La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 187 – Mai 2018

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LE PAPE FRANÇOIS NOUS RÉPOND

À qui s’adresse le pape François dans l’Exhortation apostolique Gaudete et Exultate, datée du 19 mars 2018 et publiée le 9 avril  ? «  À chacun d’entre nous  » (n° 2). En vertu d’un «  appel à la sainteté  » immémorial, que le Seigneur «  proposait à Abraham  : “ Marche en ma présence et sois parfait. ” (Gn 17, 1)  » (n° 1)

Les saints nous encouragent à répondre à cet Appel à la sainteté, objet du chapitre premier  ; ils sont «  une si grande nuée de témoins  » (He 12, 1) que nous ne serons jamais seuls si nous nous engageons à leur suite (nos 3-5). Ce n’est pas à dire qu’il faille lever les yeux vers le “ Ciel ”. À trois exceptions près le mot et la chose sont absents de cette Exhortation. Le Pape nomme seulement «  ceux qui sont déjà béatifiés ou canonisés  » pour nous dissuader de ne «  penser qu’à eux  » et de méconnaître «  les saints de la porte d’à côté  » (nos 6-9). Magnifique citation de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix à l’appui  :

«  Dans la nuit la plus obscure surgissent les plus grandes figures de prophètes et de saints. Mais le courant de la vie mystique qui façonne les âmes reste en grande partie invisible. Certaines âmes dont aucun livre d’histoire ne fait mention, ont une influence déterminante aux tournants décisifs de l’histoire universelle. Ce n’est qu’au jour où tout ce qui est caché sera manifesté que nous découvrirons aussi à quelles âmes nous sommes redevables des tournants décisifs de notre vie personnelle.  » (n° 8)

Si le pape François met en pratique ces réflexions de la sainte carmélite, il découvrira… Georges de Nantes, docteur mystique de la foi catholique en un siècle de grande apostasie. Malheureusement, la suite nous révèle qu’il en est loin  :

«  La sainteté est le visage le plus beau de l’Église. Mais même en dehors de l’Église catholique et dans des milieux très différents, l’Esprit suscite “ des signes de sa présence, qui aident les disciples mêmes du Christ ” (n° 9).  »

Le message de Fatima nous révèle que le sanctuaire de «  l’Esprit  » est le Cœur Immaculé de Marie. La sainteté est donc le resplendissement du visage de Marie, qui est en toute vérité «  le visage le plus beau de l’Église  ». C’est pourquoi Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie afin de sauver toutes les âmes. Mais le message de Notre-Dame de Fatima n’est pas pris en compte dans la Lettre apostolique de Jean-Paul II sur l’Avènement du Nouveau millénaire, du 6 janvier 2001, citée ici par François. Et il faut attendre l’avant-dernier paragraphe de l’Exhortation apostolique de François pour lire le Nom de Marie  : «  Je voudrais que la Vierge Marie couronne ces réflexions  » (n° 176)  !

C’est pourquoi «  l’appel à la sainteté que le Seigneur adresse à chacun d’entre nous, cet appel qu’il t’adresse à toi aussi  » risque de rester lettre morte… Car «  le chemin qui conduit jusqu’à Dieu  », c’est le Cœur Immaculé de Marie (13 juin 1917). Le pape Jean-Paul II disait que «  la route de l’Église, c’est l’Homme  » (CRC n° 140, avril 1979, p. 6), en vertu du «  culte de l’Homme  » proclamé par Paul VI dans son discours de clôture du Concile du 7 décembre 1965. Le pape François en conclut  :

«  “ Chacun dans sa route ”, dit le Concile. Il ne faut donc pas se décourager quand on contemple des modèles de sainteté qui semblent inaccessibles.  » C’est aussi ce que disait Notre-Dame à Lucie le 13 juin 1917  : «  Ne te décourage pas, je ne t’abandonnerai jamais  ! Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu.  » Et Lucie disait bien que ces paroles ne s’adressaient pas seulement à elle, mais à chacun «  pour que chacun en tire profit à sa manière  » comme écrit ici le pape François à propos du Cantique spirituel de saint Jean de la Croix (n° 11).

Bien plus  : «  Parmi les formes variées, écrit François, je voudrais expliquer que le “ génie féminin ” se manifeste également dans des styles féminins de sainteté, indispensables pour refléter la sainteté de Dieu en ce monde.  » (n° 12) Après avoir «  mentionné sainte Hildegarde de Bingen, sainte Brigitte, sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse d’Avila ou sainte Thérèse de Lisieux  », le Pape ajoute  : «  Mais je tiens à évoquer tant de femmes inconnues ou oubliées qui, chacune à sa manière, ont soutenu et transformé des familles et des communautés par la puissance de leur témoignage.  » Parmi ces “ inconnues ”, l’Immaculée, “ oubliée ” ici, mais qui a transformé notre Phalange depuis que notre Père lui a «  passé la main  »…

«  Cela devrait enthousiasmer chacun et l’encourager à tout donner pour progresser vers ce projet unique et inimitable que Dieu a voulu pour lui de toute éternité  : “ Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu  ; avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré ” (Jr 1, 5)  » (n° 13)… au Cœur Immaculé de Marie, le “ génie féminin ” sans lequel nous ne pouvons rien faire.

SAINTETÉ POUR TOUS.

Sous le titre «  Pour toi aussi  », le Pape écrit que «  pour être saint, il n’est pas nécessaire d’être évêque, prêtre, religieuse ou religieux  » (n° 14). Il suffit même d’être enfant de Marie comme François et Jacinthe Marto que le Pape a canonisés le 13 mai 2017.

Certes, les références aux maîtres de la vie spirituelle ne manquent pas dans cette Exhortation apostolique  : depuis les Pères de l’Église jusqu’aux deux Thérèse, d’Avila et de Lisieux, en passant par saint Jean de la Croix, saint Ignace de Loyola et Charles de Foucauld. Mais les références à mère Teresa et aux moines de Tibhirine montrent que la foi catholique ne règle plus la charité du pape François. Pour une raison clairement formulée par François lui-même, «  évêque vêtu de blanc  » qui traverse une Église «  à moitié en ruine  » d’un pas «  vacillant  »  :

«  Le primat revient aux vertus théologales qui ont Dieu pour objet et cause. Et au centre se trouve la charité.  » (n° 60)

Erreur  ! L’Église a toujours placé “ au centre ” de ces trois vertus  : «  l’espérance  » et non pas la charité. «  Au centre se trouve  » l’espérance de la grâce en ce monde et de la gloire dans l’autre. «  L’espérance  » naît donc de la foi et allume dans le cœur des fidèles le feu du divin Amour. C’est la première vérité contenue dans la prière enseignée aux pastoureaux par l’Ange  : «  Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime…  » La suite de la prière  : «  et je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne vous aiment pas  », contredit l’affirmation du Pape qui, après avoir récusé «  l’immanentisme anthropocentrique déguisé en vérité catholique  » (n° 35)… le réintroduit aussitôt  :

«  On ne peut pas non plus prétendre définir là où Dieu ne se trouve pas, car il est présent mystérieusement dans la vie de toute personne, il est dans la vie de chacun comme il veut, et nous ne pouvons pas le nier par nos supposées certitudes. Même quand l’existence d’une personne a été un désastre, même quand nous la voyons détruite par les vices et les addictions, Dieu est dans sa vie. Si nous nous laissons guider par l’Esprit plus que par nos raisonnements, nous pouvons et nous devons chercher le Seigneur dans toute vie humaine. Cela fait partie du mystère que les mentalités gnostiques finissent par rejeter, parce qu’elles ne peuvent pas le contrôler.  » (n° 42)

Dieu «  mystérieusement présent dans la vie de toute personne  »  ? Cet immanentisme généralisé fait le fond du document majeur des Actes du concile Vatican II, selon lequel «  par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme  » (Gaudium et spes 22, 2). Il renouvelle la tentation d’Ève par le Serpent, le plus rusé des animaux de la terre. Rusé  ? Oui, parce qu’il use de la vérité pour entraîner en enfer celui et celle qui l’écoutent. La vérité dont il use, c’est de rappeler à Ève ce pourquoi Adam et elle ont été créés  : «  pour devenir participants de la nature divine  », autrement dit être fils dans le Fils, en toute vérité «  comme Dieu  ». Éblouie par cette vérité, fin surnaturelle de son être, Ève se jeta sur le fruit défendu, en pleine révolte.

