La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 189 – Septembre 2018

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


L’AVÈNEMENT
DU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE

Commentaire de l’Oratorio de frère Henry de la Croix
par frère Bruno de Jésus-Marie.

EN 2016, nous avons chanté le “ Mystère du Cœur Immaculé de Marie, depuis les origines ”, c’est-à-dire avant que le monde soit. C’était le premier volet d’un ensemble indéterminé, parce que son histoire n’est pas achevée. Il faut dire qu’elle se déroule dans l’éternité  : «  Nous allons méditer, savourer et chanter les secrets du Cœur Immaculé de Marie qui fait les délices de la Sainte Trinité  !  » (Il est ressuscité n° 167, septembre 2016, p. 5)

«  L’objectif de ce camp demeure donc de faire entrer dans nos têtes et dans nos cœurs cette dévotion que notre Dieu veut établir dans le monde, et d’en comprendre le dessein orthodromique, c’est-à-dire historique, d’entrer dans les vues du Bon Dieu…  »

En 2016, nos bons anges nous ont enseigné que le Bon Dieu «  a, depuis toujours, le désir de faire connaître et aimer le Cœur Immaculé de Marie  », et que dans ce but Il usera de pédagogie afin de nous faire entrer peu à peu dans ce mystère de l’Amour de Dieu pour une créature, unique entre toutes.

Pour nous en convaincre, les anges ont chanté un abrégé des grandeurs de Marie, tiré des saintes Écritures, et toute la suite de ce premier volet démontre que partout dans les Écritures notre Reine bien-aimée est représentée sous forme de figures.

On se souvient de la formule “ délirante ” de saint Jean Eudes dans une comparaison audacieuse, tellement vraie, d’un Époux passionné qui prend son divertissement à écrire le Nom de sa bien-aimée partout où il se trouve… jusque dans sa propre chair  !

Tout au long de l’Histoire sainte, nous voyons grandir cette attente du peuple élu, d’un salut annoncé dès la Genèse «  par la semence d’une Femme  ».

La naissance de la Santissima Bambina répond à cette attente angoissée d’un petit nombre…

Cette année, mes amis, nous reprenons la suite, avec le concours de nos mêmes anges (qui n’ont presque pas vieilli en deux millénaires  !) mais qui, cette fois-ci, n’évolueront pas dans le Ciel, mais sur la terre pour chanter les œuvres du Cœur Immaculé de Marie à travers l’histoire de l’Église. C’est pour cela qu’à la place du décor qui figurait le Ciel, une évocation d’un chœur d’église rappellera qu’après l’avènement de Jésus-Christ, et par conséquent de sa Bienheureuse Mère, toute l’histoire tourne autour d’Elle, et de l’Église dont elle est la personnification.

Cette année, nos anges évolueront dans le chœur d’une chapelle pour chanter les œuvres du Cœur Immaculé de Marie à travers l’histoire de l’Église.

Ainsi, ce deuxième volet de L’avènement du Cœur Immaculé de Marie met en scène le même plan divin, orthodromique, qui s’accomplit et touche enfin à son plein accomplissement, envers et contre toutes les résistances ténébreuses. Depuis les prétendus philosophes des “ lumières ”, jusqu’aux modernistes, en passant par Lamennais, sources de tous nos maux présents. Nos anges déploreront ce Mystère d’iniquité, mais à la fin, nous le savons et c’est toute notre espérance, le Cœur Immaculé de Marie, venu en Personne apporter lumière et remède, triomphera. Il n’est, pour nous, que de rester fidèles et de “ tenir ” comme nous en obtiendra la grâce demandée par la merveilleuse prière composée par notre frère Henry.

LE PROLOGUE

Le Prologue de l’oratorio est une invitation à la confiance en Dieu et en sa Divine Mère dont les marques de bienveillance, et même de prédilection, remplissent notre histoire de France moderne. Depuis la naissance miraculeuse de Louis XIV, jusqu’au relèvement, non moins miraculeux, de la Russie pour empêcher la guerre  !

Un prélude aux instruments, en Ré mineur, grave et majestueux, aux cordes et orgue, bientôt rehaussé par les entrées des bois, puis des cuivres, aboutit, après une suite de modulations expressives, au ton principal de Fa majeur pour l’entrée des voix successives d’une polyphonie à six voix nous invitant à nous approcher «  avec confiance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus en temps opportun  ».

«  Adeamus cum fiducia ad thronum gratiæ ut misericordiam consequamur, et gratiam inveniamus in auxilio opportuno.  »

Soutenue par les instruments qui interviennent par “ familles ”  : cordes, cuivres, bois, «  Adeamus cum fiducia, approchons-nous avec confiance du trône de la grâce  » qui est le Cœur Immaculé de Marie.

