La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 187 – Mai 2018

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


MYSTERIUM FIDEI

COMBIEN de chrétiens, en lisant la lettre Placuit Deo que nous avons commentée d’une manière polémique le mois dernier, se diront  : «  J’ai besoin de salut, j’ai besoin de purification de l’âme, j’ai besoin d’une transformation intérieure. Je ne peux pas continuer comme ça, en restant dans ma crasse  !  » Si quelqu’un a ce sens du péché, qu’il se rappelle l’invocation inscrite naguère sur les tombes de nos pauvres morts  : “ O Crux ave, spes unica ”, Ô Croix, notre unique espérance  ! Et qu’il vienne à la Messe, instituée par le Christ, notre seul Sauveur, pour nous laver dans son Sang et nous transformer.

C’est l’objet des catéchèses de notre Saint-Père le pape François, depuis le 8 novembre 2017. Elles ont porté sur l’Eucharistie, le “ cœur ” de l’Église, afin d’ «  apporter une réponse à certaines questions importantes sur l’Eucharistie et la Messe, pour redécouvrir, ou découvrir, comment à travers ce mystère de la foi resplendit l’amour de Dieu  ».

C’était déjà l’intention du concile Vatican II «  de réaliser, sous la direction de l’Esprit-Saint, un renouveau adapté de la liturgie  ». Mais cinquante ans ont passé et que voyons-nous  ? «  Souvent, nous allons là, nous regardons les choses, nous bavardons entre nous et le prêtre célèbre l’Eucharistie… et nous ne célébrons pas à ses côtés.  »

Le Pape a lieu de s’en indigner d’autant plus que le «  renouveau adapté  » avait pour objectif la “ participation ” du peuple de Dieu  !

«  Mais c’est le Seigneur  ! Si le président de la République ou une personne très importante dans le monde venait ici aujourd’hui, il est certain que nous serions tous près de lui, que nous voudrions le saluer. Mais réfléchis  : quand tu vas à la Messe, c’est le Seigneur qui est présent  ! Et tu es distrait. C’est le Seigneur  ! Nous devons penser à cela. “ Père, c’est que les Messes sont ennuyeuses. ” “ Mais que dis-tu, le Seigneur est ennuyeux  ? ” – “ Non, non, pas la Messe, les prêtres. ” – “ Ah, que les prêtres se convertissent, mais c’est le Seigneur qui est présent  ! ” Compris  ? Ne l’oubliez pas. “ Participer à la Messe signifie vivre à nouveau la passion et la mort rédemptrice du Seigneur ”.  »

Donc, la “ seconde Réforme ” que fut Vatican II, c’est raté  ! Et pourtant, il reste que «  l’Eucharistie est un événement merveilleux dans lequel Jésus-Christ, notre vie, se fait présent.  » François cite son homélie de la Messe du 10 février 2014 à Sainte-Marthe, en laquelle il rappelait que «  participer à la Messe signifie “ vivre encore une fois la passion et la mort rédemptrice du Seigneur ”  ».

Mais il ne semble guère avoir été entendu. La raison en est simple, clairement dénoncée par l’abbé de Nantes dans son Livre d’accusation à l’encontre de Paul VI  : «  Votre Réforme s’est attaquée au Sacrifice propitiatoire. Là est le schisme essentiel de votre nouvel Ordo. C’est son Article 7, jamais regretté, jamais rétracté  : “ La Cène dominicale ou Messe est la synaxe sacrée ou assemblée du peuple de Dieu se réunissant sous la présidence du prêtre pour célébrer le mémorial du Seigneur. C’est pourquoi vaut éminemment pour l’assemblée locale de la Sainte Église la promesse du Christ  : Là où deux ou trois seront réunis en mon nom je serai au milieu d’eux (Mt 18, 20). ” C’est votre Ordo Missæ. Cette définition n’est pas de Vous  ; Vous n’êtes pas hérétique à ce point. Mais Vous l’avez acceptée et, contraint de la rectifier, Vous n’avez nullement accusé l’erreur dont toute cette liturgie factice s’inspire.  » (Liber accusationis I, 1973, p. 60)

Et ce qui devait arriver est arrivé  : «  La nouveauté schismatique de cette liturgie a aidé les prêtres à perdre la foi catholique au Saint-Sacrifice de la Messe.  » (ibid.) C’est pourquoi ils sont devenus «  ennuyeux  »….

François constate le résultat  :

«  Essayons à présent de nous poser certaines questions simples. Par exemple, pourquoi fait-on le signe de la croix et l’acte de pénitence au début de la Messe  ? Et je voudrais ouvrir ici une autre parenthèse. Vous avez vu comment les enfants se font le signe de la croix  ? On ne comprend pas ce qu’ils font, si c’est le signe de la croix ou un dessin. Ils font comme cela [le Pape fait un geste confus]. Il faut enseigner aux enfants à bien faire le signe de la croix. C’est ainsi que commence la Messe, c’est ainsi que commence la vie, c’est ainsi que commence la journée. Cela veut dire que nous sommes rachetés par la Croix du Seigneur.  »

Il s’agit de commémorer l’Alliance en la Croix du Christ, Alliance en son mystère premier, de la faire revivre afin d’y participer de nouveau et d’obtenir une grâce nouvelle de Dieu. Mais le Pape ne donne pas d’explication. Il ouvre une nouvelle “ parenthèse ” pour rappeler que la Messe n’est pas un spectacle  : «  Pourquoi à un certain moment, le prêtre qui préside la célébration dit-il  : “ Élevons nos cœurs ”  ? Il ne dit pas  : “ Élevons nos téléphones portables pour prendre une photo ”  ! Non, c’est une chose laide  ! Et je vous dis que je trouve cela très triste quand je célèbre ici, sur la place, ou dans la basilique, et je vois tant de portables levés, pas seulement ceux des fidèles, mais aussi de certains prêtres et également d’évêques. Mais tout de même  ! La Messe n’est pas un spectacle  !  »

C’est quoi  ?

