La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 189 – Août-Juillet 2018

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA RUSSIE DANS LE SECRET
DU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE

EN 1982, juste avant une invasion de l’Europe occidentale programmée par les forces armées de l’Union soviétique pour l’année 1983, l’abbé de Nantes publiait une magistrale étude pour nous faire découvrir et aimer sous un nouveau jour la Russie  : “ La Russie avant et après 1983 ”, La Contre-Réforme catholique n° 184, décembre 1982. Cette étude avait pour objet de nous prévenir de l’erreur qui «  consiste à tenir le peuple russe, l’empire des tsars, la Russie éternelle pour l’ennemi juré, l’ennemi mortel de l’Occident et non pas le communisme, marxiste, léniniste, stalinien qui serait une idéologie et un programme comme les autres  ».

Erreur d’autant plus grave qu’elle contredit le Message que Notre-Dame a confié à Lucie, François et Jacinthe lors de son apparition à Fatima le 13 juillet 1917 et dans lequel la Russie tient une grande place. Certes «  le peuple que Dieu a choisi pour “ verge de sa colère ” et pour châtier l’Occident apostat, c’est la Russie  », écrit l’abbé de Nantes, mais ce même peuple, de toute évidence, est l’objet d’une mystérieuse prédestination, d’une préférence inexplicable du Cœur de Dieu qui l’a confié au Cœur Immaculé de Marie, au point d’ordonner au Saint-Père et à tous les évêques catholiques de consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie…

Contre toute attente, à la fin de l’année 1991, l’Union soviétique s’effondra, libérant la Russie du communisme qui la possédait depuis soixante- quatorze années. Était-ce la réalisation du miracle de la conversion de la Russie promis par la Sainte Vierge  ? Non pas, puisque aucun pape, de Pie XI à François, à l’exception des intentions de Jean-Paul Ier, n’a daigné lui obéir. Et c’est pourquoi les années qui ont suivi l’effondrement de l’Union soviétique furent dramatiques pour la Russie.

Pourtant les événements de 1991, s’ils sont bien connus dans leurs causes immédiates et leur enchaînement, gardent un certain mystère et semblent providentiellement en avoir préparé un autre  : celui du 9 août 1999, date à laquelle Boris Eltsine nomma Premier ministre Vladimir Poutine qui devait définitivement lui succéder à la tête de la Fédération de Russie. Pour ainsi dire inconnu de tout le monde, cet homme sauva son pays de l’abîme vers lequel il courait et gagna en quelques mois seulement une confiance jamais prise en défaut et du peuple russe… et de notre Père et de frère Bruno de Jésus-Marie à sa suite.

Dix-neuf années plus tard, le 18 mars 2018, la réélection de Vladimir Poutine à la tête de la Fédération de Russie, dès le premier tour avec 77 % des votes exprimés et un taux de participation de 68 %, constitue bien plus qu’un immense succès personnel. C’est une nouvelle fois un véritable acte de confiance et d’allégeance de tout un peuple uni derrière son chef, au moment où la Russie doit faire face à une hégémonie de plus en plus menaçante de la part des États-Unis au point de faire planer dans les esprits le spectre d’un affrontement direct entre les deux premières puissances nucléaires.

Ce nouveau mandat qui commence est peut-être le dernier. En effet, la Constitution russe interdit au Président de briguer trois mandats successifs. Or Vladimir Poutine s’est toujours refusé à modifier la Constitution qu’il juge bonne. N’anticipons pas toutefois sur un “ départ à la retraite ” de celui qui a sauvé son pays. Et spéculons encore moins sur celui qu’il pourrait désigner pour lui succéder. Mais pour préparer l’avenir, dégageons et de sa pensée et de ses actions les traits essentiels d’un grand chef d’État qui pourrait un jour servir de modèle dans d’autres pays, lorsque l’heure de la conversion de la Russie aura sonné.

C’est d’ailleurs ce qu’a fait tout récemment Héléna Perroud dans un livre intitulé “ Un Russe nommé Poutine ”, édité aux éditions du Rocher. Cet ouvrage mérite d’être lu. «  Qui est Vladimir Poutine  ? Les Russes l’apprécient-ils réellement  ?  » lui a-t-on souvent demandé. Tout l’intérêt de cet ouvrage, et qui en fait son originalité par rapport à tant d’autres, c’est de répondre «  avec honnêteté et sans a priori idéologique  » et même avec finesse à ces deux questions. Eh bien, prenons le chemin de Saint-Pétersbourg et de Moscou, laissons-nous guider… en partie seulement… par Héléna Perroud pour mieux connaître, comprendre et admirer celui qui fut pour la Russie une «  divine surprise  »  !

PREMIÈRE PARTIE  : UNE VOCATION PROVIDENTIELLE

Vladimir Poutine est né le 7 octobre 1952 dans une ville dont l’histoire a joué un rôle déterminant dans la réalisation de sa vocation particulière, providentiel pour le destin de la Russie.

Saint-Pétersbourg porte le nom de Pierre le Grand, elle a aussi porté celui de Lénine, celui-là même qui fut à l’origine de la révolution bolchevique de 1917. «  Mais c’est à une autre période qu’une oreille russe associe davantage Leningrad  : à la “ Grande Guerre patriotique ” comme les Russes appellent la Seconde Guerre mondiale, et à la résistance héroïque de la ville au terrible blocus de neuf cents jours qu’elle a subi entre le 8 septembre 1941 et le 27 janvier 1944.  » (p. 40) La ville, encore aujourd’hui, est remplie de souvenirs des stigmates de ce blocus, en particulier le cimetière Piskarevskoïe, là même où près d’un million de personnes ont été jetées. «  Pas une famille n’a été épargnée par ces terribles neuf cents jours. Entre ceux qui ont pu être évacués et ceux qui sont morts, la population de la ville a été divisée par quatre  : plus de 2, 5 millions d’habitants avant le blocus, quelque 600 000 après.  » (p. 42)

Parmi les blokadniki, ceux qui ont vécu le blocus de l’intérieur, les parents de Vladimir Poutine. Son père, Vladimir Spiridonovitch Poutine, a adhéré au Parti communiste et s’est engagé dans une unité de sabotage du nkvd sur les arrières de l’ennemi. Il échappa de justesse à la mort en se cachant dans les eaux glaciales d’un marais et fut finalement grièvement blessé par une grenade tirée à bout portant par un Allemand. «  Là encore il aura la chance inouïe de rencontrer un peu plus loin un voisin de Peterhof, où le couple habitait avant la guerre, qui le fera traverser la Neva gelée à ses risques et périls (le fleuve était un endroit très exposé à l’artillerie ennemie) pour l’emmener dans un hôpital où il se fera opérer.  » (p. 45)

«  Sa mère, Maria Ivanovna Chelomova est aussi une miraculée.  » (p. 46) De retour de l’hôpital, son mari arriva juste au moment où des infirmiers l’évacuaient en même temps que des cadavres. Mais elle respirait encore  ! Il força les infirmiers à la remonter chez elle. Il la veilla et elle survécut. Vladimir Poutine avait un frère aîné qui ne survécut pas.

Leningrad est aussi le théâtre d’une jeunesse soviétique apparemment anodine. Souvent livré à lui-même dans la cour d’un immeuble du 12 rue Baskov, Vladimir Poutine vécut avec ses parents dans un appartement communautaire où les différents occupants partageaient certaines pièces. «  Due à la pénurie de logements, cette forme d’habitat avait aussi une visée politique  : après la révolution de 1917, il fallait détruire l’esprit “ petit-bourgeois ” et la notion de propriété dans la population en laissant à chacun un espace privé réduit au minimum.  » (p. 48) Vladimir Poutine reconnaît volontiers qu’il était un gamin des rues, fréquentant des bandes parfois peu recommandables. Plus d’une fois, il dut faire usage de ses poings, mais la découverte des arts martiaux, du sambo d’abord, puis du judo vers l’âge de treize ans va bouleverser son quotidien. «  Il ne traînera plus dans les rues, mais s’entraînera dur pour devenir quelqu’un. Ses premières récompenses, il les doit au judo, jusqu’à devenir champion de Leningrad lorsqu’il étudiait à l’université d’État de la ville.  » (ibid.)

À L’ÉCOLE DU KGB.

C’est un film, «  Dix-sept moments du printemps  », tout à la gloire d’un agent secret soviétique, supérieurement intelligent, élégant, redoutablement efficace, sacrifiant ce qu’il avait de plus précieux pour le service de son pays, qui aurait donné à Vladimir Poutine sa vocation de servir à son tour son pays au sein de l’élite des agents du renseignement. Il doit donc suivre une solide formation, plutôt en droit. Or Leningrad abrite l’une des plus prestigieuses universités soviétiques. Apparemment contre l’avis de son père, il y suivit tout le cursus. Parmi ses professeurs  : l’éminent Anatoli Sobtchak. À la fin de ses études, le kgb le remarque et l’affecte en 1975 dans ses services. À partir de cette date, remarque Héléna Perroud, l’information sur le travail réel de Vladimir Poutine au sein du kgb est lacunaire, ce qui n’est pas anormal, étant donné le caractère particulier de ce genre de mission.

On sait toutefois qu’il suivit sur plusieurs années une formation très poussée. Mais les méthodes consistant à appliquer servilement la moindre instruction même prise au mépris de la loi l’étonnent. «  C’est ainsi qu’ils avaient été formés, révéla-t-il, et qu’ils travaillaient. Je ne pouvais tout simplement pas travailler comme cela.  »

En 1985, il est envoyé en rda sous le nom d’emprunt de Platov. Le lieu et le moment de cette nomination sont tout à fait providentiels, car ils donnèrent l’occasion à Vladimir Poutine d’assister sur place, en 1989, aux troubles qui secouèrent l’Allemagne de l’Est, qui se propagèrent ensuite dans tous les autres pays d’Europe de l’Est et qui finirent par accélérer l’effondrement de l’Union soviétique, deux ans plus tard. Le jour même de la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, une foule en colère s’en prend à l’immeuble de la stasi puis à celui du kgb, situé juste à côté. Vladimir Poutine demande des consignes à Moscou, mais il n’obtient aucune réponse. Il se rend donc seul au-devant de cette foule, l’informe calmement de ce qu’il est armé, que l’immeuble du kgb est propriété de l’Union soviétique, que son devoir est de sauvegarder les intérêts de son pays et qu’il l’accomplira jusqu’au bout. Après un long face à face, la foule se calme et se disperse lentement, sans qu’un coup de feu ait été tiré.

Vladimir Poutine comprit que l’Union soviétique était entrée en agonie. Il quitta alors le service actif du kgb et regagna Leningrad pour se mettre au service de son nouveau maire, Anatoli Sobtchak, élu le 12 juin 1990 en même temps que la ville de Leningrad reprenait son nom historique de Saint-Pétersbourg. Il se révéla un collaborateur remarquable au point que plus rien d’important à Saint-Pétersbourg ne se faisait sans son aval. Anatoli Sobtchak est toutefois battu aux élections de 1996 et Vladimir Poutine perd son poste ce qui lui permet d’accepter celui qui lui est offert à l’administration présidentielle, à Moscou, où il poursuit une carrière fulgurante qui va le conduire à la tête du FSB. Ses fonctions successives vont lui permettre de se familiariser avec une économie de marché naissante et les ruines et les vices qu’elle drainait derrière elle, de connaître, des plus hautes sphères de l’État, les désordres gravissimes dont souffrait la Russie et qui l’ont menacée dans son existence même.

LE NOUVEAU TEMPS DES TROUBLES DES ANNEES 1990.

«  On ne peut comprendre la Russie actuelle, écrit Héléna Perroud, sans avoir à l’esprit le traumatisme qu’a représenté pour les Russes qui l’ont vécue la dernière décennie du vingtième siècle. Ce que les observateurs occidentaux ont considéré comme un chemin de progrès vers le pluralisme démocratique, l’économie de marché, la liberté et les droits de l’homme, pour tout dire un chemin vers l’occiden­talisation du pays, a été vécu par les Russes comme un épouvantable chemin de croix […]. Avant même qu’elle ne s’achève, les Russes ont assimilé cette décennie à la période considérée comme la plus tragique de toute l’histoire de leur pays, à savoir les années qui ont suivi la mort en 1584 d’Ivan le Terrible.  » (p. 31)

L’événement historique à l’origine de cette nouvelle période de troubles  : la dissolution, entre le 8 et le 25 décembre 1991, de l’URSS par le retrait de toutes les républiques soviétiques, suivant l’exemple de la première d’entre elles, la République soviétique de Russie, laissant une Fédération de Russie privée du jour au lendemain de 23 % de son territoire national, de 48 % de sa population, de 41 % de son produit intérieur brut (PIB), de 40 % de son potentiel industriel, de 44 % de sa capacité militaire. «  La Russie retrouvait les frontières qui avaient été les siennes à la mort de Catherine II en 1796, soit deux siècles d’histoire (et de conquêtes) effacés en quelques jours. Du jour au lendemain, durant la nuit de Noël 1991, 25 millions de Russes se sont retrouvés de l’autre côté de la frontière  » (p. 35), ce que Vladimir Poutine qualifiera plus tard comme «  la plus grande catastrophe géopolitique du vingtième siècle  ».

Un malheur n’arrivant jamais seul, la Fédération de Russie était dirigée par Boris Eltsine, élu en juin 1991, surnommé “ le tsar Boris ”, mais que l’abbé de Nantes, désignera, lui, sous le sobriquet prophétique de “ tsar de carnaval ”. Le 1er janvier 1992, il mit en œuvre un programme économique ultralibéral, élaboré par Egor Gaïdar et tendant à l’instauration brutale d’une économie de marché. 80 % des prix de gros et 90 % des prix de détail furent libérés du jour au lendemain entraînant une hausse des prix exponentielle avec à la clef la ruine de tous les épargnants et le plongeon dans la pauvreté d’une grande partie de la population.

Un autre volet des réformes économiques  : la privatisation des entreprises d’État menée en deux temps par Anatoli Tchoubaïs, autre ministre de Eltsine. D’abord une privatisation de masse par la distribution de coupons (vouchers) à la population et qui se révéla une gigantesque opération d’accaparement illégal des entreprises ou de leurs moyens de production par les chefs d’entreprises eux-mêmes.