«  DEUX ENNEMIS SUBTILS DE LA SAINTETÉ  »

Le deuxième chapitre retourne contre nous des hérésies anciennes parfaitement répertoriées et définies comme telles en leur temps. Avec une référence à la lettre Placuit Deo de la Congrégation pour la doctrine de la foi publiée un mois avant cette Exhortation apostolique, où ces mêmes hérésies étaient dénoncées dans leur prétendue actualité nouvelle  : «  L’individualisme néo-pélagien et le mépris néo-gnostique du corps défigurent la confession de la foi au Christ, Sauveur unique et universel.  »

Se servir ainsi d’une vérité pour imposer une erreur, met le comble à la «  désorientation diabolique  » dénoncée naguère par sœur Lucie, mais passée soigneusement sous silence dans sa biographie officielle  !

«  Dans ce cadre, écrit le Pape, je voudrais attirer l’attention sur deux falsifications de la sainteté qui pourraient nous faire dévier du chemin  : le gnosticisme et le pélagianisme. Ce sont deux hérésies apparues au cours des premiers siècles du christianisme mais qui sont encore d’une préoccupante actualité. Même aujourd’hui les cœurs de nombreux chrétiens, peut-être sans qu’ils s’en rendent compte, se laissent séduire par ces propositions trompeuses. En elles s’exprime un immanentisme anthropocentrique déguisé en vérité catholique.  » (n° 35)

Quand on se rappelle que cet «  immanentisme anthropocentrique déguisé en vérité catholique  » est précisément l’accusation majeure portée par l’abbé de Nantes à l’encontre des documents du concile Vatican II dont le pape Paul VI professait, dans son discours de clôture, qu’il avait «  plus que tout autre le culte de l’homme  », c’est vraiment renverser les rôles  !

«  Voyons ces deux formes de sécurité, doctrinale ou disciplinaire, qui donnent lieu à un élitisme narcissique et autoritaire, où, au lieu d’évangéliser, on analyse et classifie les autres, et, au lieu de faciliter l’accès à la grâce, les énergies s’usent dans le contrôle. Dans les deux cas, ni Jésus-Christ ni les autres n’intéressent vraiment.  » (n° 34)

SUIVEZ MON REGARD.

Qui le Pape vise-t-il ainsi  ?

«  Lorsque quelqu’un a réponse à toutes les questions, cela montre qu’il n’est pas sur un chemin sain, et il est possible qu’il soit un faux prophète utilisant la religion à son propre bénéfice, au service de ses élucubrations psychologiques et mentales.  » (n° 41)

C’est «  possible  », en effet. Encore faut-il, pour en être sûr, montrer que lesdites «  réponses à toutes les questions  » sont erronées, et diagnostiquer la pathologie dont est atteint celui qui les soutient.

«  Dieu nous dépayse infiniment, il est toujours une surprise.  » Alors, l’abbé de Nantes ne fut pas «  prophète  » dans sa critique des Actes du concile Vatican II et des papes Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II, car il n’y reconnaissait que de vieilles erreurs condamnées par Grégoire XVI en la personne de Lamennais, Pie IX par le Syllabus, et saint Pie X dans son encyclique contre le modernisme.

Cependant c’est bien lui qui est visé  : «  Quelqu’un  » (n° 41), «  des chrétiens  », «  certains chrétiens  » (n° 57), «  certains groupes chrétiens  », «  des groupes, des mouvements et des communautés  » (n° 58), ces indéfinis ne nous trompent pas. Ils visent celui qui accuse le concile Vatican II de rupture doctrinale autant que pastorale, et veut rester fidèle à la «  Chrétienté  »  :

«  Cela se manifeste par de nombreuses attitudes apparemment différentes  : l’obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, l’ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l’Église.  » (n° 57)

C’est bien l’opposant au concile Vatican II qui est ainsi stigmatisé et marqué au fer rouge du mépris. Au-delà de sa personne, c’est le corps social, juridique, dogmatique, liturgique de l’Église du concile de Trente, que «  l’orgueil des Réformateurs  » conciliaires honnit sous le nom, magistralement relevé par l’abbé de Nantes, de «  Contre-Réforme  » au XXe siècle (CRC n° 1, octobre 1967).

L’abbé de Nantes… gnostique  ? Oui  ! Parce qu’il lui manquait le principal, selon François  :

«  Grâce à Dieu, tout au long de l’histoire de l’Église, il a toujours été très clair que la perfection des personnes se mesure par leur degré de charité et non par la quantité des données et des connaissances qu’elles accumulent.  » (n° 37)

Cela est évident  !

«  En définitive, il s’agit d’une superficialité vaniteuse  : beaucoup de mouvement à la surface de l’esprit, mais la profondeur de la pensée ne se meut ni ne s’émeut.  »

C’est exactement de cette façon que saint Pie X définissait le modernisme, la “ gnose ” des derniers temps  !

«  Cette superficialité arrive cependant à subjuguer certains par une fascination trompeuse, car l’équilibre gnostique réside dans la forme et semble aseptisé  ; et il peut prendre l’aspect d’une certaine harmonie ou d’un ordre qui englobent tout.  » (n° 38)

“ Théologie totale ”, “ morale totale ”, “ politique totale ”, “ métaphysique totale ”… Vous me suivez  ?

Le Pape précise  : «  Je ne fais pas référence aux rationalistes ennemis de la foi chrétienne […]. Car c’est aussi le propre des gnostiques de croire que, par leurs explications, ils pensent rendre parfaitement compréhensibles toute la foi et tout l’Évangile.  » (n° 39)

Saint Pie X, lui, et l’abbé de Nantes à sa suite, pensait défendre «  le dogme de la foi  », qui n’est lui-même que l’interprétation catholique de l’Évangile. Non pas le «  rendre parfaitement compréhensible  », puisque c’est un mystère, mais le conserver intégralement dans sa formulation infaillible.

«  Dieu nous dépasse infiniment, écrit le Pape, il est toujours une surprise et ce n’est pas nous qui décidons dans quelle circonstance historique le rencontrer, puisqu’il ne dépend pas de nous de déterminer le temps, le lieu et la modalité de la rencontre.  » (n° 41)

Alors, il ne fallait pas consacrer les catéchèses du mercredi à la messe, «  rencontre du Seigneur  »  ! Notre Saint-Père le pape, «  évêque vêtu de Blanc  », marche vraiment d’un pas «  vacillant  »  ! La raison en est qu’il oppose l’Église à «  l’Esprit  » et à «  l’Évangile  »  :

«  Souvent, contre l’impulsion de l’Esprit, la vie de l’Église se transforme en pièce de musée ou devient la propriété d’un petit nombre.  » En tout cas, sous «  l’impulsion de l’Esprit  » du concile Vatican II et des papes Paul VI et Jean-Paul II, l’Église se transforme en «  une grande cité à moitié en ruine  ».

