bon de revenir sur cet héritage, car nous allons constater que cette œuvre a été poursuivie sous Obama pour aboutir à la révolution de 2011, qu’un grand nombre de spécialistes persiste à présenter comme spontanée à ses débuts. Cette présentation erronée voire mensongère de la naissance de la révolution syrienne nous contraint à examiner quelles furent exactement ses origines. Nous établirons de façon incontestable, nous semble-t-il, qu’elle a été savamment préméditée, préparée, organisée, accompagnée, et dirigée.

II. L’HÉRITAGE DES ANNÉES BUSH (2005 -2008)

Durant le deuxième mandat Bush, l’administration américaine a travaillé à promouvoir des personnalités de l’opposition syrienne, qui seront les piliers de la révolution de 2011.

Pour décrypter la politique menée par les États-Unis au Proche-Orient à la fin 2006 et au début de 2007, question compliquée s’il en est, reportons-nous à l’enquête approfondie menée par le célèbre journaliste juif américain Seymour Hersh, qui en donna les résultats dans un article magistral, The Redirection, publié dans The New Yorker le 5 mars 2007.

L’ALLIANCE AMÉRICANO-ISRAÉLO-SAOUDIENNE.

«  Au cours de la dernière année [2006], les Saoudiens, les Israéliens et l’administration Bush ont élaboré une série d’ententes officieuses sur leur nouvelle orientation stratégique. Au moins quatre éléments principaux ont été impliqués, m’a dit le consultant du gouvernement américain. Premièrement, Israël sera assuré que sa sécurité est primordiale et que Washington, l’Arabie saoudite et d’autres États sunnites partagent ses préoccupations au sujet de l’Iran […]. Quatrièmement, le gouvernement saoudien, avec l’approbation de Washington, fournirait des fonds et une aide logistique pour affaiblir le gouvernement du président Bachar el-Assad, de Syrie. Les Israéliens estiment qu’exercer une telle pression sur le gouvernement Assad le rendra plus conciliant et plus ouvert aux négociations.  »

Notre seule réserve à l’égard de cet article remarquable concerne la présentation de cette politique comme étant une nouveauté, ce qu’indique le titre de Réorientation. À notre avis, les choix politiques formulés en ce début d’année 2007 étaient bien dans la ligne de la tradition politique américaine.

UNE ALLIANCE DÉJÀ ANCIENNE.

Le premier intérêt de cet article est de montrer l’implication des États-Unis et de l’Arabie saoudite au Proche-Orient, dans une véritable concertation. Nous avons indiqué dans nos précédents articles quelques jalons antérieurs, montrant que cette concertation est hélas traditionnelle (Il est ressuscité n° 184, février 2018, p. 24). Encore faudrait-il mentionner l’acte fondateur de cette collaboration entre l’Amérique puritaine et capitaliste, et les puissances musulmanes. Il s’agit du fameux pacte du Quincy, scellé entre Roosevelt et Ibn Séoud en février 1945, pour soixante années, par lequel l’Arabie saoudite s’engageait à fournir l’Amérique en pétrole contre l’engagement des États-Unis d’assurer sa sécurité. Il ne s’agit pas là d’une vieille affaire, puisque cet accord a été renouvelé par le président Bush en 2005, pour la même durée. Cette alliance a tissé des liens étroits, durables, presque indissolubles entre les deux pays, jusqu’à constituer un facteur déterminant de la politique étrangère américaine, en particulier au Moyen-Orient.

Notons que les États-Unis ont étendu cette alliance au Qatar, pourtant rival de l’Arabie saoudite. Depuis 1971, l’émir Khalifa bin Hamad Al Thani avait su conserver son petit pays dans une relative indépendance, quitte à ne pas développer autant qu’il aurait été possible l’exploration et l’exploitation de son immense champ gazier de North Dome. Mais en 1995, son fils, l’émir Hamad bin Khalifa Al Thani, le renversa par un coup d’État, et décida incontinent de confier l’exploitation de North Dome à la société américaine ExxonMobil. Comme par hasard. Cette décision entraîna la mise du Qatar sous tutelle du propriétaire d’ExxonMobil, la famille Rockefeller. Dès lors, c’est elle qui dirigea effectivement la politique étrangère du minuscule émirat. Cette emprise américaine sur le Qatar se traduisit aussi par la mise en chantier, en 1996, de la base aérienne d’Al-Udeïd, la plus grosse base américaine dans le monde. Et en 2003, le centre de commandement américain (CENTCOM) qui dirigea l’invasion de l’Irak s’installa à Doha, capitale du Qatar. On dit que la famille Rockefeller a conseillé à l’émir Hamad dès 2005 de soutenir les Frères musulmans, puis en 2011 de s’investir dans la révolution syrienne. Rappelons pour mémoire que la confrérie des Frères musulmans, que nous retrouverons tout au long de cette étude, est une organisation islamiste créée en 1928 et dont l’objectif est la prise du pouvoir en se dissimulant derrière une apparence démocratique, ce qui la rend d’autant plus dangereuse. Malgré des dénégations de façade, les Frères musulmans ont pour objectif l’instauration de la charia.

L’implication de l’Arabie saoudite au Proche-Orient, dans le cadre d’une action hostile à l’égard de la Syrie, en pleine concertation avec les États-Unis et non de façon autonome, n’est donc pas étonnante. C’est une grande leçon à retenir, que nous allons vérifier dans les événements qui vont suivre  : dans la crise syrienne, l’Arabie saoudite, et dans une moindre mesure les autres pays du Golfe arabo-persique impliqués (Qatar, Émirats arabes unis) et la Turquie, ont agi de concert avec le département d’État américain, dans une action intégrée à la stratégie américaine. Pour qui a une connaissance ne serait-ce que minimale de ces pays, il n’y a rien là d’étonnant.

En revanche, qu’Israël se soit impliqué aux côtés de la puissance tutélaire du wahhabisme, dans une entente avec les États-Unis pour «  faire pression sur la Syrie  » pourra étonner davantage.

LE RÔLE D’ISRAËL

En fait, si Israël s’est joint (indirectement  ?) au pacte stratégique des États-Unis et de l’Arabie saoudite contre la Syrie, c’est que ces trois pays ont un ennemi commun, l’Iran, dont la Syrie est le plus fidèle allié dans la région, avec le mouvement chiite libanais Hezbollah, ces pays formant le fameux «  arc chiite  ». De plus, les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël ont également pour ennemis communs les États arabes socialistes, laïcs, autoritaires. La Syrie était donc doublement leur ennemi.

Le but à atteindre était, semble-t-il, de faire pression sur la Syrie pour l’amener à rompre ses relations avec l’Iran et les groupes terroristes antisionistes.

Toutefois, si aujourd’hui l’implication d’Israël dans le conflit syrien devient de plus en plus évidente, ses actions et sa stratégie au Proche-Orient, et particulièrement en Syrie, durant les dix années précédentes sont beaucoup plus floues. Cela tient, nous semble-t-il, à au moins deux facteurs. D’une part, l’État hébreu excelle à brouiller les pistes de ses actions stratégiques pour mieux en assurer la réussite. D’autre part, la classe politique israélienne n’est pas unanime, tout au moins sur les moyens à mettre en œuvre pour parvenir à ses objectifs stratégiques majeurs. Résultat  : beaucoup d’analystes s’y perdent, et l’on entend tout et le contraire de tout. Parmi les bataillons de spécialistes se faisant fort de donner l’heure juste sur la politique israélienne, rares sont ceux qui examinent les faits. Aussi, faute de connaître de façon précise les tenants et aboutissants de cette stratégie israélienne, il est impératif de se raccrocher à quelques jalons sûrs.

L’enquête de Hersh constitue le premier de ces jalons. L’autre source d’information sur la stratégie réelle de l’État hébreu est l’itinéraire des figures majeures de l’opposition syrienne, même islamiques, dans la mesure où elles ont entretenu des liens avec les lobbies juifs aux États-Unis, avec les services spéciaux israéliens et avec l’État hébreu lui-même.

MISE EN ŒUVRE DU PROJET

Examinons donc l’émergence de l’opposition syrienne, du moins ce que nous pouvons en connaître, pour essayer d’y discerner le rôle des différents acteurs.

Le plan visant à créer une subversion en Syrie, que Seymour Hersh présente comme une nouveauté, était en réalité déjà en cours depuis plus de deux ans, comme nous l’avons évoqué dans notre propre étude sur le sujet (Il est ressuscité n° 185, mars 2018, p. 22-26). Hersh aurait donc dû titrer son article  : «  confirmation de l’orientation  » ou «  relance du projet  ». Voici quelques indications complémentaires, empruntées entre autres à l’enquête approfondie de Jean-Loup Izambert, publiée sous le titre Cinquante-six, en deux tomes, qui le montreront.

L’une des personnalités-clé à l’origine de la subversion en Syrie est bien sûr l’ancien vice-président syrien (et franc-maçon) Abdel Halim Khaddam dont nous avons déjà parlé. Son itinéraire durant ces années est parfaitement représentatif de l’alliance tripartite dont parle Hersh. Le journaliste libanais Nidal Hamadé souligne que «  parmi les groupuscules liés à l’ancien vice-président syrien Abd el-Halim Khaddam et à Rifaat El-Assad, l’oncle de l’actuel président syrien, certains d’entre eux ont collaboré avec des services israéliens dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri [en février 2005] et sont derrière la création de l’appareil logistique qui comprend le faux témoin Zouheir Siddik et compagnie  » (La Syrie dans l’œil du cyclone  : les acteurs perturbateurs, par L. Mazboudi, Al-Manar, Groupe Libanais d’Information, 12 avril 2011. Cité par Jean-Loup Izambert, Cinquante-six, tome 1, p. 113). Rappelons que pour un certain nombre d’auteurs, cet assassinat était destiné à lancer la déstabilisation du Proche-Orient en 2005.