Puis, à partir de 1994, seconde vague de priva­tisations avec mise aux enchères de participations dans les entreprises relevant de secteurs clefs dans le but de combler un déficit budgétaire qui, en 1994, repré­sentait 10 % du PIB russe. Mais les recettes se révélèrent insuffisantes, d’où l’idée du gouvernement de se faire consentir par les banques des prêts gagés sur des participations dans les joyaux de l’industrie soviétique qu’elles vont ainsi s’approprier. C’est lors de cette seconde vague de privatisations que se forment des conglomérats dans les domaines énergétique, industriel et financier, autour de sept banques avec à leur tête sept “ boyards ”. Il s’agissait d’hommes d’affaires qui purent se constituer à vils prix de gigantesques empires industriels, médiatiques et financiers.

Enfin, le troisième volet de cette réforme intéresse la monnaie et le budget, ce dernier étant largement déficitaire. Pour y remédier, Anatoli Tchoubaïs met en œuvre une politique de bons d’État (les GKO) qui se révélera un désastre sur le plan monétaire et financier, entraînant une crise généralisée des paiements et l’émergence de toute une économie parallèle faite de fraudes fiscales, d’escroqueries et de commerces de produits illicites et qui auraient représenté jusqu’à 40 voire 50 % du PIB  !

Parallèlement à cette “ réforme économique ” ou, pour mieux dire, ce pillage en règle d’une économie nationale, Boris Eltsine organisa une réforme des institutions avec l’adoption en 1993 d’une nouvelle Constitution. Le projet, rédigé par Anatoli Sobtchak réservant de larges pouvoirs au Président de la Fédération, provoqua une opposition radicale de la part du Parlement encore largement communiste. Le bras de fer qui débuta à la fin de l’année 1992 s’acheva le 4 octobre 1993 par la mise au pas, dans le sang, des députés et l’adoption définitive de la Constitution.

«  Le deuxième mandat d’Eltsine, écrit Héléna Perroud, qui commence en juillet 1996 après une élection difficile au second tour est plus sombre encore que le précédent […]. Dans un entretien au Financial Times en novembre 1996, Boris Berezovski, homme d’affaires très proche du pouvoir d’alors, expliquait qu’un groupe de sept banquiers avait assuré la réélection de Boris Eltsine, ajoutant que ces sept banquiers détenaient la moitié de l’économie russe.  » (p. 31) En contrepartie d’une campagne électorale qu’ils avaient financée, ces sept boyards s’étaient érigés en véritables oligarques prétendant intervenir directement sur les décisions gouvernementales, en particulier dans la question sensible des privatisations, en se faisant tout simplement nommer aux postes clefs de l’État.

Le peuple de Russie, lui, poursuit son chemin de croix. Sur le plan intérieur, la crise financière s’aggrave et place le pays en août 1998 en état de cessation des paiements. L’armée russe subit de plein fouet cette politique économique désastreuse. Cette descente aux enfers de l’armée, auparavant la plus puissante au monde avec l’armée américaine, entraîne nécessairement un déclin inexorable de la Russie sur la scène internationale.

Boris Eltsine, très affaibli sur le plan physique en raison notamment de son alcoolisme, recherche un Premier ministre qui puisse relever le pays de l’abîme dans lequel il s’enfonce et du même coup sauver sa tête. Les qualités requises  ? Un homme loyal… envers le Président, capable d’inspirer la confiance à la Douma, à l’ex-KGB et à l’armée, et d’assurer le prestige de la Russie en dehors de ses frontières. Il désignera Evgueny Primakov le 1er septembre 1998 puis Sergueï Stepachine en mai 1999. Mais le 9 août, alors en déplacement au Daghestan objet d’une rébellion musulmane, ce dernier apprend son limogeage.

«  Au “ Temps des troubles ” a succédé en 1613, écrit Héléna Perroud, un jeune homme de seize ans, Mikhaïl Romanov, fils du Patriarche de Moscou, élu pour monter sur le trône et qui va relever le pays, lui apporter la stabilité qu’il ne connaissait plus depuis trois décennies et fonder une dynastie qui régnera pendant trois siècles sur la Russie.  » Telle semblait être la vocation de Vladimir Poutine, nouveau Premier ministre, inconnu du grand public et des chancel­leries, mais qui se révéla immédiatement une «  divine surprise  » pour la Russie.

DEUXIÈME PARTIE  : SAUVEUR DE SA PATRIE

En août 1999, la Russie était ruinée, affamée, pillée, humiliée et devait faire face à une explosion sans précédent de la corruption et du crime organisé. La situation était catastrophique, l’échec des réformes politiques et surtout économiques était patent et les ravages qu’elles avaient occasionnés soulevaient désormais un mouvement unanime de rejet de la part de tout le pays réel qui tire de la présidence Eltsine cette salutaire conclusion  : «  La démocratie est assimilée aux ravages du capitalisme et les droits politiques sont considérés comme secondaires face aux enjeux matériels de la survie individuelle.  » (Marlène Laruelle in La Russie contemporaine, éditions Fayard, 2010, p. 345) En attendant si des mesures aussi énergiques que difficiles n’étaient pas prises immédiatement, c’était l’existence même de la Fédération qui était menacée.

LA “ SALE AFFAIRE ” DE TCHÉTCHÉNIE.

Dès sa nomination en tant que Premier ministre, Vladimir Poutine a dû s’occuper en urgence de la Tchétchénie, cette petite république séparatiste située aux confins du Caucase, peuplée en grande majorité par des Turco-Tartares, donc musulmans. Un premier conflit armé contre Moscou s’était achevé le 31 août 1996 par une défaite des forces russes qui avaient dû se retirer du territoire tchétchène.

Que s’est-il ensuite passé  ? Vladimir Poutine l’explique très bien  : «  La place vide laissée par le pouvoir central fut rapidement occupée par les éléments les plus violents de l’islam. Les plus radicaux d’entre eux, d’ailleurs téléguidés pour la plupart par des mercenaires venus de pays musulmans étrangers, se fixèrent un autre but, celui de séparer de la Russie toute la région du Sud, l’ensemble du Caucase du Nord et même d’autres régions de la Fédération de Russie pour former un véritable État  : un Califat islamique.  » (Presse régionale de France, entretien du 12 février 2003)

Une vague d’attentats meurtriers en août et septembre 1999 lui fera réaliser que «  si nous n’entre­prenions pas rapidement quelque chose pour y mettre un terme, la Russie comme État dans sa forme actuelle allait disparaître. L’enjeu était comment arrêter la désintégration de l’État. J’avais conscience que cela pouvait me coûter ma carrière politique. C’était un coût minime que j’étais prêt à payer. Je n’avais que quelques mois pour consolider les forces armées, le MVD [ministère de l’Intérieur], le FSB, et trouver un soutien populaire.  » (p. 102)

Vladimir Poutine engagea donc le 1er octobre 1999 la seconde campagne de Tchétchénie, promettant qu’il irait “ buter les terroristes jusqu’aux chiottes ”, ce qu’il fera, refusant de faire une distinction entre rebelles modérés et rebelles extrémistes, avec des troupes mieux préparées, mieux équipées, mieux coordonnées et une presse sous contrôle. Dans le monde entier, c’est un concert unanime pour le critiquer, mais il tient bon avec toute la nation derrière lui, toute la classe politique aussi… bref Vladimir Poutine s’est imposé comme un chef qui a eu le courage de s’attaquer tout de suite et énergiquement à cette sale affaire de Tchétchénie. Résultat  : Boris Eltsine démissionna de ses fonctions le 31 décembre 1999 pour lui laisser toute la place et le peuple russe témoigna massi­vement sa confiance et son soutien à son nouveau chef lors des élections présidentielles de mars 2000.

Cette seconde campagne de Tchétchénie «  va durer dix ans, jusqu’au 16 avril 2009, date à laquelle est proclamée la fin du régime d’exception instauré en 1999. Elle sera très dure, marquée par des dizaines de milliers de morts côté tchétchène et côté russe et des actions terroristes qui ont laissé une empreinte forte dans la mémoire collective […].

«  Si la guerre contre les séparatistes tchétchènes, constamment présentée comme une “ lutte contre le terrorisme international ”, a mobilisé beaucoup de ressources et d’énergie, la réconciliation avec le peuple tchétchène est un point non moins capital dans la politique intérieure menée par Vladimir Poutine. Elle est dictée par la conception profondément ancrée chez lui d’un peuple russe uni et indivisible. Il ne va pas hésiter sur les moyens à mettre en œuvre pour reconstruire Grozny, la capitale de la Tchétchénie et panser les plaies de la guerre.  » (p. 107) De fait, parallèlement aux opérations militaires destinées à neutraliser les djihadistes, les autorités russes rétablissent la sphère économique et sociale de la république et nomment à sa tête la famille tchétchène Kadyrov, nationaliste et loyale envers Moscou. Après l’assassinat d’Akhmad Kadyrov le 9 mai 2004, son fils Ramzan lui succède et conduit au nom de Moscou la pacification de cette petite république.

LA REPRISE EN MAIN DES PROVINCES RUSSES.

La diversité des nationalités entre lesquelles se répartissent les populations russes explique le caractère asymétrique de la Fédération de Russie, les quatre-vingt-dix sujets qui la composent n’ayant pas les mêmes statuts. D’un côté les sujets peuplés par des Russes  : pour la plupart il s’agit des régions (oblast) dotées d’un simple statut. De l’autre, les sujets peuplés par des non-Russes  : cela concerne surtout les républiques situées dans le Nord-Caucase et en moyenne Volga. Elles sont dotées d’une Constitution et se voient reconnaître certains privilèges, limités tout de même.

Mais sous la présidence de Eltsine, la moitié des provinces se mirent à négocier et à conclure direc­tement avec Moscou, et indépendamment les unes des autres, des traités bilatéraux de répartition des compétences, leur permettant de se ménager un fédéralisme “ à la carte ”, en dérogation ou plutôt en violation des dispositions de la Constitution russe. Et ces traités ont à leur tour donné naissance à toute une législation locale qui allait à l’encontre de la législation fédérale. Par ailleurs, les recettes des impôts fédéraux étaient négociées au cas par cas, toujours au détriment du pouvoir central, quand elles n’étaient pas tout simplement détournées du budget fédéral. Enfin les chefs de province se positionnèrent comme de véritables contre-pouvoirs vis-à-vis des institutions fédérales en abusant de leur mandat au Conseil de la Fédération pour bloquer systématiquement tous les projets de loi discutés au niveau fédéral, bien que n’ayant aucune incidence au niveau régional.

«  L’unité de la Russie était minée et dans les faits elle avait cessé d’être un pays uni dans le sens plénier du mot  », avait constaté Vladimir Poutine. Il jugea la situation suffisamment grave pour s’en préoccuper dès son arrivée au pouvoir. Une loi fédérale du 16 octobre 1999 mit d’abord un coup d’arrêt à la signature de nouveaux traités bilatéraux, dérogatoires à la Constitution. Ensuite, une loi du 13 mai 2000 créa sept districts fédéraux avec à leur tête des représentants plénipotentiaires chargés de contrôler la conformité des décisions des chefs de province avec la législation fédérale et de coordonner les efforts des organismes fédéraux dans les régions.

Vladimir Poutine mit en place, dans les régions et les républiques qui n’en étaient pas dotées, des délégations de services fédéraux tels que ceux du Trésor pour mettre fin aux statuts dérogatoires. Le partage des recettes fiscales est revu  : la part revenant à l’État fédéral passe de moins de 50 % en 2000 à 60 % dès 2003. Le Kremlin renforce par ailleurs son contrôle sur les exécutifs locaux. En particulier, la loi sur la police du 6 août 2001 confère au Président fédéral une compétence exclusive pour nommer et révoquer les chefs de divisions régionales de la police, abolissant de facto le droit de veto des chefs de province.

Enfin Vladimir Poutine s’attaqua plus directement à l’autorité usurpée des chefs de province. Dès l’année 2000, il programma leur remplacement au Conseil de la Fédération par des sénateurs-fonctionnaires nommés en concertation entre le pouvoir central et les instances régionales. Dès 2002, le renouvellement complet des membres de la chambre haute est effectif. Et lors de son second mandat présidentiel, pour porter un coup décisif à la corruption et au terrorisme, Vladimir Poutine prit la décision spectaculaire et salutaire d’abolir les élections directes des chefs de province, nommés désormais par le pouvoir central.

Et en 2012, décision fut alors prise de rétablir leur élection directe, mais avec cette réserve que définit le chef de l’État  : «  Le Président conservera ses pouvoirs de contrôle et de réponse incluant le droit de démettre de leur poste les gouverneurs, ce qui assurera un bon équilibre entre la décentralisation et la centralisation.  » De fait, cet équilibre a toujours présidé l’esprit de ces réformes, comme Vladimir Poutine l’expliqua très clairement en 2003  : «  Nous n’avons pas l’intention de revenir à un système d’administration trop centralisée, comme ce fut le cas à l’époque soviétique. Le système n’était pas efficace. Les administrations régionales et municipales doivent être investies de droits, ils doivent avoir des fonctions et des sources de financement nécessaires pour remplir ces fonctions.  »

Voilà brièvement résumée une gigantesque politique fédérale menée énergiquement par Vladimir Poutine et qui a sauvé in extremis la Russie d’une désintégration inéluctable et irrémédiable du fait de l’effilochement général des liens entre les sujets de la Fédération et l’État. Mais en même temps, cette politique a su préserver l’équilibre entre le pouvoir central et les pouvoirs régionaux et locaux, avec le souci que ces derniers soient dotés des ressources nécessaires pour prendre en charge les politiques relevant de leur compétence et qu’ils sont mieux à même de mettre en œuvre directement.

LA DESTITUTION DE L’ARGENT ROI.

Autre dossier prioritaire dont Vladimir Poutine s’est occupé dès son accession au pouvoir  : le groupe de boyards qui avaient financé en 1996 la campagne électorale de Boris Eltsine et qui, en retour, avaient imposé leur volonté d’agir à leur guise sur les leviers du pouvoir pour asservir les intérêts de l’État à ceux des empires industriels et financiers qu’ils s’étaient constitués durant la période des privatisations sauvages. Convoqués au Kremlin dès le 28 juillet 2000, Vladimir Poutine leur annonça calmement, fermement et sans détour la fin de telles pratiques.