Alors, le Pape décrit notre attachement à l’Église comme «  l’habitude de réduire et de mettre l’Évangile dans un carcan en lui retirant sa simplicité captivante et sa saveur. C’est peut-être une forme subtile de pélagianisme, parce que cela semble soumettre la vie de la grâce à quelques structures humaines. Cela touche des groupes, des mouvements et des communautés, et c’est ce qui explique que, très souvent, ils commencent par une vie intense dans l’Esprit mais finissent fossilisés… ou corrompus.  » (n° 58)

Merci  !

Conclusion  : «  Que le Seigneur délivre l’Église des nouvelles formes de gnosticisme et de pélagianisme qui l’affublent et l’entravent sur le chemin de la sainteté  !  » (n° 62)

Pour obtenir cette grâce que nous demandons avec lui, François, parfait porte-parole de “ l’esprit ” qui «  entrave  » l’Église «  sur le chemin de la sainteté  », et que le saint Curé d’Ars dénommait précisément “ l’Entraver ”, le Pape fait appel «  à la lumière du Maître  » dans un troisième chapitre.

LA SAINTETÉ ÉVANGÉLIQUE

«  Il peut y avoir de nombreuses théories sur ce qu’est la sainteté, d’abondantes explications et distinctions. Cette réflexion pourrait être utile, mais rien n’est plus éclairant que de revenir aux paroles de Jésus et de recueillir sa manière de transmettre la vérité. Jésus a expliqué avec grande simplicité ce que veut dire être saint, et il l’a fait quand il nous a enseigné les béatitudes (cf. Mt 5, 3-12; Lc 6, 20-23). Elles sont comme la carte d’identité du chrétien.  » (n° 63)

«  Le mot “ heureux ” ou “ bienheureux ”, devient synonyme de “ saint ”, parce qu’il exprime le fait que la personne qui est fidèle à Dieu et qui vit sa Parole atteint, dans le don de soi, le vrai bonheur.  » (n° 64)

La Sainte Vierge disait à sainte Bernadette, à Lourdes  : «  Je ne vous promets pas d’être heureuse en ce monde, mais dans l’autre.  » Cependant sainte Bernadette a été heureuse ici-bas, selon les fruits de l’Esprit qui sont la joie, la paix, la longanimité, la confiance, la douceur. Mais elle n’a pas été heureuse de ce faux bonheur que notre imagination corrompue pourrait évoquer à notre esprit. C’est ainsi que le Pape nous avertit que Jésus va «  nous choquer par ses paroles […] en vue d’un changement réel de vie  » sans lequel «  la sainteté ne sera qu’un mot  » (n° 66).

Sous le titre «  À contre-courant  », le Pape nous invite à «  mettre en œuvre, chacun à sa manière, ce que Jésus déclare dans le sermon des Béatitudes. À travers celles-ci se dessine le visage du Maître que nous sommes appelés à révéler dans le quotidien de nos vies.  » (n° 63)

Un mot, un seul, nous dissuade de croire qu’ «  à contre-courant  », le Pape entreprend une “ Contre-Réforme ” capable de restaurer la “ sainteté ” ruinée par le concile Vatican II dans l’Église. Un mot “ révélateur ” de l’esprit moderniste qui le conduit, c’est le verbe «  révéler  », écrit ici en lieu et place de celui d’ “ imiter ”.

Pour mesurer la différence, il nous suffit de comparer l’interprétation des Béatitudes proposée par le Saint-Père dans ce chapitre de son Exhortation apostolique, avec le programme que nous traçait notre vénéré fondateur Georges de Nantes, dans la deuxième retraite de communauté qu’il nous prêchait en 1965 à la maison Saint-Joseph, sous le titre  : «  Notre monastère idéal  »  :

«  Plutôt que de nous dire  : entrons dans ce monastère idéal, entrons dans cette Église de sainteté et de sagesse, où la loi est une loi de perfection, et nous serons heureux jour après jour de nous sentir de plus en plus près de Dieu, admis de plus en plus à la contemplation de Dieu  ; si nous procédions ainsi, il est à craindre que bientôt nous serions désorientés de voir qu’il nous en coûte. Au contraire, Notre-Seigneur dès l’abord nous donne ces béatitudes qui sont un paradoxe, qui sont une sorte de contradiction de nos premiers élans, de ce que nous aurions fait par notre esprit propre. Il faut commencer par descendre, il faut commencer par se dépouiller, il faut commencer par chercher des vertus, les plus humiliantes, les plus inattendues, ce qui nous distingue le plus des hommes, et c’est là qu’est le passage.  »

Notre Père annonçait ensuite l’ “ application ”  :

«  Mettons ces vertus en ordre et regardons-les dans Notre-Seigneur, car si Notre-Seigneur ne les avait pas d’abord pratiquées, je pense que jamais Il n’aurait osé les proposer à ceux qui l’avaient suivi.  » Le résultat comparé à celui du Saint-Père est impressionnant. Ce dernier énumère les huit Béatitudes que nous lisons dans saint Matthieu  :

  1. «  Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux.  » François commente  :

«  L’Évangile nous invite à reconnaître la vérité de notre cœur, pour savoir où nous plaçons la sécurité de notre vie.  » (n° 67)

Georges de Nantes, lui, nous invite à «  reconnaître la vérité  » du Cœur de Jésus  :

«  Et d’abord je trouve Jésus pauvre, Jésus ayant faim et soif, Jésus en pleurs, et je pense que ce fut la vie de Nazareth. Dès l’abord, dès Nazareth, Jésus a choisi, lui qui était Fils de Dieu, d’une manière que nous n’aurions pas attendue, que nous n’aurions pas pu trouver et que les hommes n’auraient pas par eux-mêmes cherchée.  »

«  Dans notre monastère idéal, ce que l’Église nous propose, par tant et tant de saints qui y ont habité et qui les ont illustrées, ce sont ces Béatitudes  : la pauvreté, la faim et la soif, les pleurs. Tout cela, je pourrais le mettre sous la grande vertu morale – cela vous étonnera peut-être – de prudence.

«  Voilà un monastère qui se fonde, voilà une famille chrétienne qui veut demeurer chrétienne  : que vont-ils mettre au fondement de leur œuvre  ? Je connais une congrégation religieuse qui s’est fondée. À peine était-elle fondée, des centaines de millions leur sont tombés dans la caisse, ça les a pourris. Il ne peut rien sortir de l’argent. Ils auraient dû jeter ces millions par la fenêtre, leur congrégation serait peut-être florissante.  »

Notre Père l’a fait, lui… «  Vertu de prudence  : si l’on veut s’engager dans la vie, il vaut mieux s’engager avec ces béatitudes-là.  »

  1. «  Heureux les doux, car ils posséderont la terre.  »

«  Évidemment, nous disait notre Père, “ la terre ”, c’est le Ciel, c’est la Terre promise, c’est la terre de l’au-delà.  » (Homélie du 14 novembre 1992, pour la fête de la “ Toussaint du carmel ”)

Notre Saint-Père le pape, lui, reste en ce monde, comme les psalmistes de l’Ancien Testament qui ne connaissaient pas le Ciel. Interreligion oblige  :