«  C’est aller à la rencontre de la passion et de la résurrection du Seigneur. C’est pourquoi le prêtre dit  : “ Élevons nos cœurs. ” Qu’est-ce que cela veut dire  ? Rappelez-vous  : pas de téléphones portables.  »

L’algarade souligne la nécessité de «  revenir aux fondements, de redécouvrir ce qui est l’essentiel, à travers ce que l’on touche et ce que l’on voit dans la célébration des sacrements. La question de l’apôtre saint Thomas (cf. Jn 20, 25), de pouvoir voir et toucher les blessures des clous dans le corps de Jésus, est le désir de pouvoir d’une certaine façon “ toucher Dieu ” pour y croire. Ce que saint Thomas demande au Seigneur est ce dont nous avons tous besoin  : le voir, et le toucher pour le reconnaître. Les sacrements répondent à cette exigence humaine. Les sacrements, et la célébration eucharistique de façon particulière sont les signes de l’amour de Dieu, les voies privilégiées pour le rencontrer.  »

«  LA RENCONTRE AVEC LE SEIGNEUR  »

Après avoir rappelé que la Messe est «  la prière par excellence, la plus élevée, la plus sublime, et dans le même temps la plus “ concrète ”  », le Pape la définit comme «  la rencontre d’amour avec Dieu, à travers sa Parole et le Corps et le Sang de Jésus  ». Donc, avec sa Personne divine même. Mais pourquoi ce “ Corps ”, incarnation de cette Personne divine, et pourquoi ce Sang versé de ce Corps  ? Le Pape ne le dit pas.

«  La prière  » est en effet, «  un dialogue, une relation personnelle avec Dieu  » dont la révélation biblique nous enseigne qu’elle «  est unité  », depuis la création qui nous engage sur «  le chemin de la vie  » pour nous conduire à «  la rencontre définitive avec le Seigneur  ».

«  Le Livre de la Genèse affirme que l’homme a été créé à l’image et ressemblance de Dieu, qui est Père et Fils et Saint-Esprit, une relation d’amour parfaite qui est unité. À partir de cela, nous pouvons comprendre que nous avons tous été créés pour entrer dans une relation parfaite d’amour, en nous donnant et en nous recevant sans cesse, pour pouvoir ainsi trouver la plénitude de notre être.  »

Le livre de la Genèse raconte aussi comment cette «  relation d’amour  » originelle a été brisée par le péché originel. De cela le Pape ne parle pas et passe directement de “ l’alliance adamique ” à l’alliance “ mosaïque ”. Dieu a répondu à Moïse qui lui demandait, «  devant le buisson ardent  », quel était son Nom  : «  Je suis celui qui suis  »… (Ex 3, 14) Ce redoublement du verbe “ être ” à la première personne de l’indicatif présent établit l’existence de Dieu dans un éternel Présent et souligne que les “ autres ”, les dieux des païens, ne sont pas, n’existent pas. La réponse divine exclut donc les “ autres religions ” comme on dit depuis le concile Vatican II, sans préciser si elles sont “ vraies ” ou si elles sont “ fausses ”. La réponse divine «  exprime une présence et une faveur  », c’est-à-dire une alliance déjà ancienne, qui remonte à Abraham, Isaac et Jacob, “ alliance patriarcale ”, renouvelée entre Moïse et Yahweh, «  le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob  » (v. 15), enfin rendue éternelle en la Personne de Jésus-Christ, dont la Présence réelle survient à chaque messe en faveur de ses disciples «  afin qu’ils soient avec Lui  », qu’ils «  existent  » avec Lui. Cette «  grâce la plus grande  » nous atteint à notre tour lorsque nous faisons «  l’expérience que la Messe, l’Eucharistie est le moment privilégié pour être avec Jésus, et, à travers Lui, avec Dieu et avec nos frères  ». C’est ce que le pape François appelle «  la prière la plus élevée et dans le même temps la plus concrète  ». En soulignant le verbe être, le Saint-Père rend réellement vivante la relation du Fils avec son Père en laquelle Jésus nous introduit en nous apprenant à le prier avec lui. Mais François omet décidément de nous dire ce qu’il en a coûté à Jésus  : son “ Corps ” livré, et son Sang répandu.

«  Les Évangiles nous montrent Jésus qui se retire dans des lieux à part pour prier  ; les disciples, en voyant sa relation intime avec le Père, sentent le désir d’y participer, et ils lui demandent  : “ Seigneur apprends-nous à prier. ” (Lc 11, 1) C’est ce que nous avons entendu dans la première lecture, au début de l’audience. Jésus répond que la première chose nécessaire pour prier est de savoir dire “ Père ”. Soyons attentifs  : si je ne suis pas capable de dire “ Père ” à Dieu, je ne suis pas capable de prier.  »

Voilà une vérité qui condamne les “ autres religions ” à disparaître. Car les musulmans ne prient pas puisqu’ils refusent de dire “ Père ” à Dieu. Et les juifs, de même.

«  Nous devons apprendre à dire “ Père ”, c’est-à-dire à nous mettre en sa présence dans une confiance filiale. Mais pour pouvoir apprendre, il faut humblement reconnaître que nous avons besoin d’être instruits, et dire avec simplicité  : Seigneur, apprends-moi à prier.  »

Non seulement cela, mais il faut surtout s’établir dans la condition filiale. Après avoir évoqué les vertus spontanées de l’enfance  : «  confiance et abandon, comme un enfant à l’égard de ses parents  » et capacité de «  se laisser émerveiller  », le Pape évoque l’entretien de Jésus avec Nicodème  : «  Dans l’Évangile on parle d’un certain Nicodème (Jn 3, 1-21), un homme âgé, qui faisait autorité en Israël, qui se rend auprès de Jésus pour le connaître.  »

En fait, nous rapporte saint Jean, Nicodème vient en enquêteur discret au service de la secte des pharisiens  : «  Rabbi, nous le savons (que ne savons-nous pas  !), tu viens de la part de Dieu comme un maître  : en effet, personne ne peut faire les signes que tu fais si Dieu n’est pas avec lui.  » (Jn 3, 2)