Pour ce qui est du passé, pas de remise en cause des privatisations, mais pas d’amnisties pour les infractions commises. Pour ce qui est de l’avenir, ces capitaines de l’industrie sont priés d’appliquer la loi comme tout le monde, de payer leurs impôts en Russie et d’investir leur argent au profit de leur mère patrie, en particulier en aidant l’État dans ses grands projets. Et surtout, ils devaient s’abstenir de faire de la politique ou, plus précisément, s’interdire d’utiliser comme levier leur puissance financière, voire même médiatique, pour s’opposer à ceux chargés de prendre les décisions au nom de l’État. Bref, à eux de gérer leurs affaires dans l’intérêt de la Russie sous l’autorité de l’État… et non plus l’inverse.

Au soir du 28 juillet 2000, les oligarques con­voqués en personne par Vladimir Poutine étaient officiellement déchus du statut qu’ils s’étaient arrogé et s’ils pouvaient continuer à gérer leurs affaires, ils devaient désormais le faire intelligemment, c’est-à-dire agir dans la légalité, dans l’intérêt certes de leurs entreprises, mais aussi dans celui de la Russie. Tous obtempérèrent à l’exception de deux d’entre eux.

Boris Berezovski, l’âme damnée de Boris Eltsine, s’opposera ouvertement à Vladimir Poutine. Les poursuites judiciaires le contraindront à fuir le territoire russe. Il sera notamment dessaisi des parts qu’il détenait dans deux chaînes de télévision russes. De sa “ terre d’exil ”, il promit des révélations sensationnelles à propos de Vladimir Poutine qu’il ne fit jamais. Mais il finança toutes les formes possibles d’opposition contre le chef d’État russe y compris le terrorisme tchétchène, les révolutions dites colorées et même le renversement du gouvernement. Le 23 mars 2013, Boris Berezovski fut retrouvé mort, discrédité et ruiné.

Mikhaïl Khodorkovski, quant à lui, fit mine de se soumettre et d’apporter sa collaboration pour lutter contre la corruption. Mais il finança, en sous-main, une opposition à la Douma pour faire échec à une réforme fiscale. De surcroît, il porta directement atteinte aux intérêts de la Russie en négociant la cession de 40 % du capital de la compagnie de pétrole Ioukos aux compagnies américaines Exxon Mobil et Texaco Chevron. Enfin, pour contourner le monopole de la compagnie Transneft pour le transport des produits pétroliers sur le territoire russe, Khodorkovski envisageait de construire, en partenariat avec la Chine, un oléoduc reliant directement ce pays avec les forages de Ioukos.

Vladimir Poutine fit arrêter Khodorkovski le 25 octobre 2003. Incarcéré pour de gigantesques fraudes fiscales, il sera condamné à huit ans de réclusion en 2005. En 2010, il subira une seconde condamnation pour le vol de 218 millions de tonnes de pétrole et devait donc rester en prison jusqu’en 2017. Quant à la compagnie Ioukos, elle fit l’objet d’un redressement fiscal à la hauteur des fraudes commises, c’est-à-dire considérables. Mais insolvable, c’est en toute légalité qu’elle fut démantelée, ses actifs saisis et transférés par l’État à Gazprom et à Rosneft.

Le monde entier, du moins en Occident, prit fait et cause au nom des Droits de l’homme pour Khodorkovski qui clamait haut et fort son innocence absolue et dénonçait, à qui voulait l’entendre, le caractère arbitraire de sa détention. Mais Vladimir Poutine tint bon et le 20 décembre 2013 il annonça la grâce de son prétendu prisonnier politique en précisant le plus simplement du monde  : «  Il a déjà passé plus de dix ans en détention, c’est une punition sérieuse. Il invoque des circonstances d’ordre humanitaire – sa mère est malade et j’estime que l’on peut prendre cette décision.  » Panique dans les rangs des avocats et des proches de Khodorkovski, – visiblement ils n’étaient au courant de rien  ! – car une grâce présidentielle suppose qu’elle ait été demandée par celui qui, par ce fait même, se re­connaît peu ou prou coupable de ce pour quoi il a été condamné… «  Sitôt libéré il est prié de quitter le territoire russe […]. Il vit maintenant entre la Suisse et Londres, où il a créé en septembre 2014 l’organisation “ Russie ouverte ” pour travailler à l’objectif qu’il s’est fixé  : faire de la Russie un État de droit. Avec une fortune qui oscillerait entre 100 et 500 millions d’euros, il a entrepris de former des candidats aux futures échéances électorales russes.  » (p. 244)

FAIRE VIVRE LA RUSSIE HABITUELLEMENT.

Tout ce qu’entreprend Vladimir Poutine, c’est pour son peuple, pour son bien, lequel passe nécessairement par l’amélioration matérielle de sa vie quotidienne. En 1999 la Russie jouait sa survie tant la situation économique du pays était catastrophique, avec une diminution de près de la moitié de son PIB par rapport à celui du début des années 1990, un endettement pharaonique de l’État et un impôt qui ne rentrait plus de façon satisfaisante.

«  Sur le dossier du désendettement, Vladimir Poutine va aller très vite. Après l’humiliation du défaut de 1998 quand le pays s’est retrouvé insolvable, la Russie va dans un premier temps rem­bourser par anticipation sa dette auprès des institutions financières internationales devenant en quelques années l’un des pays dont la dette publique est la plus faible du monde  : 37 milliards de dollars contre 133 en 2000. Dans un deuxième temps, elle va constituer d’importantes réserves. En créant en 2006 et en 2007 deux fonds publics structurels, le Fonds de réserve et le Fonds du bien-être national, le pays constitue des provisions qui vont s’avérer très utiles pour affronter la crise de 2008-2009. Si le PIB a plongé en 2009 de 8 %, la population a été relativement protégée grâce à ce fonds et les revenus ont continué à augmenter, même modestement  : de 2, 4 % en 2008 et de 3, 1 % en 2009.  » (p. 126)

À son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine trouva un système de production industrielle délabré et de surcroît totalement désorganisé par les privatisations anarchiques des années 1990. Il lance à partir de l’année 2004 une politique très originale par laquelle l’État agit directement sur des secteurs clefs de l’économie pour qu’à leur tour ils deviennent les loco­motives de toute l’économie nationale, tout en réduisant sa dépendance par rapport aux matières premières. C’est dans le cadre de cette politique que les actifs de Ioukos ont été transférés à Rosneft et à Gazprom pour éviter une prise de contrôle par une compagnie américaine, et que des contrats d’exploitation de gisement concédés à des sociétés étrangères ont été remis en cause, pour que soit restaurée la souveraineté de l’État sur les sols et sous-sols russes. C’est également dans le cadre de cette politique que l’État a organisé la constitution de puissants conglomérats pour rassembler et restructurer des actifs dispersés à la suite des privatisations sauvages des années 1990. Cette politique ne fut rien d’autre que «  la réforme de l’anarchie capitalo-socialiste  » appelée de ses vœux par l’abbé de Nantes, «  en soumettant l’argent sous toutes ses formes au service exclusif  » de la Russie et de ses citoyens (cf. Il est ressuscité n° 102, février 2011, p. 28).

Ce «  capitalisme d’État  » ou, pour mieux dire, cette politique économique nationaliste fut aussitôt décriée par les pays occidentaux. Pourtant, si la puissante croissance de la décennie 2000 a eu pour explication, mais en partie seulement, le commerce extérieur des matières premières, c’est bien la demande intérieure qui a pris le relais de la rente pétrolière et ce, dès 2004. Sa contribution à la croissance a représenté 85 % en 2004 et 90 % en 2005. Et ces résultats doivent être mis au compte de la politique économique de Vladimir Poutine.

En 2008-2009, la Russie, comme la plupart des pays industrialisés, subit la crise des subprimes, en provenance des États-Unis, et s’en sort assez rapi­dement, dès l’année 2010. Mais à la fin de l’année 2012, l’économie russe connaît un nouveau ralentis­sement qui s’est accentué au cours de l’année 2014 avec la chute du rouble. Plusieurs raisons  : l’impor­tation de la stagnation voire même de la récession que connaissait alors l’Europe, premier partenaire commercial de la Russie, la baisse du prix du pétrole, mais aussi un mouvement manifestement intentionnel de spéculation visant à affaiblir la devise russe et qui a provoqué sa chute spectaculaire lors des journées des 12 au 18 décembre 2014 (cf. Jacques Sapir “ Russie ” Les études du CERI, n° 210, tableau d’Eurasie, p. 48).

En fait, ces mouvements de spéculation ont “ opportunément ” coïncidé avec la première salve de sanctions que les États-Unis et leurs satellites européens ont infligées à la Russie au cours de l’année 2014, en représailles de son rôle prétendument déstabilisateur dans les affaires intérieures de l’Ukraine. La Russie doit donc faire face à une véritable guerre économique qui l’obligea à répondre dès le 6 août 2014 par un embargo sur les produits alimentaires européens qui disparurent presque aussitôt des rayons des magasins russes.

«  Mais petit à petit ces produits ont été rem­placés par la production intérieure.  » (p. 132) Héléna Perroud cite notamment l’exemple éloquent de la production céréalière russe qui est passée depuis le début des sanctions, soit depuis l’année 2014, de 67 millions à 108 millions de tonnes par an. La Russie a même doublé les exportations annuelles de son blé passant de 15 à 40 millions de tonnes, «  soufflant à la France des marchés en Afrique du Nord par exemple  » (ibid.).

Après deux années de baisse de son PIB, la Russie a renoué avec la croissance. Celle-ci reste relati­vement faible (1, 5 % en 2017) quoique comparable à celle des pays d’Europe occidentale, mais inférieure à celle de pays émergents tels la Chine et l’Inde. Il n’en demeure pas moins que l’économie russe a bien résisté aux sanctions ainsi qu’à l’effondrement des prix du pétrole. Le niveau de la dette publique russe reste très faible (17 % du PIB) par rapport au taux moyen en Europe (81, 6 %) et tout particulièrement par rapport à celui de la France qui, fin 2017, s’élevait à près de 97 % de son PIB. Le taux de chômage russe est très modéré (un peu plus de 5 % de la population active). Les réserves de change demeurent élevées (449 milliards de dollars) et le taux de l’inflation a baissé à un niveau inconnu  : 2, 2 %. Autre chiffre très significatif d’une reprise durable de l’économie  : la hausse de 10, 8 % des ventes sur un an sur le marché automobile.

Lors de son discours annuel prononcé le 1er mars 2018 devant l’Assemblée fédérale, Vladimir Poutine pouvait déclarer avec réalisme  : «  Permettez-moi de rappeler que le principal facteur de développement est le bien-être du peuple et la prospérité des familles russes. Permettez-moi de vous rappeler qu’en 2000, 42 millions de personnes vivaient en dessous du seuil de pauvreté, ce qui représentait près de 30 % de la population. En 2012, cet indicateur est tombé à 10 %. La pauvreté a légèrement augmenté avec la crise économique. Aujourd’hui, 20 millions de Russes vivent dans la pauvreté. Bien sûr c’est beaucoup moins que les 42 millions de personnes de l’année 2000, mais c’est encore beaucoup trop. Il y a même des travailleurs qui doivent mener des vies très modestes.  »

Héléna Perroud fait remarquer, pour la même période, c’est-à-dire depuis l’année 1999, que le PIB par habitant est passé de 1 330 dollars à 8 750 dollars. En 2016, la Russie se situait à la sixième place mondiale pour ce qui est du PIB en parité de pouvoir d’achat, entre l’Allemagne et le Brésil, devant la France située à la neuvième place.

Après une décennie au cours de laquelle «  jamais dans l’Histoire on aura vu une telle destruction économique en temps de paix  » ainsi que l’a écrit l’universitaire américain Stephen Cohen, Vladimir Poutine a sauvé in extremis son pays d’une faillite certaine. Sous sa présidence, le pays a traversé deux crises économiques graves, a dû faire face à une véritable guerre économique conduite par les États-Unis et leurs alliés occidentaux, et pourtant les faits sont là  : les Russes dans l’ensemble vivent mieux aujourd’hui qu’il y a vingt ans, l’économie russe a résisté. Vladimir Poutine a incontestablement réussi à faire vivre la Russie habituellement avec des perspectives de développement fondées sur des atouts décisifs et dont la stabilité politique n’est pas le moindre d’entre eux.

TROISIÈME PARTIE  : «  RUSSIE UNIE  !  »

C’est le nom du parti de Vladimir Poutine… mais c’est bien plus qu’un slogan. C’est le grand souci d’un chef à la tête d’un pays qui compte 146 millions d’âmes de plus de 160 nationalités, inégalement réparties sur un immense territoire de dix-sept millions de kilomètres carrés. Mais d’abord quelle relation Vladimir Poutine entretient-il avec son peuple  ?

PLUS DÉMOPHILE QUE DÉMOCRATE.

Héléna Perroud n’hésite pas à faire un parallèle entre Vladimir Poutine et Pierre le Grand qui «  avait compris, selon elle, le retard de la Russie par rapport au reste de l’Europe et de la nécessité absolue de rattacher son pays au modèle de développement européen  » et qui va sillonner à deux reprises ce continent «  pour s’inspirer de ce qui s’y fait de mieux et l’importer dans son pays  » (p. 49). «  À l’invitation de Pierre I er, poursuit-elle, des scientifiques et des artistes vont affluer de toute l’Europe pour construire, instruire et décorer la ville nouvelle [Saint-Pétersbourg] qui ravira à Moscou son statut de capitale dès 1713 […]. Malgré les difficultés, les incendies, les inondations par les eaux de la Neva, Pierre le Grand ne renoncera pas à son projet  : il aura sa ville, symbole d’une Russie ouverte sur l’Europe, et elle-même puissance européenne de premier plan.  » (p. 50)

La réalité du personnage impose de nuancer ce portrait élogieux, battu en brèche par l’abbé de Nantes. «  Surnommé le Grand par ses courtisans et les historiens occidentaux, il fut communément appelé par le peuple russe l’Antéchrist. Mais son plus exact titre serait Pierre I er l’Allemand. Il déteste son peuple, il méprise son propre clergé qu’il trouve “ ignorant et rétrograde ” […]. Il voyage en Prusse, au Hanovre, aux Pays-Bas et dans l’Angleterre orangiste (Louis XIV refuse de le recevoir) et revient plein de projets grandioses, mais décidément hostile à son peuple et à sa tradition […]. Enfin il trouve dans le moine Théophane Procoviev l’instrument dont il rêve pour la protestantisation, ou la germanisation, de Moscou.  » (CRC n° 184, décembre 1982, p. 20)

Vladimir Poutine  ? C’est tout le contraire  ! De lui, on peut dresser un portrait diamétralement opposé.

