La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 187 – Mai 2018

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


NOTRE-DAME DE FATIMA, HIER ET DEMAIN

EN ce mois de mai, nous entrons dans un nouveau cycle des apparitions de Notre-Dame de Fatima, qui se sont déroulées du 13 mai 1917 au 13 octobre 1917, précédées en 1916 des trois apparitions de l’Ange du Portugal à Lucie, François et Jacinthe. La première fois, au printemps, il leur apprit une prière  : «  Mon Dieu  ! Je crois, j’adore, j’espère et je vous aime. Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne vous aiment pas.  »

La deuxième fois, au fort de l’été, il leur apprit à offrir le Saint-Sacrifice en réparation de l’affreuse impiété de «  ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas, qui n’aiment pas  »  :

«  Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément, et je vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels il est lui-même offensé.

«  Par les mérites infinis de son très Saint Cœur et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs.  »

JÉSUS, PREMIÈRE APPARITION

La troisième fois, à l’automne, l’Ange tenait dans sa main gauche un calice sur lequel était suspendue une Hostie de laquelle tombaient quelques gouttes de Sang dans le calice. Cette Hostie n’était autre que le Corps, l’Âme et la Divinité du Christ, véritable apparition, la première, apparition du Fils, deuxième Personne de la Très Sainte Trinité, Jésus-Christ Notre-Seigneur qui s’est fait chair dans le sein de la Vierge Marie, a versé son Sang sur la Croix pour le salut des pauvres pécheurs  : ils ont vu cette “ Chair ” et ils ont vu couler son Précieux «  Sang  » dans le calice que l’Ange tenait en main, comme au Saint-Sacrifice de la messe, lorsque le prêtre consacre l’Hostie qu’il tient dans ses mains en disant  : «  Ceci est mon Corps livré pour vous…  » et l’Hostie devient le Corps de Jésus, tout vivant, avec son Sang, son Âme et sa Divinité.

Puis le prêtre prend le calice qui contient du vin, et il dit  : «  Ceci est mon Sang, versé pour la multitude des “ pauvres pécheurs ”.  » Pour leur salut. Et le vin est changé en Sang du Christ, jailli de son Corps, comme jadis au mont Calvaire.

Puis, l’Ange a donné l’Hostie, c’est-à-dire le Corps de Jésus, à Lucie, qui avait déjà fait sa première communion, et le calice à François et Jacinthe en disant  :

«  Mangez et buvez le Corps et le Sang de Jésus-Christ horriblement outragé par les hommes ingrats  »… qui n’en font aucun cas. Parce qu’ils n’y croient pas, ils ne vont pas à la messe le dimanche pour adorer le Corps et le Sang de Jésus-Christ et s’en nourrir pour la vie éternelle qu’ils «  n’espèrent pas  ». Horrible ingratitude qui les voue à l’enfer  !

Ainsi, la première apparition de Fatima est celle de Jésus lui-même  : cette Hostie, c’est Lui  ! c’est Jésus  ! On n’a pas attendu le Concile pour mettre «  Dieu  », «  Mon Dieu  ! Je crois, j’adore…  » au commencement, «  théocentrisme  », et Jésus-Christ deuxième Personne de cette Sainte Trinité, faite Chair, donné en communion à ces enfants qui l’ont reçu dans leur cœur  : «  christocentrisme  ».

L’année suivante, le 13 mai 1917, ils virent encore Notre-Seigneur, mais dans la lumière jaillie des mains de sa Mère. François restera très impressionné par cette vision  : «  J’aime tellement Dieu  ! Mais Lui, Il est si triste à cause de tant de péchés  ! Nous ne devons jamais en faire aucun  !  »

«  JE SUIS DU CIEL.  »

Cette fois, Il fut donc précédé non pas d’un Ange mais de sa Mère en Personne. Le dimanche 13 mai, en effet, après avoir assisté à la messe paroissiale, nos trois pastoureaux, conduisirent leurs brebis sur une terre appelée Cova da Iria en souvenir de sainte Irène qui s’y était retirée pour vouer à Dieu sa virginité, jusqu’au martyre.

Comme ils s’amusaient à construire un muret autour d’un buisson, un éclair leur fit craindre l’approche d’un orage. Vite, ils rassemblèrent leur troupeau. Soudain, un second éclair les arrêta.

Et ce fut la surprise  ! Une Dame toute vêtue de blanc et plus resplendissante que le soleil leur apparut sur un petit chêne-vert. Elle les enveloppait de sa lumière.

«  N’ayez pas peur, je ne vous ferai pas de mal.

D’où vient Votre Grâce  ?  » demanda Lucie.

Elle ne pouvait mieux dire. L’ange Gabriel ne l’avait-il pas appelée «  pleine de grâce  »  ?

«  Je suis du Ciel.  »

Lucie avait demandé  : «  D’où vient Votre Grâce  ?  » La Dame ne répond pas  : «  Je viens du Ciel  », mais «  Je suis du Ciel.  » Je Suis, comme Yahweh. Comme Jésus dans l’Évangile  : égô eimi.

«  Et que veut de moi Votre Grâce  ?

Je suis venue vous demander de venir ici pendant six mois de suite, le 13, à cette même heure. Ensuite, je vous dirai qui je suis et ce que je veux. Après, je reviendrai encore ici une septième fois.  »

Le Ciel  !

«  Et moi aussi, est-ce que j’irai au Ciel  ?

Oui, tu iras.

Et Jacinthe  ?

Aussi.

Et François  ?

Aussi, mais il devra réciter beaucoup de chapelets.  »

Se souvenant de deux jeunes filles, mortes depuis peu, qui étaient ses amies et venaient à la maison apprendre à tisser avec sa sœur aînée  :

«  Est-ce que Maria das Neves est déjà au Ciel  ?