«  C’est presque une reconnaissance officielle émanée de la puissante secte des pharisiens, écrit notre Père. Ainsi, Jérusalem était ouverte à la prédication du jeune rabbi, d’emblée reconnu vrai prophète, et même, maître en Israël  ! Nicodème s’attend donc à ce que Jésus lui en marque quelque reconnaissance. Mais il en est pour ses frais. Jésus brise là  : “ En vérité, en vérité je te le dis, à moins de naître d’En-Haut (il a dit  : “ d’En-Haut ”, et non comme nous lisons dans la Vulgate  : denuo, de nouveau), nul ne peut voir le Royaume de Dieu. ” Autant dire  : Inutile de poursuivre cet entretien, qui ne peut mener à rien. Car une chose vous manque à tous, c’est d’être nés d’En-Haut, nés du Ciel, d’où vient Jésus, né du sein de son Père. La parole est dure et certainement incomprise de ce grand juif, pharisien bien dans sa peau. Comme il ne comprend pas, il plastronne, cherche une issue qu’il croit avoir trouvée  ; elle est d’un réalisme suffocant. Comme si Jésus pouvait imaginer de demander à un homme, déjà vieux, de rentrer dans le sein de sa mère, pour en renaître une seconde fois  !

«  L’incompréhension est presque totale, le malentendu est certain, mais l’idée saisissante, presque insultante, fait d’autant plus son chemin  : renaître à une autre vie… Après tout, pourquoi pas  ! Mais quel est ce mystère  ?  » (Bible, Archéologie, Histoire, t. II, p. 141) C’est le mystère de la Rédemption… absent de la catéchèse du Saint-Père  !

Il pose pourtant lui aussi la question  : «  Mais qu’est-ce que cela signifie  ? Peut-on “ renaître ”  ?  » Cependant, il donne à cette interrogation un sens superficiel, très éloigné de l’enseignement dispensé par Jésus à ce «   maître en Israël  » qu’est Nicodème  : «  Sans accabler son visiteur d’aucun mépris ni même d’un sourire condescendant, écrit notre Père, Jésus poursuit  :

«  “ En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de renaître de l’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. ”  » (Jn 3, 5)

Notre Père, l’abbé de Nantes, commente  : «  L’inutilité de renaître du sein de sa mère étant admise, une porte de lumière est ouverte à ce pharisien, à ce juif qui fait profession de connaître les Écritures et de pratiquer la plénitude de la Loi. Mais lui, pour se justifier, objecte  : “ Comment cela peut-il se faire  ? ” Et Jésus de répondre, peut-être avec une aimable ironie, dans un sourire étonné  : “ Tu es maître en Israël, et tu ne saisis pas cela  ? ”  »

Le Pape, pour sa part, adhère à l’étonnement de Nicodème et mentionne enfin, mais en passant, le mystère du sacrifice par lequel Jésus paye notre salut  :

«  En vérité, le Seigneur nous surprend en nous montrant qu’Il nous aime également dans nos faiblesses. Jésus-Christ “ est victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier ” (1 Jn 2, 2). Ce don, source de véritable consolation – mais le Seigneur nous pardonne ­toujours, cela console, c’est une véritable consolation – est un don qui nous est donné à travers l’Eucharistie, ce banquet nuptial au cours duquel l’Époux rencontre notre fragilité. Est-ce que je peux dire que lorsque je fais la communion pendant la Messe, le Seigneur rencontre ma fragilité  ? Oui  ! Nous pouvons le dire parce que c’est vrai  !  »

L’abbé de Nantes explique bien pourquoi  : «  Car ce “ maître en Israël ” aurait dû très bien savoir ce que les Prophètes avaient dès longtemps et combien fortement annoncé, qu’en remède à l’impuissance de la chair et à l’insuffisance de la Loi et des pratiques sacrificielles reçues de Moïse, viendrait le temps d’une Nouvelle Alliance de vie et de vérité, dans l’Esprit-Saint répandu alors sur le peuple juif et sur toutes les nations. Jean l’avait crié dans le désert, à cinquante kilomètres de là  ! Où était donc Nicodème, n’avait-il pas entendu  ? Avait-il assez lu les prophètes  ! Comment ne s’était-il pas même dérangé pour écouter le dernier et le plus insistant d’entre eux  ! Grande était sa faute vraiment, et celle de tous ceux qui l’avaient envoyé  ! Ainsi jugeaient-ils de tout, supérieurement, non  ! superficiellement. Ils étaient satisfaits de Jésus, dans leur aveuglement, mais sans docilité à l’Esprit-Saint, confiants en leurs seules lumières et en leurs propres vertus. C’était trop de prétention.  »

Cependant, le Saint-Père ignore cette controverse dont Jésus souligne le caractère tragique  : «  En vérité, en vérité je te le dis, nous parlons de ce que nous savons, et nous attestons ce que nous avons vu  ; mais vous n’accueillez pas notre témoignage.  » (Jn 3, 11)

«  L’autre avait parlé au pluriel, comme mandaté par la puissance pharisienne en Jérusalem. Jésus parle au pluriel dans la puissance de Dieu, et sans doute l’Esprit-Saint parle avec lui, et l’Église future dont saint Jean l’Évangéliste, présent à l’entretien, est déjà le légitime représentant.  »

«  MÉMORIAL  »

Jésus va donc «  leur donner à tous un signe, comme il en a déjà promis à Nathanaël, et hier encore aux juifs qui l’interrogeaient sur le parvis du Temple. Celui-là non plus, nul ne pourra le comprendre de longtemps. Du moins, humilié, piqué au vif, Nicodème s’en souviendra-t-il et ce signe lui sera comme une semence de vie et de vérité à venir.