En juin 2005, Khaddam jeta le masque, démissionna de sa charge et se réfugia à Paris fin décembre. D’après Jean-Loup Izambert, «  en juin 2006, Khaddam aurait rencontré des officiers des services de renseignement étasuniens et israéliens avec des expatriés et leur aurait transmis des informations et des dossiers stratégiques [sur la Syrie]  ».

Cette même année 2006, une autre personnalité-clé entre en scène. Il s’agit de Farid Al-Ghadiri, un Syrien exilé aux États-Unis, très proche des milieux juifs américains. «  Il rencontra l’attaché militaire israélien à Washington et envoya une lettre à Ehoud Olmert, alors Premier ministre d’Israël, avec une liste de cibles stratégiques syriennes. Puis il publia un article dans le quotidien israélien conservateur Yediot Aharonot où il appelait à la déstabilisation de la Syrie et à ne signer aucun accord de paix avec le gouvernement de Damas. Toujours la même année 2006, un peu mégalomane et très certainement coupé de la réalité syrienne [dit Izambert, mais est-ce si sûr ?], Al-Ghadiri déclara que le Front de salut national (Jabhat Al-Khalas, fondé par Abd el-Halim Khaddam) était prêt à prendre le pouvoir. S’imaginant sans doute déjà comme l’un des nouveaux dirigeants d’un quelconque gouvernement provisoire, il indiqua qu’il engagerait des négociations de paix avec l’occupant israélien. Cette prise de position lui valut une levée de boucliers de tous les autres groupuscules de l’opposition «  anti-syrienne.  » Cette idée d’alliance avec Israël était promise à un bel avenir. En effet, à partir de 2011, plusieurs personnalités de l’opposition à Bachar el-Assad ne craindront pas de proposer à nouveau à Israël une véritable collaboration.

Dans cette fièvre de subversion, l’organisation des Frères musulmans a déployé une intense activité dans le monde entier pour préparer patiemment une insurrection. Ainsi, en 2005, le président des Frères musulmans de Syrie, Al-Bayanouni, rencontra le Saoudien Al-Dossari en vue de créer des cellules pour déstabiliser la Syrie. En 2007, il rencontra Abd el-Halim Khaddam à Bruxelles d’où les deux hommes lancèrent un appel pour le boycott des réformes en cours, et des élections présidentielles qui devaient avoir lieu en Syrie en mai. Ce fut en vain puisque Bachar el-Assad remporta ces élections haut la main. Toujours en 2007, Al-Bayanouni rencontra des fonctionnaires des Affaires étrangères anglais et des députés d’Europe occidentale pour obtenir leur soutien en faveur de l’action des Frères musulmans contre la République arabe syrienne. Et il se concerta avec Al-Ghadiri pour faciliter les rencontres de Frères musulmans avec les autorités étasuniennes.

Al-Bayanouni prit aussi contact à Tripoli, au Liban, avec Dai al-Islam al-Shahal, l’un des chefs salafistes du Liban-nord, ainsi que le président du Parti de la libération islamique, afin de leur proposer une stratégie commune pour combattre les soutiens de la Syrie au Liban, c’est-à-dire le Hezbollah et ses alliés chrétiens.

COORDINATION AMÉRICAINE.

Dans cette lutte, les sunnites radicaux libanais et syriens avaient le soutien de l’alliance américano-saoudienne, coordonnée par l’ambassadeur américain à Beyrouth, Jeffrey Feltman.

«  Ce conservateur proche des milieux sionistes a en charge le soutien aux groupes islamistes sunnites et leur instrumentalisation politique aux fins de les utiliser contre n’importe quel régime du Moyen-Orient, pays du Golfe compris […]. Feltman a passé la majorité de sa carrière sur l’Europe de l’Est et le Proche-Orient, et fut notamment en poste aux ambassades étasuniennes de Tel-Aviv et Beyrouth [2004-2008].

«  Témoignant devant une commission du Sénat étasunien le 8 juin 2010 [Jeffrey Feltman], indiquait que “ depuis 2006, notre aide totale au Liban a dépassé le milliard de dollars ”. Il s’agit en fait de fonds attribués à plusieurs associations et programmes étasuniens – comme l’USAID et la Middle East Partnership Initiative (Initiative de partenariat pour le Moyen-Orient, MEPI) – pour contrer la popularité du Hezbollah et soutenir les milieux atlantistes au Liban. [Jeffrey Feltman] est donc un “ grand révolutionnaire ” surtout soucieux de fragmenter la région pour mieux la contrôler et favoriser l’expansionnisme d’Israël.  » (Jean-Loup Izambert, Cinquante-six, tome 1, p. 189) Retenons cette dénomination de Middle East Partnership Initiative. C’est ce programme du département d’État qui pilote, depuis son lancement le 9 mai 2002 par George Bush, le remodelage du Moyen-Orient. Et c’est ce programme qui assurera la conception et la réalisation des Printemps arabes selon un plan d’ensemble.

Jeffrey Feltman expliqua aussi au Sénat américain  : «  Nous avons déployé de grands efforts diplomatiques, à travers la lutte antiterroriste et une aide matérielle, pour réduire cette menace et cette influence du Hezbollah dans la région et promouvoir la paix, la stabilité et la prospérité à travers le Proche-Orient.  »

Ces belles formules sont là pour masquer une réalité que Hersh et d’autres nous apprennent, à savoir que cette manne financière américaine et saoudienne (mais pas seulement) est allée aux Frères musulmans, au Front national du salut syrien, et à des groupes sunnites salafistes authentiquement terroristes, choyés pour leur efficacité dans la lutte contre le Hezbollah chiite. Parmi ces groupes djihadistes sunnites libanais, on compte Jund al-Cham, Osbat al-Ansar et Fatah al-Islam. Or, ces groupes joueront un rôle important dès le début de la révolution syrienne (cf. Syrie  : une libanisation fabriquée, p. 16).

À l’époque, cette stratégie laissait dubitatifs non seulement certaines personnalités de la classe politique américaine, mais même des Saoudiens. Seymour Hersh écrit en effet dans son article  : «  Au cours d’une conversation avec moi, un ancien diplomate saoudien […] s’est opposé au parrainage libanais et saoudien des djihadistes sunnites au Liban. “ Les salafistes sont malades et haineux, et je suis tout à fait contre l’idée de flirter avec eux. ”  » Fallait-il que ce soit vrai pour que même un Saoudien tire la sonnette d’alarme  ! Hélas, il y avait plusieurs années que les États-Unis jouaient à ce petit jeu en Irak…

POUR OU CONTRE BACHAR EL-ASSAD  ?

En cette année 2007, Al-Bayanouni appelait carrément de ses vœux une intervention militaire étrangère pour renverser le gouvernement syrien (Jean-Loup Izambert, Cinquante-six, tome 1, p. 179). Il y avait effectivement urgence, car certains dans le camp occidental préféraient la négociation aux projets de déstabilisation. Ainsi de Nancy Pelosi, le numéro trois de Washington, qui se rendit à Damas en avril 2007. À son retour, elle présenta Bachar el-Assad comme un chef d’État ouvert aux discussions, à la grande fureur des néoconservateurs de tous poils.

Pire  : le 8 juin 2007, le journal israélien Yediot Aharonot annonça que le Premier ministre israélien Ehud Olmert proposait à Bachar el-Assad de lui rendre le Golan en contrepartie de la fin du soutien de la Syrie à l’Iran et aux groupes terroristes. Cette initiative diplomatique provoqua la fureur de la “ droite ” israélienne emmenée par l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahou. Celui-ci fit venir des États-Unis Farid al-Ghadiri et lui demanda d’intervenir à la Knesset (parlement israélien) pour convaincre les membres de la Commission des affaires étrangères et de la défense de ne pas négocier avec la Syrie et de ne pas lui restituer le plateau du Golan. Ghadiri proposa aux députés israéliens de négocier avec le peuple syrien et non avec Bachar el-Assad qu’il voulait officiellement renverser. Sa proposition suscita une violente opposition des députés arabes israéliens  : «  la visite de Farid Ghadiri en ce moment précis tourne à l’avantage de la droite israélienne qui refuse de se retirer du Golan. Elle sert aussi la politique américaine qui souhaite durcir l’embargo sur la Syrie et approfondir son occupation de l’Irak et son hégémonie sur le Moyen-Orient.  »

Retenons qu’en 2007, Benjamin Netanyahou et la majorité des membres du Likoud (ainsi qu’Avigdor Lieberman, réputé pour son intransigeance) n’ont pas hésité à intervenir pour faire échouer les négociations de paix entre Ehud Olmert et Bachar el-Assad. D’autres tentatives de négociations eurent lieu malgré tout dans la suite, en vain. Dans ces conditions, l’on comprend l’inquiétude de Bachar el-Assad exprimée en mars 2009, lorsque Benjamin Netanyahou devint à nouveau Premier ministre  : «  “ Je vois la ligne d’arrivée se déplacer très loin ”, a dit Assad. “ Je n’ai pas peur de Netanyahu, mais du fait qu’Israël a voté pour un gouvernement de droite. C’est le plus grand obstacle à la paix. ”  » (Alter info, 19 mars 2009) Effectivement, le grand connaisseur de cette région qu’est Alain Chouet qualifie Netanyahou et Lieberman de «  gens qui adoptent sur tous les dossiers des positions agressives et sans nuance  » (Au cœur des services spéciaux, p. 199).