Dans un entretien accordé au magazine Time, Vladimir Poutine raconta qu’après l’avoir refusée, ce fut finalement avec beaucoup de réticence qu’il accepta la proposition de Boris Eltsine de présider à compter du 9 août 1999 le gouvernement de la Fédération de Russie. Et moins de six mois après, il accédait de plein droit à la charge suprême du pays du fait de la démission de celui qui l’avait nommé Premier ministre. Dans quel état d’esprit  ? «  Je peux affirmer, en toute certitude, que je ne me suis pas contenté de prendre cet emploi comme il se trouvait. J’ai pris l’engagement personnel de faire tout ce qui était en mon pouvoir, de consentir à tous les sacrifices, pour remettre le pays en ordre. C’est devenu le but principal de ma vie et je décidais en conséquence que ma vie au sens large, que mes intérêts personnels avaient pris fin. Le destin [la Providence !] m’a donné la chance de jouer un rôle positif dans l’histoire de mon peuple, et je me considère comme membre à part entière de ce peuple et ressens mon lien avec lui. Je l’ai toujours senti et le ressens encore aujourd’hui. Et depuis le moment où j’ai pris ma décision, j’ai orienté toute ma vie vers ce but.  » (Time, entretien du 19 décembre 2007)

Cette confidence est extraordinaire, elle révèle sans le moindre artifice et sans qu’il soit possible de mettre en doute sa sincérité, le ressort intime d’un chef d’État dans l’accomplissement des obligations de sa charge  : faire le don de sa personne, pour en atténuer le malheur, à son pays alors en pleine déliquescence politique, économique et sociale.

Depuis l’année 1999, Vladimir Poutine n’a fait que travailler. Très soucieux de ne s’attribuer aucun privilège, aucun avantage personnel tiré de ses fonc­tions, force est de constater qu’aucune des innombrables accusations, toujours en provenance de l’étranger, de corruption, d’enrichissement personnel indu, n’ont jamais été démontrées par la moindre preuve et n’ont jamais pu dépasser le niveau de la rumeur publique complaisamment relayée par les médias occidentaux.

«  Il est certain, observe tout simplement Héléna Perroud, que ce que laisse voir Vladimir Poutine de son mode de vie n’a rien qui puisse choquer ses compatriotes. Il affiche des goûts simples, prend ses vacances en allant plonger dans les lacs de Sibérie, pique-nique au bord d’un feu de bois avec son ministre de la Défense ou son Premier ministre […]. Mieux, il sollicite régulièrement ses “ amis ” oligarques pour financer des structures sportives ou culturelles en Russie.  » (p. 222)

Vladimir Poutine tient à conserver toutes les occasions pour conserver avec son peuple un lien direct et il jouit pour cela d’un charisme particulier  : celui d’exposer avec clarté et pédagogie tous les aspects, y compris les plus complexes, de sa politique et celle de son gouvernement. Toutes ses attitudes sont naturelles, tout ce qu’il dit et fait sonne le vrai et il demande à ses ministres, aux gouverneurs de région, à tous les fonctionnaires d’en faire de même, c’est-à­-dire de suivre son exemple. Plus démophile que démocrate, Vladimir Poutine sait en toutes circons­tances demeurer à la portée… et non pas au niveau… de son peuple pour l’associer aux décisions que lui et son gouvernement prennent pour le bien du pays. «  Nous devons résolument, de manière cohérente et patiemment expliquer notre position, expliquer pourquoi nous agissons comme nous le faisons et où se situent les intérêts du pays dans son ensemble et ceux de chaque citoyen russe lorsque le chef prend certaines décisions.  » (Gazeta Wyborcza et TVP channel, entretien du 15 janvier 2002)

À cet égard, l’émission de télévision Direct Line, au cours de laquelle tous les citoyens russes sont invités à poser leurs questions directement au Président, est devenue au fil des ans le rendez-vous emblématique d’une relation toute particulière, à notre connaissance unique au monde, entre un chef d’État et son peuple. Le 7 juin dernier, pendant plus de trois heures, Vladimir Poutine a répondu en direct, souvent de manière détaillée, à environ soixante-dix questions… qu’il découvrait au fur et à mesure qu’elles lui étaient posées. Innovation cette année avec l’intervention de certains ministres, de certains chefs de région, interrogés directement par Vladimir Poutine, lorsqu’il le jugeait nécessaire, pour qu’ils donnent plus de détails sur certaines questions voire des explications sur des difficultés, des blocages évoqués au cours de l’émission.

Sont successivement abordés au cours de cette émission le problème de l’envolée des prix de l’essence à la pompe, l’utilisation des onze stades construits spécialement pour la coupe du monde de football à l’issue de la compétition, l’attribution gratuite de terres dans l’Extrême-Orient russe au profit des familles nombreuses, le cryptage des correspondances dans les réseaux sociaux et qui peut se révéler un obstacle aux services de police pour détecter l’organisation d’un attentat, la situation en Ukraine, celle des Russes dans les Pays baltes, les leçons à tirer de l’engagement des forces armées en Syrie. Vladimir Poutine s’attarde longuement sur toutes les questions touchant à la santé des Russes et à laquelle il attache une grande importance. Il expose également très en détail le programme ambitieux du gouvernement pour augmenter d’ici 2024 de 80 à 120 millions le nombre de mètres carrés construits chaque année et permettre ainsi à des millions de familles d’améliorer leurs conditions de logement. À noter que le mot “ famille ” revient dix-neuf fois au cours de l’émission dans la bouche du Président.

Bref, tout y passe et on ne peut qu’admirer le calme, la pertinence, la prudence et la sagesse de toutes les réponses de Vladimir Poutine qui explique son action réelle et qui montre, non pas qu’il s’occupe de tout, mais qui, assisté par son gouvernement, mais également par les chefs de région qu’il contrôle, assume pleinement la responsabilité de la direction du pays dans le seul intérêt de tous c’est-à-dire «  le bien primordial de la multitude et de chacun des individus, dans la mesure où ils font partie de cette multitude organisée de la nation  » (Georges de Nantes “ Politique totale ”, conférence du 19 janvier 1984, à Paris).

Mais ce lien direct que Vladimir Poutine entend entretenir avec son peuple, qui n’a rien à voir avec un quelconque exercice de communication, tant son attitude demeure naturelle et souveraine… pour ne pas dire royale, n’a rien de démagogique et ne se substitue pas évidemment à l’exercice des pouvoirs qui lui sont dévolus et qu’il entend exercer pleinement, sans faiblesse, mais toujours dans la limite de la loi.

ENQUÊTE SUR LA “ DÉMOCRATIE ”.

En premier lieu, pour gouverner le peuple russe, Vladimir Poutine ne conçoit pas que cela puisse se faire sans un État fort, car, explique-t-il, «  notre État, ses institutions et ses structures ont toujours joué un rôle exceptionnel et important dans la vie du pays et de son peuple. Pour les Russes, un État puissant n’est pas une anomalie dont il faut se défaire. Au contraire, c’est une source d’ordre et la principale force de direction de tout changement.  » (“ La Russie au tournant du millénaire ”)

Un État fort commence par l’autorité de celui qui en est le chef. Il se trouve que la Constitution russe, rédigée par Anatoli Sobtchak, calquée en partie sur la Constitution française qui lui a servi de modèle, tout en définissant apparemment les règles d’un régime démocratique de type semi-présidentiel, reconnaît au Président de la Fédération un pouvoir très élargi, non seulement indépendant, mais au-dessus de tous les autres pouvoirs. Le Président est de surcroît assisté par une puissante administration, prévue par le texte même de la Constitution, qui lui permet d’exercer personnellement, réellement et efficacement les préro­gatives qui lui sont dévolues dans la conduite des affaires intérieures et extérieures du pays.

Héléna Perroud n’hésite pas, quant à elle, à comparer le Président de la Fédération de Russie à un tsar. Le génie de Vladimir Poutine, à la différence de Boris Eltsine, est d’avoir réussi à tirer parti des pouvoirs quasi monarchiques qui lui sont reconnus par la Constitution de 1993, pour gouverner le pays dans la stabilité et créer un État fort et respecté (cf. p. 30). Son génie consiste également en ce qu’il a tout de suite jugé, dès l’année 1999, au moment de son accession au pouvoir, que le texte de la Constitution lui paraissait bon et qu’il n’y avait donc aucune nécessité de le modifier… mais de l’appliquer.

Lorsque Vladimir Poutine parle d’État fort, qu’entend-il précisément  ? «  Après avoir fixé les règles, l’État doit s’assurer qu’elles sont respectées. Il doit garantir qu’elles sont appliquées par chacun de façon uniforme. Voilà ce que nous entendons par “ État fort ” et par “ suprématie de la loi ”. Nous pourrions tout aussi bien parler “ d’État efficace ” plutôt que “ d’État fort ”.  » (ZDF, entretien du 9 juin 2000)

Pour revenir sur la question épineuse de la démo­cratie, Vladimir Poutine semble en admettre le principe, mais il pose des garde-fous, car, fort de l’expérience dramatique des années 1990, il en perçoit, au moins en partie, la perversité et le danger. Le développement de procédures démocratiques ne peut avoir lieu «  au détriment de l’ordre, de la loi, de la stabilité  », ne saurait être l’occasion de «  l’exécution de normes qui nous seraient imposées de l’étranger  » ou bien mettre en cause «  l’unité, l’intégrité et la souveraineté russes [qui] sont inconditionnelles  ». Par ailleurs «  toute ingérence étrangère directe ou indirecte dans nos procédures politiques internes est inacceptable. Quiconque reçoit de l’argent de l’étranger pour ses activités politiques et pour le service de certains intérêts étrangers nationaux ne peut faire de la politique au sein de la Fédération de Russie.  » (Discours devant l’Assemblée fédérale du 12 décembre 2012)

Enfin, si «  les partis, les gouvernements, les présidents peuvent changer, le cœur même de l’État et de la société, la continuité du développement national, la souveraineté et les libertés des personnes doivent demeurer intacts  » (ibid.). Ce ne sont pas des paroles en l’air puisque Vladimir Poutine a eu l’occasion de les mettre en pratique. En 2008, à la fin de son deuxième mandat présidentiel, il renonça à un troisième pour respecter la Constitution.

Pourtant, «  … il aurait été possible et même assez facile de modifier la Constitution… pour briguer un troisième mandat. La Constitution ne permet pas un troisième mandat […]. J’ai respecté cela et n’ai pas essayé de réécrire la Constitution pour me l’adapter, j’ai quitté le poste de Président pour en prendre un plus modeste, néanmoins important pour la vie de mon pays [celui de Premier ministre]. Plus tard, conformément à la Constitution, j’ai utilisé mon droit constitutionnel de me présenter aux élections et j’ai été élu Président. Je pense que tout cela a permis d’envoyer à notre société un signal très important, en fait plusieurs. Premièrement ce grand changement de pouvoir s’est produit de façon calme et, deuxièmement, lorsque nous respectons la Constitution et ses règles, le pays continue à fonctionner et à se développer.  » (Rencontre du 29 août 2014 lors du Forum d’éducation de la jeunesse de Seliger)

Évidemment, on admire le désintéressement de Vladimir Poutine et la stabilité politique qu’il a assurée au sommet de l’État depuis maintenant dix-neuf années en s’obligeant à respecter l’ordre, le mode d’emploi tels que fixés actuellement pour la nation russe. Mais en 2024, il va se retrouver dans la même situation qu’en 2008  : sans doute encore avec un soutien populaire massif, mais avec l’impossibilité constitutionnelle de briguer un troisième mandat… Va-t-il prendre le risque de livrer la Russie à “ l’aléa ” d’un scrutin démocratique  ? À moins d’un miracle… il semble que oui  ! Mais il prépare la succession.

Après sa première élection à la Présidence de la Fédération, Vladimir Poutine prit soin de s’entourer d’une équipe de personnes qu’ils connaissaient pour les avoir côtoyées soit dans les services spéciaux, soit à la mairie de Saint-Pétersbourg, soit à l’administration présidentielle et dont il avait, in concreto, éprouvé les compétences, l’expérience et l’intégrité. L’équipe initiale qui l’assistait se répartissait en trois groupes  : des économistes de tendance plutôt libérale tels Alexeï Koudrine et Guerman Gref, des légistes-juristes tels Dmitri Kozac et Dmitri Medvedev et enfin des siloviki, c’est-à-dire des cadres issus des services de sécurité, tel Sergueï Ivanov.

Dans son étude du “ cercle des intimes ”, Arnaud Kalika s’est déclaré impressionné par le fait que «  des amis, qui auraient pu supplanter Vladimir Poutine dans ses aptitudes ou sa maîtrise des affaires du monde, ont fait montre de la plus grande modestie pour le préférer à eux-mêmes. Ils ont organisé leur vie pour le servir.  » (“ L’Empire aliéné ”, cnrs éditions, 2008, p. 30) C’est sans doute là son charisme particulier  : être capable de faire travailler ensemble des personnes de grande valeur, tout en exigeant de ses collaborateurs ses propres qualités de compétence et de loyauté pour s’imposer comme leur chef.

Mais Vladimir Poutine a eu la prudence de faire évoluer son équipe. C’est en mars 2004 qu’il recruta Sergueï Lavrov en tant que ministre des Affaires étrangères, surnommé “ Monsieur Niet ” par ses homologues, connu et craint pour son franc-parler, mais surtout par sa parfaite maitrise de tous les dossiers internationaux, en particulier du dossier syrien. On peut citer également Denis Manturov, nommé en 2007 à l’âge de trente-huit ans ministre adjoint de l’Industrie et de l’Énergie après une carrière dans l’industrie aérospatiale  ; Alexander Konovalov, nommé ministre de la Justice en mai 2008, à quarante ans, à l’issue d’une remarquable carrière dans la magistrature. C’est en 2012 que Sergueï Choïgu a rejoint le gouvernement en tant que ministre de la Défense et qu’il a poursuivi une profonde réforme des forces armées russes.