Oui, elle y est.

«  Il me semble qu’elle devait avoir environ seize ans.  »

Et Amélia  ?

Elle sera au purgatoire jusqu’à la fin du monde.

«  Il me semble qu’elle devait avoir entre dix-huit et vingt ans.  » Quel coup  ! Les yeux de Lucie se remplirent de larmes. Elle était bouleversée à la pensée que son amie resterait si longtemps dans ce feu terrible qui purifie les âmes de leurs péchés, afin qu’elles puissent entrer au Ciel.

«  Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par lesquels il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs  ?

Oui, nous le voulons.

Vous aurez alors beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre réconfort.

«  C’est en prononçant ces paroles que Notre-Dame ouvrit les mains pour la première fois et nous communiqua, comme par un reflet qui émanait d’elles, une lumière si intense que, pénétrant notre cœur et jusqu’au plus profond de notre âme, elle nous faisait nous voir nous-mêmes en Dieu, qui était cette lumière, plus clairement que nous nous voyons dans le meilleur des miroirs.

«  Alors, par une impulsion intime qui nous était communiquée, nous tombâmes à genoux et nous répétions intérieurement  :

«  Ô Très Sainte Trinité, je vous adore. Mon Dieu, mon Dieu, je vous aime dans le Très Saint-Sacrement.  »

Notez bien le “ théocentrisme ”, et le “ christocentrisme ” cher aux théologiens  ! de cette prière qui traduit une extraordinaire union à la Sainte Trinité. Semblable à celle de Lucie-Christine observant, à partir de la même “ expérience ”, qu’ «  autre chose est de croire simplement que Jésus exposé dans le Saint-Sacrement est dans le sein de son Père et que le Saint-Esprit procède de son Père et de Lui, autre chose est de les voir dans le sein de Dieu. Heureuse une petite âme qui se trouve introduite comme au centre de cet adorable mystère. Heureuse d’un bonheur qu’elle ne peut même comprendre, car elle se sent trois fois aimée, aimée différemment par chacune des divines Personnes et pourtant aimée d’un seul et même Amour.  »

Les premiers moments passés, Notre-Dame ajouta  :

«  Récitez le chapelet tous les jours afin d’obtenir la paix pour le monde et la fin de la guerre.  »

Pouvez-vous me dire si la guerre durera encore longtemps  ?

Je ne puis te le dire encore, tant que je ne t’ai pas dit aussi ce que je veux.  »

Elle est Reine du monde. Le don divin de la paix qui mettra fin à la guerre mondiale dépend donc de son bon vouloir et de son pouvoir royal. Dans les Appels du message de Fatima, Lucie écrit que nous n’obtiendrons «  la paix avec notre propre conscience, la paix avec Dieu, la paix à la maison et en famille, la paix entre voisins et entre nations  » que grâce à une brûlante dévotion à son Cœur Immaculé.

Pour mettre fin à cette première apparition, la belle Dame qui n’avait pas encore dit son nom s’éleva doucement, en direction du levant. La lumière qui l’environnait semblait lui ouvrir le passage entre les astres, ce qui fit dire aux enfants qu’ils avaient vu s’ouvrir le ciel. Au comble de l’enthousiasme, ils débordaient d’une joie si expansive que Jacinthe ne put pas garder le secret promis  : «  Oh, maman, nous avons vu la Sainte Vierge  !  »

LES MYSTÈRES DU ROSAIRE

C’est la joie que nous partageons avec eux en méditant les mystères “ joyeux ” de notre Rosaire  : «  Réjouissez-vous.  » C’est le premier mot que l’Ange Gabriel dit à Notre-Dame lorsqu’il lui annonça qu’elle serait la Mère du Sauveur  : «  Réjouissez-vous.  »

Et nous le lui redisons cinquante fois lorsque nous récitons notre chapelet. Et nous savons que notre manière à nous de la “ réjouir ”, c’est de la “ consoler ” des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels son Cœur Immaculé est offensé, en lui disant  : «  Je vous aime, ô Marie…  »

L’ANNONCIATION, PREMIER MYSTERE JOYEUX.

«  Réjouissez-vous, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous  !  »

«  À ces mots de l’ange Gabriel, elle fut bouleversée, nous dit saint Luc. Et elle se demandait ce que signifiait cette salutation. L’ange lui dit  : “ Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez en votre sein et vous enfanterez un Fils auquel vous donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et on l’appellera Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père  ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob et son règne n’aura pas de fin.

«  Mais Marie dit à l’ange  : “ Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme  ?  »

«  L’ange lui répondit  : “ L’Esprit-Saint viendra sur vous, et la force du Très-Haut étendra son ombre sur vous. C’est pourquoi le Saint qui va naître sera appelé Fils de Dieu. ”  » (Lc 1, 26-35)

Lucie qui a été elle-même introduite dans le mystère de la Sainte Trinité à l’âge de neuf ans par l’Ange du Cabeço, puis l’année suivante par la lumière communiquée par les mains de la Vierge Marie, «  pénétrant notre cœur jusqu’au plus profond de notre âme  », comprend mieux que les théologiens et exégètes ces paroles de l’Ange. Elle écrit  :

«  Dans ce saint passage, Dieu nous révèle comment l’Incarnation du Verbe Éternel s’est réalisée  ; il nous fait connaître le mystère de la Très Sainte Trinité, c’est-à-dire un seul Dieu en Trois Personnes distinctes.  »

Les trois Personnes divines sont présentes, dès le premier instant de l’annonce faite à Marie  :

«  L’Esprit-Saint viendra sur vous,

le Très-Haut étendra son ombre sur vous,

et le Fils qui naîtra s’appellera le Fils de Dieu.  »

Le dogme de la Sainte Trinité n’est pas une élaboration théologique postérieure, contrairement à ce que disent les modernistes.