Ce verset, tiré de l’Épître aux Hébreux (4, 16), est l’Introït de la messe du Cœur Immaculé de Marie. Il fait inclusion avec la vision de Tuy, sur laquelle s’achèvera cet oratorio, où grâce et miséricorde coulent comme deux filets d’eau cristalline sous le bras gauche de la Croix en dessinant de grandes lettres qui forment ces deux mots  : «  Grâce et Miséricorde.  »

Cet Introït exprime et inspire la confiance par le charme de la musique de frère Henry  : «  Approchons-nous avec confiance du trône de la grâce  », avec une nuance de majesté sur «  ad thronum gratiæ  », et de contrition ou componction pour «  ut miseri­cordiam consequamur  » avec ses Ré-mi bémols déchirants  ; et cependant l’assurance «  de trouver grâce  », «  et gratiam inveniamus  », tandis que la reprise après le point d’orgue est plus large et liée, paisible «  in auxilio opportuno  » répété indéfiniment dans un grand élan de confiance filiale. C’est magnifique  !

«  Pour être secourus en temps opportun  », c’est-à-dire pendant les quelques jours de ce camp. «  Le temps opportun  »… c’est maintenant. Ne le laissons pas échapper  !

SCÈNE 1
SOURCE ET VIE DE L’ÉGLISE

Les raisons d’ «  approcher avec confiance du trône de la grâce  » nous ont été données dans le premier volet de ce mystère du Cœur Immaculé de Marie, joué il y a deux ans. Un groupe d’anges chantait les louanges de ce Cœur Immaculé, annonçant que le dessein de Dieu était de le faire connaître et aimer, de toute éternité.

Cette année, nous chantons la mise en œuvre historique de ce dessein divin. Le Bon Dieu suit son plan “ orthodromique ”, dans une succession de merveilles, de “ niphlaôt ” accomplis en faveur du Cœur Immaculé de Marie dans l’histoire de l’Église, où la progression du culte marial, voulu par Dieu, honni par le clergé conciliaire, qualifié de “ cancer ” par le Père Congar, est irrésistible  !

Un prélude instrumental concertant, joyeux et léger, ouvre la première scène, introduisant le chœur des anges qui s’adresse à nous, comme en 2016  : «  Ô vous tous, serviteurs et enfants de Marie, à qui fut révélé le grand dessein de Dieu préparé dans l’antique Alliance. Avez-vous bien scruté les Écritures  ?  » Qui l’annonçaient depuis la promesse faite par Dieu à nos premiers parents jusqu’à la naissance de Marie, accomplissement de cette promesse.

«   Avez-vous bien compris la leçon de l’histoire  ?  » Qui a suivi cette naissance, jusqu’à l’Assomption de Marie dans le Ciel, et à sa descente sur la terre en nos temps qui sont les derniers.

Sans attendre la réponse, le chant des anges continue joyeusement, et rivalise d’acrobaties avec le premier violon, pour revenir sur un ton plus modéré à l’évocation «  des derniers temps  »  :

«  Voyez maintenant comment notre Dieu s’est plu à mettre en œuvre ce dessein tout au long de la vie de l’Église, et à le rendre plus clair à l’approche des derniers temps  » par des prophéties et manifestations divines.

En effet, «  après avoir été élevée dans la gloire du Ciel, au jour de son Assomption, la Bienheureuse Vierge Marie n’a cessé de revenir pour faire du bien sur la terre.  » La mélodie monte avec la Sainte Vierge, les violons imitent, joyeux, le chant, jusqu’à ce que la mélodie retombe «  sur la terre  ».

Commence alors une énumération des œuvres de la Sainte Vierge à travers les siècles, non pas exhaustive, mais orthodromique, c’est-à-dire balisant le chemin. Marie y apparaît la cheville ouvrière de toutes les œuvres de Dieu  :

«  C’est elle qui soutient les martyrs et leur donne la palme dans leurs rudes combats  », comme il était dit de la Sagesse dans l’Ancien Testament (Sg 10, 12). Mais dans le Nouveau, Marie est la Médiatrice de cette force divine pour assister les innombrables et admirables martyrs des premiers siècles de l’Église  : saintes Philomène, Lucie, Agnès, Cécile, Anastasie, etc.

«  C’est elle qui fonde les nations, elle règne dans tous les peuples  », comme il est encore annoncé dans l’Ancien Testament (Si 24, 6) et accompli dans le Nouveau où nous voyons le culte marial présider à la formation des civilisations et des nations chrétiennes, en faisant de toute femme l’enfant et l’image de Marie.

«  C’est par elle que règnent les rois et gouvernent les princes.  » (Pr 8, 15)

«  Partout en son honneur…  » changement de tempo, à trois temps, pour évoquer les grands sanctuaires et pèlerinages anciens voués à la Sainte Vierge au sein de la Chrétienté,

«  … s’élèvent des sanctuaires… Chartres, Jérusalem, Saragosse, Rome, Rocamadour, Kiev, Lorette…  » et combien d’autres  !