«  Il vaut mieux toujours être doux, et nos plus grands désirs s’accompliront  : les doux “ posséderont la terre ”, autrement dit, ils verront accomplies, dans leurs vies, les promesses de Dieu. En effet, les doux, indépendamment des circonstances, espèrent dans le Seigneur, et les humbles posséderont la terre et jouiront d’une grande paix (cf. Ps 37, 9-11). En même temps, le Seigneur leur fait confiance  : “ Celui sur qui je porte les yeux, c’est le pauvre et l’humilié, celui qui tremble à ma parole. ” (Is 66, 2)  » (n° 74)

C’est seulement après avoir tourné nos yeux vers le Ciel, que notre Père s’empressait de nous rappeler les conditions de l’apprentissage du Ciel qui consiste à obtenir «  toutes  » les Béatitudes ici-bas  :

  1. «  Heureux les affligés, car ils seront consolés.  »

«  J’ai toujours pensé que cela voulait dire que Jésus essuierait les larmes de leurs yeux [donc : au Ciel], mais là, je pense, dans l’immédiat [en ce monde] que celui qui pleure, on cherche à le consoler, invinciblement. Donc, il trouve autour de lui des gens qui ne se détournent pas de lui, mais au contraire, vont vers lui et qui ont envie de lui faire ce bien de sécher ses larmes, de le consoler dès maintenant. Alors, il ne faut pas même hésiter à pleurer de temps en temps, quand on est bien dans la tristesse, l’affliction, il faut laisser couler les larmes et il faut savoir que nos larmes ne sont jamais un ennui pour les autres, mais un moyen pour eux de nous exprimer leur amitié, leur charité.  »

Sur ce chapitre, la bonne surprise est de constater l’identité de l’enseignement de notre Saint-Père le pape avec celui de notre vénéré fondateur  :

«  La personne qui voit les choses comme elles sont réellement se laisse transpercer par la douleur et pleure dans son cœur, elle est capable de toucher les profondeurs de la vie et d’être authentiquement heureuse.  » (n° 76)

En note, le Saint-Père rappelle que «  depuis les temps patristiques, l’Église apprécie le don des larmes, comme en témoigne aussi la belle prière Ad petendam compunctionem cordis  : “ Ô Dieu tout-puissant et très compatissant, qui pour le peuple assoiffé, a fait surgir du rocher une source d’eau vive, fais jaillir de nos cœurs endurcis des larmes de contrition, pour que, pleurant nos péchés, nous obtenions par ta miséricorde le pardon ”.  »

Et François conclut  : «  Savoir pleurer avec les autres, c’est cela la sainteté  !  »

  1. «  Heureux les affamés et les assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés.  »

«  Je passe sur le contresens moderniste, progressiste, qui est épouvantable, disait notre Père  : soif de la justice, cela voudrait dire soif de socialisme pour que tout le monde ait son dû, que les droits de l’homme, sa dignité soient respectés  ! Ils hurlent contre le monde entier, au lieu de commencer eux-mêmes par se mettre dans la voie de la justice.  »

Hélas  ! Le pape François paraît d’abord se mettre dans la voie de «  la justice que Jésus propose  » qui «  n’est pas comme celle que le monde cherche  ». Mais c’est pour préciser aussitôt  : «  Que de personnes souffrent d’injustices, combien sont contraintes à observer, impuissantes, comment les autres se relaient pour se partager le gâteau de la vie [sic !]. Certains renoncent à lutter pour la vraie justice et choisissent de monter dans le train du vainqueur [sic !]. Cela n’a rien à voir avec la faim et la soif de justice dont Jésus fait l’éloge.  » (n° 78)

Certes  ! Mais alors, qu’est-ce  ?

«  Une telle justice commence à devenir réalité dans la vie de chacun lorsque l’on est juste dans ses propres décisions, et elle se manifeste ensuite, quand on recherche la justice pour les pauvres et les faibles.  » (n° 79)

Est-ce vraiment tout  ?

«  Il est vrai que le mot “ justice ” peut être synonyme de fidélité à la volonté de Dieu par toute notre vie, mais si nous lui donnons un sens très général [sic !], nous oublions qu’elle se révèle en particulier dans la justice envers les désemparés  : “ Recherchez le droit, redressez le violent  ! Faites droit à l’orphelin, plaidez pour la veuve  ! ” (Is 1, 17)  » (n° 79)

Encore le retour à l’Ancien Testament  ! Nous sommes loin de suivre «  Jésus grandissant, Jésus jeune homme, Jésus adulte, Jésus assoiffé de justice  », c’est-à-dire de sainteté dont la plénitude est dans le Cœur Immaculé de Marie, sa divine Mère.

  1. «  Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.  »

On peut dire que cette béatitude est la devise même du pape François. Mais pourquoi faut-il qu’il oppose au «  soyez parfaits  » de saint Matthieu (5, 48), le «  montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant  » de saint Luc (6, 36)  ?

Dans le Cœur Sacré de Jésus et le Cœur Immaculé de Marie sainteté de justice et miséricorde ne font qu’un, mystérieusement.

  1. «  Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.  »

«  Quand le cœur aime Dieu et le prochain (cf. Mt 22, 36-40), quand telle est son intention véritable et non pas de vaines paroles, alors ce cœur est pur et il peut voir Dieu.  » (n° 86)

C’est pourquoi la Vierge Marie a dit à sœur Lucie  : «  Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu.  » (13 juin 1917)

  1. «  Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.  »

Donc, l’appellation “ fils de Dieu ” n’est pas donnée à tout le monde, contrairement aux propos tenus par le pape François le 16 avril dans sa rencontre avec les enfants de la paroisse San Paolo della Croce  :

Carlotta lui demande  : «  Quand nous recevons le baptême, nous devenons enfants de Dieu  ; et les personnes qui ne sont pas baptisées, sont-elles enfants de Dieu  ?  »

Le Pape commence par lui demander  : «  Qu’en penses-tu  ? Les gens qui ne sont pas baptisés sont-ils enfants de Dieu ou pas  ? Que te dit ton cœur  ?

– Carlotta  : Oui.

– Pape François  : Oui. C’est cela, maintenant explique. Tu as bien répondu, elle a le flair chrétien, celle-là  ! Nous sommes tous enfants de Dieu. Tous, tous. Même les non baptisés  ? Oui. Même ceux qui croient dans d’autres religions, lointaines, qui ont des idoles  ? Oui, ils sont enfants de Dieu. Même les mafieux sont enfants de Dieu  ?… Vous n’êtes pas sûrs… Oui, même les mafieux sont enfants de Dieu. Ils préfèrent se comporter comme des enfants du diable, mais ils sont enfants de Dieu. Tous, tous sont enfants de Dieu, tous.