Et Dieu nous révèle les privilèges, «  la virginité et la pureté Immaculée de Marie. Dieu n’a pas voulu pour Mère de son Fils n’importe quelle femme, parce que son Fils ne pouvait assumer une nature souillée par le péché. C’est la raison pour laquelle Dieu a fait Marie immaculée dès le premier instant de sa vie, dès le moment de sa conception  ; et elle demeura toujours vierge, parce que le Fils de Dieu ne devait être confondu avec aucun autre, selon la nature humaine, ce qui aurait pu arriver si un autre fils était né de la même Mère.

«  Si Marie n’avait pas été immaculée et toute sainte, l’ange n’aurait pas pu lui dire qu’elle était pleine de grâce, parce qu’elle aurait en Elle la tache du péché.

«  “ Le Seigneur est avec vous ”, lui dit l’ange, parce que Marie tout entière n’est que de Dieu et n’est que pour Dieu.  »

Et il nous l’a donnée pour Mère  !

«  Quand on pense que Jésus a partagé avec nous sa Mère  ! écrit sœur Lucie. Dieu nous a donné Marie pour Mère dans l’ordre spirituel de la grâce. Quel grand don il nous a accordé  !

«  “ Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. ” Oui, Marie a attiré sur elle le regard de Dieu parce qu’elle était vierge, pure et Immaculée, et c’est la raison pour laquelle elle a été choisie pour être le premier temple humain qui serait habité par la Très Sainte Trinité.

«  Nous aussi, grâce aux mérites du Verbe fait homme par qui nous recevons le pardon et la grâce, si nous avons le bonheur de posséder le don de la foi et de vivre sans péché, nous sommes les temples vivants de l’adorable Trinité qui réside en nous.  » Tel est l’enseignement de Jésus  :

«  Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements  ; et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous et qu’il est en vous.  » (Jn 14, 15-17)

Saint Paul l’enseigne aux Corinthiens  :

«  Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous  ? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. Que nul ne se dupe lui-même  ! Si quelqu’un parmi vous croit être sage à la façon de ce monde, qu’il se fasse fou pour devenir sage.  » (1 Co 3, 16-18)

«  Si nous sommes les temples vivants de Dieu, il nous faut conserver pur notre temple parce que nous sommes la demeure de Dieu, pour que la vie de Dieu réside en nous et nous communique l’immortalité.  »

VISITATION.

L’ange Gabriel dit à Marie  :

«  Élisabeth, votre parente, a conçu un fils dans sa vieillesse, et elle en est déjà à son sixième mois, elle qu’on appelait stérile  ; car rien n’est impossible à Dieu. Marie dit alors  : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole  ! Et l’ange la quitta.

«  En ces jours-là, Marie se mit en chemin et se dirigea en hâte vers la montagne, dans une ville de Juda. Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth. Or, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, l’enfant tressaillit d’allégresse dans son sein.  »

Deuxième mystère joyeux  !

«  Et Élisabeth fut remplie du Saint-Esprit.  »

Esprit de prophétie, car elle n’a pas encore eu les confidences de Marie. Au moment où celle-ci entre chez elle, Élisabeth a tout compris  !

«  Élevant la voix, elle cria.  »

C’est le mot, le verbe grec qui désigne le cri liturgique des Hébreux pour accueillir l’Arche d’Alliance dans l’Ancien Testament. L’Arche d’Alliance, les Hébreux ne l’avaient plus revue depuis cinq cents ans, depuis l’Exil à Babylone. La voici de retour, vivante, et son tabernacle est le nouveau Temple où réside le Dieu vivant  : le sein virginal de Marie.

«  Élevant la voix, Élisabeth cria  : “ Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et comment m’est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne à moi  ? ”

«  “ Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur. ”  » (Lc 1, 36-45)

Tandis que Zacharie n’a pas cru, lui  !

Sœur Lucie le note  : «  Cette rencontre de Notre-Dame avec sa cousine sainte Élisabeth nous montre la grande foi et l’humilité profonde de Marie, qui étonne Élisabeth elle-même  ! On le voit dès la réponse qu’elle donne à l’ange, quand il lui annonce qu’elle a été choisie pour être la Mère de Dieu. Elle ne s’estime pas exaltée ou élevée à un niveau supérieur.

«  Elle croit aux paroles de l’ange  ; elle reconnaît sa petitesse devant Dieu et s’offre pour le servir, en qualité de servante  : “ Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. ”

«  Et c’est à la vue de la miséricorde du Seigneur que Marie répond à sa cousine en chantant son Magnificat  :

«  “ Mon âme glorifie le Seigneur, mon Esprit exulte en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a jeté les yeux sur l’humble condition de sa servante. ”  » (Lc 1, 46-48)

D’une phrase, Lucie balaie avec une autorité souveraine, prophétique, les négations modernistes, la théorie de Loisy, Alfred Loisy le moderniste, selon lequel «  ce n’était pas Marie mais Élisabeth qui avait prononcé le cantique  ».

«  La Vierge Marie et sainte Élisabeth ont entonné là le plus beau cantique de louange à Dieu qui soit  !  »

De fait, il prend tout son sens dans la bouche de l’une et de l’autre.

«  Leurs lèvres étaient inspirées par le Saint-Esprit. Oh  ! Marie n’était-elle pas le temple vivant de l’adorable Trinité  !  »

LA NATIVITÉ.

«  La naissance de Jésus-Christ, Dieu fait homme, c’est le chef-d’œuvre de l’amour  ! Dieu descend du Ciel sur la terre pour sauver ses pauvres créatures.