«  Gardienne des âmes fidèles  », changement passager de ton avec les couleurs tendres et chaudes des tons en bémol pour évoquer la douceur de la vie du cloître et de la vie consacrée,

«  … source des vertus et des joies de la vie religieuse, paix secrète des cloîtres  », selon les paroles de la Page mystique de notre Père (n° 14), inspirées de la dévotion de saint Bernard et des cisterciens évoquée par une allusion au grand Salve Regina à l’orgue.

Un nouveau motif fait son apparition, à la basse, une sorte de marche un peu lourde, pas trop  ! à trois temps  : «  Elle marche sur les flots de la mer et, avec ses enfants, elle pose le pied sur toute terre pour y faire lever la lumière sans déclin.  » (Si 24, 6) Ce sont les grands élans missionnaires, qui remplissent des livres y compris dans nos propres études parues dans la CRC  ! et chantés dans nos oratorios  ! Évoqués par quelques mesures de La Guadalupana; le chœur lance «  Ô Vierge missionnaire  », comme une oraison jaillissante pleine d’admiration.

«  Partout où elle s’établit, dit encore de la Sagesse l’Ecclésiastique, elle exerce son pouvoir  » (Si 24, 10-11), chanté à trois voix enlevées, par les anges enthousiastes des bienfaits de la colonisation qui accompagne la mission. Pas de doute, dans toute cette œuvre civilisatrice, c’est l’Immaculée Conception qui agit, déjà annoncée dans l’Ancien Testament.

Un chœur chante à l’unisson une nouvelle citation de l’éloge de la Sagesse  : «  Celui qui lui obéit n’aura pas à en rougir, et ceux qui œuvrent par elle ne pécheront pas.  » (Si 24, 22)

Enfin, ceux qui ont une certaine culture musicale reconnaîtront l’influence de la poétesse du Hoggar, Dassine, avec la même actrice devenue ange  ! chantant l’épopée glorieuse des Croisades  : «  C’est ainsi qu’elle délivra la Chrétienté de la menace des TurcsEn Terre sainte, en Espagne, à Lépante…  » que de gloires  ! racontées trop brièvement et sobrement.

Un chœur conclut en latin cette partie  : «  O Virgo Sacrata, da mihi virtutem contra hostes tuos. Ô Vierge Sainte, donnez-moi la force contre vos ennemis  !  » et «  C’est pourquoi les hérétiques ont eu tort de s’attaquer à son culte.  » Ce fut leur perte  ! Nestorius fut défait au seul cri d’acclamation de la Théotokos au concile d’Éphèse, en 431. Le chœur entonne  : «  Glorieuse Reine de la Chrétienté  !  » sur un air bien connu à Fatima. Avec la proclamation de “ Marie Mère de Dieu ”, Théotokos, toutes discussions sont closes (cf. Les grandes crises de l’Église, t. VII, 1975).

«  Et les Albigeois, au treizième siècle, sont exterminés par le Rosaire béni qu’elle donne pour arme à saint Dominique. Car c’est d’elle qu’il est dit…  » Cette fois-ci un chœur joyeux en imitation chante ce texte merveilleux, concertant avec les jeux brillants de l’orgue  : «  Gaude, María Virgo, quæ cunctas hæreses sola interemisti in universo mundo. Réjouissez-vous, Vierge Marie, vous seule, vous avez écrasé toutes les hérésies dans le monde entier.  »

Enfin les anges concluent cette première scène si riche, en reprenant la musique du début  : «  Voilà donc le livre des merveilles du Tout-Puissant, qui annonce le renouvellement de son alliance dans le Cœur Immaculé de Marie.  » Rappelant le grand dessein de Dieu annoncé au début, et son désir de «  la mettre partout et au-dessus de tout  ».

La nouveauté, bien expliquée par notre Père, est que Dieu se choisit une nation pour faire connaître et comprendre ce dessein sur le monde entier  : la France, fille aînée de l’Église, appelée à une vocation exceptionnelle.

Tout ce dernier passage, joyeux, s’achève sur une note solennelle et suspensive, annonçant la scène suivante.

SCÈNE 2
LA VOCATION MARIALE DE LA FRANCE

Contemplez le beau jardin de France où fleurissent partout des pèlerinages à Notre-Dame   !

Beau titre, belle vocation, qui résument les enseignements de notre bienheureux Père.

Nous allons nous attacher à l’histoire de France où abondent les chapelles, en témoignage des manifestations ou apparitions de la Sainte Vierge, où elle a montré sa bienveillance maternelle.