Il nous restera à examiner si le gouvernement Netanyahou a effectivement adopté dans la guerre de Syrie l’attitude attentiste que beaucoup d’analystes lui prêtent depuis le début du conflit syrien. Mais une chose est certaine  : la ligne de conduite tenue par Ghadiri en 2007 sera reprise durant la guerre de Syrie par certains opposants syriens comme Burhan Ghalioun ou Kamal Labwani, qui n’hésiteront pas à proposer à Israël une alliance dans laquelle ils s’engageaient – s’ils arrivaient au pouvoir – à rompre complètement avec l’Iran, le Hezbollah et le Hamas, et à renoncer à reconquérir le Golan, en échange d’un appui de l’armée israélienne contre Bachar el-Assad. Ce faisant, ils mériteront bien les diatribes des députés arabes israéliens adressées en 2007 à Ghadiri  : «  El Ghadiri a choisi la voie de la traîtrise. Il sert d’une manière obséquieuse l’agenda de la droite israélienne en Israël, qui ne cesse d’agiter les tambours de la guerre et cherche à faire capoter tout horizon pour la paix. Les milieux israéliens cherchent toute voix qui soutient la guerre et la destruction et El Ghadiri est taillé à leur mesure.  »

Pendant ce temps, les Frères musulmans continuaient à s’activer. Le 8 juillet 2007, Al-Bayanouni chargea le frère Farouk Tayfour de créer en Jordanie une «  commission d’aide à la Syrie  ». Cette structure avait pour rôle de collecter des fonds afin de recruter et former des réseaux en Syrie. Au mois d’août, Khaddam forma un comité de coordination à Erbil, au Kurdistan irakien, en coopération avec le Front de délivrance de la Syrie et le soutien des services de renseignements américains et kurdes. Le 4 septembre, Tayfour rencontra Yasin Najib Al-Ghadban. Ce Syrien membre du Front de salut national (donc proche des Frères musulmans) résidait et travaillait aux États-Unis où il était professeur agrégé de sciences politiques et d’études sur le Moyen-Orient à l’Université de l’Arkansas, et siégeait dans plusieurs organisations comme le Carnegie Council. Lui aussi jouera un rôle actif dans le lancement du Conseil National Syrien, l’organe créé en 2011 en vue de remplacer le gouvernement légitime en Syrie. Enfin, le 6 novembre 2007, Khaddam passa un accord avec Al-Bayanouni pour recruter des bandes à l’intérieur de la Syrie et organiser depuis la Jordanie des actions de sabotage contre les centres stratégiques de l’économie syrienne (Jean-Loup Izambert, Cinquante-six, tome 1, p. 125).

L’erreur serait de penser que tout ce grenouillage se faisait sans l’aval de Washington. C’était le volet extérieur du programme mené par le département d’État américain, qui finançait et développait en même temps un certain nombre de programmes destinés à préparer la déstabilisation politique de la Syrie. Au printemps 2008, une réunion aussi importante que discrète eut lieu à Washington, intitulée «  La Syrie en transition  ». Elle réunit des néoconservateurs aussi considérables que James Prince ou Josuha Muravchik, et des personnalités de l’opposition syrienne comme Radwan Ziadeh du Damascus center for humans right studies (DCHRS) et Ausama Monajed (du Mouvement pour le Développement et la Justice), autour d’ateliers comme  : «  L’émergence d’une opposition organisée en Syrie.  »

PASSAGE DE CONSIGNES

Le 24 juillet suivant, Ausama Monajed fut reçu à New York par George Bush et sa femme, ainsi que Condoleezza Rice, avec d’autres dissidents dans le cadre de la journée des Prisonniers de conscience. Était également présent le dissident russe Kasparov.

Ces personnalités de l’opposition syrienne, savamment utilisées par l’administration américaine, seront des chevilles ouvrières de la révolution de 2011.

En cette année 2008 où devait avoir lieu l’élection présidentielle, l’administration Bush prit soin d’assurer la persistance de sa politique étrangère en cas d’échec aux élections.

La première mesure prise fut la “ transmission de consignes ” lors de la réunion du Groupe Bilderberg, le 6 juin 2008. L’abbé de Nantes, notre Père, nous a maintes fois expliqué le rôle décisif joué par le Groupe Bilderberg et par Henry Kissinger dans la conduite de la politique étrangère américaine (voir par exemple la CRC n° 112, décembre 1976, p. 5-6). Or, en 2008, Kissinger invita à cette réunion la secrétaire d’État sortante Condoleezza Rice, ainsi que les candidats démocrates à l’élection présidentielle Barack Obama et Hillary Clinton. Étaient également présents le futur Premier ministre français Manuel Valls, Jean-Pierre Jouyet (ministre des Affaires européennes et futur secrétaire général de l’Élysée), Bertrand Collomb (Président d’Honneur de Lafarge), Christophe de Margerie (Directeur général de Total), mais surtout la franco-syrienne Bassma Kodmani, et l’Allemand Volker Perthes.

Lors d’un débat sur la permanence de la politique étrangère américaine, Condoleezza Rice serait intervenue pour expliquer le rôle que les Frères musulmans pourraient jouer pour la démocratisation du monde arabe. En l’absence d’autre renseignement sur les sujets abordés dans les discussions de ce groupe, on reste étonné de constater que nombre des personnalités présentes à cette réunion joueront un rôle important dans la crise syrienne.

Arrêtons-nous sur les deux dernières personnalités mentionnées. Bassma Kodmani tout d’abord est la fille d’un ambassadeur de Syrie en France, réfugiée à Paris en 1968. Cette universitaire franco-syrienne devint membre, dans les années 80, du très atlantiste Institut Français des Relations Internationales (IFRI), puis, en 2005, directrice de la branche régionale de la Ford Foundation basée au Caire. Sous couvert de philanthropie, cette organisation est en fait un relais de la CIA. En septembre 2005, Kodmani participa à la création par Henry Siegman de l’Arab Reform Initiative (ARI), dont elle devient la directrice exécutive. Henry Siegman est l’ancien directeur de l’American Jewish Congress et directeur de l’U. S. /Middle East Project (USMEP) un département du Council on Foreign Relations (CFR), proche de la Commission trilatérale, deux organisations dans lesquelles on retrouve Henry Kissinger. Le CFR est financé par les transnationales étasuniennes et regroupe quelques-uns des principaux dirigeants conservateurs de l’économie, de la finance, du renseignement, de l’armée et de l’administration. En clair, le CFR est l’une des principales officines qui gouvernent la politique mondiale.

L’Arab Reform Initiative où Kodmani œuvre aux côtés de son compatriote Salam Kawakibi, est un groupe de travail réunissant des experts de plusieurs think tanks et universités. L’un de ses objectifs est de présenter des projets pour «  la transition démocratique  » des pays arabes. Il s’agit en réalité, sous couvert de «  démocratie  » et de «  bonne gouvernance  », de créer les conditions propices à l’implantation de régimes favorables aux intérêts économiques, financiers et militaires de Washington. L’objectif final est de contrôler le Proche et le Moyen-Orient par leur fragmentation selon des critères ethniques et religieux, et d’intégrer les immenses territoires de l’espace arabo-perse musulman – et surtout ses richesses – à la sphère d’influence étasunienne. Le discours sur la nécessaire démocratisation, propagé par une multitude de petits instituts atlantistes (les fameux think tanks), vise à mieux faire assimiler – et finalement accepter – par les futurs cadres dirigeants de ces pays, les objectifs de Washington. Et pour ce faire, l’ARI promeut des personnalités arabes favorables à Tel-Aviv.

Très liée au CFR, c’est surtout de France que Bassma Kodmani s’est efforcée de développer son activité contre le pouvoir politique de la République arabe syrienne. Il serait certainement très instructif d’étudier en détail les actions menées à cette époque par Kodmani. Contentons-nous de noter que nous la retrouverons en janvier 2011 à un colloque de la très influente fondation Bertelsmann, intitulé «  L’avenir de la Méditerranée  » aux côtés de Zeidan Ali Zeidan, un dissident libyen qui aura, avec son père, un rôle central dans l’insurrection déclenchée pour renverser Kadhafi. Ensuite, Bassma Kodmani sera l’un des piliers fondateurs du Conseil national syrien et animera en France, avec sa sœur Hala, la propagande anti-Bachar.