Jésus lui dit donc  :

«  Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, afin que quiconque croit ait la vie éternelle.  » (Jn 3, 14)

Le Pape en viendra à ce signe donné aux Hébreux dans le désert, au cours des catéchèses suivantes, en expliquant que la Messe est un “ mémorial ”, semblable à celui qui rappelle comment Dieu sauva jadis les Hébreux qui avaient murmuré contre lui  :

«  La Messe est le mémorial du mystère pascal du Christ. Elle nous rend participants de sa victoire sur le péché et la mort et donne sa pleine signification à notre vie.  » (22 novembre 2017)

Que signifie «  mémorial  »  ? Le Pape cite le Catéchisme de l’Église catholique (CEC)  :

«  Ce “ n’est pas seulement le souvenir des événements du passé mais, d’une certaine manière, elle les rend présents et actuels. C’est exactement comme cela qu’Israël comprend sa libération de l’Égypte  : chaque fois que la Pâque est célébrée, les événements de l’Exode sont rendus présents à la mémoire des croyants afin qu’ils conforment leur vie à ceux-ci. ” (CEC, 1363) Jésus-Christ, par sa passion, sa mort, sa résurrection et son ascension dans le ciel, a accompli la Pâque. Et la Messe est le mémorial de sa Pâque, de son “ exode ”, qu’il a accompli pour nous, pour nous faire sortir de l’esclavage et nous introduire dans la terre promise de la vie éternelle. Ce n’est pas seulement un souvenir, non, c’est davantage  : c’est rendre présent ce qui s’est produit il y a vingt siècles.  »

C’est vraiment le cas de demander, comme Nicodème, «  comment cela peut-il se faire  ?  » François, grand lecteur de sainte Thérèse, aurait pu citer sa mère, Zélie Martin, qui écrivait le 18 mai 1877  :

«  Thérèse a des reparties bien rares à son âge [quatre ans], elle en remontre à Céline qui est le double plus âgée [huit ans]. Céline disait l’autre jour  :

«  “ Comment que cela se fait que le Bon Dieu peut être dans une si petite hostie  ? ”

«  La petite a dit  : “ Ce n’est pas si étonnant puisque le Bon Dieu est Tout-puissant.

 Qu’est-ce que veut dire Tout-puissant  ?

 Mais c’est de faire tout ce qu’Il veut  !… ”  »

Ah  ! si le Pape connaissait l’abbé de Nantes  ! lui aussi disciple attentif de «  la plus grande sainte des temps modernes  », il aurait su nous enseigner que la Messe est un renouvellement du Sacrifice de la Croix, conformément à la foi de l’Église. Le réalisme du théologien de la Contre-Réforme fonde notre dévotion à la Sainte Eucharistie imitée de celle du Père de Foucauld.

À la dernière Cène, Jésus a pris du pain au début du repas, et il a dit  : «  Ceci est mon Corps  », puis il l’a distribué à ses Apôtres. À la consécration, le prêtre qui célèbre la Messe dit de même  : «  Hoc est corpus meum.  » Et Jésus est là, substantiellement, c’est-à-dire Corps, Sang, Âme et Divinité, sous les apparences du pain. Mais il n’y a plus de pain. La substance du pain a laissé la place à la substance du Verbe fait chair. La “ transsubstantiation ” est intégrale.

C’est Jésus  ! Quel Jésus  ? Celui d’ «  il y a vingt siècles  »  ? Non pas  ! mais celui d’aujourd’hui. Jésus ressuscité, vivant dans la gloire du Père.

Quand le Corps de Jésus est là vivant, présent sur l’autel, Jésus dit par la voix de son prêtre  : «  Ceci est mon Sang.  » Aussitôt, la substance du vin laisse la place à la substance de son propre Sang dont Jésus remplit le calice. Ce mystère est parfaitement manifesté dans la vision eucharistique et mariale de Tuy  : le Précieux Sang coule sur les joues de Jésus Crucifié et de son Cœur transpercé sur l’Hostie, et tombe dans le calice.

Contre les donatistes saint Augustin disait  : «  C’est Jésus qui baptise.  » De même l’abbé de Nantes, dans la grande querelle qui s’éleva naguère entre les tenants de la nouvelle Messe et ceux de l’ancienne, disait  : «  La Messe, ce n’est pas le prêtre, c’est Jésus-Christ qui la dit  ! c’est Jésus-Christ qui est l’Acteur.  » Parce qu’il est Vivant. «  Il fait tout ce qu’Il veut.  »

Son “ Action ” est celle d’un souverain Prêtre, qui se met dans son état de Victime, en toute vérité, afin d’obtenir miséricorde de son Père pour les péchés de ceux qui assistent à la Messe. De son corps le sang jaillit dans le calice. Et puisque c’est Lui, ce n’est pas un autre Sacrifice que celui du Calvaire. Cependant, c’est Jésus qui descend du Ciel pour venir dans notre chapelle, faire quoi  ? Ce que dit le Saint-Père  :

«  L’Eucharistie nous conduit toujours au sommet de l’action du salut de Dieu  : le Seigneur Jésus, se faisant pain rompu pour nous, reverse sur nous toute sa miséricorde et son amour, comme il l’a fait sur la croix, afin de renouveler notre cœur, notre existence et notre manière d’être en relation avec lui et avec nos frères. Le concile Vatican II affirme  : “ Chaque fois que le sacrifice de la Croix, par lequel le Christ, notre agneau pascal, a été immolé, est célébré sur l’autel, l’œuvre de notre rédemption s’effectue. ” (Const. dogm. Lumen gentium, 3)

LE DIMANCHE, JOUR DU SEIGNEUR.

«  Chaque célébration de l’Eucharistie est un rayon de ce soleil sans couchant qu’est Jésus ressuscité. Participer à la Messe, en particulier le dimanche, signifie entrer dans la victoire du Ressuscité, être éclairés par sa lumière, réchauffés par sa chaleur.  »

La catéchèse du 13 décembre porte précisément «  sur l’obligation d’aller à la messe le dimanche  ». Pourquoi  ? Parce que c’est «  le jour de la semaine que les juifs appelaient “ le premier de la semaine ”  », et que «  ce jour-là, Jésus est ressuscité des morts et est apparu aux disciples, parlant avec eux, mangeant avec eux et leur donnant l’Esprit-Saint  ». C’est ce qu’il renouvelle, se rendant visible, tangible, “ mangeable ”, “ buvable ” à chacune de nos messes.