«  Plus tard, dans la synagogue de Capharnaüm, il dira  : “ Je suis le pain vivant, descendu du ciel. ” (Jn 6, 51)  »

D’un seul élan, sœur Lucie court à l’extrême pointe du mystère de l’Incarnation, qui est le mystère de l’Eucharistie, qu’elle a vu descendre du Ciel par la main de l’Ange du Cabeço en 1916, mysterium fidei, mystère de foi, déjà suggéré par le nom de Bethléem, en hébreu  : «  Maison du pain  », «  Maison  » de sa naissance  !

«  Oui, il est venu du Ciel, il s’est fait homme, embrassant l’humble condition de la créature  ! Lui qui est Dieu éternel comme le Père, égal au Père en puissance, sagesse et amour  ! Il naît en tant qu’homme, mais il est éternel en tant que Dieu  ! Mystère que l’apôtre saint Jean nous décrit ainsi  :

«  “ Au commencement, déjà existait le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu (…).

«  “ Et le Verbe s’est fait homme et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qui lui vient du Père, comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. ” (Jn 1, 1-14)

«  Il est venu dans le monde en se faisant homme et il s’est manifesté comme Lumière. Lumière qui brille dans les ténèbres  : il est présent parmi nous, aujourd’hui comme alors, mais il nous a voilé son humanité  ; il est présent par sa parole et par ses œuvres, par l’Eucharistie et par les sacrements, par l’Église et en la personne de chacun de nos frères. Il dit  :

«  “ Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. ” (Jn 8, 12)  » Cette lumière, Lucie l’a vue émaner des mains de la Sainte Vierge, le 13 mai 1917, et Jésus était cette lumière, dont la vision impressionna tellement François par son expression de tristesse, «  à cause de tant de péchés  »  !

Lucie revient aux circonstances de la naissance de Jésus  :

Naissance de Jésus et visite des bergers (Lc 2, 1-20)  :

«  Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité. Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s’appelle Bethléem – parce qu’il était de la maison et de la lignée de David – afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter. Elle enfanta son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’ils manquaient de place dans la salle.

«  Il y avait dans la même région des bergers qui vivaient aux champs et gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit. L’Ange du Seigneur se tint près d’eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté  ; et ils furent saisis d’une grande crainte. Mais l’ange leur dit  : “ Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple  : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David. Et ceci vous servira de signe  : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. ” Et soudain se joignit à l’ange une troupe nombreuse de l’armée céleste, qui louait Dieu, en disant  :

«  “ Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance  ! ”

«  Et il advint, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, que les bergers se dirent entre eux  : “ Allons jusqu’à Bethléem et voyons ce qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître. ” Ils vinrent donc en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la crèche. Ayant vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit de cet enfant  ; et tous ceux qui les entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers. Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur. Puis les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, suivant ce qui leur avait été annoncé.  »

«  Comme le rapporte saint Luc dans ces lignes, les bergers ont vu et ont entendu ce qui leur avait été dit, ils crurent et louèrent Dieu.  » Comme les berger et bergères, Lucie, François et Jacinthe en 1916, dans les apparitions de l’Ange précurseur de la Vierge Marie. On peut dire qu’ils ont revécu l’Évangile pour notre temps. C’est d’ailleurs ce que dit Lucie  : «  De la même manière, nous aussi, nous devons raviver notre foi en la Révélation que Dieu nous fait ici, nous devons croire et dire  »… la première prière apprise de l’Ange lors de sa première apparition, au printemps 1916  :

«  “ Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je Vous aime  ! Je Vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, – y compris le Pape  ! – qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas, qui ne Vous aiment pas  ! ”

«  Et, comme Notre-Dame, nous devons garder toutes ces vérités dans notre cœur, avec foi, espérance et amour.  »

Je vous aime, ô Marie  !

PRÉSENTATION.

«  Dans la quatrième dizaine du Rosaire, nous rappelons la présentation de Jésus au Temple  », écrit sœur Lucie. Elle se garde bien de parler de “ Purification de la Sainte Vierge ”, puisqu’elle est Immaculée. Parler de “ Purification de l’Immaculée ” serait une contradiction dans les termes.

D’ailleurs saint Luc écrit  : «  Lorsque le temps de leur purification fut accompli.  » La purification de qui  ? Mais des Juifs, évidemment, et non pas de Jésus, Marie, Joseph… Cela va tellement de soi que saint Luc n’a même pas éprouvé le besoin de le préciser.

Selon la loi de Moïse, la “ purification ” ne concerne que la mère  : «  Et pendant trente-trois jours encore elle restera à purifier son sang. Elle ne touchera à rien de consacré et n’ira pas au sanctuaire jusqu’à ce que soit achevé le temps de sa purification.  » (Lv 12, 4)

Rien de tel pour l’Immaculée demeurée vierge avant, pendant et après le Divin Enfantement qui ne lui a causé aucune effusion de sang. Marie s’est donc rendue sans délai au Temple, sanctuaire desservi par les fils de Lévi, non pas pour sa purification, mais pour «  leur purification  », selon la prophétie de Malachie  :

«  Et soudain entrera dans son sanctuaire le Seigneur que vous cherchez (…). Il purifiera les fils de Lévi.  » (Ml 3, 1 et 3)

Circoncision et présentation de Jésus au Temple

(Lc 2, 21-23)  :

«  Et lorsque furent accomplis les huit jours pour sa circoncision, il fut appelé du nom de Jésus, nom indiqué par l’ange avant sa conception. Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification, selon la Loi de Moïse, ils l’emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon qu’il est écrit dans la Loi du Seigneur  : “ Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur. ”  »

«  En accomplissant ce précepte de présenter son premier-né au Temple, pour l’offrir au Seigneur, écrit sœur Lucie, Marie remplit en même temps la mission que Dieu lui a confiée, de corédemptrice du genre humain.  »