Certaines communications du colloque susmentionné faisaient référence aux travaux d’un certain Volker Perthes. Ce bon connaisseur de la Syrie était depuis 2005 le directeur du SWP, principal think tank allemand. À ce titre, il avait assisté Jeffrey Feltman, l’ambassadeur des États-Unis au Liban, lors de la Révolution du Cèdre (printemps 2005). Nous le retrouvons en juin 2008 à la réunion du groupe Bilderberg. Il travaillera ensuite avec le même Jeffrey Feltman, puis il sera présent à la 47e Conférence de sécurité de Munich, en février 2011, un événement annuel de la politique internationale, réuni chaque année à l’initiative de… la fondation Bertelsmann. La boucle est bouclée  ! Cette année-là, Volker Perthes intervint dans la communication intitulée  : «  Que se passe-t-il dans le monde arabe  ?  » pour expliquer aux personnalités présentes que, pour assurer la réussite des «  transitions politiques  » lancées par les «  printemps arabes  », elles ne devaient pas se contenter de penser à leurs objectifs stratégiques, mais elles devaient aussi accompagner les mouvements populaires en tenant compte des revendications de la rue.

Volker Perthes aura un rôle clé dans la révolution de Syrie, en tant qu’assistant de Jeffrey Feltman, jusqu’à élaborer un projet complet de restructuration de la société syrienne.

Précisément, la deuxième mesure prise par l’administration Bush pour assurer la persistance de sa politique étrangère fut la nomination par Condoleezza Rice, le 1er août 2008, de Jeffrey Feltman au poste de sous-secrétaire d’État pour le Proche-Orient. Il restera à ce poste sous Obama, jusqu’en juillet 2012. La continuité de la politique proche-orientale américaine était assurée.

LE PLAN FELTMAN-BANDAR.

En 2008, Feltman prépara un plan extrêmement élaboré pour créer une révolution en Syrie. Pour cela, il s’assura la collaboration du prince Bandar Bin Sultan, ancien ambassadeur d’Arabie saoudite aux États-Unis et, depuis 2005, secrétaire général du Conseil de sécurité nationale saoudien. «  À Washington, Bandar bin Sultan était surnommé Bandar-Bush en raison de ses liens avec l’ancien président étatsunien qui l’avait mis dans le secret du projet d’invasion de l’Irak avant le secrétaire d’État américain Colin Powell.  » (Gilles Munier, La Syrie, prochaine cible de l’OTAN  ?, 4 avril 2011) Il encouragea l’action militaire en Irak et soutint l’agenda de Dick Cheney pour un «  nouveau Moyen-Orient  », qui appelait à promouvoir la démocratie en Syrie et en Iran.

Feltman et Bandar conçurent en 2008 un plan de subversion de la Syrie. Une opposante syrienne à Bachar el-Assad, l’a eu entre les mains et le résume ainsi  : «  Bandar aurait promis à George Bush qu’abattre le régime syrien ne coûterait pas plus de deux milliards de dollars et qu’il ne faudrait pas plus de quatre mois pour placer à la tête du pouvoir un président proaméricain de cœur et de raison […]. Selon lui, Bachar el-Assad jouit d’une popularité réelle, qu’il ne faut pas sous-estimer, en Syrie comme à l’étranger. Voilà pourquoi il faudrait, selon lui, transformer cette force pro-Assad en une force qui lui serait hostile. Le plan a pour stratégie l’exploitation des aspirations légitimes des gens à la liberté et à la dignité, et leur désir de se débarrasser de la corruption, afin de les transformer en une révolution contre le régime. L’idée était de convaincre les citoyens que le chemin des réformes de l’intérieur est en réalité une impasse et que la solution réside en une révolution destinée à renverser le président Assad.  » Et Gilles Munier ajoute  : «  Les phases ultimes du plan Bandar-Feltman comprennent l’organisation de troubles ethniques et religieux, de dissensions dans l’armée, et la constitution d’un conseil politique destiné à être reconnu par les Occidentaux et leurs obligés arabes.  »

Notre auteur nous apprend aussi que  : «  fin 2008, Bandar bin Sultan aurait tenté de s’emparer du pouvoir en Arabie, avec le soutien des néoconservateurs américains. Le coup d’État, prévu pendant l’agression israélienne de Gaza, devait se dérouler au cours de la période de transition du pouvoir entre George W. Bush et Barack Obama. Alerté par les services secrets russes, le roi d’Arabie aurait fait emprisonner Bandar bin Sultan, ainsi que quatre officiers supérieurs, puis l’aurait éloigné du pays pour “ raisons de santé ”  ».

En revanche, Jeffrey Feltman était, lui, en position d’assurer l’exécution de ce plan au sein de la nouvelle administration américaine. Effectivement, Jean-Loup Izambert affirme  : «  Jeffrey Feltman  ? C’est le “ monsieur islam ” du président Obama.  » Pour autant, Obama a-t-il marché dans le sentier ouvert par Bush ou bien a-t-il pris sa propre voie  ?

III. LE TANDEM OBAMA-CLINTON
PRÉPARE LES PRINTEMPS ARABES (2009-2010)

Début 2009, le nouveau président américain afficha un changement de style par rapport à l’administration Bush, et notamment une volonté d’effectuer un «  reset  » des relations des États-Unis avec la Russie, et un «  nouveau départ  » avec les pays du Moyen-Orient. Cela a conduit certains observateurs à opposer la politique de l’administration Obama à la précédente.

Pourtant, si la nouvelle administration donna effectivement quelques apparences d’un changement de ton, durant les deux années considérées les néoconservateurs de l’équipe Obama – en particulier Hillary Clinton, Samantha Power et Jeffrey Feltman – imposèrent de garder le cap donné par l’administration Bush.

«  Obama, c’est Bush, mais avec un autre langage  » écrit très justement le penseur égyptien Samir Amin (Le Monde arabe dans la longue durée  : le “ printemps ” arabe  ? Paris, Le Temps des Cerises, 2011, p. 37). Mais qu’est-ce à dire exactement  ?

Pour la première puissance mondiale, l’indocilité des chefs d’État arabes autoritaires à l’égard de ses volontés hégémoniques constitue un problème constant. C’est la raison pour laquelle l’un des objectifs prioritaires des États-Unis est de porter au pouvoir des gens qui leur soient parfaitement dociles. Alain Chouet le dit très bien  : «  Ce n’est un secret pour personne, le président Obama l’a reconnu  : il pousse au départ de ceux qu’il considère comme des dictateurs. Non parce qu’ils sont des dictateurs, mais parce que leur gestion prédatrice finit par gêner les intérêts stratégiques et économiques de l’Amérique.  » (Au cœur des services spéciaux, p. 276) Cela ne diffère guère de la politique menée par Bush.

LA MÉTHODE OBAMA.

La méthode de l’administration Obama en politique étrangère est bien suggérée par la formule  : «  leading from behind  », ce qui peut se traduire  : diriger en restant en arrière. Elle rappelle étrangement la formule «  Stay behind  » chère à la CIA dont la famille Obama était depuis longtemps très proche. Cela signifie que pour Obama il fallait éviter de paraître sur le devant de la scène, et préférer des interventions indirectes, si possible en les sous-traitant.

Un seul exemple (donné par Aymeric Chauprade, dans sa Chronique du choc des civilisations, p. 25) illustrera bien cette pratique. «  Le retrait d’Irak annoncé par le président Obama (plus un seul soldat américain en Irak fin 2011) ne doit pas faire illusion. L’armée américaine a engagé, dès la chute de Saddam Hussein, le processus de double délégation de la sécurité, d’une part aux sociétés militaires privées occidentales, d’autre part à la police et à la nouvelle armée irakienne.  » Or, «  en 2009, les civils américains sous contrat de défense – les contractors – représentaient dans tout le Moyen-Orient, jusqu’à 200 000 hommes, dont 170 000 en Irak  ». Le président Obama a certes décidé le retrait des soldats américains réguliers, mais il a maintenu des mercenaires en place.

Voilà comment l’on peut continuer à contrôler une zone en restant dans l’ombre d’acteurs apparemment non gouvernementaux. Ce point est une clé pour comprendre tout ce qui va suivre. Effectivement, même si cette stratégie ne pouvait tromper que les opinions publiques, et certainement pas les services de renseignements compétents, elle s’est avérée payante dans presque tous les cas.

Les actions de l’administration Obama (guerres ou révolutions) ont toutes cette caractéristique commune d’utiliser comme outils des puissances mercenaires, souvent appelées “ Proxies ” (ou mandataires) lui permettant de mener des actions “ par procuration ”.

Effectivement, comme l’explique encore Alain Chouet (ibid., p. 296), pour résoudre les situations posant problème à l’administration américaine, plutôt que des interventions armées directes, qui n’étaient cependant pas complètement bannies, il valait mieux susciter des révolutions dans les pays dont on voulait changer le régime.

Et pour réaliser ces révolutions, on mobiliserait des puissances mercenaires. Celles-ci étaient de deux types  : les alliés occidentaux, choyés pour leur efficacité technique, et les alliés musulmans particulièrement adaptés pour les actions à mener au Levant, étant donné leur connaissance du contexte moyen-oriental (langue, religion, etc.). Leur capacité à financer les opérations et leur esprit mercenaire étaient également très précieux. Cette méthode permettait donc des réductions de coûts, mais aussi de faire jouer en cas de besoin la technique du «  déni plausible  » pratiquée par la CIA. En effet, comme l’a très bien mis en évidence le chercheur Maxime Chaix, en cas de difficultés, les États-Unis pouvaient dire  : ah, ce n’est pas nous, c’est la Grande-Bretagne, ou bien, c’est la France, ou bien c’est l’Arabie saoudite, c’est le Qatar… De fait, Washington ne s’est pas privé d’user de cette ruse, et l’on reste étonné de voir à quel point elle fonctionne bien, encore actuellement  !