Il n’y a qu’à sillonner les routes de France, à vélo par exemple, pour constater qu’elle est partout. Chaque région a ses pèlerinages, chaque pèlerinage a son histoire. Il faut venir de l’étranger pour y prendre garde, tellement les Français sont devenus eux-mêmes étrangers à leur histoire sainte, m’a fait remarquer un Canadien.

La scène s’ouvre sur une sentence tirée du discours de la Sagesse personnifiée (Si 24, 8), un peu adaptée  : «  Régnez en France. Dans la tribu de Juda de la Nouvelle Alliance, recevez votre héritage.  » Sur fond de violons arpégés, avec un jeu effleuré aux premiers violons, afin de créer un caractère mystérieux  ; tandis que les autres parties complètent discrètement l’harmonie, les hommes chantent à l’unisson en valeurs longues, solennelles, en duo avec le tuba.

Les femmes, à deux voix, prennent la suite, dans un duo alerte et joyeux  : «  J’ai poussé mes racines au sein d’un peuple plein de gloire.  » (Si 24, 12 a) Dans la bouche de la Sainte Vierge, cette parole annonce qu’elle fait de la France sa demeure privilégiée. Heureux commencement  !

Nos anges reprennent la parole dans un duo enjoué se répondant les uns aux autres  : «  Notre- Seigneur a voulu que la France soit le Royaume de Marie.  » Le chœur, admiratif, approuve  : «  La Fille aînée de l’Église  !  » Les anges continuent  : «  Le plus beau royaume qui soit sous le Ciel  !  » Et pourquoi donc  ? «  Car le Cœur de Jésus veut que, par sa Mère, cette nation lui soit consacrée afin d’en faire l’instrument de son Règne.  »

C’est bien pour cela que les Papes l’ont appelée «  la tribu de Juda de la Nouvelle Alliance  ». Parce que c’était le rôle de cette tribu en Israël, entre les douze tribus.

Changement de tempo (en 3 / 8), de climat, de caractère, de ton. Le chœur et les anges vont entonner une litanie, une énumération prodigieuse des pèle­rinages consacrés à Notre-Dame en France sans pourtant épuiser le sujet  ! «  Des falaises du Nord aux plages du Midi, de la rive du Rhin jusqu’au vaste océan en glissant au pied des montagnes.  » Autrement dit, dans toute la France. «  Contemplez le beau jardin de France  !  » Qu’y a semé le Bon Dieu  ? Qu’y voit-on pousser et fleurir  ? Des pèlerinages à Notre-Dame.

Tandis que les anges entreprennent de célébrer les fruits merveilleux de la dévotion à la Sainte Vierge au «  beau jardin de France  », dans un rappel poétique des innombrables sanctuaires qui lui sont consacrés, le grand chœur ponctue chacune des phrases des anges par les noms des plus renommés sanctuaires comme autant d’oraisons jaillissantes  :

«  Admirez ce parterre fleuri de dévotion à la Vierge… Notre-Dame Marie  ! Notre-Dame de Chartres  !

«  Vous y trouverez les origines obscures d’une prédilection certaine… Notre-Dame du Puy  !

«  Nés du prodige et du miracle, tant de sanctuaires ont surgi de la terre… Notre-Dame de Boulogne  !

«  Et par de soudains secours et de soudaines grâces… Notre-Dame de Rocamadour  !

«  Par les dons répétés du cœur, de la bourse et des bras Notre-Dame de Liesse, de Verdun  ! de Benoîte-Vaux, de Clairvaux  !

«  Par la piété des rois, par la ferveur du peuple de Reims, Notre-Dame de Paris  !

«  Notre-Dame Marie cultive son domaine.  »

Et pour finir  : «  Notre-Dame de partout  ! Notre-Dame de France  !  » chanté par le chœur et tous les instruments en grand triomphe.

L’histoire sainte et mariale continue. «  Par de nombreux miracles, elle manifeste sa sollicitude pour ce Royaume attaqué de toutes parts.  » La musique reste discrète pour ne pas brouiller le texte, mais marque tout de même le drame en se durcissant à propos des maux dont la France est assaillie  : «  Contre les maux, les famines et les pestes (plus dur), invasions étrangèresinvasions hérétiques (encore plus dur), Anglais, Germainsprotestants, huguenots…  » Là, les violons se déchaînent  ! «  Et quand la France se retrouva dans la confusion des partis et des sectes  : jansénistes, rationalistes, quiétistes, laxistes et autres folies…  » Nous sommes au dix-septième siècle. Les anges réunis chantent, solennels, et on sent que c’est grave  : «  L’Heure de Dieu sonna  », marquée par les cuivres. La musique se fait menaçante, sombre, inquiétante. Les anges chantent en deux groupes  : «  La froide vieillesse du monde, emprunté à une parole de saint Jean à sainte Gertrude, annonce l’entrée dans les derniers temps.  »

La Vierge Marie, par qui Jésus est venu au monde comme aimait à le rappeler saint Louis-Marie Grignion de Montfort, «  prépare les esprits à la seconde venue de son Divin Fils  », sur fond de bois. C’est le grand dessein de Dieu qui continue à se mettre en place malgré la mauvaise volonté des hommes.