Après l’élection présidentielle de mars 2018, fallait-il modifier la composition du gouvernement  ? Voici ce qu’a expliqué Vladimir Poutine le 7 juin dernier, trois semaines après la formation de la nouvelle équipe dirigeante  : «  Vous voyez, le plan de développement que nous devons mettre en œuvre, celui dont nous parlons depuis quelques années, a été rédigé par le gouvernement précédent. Ils y travaillent depuis au moins dix-huit mois. Si nous avions remanié le gouvernement dans sa totalité en nommant des personnes totalement nouvelles, même si elles avaient été des administrateurs parfaits et des professionnels bien formés, il leur aurait fallu au moins deux ans avant de pouvoir formuler des objectifs existants ou d’en développer de nouveaux. Nous aurions perdu au moins deux ans. Or nous n’avons pas ces deux années.

«  Par conséquent, j’ai pris la décision que le gouvernement serait renouvelé de manière significative en faisant venir des personnes “ fraîches ”, si vous me permettez l’expression, mais bien formées et qui ont fait leurs preuves dans des domaines majeurs et importants. Nous devions aussi garder ceux qui ont préparé des solutions pour le développement révolutionnaire de notre pays, pour “ personnifier ” la responsabilité de ce qui a été fait jusqu’à présent et de ce qui est prévu dans un avenir proche. Je pense que nous avons le gouvernement idéal pour aujourd’hui.  »

Dans le nouveau gouvernement, Dmitri Medvedev a été reconduit dans ses fonctions en tant que Premier ministre tandis que les ministres clefs du précédent gouvernement ont retrouvé leur poste. Il s’agit notam­ment de Dmitri Kozac en tant que vice-premier ministre, Anton Siluanov à l’Économie, Sergueï Lavrov aux Affaires étrangères, Sergueï Choïgu à la Défense, Veronika Skvortsova à la Santé… A fait notamment son apparition Alexander Kozlov au développement de l’Extrême-Orient, donc en charge d’une politique stratégique pour la Russie.

Vladimir Poutine forme-t-il un successeur  ? «  C’est une question que l’on me pose souvent. Bien sûr, je n’arrête pas d’y penser. En fait, je ne cherche pas précisément à former un successeur qui, de toute façon, doit être choisi par le peuple russe. Mais je pense plutôt à la formation d’une nouvelle génération de managers, de personnes capables d’assumer des responsabilités pour la Russie.  »

UNE NOUVELLE FRONTIÈRE  :

L’EXTREME-ORIENT RUSSE.

À la fin des années 1990, la situation démographique de la Russie était très préoccupante. Dès 1991-1992, les courbes de la mortalité et de la natalité se sont croisées et la Russie s’est alors engagée dans une période de vingt ans durant laquelle elle a perdu au total cinq millions d’habitants. Les deux courbes se sont à nouveau croisées, dans le sens inverse, en 2012, année au cours de laquelle l’espérance de vie des hommes et des femmes a dépassé le seuil des soixante-dix ans. Malgré cette amélioration, la situation reste préoccupante, car d’ici 2032 il est établi que le nombre de femmes en âge de donner naissance à des enfants diminuera inexorablement de 25 %. C’est la raison pour laquelle Vladimir Poutine envisage très sérieusement d’encourager toutes les personnes qui se sentent étroitement liées au monde russe, qui parlent russe, qui veulent travailler en Russie et qui ont les compétences requises, de venir s’y installer. À cet égard, la politique de développement en “ Extrême-Orient ”, mérite une attention particulière.

Les Russes ont commencé à conquérir les terres de Sibérie au seizième siècle, mais ce n’est qu’au dix-neuvième siècle que Saint-Pétersbourg s’est sérieusement intéressée au développement de ces immenses territoires. Héléna Perroud cite en exemples la fondation de Vladivostok en 1859, le gigantesque chantier du Transsibérien commencé en 1891 et achevé en 1916 et la frontière de l’Amour-Oussouri imposée à la Chine à la faveur des “ Traités inégaux ”. Corrélativement, le peuplement de cet immense territoire a été très lent et très insuffisant au regard de trois aspects que met bien en évidence Héléna Perroud. La Russie partage avec la Chine une frontière de 4 195 km à l’Est de la Mongolie, par le passé cause de nombreux litiges entre les deux pays. La différence de densité démographique de part et d’autre de cette frontière est colossale  : un habitant au kilomètre carré du côté russe contre cent du côté chinois. Enfin la partie orientale de la Sibérie représente un enjeu stratégique avec plus de la moitié du domaine forestier, 27 % du gaz, 17 % du pétrole, plus de 30 % de l’or et presque tous les gisements de diamant par rapport aux ressources de la région Asie-Pacifique (cf. p. 118). Bref c’est toute une région de la Russie qu’il faut occuper et développer.

Mais Vladimir Poutine s’est impliqué personnellement dans ce projet immense. En 2009, il a fait adopter par le gouvernement qu’il préside alors une “ stratégie de développement socio-économique de l’Extrême-Orient et de la Transbaïkalie jusqu’en 2025 ”, avec pour enjeu la fixation de la population et la création d’un véritable marché intérieur. En 2012, il a créé un ministère dédié au dévelop­pement de l’Extrême-Orient et a fondé l’Université du même nom. Et en septembre 2015, il lance le premier “ Forum économique oriental ” qui se tient désormais chaque année à Vladivostok, l’équivalent du Forum économique de Saint-Pétersbourg.

«  En 2016, Vladimir Poutine tirait un premier bilan positif de l’action accomplie  : plus de quinze milliards de dollars avaient déjà été investis dans quelque trois cents projets, dix-huit “ territoires de développement prioritaire ” avaient été aménagés et surtout, “ l’indicateur le plus précieux des changements qui s’opèrent dans l’Extrême-Orient ” russe, comme il le dit lui-même, la population a commencé à augmenter pour la première fois depuis un quart de siècle dans la région de Khabarovsk, à Sakhaline, en Iakoutie et en Tchoukotka.  » (p. 120)

Héléna Perroud liste par ailleurs certaines mesures spectaculaires décidées par Vladimir Poutine  : l’attribution gratuite de lots de terre à tout ressortissant russe qui en fait la demande, facilités d’entrée sur le territoire d’Extrême-Orient en faveur des étrangers, voire même attribution de la nationalité russe à tout étranger qui investirait dix millions de dollars sur cette partie du territoire de la Russie.

UNE NOUVELLE ARMÉE RUSSE.

En 1999, l’armée russe qui fut un temps la plus puissante du monde était dans un état très avancé de délabrement et de démoralisation, après avoir subi près de dix années d’abaissement  : son échec lors de la première campagne en Tchétchénie, son impuissance face à l’extension de l’OTAN, son humiliation au Kosovo, sans compter le naufrage du Koursk. Pièce maîtresse pour le recouvrement par la Russie de sa souveraineté, l’armée fut donc associée d’emblée par Vladimir Poutine à son chantier de redressement du pays.

La seconde campagne en Tchétchénie sera l’occasion de prendre immédiatement des mesures drastiques pour révoquer les cadres les plus mauvais, promouvoir au contraire les meilleurs et allouer aux unités des moyens supplémentaires. L’institution en sort secouée. Elle est remise au travail et obtient ses premiers succès. En 2008, l’armée russe l’emporte sur l’armée géorgienne en Ossétie du Sud. Des progrès sont visibles, mais les enseignements restent cruels et imposent à Dmitri Medvedev et à Vladimir Poutine, devenu entre-temps son Premier ministre, d’enclencher la grande réforme qu’ils souhaitent depuis des années. En 2011, contre l’avis du ministre de l’Économie Alexeï Koudrine, la Russie annonce un investissement massif de 474 milliards d’euros sur dix ans pour réformer en profondeur les forces russes suivant trois objectifs.

Premier objectif  : doter la Russie d’une armée mobile et réactive. Dans cette perspective  : réorganisation des vingt-trois divisions de l’armée de terre, revalorisation de l’entraînement et ce à tous les échelons avec une très forte augmentation du nombre des exercices, dont deux par an de niveau stratégique. Les troupes aéroportées considérées comme essentielles tout comme les capacités des forces spéciales sont renforcées.

Les chaînes de décision, de commandement et de contrôle sont allégées grâce à une réduction massive et douloureuse du corps des officiers. Le service militaire de deux années est réduit à une année avec augmentation corrélative des personnels professionnels (kontraktniki). Les forces spéciales sont désormais en grande partie composées de professionnels.

Il faut noter aussi le travail sur la coordination interarmées et sur la mobilité stratégique en vue du déploiement rapide, à partir de différents points du pays, de groupes de forces sur une zone menacée et pallier ainsi des déploiements permanents impossibles pour couvrir les immenses frontières du terri­toire. Enfin, «  au niveau stratégique, la prise de décision est facilitée par la forte centralisation du pouvoir […] et par la concorde entre pouvoir civil et pouvoir militaire, liée à une vision partagée de l’environnement international et à la sensible reva­lo­risation de la chose militaire dans la politique du Kremlin ces dernières années. La Défense russe s’est en outre dotée d’un Centre de contrôle pour la défense nationale qui, inauguré en décembre 2014, a fait l’objet d’une intense publicité à l’occasion de la “ campagne syrienne ”.  » (Isabelle Facon “ Que vaut l’armée russe  ? ”, Politique étrangère 2016 /1, p. 151 à 163)

Les résultats sont là. Le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, qui a conduit en moyenne, depuis 2013, cinq opérations de manœuvre et d’inspection surprise, pouvait constater dès 2015, que «  les commandants et personnels de toutes les régions militaires et types de force sont capables de redéploiement sur de longues distances et de conduire des missions sur des terrains dont ils ne sont pas familiers […]. Comme l’ont montré les opérations en Crimée et en Syrie, la logistique et l’approvisionnement des troupes “ suivent ” bien mieux que dans le passé.  » (Isabelle Facon, ibid.) L’expert militaire Alexandre Goltz en vient à la même conclusion  : «  L’armée russe a acquis une mobilité et une efficacité sans précédent […]. Les militaires et les officiers soignés, ordonnés, disciplinés et, notons-le aussi, absolument sobres, diffèrent complètement de ceux de 2008.  » Par rotation, la quasi-totalité des officiers russes a été envoyée en Syrie.

Deuxième objectif  : préserver et renforcer la puissance de l’armement stratégique de la Russie. Après l’effondrement de l’URSS, la question n’était alors plus de savoir si la Russie serait un jour en mesure de développer un nouveau système d’armes stratégiques, mais plutôt celle de savoir si elle serait en mesure de conserver en toute sécurité les armes nucléaires dont elle avait hérité de la période soviétique. La situation était telle que le pays en était arrivé à laisser des inspecteurs américains superviser le fonctionnement de ses principales usines d’enrichissement d’uranium.

Mais avec l’avènement de Vladimir Poutine, la Russie a non seulement réussi à préserver son armement stratégique et en particulier son arsenal nucléaire, mais le pays a même consenti un effort financier considérable pour moderniser cet arsenal au point d’ailleurs de faire de la dissuasion nucléaire une priorité dans son programme d’armement 2011-2020.

Bien mieux, à partir de l’année 2004, et ainsi que Vladimir Poutine l’avait lui-même annoncé, la Russie s’est lancée dans le développement d’une nouvelle génération de missiles qu’il a pu présenter à l’Assemblée fédérale et donc au monde entier, lors de son discours annuel du 1er mars 2018  : un missile intercontinental dénommé Sarmat avec une portée, un nombre et une puissance de ses ogives bien plus puissants que le système Veovoda (SS-18 Satan) qu’il remplace  ; un missile furtif à portée presque illimitée donné par Vladimir Poutine comme invincible à tous les systèmes de défense antimissile et antiaérienne  ; des engins submersibles sans pilote qui peuvent se déplacer à de grandes profondeurs par des voies intercontinentales, susceptibles de transporter des ogives conventionnelles ou nucléaires et ne présentant apparemment aucune vulnérabilité qui puisse être exploitée par l’ennemi  ; un système de missile hypersonique de haute précision Kinzhal (Dagger); enfin un nouveau système d’armes à haute vitesse hypersonique (Mach 20), capable d’effectuer un vol intercontinental, de réaliser des manœuvres verticales et horizontales, donné par Vladimir Poutine comme absolument invulnérable à tout système de défense antiaérienne et antimissile.

L’armement russe a également fait des progrès considérables dans le potentiel balistique de la Marine avec les missiles de croisière Kalibr 3 M-14. Sur vingt-six missiles tirés de la mer Caspienne en 2015, vingt-deux ont atteint leurs cibles en Syrie. Autres nouveaux matériels utilisés avec succès lors du conflit syrien  : les avions Su-34 et Su-35, le missile de croisière stratégique Kh-101, des drones pour la reconnaissance et le transfert de données aux centres de commandement en temps réel. L’industrie russe d’armement a fait de grands progrès sur certains programmes jugés prioritaires tels que ceux concernant le SLBM Boulava, le système de navigation Glonass, les systèmes antiaériens S-300 et surtout S-400 lequel présente, entre autres caractéristiques, celle de posséder une excellente protection contre les moyens de guerre électronique adverses. La Russie a également réalisé des progrès significatifs dans le domaine des armes laser et a porté ses efforts, ces dernières années, sur le développement de moyens de guerre électronique sophistiqués, destinés à obérer le fonctionnement des systèmes radars et de communication adverses.