«  La communion eucharistique avec Jésus, ressuscité et vivant pour l’éternité, anticipe le dimanche sans couchant, quand il n’y aura plus ni fatigue ni douleur ni larmes, mais seulement la joie de vivre pleinement et pour toujours avec le Christ.  »

«  Que pouvons-nous répondre à ceux qui disent que cela ne sert à rien d’aller à la Messe, même le dimanche, parce que l’important est de vivre bien et d’aimer son prochain  ? C’est vrai que la qualité de la vie chrétienne se mesure à la capacité d’aimer, comme l’a dit Jésus  : “ À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples  : si vous avez de l’amour les uns pour les autres ” (Jn 13, 35); mais comment pouvons-nous pratiquer l’Évangile sans puiser l’énergie nécessaire pour le faire, un dimanche après l’autre, à la source inépuisable de l’Eucharistie  ? Nous n’allons pas à la Messe pour donner quelque chose à Dieu, mais pour recevoir de lui ce dont nous avons vraiment besoin.  »

Vraiment  ? Nous y allons pourtant pour offrir au Père son Fils fait homme, Jésus présent renouvelant son oblation à son Père, à la louange de sa Gloire.

«  En conclusion (…). Nous, les chrétiens, nous avons besoin de participer à la Messe dominicale parce que c’est seulement avec la grâce de Jésus, avec sa présence vivante en nous et parmi nous, que nous pouvons mettre en pratique son commandement, et ainsi être ses témoins crédibles.  »

«  Témoins  » de quoi  ? Du salut éternel que procurent le Saint-Sacrifice de la messe et la communion  : «  Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son Sang, vous n’aurez pas la vie en vous.  » (Jn 6, 53) C’est une question de vie ou de mort éternelle  ! Cela ne paraît pas dans la catéchèse du Pape.

INTROÏT

Pendant le chant d’entrée, le célébrant entre, «  salue l’autel en s’inclinant et, en signe de vénération il l’encense. Pourquoi  ? Parce que l’autel est le Christ, la figure du Christ qui “ en livrant son corps sur la croix est à lui seul l’autel, le prêtre et la victime ”  »… de quoi  ? du Saint-Sacrifice de la messe.

Mais le Pape évite cette expression immémoriale. Citant la Présentation générale du Missel romain selon l’Ordo de Paul VI, il désigne l’Action par un pléonasme  : «  l’action de grâces qui s’accomplit pleinement par l’Eucharistie ”  » (n° 296). Le mot Eucharistie transcrit le verbe grec eucharistein, «  rendre grâce  ». On répète donc deux fois la même chose, pour évacuer la notion catholique de “ Saint-Sacrifice ”, qui est précisément l’objet de notre «  action de grâces  », louange de reconnaissance pour la «  grâce  » reçue, en horreur aux protestants  ; et la “ Messe ” est réduite à la “ Cène ” protestante. Au plus loin du Saint-Sacrifice que célébrait l’Église catholique selon l’Ordo immémorial codifié par saint Pie V à l’encontre de Luther qui voulait l’abolir.

Pourtant, «  il y a ensuite le signe de la Croix  ». Mais il n’évoque pas tant la Croix que la Sainte Trinité  : le prêtre et tous les membres de l’assemblée sont «  conscients que l’acte liturgique s’accomplit “ au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit ”  ».

De nouveau, le Pape s’en prend à la façon dont les enfants font le signe de la Croix. Mais lui-même fait bien pire en le dépouillant de sa signification sacrificielle, selon laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ ressuscité va renouveler le sacrifice de sa mort sur la Croix en venant sur l’autel en son Corps, son Âme et sa Divinité, comme il était sur la Croix, et en versant réellement son Précieux Sang dans le calice pour prix de notre salut.

«  Toute la prière se déroule, pour ainsi dire, dans l’espace de la Très Sainte Trinité – “ au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ” – qui est un espace de communion infinie  ; elle a comme origine et comme fin l’amour de Dieu un et trine, qui nous a été manifesté et donné dans la Croix du Christ. En effet, son mystère pascal est un don de la Trinité, et l’Eucharistie jaillit toujours de son cœur transpercé.  » Non pas l’Eau et le Précieux Sang des sacrements, mais “ l’Eucharistie ”  : l’action de grâces. Les protestants sont d’accord  : «  En nous marquant du signe de la Croix, donc, non seulement nous faisons mémoire de notre baptême, mais nous affirmons que la prière liturgique est la rencontre avec Dieu en Jésus-Christ, qui pour nous s’est incarné, est mort sur la Croix et a ressuscité dans la gloire.  »

Ensuite «  l’acte de pénitence est l’invitation à se confesser pécheurs devant Dieu et devant la communauté, devant nos frères, avec humilité et sincérité, comme le publicain au temple  ». Alors, «  de la rencontre entre la pauvreté humaine et la miséricorde divine  » jaillit le «  Gloria  », chanté par les Anges à Bethléem pour la naissance de Jésus, «  annonce joyeuse de l’union entre le ciel et la terre  ».

La Messe suit son cours. L’Oraison est précédée d’un temps de silence qui «  ne se réduit pas à l’absence de paroles, mais signifie se disposer à écouter d’autres voix  : celle de notre cœur et, surtout, la voix de l’Esprit-Saint  ». Et celle du Cœur de Jésus, non  ?