«  Et Dieu se forma un roi selon son Cœur.  » Comme dans l’Ancien Testament le roi David. Les cordes soutiennent le chant avec chaleur.

Étonnement et admiration des anges  : «  L’enfant du miracle, Louis Dieudonné, naquit.  »

Le chœur s’exclame  : «  Louis XIV  !  »

Les anges continuent avec enthousiasme  : «  Les Saints Cœurs de Jésus et Marie ont sur lui de grands desseins.  »

«  Des desseins de miséricorde déjà préparés par de nombreuses âmes  : les saintes Gertrude et Mechtilde  », les privi­légiées du Sacré-Cœur de Jésus, «  … les François de Sales et Jean Eudes…  »

La naissance miraculeuse de Louis XIV va inciter Louis XIII à prononcer, en action de grâces, une consécration de sa personne, de sa famille, de son royaume et ses sujets à la Bienheureuse Vierge Marie souveraine de France. Acte d’une importance capitale que la Sainte Vierge ne peut pas oublier  !

Enfin, une dernière petite phrase, apparemment anodine, nous introduit dans le drame  : «  Tandis qu’au Laus, multipliant ses bienfaits, Notre-Dame demande de prier pour le roi de France.  »

Les violons, qui ont célébré «  la Bienheureuse Vierge Marie, Souveraine de France  », se taisent, le ton change, la petite phrase énigmatique achève la scène sur une 1/ 2 cadence. Pourquoi donc la Sainte Vierge demande-t-elle avec tant d’insistance de prier pour le roi, en ces années 1684-1709  ? Pour le protéger de ses nombreux ennemis, comme elle le dit à Benoîte  : «  S’il venait à mourir, ce serait un grand malheur pour la France.  »

Or, c’est le moment où le Sacré-Cœur se manifeste à sainte Marguerite-Marie, lui laissant des communications à l’adresse de Louis XIV. Il avait besoin de beaucoup de prières pour répondre fidèlement aux demandes du Sacré-Cœur…

SCÈNE 3
LE SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS

La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie était déjà bien connue et répandue en France au dix-septième siècle, surtout par saint Jean Eudes. Elle suscitait déjà des oppositions et des persécutions, mais avec sainte Marguerite-Marie, le Sacré-Cœur entre en scène, pour demander un culte public, et intervenir dans nos affaires temporelles. Il demande des actes précis en retour de quoi il promet des merveilles. Il suffit d’obéir. Alors, vont se déchaîner les passions… de ceux qui ne veulent pas obéir.

Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes. Venez, adorons-le   !

Sœur Marguerite-Marie est seule sur scène, tenant en main son dessin du Sacré-Cœur, et rappelant les divines demandes sous la forme d’un Invitatoire solennel, imité de celui qui ouvre les matines de notre liturgie monastique, pour nous inviter à nous réjouir dans le Seigneur, au souvenir des merveilles accomplies par Dieu en faveur de son peuple, malgré l’ingratitude de ce dernier. La transposition avec l’ingratitude de «  la tribu de Juda de la nouvelle Alliance…  » est accablante  !

L’invitatoire est tiré de l’apparition du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie en 1675  : «  Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes, venez, adorons-Le  !  » C’est une invitation solennelle, en rythme libre comme dans le grégorien, chantée par la sainte avec l’orgue doux.

Cet invitatoire sera repris par le chœur à l’unisson, en tout ou en partie, après chacune des strophes. L’orgue sera le seul instrument de toute la scène pour lui donner un caractère exclusivement liturgique.

La première strophe, sur un air simple, se rapprochant du récitatif psalmodique légèrement orné, est extraite de l’apparition du 27 décembre 1673  : «  Ce Divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes, qu’il lui faut répandre les flammes de son ardente charité pour les enrichir de ses précieux trésors afin de les retirer de l’abîme de la perdition.  »

«  C’est un amour pour tous les hommes, commentait notre Père dans la retraite de 1985, Le Secret de Paray-le-Monial, c’est-à-dire pour toutes les âmes, y compris de celle de sainte Marguerite-Marie, mais à charge pour elle d’en avertir tous les hommes.  »

Il s’agit du salut des âmes qui «  ont le plus besoin de votre miséricorde  », parce qu’elles sont déjà bien engagées dans le péché et sur le chemin de l’enfer. Nous retrouverons cette intention réparatrice à Fatima  ; sauver les âmes des pauvres pécheurs est la volonté constante de Notre-Dame depuis les origines.