N’en déplaise aux Pères du concile Vatican II qui ne voulurent pas lui reconnaître ce titre. À chaque célébration du Saint-Sacrifice de la messe, la Vierge, inséparable de son Fils, fait avec lui une seule Hostie, une seule Victime sur l’autel. Dans la vision de Tuy, le 13 juin 1929, sœur Lucie a vu la Sainte Vierge officiant, pour ainsi dire, sous le bras droit de la Croix, pour offrir son Fils de tout son Cœur Immaculé qu’Elle montre dans sa main  :

«  À ce moment-là, explique sœur Lucie, Marie n’offre pas seulement son Fils, mais elle s’offre elle-même avec le Christ, parce que c’est d’elle que Jésus a reçu son corps et son sang  ; ainsi, Marie s’offre dans le Christ et avec le Christ à Dieu, étant, avec le Christ, corédemptrice de l’humanité.  »

«  Dans ce mystère de la Présentation de Jésus, les mains pures de Marie ont été la première patène sur laquelle Dieu plaça la première hostie  ; et, de cette patène, le prêtre de service au Temple de Jérusalem la prit pour l’élever sur l’autel et l’offrir au Père comme une propriété qui lui est due, et une offrande en laquelle il se complaît absolument. Nous avons là, dans ce mystère, une figure de ce qui sera plus tard la Messe véritable, quand le sacrifice de l’expiation aura été consommé au Calvaire  : Jésus, de ses propres mains, s’offrira au Père pour les hommes, sous les espèces consacrées du pain et du vin, disant aux prêtres de la nouvelle Alliance  : “ Faites cela en mémoire de moi ” (Lc 22, 19), c’est-à-dire, offrez au Père mon sacrifice pour qu’il se renouvelle à l’autel, pour le salut du monde. Parce que “ Ceci est mon corps, qui va être livré pour vous (…); Ce calice est la nouvelle Alliance en mon sang, qui va être répandu pour vous. ” (Lc 22, 19-20)  »

Ainsi, sœur Lucie s’applique à faire goûter la saveur eucharistique de chacun des mystères de notre Rosaire de telle sorte que le chapelet devient en toute vérité «  la messe de la Sainte Vierge  », comme disait notre Père, le mémorial de la Compassion du Cœur Immaculé de Marie, corédemptrice avec le Cœur Sacré de Jésus.

LA DOUCE RENCONTRE.

«  Dans la cinquième dizaine des mystères joyeux du Rosaire, nous rappelons que Jésus-Christ s’est rendu au Temple de Jérusalem avec Joseph et Marie  :

«  Ses parents se rendaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Et lorsqu’il eut douze ans, ils y montèrent, comme c’était la coutume pour la fête. Une fois les jours écoulés, alors qu’ils s’en retournaient, l’enfant Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Le croyant dans la caravane, ils firent une journée de chemin, puis ils se mirent à le rechercher parmi leurs parents et connaissances. Ne l’ayant pas trouvé, ils revinrent, toujours à sa recherche, à Jérusalem.

«  Et il advint, au bout de trois jours, qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant  ; et tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. À sa vue, ils furent saisis d’émotion, et sa mère lui dit  : “ Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela  ? Vois  ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés. ” Et il leur dit  : “ Pourquoi donc me cherchiez-vous  ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père  ? ”  »

Le fruit de ce cinquième mystère joyeux est encore une invitation à aller à la messe  :

«  Dans la réponse qu’Il donna à sa Mère, Jésus-Christ nous dit que le Temple est la maison de Dieu  : “ Ne saviez-vous pas qu’il me faut être dans la maison de mon Père  ? ” Ainsi, les églises sont la maison de notre Père  ; c’est pourquoi nous devons nous y rendre avec foi, avec respect et avec amour.

«  Allons à la maison de notre Père afin que, là, unis autour de la même table, nous nous nourrissions du même Pain  : le Pain de l’Eucharistie, le pain de la parole de Dieu. À l’instar de Jésus-Christ, nous devons y écouter la parole de Dieu, qui nous est transmise par ses ministres, comme elle l’était alors par les docteurs de la loi au peuple de Dieu.

«  Aujourd’hui, c’est nous qui sommes les continuateurs de ce peuple  ; nous qui avons le bonheur d’avoir reçu le baptême et, par lui, le don de la foi, nous sommes incorporés au Corps mystique du Christ, qui est l’Église.  »

Je vous aime, ô Marie  !
pleine de grâce, le Seigneur est avec vous,
vous êtes bénie entre toutes les femmes,
et Jésus, le fruit béni de vos entrailles, est béni  !
Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs,
maintenant et à l’heure de notre mort.

Ainsi soit-il  !

PREMIERS SACRIFICES

Dès le lendemain du 13 mai, les pastoureaux conduisirent leur troupeau à la Cova da Iria. Lucie, devinant la tristesse de Jacinthe qui regrettait d’avoir été trop bavarde, l’invita à jouer. «  Aujourd’hui, je ne veux pas jouer, répondit-elle sur un ton décidé.

 Pourquoi  ?

 Parce que je pense à ce que cette Dame nous a dit  : de réciter le chapelet et de faire des sacrifices pour la conversion des pécheurs. Mais comment allons-nous les faire  ?

 Nous pouvons donner notre déjeuner aux brebis et nous priver de manger  », suggéra François. Ainsi fut fait, et nos amis gardèrent l’estomac creux malgré la faim qui les tenaillait.