«  Le prêtre récite cette supplique, cette prière de collecte, les bras ouverts, c’est la position de l’orant, adoptée par les chrétiens depuis les premiers siècles – comme en témoignent les fresques des catacombes romaines – pour imiter le Christ les bras ouverts sur le bois de la croix. Et là, le Christ est l’orant et dans le même temps la prière  ! Dans le crucifié, nous reconnaissons le prêtre qui offre à Dieu le culte qu’il aime, c’est-à-dire l’obéissance filiale. Dans le rite romain, les prières sont concises, mais riches de signification  : on peut faire beaucoup de belles méditations sur ces prières  ! Si belles  ! En méditer à nouveau les textes, même en dehors de la Messe, peut nous aider à apprendre comment nous adresser à Dieu, que demander, quelles paroles utiliser. Puisse la liturgie devenir pour nous tous une véritable école de prière.  »

LITURGIE DE LA PAROLE

«  Quand on lit la Parole de Dieu dans la Bible – la première lecture, la seconde, le psaume et l’Évangile –, nous devons écouter, ouvrir notre cœur, parce que c’est Dieu lui-même qui nous parle et ne pas penser à autre chose ou parler d’autre chose. Compris  ?  »

En effet, «  les pages de la Bible cessent d’être un écrit pour devenir parole vivante, prononcée par Dieu.

«  Nous avons besoin de l’écouter  ! C’est en effet une question de vie.  » Ou de mort, non  ? Car «  “ l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ” (Mt 4, 4)  ».

C’est pourquoi «  nous parlons de la liturgie de la Parole comme de la “ table ” que le Seigneur prépare pour alimenter notre vie spirituelle.

«  Certes, il ne suffit pas d’écouter avec ses oreilles sans accueillir dans son cœur la semence de la Parole divine, pour lui permettre de porter du fruit. Souvenons-nous de la parabole du semeur et des différents résultats selon les différents types de terrain (cf. Mc 4, 14-20). L’action de l’Esprit, qui rend la réponse efficace, a besoin de cœurs qui se laissent travailler et cultiver, de sorte que ce qui est écouté à la Messe passe dans la vie quotidienne, selon l’avertissement de l’apôtre Jacques  : “ Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter  : ce serait vous faire illusion. ” (Jc 1, 22) La Parole de Dieu fait un chemin à l’intérieur de nous. Nous l’écoutons avec les oreilles et elle passe dans le cœur  ; elle ne reste pas dans les oreilles, elle doit aller au cœur  ; et du cœur elle passe aux mains, aux œuvres bonnes. C’est le parcours que fait la Parole de Dieu  : des oreilles au cœur et aux mains. Apprenons cela  !  »

ÉVANGILE, HOMÉLIE, CREDO
ET PRIÈRE UNIVERSELLE.

«  De même que les mystères du Christ éclairent toute la révélation biblique, ainsi, dans la liturgie de la Parole, l’Évangile constitue la lumière pour comprendre le sens des textes bibliques.  »

Par exemple le Sermon sur la Montagne éclaire et porte à sa perfection la Loi de Moïse.

«  Saint Augustin écrit que “ la bouche du Christ c’est l’Évangile. Il règne dans les cieux, mais il ne cesse de parler sur la terre. ”  »

«  Pour faire parvenir son message, Jésus se sert aussi de la parole du prêtre qui, après l’Évangile, donne l’homélie.  »

Dans l’exhortation Evangelii gaudium, François rappelait que le contexte liturgique «  exige que la prédication oriente l’assemblée, et aussi le prédicateur, vers une communion avec le Christ dans l’Eucharistie qui transforme la vie  ».

Ce n’est donc pas le moment de faire une conférence  !

C’est pourquoi l’homélie doit être bien préparée.

«  Et comment se prépare une homélie, chers prêtres, diacres, évêques  ? Par la prière, par l’étude de la Parole de Dieu et en faisant une synthèse claire et brève  : elle ne doit pas dépasser dix minutes, s’il vous plaît.  »

«  Si donc nous nous mettons à l’écoute de la “ bonne nouvelle ”, nous serons transformés et convertis par elle, par conséquent capables de nous changer nous-mêmes et le monde. Pourquoi  ? Parce que la Bonne Nouvelle, la Parole de Dieu entre par les oreilles, va au cœur et arrive aux mains pour faire des œuvres bonnes.  » N’en déplaise à Luther  !

«  Après l’homélie, un temps de silence permet de laisser reposer dans l’esprit la semence reçue, afin que naissent des résolutions d’adhésion à ce que l’Esprit a suggéré à chacun. Le silence après l’homélie. Il faut là un beau silence et chacun doit penser à ce qu’il a écouté.  »

Après ce silence, «  la réponse de foi personnelle s’insère dans la profession de foi de l’Église, qui s’exprime dans le “ Je crois en Dieu ”  ».

Enfin, la prière universelle exprime les besoins de l’Église pour répandre la Parole de Dieu dans le monde entier  : «  Souvenons-nous, en effet, de ce que nous a dit le Seigneur Jésus  : “ Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voulez et cela vous sera accordé. ” (Jn 15, 7)  »

LA LITURGIE EUCHARISTIQUE

Elle commence par «  la préparation des dons  » qui correspond au premier geste de Jésus lors de la dernière Cène  : «  Il prit le pain et la coupe du vin.  » C’est l’offertoire.

«  Dans les signes du pain et du vin, le peuple fidèle met donc son offrande entre les mains du prêtre, qui la dépose sur l’autel ou table du Seigneur  » qui est le Christ… «  mais toujours en référence au premier autel qui est la Croix, et sur l’autel qui est le Christ, nous apportons le peu de chose que sont nos dons, le pain et le vin qui deviendront beaucoup ensuite  : Jésus lui-même qui se donne à nous  ».

«  Une fois conclu le rite de la présentation du pain et du vin, commence la prière eucharistique correspondant à ce que Jésus lui-même a fait, à table avec les apôtres lors de la dernière Cène, quand il “ rendit grâces ” pour le pain, et ensuite pour le calice du vin.  »

Les trois Synoptiques font le récit de cette action de grâces.