 Mais quelle est la différence  ?  »

Il n’y a pas de différence  :

«  Dieu a créé tout le monde, a aimé tout le monde et a mis dans le cœur de tout le monde une conscience pour reconnaître le bien et le distinguer du mal. Tous les hommes ont cela. Ils savent, ils perçoivent ce qui est bon et ce qui est sain  ; même les personnes qui ne connaissent pas Jésus, qui ne connaissent pas le christianisme, tout le monde a cela dans son âme, parce que c’est Dieu qui l’a semé. Mais quand tu as été baptisée, l’Esprit-Saint est entré dans cette conscience et a renforcé ton appartenance à Dieu et, en ce sens, tu es devenue davantage fille de Dieu parce que tu es enfant de Dieu comme tout le monde, mais aussi avec la force de l’Esprit-Saint qui est entré dedans.  »

Il y a cinquante ans, notre Père adressait un télégramme au cardinal Ottaviani, Préfet du Saint-Office, daté du 5 janvier 1968  :

«  Bouleversés texte discours attribué au Saint-Père. – La Croix 3 janvier. – Sous titre  : La paix est possible parce que les hommes sont bons. – Étonnés de négation pratique démon, péché originel, rédemption, nécessité de foi et grâce pour sauver ordre humain, – épouvantés de naturalisme, messianisme temporel et indifférentisme religieux prêtés au Magistère suprême, – scandalisés de silence sur agression communisme persécuteur, du mauvais coup porté au monde libre, et d’aggravation conditions de défense chrétienté Sud-Vietnam, – supplions Votre Éminence démentir ou intervenir pour honneur de sainte Église et infaillibilité du Siège apostolique.  »

Le dialogue de François avec Carlotta renouvelle le scandale causé par l’affirmation de Paul VI, selon laquelle  : «  Oui, la paix est possible, parce que les hommes, au fond, sont bons, sont orientés vers la raison, vers l’ordre et le bien commun.  » (CRC n° 4, janvier 1968, p. 2)

Aujourd’hui, François, fils spirituel de Paul VI qu’il s’apprête à canoniser  ! encourt la terrible malédiction de Notre-Seigneur  :

«  Si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendue autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être englouti en pleine mer.  » (Mt 18, 6)

  1. «  Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux.  »

Notre-Seigneur pense au Livre de la Sagesse selon lequel celui qui fait le bien, qui pratique la vertu s’attire l’animosité des “ impies ” (1, 16), juifs renégats, cyniques et jouisseurs, qui vont jusqu’à défier Dieu  : «  Opprimons le juste qui est pauvre  » en vertu de la première béatitude, précisément  ! «  n’épargnons pas la veuve  » qui pleure, «  soyons sans égard pour les cheveux blancs chargés d’années du vieillard  », ceux-là mêmes que l’Écriture prescrit de respecter et de protéger.

«  Que notre force soit la loi de la justice, car ce qui est faible s’avère inutile. Tendons des pièges au juste, puisqu’il nous gêne et qu’il s’oppose à notre conduite, nous reproche nos fautes contre la Loi et nous accuse de fautes contre notre éducation. Il se flatte d’avoir la connaissance de Dieu et se nomme enfant du Seigneur.  » (2, 10-13)

Toute la vie publique de Notre-Seigneur accomplit cette prophétie. Mais selon François la sainteté n’est pas “ l’imitation de Jésus-Christ ”. C’est “ la révélation du visage du Christ ”. Alors, voici ce que dit l’Esprit  :

«  Pour vivre l’Évangile, on ne peut pas s’attendre à ce que tout autour de nous soit favorable, parce que souvent les ambitions du pouvoir et les intérêts mondains jouent contre nous. Saint Jean-Paul II disait qu’ “ une société est aliénée quand, dans les formes de son organisation sociale, de la production et de la consommation, elle rend plus difficile la réalisation [du] don [de soi] et la constitution de [la] solidarité entre hommes ” (Centesimus annus, 1er mai 1991). Dans une telle société aliénée, prise dans un enchevêtrement politique, médiatique, économique, culturel et même religieux qui empêche un authentique développement humain et social, il devient difficile de vivre les béatitudes, et cela est même mal vu, suspecté, ridiculisé.  » (n° 91)

Heureusement, le pape François ne s’en tient pas là  :

«  Les persécutions ne sont pas une réalité du passé, parce qu’aujourd’hui également, nous en subissons, que ce soit d’une manière sanglante, comme tant de martyrs contemporains, ou d’une façon plus subtile, à travers des calomnies et des mensonges. Jésus dit d’être heureux quand “ on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie ” (Mt 5, 11). D’autres fois, il s’agit de moqueries qui cherchent à défigurer notre foi et à nous faire passer pour des êtres ridicules.  » (n° 94)

Si ce n’était que cela  ! Mais pourquoi le Pape ne va-t-il pas jusqu’au bout de la parole de Jésus  ?

«  Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les Cieux  : c’est bien ainsi qu’on a persécuté les prophètes, vos devanciers.  » (Mt 5, 12)

Notre Père ajoutait  : «  et dès ce monde  », votre récompense est grande parce qu’on ne peut pas se figurer à quel point les saints martyrs, ceux qui souffrent pour la vérité, pour le bien, la justice, etc., sont agréables aux autres, entraînants, attirant l’amour et, dans un monde assoupi, sans piété, sans ardeur, des “ saints ” de cette sorte, comme le furent notre Père et frère Hugues, mère Marie-Noël et sœur Marguerite, suscitent une traînée derrière eux, attirent, mettent en mouvement des milliers d’âmes, des multitudes.

«  C’est comme cela, à mon avis, disait notre Père, que nous sortirons de l’immense apostasie où nous sommes maintenant. Il faudra tout de même bien qu’il y ait plus que des flots d’encre imprimés, il faudra du sang et des larmes, parce que là, notre configuration à Jésus entraînera évidemment les âmes sur le chemin du salut.  »

Quand un être est persécuté à longueur de vie, comme l’a été notre Père, c’est qu’il avait été choisi par Notre-Seigneur pour verser le sang de son cœur, qu’il avait “ grand ”, nous en sommes témoins, dans l’ignominie, dans la honte, dans les dénonciations, les procès, les prisons, finalement la mort. C’est la bonne voie du salut, c’est la meilleure, c’est celle des martyrs. Jésus les proclame bienheureux, et ils le sont dès ce monde. Selon cette parole de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus  :

«  Il n’y a pas de plus grande joie que de souffrir pour votre amour, ô Jésus.  »

LES APPELS DU CŒUR DE JESUS.

La conclusion de ce commentaire du discours sur la Montagne tombe à plat  :

«  Accepter chaque jour le chemin de l’Évangile même s’il nous crée des problèmes, c’est cela la sainteté  !  » (n° 94)

Les “ problèmes ” du chemin de Croix  !

Mais François rebondit sur son thème privilégié  : «  Dans le chapitre 25 de l’Évangile selon Matthieu (v. 31-46), Jésus s’arrête de nouveau sur l’une des béatitudes, celle qui déclare heureux les miséricordieux. Si nous recherchons cette sainteté qui plaît aux yeux de Dieu, nous trouvons précisément dans ce texte un critère sur la base duquel nous serons jugés  : “ J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir. ” (Mt 25, 35-36)  » (n° 95)

«  Dans cet appel à le reconnaître dans les pauvres et les souffrants, se révèle le Cœur même du Christ, ses sentiments et ses choix les plus profonds, auxquels tout saint essaie de se conformer.  » (n° 96)

Le ton du pape François devient soudain pathétique  : «  Vu le caractère formel de ces requêtes de Jésus, il est de mon devoir de supplier les chrétiens de les accepter et de les recevoir avec une ouverture d’esprit sincère, “ sine glossa ”, autrement dit, sans commentaire, sans élucubrations et sans des excuses qui les privent de leur force. Le Seigneur nous a précisé que la sainteté ne peut pas être comprise ni être vécue en dehors de ces exigences, parce que la miséricorde est “ le cœur battant de l’Évangile ”.  » (n° 97)

Après cette citation de la bulle Misericordiæ Vultus du 11 avril 2015, le Pape insiste  :

«  Pour les chrétiens, cela implique une saine et permanente insatisfaction. Bien que soulager une seule personne justifierait déjà tous nos efforts, cela ne nous suffit pas. Les évêques du Canada l’ont exprimé clairement en soulignant qu’il ne s’agit pas seulement d’accomplir quelques bonnes œuvres mais de rechercher un changement social.  » (n° 99)

RETOUR EN CHRÉTIENTÉ.