PROJET DE RENVERSEMENT DES POUVOIRS INDOCILES.

La façon dont les États-Unis ont organisé la «  démocratisation  » des pays posant problème a été mise en évidence par des études approfondies. Il en ressort que, premièrement la puissance commanditaire et organisatrice de ces révolutions est bien l’administration américaine.

Deuxièmement, non seulement les États-Unis ont travaillé à renverser les dictateurs, mais ils ont pris le risque de les remplacer par des régimes islamiques. Sans vouloir anticiper sur les événements de 2011, il faut citer une déclaration emblématique de Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’État de Bill Clinton, devenue présidente du National Democratic Institute for International Affairs (NDI), organisation liée au Parti démocrate américain. Le 3 février 2011, avant même le départ d’Hosni Moubarak, Madeleine Albright déclara lors d’une entrevue accordée à la journaliste Rachel Maddow de la chaîne CBS  : «  Si des groupes islamistes, y compris les Frères musulmans, abandonnent la violence politique comme moyen d’expression, alors je crois que ceux-ci sont capables de faire partie d’un gouvernement modéré et sécularisé.  » (La face cachée des révolutions arabes, article d’Olivier Guilmain, L’influence des ONG américaines sur le printemps arabe, p. 400) Pour apprécier le poids de cette déclaration, il faut se souvenir que le pouvoir égyptien avait strictement interdit les Frères musulmans depuis les années cinquante, tout comme le pouvoir syrien. De plus, dans la bouche de Madeleine Albright, il ne s’agit nullement d’un propos de circonstance. Conformément aux orientations indiquées dans son livre Dieu, l’Amérique et le monde, elle n’a pas hésité à soutenir les islamistes en ex-Yougoslavie, et les Talibans en Afghanistan avant qu’ils ne deviennent indociles début 2001.

Cette volonté de porter des islamistes au pouvoir explique pourquoi les États-Unis ont autant travaillé avec les monarchies du Golfe arabo-persique tout au long des printemps arabes. Notre frère Bruno mettait déjà cela en évidence dans sa conférence d’actualités de février 2011  : «  Depuis les années 80, la politique américaine s’ingénie, sous couvert des menées de l’Arabie saoudite leur protégée, à susciter et à promouvoir délibérément les régimes islamiques les plus rétrogrades, faciles à contrôler par la corruption de leurs dirigeants.  »

LES ISLAMISTES UTILISÉS COMME «  PROXIES  ».

Il appert de tout cela que les monarchies du golfe arabo-persique (Qatar, Arabie Saoudite…) ont été les collaborateurs des États-Unis, tout comme la Grande-Bretagne et la France. Leur mission était notamment de soutenir des groupes islamistes, de préférence les Frères musulmans, jusqu’à les porter au pouvoir.

L’erreur serait de penser que cette doctrine Obama était une pratique nouvelle au sein de la classe politique américaine. Nous avons rappelé plus haut que cette alliance des États-Unis avec l’Arabie saoudite et le Qatar est une composante clé de leur politique étrangère au Moyen-Orient. En voulant travailler avec les Frères musulmans, Barack Obama s’inscrivait donc dans une tradition déjà ancienne et en particulier dans la ligne des recommandations de Condoleezza Rice et de ses amis, émises lors de la réunion du groupe Bilderberg en juin 2008.

Dès lors, la politique de rapprochement d’Obama avec l’islam va nous apparaître dans toute sa clarté.

Dès son entrée en fonction, en janvier 2009, Barack Hussein Obama confia des postes clés au sein de son administration à pas moins de dix membres de la confrérie des Frères musulmans  ! (Alexandre Del Valle, Les vrais ennemis de l’Occident, p. 166, 384-386). Le 4 juin suivant, le président Obama se rendit en Égypte, et prononça à l’université Al-Azhar du Caire un discours intitulé «  A new Beginning  ». Ce discours devenu célèbre, qui dénotait une claire volonté d’alliance entre les États-Unis et le monde islamique, avait été rédigé par l’un des Frères musulmans de son entourage. Il s’agissait en l’occurrence de Rached Hussein, un avocat américano-indo-pakistanais, qu’Obama avait pris pour conseiller juridique à la Maison-Blanche (cf. Alexandre Del Valle, ibid.). Ce discours officialisa le rapprochement tactique des États-Unis avec l’islamisme prétendument modéré, représenté par les Frères musulmans et les salafistes saoudiens. Loin d’être circonstanciel, ce discours est parfaitement emblématique de la doctrine Obama.

UN PLAN D’ENSEMBLE POUR LE GRAND MOYEN-ORIENT.

Il suffit de considérer l’ensemble des informations sur la préparation et le déroulement des printemps arabes pour constater qu’il s’agit indubitablement d’une opération concertée.

Éric Denécée, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement, le dit très bien dans La face cachée des révolutions arabes, remarquable ouvrage, auquel ont collaboré pas moins de vingt-trois auteurs  : «  La stratégie des révolutions arabes a été pensée dans divers Think Tanks, son pilotage a été confié au département d’État [américain] et les acteurs en sont les Fondations et ONG qui agissent à visage découvert.  » (La face cachée de révolutions arabes, 2012, p. 28)

Nous avons signalé plus haut que le plan américain de remodelage du Grand Moyen-Orient était assuré par un programme du département d’État dénommé Middle East Partnership Initiative. Or, en juin 2014 le think tank américain Middle East Briefing a déclaré avoir eu accès au rapport intitulé “ Middle East Partnership Initiative  : Aperçu  ” du 22 octobre 2010, rendu public en vertu de la Freedom of Information Act. Ce document révèle que le département d’État a préparé, via le MEPI, les changements de régime survenus en 2011. Un point central de ce projet était (sans surprise) le soutien aux Frères musulmans.

Les États-Unis et leurs alliés occidentaux ont donc bien conçu un plan d’ensemble pour résoudre simultanément tous les problèmes en cours dans le Grand Moyen-Orient, en changeant tous les régimes politiques qui leur posaient problème, au Maghreb et au Machrek, et en les remplaçant par des régimes politiques coopératifs, en l’occurrence des régimes islamistes.

Le Tunisien Mezri Haddad met très bien en évidence que le plan prévoyait de lancer la révolution dans les pays où elle serait facile à réaliser, c’est-à-dire en Tunisie et Égypte, afin de bénéficier ensuite d’un effet d’entraînement appelé «  effet domino  », qui favoriserait la subversion dans les pays où le changement de régime s’annonçait difficile  : la Lybie et a fortiori la Syrie.

Il serait donc illusoire de prétendre expliquer la révolte syrienne sans la replacer dans le contexte des autres printemps arabes.

PRÉPARATION DE LA SUBVERSION
HORS DE SYRIE

Il y avait longtemps que l’extravagant Kadhafi gênait les Occidentaux. Pourtant, chose étrange, ces derniers ont attendu pour le renverser, le moment où il s’assagissait. En effet, à la fin de la première décennie de ce siècle, Kadhafi avait renoncé à l’arme nucléaire (qu’il n’a jamais eue, selon Alain Chouet, ibid., p. 187); il avait également renoncé au terrorisme et aidait même les Européens à lutter contre le terrorisme islamiste qui menaçait autant son régime “ apostat ” socialisant que l’Europe. Il aidait aussi les Européens à contrôler les flux migratoires (Alexandre Del Valle, Les vrais ennemis, p. 369). Enfin, le niveau de vie en Lybie était très correct (Alexandre Del Valle, Les vrais ennemis, p. 375; Alain Chouet, Au cœur des services spéciaux, p. 280).

Alors, pourquoi vouloir le renverser  ? Il semble que l’une des principales raisons de son renversement était liée aux grandes richesses du pays en hydrocarbures, dont les Britanniques voulaient arracher le contrôle aux Chinois. Notre frère Bruno l’expliqua dans sa conférence d’actualités de mai 2011  : «  Ce n’est pas la première révolte contre Kadhafi. Pourquoi leur apporter notre soutien cette fois-ci  ? Il semble que cela soit essentiellement dû à la décision de Kadhafi de confier la gestion du pétrole et du gaz à des sociétés indiennes et chinoises, ce qui n’a pas plu aux Britanniques. Ces derniers ont aidé, sinon organisé, un coup d’État.  » Aymeric Chauprade explique très bien ces enjeux dans sa Chronique du choc des civilisations, p. 52-55. Finalement, l’opération occidentale sur la Libye pourra se vanter d’avoir fait fuir 35 000 Chinois présents dans le pays. Tout cela est expliqué en détail dans La face cachée des révolutions arabes.

Mais surtout, Kadhafi avait depuis plusieurs années le projet de travailler au remplacement du franc CFA par une nouvelle monnaie, le dinar or, basé sur les cent quarante-trois tonnes d’or libyennes, dont l’ensemble des pays africains se serait servi, avec l’intention de se faire payer leur pétrole non plus en dollar, mais en dinar or. Dans les années 2008-2009, Kadhafi avait eu le tort de proposer ce projet lors du sommet de l’Union africaine. Moubarak et Ben Ali étaient partants, et des pays membres de l’OPEP intéressés (cf. F. William Engdahl, Emails d’Hillary, dinars or et printemps arabes, 17 mars 2016).