Mais cela n’était rien à côté des souffrances de Lucie. Sa mère ne pouvait pas croire que sa fille avait vu Notre-Dame, et elle voulait l’obliger à confesser son mensonge. Parfois, elle en venait à la frapper avec le manche à balai. La pauvre Lucie en était toute bouleversée  : «  Mon unique soulagement était dans les larmes que je versais devant Dieu, en Lui offrant mon sacrifice.  »

François sut trouver les mots pour la consoler  : «  Ne te chagrine pas, lui disait-il, Notre-Dame ne nous a-t-elle pas avertis que nous aurions beaucoup à souffrir pour réparer tant de péchés qui offensent Notre-Seigneur et son Cœur Immaculé  ? Ils sont si tristes  ! Si, avec ces souffrances, nous pouvons les consoler, soyons contents.  »

Le 13 mai, les enfants avaient vu Notre-Seigneur dans la lumière jaillie des mains de Notre-Dame. François restait très impressionné par cette vision et il disait  : «  J’aime tellement Dieu  ! Mais Lui, Il est si triste à cause de tant de péchés  ! Nous ne devons jamais en faire aucun  !  »

Le petit voyant en était bouleversé au point de fondre en larmes. Une nuit, son père le retrouva le visage enfoui dans son traversin pour étouffer ses pleurs. Il lui demanda ce qu’il avait, mais François ne répondit rien. Comme son père insistait, il lui dit timidement  : «  Je pensais à Jésus qui est si triste à cause de tant de péchés que l’on commet contre Lui.  »

Souvent, François s’éloignait pour réciter le chapelet. Quand Lucie l’appelait, il répondait  : «  Après, je prierai aussi avec vous. Ne te rappelles-tu pas que Notre-Dame a dit que je devais réciter beaucoup de chapelets  ?  »

Un jour, Lucie le retrouva juché sur un rocher inconfortable. «  Mais que fais-tu ici depuis si longtemps  ? demanda-t-elle, stupéfaite.

«  Je pense à Dieu qui est si triste à cause de tant de péchés  ! Ah, si j’étais capable de Lui faire plaisir  !  »

Quatre-vingts ans plus tard, sœur Lucie écrira dans son petit ouvrage intitulé Comment je vois le Message  :

Le 13 mai, au moment de remonter au ciel, Notre-Dame «  s’élevant dans l’espace fut tout heureuse d’apporter à Dieu, comme le fit autrefois l’ange Gabriel pour Marie, la réponse des petits bergers choisis par Dieu pour transmettre son message  ».

Ils avaient en effet acquiescé à la demande de Notre-Dame de s’offrir pour supporter toutes les souffrances que le bon Dieu leur enverrait. Sœur Lucie continue, citant le prophète Osée  :

«  “ Je t’ai choisi parce que je t’ai aimé d’un amour éternel. ” Un tel amour exige sacrifice, renoncement, immolation  : “ Celui qui veut marcher derrière moi, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. ” Voilà ce que nous demande le Christ dans son Évangile et ce que signifie ce “ oui ” que Dieu a agréé et qui fut toujours une totale acceptation de correspondre à son amour. C’est cet amour qui, pendant presque quatre-vingt-huit ans, m’a fait parcourir une route périlleuse, mais qu’importe si j’ai pu ainsi prouver à Dieu mon amour. Celui qui aime, dit saint Paul, “ court, est joyeux, et rien ne l’arrête ”. Notre-Dame n’a pas annoncé que nous aurions des plaisirs, des joies terrestres, des honneurs, ou que nous serions puissants, grands, importants en ce monde dans lequel tout est illusion, aveuglement et vanité, et derrière quoi se cachent tant d’anxiété, de duperie, d’injustice, et Dieu sait à quel point  !

«  “ Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’il voudra vous envoyer en acte de réparation pour les péchés par lesquels il est offensé et de supplication pour la conversion des pécheurs  ? ”

 Oui, nous le voulons. ”

«  C’est avec la perspective de nombreuses souffrances que j’ai dit ce “ oui ”. Et le Seigneur ne nous a pas trompés, de même que sa grâce ne nous a pas manqué, comme l’avait promis Notre-Dame  : “ La grâce de Dieu sera votre réconfort. ” C’est cette grâce de Dieu qui agit en nous et nous pousse là où Dieu veut nous conduire  ; et nous sommes contents, comme des enfants qui s’abandonnent entre les bras de leur Père, qu’il nous amène sur des sentiers aplanis ou nous conduise par des chemins tortueux, marchant parmi les épines, les chardons et les ronces, mettant nos pas dans les empreintes que le Christ, qui marche devant nous, a laissées sur le sol  ; c’est gravir avec Toi la montagne du Calvaire  ; c’est boire avec Toi jusqu’à la dernière goutte du calice que le Père t’a présenté  ; c’est être avec Toi pour partager le pain et le calice  ; c’est, par notre union intime avec Toi, être le Fils bien-aimé en qui le Père se complaît et qui voit en nous le visage de son Fils, l’Esprit-Saint qui attise en nous le feu du pur amour, lequel nous transforme en un être d’éternelle louange à la Très Sainte Trinité que j’adore, en qui je me confie, que j’aime et que je veux toujours louer. J’attends de Toi cette grâce qui sera mon hymne d’éternel amour.  »

Dans les Appels du Message de Fatima, sœur Lucie avouera  :

«  Notre-Dame adressa aux humbles enfants cette question  : “ Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’Il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs  ? ” Au nom de nous trois, je répondis  : “ Oui, nous le voulons  ! ”

«  À ce moment-là, j’ai donné cette réponse d’une manière spontanée et inconsciente parce que, même de loin, je ne pouvais pas supposer tout ce à quoi elle nous engagerait, ni jusqu’où elle nous entraînerait. Mais je ne m’en suis jamais repentie. Au contraire, je la renouvelle chaque jour, en demandant à Dieu la grâce et la force nécessaire pour l’accomplir, avec fidélité, jusqu’à la fin.  »

Le secret de cette persévérance héroïque est dans ces lignes de sœur Lucie  : «  C’est vers Dieu – par la foi – que je vais fixer mon regard, parce que c’est en Dieu que je trouve le commencement – qui, lui, est sans commencement – parce qu’en Dieu il n’y a ni passé ni futur, tout est présent dans la lumière de son Être immense, comme si tout se passait dans le même instant.