Après l’avoir accusée de «  réduire et de mettre l’Évangile dans un carcan en lui retirant sa simplicité et sa saveur  » (n° 58), il faut bien revenir à «  des normes et des structures ecclésiales  » (n° 59). Autrement dit  : «  Omnia instaurare in Christo  » (saint Pie X) reste la norme, tellement il est vrai que «  les Papes se succèdent… leur doctrine demeure  », selon le titre de l’éditorial du premier numéro de La Contre-Réforme Catholique au XXe siècle (octobre 1967).

Sous le titre  : «  les idéologies qui mutilent le cœur de l’Évangile  », François récuse «  deux erreurs nuisibles  ».

La première est «  celle des chrétiens qui séparent ces exigences de l’Évangile de leur relation personnelle avec le Seigneur, de l’union intérieure avec lui, de la grâce. Ainsi le christianisme devient une espèce d’ONG.  » (n° 100)

La seconde erreur, selon François, est celle «  de ceux qui vivent en suspectant l’engagement social des autres, le considérant comme quelque chose de superficiel, de mondain, de laïcisant, d’immanentiste, de communiste, de populiste  » (n° 101).

Le pape François sait qu’il est lui-même l’objet de ce “ soupçon ”. Pour le dissiper, il suffirait que son «  engagement social  » puisse être dit “ chrétien ”, et qu’il le soit réellement  ! Or, «  les évêques du Canada  » cités en exemple plus haut (n° 99), sous couleur de renoncer à «  la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques  » (n° 57), ont livré à l’État, en application du Concile, toutes leurs œuvres sociales  : depuis les hôpitaux jusqu’aux écoles. Est-ce là le «  changement social  » que souhaite le pape François  ?

«  Certes, l’expérience humaine est là, avertit le pape saint Pie X dans sa Lettre Notre charge apostolique sur le Sillon, dans les sociétés païennes ou laïques de tous les temps, pour prouver qu’à certaines heures la considération des intérêts communs ou de la similitude de nature pèse fort peu devant les passions et les convoitises du cœur. Non, Vénérables Frères, il n’y a pas de vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne, qui, par amour pour Dieu et son Fils Jésus-Christ notre Sauveur, embrasse tous les hommes pour les soulager tous et pour les amener tous à la foi et au même bonheur du Ciel.  » (n° 24, in CRC n° 47, août 1971, p. 7)

SAINTETÉ MODERNE

Dans un quatrième chapitre, François présente «  Quelques caractéristiques de la sainteté dans le monde actuel  ».

«  La première de ces grandes caractéristiques, c’est d’être centré, solidement axé sur Dieu qui aime et qui soutient.  » (n° 112) La religion de nos Pères ne se contentait pas de ce “ théocentrisme ”. Elle était «  centrée  » sur le Sacré-Cœur de Jésus, et Notre-Dame de Fatima nous a fait connaître que «  Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie  ».

Tandis qu’à la suite du concile Vatican II, et du pape Paul VI, son père spirituel, François veut corriger «  certains risques et certaines limites de la culture d’aujourd’hui  » (n° 111) par cette «  force intérieure qui est l’œuvre de la grâce  » (n° 116). C’est par elle que nous aurons la paix dans la vie sociale, selon François, car «  la grâce apaise la vanité et rend possible la douceur du cœur  » (n° 116).

«  La sainteté que Dieu offre à son Église vient à travers l’humiliation de son Fils. Voilà le chemin  ! L’humiliation te conduit à ressembler à Jésus, c’est une partie inéluctable de l’imitation de Jésus-Christ  : “ Le Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces. ” (1 P 2, 21)  »

C’est ce que notre Père fondateur appelait “ la modification évangélique ”.

«  Jésus a sauvé le monde de l’esclavage de Satan et chaque homme du fardeau de ses propres fautes, par l’humaine expiation et le divin pardon de la Croix. Constitué ainsi notre médiateur, il nous rend la vie et nous rouvre le Ciel par son sacrifice. Il est l’auteur de notre salut, sa Croix en est le moyen. Nous sommes ses débiteurs, ses sauvés. Il s’est acquis des droits sur nous, ou plutôt il nous attire à son amour, à son obéissance. D’où vient au phalangiste sa dévotion au Cœur Sacré de Jésus et à sa sainte Croix.

«  1. Ce sont nos emblèmes, et c’est aussi tout notre programme. Car Jésus est déjà pour ses disciples l’objet de leur adoration, de leur contemplation, de leur amour et de leur imitation. La gloire de Dieu rayonne sur sa Face outragée, l’amour de Dieu déborde de son Cœur transpercé, la beauté de Dieu est dans sa conversation, la grâce de Dieu est dans ses mains. Le phalangiste ne songe à rien d’autre qu’à l’imiter en vivant comme un autre Christ.

«  2. Cette esthétique mystique se fait éthique et cette éthique, dramatique. Trouver le Père dans le Fils, c’est accéder à la gloire par la croix, chercher le bonheur dans l’épreuve, la richesse dans la pauvreté, la vie dans le sacrifice et la mort. Telles sont les Béatitudes évangéliques, tel est le mystère révélé de la sagesse divine “ qui est folie aux yeux des hommes ” mais vérité et bénédiction pour ceux qui croient.

«  La loi de sainteté chrétienne vient transfigurer la loi mosaïque  ; qui elle-même déjà relevait la religion naturelle et sa prudence charnelle. Mais il est promis à celui qui, renonçant à tout et se renonçant lui-même, entre dans cette voie, le centuple en ce monde et la vie éternelle.  » (Les 150 Points de la Phalange  : Point 19)

«  JOIE ET SENS DE L’HUMOUR.  »

Le pape François écrit au n° 124  : «  Marie qui a su découvrir la nouveauté que Jésus apportait, chantait  : “ Mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur ” (Lc 1, 47).  » C’était il y a deux mille ans. Mais à Fatima, elle n’a exprimé que la tristesse dont Lucie a dit que, même si elle vivait mille ans, le souvenir en resterait gravé dans son cœur.

Notre-Dame de Fatima n’a jamais souri.

«  Il y a des moments difficiles, des temps de croix, mais rien ne peut détruire la joie surnaturelle qui “ s’adapte et se transforme, et elle demeure toujours au moins comme un rayon de lumière qui naît de la certitude personnelle d’être infiniment aimé, au-delà de tout. ”  » En se citant lui-même (Evangelii gaudium, n° 6), le pape François porte témoignage de sa propre expérience “ charismatique ”  : «  C’est une assurance intérieure, une sérénité remplie d’espérance qui donne une satisfaction spirituelle incompréhensible selon les critères du monde.  » (n° 125)

Ce qui est frappant tout au long de cette “ Exhortation ” à la sainteté, c’est l’absence de souci du salut des âmes. Nous sommes loin de l’angoisse manifestée à Fatima par Notre-Dame du Mont-Carmel, apparue à Lucie, François et Jacinthe le 13 octobre 1917, tandis que la foule contemplait le miracle du soleil tombant sur elle puis remontant au ciel sans lui faire le moindre mal  !