Ce projet rejoignait des tentatives similaires d’autres pays producteurs d’hydrocarbures comme le Venezuela ou l’Iran. Celui-ci avait lancé la Bourse de Kish en février 2008 afin de vendre ses hydrocarbures dans des devises nationales autres que le dollar. Tout cela entrait dans la volonté des pays du bloc oriental de mettre fin au “ pétrodollar ” (la dénomination est de Kissinger). «  Si la dynamique se poursuit, c’en est fini du pétrodollar, socle de la primauté du dollar dans l’économie mondiale. Et si le dollar n’est plus la monnaie de référence, l’économie américaine tout entière perdra sa place de premier rang dans un monde qui alors cessera de supporter le déficit budgétaire des États-Unis. Les fonds souverains comme la montée des devises émergentes (euro, rouble, yuan, yen…) dans l’économie des hydrocarbures constituent un formidable défi à la finance anglo-américaine, laquelle a régné sur le XXe siècle et a joué un rôle déterminant dans les deux guerres mondiales.  » (Chauprade, ibid., p. 50) Au passage, cela nous renseigne sur l’une des raisons majeures de l’hostilité des États-Unis à l’égard de l’Iran  : «  Un Iran indépendant, en plus de la Russie, permettrait à la Chine et à l’Inde de ne pas dépendre du bon vouloir d’une Amérique qui contrôle déjà l’essentiel des puits de pétrole du Moyen-Orient arabe (plus de 50 % des réserves prouvées).  » Dans ce contexte, le dessein de Kadhafi était donc très dangereux pour les financiers américains et britanniques  ; ils décidèrent de l’éliminer.

Après le Liban en 2005, le premier pays victime d’une tentative de déstabilisation par les États-Unis fut l’Iran, qui connut sa Révolution verte, lancée par le département d’État américain en réponse à la victoire de Mahmoud Ahmadinejad aux élections présidentielles du 13 juin 2009. George Soros et la National Endowment for Democracy (NED) en furent les organisateurs. Les leaders de la contestation s’inspirèrent également des manuels de «  révolutions pacifiques  » de Gene Sharp, président de la fondation Albert Einstein et théoricien des actions «  non violentes  » (Alexandre Del Valle et Randa Kassis, Comprendre le chaos syrien, p. 102). Ces manuels, traduits en trente langues et répandus dans le monde entier, ont inspiré tous les leaders des révolutions de velours en Europe de l’Est. Mais instruit par les expériences des anciens satellites de la Russie, l’Iran prit des mesures de protection, et la tentative de déstabilisation échoua. Les États-Unis sont revenus à la charge en 2010, après l’onde de choc déclenchée par le discours d’Ahmadinejad à l’ONU en septembre. Sur le conseil de Volker Perthes, ils essayèrent de mettre l’économie iranienne en difficulté, notamment en introduisant le virus Stuxnet dans l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz (cf. Il est ressuscité n° 178, août 2017, p. 21).

Les jeunes leaders des printemps arabes ne sont pas sortis de nulle part. Ils étaient choyés et formés depuis plusieurs années par Washington, qui a su les diriger savamment pour parvenir à ses fins.

«  Sous les auspices de Freedom House (FH), les dissidents égyptiens et les opposants d’Hosni Moubarak ont été reçus en mai 2008 par Condoleezza Rice au département d’État et au Congrès des États-Unis. Ils ont également rencontré le conseiller national pour la sécurité de la Maison-Blanche Stephen Hadley, lequel était “ le principal conseiller en politique étrangère de la Maison-Blanche ” durant le second mandat de George W. Bush […]. En mai 2009, Hillary Clinton a rencontré une délégation de dissidents égyptiens, parmi lesquels plusieurs avaient rencontré Condoleezza Rice un an auparavant. Ces rencontres de haut niveau se sont tenues une semaine avant la visite d’Obama en Égypte.  » (Michel Chossudovsky, Le mouvement de protestation en Égypte  : Les «  dictateurs  » ne dictent pas, ils obéissent aux ordres, 4 février 2011). L’auteur précise, s’il en était besoin, que «  FH et la NED ont tous deux des liens avec le Congrès étasunien, avec le Council on Foreign Relations (CFR) et avec le milieu des affaires. Ils sont également connus pour leurs liens avec la CIA.  »

Nous avons dit dans notre précédent article (Il est ressuscité n° 185, mars 2018, p. 27) que le département d’État américain avait organisé un «  Arab Bloggers Meeting  » en 2008 à Beyrouth destiné à préparer des militants arabes à l’utilisation des moyens modernes de communication pour susciter et conduire une révolution. Un deuxième meeting de ce type fut organisé du 8 au 12 décembre 2009, toujours à Beyrouth, par le «  Heinrich Böll Stiftung  » lié à la NED et cofinancé par l’Open Society Institute (OSI) de George Soros. Il réunit plus d’une soixantaine de cyberactivistes arabes dont beaucoup devinrent ensuite les leaders des Printemps arabes.

«  Du 27 février au 13 mars 2010, Freedom House a reçu onze blogueurs du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord [affiliés à différentes organisations de la société civile] pour une visite pédagogique des nouveaux médias de pointe à Washington D. C. Cette visite pédagogique a offert aux blogueurs une formation en sécurité numérique, en production de vidéos numériques, en conception de message et en cartographie numérique. Lors de leur passage dans le District of Columbia [=Washington], les stagiaires ont aussi participé à un breffage du Sénat et ont rencontré des représentants de haut rang d’USAID, du département d’État, du Congrès et des médias internationaux comme Al-Jazeera et le Washington Post.  » (Michel Chossudovsky, ibid.)

Alexandre Del Valle donne dans ses livres Les vrais ennemis de l’Occident (p. 441-445) et Comprendre le chaos syrien (p. 104) la liste des “ ONG ” américaines qui, durant les années 2007-2010, ont formé ces leaders aux techniques de révolutions douces, dites «  non violentes  » à l’école de Gene Sharp. Et les bourses, que ce dernier accorde aux promoteurs de la démocratie dans le monde entier, bénéficièrent en particulier aux activistes arabes. C’est donc avec raison que L’International Herald Tribune titrait le 14 avril 2011  : «  Des groupes américains ont formé les leaders clés des révoltes arabes.  » (cité par Aymeric Chauprade, Chronique du choc des civilisations, p. 117)

Le lecteur désireux d’en savoir plus pourra se reporter avec profit à La face cachée des révolutions arabes, ainsi qu’à Arabesque$, Enquête sur le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes, de Ahmed Bensaada (2015).

Dans sa volonté de se débarrasser de Mouammar Kadhafi, le département d’État américain savait qu’une révolution populaire serait beaucoup plus difficile à organiser en Libye qu’en Tunisie ou en Égypte, étant donné la forte personnalité du guide libyen, son indépendance à l’égard des États-Unis et sa volonté de s’accrocher au pouvoir. Durant ces années 2007-2009, les Américains ne travaillèrent donc pas tant à préparer une révolution populaire de type “ non violente ” qu’à infiltrer la société civile libyenne pour y façonner des personnalités favorables à l’alliance américaine.

L’ambassade américaine à Tripoli noua des contacts avec des opposants pour constituer un gouvernement de substitution (cf. Ahmed Bensaada, ibid., p. 159-173). Par exemple, le Libyen Ali Zeidan, futur représentant du Conseil national de Transition libyen (CNT) et futur Premier ministre de Libye (octobre 2012), participa dès 2008 à «  une importante réunion organisée par le département d’État américain en présence d’Hillary Clinton  » (Éric Denécée, La face cachée des révolutions arabes, p. 22). Il aura un rôle clé durant la révolution, notamment pour annoncer à la presse internationale des bilans de victimes invraisemblables. Son fils, Zeidan Ali Zeidan, adhéra avec son père à la Ligue Libyenne des Droits de l’Homme (LLDH), et participa en janvier 2011 au colloque intitulé «  L’avenir de la Méditerranée  » organisé, comme nous l’avons dit plus haut, par la fondation Bertelsmann. Était présente également à ce colloque la franco-syrienne Bassma Kodmani. Où l’on voit que les think tanks atlantistes assurèrent la concertation nécessaire à la réussite du plan d’ensemble.

Le projet de subversion lancée par un mouvement populaire supposait d’utiliser internet et les réseaux sociaux de façon intensive. Pour ce faire, le département d’État travailla à développer l’usage de ces moyens de communication dans les pays ciblés. Ainsi, en novembre 2009, la secrétaire d’État Hillary Clinton, annonça le lancement de l’ «  Initiative société civile 2.0  » pour aider des organisations à travers le monde à utiliser la technologie numérique, et attribua cinq millions de dollars de subventions à des programmes pilotes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord pour accroître les nouveaux médias et les capacités de mise en réseau des organisations de la société civile. Et le 21 janvier 2010, elle prononça un discours intitulé «  Remarques sur la liberté d’internet  » dans lequel elle éleva la liberté d’internet au rang de priorité de la politique étrangère de l’administration Obama (La face cachée des révolutions arabes, p. 22).

Cette présentation de l’action américaine pour préparer les printemps arabes dans le Maghreb va éclairer singulièrement les événements de Syrie.

PRÉPARATION DE LA SUBVERSION EN SYRIE

Dès son entrée en fonction en janvier 2009, l’administration Obama se fixa comme objectif de détacher la Syrie de l’Iran.