«  Or, pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna aux disciples en disant  : “ Prenez, mangez, ceci est mon corps. ” Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna en disant  : “ Buvez-en tous  ; car ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude en vue de la rémission des péchés. ”  » (Mt 26, 28; cf. Mc 14, 22-24; Lc 22, 19-20; 1 Co 11, 23-25)

Le Pape ajoute  : «  Son action de grâce revit dans chacune de nos Eucharisties, en nous associant à son sacrifice du salut.  »

Avec une différence  : avant d’avoir souffert, la veille de sa Passion, cette “ Eucharistie ” n’était encore qu’une préfiguration du Sacrifice du salut qu’il se préparait à offrir sur la Croix. Nous autres, après, ce n’est plus une préfiguration, mais c’est la réitération du Saint-Sacrifice de la Croix. Cependant, à chaque Messe, c’est Jésus lui-même qui réitère cette action, symboliquement quant à l’immolation, le Sang versé dans le calice, mais réellement quant à l’action spirituelle, sa prière. C’est un acte tout à fait personnel de Jésus, dans cette chapelle, aujourd’hui, qui réactualise celui de la Croix. La mort sanglante est symbolisée, signifiée, mais l’oblation, c’est-à-dire la prière, l’Acte sacrificiel essentiel est renouvelé et revécu par Jésus lui-même, en faveur de ceux qui assistent à la Messe. Ensuite, suivra la Communion.

François, lui, va directement à la Communion  :

«  Et dans cette prière solennelle – la prière eucharistique est solennelle – l’Église exprime ce qu’elle accomplit quand elle célèbre l’Eucharistie et le motif pour lequel elle la célèbre, à savoir faire communion avec le Christ réellement présent dans le pain et dans le vin consacrés.  »

Mais alors, où est le «  sacrifice du salut  »  ?

Évidemment, Jésus n’est mort qu’une fois. Il ne meurt pas sur l’autel. Mais sur l’autel, après la Consécration, comme va le dire le Pape, «  c’est le Corps de Jésus  ; c’est tout. La foi  : la foi vient à notre aide  ; par un acte de foi, nous croyons que c’est le corps et le sang de Jésus. C’est le “ mystère de la foi ”, comme nous le disons après la Consécration. Le prêtre dit  : “ Mystère de la foi ” et nous répondons par une acclamation. En célébrant le mémorial de la mort et de la résurrection du Seigneur, dans l’attente de son retour glorieux, l’Église offre au Père le sacrifice qui réconcilie le ciel et la terre  : elle offre le sacrifice pascal du Christ en s’offrant avec lui et en demandant, en vertu de l’Esprit-Saint, de devenir “ dans le Christ un seul corps et un seul esprit ” (Prière eucharistique III  ; cf. Sacrosanctum Concilium, 48; PGMR, 79 f).

«  L’Église veut nous unir au Christ et devenir avec le Seigneur un seul corps et un seul esprit. C’est cela, la grâce et le fruit de la communion sacramentelle  : nous nous nourrissons du Corps du Christ pour devenir, nous qui en mangeons, son Corps vivant aujourd’hui dans le monde.  »

Ainsi, le “ mystère de la foi ”, mysterium fidei, selon le pape François, «  c’est un mystère de communion  », mais ce qui manque dans cette catéchèse, c’est la mention de l’Action du Christ proprement dite, c’est-à-dire du Saint-Sacrifice de la messe  !

Selon notre foi catholique, celui-ci est une réitération, un nouveau Sacrifice de Jésus venu sur l’autel à la parole consécratoire du prêtre  : «  Ceci est mon Corps  », pour y faire office de Victime et de Prêtre, et répandre lui-même son Sang dans une nouvelle oblation de lui-même à Dieu son Père, pour nous autres pécheurs.

Dès que le Christ est là, le prêtre et le Christ conjointement consacrent le calice, c’est-à-dire font le sacrifice, ensemble, indissociablement. C’est le Christ qui est là, sur l’autel, dans son Corps vivant  ; c’est le prêtre qui parle en son Nom, avec lui  : «  Ceci est mon Sang, le Sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, répandu en rémission des péchés, buvez-en tous  !  » C’est le mémorial de l’Alliance, c’est le moment le plus solennel.

Mais attention  ! c’est le début du Sacrifice et, à partir du moment où Il est là, ce Sacrifice entre en action, l’Eucharistie commence  : l’offrande des biens divins, du Corps du Christ et de son Sang qui sont séparés. Le drame, l’Action, la tragédie de la Croix recommence. Cette action d’offrir à Dieu ces biens que sont l’hostie et le calice, se fait de manière eucharistique, c’est-à-dire en action de grâces, parce que nous savons en toute certitude que Dieu agrée ce Sacrifice. Et donc le peuple se réjouit déjà parce qu’il reçoit le bienfait de l’Alliance, de telle manière que la prière du Pater qui vient ensuite attire le flot de la grâce divine sur la communauté.

C’est donc un vrai Sacrifice, n’en déplaise aux protestants qui ont hérité de Luther une haine diabolique de la Messe, source de la grâce dont le fruit est un renouvellement de l’Alliance de l’Église avec son Époux qui la nourrit de son Sang pour la faire croître en sainteté et en nombre, chaque jour.

Depuis la Pentecôte jusqu’aujourd’hui, l’Église célèbre dignement, saintement, le Saint-Sacrifice de la messe institué par le Christ sur toute la surface de la terre, à toute heure, chaque jour, renouvelant sans cesse l’Alliance en vertu de laquelle Dieu le Père continue de répandre ses bénédictions à la prière de son Fils et de l’Église.

Après la consécration du calice, c’est-à-dire avec l’apparition du Sang distingué sacramentellement, commémorativement, du Corps du Christ, Jésus se met dans un état de Victime pour plaire à son Père et nous avertir qu’il renouvelle son sacrifice de la Croix et l’Alliance dont il est le sceau.