Troisième objectif  : la revalorisation de la carrière militaire. Il n’est pas rare d’apercevoir le chef de l’État à bord d’un sous-marin, d’un chasseur… assister personnellement à des exercices militaires. Il en explique très bien les raisons  : «  D’abord, je veux personnellement prouver mon attitude positive envers les militaires et ainsi insister sur l’importance des forces armées et de toutes les affaires militaires de l’État. Par ailleurs, l’armée doit comprendre que ses activités sont placées sous un strict contrôle des civils, y compris au niveau opérationnel. Et enfin, en vertu de mes fonctions, je suis le Commandant des forces armées et je considère que je dois personnellement prendre connaissance de certaines choses qui me semblent très importantes en terme de sécurité nationale et en terme de prises de décisions, si je suis appelé à prendre de telles décisions.  »

Et du coup, il s’occupe de ses militaires dont il veut qu’ils soient fiers de servir ainsi sous le drapeau de leur pays. «  Beaucoup a été fait pour revaloriser la carrière militaire, écrit Isabelle Facon. Le revenu mensuel d’un lieutenant est passé de l’équivalent de 170 dollars (12 000 roubles) à 720 dollars (50 000 roubles). La rémunération des kontraktniki a également été augmentée. Les conditions de logement des militaires se sont considérablement améliorées.  » (ibid., p. 159) «  Désormais, les forces militaires sont valorisées, les casernes refaites à neuf les unes après les autres, tandis que la militarisation des esprits bat son plein […]. Résultat  : selon un sondage de l’institut indépendant Levada, 58 % des Russes font davantage confiance à leur armée (contre 31 % en 2005) et 84 % estiment qu’elle est capable de défendre le pays, contre 52 % en 2005.  » (Isabelle Mandraud “ Russie  : une armée affûtée au fil des guerres ”, www. lemonde. fr 4 mai 2018)

UNE RÉVOLUTION NATIONALE  ?

Dans La Russie au tournant du Millénaire, Vladimir Poutine partage cette conviction  : «  Je suis convaincu que réussir à insuffler l’indispensable dynamique de croissance n’est pas seulement économique. C’est aussi un problème politique et je n’ai pas peur de ce mot, dans un certain sens idéologique. Plus précisément qui se situe sur le plan des idées, de la spiritualité, de la morale.  »

En 2007, interrogé sur la religion et le rôle qu’elle doit jouer dans la société, il répondit  : «  À propos des questions de gestion et de formulation des problèmes de gestion, d’abord et avant tout nous devons être guidés par le bon sens. Mais ce bon sens doit être fondé sur des principes moraux. Or il ne peut y avoir dans le monde de moralité ni de vertu indépendamment de valeurs religieuses.  »

En 2012, l’année de son retour à la présidence de la Fédération, Vladimir Poutine expliqua pourquoi, selon lui, une renaissance morale, spirituelle et même intellectuelle était nécessaire. Il partait du constat suivant  : l’effondrement de l’Union soviétique s’est accompagné d’un rejet pur et simple par la société russe des slogans communistes. Mais ce faisant, elle a perdu de nombreux “ guides moraux ” ce qui a provoqué un sentiment général d’indifférence vis-à-vis des affaires publiques, la corruption, des comportements extrémistes et agressifs. «  Cela me fait de la peine de le dire, a-t-il même avoué lors de son discours annuel prononcé le 12 décembre 2012 devant l’Assemblée fédérale, mais je dois le dire  : aujourd’hui, la société russe souffre d’un déficit évident de valeurs spirituelles comme la charité, la compassion, le soutien et l’assistance mutuelle.  »

Un an plus tard, le 19 septembre 2013 devant le club Valdaï, Vladimir Poutine revenait sur ce sujet. Il constatait que la Russie a subi les conséquences de l’effondrement, à deux reprises, de l’État russe  : d’abord en 1917 du fait de la révolution bolchevique, et en 1991 du fait de l’effondrement de l’Union soviétique. «  Le résultat a été un coup dévastateur aux codes spirituel et culturel de notre nation. Nos traditions et notre communion avec l’histoire de notre pays en furent bouleversées, avec, comme conséquences, une diminution de la moralité au sein de notre société et un déficit de la confiance et du sens de la responsabilité. Ce sont là les causes profondes des problèmes urgents auxquels nous devons faire face aujourd’hui.  »

Et Héléna Perroud de passer en détail le renouveau religieux que connaît la Russie depuis l’effon­drement de l’Union soviétique  : «  La religion orthodoxe est partout de nouveau présente dans la sphère publique et Vladimir Poutine, comme Dmitri Medvedev, assistent très fréquemment aux offices importants, comme Président et Premier ministre […]. S’il y a un tel investissement personnel de Vladimir Poutine dans le soutien à l’Église orthodoxe, c’est qu’il y a entre l’État et l’Église [“ les orthodoxes ” devrait plutôt écrire l’auteur] une convergence d’intérêt bien compris.  » (p. 136)

Toujours dans la perspective de préserver, de rétablir l’unité de son peuple et même du monde russe, Vladimir Poutine a personnellement beaucoup œuvré en faveur de la réconciliation historique entre le patriarcat de Moscou et les orthodoxes hors frontières, les seconds s’étant séparés dans les années 1920 du premier qu’ils ont accusé de s’être soumis au régime communiste. Et c’est le chef de l’État à qui il reviendra de conclure la cérémonie de réconciliation qui sera célébrée le 17 mai 2007 à la cathédrale du Christ-Sauveur.

Mais quelle est la foi personnelle de Vladimir Poutine  ? On sait que sa mère l’a fait baptiser, à l’insu de son père, et lui a offert une petite croix à laquelle il tient beaucoup. Il semble qu’il fréquente un prêtre orthodoxe présenté comme son directeur spirituel. On sait également qu’il effectue des séjours au monastère de Valaam. Mais comme sa vie familiale, Vladimir Poutine demeure très secret quant à sa vie spirituelle. «  Interrogé sur CNN, il a répondu  : “ La foi ne doit pas être démonstrative, elle réside dans le cœur de chacun.  » (p. 75) À la question d’un journaliste russe qui lui a demandé s’il croyait en Dieu, il a répondu que chacun naît avec la foi en Dieu, mais en prend conscience à un moment ou un autre de sa vie. Et il précise  : «  En tout cas, pendant la Grande Guerre patriotique, même les athées les plus endurcis et les plus têtus lorsqu’ils se dressaient dans la tranchée pour charger, je suis sûr que chacun d’eux pensait à Dieu.  »

Peut-être que Vladimir Poutine, dans cette idée d’un président au-dessus des partis, souhaite composer avec les différentes nationalités et donc les différentes religions qui composent le peuple russe. Ce qui expliquerait d’ailleurs son respect marqué de la religion musulmane car «  la Russie, et depuis des siècles, est aussi une terre pour partie musulmane  » (p. 109). Et les musulmans bénéficient d’une politique qui leur est propre. Le 23 septembre 2015 à l’occasion de l’inauguration en plein Moscou de la plus grande mosquée d’Europe, Vladimir Poutine s’est félicité de ce que le nombre des mosquées et des centres islamiques ait sensiblement augmenté ces vingt dernières années, tout en rappelant «  que si la Russie était un État laïc et le resterait, l’islam traditionnel était une partie intégrante de la vie spirituelle du pays  » (p. 110).

D’une certaine façon on comprend le souci de Vladimir Poutine de maintenir la paix, l’ordre et la concorde au sein de son peuple qui s’apparente à une mosaïque de nationalités et de religions. Mais comment se fait-il que ces populations, notamment musulmanes, que la Russie a pourtant prises en charge depuis maintenant plus de deux cents ans sous son drapeau, ne soient toujours pas converties à la religion chrétienne  ? Mais c’est tout simplement parce que la Russie n’est toujours pas revenue de sa première erreur, le schisme de 1448 qui l’a séparée de Rome et donc de l’unique Église du Christ et qui, depuis, la prive de la vie de la grâce qu’elle est donc pour l’instant dans l’incapacité à communiquer aux autres.

Mais alors autour de quelle “ valeur ” Vladimir Poutine entend-il assurer l’unité de son peuple  ? Autour du patriotisme, «  fil rouge de toute son action. En décembre 1999, dans La Russie au tournant du Millénaire, il avait pris la peine de définir ce qu’il entend par là  : “ Ce mot est utilisé parfois dans un sens ironique ou même péjoratif. Mais pour la majorité des Russes, il conserve sa signification première pleinement positive. C’est le sentiment de fierté de sa patrie, de son histoire et de ses réalisations. C’est le désir de rendre son pays plus beau, plus riche, plus fort, plus heureux. Quand ces sentiments sont exempts de tout nationalisme vaniteux et d’ambitions impérialistes, ils n’ont rien de répréhensible, de mauvais. C’est source de courage, de loyauté, de force pour un peuple. Si nous perdons le patriotisme, la fierté nationale et la dignité qui lui sont liées, nous ne serons plus une nation capable de réaliser de grandes choses ”.  » (p. 142)

Aimer son pays pour le mieux servir, c’est d’abord connaître son histoire… toute son histoire comme l’explique Héléna Perroud avec beaucoup de finesse dressant, sur ce sujet, un parallèle sans concession entre nos mœurs républicaines et la sagesse du chef de l’État russe. «  Depuis qu’il préside aux destinées du pays, Vladimir Poutine fait de très nombreuses références à l’histoire russe dans ses discours, à toute l’histoire, qui ne commence certainement pas dans son esprit en 1917. “ Pour faire renaître notre conscience nationale nous devons relier les différentes époques historiques et revenir à la compréhension de cette vérité simple que la Russie n’a commencé ni en 1917 ni même en 1991, que nous avons une seule et même histoire millénaire ininterrompue, sur laquelle nous devons nous fonder pour saisir notre force intérieure et le sens du développement national ” disait-il en décembre 2012 au Conseil de la Fédération.

«  C’est là aussi une différence majeure avec nous. En France, nos dirigeants politiques ne se projettent jamais, ou rarement, avant 1789. C’est comme s’il n’y avait rien eu avant les fameuses “ valeurs répu­blicaines ”, déclinées sur tous les tons, comme si notre pays était né à la Révolution, faisant table rase du passé, soit presque mille ans d’une histoire pourtant riche et fondatrice. Dans les discours officiels, la “ République ” est très souvent substituée à la “ France ”. Rien de tel en Russie, où Vladimir Poutine insiste en permanence sur la continuité historique.  » (p. 23)

À cet égard, il veut éviter qu’une critique trop exacerbée du communisme et, de façon générale, de toute la période soviétique tourne à une chasse aux sorcières des anciens membres du Parti. Il rappelle qu’en Union soviétique, «  il y avait 19 millions de communistes. La pire chose que nous puissions faire serait de commencer à rechercher tous ceux qui en étaient membres  » (Le Figaro, entretien du 26 octobre 2000). Et il est, selon lui, «  inacceptable de traîner du passé des rancunes et de spéculer sur des tragédies qui concernaient pratiquement toutes les familles en Russie, quel que soit le côté des barricades dans lesquelles se trouvaient nos ancêtres. Rappelons-nous que nous sommes un peuple unique, un peuple uni, et que nous n’avons qu’une seule Russie.  » (discours devant l’Assemblée fédérale du 1er décembre 2016)

QUATRIÈME PARTIE  : DÉFENDRE LA SOUVERAINETÉ DE LA RUSSIE

«  Si l’aigle russe a deux têtes depuis le quinzième siècle, l’une regardant à l’Ouest, l’autre à l’Est, Vladimir Poutine est sans doute, parmi tous les dirigeants du pays, celui qui a su faire porter le regard le plus perçant vers l’Orient et l’Asie. Sans oublier le Grand Nord et le Sud. Regarder partout, avoir des amis partout, ou du moins n’avoir d’ennemis définitifs nulle part, pour que chaque option reste ouverte autant que possible, et être avant tout une nation souveraine, maîtresse de ses décisions, telle est sans doute résumée rapidement, la position de Vladimir Poutine. Sur la scène internationale, il bâtit, avec pragmatisme, une voie spécifiquement russe.  » (p. 177)

Cette voie qui lui est propre, et pour aller plus loin, est celle d’une Russie qui ne cherche pas les coups, qui n’entend pas dominer qui que ce soit, qui n’entend pas tenir un rôle de superpuissance, mais qui veut, tout en étant prête à faire des concessions, que les intérêts, qui lui sont propres, soient pris en compte par ses “ partenaires ” dans le cadre de relations bilatérales ou multilatérales équilibrées, civilisées et respectueuses des règles internationales que les États se sont eux-mêmes imposées.

Il importe donc, aux yeux de Vladimir Poutine, que chaque État, à commencer par la Russie, soit en mesure de préserver sa souveraineté tout en rééquilibrant les «  intérêts des acteurs du dialogue international  ».

Partant de là, «  il est frappant de voir, note Héléna Perroud, que si Vladimir Poutine a engagé son pays dans nombre de relations bilatérales et multilatérales, il a soigneusement évité de lier la Russie par des alliances qui créeraient de trop grandes obligations pour elle. Il l’a dit clairement lors d’une réunion du Conseil national de sécurité le 22 juillet 2014, peu après les événements de Crimée  : “ La Russie, Dieu merci, n’est entrée dans aucune alliance. C’est là qu’est la clef de notre souveraineté. Tout pays qui entre dans des alliances renonce immédiatement à une part de sa souveraineté. Et ça ne reflète pas toujours, tant s’en faut, l’intérêt de tel ou tel pays, mais… c’est leur décision souveraine. ”  » (p. 177)

En premier lieu, la Russie a souhaité maintenir des relations privilégiées avec son “ étranger proche ”, c’est-à-dire avec les anciennes républiques situées aux marches de la Fédération et avec lesquelles elle avait formé en décembre 1991, au moment de la dissolution de l’Union soviétique, la Communauté des États indépendants (CEI). Ce rapprochement s’impose d’autant plus que ces pays partagent entre eux une zone de libre-échange ainsi que des infrastructures communes. «  Réunissant ses ambassadeurs à Moscou le 9 juillet 2012, Vladimir Poutine, à nouveau président, leur déclara  : “ L’approfondissement des processus d’intégration au sein de la CEI est au cœur de notre politique étrangère, c’est notre perspective stratégique. ” Et la locomotive de cette intégration, c’est la troïka que forme la Russie avec la Biélorussie et le Kazakhstan, rassemblés depuis 2010 dans une Union douanière.  » (p. 178) Cette union devint par la suite, le 29 mai 2014, l’Union économique eurasienne à laquelle se sont joints l’Arménie et le Kirghizstan.

Héléna Perroud fait ensuite un vaste tour du monde pour illustrer une diplomatie russe très active. D’abord en Asie où la Chine semble le partenaire privilégié de la Russie.