Dans cette apparition de Notre-Dame du Mont-Carmel, Lucie découvre «  un appel à la sainteté  », très différent de celui que Gaudete et exsultate lance «  au monde actuel  ». Elle écrit dans le dix-neuvième et avant-dernier “ Appel du Message ”  :

«  Cette apparition nous montre Celle qui a vécu sur la terre comme nous, et s’y est sanctifiée  ; maintenant, Elle vit et Elle règne avec Dieu dans le Ciel en jouissant du fruit de la récompense de sa sanctification.

«  En Vierge pure et Immaculée, Notre-Dame s’est sanctifiée parce qu’elle a correspondu aux grâces que Dieu lui a accordées dans cette condition  ; comme une épouse fidèle et dévouée, Elle s’est sanctifiée en remplissant tous ses devoirs d’état  ; comme une tendre mère, Elle s’est sanctifiée en prenant soin de son Fils que Dieu lui a confié, en Le berçant dans ses bras, en L’élevant et en L’éduquant, puis en L’assistant et en Le suivant dans l’exécution de sa mission. Avec Lui, Elle a parcouru le chemin étroit de la vie, la route escarpée du Calvaire.  »

Ces derniers mots reçoivent une tragique actualité de la vision du 13 juillet 1917, dans sa troisième partie demeurée secrète jusqu’en l’an 2000  : outre le Saint-Père, «  Évêque vêtu de Blanc  », «  plusieurs autres Évêques, Prêtres, religieux et religieuses gravissaient une montagne escarpée, au sommet de laquelle était une grande Croix de troncs bruts comme si elle était en chêne-liège avec l’écorce  ».

«  Avec Lui, continue sœur Lucie, Elle a agonisé en recevant dans son Cœur les blessures des clous, le coup de lance et les vitupérations de la foule déchaînée  ; enfin, Elle s’est sanctifiée en tant que mère, maîtresse et guide des Apôtres en acceptant de rester sur la terre le temps que Dieu voudrait afin de réaliser la mission qu’Il lui avait confiée de Corédemptrice de l’humanité avec le Christ.

«  Ainsi, Marie est, pour nous tous, le modèle de la plus parfaite sainteté à laquelle peut s’élever une créature sur cette pauvre terre d’exil. Combien de fois aura-t-Elle lu et médité dans son Cœur ces paroles de la Sainte Écriture  : “ Soyez saints, car moi, Yahweh votre Dieu, je suis Saint. ” (Lv 19, 2)  »

Sœur Lucie explique alors que «  sur la route escarpée  » chacun va à son pas, les uns rapide, les autres lent, selon son cœur, mais aussi selon la mesure du don qui lui est fait, dans la mystérieuse prédestination divine. Tout commence par la soumission des serviteurs à la Loi divine, qui fera l’objet de la troisième partie de son ouvrage.

L’ “ Appel du Message de Fatima ” n’est rien d’autre qu’un appel à la sainteté. Pour tous  ? Certes  ! «  Ce que Dieu nous dit ici vaut pour tout le monde, et pour tous les états de vie, comme il résulte du contexte de cette phrase  : “ Yahweh dit à Moïse  : Parle à toute la communauté des enfants d’Israël, dis-leur  : Soyez saints, car moi, Yahweh votre Dieu, je suis Saint. ” (Lv 19, 1-2)  »

«  Eh bien  ! ce commandement nous oblige à accomplir tous les autres, car n’en transgresser même qu’un seul, c’est manquer à la sainteté.  »

Et tout culmine dans l’ultime adhésion filiale aux volontés et aux inspirations de Dieu à qui l’âme parfaite désire plaire uniquement, et qui se résout aujourd’hui à rendre un culte public au Cœur Immaculé de Marie.

Sous le titre «  audace et ferveur  », le Pape emploie le mot grec par lequel saint Luc décrit l’ardeur apostolique de la communauté née de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres  : «  La sainteté est parresia  : elle est audace, elle est incitation à l’évangélisation qui laisse une marque dans ce monde. Pour que cela soit possible, Jésus lui-même vient à notre rencontre et nous répète avec sérénité et fermeté  : “ Soyez sans crainte. ” (Mc 6, 50) “ Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde. ” (Mt 28, 20) Ces paroles nous permettent de marcher et de servir dans cette attitude pleine de courage que suscitait l’Esprit-Saint chez les Apôtres et qui les conduisait à annoncer Jésus-Christ. Audace, enthousiasme, parler en toute liberté, ferveur apostolique, tout cela est compris dans le vocable parresía, terme par lequel la Bible désigne également la liberté d’une existence qui est ouverte, parce qu’elle se trouve disponible à Dieu et aux autres (cf. Ac 4, 29; 9, 28; 28, 31; 2 Co 3, 12; Ep 3, 12; He 3, 6; 10, 19).  » (n° 129)

François cite alors au n° 130 «  le bienheureux Paul VI  ». Il vaudrait mieux dire  : le malheureux  !

«  J’en frémis  : avoir ébranlé l’Église en ses fonde­ments, avoir pactisé avec les diaboliques et livré les terres chrétiennes aux barbares, avoir détruit presque irrémédiablement le rempart de la Chrétienté, profané et dévasté le Sanctuaire, et perdu sans doute des milliers et des milliers d’âmes, pour quinze ans de gloire apparente, qu’est-ce  ? Mais qu’est-ce donc en regard de l’Éternité où il est entré  ! Vanitas vanitatum et omnia vanitas. Comment un homme peut-il méditer ainsi de vains projets en vue d’une gloire mondaine qui n’est rien que fumée légère que le vent disperse, quand le poids des choses faites et des paroles dites doit avoir son exacte sanction dans la damnation éternelle  ?  » (Georges de Nantes, Oraison funèbre de Paul VI, CRC n° 132, août 1978, éditorial)

«  Le bienheureux Paul VI, écrit François, mentionnait parmi les obstacles à l’évangélisation précisément le manque de parresia  : “ Le manque de ferveur est d’autant plus grave qu’il vient du dedans. ”  » (n° 130) Il ne pouvait mieux dire puisqu’elle venait du malheureux Paul VI… «  pauvre âme  » pour laquelle saisi «  d’une immense pitié  », notre Père est allé «  jusqu’à offrir en échange ma vie terrestre, ce qui est trop peu, et jusqu’à ma vie éternelle  » (ibid.; cf. Liber accusationis in Paulum Sextum, p. 96).

Soudain, le pape François paraît soupçonner le péril encouru par l’ «  Évêque vêtu de Blanc  » de la vision du 13 juillet 1917, que les enfants ont vu marcher «  d’un pas vacillant  »  : «  Demandons au Seigneur la grâce de ne pas vaciller quand l’Esprit nous demande de faire un pas en avant  ; demandons le courage apostolique d’annoncer l’Évangile aux autres et de renoncer à faire de notre vie chrétienne un musée de souvenirs. De toute manière, laissons l’Esprit-Saint nous faire contempler l’histoire sous l’angle de Jésus ressuscité  » (n° 139)… et de Marie montée au Ciel  !

«  Ainsi, l’Église, au lieu de stagner, pourra aller de l’avant en accueillant les surprises du Seigneur.  »

«  Car, en Dieu, nous avertit sœur Lucie, la colère de sa Sainteté outragée, la Miséricorde de son Cœur toujours fidèle, pour ainsi dire se battent à savoir laquelle triomphera de l’autre  : la Justice dans toute sa rigueur ou la Miséricorde dans toute sa douceur.  »

Le pape François semble bien prendre en compte ce conflit, du moins du côté de l’âme qui en est l’enjeu  :

«  Il est très difficile de lutter contre notre propre concupiscence ainsi que contre les embûches et les tentations du démon et du monde égoïste, si nous sommes trop isolés. Le bombardement qui nous séduit est tel que, si nous sommes trop seuls, nous perdons facilement le sens de la réalité, la clairvoyance intérieure, et nous succombons.  » (n° 140)

Le remède est de combattre «  deux à deux  » (n° 141).