«  Ainsi donc, je vois le message présent dans l’Être immense de Dieu, depuis toujours, et il l’a envoyé sur terre au jour et à l’heure qu’il a fixés dans les desseins et les plans de son infinie miséricorde, comme un nouvel appel à la foi, à l’espérance et à l’amour.

«  Je me rappelle ici un passage du Cantique des cantiques  : “ L’amour est fort comme la mort, la passion est implacable comme l’abîme. Ses flammes sont des flammes brûlantes, c’est un feu divin. Les torrents ne peuvent éteindre l’amour, les fleuves ne l’emporteront pas. ” (Ct 8, 6b-7)

«  C’est la force de cet amour qui a attiré – une fois encore – le regard de Dieu sur nous, pour nous entraîner et nous amener à lui. Boire à cette fontaine d’eau cristalline, à cette source de vie, de grâce, de force et de lumière, qui jaillit du ciel sur la terre, en nous invitant à boire de cette eau et à manger de ce pain, pour que nous n’ayons plus soif ni faim. “ Qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif  ; qui mangera de ce pain n’aura plus jamais faim. ” (…)

«  Comment je vois le message à travers le temps, et hors du temps  : dans les plans de Dieu, dans la lumière de son Être immense, il reste toujours aussi actuel qu’au jour, à l’heure et à l’instant qu’il a lui-même fixés parce que, dans l’immense miroir de son Être divin, tout est présent, sans passé ni futur.

«  Ainsi, depuis toujours, avant même que le monde existe, le Seigneur pensait déjà à cet endroit inhospitalier, que lui seul pouvait ainsi choisir comme maison de Dieu et arche d’alliance entre Dieu et les hommes de bonne volonté. Comme l’ont dit les anges à la naissance de Jésus-Christ  : “ Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté  ! ”

«  Si les hommes avaient dû choisir un endroit, ils auraient été les premiers à rejeter celui-ci. Comment donc, pour un tel message, avoir opté pour une montagne inculte, un lieu rocailleux, dépourvu de tout attrait naturel, sans aucun moyen de transport, sans le moindre abri pour protéger les gens de l’ardeur du soleil ou des pluies torrentielles en hiver, du froid et des tempêtes, du tonnerre et des éclairs éblouissants, de la rosée matinale et de la pluie  !

«  Cela aurait paru aux hommes une folie  ; personne ne serait venu là  ! Eh bien  ! ce que les hommes rejettent, Dieu le choisit, parce que c’est à lui qu’appartiennent le pouvoir, la sagesse, la grâce et la force agissant dans les âmes, les stimulant et les conduisant là où il veut  ; lui seul peut, avec des pierres, faire des fils d’Abraham, afin qu’ils soient son peuple et viennent des confins de la terre se prosterner à ses pieds  ; afin que, unis dans une même prière, ils fassent pénitence, demandent pardon, faveurs et réconfort pour eux-mêmes et pour leurs frères éloignés  ; afin qu’ils pardonnent et chantent des hymnes de gratitude, de supplication et de louange en l’honneur de notre Dieu, le Très-Haut, le Seigneur de tout ce qui existe, et en l’honneur de sa Mère et notre Mère qu’il a envoyée comme Messagère de paix, de grâce, de pardon et d’amour pour parcourir le monde entier en tant que Bergère et Mère de son peuple, et pour amener en son Cœur la lumière de la foi, de l’espérance et de l’amour, qui brûle pour nous dans le Cœur de notre Dieu, Seigneur et Sauveur.

«  Ainsi pouvons-nous voir comment il a transformé cet endroit montagneux en un lieu de paix, de pénitence et de prière, où accourent les foules assoiffées de foi, d’espérance et d’amour, pour boire au torrent de l’Eau vive qui désaltère et jaillit pour la vie éternelle. C’est le canal de la grâce qui irrigue toute la terre assoiffée de paix, de pureté, de lumière et d’amour.  »

En effet, Notre-Dame détient le pouvoir d’établir le monde dans la paix. Notre Père a expliqué cela dans sa Lettre à mes amis n° 247, du 5 juin 1967, au lendemain du pèlerinage de Paul VI qui s’était soldé par la “ guerre des Six Jours ” dont nous payons aujourd’hui les conséquences  : la menace d’une guerre mondiale déclenchée par Israël.

«  Il n’y a pas de Monde nouveau qui tienne, ni de mutation de l’Église. Le Message de Fatima nous concerne comme au premier jour. La situation de 1917 ressemble d’ailleurs à la nôtre. La guerre, déjà, n’en finissait plus. Le pape Benoît XV avait multiplié, sans succès, les démarches diplomatiques et les propositions de négociations. Enfin, déçu, désolé, il demandait le 5 mai de faire monter vers le Ciel et par Marie d’ardentes prières pour la paix et faisait ajouter aux Litanies l’invocation  : Reine de la Paix, priez pour nous.

«  Le curé de Fatima avait, ce dimanche des Rogations 13 mai, lu la lettre du Pape et recommandé à ses paroissiens, de dire leur chapelet quotidien avec plus de ferveur encore à cette intention. Ce même jour, Notre-Dame du Rosaire apparaît aux trois enfants. Visiblement, comme la Vierge de Lourdes était venue confirmer la proclamation de l’Immaculée Conception par Pie IX, ici encore, “ la voix du Ciel répond à celle du Vicaire du Christ ”.