«  La géographie de l’Exrême-Orient russe, nous l’avons vu, écrit-elle, commande au Président russe de tout faire pour avoir une relation de bon voisinage avec son tout puissant voisin chinois, qui “ pèse ” 1,4 milliards d’habitants, un chiffre que Vladimir Poutine rappelle souvent dans ses discours.  » (p. 183) En 2001, il fonde avec son homologue chinois, Jian Zemin, l’Organisation de la coopération de Shanghaï, en y associant quatre anciennes Républiques soviétiques. «  Dix ans plus tard alors que Hu Jintao est au pouvoir, le pays devient le premier partenaire commercial de la Russie.  » (p. 184) Sur le plan politique, les deux pays sont très proches et adoptent presque systématiquement des positions «  proches ou convergentes sur tous les problèmes les plus importants de politique internationale  », a souligné lui-même Vladimir Poutine.

«  Mais le président russe prend soin d’équilibrer la relation avec la Chine par une relation qui s’intensifie rapidement avec le Japon, ce qui constitue un tournant.  » (p. 185) À partir de 2012, Vladimir Poutine a repris en main le dossier concernant le différend des îles Kouriles qui oppose les deux pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, chacun revendiquant la souveraineté sur ces territoires. Vladimir Poutine a la volonté de parvenir à la signature d’un traité de paix.

La participation de la Russie aux BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) est elle aussi le signe d’une intense activité diplomatique de la Russie. Cette organisation rassemble de grandes puissances régionales et constitue une alternative claire à un monde unipolaire dominé par les pays occidentaux, et en particulier par les États-Unis.

CONTRE LA PIEUVRE YANKEE  !

Dans son étude sur la Syrie, frère Jean-Duns de Sainte-Anne démontre de façon approfondie et détaillée l’existence d’un plan élaboré depuis de longues années par les États-Unis, à partir de l’avènement de Georges W. Bush, pour façonner tout le paysage politique du Moyen-Orient et même de l’Afrique du Nord (Il est ressuscité, n° 185 mars 2018, p. 15 et n° 188 juin 2018, p. 21). À partir d’une liste de pays sélectionnés du fait de leur attitude jugée trop indépendante au regard de leurs seuls intérêts, mais en méconnaissance complète des données géopolitiques de la région, les Américains ont méthodiquement préparé et exécuté des processus de déstabilisations et de renversements successifs de gouvernements en place. Si chaque processus a été adapté en fonction des spécificités de chacun des prétendus États “ voyous ”, tous ont été précédés et accompagnés de puissantes campagnes de manipulation de l’opinion publique et tous l’ont été au nom de la démocratie dont les États-Unis se sont proclamés, et pour le monde entier, les prophètes.

Mais c’était sans compter la Russie, qui, d’une analyse clairvoyante de la situation, a su contrer d’abord par la voie diplomatique puis par la force ce mouvement révolutionnaire capable de mettre le feu dans toute la région du Moyen-Orient, en Afrique et finalement au monde entier.

EN IRAK ET EN LIBYE.

En 2003, la Russie s’est opposée à l’invasion de l’Irak par les États-Unis. «  Dès l’origine, a expliqué Vladimir Poutine en 2007, je savais que l’invasion de l’Irak était une erreur et je l’ai dit publiquement.  » En effet, et ainsi qu’il a eu l’occasion de l’expliquer à plusieurs reprises, après le renversement de Saddam Hussein, les institutions de l’État irakien y compris l’armée ont été laissées en ruine. Et quel en a été le résultat  ? Des milliers de soldats et officiers du parti Baas se sont retrouvés à la rue du jour au lendemain et se sont regroupés au sein de ce qui deviendra l’État islamique, lequel propagera le chaos de l’Irak jusqu’en Libye en passant par la Syrie… Se fondant sur l’expérience passée de la Russie, Vladimir Poutine sait que l’effondrement, la destruction brutale des insti­tutions d’un État engendrent nécessairement le chaos, l’anarchie qui est la situation la plus redoutable pour une population livrée sans défense à la violence.

En 2011, même scénario en Libye où Français, Anglais et Américains se coalisent pour bombarder les forces régulières à la faveur d’une résolution de l’ONU, à dessein ambiguë, et renverser le régime de Mouammar Kadhafi. Résultat  : le pays plonge dans le chaos, aucun des coalisés n’ayant prévu quoi que ce soit pour pallier l’effondrement de l’État libyen. «  Apparemment, a souligné Vladimir Poutine devant le club Valdaï le 19 septembre 2013, ceux qui ont commis ces fameuses actions militaires en Libye étaient inspirés par de nobles motifs. Ils ont combattu pour la démocratie. Mais quel a été le résultat  ? Où est cette démocratie  ? Le pays est divisé en plusieurs parties administrées par différentes tribus. Tout le monde se bat contre tout le monde. Où est la démocratie  ? Ils ont tué l’ambassadeur américain. Est-ce que vous réalisez que c’est aussi le résultat de la politique actuelle  ? C’en est le résultat direct.  » Et le chef de l’État russe de conclure  : «  Nous devons réaliser qu’il y a probablement des pays et même des régions entières qui ne peuvent fonctionner selon les modèles de démocratie américaine et européenne. Il faut comprendre qu’il existe d’autres sociétés avec d’autres traditions.  »

EN SYRIE.

Trompée par les États-Unis et leurs alliés sur le but réel de leurs interventions militaires en Libye, la Russie va déployer tous ses efforts à propos de la Syrie qui, à son tour et selon le programme arrêté par les Américains, entre dans la tourmente des “ printemps arabes ”. Des émeutes éclatent le 15 mars 2011 dans la ville frontalière de Deraa puis à Homs. Le mouvement se radicalise et devient rapidement une rébellion armée contre le gouvernement de Bachar el-Assad.

Vladimir Poutine, lui, reste prudent, la situation du pays est complexe, mais il remarque que le conflit a tout de suite été alimenté de l’étranger. Les États-Unis avec leurs alliés européens, mais également avec l’Arabie saoudite, le Katar et la Turquie prennent aussitôt fait et cause pour la rébellion dont la plupart des composantes sont salafistes, voire en lien avec les mouvements terroristes Front al-Nosra et Al-Quaïda. Ils dénoncent la répression de la révolte par l’État syrien, rompent leurs relations diplomatiques et en appellent au départ de Bacher-el-Assad, départ en fait programmé depuis plusieurs années par les États-Unis, comme frère Jean-Duns le montre très bien dans son étude.

Vladimir Poutine les prévient que «  si nous essayons d’intervenir en faveur de l’une des parties au conflit, il sera difficile ensuite d’établir un équilibre dans le pays. Tout commencera à se désintégrer et ce sera l’effondrement. Difficile de faire autrement que de les forcer à rechercher un terrain d’entente, à passer entre eux des accords pour parvenir à un équilibre entre les intérêts en présence.  » (Entretien du 19 septembre 2013 devant le club Valdaï)

Sept jours après que le pape François a pris l’initiative d’organiser une immense veillée de prières place Saint-Pierre où 100 000 pèlerins sont accourus prier le chapelet pour la paix en Syrie, une première phase de la guerre dans ce pays s’achèvera le 14 sep­tembre 2013 avec la signature, à l’initiative de la Russie, d’un accord au terme duquel la Syrie acceptait de placer son stock d’armes chimiques sous contrôle international. En contrepartie les États-Unis renoncèrent à une frappe militaire. Accord providentiel pour la Syrie au moment où elle devait faire face sur son territoire à de nouveaux mouvements terroristes islamistes d’une violence inouïe  : le Front Al-Nosra et surtout le prétendu État islamique qui a pris naissance sur les décombres de l’État irakien.

Avec l’expérience de la Tchétchénie, Vladimir Poutine sait que cet “ État islamique ” veut «  établir un califat dont le territoire s’étendrait du Portugal au Pakistan  ». Les Américains et leurs alliés, quant à eux, vont prétendre combattre les mouvements islamistes durs sans pour autant renoncer à soutenir les rebelles “ modérés ” contre le gouvernement de Bachar el-Assad, son renversement demeurant la condition préalable, selon eux, à tout processus de règlement politique de la crise syrienne. Cette deuxième phase prendra fin le 28 septembre 2015, jour où Vladimir Poutine prononcera devant l’assemblée générale des Nations-Unies un discours magistral au cours duquel il stigmatisa la responsabilité accablante des États-Unis et de leurs alliés dans leur soutien à la fois passif et actif au développement d’un État islamique, qui après avoir créé une tête de pont en Syrie et en Irak, ne poursuit rien d’autre que son expansion dans d’autres régions pour dominer tout le monde islamique.

Vladimir Poutine propose alors de former une coalition entre les pays réellement déterminés à lutter contre l’État islamique. Et après une demande officielle d’une assistance militaire de la part des autorités syriennes, Vladimir Poutine ordonna le 30 septembre une intervention des forces russes sur le territoire syrien, car, a-t-il alors expliqué, «  il est impossible, sans opérations terrestres, de combattre avec succès le terrorisme en Syrie et il n’existe pas d’autres forces que l’armée gouvernementale de Syrie qui puisse conduire des opérations terrestres contre l’État islamique, le Front Al-Nosra et d’autres organisations terroristes. À cet égard, je considère que l’armée du président el-Assad et lui-même sont nos alliés naturels dans le combat contre le terrorisme.  »

Et il est indéniable que cette coopération militaire entre la Syrie et la Russie a porté ses fruits. D’abord, l’État islamique a été circonscrit et surtout Bachar el-Assad n’a pu être jusqu’à présent renversé, déjouant ainsi l’objectif principal que les Américains s’étaient fixé avant même le déclenchement des hostilités en Syrie. Pour autant la Russie a réussi à éviter toute confrontation directe avec ses “ partenaires ” américains et a su maintenir des relations diplomatiques très étroites avec toutes les parties prenantes au conflit même situées dans des camps opposés. «  Au Proche et au Moyen-Orient, Vladimir Poutine s’impose désormais comme un acteur et surtout un médiateur incontournable. Il a pris soin de nouer des relations avec des partenaires stratégiques dans la région, tout en gardant de bonnes relations avec Israël, où vivent plus d’un million de russophones. Outre la Syrie qui lui procure un port en Méditerranée, l’Iran est un allié de la Russie dans la lutte contre les extrémistes qui combattent le régime syrien […]. Avec la Turquie, les relations sont revenues à la normale après une crise grave […].

«  Le dernier “ coup de maître ” du Kremlin début octobre 2017 a été de faire venir le roi Salmane d’Arabie saoudite à Moscou, une première depuis que le pays existe […]. Ce grand allié des États-Unis s’est mis d’accord avec la Russie pour prolonger jusqu’à fin mars 2018 les coupes dans la production de brut décidées en novembre 2016 afin d’obtenir une stabilisation du marché du pétrole […]. Mais la coopération naissante entre ces nouveaux partenaires pourrait aller au-delà du seul secteur énergétique. Des pourparlers ont été engagés pour une coopération dans le domaine de l’armement, même si la Russie et l’Arabie saoudite sont dans des camps opposés en Syrie.  » (p. 192)

EN UKRAINE.

Si la Russie entend intensifier ses relations avec son étranger proche, elle a été contrée dans cette politique par les États-Unis en Géorgie et surtout en Ukraine.

«  L’épisode du conflit en Ukraine et du “ retour ” de la Crimée en Russie est sans doute ce qui, dans l’esprit de beaucoup de Russes, assoira pour longtemps leur gratitude envers Vladimir Poutine.  » (p. 162) Et Héléna Perroud de poursuivre en exposant les liens étroits et anciens qui unissent la Russie et l’Ukraine et qui plaident objectivement en faveur de leur rapprochement tant politique qu’économique.

Elle souligne l’attachement des Russes pour la Crimée, sans compter le port de Sébastopol qui abrite une partie de la marine russe et qui lui donne un accès à la mer Méditerranée.

Malheureusement, les relations entre les deux pays vont singulièrement se détériorer en 2004 avec l’élection de Viktor Iouchtchenko à la faveur de la révolution “ orange ”. Il mènera alors une politique étrangère très hostile vis-à-vis de la Russie, menaçant notamment de ne pas renouveler le bail de Sébastopol et refusant à plusieurs reprises de payer le gaz importé de Russie. Les tensions vont continuer à s’aggraver lors de la discussion d’un contrat d’association que l’Ukraine se voyait proposer par l’Union européenne, tandis que la Russie, bien que partie prenante, se voyait ostensiblement exclue de ces discussions. Et lorsque le président ukrainien Ianoukovitch décida en novembre 2013 de reporter la signature de cet accord, les tensions prirent un tour dramatique avec des manifestations insurrectionnelles place Maïdan qui aboutirent au renversement du chef de l’État ukrainien et son remplacement par un gouvernement illégal.

Héléna Perroud met très bien en lumière le rôle très actif des États-Unis dans la conduite de toute cette affaire. Elle se réfère tout d’abord à l’ouvrage de Zbignew Brezinski, Le Grand Échiquier paru en 1997 et dans lequel l’ancien conseiller de Jimmy Carter avait écrit quinze ans avant les événements  : «  Les États-Unis s’emploient à détacher de l’empire russe ce qu’on dénomme aujourd’hui à Moscou “ l’étranger proche ”, c’est-à-dire les États qui autour de la Fédération de Russie constituaient l’Union soviétique.  » Or le premier pays cité par l’intéressé n’était autre que l’Ukraine «  essentielle avec ses cinquante-deux millions d’habitants et dont le renforcement de l’indépendance rejetterait la Russie à l’extrême Est de l’Europe et la condamnerait à n’être plus, à l’avenir, qu’une puissance régionale…  »

L’implication directe des États-Unis est encore plus visible avec le rôle joué par Victoria Nuland, responsable des relations avec l’Europe au sein du secrétariat d’État américain. Elle révéla, le 16 décembre 2013, que les États-Unis avaient investi près de cinq milliards de dollars pour aider l’Ukraine à «  réaliser ses aspirations européennes  ».