Le chœur reprend l’invitatoire en entier  : «  Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes, venez, adorons-Le  !  » et sainte Marguerite-Marie enchaîne avec la deuxième strophe, suite de la même apparition du 27 décembre 1673  : «  Il veut être honoré sous la figure de ce Cœur de chair, car cette dévotion est comme un dernier effort de son amour pour retirer les hommes de l’empire de Satan  », qui commence ici-bas et conduit en enfer pour l’éternité  !

Sainte Marguerite-Marie continuait en affirmant «  que partout où cette sainte image [du Sacré-Cœur qu’elle tient en main] serait exposée pour y être honorée, il y répandrait ses grâces et bénédictions  ». Donc, cette image devient une sorte de sacrement, disait notre Père, en rigueur de terme  : un sacra­mental, un véritable moyen de salut.

Cette révélation s’appuie sur une prophétie de l’Apocalypse touchant le combat des «  derniers temps  » contre Satan. Mais voici la nouveauté  : Ces «  derniers temps  » à partir du dix-septième siècle, c’est aujourd’hui…

Le chœur chante la deuxième partie de l’invitatoire  : «  Venez, adorons-Le  !  »

La troisième strophe déplore la noire ingratitude des hommes, comme l’Ange de l’Eucharistie à Fatima en 1916. Elle est extraite de la vision des cinq plaies, d’un vendredi de 1674, contemplée par sainte Marguerite-Marie en présence du Saint-Sacrement  :

«  Mais ils n’ont que des froideurs et des mépris pour tous ses empressements à leur faire du bien. Ah  ! nous, du moins, donnons-lui ce plaisir de suppléer à leurs ingratitudes en réparant tant d’outrages.  »

Tout au long de l’Ancien Testament, aux bontés de Yahweh pour son peuple, celui-ci répondait par des infidélités. De même à cet amour de Dieu, manifesté par la blessure du Sacré-Cœur de Jésus, répond une noire ingratitude, qu’il est urgent de réparer par quelque amende honorable afin que Dieu soit glorifié et que les hommes soient sauvés.

Il ne demande en retour de ses bienfaits, c’est-à-dire de sa Passion endurée par amour  ! qu’un peu d’amour. Que les âmes pieuses fassent des actes de réparation  !

Quatrième strophe. Soudain le Sacré-Cœur sort de la sphère “ privée ” et c’est là que ça ne passe plus  ; il en ira de même avec Notre-Dame de Fatima. Les dévotions privées, tant que vous voulez, mais que le Ciel ne se mêle pas de nos affaires temporelles. C’est pourtant ce que fait la grande demande du 17 juin 1689  :

«  Faites savoir au fils aîné de ce Sacré-Cœur qu’il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration de lui-même à ce Cœur adorable qui veut triompher du sien et, par son entremise, de celui des grands de la terre.  »

Dans une lettre à la mère de Saumaise, à Dijon, la sœur explique  : «  Il désire donc, ce me semble, entrer avec pompe et magnificence dans la maison des princes et des rois pour y être honoré autant qu’il y a été outragé, méprisé et humilié en sa Passion.  »

Dieu réclame cette amende honorable, en répa­ration, du roi de France, l’aîné des monarques de la terre, le roi Très Chrétien, qui a reçu à Reims une onction marquant désormais la dynastie française d’un caractère quasi sacerdotal.

De la réponse faite à cette demande dépend l’avenir de la France, du monde et de l’Église.

Cinquième strophe. «  Il veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards et gravé dans ses armes pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis en abattant à ses pieds ces têtes orgueilleuses et superbes pour le rendre triomphant de tous les ennemis de la Sainte Église.  » Cette promesse, datée du 17 juin 1689, était le fruit de la consécration de Louis XIII à la Sainte Vierge, offrant une sorte de contrat entre la monarchie française et Notre-Seigneur Jésus-Christ. Plus cette monarchie le fera grand sur la terre, dans ses palais, plus lui, Jésus-Christ, fera grands ces rois sacrés dans le Ciel… C’est absolument extraordinaire  ! s’enthousiasmait notre Père.

Le chœur chante une dernière fois l’invitatoire, à quatre voix, pour terminer cette scène si décisive  :

«  Cette année 1689 est comme un nœud de notre histoire moderne, soulignait notre Père. Et on comprend qu’il ait fallu le sceau de la vie héroïque d’une sainte sans cesse écrasée par un chemin de Croix, pour que l’on croie à ce message extraordinaire.  »

Que fera Louis XIV, prédestiné à l’accomplis­sement de ce dessein divin  ?

Le Sacré-Cœur voulait que les filles de la Visi­tation soient les dépositaires du précieux trésor de la dévotion au Sacré-Cœur  ; et que les Pères de la Compagnie de Jésus en démontrent l’excellence par leur prédication, en donnent les règles et en assurent la pratique. Mais le plus stupéfiant en est la clause destinée au roi Louis XIV  !