C’est la “ Pâque ” du Seigneur  : il “ passe ”. C’est le passage du Seigneur, il crie à l’Église son serment, il renouvelle sa promesse faite jadis quand il passait comme une fournaise ardente et un brandon fumant entre les animaux partagés et qu’il criait à Abraham sa promesse de le choisir, lui et ses descendants (Gn 15, 17-18). Il passe et il épargne son peuple, comme l’Ange de Yahweh passait et épargnait les maisons des Hébreux en voyant le sang des victimes (Ex 12, 1-14). Il passe et libère son peuple de la captivité pour le conduire en terre promise… au Ciel  !

LE “ PATER ”.

Le Saint-Père lui a consacré une catéchèse. «  Ce n’est pas une prière chrétienne parmi tant d’autres, mais c’est la prière des enfants de Dieu  : c’est la grande prière que Jésus nous a enseignée. En effet, nous ayant été remis le jour de notre baptême, le “ Notre Père ” fait résonner en nous les sentiments qui furent dans le Christ Jésus. Quand nous prions avec le “ Notre Père ”, nous prions comme Jésus priait.  »

Disons davantage avec l’abbé de Nantes  : «  le “ Notre Père ” répond à l’Évangile, celui des Béatitudes, après la commémoration de l’Alliance. C’est l’Église-Épouse, avec le Christ, le Christ lui-même qui dit cette prière avec l’Épouse  : “ Notre Père qui êtes aux Cieux, que votre Nom soit sanctifié… ” On peut dire à ce moment-là que c’est une intimation à Dieu, ils sont sûrs, le Christ est Médiateur tout-puissant, avec la Vierge Marie, et l’Église qui lui est associée  :

«  C’est la promesse des fruits de l’Alliance, qui se fait entendre par la supplication efficace du “ Pater noster ”.

«  Enfin, répondant à la purification préalable du début de la Messe, chacun va recevoir le Corps et le Sang du Christ s’il en est digne, s’il fait partie de la communauté, afin que les fruits se particularisent après ce bien suprême du renouvellement de l’Alliance entre le Christ et son Église répandue sur toute la terre. Chacun d’entre nous, membre de l’Église, nous allons recevoir notre propre don de vie, uni à la grande Église, c’est la communion, c’est le banquet avec Dieu, nourriture et boisson qui nous unissent à lui, Corps et Sang du Christ, notre Rédempteur, Victime sainte, dont une part est réservée à Dieu, selon l’Ancien Testament.  »

THÉOPHANIE EUCHARISTIQUE ET MARIALE

À Tuy, le 13 juin 1929, Lucie a été favorisée d’une grandiose manifestation pleine et entière de ce mystère. La messagère était prête à le recevoir et le moment était venu pour Notre-Dame d’accomplir la promesse confiée aux trois enfants le 13 juillet 1917  : «  Je viendrai demander la consécration de la Russie…  »

Lucie raconte  : «  Le 13 juin 1929, j’avais demandé et obtenu la permission de mes supérieures et de mon confesseur de faire une heure sainte de 11 heures à minuit, dans la nuit du jeudi au vendredi de chaque semaine.

«  Me trouvant seule une nuit dans la chapelle, je m’agenouillai tout près de la table de communion, au milieu, pour réciter, prosternée, les prières de l’Ange. Me sentant fatiguée, je me relevai et continuai à les réciter les bras en croix. La seule lumière était la pâle lueur de la lampe du sanctuaire.

«  Soudain, toute la chapelle s’éclaira d’une lumière surnaturelle et, sur l’autel, apparut une croix de lumière qui s’élevait jusqu’au plafond.

«  Dans une lumière plus claire, on voyait sur la partie supérieure de la Croix, une face d’homme, avec un corps jusqu’à la ceinture. Sur sa poitrine une colombe, de lumière plus intense, et, cloué à la croix, le corps d’un autre homme. Un peu en dessous de la ceinture de celui-ci, suspendu en l’air, on voyait un Calice et une grande Hostie sur laquelle tombaient quelques gouttes de sang qui coulaient sur les joues du Crucifié et d’une blessure à la poitrine. Coulant sur l’Hostie, ces gouttes tombaient dans le calice.

«  Sous le bras droit de la Croix se tenait Notre-Dame avec son Cœur Immaculé dans la main. C’était Notre-Dame de Fatima avec son Cœur Immaculé dans la main gauche, sans épée ni roses, mais avec une couronne d’épines et des flammes.

«  Sous le bras gauche de la Croix, de grandes lettres, comme d’une eau cristalline qui aurait coulé au-dessus de l’autel, formaient ces mots  : “ Grâce et Miséricorde ”.

«  Je compris que m’était montré le mystère de la très Sainte Trinité, et je reçus sur ce mystère des lumières qu’il ne m’est pas permis de révéler.

«  Ensuite, Notre-Dame me dit  : “ Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé, promettant de la sauver par ce moyen.

«  “ Elles sont si nombreuses les âmes que la justice de Dieu condamne pour des péchés commis contre moi, que je viens demander réparation. Sacrifie-toi à cette intention et prie. ”  »

Cent ans ont passé et résonne dans nos cœurs angoissés par la guerre qui menace d’embraser le monde, cette plainte de Notre-Seigneur à Lucie  :

«  Ils n’ont pas voulu écouter ma demande  !… Comme le roi de France, ils s’en repentiront, et ils le feront, mais ce sera tard  », c’est-à-dire après de terribles châtiments.

Qui convaincra notre Saint-Père le pape François de se rendre aux objurgations de Notre-Seigneur pressé de faire éclater «  cette consécration comme un triomphe du Cœur Immaculé de Marie, afin d’étendre ensuite son culte et placer, à côté de la dévotion à mon Divin Cœur, la dévotion à ce Cœur Immaculé  ?

– Mais mon Dieu, dit sœur Lucie, le Saint-Père ne me croira pas si vous ne le mouvez vous-même par une inspiration spéciale.

 Le Saint-Père  ! Priez beaucoup pour le Saint-Père. Il la fera, mais ce sera tard  ! Cependant le Cœur Immaculé de Marie sauvera la Russie, elle lui est confiée.  » (lettre au Père Gonçalves, 18 mai 1936)

frère Bruno de Jésus-Marie.

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