Quelle fut la réponse de Vladimir Poutine et de la Russie  ? D’abord une magistrale leçon politique. La décision d’adhérer à l’accord d’agrément proposé par l’Union européenne ou à l’Union eurasienne proposée par la Russie dépend de l’Ukraine et de l’Ukraine seule, et en particulier de son chef d’État légitime. Mais les Américains et leurs alliés ont décidé de soutenir un parti au sein de l’Ukraine au lieu d’aider le pays à résoudre par lui-même ses problèmes internes et ce faisant ils n’ont fait qu’exacerber la division du pays entre les pro-Européens et les pro-Russes alors qu’il ne devrait y avoir qu’un seul parti en Ukraine  : le parti pro-Ukraine. Résultat  : «  Les différents groupes politiques et même les différents groupes au sein de la population ont perdu confiance les uns envers les autres. En procédant de cette manière, vous avez commencé à détruire l’Ukraine, en portant atteinte à son intégrité territoriale et à sa souveraineté.  »

Ensuite, profitant en quelque sorte de la vacance du pouvoir à la suite de la destitution illégale du Président Ianoukovitch et en raison du danger de représailles à l’encontre des populations russophones de Crimée. Vladimir Poutine accéda à la demande des autorités de Simféropol d’accueillir leur territoire comme nouveau sujet de la Fédération de Russie. Ce fut un magnifique coup de force… diplomatique conduit personnellement par Vladimir Poutine et qu’on ose à peine qualifier de “ militaire ”. En effet, il n’y eut aucune invasion extérieure de la péninsule par les forces armées russes et les 20 000 soldats ukrainiens furent neutralisés sans que la moindre victime fût à déplorer. «  C’est un fait abondamment relevé et commenté  : la cote de popularité du président russe a atteint des sommets après le 18 mars 2014, date officielle du rattachement de la Crimée à la Fédération.  » (p. 162)

Mais les représailles redoutées en Crimée contre les populations russophones eurent hélas lieu dans la partie Est de l’Ukraine, notamment dans la région d’Odessa, déclenchant aussitôt un soulèvement des régions du Donbass et plongeant le pays dans ce qu’il faut bien appeler une véritable guerre civile. Vladimir Poutine qui, dès l’année 2007, prévenait la réalisation d’un pareil scénario auquel conduisait tout droit l’attitude de ses partenaires occidentaux qui attisaient la division au sein de la population, fut, paradoxalement accusé d’être à l’origine de cette guerre civile. Mais c’est encore lui qui garde l’initiative et qui va forcer toutes les parties à se réunir autour d’une table pour se mettre d’accord sur le schéma de sortie de crise. Ce seront les accords de Minsk 2 signés le 12 février 2015 par les autorités de Kiev, les représentants des Républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk et de la Russie.

Ces accords entérinent des compromis de part et d’autre, en particulier le principe d’une réforme constitutionnelle en vue d’une décentralisation et d’un statut spécial en faveur des régions du Donbass. Jusqu’à présent ces accords n’ont été que très partiellement appliqués du seul fait de Kiev qui fait barrage sur chaque paragraphe. Il n’en demeure pas moins que, même encore aujourd’hui, ils constituent la seule voie réaliste d’un règlement du conflit pour une Ukraine ruinée et qui s’est révélée jusqu’à présent impuissante à vivre son autonomie, ainsi que le prévoyait l’abbé de Nantes en 1982 (cf. CRC n° 124, décembre 1982, p. 5).

En attendant, et depuis l’année 2014, les États-Unis ont imposé à l’Union européenne et d’autres pays de l’OCDE la mise en place contre la Russie d’une série de sanctions économiques obligeant la Russie à adopter la même stratégie. Ces sanctions, au regard du but affiché à savoir le règlement de la crise en Ukraine, ont fait la preuve depuis quatre années de leur parfaite inefficacité et n’ont eu jusqu’à présent que pour seul effet de sanctionner les économies nationales de ceux qui les ont infligées, à commencer par celle de la France.

VERS LA GUERRE  ?

C’est finalement la question que l’on est en droit de se poser à la fin de cette étude  : qui veut la guerre et contre qui  ?

Il faut rappeler que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a été fondée en 1949, en pleine guerre froide, entre les États-Unis, le Canada et dix pays d’Europe de l’Ouest dont la France. Les ont ensuite rejoints la Grèce et la Turquie en 1952, puis l’Allemagne de l’Ouest en 1955 et l’Espagne en 1982. Fondée sur le principe d’une défense collective, son but était de contrer une éventuelle attaque de l’URSS et de ses satellites d’Europe de l’Est regroupés au sein du pacte de Varsovie signé, lui, le 14 mai 1955. Et l’URSS voulait cette guerre comme l’abbé de Nantes n’a eu de cesse de nous en prévenir pour que nous nous y préparions.

Le 9 février 1990, donc moins de deux ans avant la dissolution de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev donna son accord pour que l’Allemagne bientôt réunifiée puisse adhérer à l’OTAN. En contrepartie, les États-Unis prirent l’engagement de ce que l’Alliance atlantique ne s’étendrait plus vers l’Est. Mais après la disparition de l’Union soviétique à la fin de l’année 1991 et la dissolution du Pacte qui l’a précédée de quelques mois, il était possible de penser qu’il en serait de même avec l’OTAN.

Or ce fut tout le contraire avec l’élargissement de cette organisation à la République tchèque, à la Pologne et à la Hongrie en 1999. La même année, c’est le drame du Kosovo dont la Serbie se voit dépouillée par les États-Unis et les pays de l’OTAN à l’issue de soixante-dix-huit jours de bombardements intensifs. Cette affaire fut vécue comme un drame par la Russie en pleine déliquescence, la diplomatie et l’armée s’étant révélées impuissantes à se porter au secours de ce pays frère orthodoxe.

Mais les États-Unis se s’en tinrent pas là. «  Apparemment, explique Vladimir Poutine, nos partenaires ont eu l’impression qu’il était impossible pour notre pays, dans un avenir prévisible, de relancer son économie, son industrie de défense et ses forces armées à des niveaux les rendant capables de soutenir le potentiel stratégique nécessaire. Et si tel est le cas, il est inutile de tenir compte de l’opinion de la Russie, il est nécessaire de poursuivre l’ultime avantage militaire unilatéral afin de dicter les termes à l’avenir, dans tous les domaines.  » (Discours de l’Assemblée fédérale du 1er mars 2018)

Ainsi en 2000 les États-Unis ont-ils annoncé leur intention de se retirer du traité dit ABM qu’ils avaient signé le 26 mai 1972 avec l’URSS et au terme duquel chaque partie s’engageait à ne pas déployer un système de défense antimissile sur leurs territoires respectifs et sur aucun autre lieu de la planète à l’exception d’une zone que chaque partie pouvait choisir  : soit autour de sa capitale (option que choisira l’URSS) soit autour d’un site de lancement de missiles (option en faveur de laquelle opteront les États-Unis). Ce traité était considéré comme la clef de voûte de l’équilibre nucléaire entre les États-Unis et la Russie «  car le nombre limité de systèmes de défense antimissile balistique rendait l’agresseur potentiel vulnérable à une riposte  » (ibid.).

Le retrait des États-Unis sera effectif en 2002 malgré les protestations de la Russie prête néanmoins à toutes les discussions, à tous les arrangements. Mais Vladimir Poutine annonça en 2004, lors d’une réunion avec la presse, à l’issue d’exercices des forces nucléaires stratégiques  :

«  Je suis ravi de vous informer que les expérimentations réussies au cours de ces exercices nous permettent de confirmer que les forces armées russes recevront prochainement de nouveaux systèmes d’armes à haute vitesse hypersonique et à haute précision capables de frapper des cibles à des distances intercontinentales et pouvant ajuster leur altitude et leur trajectoire pendant qu’ils voyagent. C’est une déclaration très importante, car aucun pays dans le monde n’a à ce jour de telles armes dans son arsenal militaire.  »

Cette annonce, apparemment, n’incita en rien les États-Unis à changer leurs plans. Ils annoncèrent l’installation en Europe, notamment sur le territoire polonais, d’un bouclier antimissile, sous l’égide de l’OTAN dont ils poursuivaient l’élargissement avec l’intégration de la Bulgarie, des trois Pays baltes, de la Roumanie, de la Slovaquie, de la Slovénie en 2004 et même de l’Albanie et de la Croatie en 2009.

C’est dans ce contexte que Vladimir Poutine prononça un discours magistral le 13 février 2007 lors de la Conférence internationale sur la sécurité à Munich et au cours duquel il dénonça un monde unipolaire, avec «  un seul centre de pouvoir, un seul centre de force et un seul centre de décision  », c’est-à-dire les États-Unis, et qui se traduit dans les relations internationales par une insécurité générale et ce dans tous les domaines, que ce soit au niveau juridique, économique, politique et même militaire, toutes les affaires, tous les problèmes qui se posent dans le monde ayant tendance à être réglés «  en s’inspirant de ce qu’on appelle, l’opportunité politique, fondée sur la conjoncture politique  ».

Pour ce qui est de l’élargissement de l’OTAN qui ne saurait, selon le chef d’État russe, se substituer à la Charte des Nations-Unies, «  unique mécanisme d’adoption de décision sur l’emploi de la force en tant que dernier recours  », il est évident qu’il «  n’a rien à voir avec la modernisation de l’Alliance, ni avec la sécurité en Europe. Au contraire c’est un facteur représentant une provocation sérieuse et abaissant le niveau de la confiance mutuelle. Nous sommes en droit de demander ouvertement contre qui cet élargissement est opéré.  » Et Vladimir Poutine de s’inquiéter des projets prévoyant le déploiement en Europe d’éléments du système de défense antimissiles.

Le discours de Munich fut un coup de tonnerre dans le ciel bleu de la diplomatie américaine, persuadée jusqu’alors de l’avoir définitivement emporté sur l’adversaire irréductible d’hier d’une guerre froide révolue. Ce discours fut d’autant plus remarquable que les États-Unis, visés au premier chef, y sont peu nommés. Ils n’en poursuivent pas moins leur politique d’encerclement de la Russie tandis que les ingénieurs russes de l’armement continuent à travailler avec acharnement…

En 2010, la Russie et les États-Unis signèrent un nouveau traité START visant la réduction et la limitation des armes offensives stratégiques. «  Cependant, fait remarquer Vladimir Poutine, à la lumière des projets de construction d’un système mondial de missiles antibalistiques, qui sont toujours en cours aujourd’hui, tous les accords signés dans le cadre du nouveau START commencent à être progressivement dévalués, car pendant que le nombre de vecteurs porteurs et d’armes se réduit, l’une des parties, à savoir les États-Unis, s’autorise une croissance constante et incontrôlée du nombre de missiles antibalistiques, améliore leur qualité et crée de nouvelles zones de lancement de missiles. Si nous ne faisons rien, cela aboutira finalement à la dévaluation complète du potentiel nucléaire de la Russie. Cela signifie que tous nos missiles pourraient tout simplement être interceptés.  »

Les États-Unis se refusant à écouter les pro­testations de la Russie, mais surtout toutes ses propositions d’arrangement dans le domaine de la stabilité, de l’équilibre des forces stratégiques, ont continué à mettre en place des systèmes de défense antimissiles en Alaska, en Californie. Et à la suite de l’expansion de l’OTAN, deux nouvelles zones de défense antimissiles  : une en Roumanie et une autre en Pologne presque sur le point d’être achevée en 2018. Sans compter celles créées également au Japon et en Corée du Sud, les cinq croiseurs et les trente destroyers, intégrés au système mondial américain de défense antimissile.

Le 1er mars 2018, Vladimir Poutine annonça à l’Assemblée fédérale et au monde entier le développement et la mise en service ou sur le point de l’être de toute une série de nouveaux systèmes d’armes stratégiques qui rendent inefficaces les mesures prises contre la Russie telles que le déploiement de défenses antimissiles et le rapprochement de ses frontières des infrastructures de l’OTAN. «  Nous ne menaçons personne, nous n’attaquerons personne et nous ne saisirons rien de qui que ce soit sous la menace des armes. Nous n’avons besoin de rien. C’est exactement le contraire. J’estime nécessaire de souligner (et c’est très important) que la puissance militaire croissante de la Russie est une garantie solide de la paix mondiale, car cette puissance préserve et maintiendra la parité stratégique et l’équilibre des forces dans le monde, qui, comme on le sait, a été et reste un facteur clef de la sécurité internationale après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’à nos jours.  »

VERS LA CONVERSION DE LA RUSSIE  ?

Notre premier mouvement est celui d’admirer cette entente, cette unité qui règne entre Vladimir Poutine et son peuple et qui explique la “ facilité ” avec laquelle il a pu prendre avec une liberté souveraine toute une série de décisions pour sauver la Russie, assurer son développement et sa prospérité et la défendre contre ses ennemis tant de l’intérieur que de l’extérieur. Autant de signalés services rendus à son pays et à son peuple qui ont fondé et fondent encore aujourd’hui la légitimité naturelle de Vladimir Poutine à gouverner la Russie.

Mais quel est le crime impardonnable qui rend Vladimir Poutine et le peuple russe odieux aux yeux du monde “ libre ”  :

Tout simplement d’être Russes avant d’être démocrates, et mettre en pratique en tout ce qu’ils font ce principe de nationalisme russe.

Mais on est quand même surpris par la faiblesse pour ne pas dire l’absence de doctrine de la part de Vladimir Poutine. Il se rend bien compte que l’effondrement politique de l’Union soviétique s’est accompagné d’un rejet des slogans communistes. La société russe a alors perdu ses “ guides moraux ” qui n’ont pas été remplacés.

Certes, l’orthodoxie connaît un grand succès en Russie, mais cette confession schismatique ne reçoit des sacrements qu’une grâce “ liée ” qui ne peut porter les fruits d’un nationalisme catholique qui manque aujourd’hui cruellement à Vladimir Poutine et à la Russie et qui conduirait le premier à défaire définitivement de la seconde les institutions laïques et démocratiques dont il a pu contrecarrer jusqu’à présent le venin, mais qui existent toujours.

Mais il faut d’abord que la Russie se convertisse, c’est-à-dire qu’elle revienne de son schisme. Et cela dépend exclusivement du Pape. Lorsque le Saint-Père daignera consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie, elle se convertira. «  Ce sera prodigieux, écrit notre Père, la Russie par son étonnante conversion sera un objet de stupéfaction et un instrument de salut pour tous les autres peuples, tombés dans l’anarchie, l’immoralité, l’apostasie.  » Et alors le monde connaîtra un temps de paix car la Russie convertie sera médiatrice de paix mondiale «  car, explique notre Père, la Russie convertie évangélisera le monde entier  ».

frère Pierre-Julien de la Divine Marie.

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