Le premier moyen employé fut un rapprochement diplomatique avec le président Bachar el-Assad. Majed Nehmé, directeur de la revue Afrique/Asie, analyse très bien cette politique qui a trompé plus d’un Occidental sur les véritables intentions des États-Unis  : «  On l’aura compris, à travers l’encerclement de la Syrie, c’est son alliance avec l’Iran, le Hezbollah et le Hamas qui était visée. La manière forte ayant échoué [notamment les sanctions économiques et les tentatives de déstabilisation du Liban en 2005-2006], les États-Unis et leurs alliés ont alors essayé d’utiliser la “ carotte ”. Le rôle d’ “ aguicheur ” pour casser l’alliance entre Damas et Téhéran, revint à la France (et à l’Union européenne), à la Turquie et au Qatar. En contrepartie de cette main tendue, il fut désormais demandé à la Syrie de s’insérer dans la mondialisation.  » (La face cachée des révolutions arabes, p. 287)

Nous avons ici la juste explication des ouvertures étonnantes de la France à l’égard de la Syrie sous l’égide de Nicolas Sarkozy, évoquées dans notre article précédent, ainsi que des relations très chaleureuses de la Turquie et du Qatar avec Bachar el-Assad avant 2011.

Le département d’État américain étant conscient du peu de chance de voir la Syrie évoluer au point de rompre avec l’Iran, Washington maintint parallèlement le financement des programmes conçus pour préparer un «  Regime change  », en conservant toute la discrétion nécessaire, bien entendu. Il s’agissait, conformément au plan Feltman-Bandar, de susciter une opposition à Bachar el-Assad sur le territoire syrien lui-même, mais aussi à l’étranger, notamment dans les pays limitrophes.

PRÉPARATION D’UNE OPPOSITION INTÉRIEURE.

Nous avons vu dans notre précédent article que l’administration Bush avait lancé en Syrie une dizaine de programmes de soutien aux opposants syriens, principalement des gens proches des Frères musulmans, pour préparer la transformation de la Syrie en un régime pro-occidental, ce qui impliquait de diaboliser le président Bachar el-Assad afin de le renverser (Il est ressuscité n° 185, mars 2018, p. 26-27). Or, au cours de l’année 2009, l’administration Obama décida de poursuivre ces programmes menés dans le cadre de l’ «  Initiative de partenariat pour le Moyen-Orient  » (MEPI), et ce, alors même que les services syriens commençaient à infiltrer les organisations d’opposition et à découvrir le soutien que les États-Unis leur apportaient.

Ainsi, l’administration Obama poursuivit le soutien au Mouvement pour la Justice et le Développement (MDJ), émanation des Frères musulmans, où Aussama Monajed a joué un rôle central. Le département d’État poursuivit également le financement de la chaîne satellitaire BaradaTV, fondée par les dirigeants du MDJ pour fabriquer une propagande anti-Bachar. Cette chaîne diffusait des spectacles phares au titre suggestif  : un débat d’experts sur l’actualité intitulé “ Vers un changement ”, et l’émission “ Première étape ” produite par un groupe dissident syrien basé aux États-Unis.

Le soutien à l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), organisme basé à Londres et dirigé par les Frères musulmans, fut également poursuivi. Le 12 octobre 2009, l’un des fondateurs de l’OSDH, Haytham al-Maleh, fit une déclaration à une “ télévision étrangère ”, très critique envers Bachar el-Assad et les institutions syriennes. La télévision en question n’était autre que… BaradaTV   ! Al-Maleh fut arrêté et incarcéré, ce dont nombre d’associations de défense des droits de l’homme dans le monde firent des gorges chaudes.

Les effets de ce soutien américain à l’opposition intérieure ont été parfaitement analysés par Maria Saadeh, une Syrienne catholique, architecte de réputation internationale et députée indépendante à l’Assemblée du peuple de Damas  : «  Les États occidentaux qui veulent [entre autres] s’approprier les richesses de notre pays utilisent, en les détournant, des revendications légitimes du peuple syrien. Pour cela, ils exploitent tous les mécontents du régime à tous les niveaux, en provoquant des réactions par instinct et en utilisant la guerre psychologique pour soulever la société contre le régime qui est devenu l’ennemi.  » (Entretien avec Jean-Loup Izambert, Cinquante-six, tome 2 p. 272)

Le gouvernement syrien lui-même avait conscience des intentions hostiles de Washington, et les enquêtes qu’il avait multipliées, en cette année 2009, sur les opposants politiques et leurs liens avec les États-Unis, lui avaient permis de repérer une grande partie de ce qui se tramait. Les services secrets syriens découvrirent aussi que les États-Unis étaient assistés dans leur tâche par l’Arabie saoudite et le Qatar.

En cette année 2009, les services syriens découvrirent que les Saoudiens avaient pénétré le réseau d’imams de Syrie, dans un but subversif bien entendu (cf. Christian Chesnot et Georges Malbrunot, Les chemins de Damas, p. 251). Ces nombreux imams salafistes des mosquées du sud de la Syrie allaient faire des prêches contre le régime laïc syrien, prétendant qu’il était responsable de la détérioration des conditions de vie des populations les moins aisées.

Nous avons mentionné dans notre article précédent le cri d’alarme d’Asma Kaftaro en 2009 déplorant le développement du salafisme en Syrie. Elle voyait apparaître pour la première fois des groupes salafistes, essentiellement dans les régions périphériques délaissées par l’administration centrale, où sévissaient la misère et la corruption. «  Il y a encore trois ou quatre ans, les barbes et tenues salafistes (niqab) n’existaient pas en Syrie. Ces comportements ont été importés d’Arabie saoudite et du Qatar, par des hommes d’affaires et des ONG  », explique-t-elle (Syrie  : une libanisation fabriquée, p. 17).

Effectivement, le Qatar s’impliquait lui aussi beaucoup en Syrie dans ces années-là, multipliant les investissements, et achetant des terres.

L’ASSAUT DANS LES PAYS LIMITROPHES.

Les opposants syriens sont tous instrumentalisés par des puissances étrangères  : États-Unis, Arabie saoudite, Israël, France, etc. Sans oublier les Frères musulmans, choisis par les États-Unis comme animateurs de l’opposition. Enfin, il semblerait qu’Israël ait considéré qu’il était de son intérêt de soutenir certains de ces opposants.

Maria Saadeh a donc tout à fait raison d’affirmer que les ténors de l’opposition au président Bachar el-Assad «  sont partis de Syrie depuis de très nombreuses années [donc bien avant 2011]. Certains États, comme la France, ont commencé bien avant les événements à [les] organiser et à [les] soutenir pour fabriquer une opposition  » (Entretien avec Jean-Loup Izambert, Cinquante-six, tome 2, p. 272).

La députée syrienne précise que «  dès cette époque, du temps de la présidence Sarkozy, les dirigeants français ont, avec d’autres, créé les conditions du conflit en préparant des moyens d’intervention en Syrie, mais surtout dans des pays frontaliers (Turquie, Liban, Jordanie) au travers de financement, de l’organisation de structures de propagande, de livraisons de matériels militaires et d’armes en grande quantité, etc., pour renverser le régime légalement élu par le peuple  » (Entretien avec Jean-Loup Izambert, Cinquante-six, tome 2, p. 272).

Nous avons évoqué plus haut la décision des États-Unis et de l’Arabie saoudite de soutenir les groupes islamistes présents au Liban, avec la complicité du Premier ministre Siniora, en lien depuis des années avec les services secrets jordaniens. Jean-Loup Izambert apporte de nombreux détails sur les activités subversives des sunnites libanais, toujours avec le soutien des États-Unis.

La complicité de la Jordanie est elle aussi largement avérée. «  Le 3 septembre 2008, les services de renseignement jordaniens et saoudiens contactent des membres de l’ “ opposition ” syrienne à l’étranger, dont [le frère musulman syrien] Tayfour. Ils cherchent à les convaincre d’organiser en Jordanie une plate-forme d’assaut à partir de laquelle ils pourraient développer leurs actions contre la République arabe syrienne.  » (Izambert, Cinquante-six, tome 1, p. 194) En 2009, le King Adbullah II Special Operations Training Center (KASOTC) est créé à Yajooz, aux portes d’Amman, pour permettre à la CIA de former les activistes syriens (Pascal Le Pautremat, La guerre syrienne  : De la Jordanie au Caucase… par l’Observatoire de la Défense et de la Sécurité, www. espritcorsaire. com, 14 mars 2013). La base militaire de Safawi, dans le nord de la Jordanie, et deux camps, un au sud et un à l’est de la Jordanie, seront également utilisés durant la guerre (Jean-Loup Izambert, ibid., tome 1 p. 270).

La voie de la rébellion armée devenait effectivement de plus en plus d’actualité, les diplomates s’avérant incapables d’amener la Syrie à se détacher de l’Iran.

ÉCHEC DE LA VOIE DIPLOMATIQUE.

Fin 2009-début 2010, la politique de la main tendue au président syrien montra ses limites. En effet, le président iranien devant se rendre en visite à Damas le 26 février 2010, la veille Hillary Clinton appela publiquement la Syrie à prendre ses distances avec l’Iran. Mme Clinton demanda aussi à la Syrie de cesser d’armer le Hezbollah, de coopérer davantage dans le dossier irakien et de reprendre les pourparlers avec Israël. Le lendemain, lors d’une conférence de presse commune avec le président iranien, Bachar el-Assad déclara  : «  Nous nous sommes rencontrés aujourd’hui pour signer un “ accord de séparation ” entre la Syrie et l’Iran, mais en raison d’une mauvaise traduction nous avons signé un accord sur la suppression des visas […]. Je suis étonné qu’ils [les États-Unis] demandent aux pays de s’éloigner les uns des autres (…) alors qu’ils évoquent la stabilité et la paix au Proche-Orient et tous les autres beaux principes. Nous avons besoin de renforcer davantage les relations si l’objectif est vraiment la stabilité.  » (Rapport d’information de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, 16 juin 2010, p. 46). Cette déclaration peut être considérée comme un véritable casus belli.

