La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 189 – Août-Juillet 2018

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


IN MEMORIAM.

YVON LECA, CHANTRE DE LA CRC

Son amour de la Sainte Vierge lui fit entreprendre le grand pèlerinage du centenaire à Fatima, l’an dernier, malgré la fatigue.

«  Frère Yvon  » est parti chanter au Ciel ses amours de la terre, sa chère Geneviève enfin retrouvée, et la maison Saint-Joseph où il a attendu d’aller la revoir avec une amoureuse fidélité  : «  C’est une grâce du Seigneur, écrivait-il, d’avoir ce monastère où l’on peut se réfugier, même par la pensée, quand la vie est de plus en plus folle. J’écoute les logia, je relis l’Évangile et je me réfugie dans la chapelle de la maison Saint­-Joseph… et je suis prêt à reprendre courage et à continuer la route… jusqu’au Ciel  ? Si Dieu veut  !  »

Il écrivait à sœur Philomène du Saint-Sauveur, sa «  très chère petite-fille  », le 20 février 2007  : «  Tu me demandes mes impressions sur les premières conférences d’Algérie  : tout est parfaitement exact et dit par le frère Michel avec une telle ferveur et une telle émotion que s’il ne tenait qu’à moi, je le couronnerais “ Pied-Noir d’honneur ”.

«  Oui, le frère montre bien la victoire de l’armée française et la veulerie du gouvernement, et surtout de De Gaulle qui n’aimait pas les pieds-noirs, car ceux-ci, dans leur grande majorité, étaient pour le maréchal Pétain. La perte de l’Algérie est l’œuvre de De Gaulle et de lui seul. En 1958, les fellaghas d’Algérie étaient passés en Tripolitaine, car ils pensaient qu’en Tunisie l’armée aurait le droit de les poursuivre  ! Hélas…  »

Quelques années plus tard, il écrit à sœur Philo­mène un témoignage inédit et poignant  : «  Oui, ce triste 26 mars 1961 nous aurions dû être tous les six au beau milieu de la fusillade et tu ne serais pas là si ce projet de ta grand-mère s’était réalisé. Elle voulait venir avec moi pour participer à une marche pacifique qui avait pour but de soutenir le quartier de Bab-el-Oued encerclé depuis une semaine par les forces de l’ordre et même attaqué par l’aviation.

«  Au moment de partir m’opposant à ce projet un peu fou d’emmener quatre enfants jeunes (Madeleine 10 ans et ta maman 3 ans) au milieu d’une foule d’adultes, il y eut désunion durant peut-être cinq minutes et ma Geneviève s’était rendue à mes vues.

«  Ces cinq minutes de retard ont fait que je dé­­bouchai à cent mètres de la Poste quand les premières décharges éclataient. J’ai eu le temps de me jeter dans l’entrée d’un immeuble avec d’autres personnes, puis de rebrousser chemin pour rejoindre la maison.

«  C’est durant l’hiver 62-63 que j’ai entendu parler de l’abbé de Nantes pour la première fois. Après avoir lu les Lettres à mes amis parlant de l’Algérie, j’ai écrit au Père pour lui faire part de mon intention d’abandonner la pratique de la religion étant données les positions de l’archevêque d’Alger Mgr Mohamed Duval vis-à-vis des pieds-noirs. En effet, celui-ci a pris position contre la violence en 1962 quand l’OAS s’est mise à tirer sur les indigènes en Algérie (ce qui n’était pas à faire évidemment) sans discernement, alors qu’il était resté silencieux devant les massacres d’Européens depuis 1954.

«  Le Père m’a répondu qu’il ne fallait pas con­fondre l’Église fondée par Jésus-Christ et les hommes d’Église avec leurs défauts ou qualités  ! Je suis donc resté fidèle à ma religion d’enfance… et vous aussi par la même occasion.  »

Toute sa vie, témoigne sœur Philomène, grand-père gardera une infinie reconnaissance à l’abbé de Nantes de l’avoir empêché d’apostasier, et lui demeurera d’une fidélité inconditionnelle. Pendant son long veuvage, il continua à composer des chants, mettant en musique la merveilleuse doctrine qui faisait le rassasiement de son âme ardente.

Car, depuis le rappel à Dieu de sa chère épouse, la vie lui fut un long purgatoire. Il ne s’en étonnait pas, car il en savait le secret qu’il confia un jour à l’une de ses petites-filles  : «  Tu sais lorsque ta grand-mère est morte, je suis allé demander à notre curé la permission de faire le vœu de prendre sur moi son purgatoire afin qu’elle aille au Ciel tout droit, et il m’a permis.  »

Nul doute que cet acte de charité parfaite lui aura valu d’y aller tout droit à son tour, y chanter les vêpres de Notre-Dame du Mont-Carmel.

frère Bruno de Jésus-Marie.

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