Si le pape François daigne un jour examiner notre Règle qui restera “ provisoire ” tant qu’il ne l’aura pas approuvée, puisqu’il est en toute vérité «  le véritable Supérieur de l’Ordre  » (article 43), il découvrira à l’article cinquième l’exacte transcription de son Exhortation  :

«  Ils vivront par groupe de deux, en cellule et ailleurs, pour unir intimement l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Ils trouveront dans cette vie commune un puissant moyen de sanctification et une sauvegarde contre leur propre faiblesse  ; ils seront les uns envers les autres dévoués et plein d’abnégation. Les difficultés de ce genre de vie seront une part normale de leur renoncement quotidien.  »

Jusqu’au martyre  ? Oui  ! à l’exemple du Père de Foucauld auquel le pape François assimile les «  moines trappistes de Tibhirine (Algérie), qui se sont préparés ensemble au martyre  » (n° 141). Alors que Christian de Chergé, leur prieur, avait écrit en guise de testament que s’il était tué par les islamistes, il ne voulait pas être considéré comme “ martyr ”  ! Nous étions ensemble au séminaire des Carmes, “ coturnes ” et de la même promotion (1956). Je n’ai donc pas été surpris de le voir glisser de sa belle vocation de trappiste selon saint Bernard à l’interreligion selon le concile Vatican II.

Le pape François aurait pu nous donner un meilleur exemple de «  cheminement à faire deux à deux  » pour devenir des saints  : il a canonisé François et Jacinthe à Fatima, le 13 mai 2017, mais n’en a plus parlé depuis  ! Après la mention des moines de Tibhirine – qui n’étaient d’ailleurs pas tous d’accord avec de Chergé  ! – le pape François écrit  :

«  Il y a de même [?], beaucoup de couples saints au sein desquels chacun a été un instrument du Christ pour la sanctification de l’autre époux.  »

On pense aux saints Louis et Zélie Martin, parents de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Mais aussi aux frère et sœur François et Jacinthe Marto.

«  Partager la Parole [de la Mère de Dieu] et célébrer ensemble l’Eucharistie [à l’école de l’Ange du Portugal] fait davantage de nous des frères  » et sœurs, écrit le Pape (n° 142). Il ne peut mieux dire  ! Et lorsqu’il écrit que «  partager la Parole et célébrer ensemble l’Eucharistie fait davantage de nous des frères et nous convertit progressivement en communauté sainte et missionnaire  », le Saint-Père traduit très exactement notre expérience de Petits frères et Petites sœurs du Sacré-Cœur, du moins notre idéal  !

Le Saint-Père achève ce quatrième chapitre consacré à «  Quelques caractéristiques de la sainteté dans le monde actuel  », par un paragraphe intitulé «  En prière constante  ».

«  Finalement, même si cela semble évident, souvenons-nous que la sainteté est faite d’une ouverture habituelle à la transcendance, qui s’exprime dans la prière et dans l’adoration.  » (n° 147)

Le Saint-Père cite «  le “ pèlerin russe ” qui marchait dans une prière continue  » (n° 152). Il devrait citer le chapelet que Notre-Dame a pris la peine de nous recommander à chacune de ses apparitions, en 1917  :

«  Récitez le chapelet tous les jours afin d’obtenir la paix pour le monde et la fin de la guerre.  » (13 mai)

D’autant plus que les mystères joyeux, douloureux et glorieux du Rosaire répondent très exactement à ces lignes magistrales  :

«  La mémoire des actions de Dieu se trouve à la base de l’expérience de l’alliance entre Dieu et son peuple. Puisque Dieu a voulu entrer dans l’histoire, la prière est tissée de souvenirs. Non seulement du souvenir de la Parole révélée, mais aussi de la vie personnelle, de la vie des autres, de ce que le Seigneur a fait dans son Église.  » (n° 153)

Le pape François exprime là des pensées chères à l’abbé de Nantes. Il continue  : «  Certains, par préjugés spiritualistes, croient que la prière devrait être une pure contemplation de Dieu, sans distractions, comme si les noms et les visages des frères étaient une perturbation à éviter. Au contraire, la réalité, c’est que la prière sera plus agréable à Dieu et plus sanctifiante si, à travers elle, par l’intercession, nous essayons de vivre le double commandement que Jésus nous a donné.  » (n° 154)

«  Si nous reconnaissons vraiment que Dieu existe, nous ne pouvons pas nous lasser de l’adorer, parfois dans un silence débordant d’admiration, ou de le chanter dans une louange festive. Nous exprimons ainsi ce que vivait le bienheureux Charles de Foucauld quand il disait  : “ Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui. ”  » (n° 155)

COMBAT, VIGILANCE, DISCERNEMENT

«  La vie chrétienne est un combat permanent.  » (n° 158) Contre qui  ? «  Contre le diable qui est le prince du mal.  » (n° 159) L’expression est insolite. On attendrait  : «  le Prince de ce monde  » (Jn 12, 31; 14, 30). Mais depuis le concile Vatican II, “ l’ouverture au monde ” interdit de le considérer comme soumis au diable  ! Alors, le pape François se contente de nous présenter le monde comme le théâtre de la défaite du démon  : «  Jésus lui-même fête nos victoires. Il se réjouissait quand ses disciples arrivaient à progresser dans l’annonce de l’Évangile, en surmontant les obstacles du Malin, et il s’exclamait  : “ Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair. ” (Lc 10, 18)  »

Citant son homélie du 11 octobre 2013 en la chapelle de la maison Sainte-Marthe, le Pape affirme l’existence du démon  : «  Sa présence se trouve à la première page des Écritures, qui se concluent avec la victoire de Dieu sur le démon.  » (n° 160)

On attend les références bibliques, mais non. Et pour cause  ! Car «  la première page des Écritures  » annonce «  la victoire  » de la «  semence de la Femme  », c’est-à-dire de la Vierge sur le démon (Gn 3, 15) et les Écritures «  se concluent sur sa victoire sur le Dragon  » (Ap 12).

Parler de «  la victoire de Dieu sur le démon  » (n° 160) sans préciser que Dieu remporte cette victoire par sa Très Sainte Mère, c’est bafouer la volonté de Dieu qu’Elle est venue révéler à Fatima  : «  Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé.  » (13 juin)

C’est pourquoi, le pape François nous voue à la défaite au moment même où il nous avertit que «  notre chemin vers la sainteté est une lutte constante  » (n° 162) puisqu’il méprise les encouragements de notre Mère seuls garants de la victoire  : «  Ne te décourage pas, je ne t’abandonnerai jamais  ! Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu.  » (13 juin).

Le message de Fatima répond pourtant en tout point au «  discernement  » qui permet selon le pape François de «  savoir si une chose vient de l’Esprit-Saint ou si elle a son origine dans l’esprit du monde ou dans l’esprit du diable  » (n° 166).

Attendre la dernière ligne pour écrire  : «  Je voudrais que la Vierge Marie couronne ces réflexions  » (n° 176), c’est très précisément ce que Notre-Seigneur appelait le péché contre le Saint-Esprit  :

«  Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas remis. Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis  ; mais quiconque aura parlé contre l’Esprit-Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l’autre.  » (Mt 12, 31-32)

frère Bruno de Jésus-Marie.