Le Cœur de Jésus engage un combat avec le cœur de Louis Dieudonné. Il veut prendre la place du soleil que ce roi a fait peindre, très orgueilleusement, sur ses étendards, sur ses armes.

Il lui demande aussi d’obtenir du Pape la messe en son honneur. Comme Innocent XI, le grand ennemi de Louis XIV, vient de mourir et que son successeur lui est favorable, le moment est bien choisi par le Sacré-Cœur.

Or, le roi Louis XIV ne fera rien et cent ans après, jour pour jour, la monarchie tombera. La Visitation sera aussi très sévèrement frappée, par la Révolution, pour ses résistances. Quant à la Compagnie de Jésus, elle sera supprimée par Clément XIV en 1773. Durs châtiments pour des ingratitudes sans nom qui restent encore aujourd’hui, aujourd’hui plus que jamais, à réparer.

SCÈNE 4
L’OFFRANDE VIRGINALE DES CARMÉLITES DE COMPIÈGNE

Grâces immortelles en soient rendues à Celui qui le premier nous a frayé la route du Calvaire   !

De grands maux et désordres sanctionneront les refus et résistances aux demandes du Sacré-Cœur, malgré l’adhésion de saintes âmes. Cent ans jour pour jour après les demandes de 1689, la Révolution de 1789 met la France à feu et à sang avant de se répandre dans le monde.

Par le terrible avertissement que Notre-Seigneur Jésus-Christ donnera à sœur Lucie à Rianjo en 1931, nous savons de source sûre que Louis XIV a été informé des demandes du Sacré-Cœur  : «  Ils n’ont pas voulu écouter ma demande  !  » C’est sur ces mots que commence la scène 4, chantée par le chœur, sans orchestre, en Si mineur, affligé.

Notre-Seigneur continuait ainsi  : «  Comme le roi de France, ils s’en repentiront, et ils le feront, mais ce sera tard.  »

Le chœur enchaîne, plus sévère, par un oracle d’Ézéchiel adressé à Israël, épouse infidèle de Yahweh, “ prostituée ” aux dieux étrangers  : «  Tu t’es infatuée de ta beauté…  » (16, 15) On dirait que cet oracle fut dit du Roi soleil  !

Puis les cordes font entendre avec insistance la sentence, le jugement implacable  : «  … Voici que je lève (notez le figuralisme de la mélodie) la main contre toi.  » (Ez 16, 27)

Après une douce et brève conclusion à l’orgue, éclate un mouvement de foule furieuse, d’abord aux cordes, imitant les accents entendus lors de la Passion de Notre-Seigneur  : «  À mort  ! À mort  !  » Puis des cris en désordre au chœur, violents  : «  À la guillotine  ! Traîtres à la nation  ! Nous voulons leurs têtes  !  » Enfin les cris s’éloignent, la musique se calme et devient presque joyeuse, tandis qu’un groupe de religieuses, en habit de chœur, mais sans le voile, entre dans la salle du greffe où l’on enfermait les condamnés à mort avant leur exécution à la guillotine.

Ce sont les carmélites de Compiègne qui viennent de comparaître une dernière fois devant le procureur pour entendre leur condamnation à mort.

Ce couvent est prédestiné, chéri depuis sa fondation (1641) par les rois et reines et grands de la cour, objet de l’admiration de tous à cause de sa “ bonne santé spirituelle ”, ayant bénéficié d’une succession de prieures exceptionnelles.

Le secret de ses vertus, dira notre Père en présentant la pièce de théâtre que nous avons jouée au camp de 1999, fut sa dévotion au Sacré-Cœur (CRC n° 359, septembre 1999), adoptée avec résolution pour lutter contre le jansénisme. Il n’y a pas de lettre circulaire issue du carmel de Compiègne, de 1720 à 1780, qui n’ait eu à honneur et porté comme marque d’orthodoxie, la déclaration formelle de détestation des erreurs du temps dont la dévotion au Sacré-Cœur était l’antidote.

Après la suspension des vœux dans les monastères, au nom de la liberté  ! puis l’expulsion du carmel le 14 septembre 1792, les religieuses vont vivre en petits groupes dispersés pendant deux ans, en habits civils, mais toujours très ferventes et régulières jusqu’à l’arrestation de juin 1794, la prison à Compiègne, le transfert à la Conciergerie, le jugement et l’exécution le 17 juillet 1794.

Leur martyre “ communautaire ” est marqué d’un tragique rare et d’une sainteté sans égale. Elles s’y achemineront pour obéir à une vocation propre à leur communauté, annoncée au siècle précédent par un songe mystérieux, consigné dans leurs chroniques et objet de leurs méditations à partir de 1792.