«  Que dit cette Voix du Ciel  ? Elle ne parle pas immédiatement de la paix et ne veut rien promettre. À Lucie qui demande  : “ Pourriez-vous me dire si la guerre durera encore longtemps ou si elle finira bientôt  ? ” La Dame répond  : “ Je ne puis te le dire encore, tant que je ne t’ai pas dit aussi ce que je veux. ” “ Parole très importante, notera Barthas, qui n’a pas été assez remarquée par les historiens. La Dame ne peut parler de délivrer les hommes des horreurs de la guerre tant qu’elle n’a pas dit ce qu’il faut faire pour les arracher au péché dont la guerre est le châtiment  ; la fin des épreuves de l’humanité est subordonnée à l’accomplissement des conditions qu’elle pose, de ce qu’elle veut… de son message. ” Il en va de même des guérisons et autres grâces temporelles demandées par l’intermédiaire des petits voyants. La Vierge ne les accorde pas immédiatement ni indistinctement, comme elle fit à Lourdes pour signifier sa bonté toute-puissante, parce qu’elle veut d’abord instruire les âmes de la nécessité primordiale de leur conversion. Pour un malade, elle dira  : “ Qu’il se convertisse et il guérira dans l’année. ” De quantité d’autres  : “ J’en guérirai quelques-uns dans le courant de l’année ”, et le 13 septembre  : “ Quelques-uns guériront, mais pas tous, parce que le Seigneur ne se fie pas à eux. ” Et c’est pour en revenir à l’essentiel de “ ce qu’elle veut ”  : “ Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’il n’y a personne qui se sacrifie et prie pour elles. ” Enfin, le 13 octobre, pour les grâces implorées  : “ J’en accorderai quelques-unes. Les autres, non… Il faut que les hommes se corrigent, qu’ils demandent pardon de leurs péchés, qu’ils n’offensent plus Notre-Seigneur qui est déjà trop offensé. ”

«  Tous désirent ardemment la paix. On accourait le 13 octobre, persuadés que la guerre finirait ce jour-là de quelque manière extraordinaire et imprévue. Ainsi l’humanité demande d’abord son bien immédiat et temporel. Notre-Dame, en le remettant à plus tard, lui rappelle que là n’est pas le don le plus nécessaire ni le meilleur, mais bien celui de la conversion en vue du Ciel. Le plus grand mal n’est pas la guerre, mais le péché, qui conduit les pauvres âmes en enfer et qui déchaîne les guerres et les révolutions. Le Message de Fatima invite les hommes à la résipiscence sans laquelle les calamités d’ici-bas ne sont que le prélude des châtiments éternels. C’est la leçon très sage, très ferme, de la Reine du Ciel, “ comme un cri lancinant d’une mère qui voit s’ouvrir devant ses enfants des abîmes insondables ”.

«  La pire des guerres est celle que les hommes mènent contre Dieu, la paix véritable celle qu’ils goûtent dans leur obéissance à ses commandements. Le plus grand mal n’est pas la maladie ni la pauvreté, mais le péché qui tue, plus que le corps, l’âme même, éternellement. Que d’abord, par pitié pour eux-mêmes, les hommes cessent d’outrager la Majesté divine et qu’ils se soumettent à sa Loi  ! Alors Dieu donnera un peu de paix et de prospérité à la terre. Voilà ce que les enfants de Fatima ont bien compris. Le péché est le seul malheur absolu  : “ Il se commet beaucoup et de très grands péchés dans le monde, dira Jacinthe peu avant de mourir. Si les hommes savaient ce que c’est que l’éternité, ils feraient tout pour changer de vie. Les hommes se perdent parce qu’ils ne pensent pas assez à la mort de Notre-Seigneur et qu’ils ne font pas pénitence. ”

«  Et un jour où la Vierge lui apparut plus triste que jamais  : “ Les péchés qui conduisent le plus grand nombre d’âmes à la perdition sont les péchés de la chair. Il faut renoncer, ne pas s’obstiner dans le péché comme on a fait jusqu’ici. Il est indispensable de faire grande pénitence. ” Alors, eux-mêmes, ces trois innocents, s’y livraient sans mesure, répétant la prière que la Dame leur avait enseignée  : “ Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l’Enfer, et conduisez au Ciel toutes les âmes, surtout celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde. ”  »

Conclusion  : «  L’Église détient dans sa main la paix et le salut du monde. Il suffit qu’elle développe immensément le culte et la dévotion aux Saints Cœurs de Jésus et de Marie, au lieu de se profaner dans le service, le culte et l’amour de l’Homme et du Monde. Si elle se convertissait de cette maladie qui la dévore, si elle allait à Fatima pour y méditer et pour y suivre le Message que la Reine du Ciel lui adressait il y a [cent ans], mon Dieu, que l’avenir serait beau  ! Du moins, sans attendre, prions, faisons pénitence, consacrons-nous et dévouons-nous à la Vierge Immaculée. Et si nous sommes dans la peine, pensons aux petits voyants de Fatima  !

«  Mais mon cœur s’en va, mon cœur s’en va dans la lumière, car j’entends le chant d’une voix très pure. C’est la voix de sœur Lucie dans son Carmel, bienheureuse au milieu de nos tristesses qu’elle partage. Elle chante un couplet des bergères portugaises, un couplet qui évoque pour elle ce qu’elle n’a pu oublier, ce à quoi elle ne cesse pas un instant de penser, Fatima, l’Ange du Portugal, la Dame si belle et la gloire de Dieu entrevue  :

«  Je suis une pauvre pastourelle,
«   Je prie sans cesse Marie.
«   Je marche au milieu du troupeau,
«   Sous le soleil de midi.  »

(Lettre à mes amis n° 247, 5 juin 1967)
frère Bruno de Jésus-Marie.

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