Résultat  : le 20 avril suivant, le département d’État américain fit une déclaration très dure contre les transferts d’armements syriens au Hezbollah. Il y soupçonnait l’État syrien de livrer de missiles Scud aux Libanais, et se disait déçu de constater que le dialogue entrepris à l’été 2009 ne donnait aucun résultat. Cependant l’allégation concernant les Scud fut formellement démentie par Saad Hariri, Premier ministre du Liban, pourtant adversaire du Hezbollah. Celui-ci précisa n’avoir nul besoin d’antiques Scud puisqu’il disposait depuis 2006 d’armes autrement plus sophistiquées. L’accusation fut pourtant reprise par Tel-Aviv, qui avertit la Syrie de son intention de «  la ramener à l’âge de pierre  ». On reste surpris du peu d’imagination des responsables israéliens. Ils ont en effet exprimé récemment leurs intentions à l’égard du Liban en des termes en tous points identiques  : «  Nous raserons le Liban jusqu’au niveau du sol et le renverrons à l’âge de pierre  », a prévenu le ministre du Renseignement, Yisrael Katz (Il est ressuscité n° 184, février 2018, p. 12). De façon étonnante, cette expression figure à la lettre dans le plan Feltman-Bandar de subversion de la Syrie de 2008. Ce plan parle de «  renverser le régime en Syrie et ramener la Syrie à “ l’âge de pierre ”  » Une signature  ? En tous cas, quelle différence entre ce programme d’action barbare et l’œuvre pacificatrice menée dans la région depuis plusieurs années par Vladimir Poutine, dont la modération devient chaque jour plus évidente, n’en déplaise à la propagande occidentale.

L’échec de la tentative diplomatique américaine pour détacher la Syrie de l’Iran se confirma début mai 2010, lorsque l’administration Obama prolongea à nouveau pour un an les sanctions prises contre Damas en 2003. Et le 13 mai, James Cartwright, adjoint du chef des armées des États-Unis, déclara dans une conférence prononcée au Centre des études stratégiques  : «  Durant les dix prochaines années, nos forces auront à mener des combats semblables à ceux qui furent menés en Irak et en Afghanistan.  »

L’ANNONCE D’UNE RÉVOLUTION.

Au sujet des Printemps arabes, on lit souvent sous la plume de spécialistes que la France n’a rien vu venir. Étrange. Nos services de renseignements seraient-ils si incompétents  ? Allons donc  ! Camille Galic, journaliste française à la retraite, ayant passé l’été 2010 en Syrie, rapporta une analyse parfaitement clairvoyante de la situation du pays six mois avant la révolte  : «  La menace [d’une guerre américaine contre la Syrie] subsiste, au point que certains se demandent si, malgré l’enlisement des États-Unis en Irak et en Afghanistan, certains faucons néoconservateurs ne gardent pas cette histoire de Scud en réserve pour l’utiliser le moment venu, comme fut exploité contre Bagdad le mythe des “ armes de destruction massive ”. Quitte à transformer en République islamique, soumise à la charia, l’actuelle République laïque syrienne où les chrétiens bénéficient d’une relative sécurité  ? Mais on sait que, sans hésitations ni états d’âme, ce risque fut pris ailleurs par ceux-là mêmes qui proclament jusque sur leur monnaie “ ln God we trust ”.  » (Camille Galic, Rivarol, du 30 juillet au 2 septembre 2010) Cette “ simple ” journaliste avait vu venir le conflit syrien. Seule erreur  : cette fois les États-Unis n’instrumentaliseraient pas les Scud, mais les armes chimiques syriennes.

D’autres analystes voyaient venir la Révolution, en en précisant même les mécanismes. «  Seulement trois mois avant le début des violences de Syrie en 2011, l’érudit Liat Porat écrivit un article pour le Crown Center for Middle East Studies, basé à l’Université de Brandeis [aux États-Unis]. “ Les dirigeants du mouvement [des Frères musulmans] continuent d’exprimer leur espoir d’une révolte civile en Syrie, dans laquelle ‘le peuple syrien remplira son devoir et libérera la Syrie du régime tyrannique et corrompu’. ” Les Frères musulmans mettaient l’accent sur le fait qu’ils étaient engagés dans une lutte à mort contre le gouvernement nationaliste arabe laïc de Bachar al-Assad. Il était impossible de trouver un arrangement politique avec ce gouvernement, car ses dirigeants n’appartenaient pas à la nation syrienne, musulmane et sunnite. L’appartenance à la nation syrienne était réservée aux vrais musulmans, affirmaient les Frères, et pas aux hérétiques alaouites qui embrassaient des croyances étrangères aussi anti-islamiques que le nationalisme arabe.

«  Que les Frères musulmans syriens aient joué un rôle clé dans le soulèvement s’est vu confirmé en 2012 par la Defense Intelligence Agency US [renseignements militaires]. Un document ayant fuité de l’Agence déclarait que l’insurrection était sectaire et menée par les Frères musulmans et al-Qaïda en Irak, précurseur de l’État islamique. Le document poursuivait en disant que ces insurgés étaient soutenus par l’Occident, les pétromonarchies arabes du Golfe persique et la Turquie. L’analyse prédisait correctement l’établissement d’une “ principauté salafiste ” – un État islamique – en Syrie orientale, soulignant que c’était là le souhait des appuis étrangers de l’insurrection, qui voulaient voir les nationalistes arabes isolés et coupés de l’Iran.  » (Stephen Gowans, Cette révolution syrienne qui n’existe pas, 22 octobre 2016)

Un autre témoignage mérite d’être pris en considération, celui de Roland Dumas, qui fut ministre des Affaires étrangères français pendant dix ans. Interrogé sur le plateau de la chaîne LCP en juin 2013 au sujet de la guerre de Syrie, il raconta qu’il avait été approché peu avant le déclenchement de la révolte en Syrie en 2011, pour savoir quelle position il prendrait dans un projet de renversement du gouvernement syrien. Interrogé par Radio Courtoisie le 24 septembre 2013, il confirma sa déclaration. La voici, retranscrite par nos soins en fusionnant librement les deux versions  : «  J’étais à Londres pour des affaires purement civiles et commerciales, il y a un peu plus de deux ans et demi, donc avant que la révolte syrienne n’éclate. Je me trouvais dans une réunion de responsables de politique internationale. Nous avons eu plusieurs rencontres, et l’un d’eux est venu me dire  : “ nous serions intéressés à ce que vous veniez nous dire ce que vous pensez sur ce qui va se passer en Syrie ”. Le lendemain, je me suis retrouvé en présence d’un aréopage de cinq à six personnes, des gens vraiment formés, intéressés. Il y avait là des militaires syriens en exil, des Anglais, un Américain passe-partout (mais il faut se méfier des Américains). Ils m’ont exposé que se préparait une offensive sur la Syrie pour changer le gouvernement. Leur but n’était pas simplement de me mettre au courant de ce qui allait se produire et qui s’est produit effectivement […]. Leur interrogation était  : “ Si on vous pressentait sur ce problème, est-ce que vous prendriez une position  ? Est-ce que vous participeriez  ? ” Je leur ai fait remarquer que je n’étais plus aux affaires, je n’étais plus au Quai d’Orsay, que j’avais des successeurs, et que c’était à eux de définir la politique de la France. C’était une réponse de Normand […]. La personne qui avait fait la petite réunion est venue ensuite me voir à Paris, mais je n’ai pas donné suite. C’est pour dire que cette opération [de Syrie] vient de très loin. Elle a été préparée, conçue, organisée, parce que le gouvernement syrien a des positions anti-israéliennes. J’ai eu la confidence d’un Premier ministre israélien qui m’avait dit  : “ On essaiera de s’entendre avec les États qui nous entourent  ; ceux avec lesquels nous ne nous entendrons pas, nous les abattrons. ”  »

Chose notable, aucun des invités présents sur le plateau de LCP ne réagit à ces propos pour le moins surprenants, ni pour les réprouver ni pour les confirmer. Probablement parce que chacun savait la véracité des faits avancés. Axel Poniatowski, Président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, était aussi lié aux activités de la NED (Julien Teil, Observateurs Arabes en Syrie Vs NED  : qui est légitime  ? AgoraVox, 2 janvier 2012). Quant à Randa Kassis, si elle dénonce aujourd’hui avec vigueur la rébellion islamiste en Syrie, elle a fait partie dès le début – ne l’oublions pas – du Conseil national syrien, et elle reste favorable au “ départ ” du président el-Assad. Son opposition au président légitime de la Syrie transpire d’ailleurs largement dans son livre Comprendre le chaos syrien, écrit avec Alexandre Del Valle, où abondent les affirmations tendancieuses. Ces deux personnages savaient parfaitement que Roland Dumas disait vrai  ; la prudence commandait donc de garder le silence.

Dès lors, tout était prêt, pour lancer la révolution.

(à suivre)

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