En entrant dans la salle du greffe, une jeune carmélite chante sur un ton enjoué en s’adressant aux autres sœurs  : «  Vous avez entendu, mes sœurs, l’accusateur nous déclarer que c’est pour notre attachement à notre sainte religion que nous sommes condamnées à mort.  » Elle n’est pas du tout accablée, mais remplie de la force du Saint-Esprit. En effet, une sœur vient d’arracher au procureur Fouquier-Tinville l’aveu de la vraie raison de leur exécution  : la haine de la religion  ! Ainsi, elles furent bien assurées de “ mourir pour le Christ ”, martyres.

Elles s’y sont bien préparées.

Pendant ce chant, on entend encore quelques notes éparses qui rappellent la foule lointaine sur un fond de musique calme et très tonale, apaisante, contenant une joie qui ne demande qu’à éclater, ce qui ne va pas tarder.

Les violons entrent dans un mouvement ascendant et crescendo pour signifier la joie des sœurs tandis qu’une d’elles chante  : «  Toutes, nous désirions cet aveu  »; pause des violons  ; «  nous l’avons obtenu  », dit une autre satisfaite.

Un chant d’action de grâces va monter, avec une joie profonde, mais sans éclat, du chœur des carmélites  : «  Grâces immortelles en soient rendues à Celui qui le premier nous a frayé la route du Calvaire  !  » repris avec force et enthousiasme par le chœur et l’orchestre.

Tout revient au calme, et commence une sainte conversation au sujet des raisons véritables du sacrifice qui les attend.

Une sœur rappelle le songe prophétique qui occupe leurs pensées depuis deux ans  : «  Ainsi se réalise le songe de notre sœur Élisabeth-Baptiste, il y a juste cent ans  », simple récitatif, «  dans lequel elle vit la communauté monter au Ciel  », les violons les accompagnent en montant aussi jusqu’au mot “ Ciel ”, tenu dans les hauteurs avec des harmonies chatoyantes, les cuivres renforçant le sommet, puis une longue thésis suit la mélodie qui redescend, «  revêtue d’un manteau blanc  », le manteau de chœur des carmélites.

Les sœurs continuent de commenter le songe en remarquant à quel point il se réalise à la lettre puisque n’ayant plus le droit de porter l’habit religieux depuis leur expulsion du carmel, elles avaient dû le remettre, le temps de laver leurs vêtements civils  ; or, voilà qu’on vint les chercher pour leur procès sans même leur laisser le temps de prendre leur repas. Les voitures attendaient pour les conduire à la Conciergerie. De même il manque trois sœurs, absentes au moment de l’arrestation, dont sœur Marie de l’In­carnation qui pourra ensuite témoigner.

Une sœur se réjouit de ce que «  Dieu nous fait la grâce d’accepter l’offrande de nos vies pour réparer les crimes de la Révolution  ». Cependant l’ancienne supérieure, mère Henriette, maîtresse des novices, voit plus loin  :

«  Pas seulement pour cela, mes filles, le mal remonte plus haut.  »

Elle chante avec douceur mais énergie en com­mençant par une suite de triolets qui donne de l’élan, puis des rythmes binaires qui expriment son assurance, son autorité, forte de sa clairvoyance que nous communique la musique dans son figuralisme pour voir «  plus haut  ».

«  La Révolution n’est que le châtiment de nos infidélités.  » Elles se mettent humblement dans le lot des pécheurs. Vient un chant plus lyrique et un peu triste, en duo avec le tuba  : «  Songez que la France, la Fille aînée de l’Église, dont la Vierge Marie est la Reine, est tombée si bas…  » Une longue descente par palier, pour finir «  si bas  » dans les graves, est accompagnée par des accords prolongés des cordes, doux et graves, tandis que les premiers violons exécutent des arpèges détachés et un peu lourds.

Les autres carmélites rappellent que «  le Sacré-Cœur a donné à Louis XIV les moyens de remédier à tous ces maux, mais ce roi superbe, saut d’octave sur le mot “ superbe ”, n’a pas voulu s’incliner, mélodie désarticulée, devant le Roi des rois.  »

Les sœurs se souviennent aussi des résistances de la Compagnie de Jésus et de la Visitation, sur un ton las, avec de longues pédales, à l’orgue puis au violoncelle  : «  Personne ne fait cas de ses volontés.  »

Elles chantent ensuite une petite complainte, un quatrain en deux chœurs qui se répondent  :

«  Il ordonne qu’on l’aime

 Quoi de plus doux  !

 Mais on le méprise

 Quoi de plus triste  !  »

Ce quatrain exprime toute l’amertume du Sacré-Cœur.

Mère Henriette reprend la parole pour tirer les leçons du songe mystérieux  :

«  Mes sœurs, ayons l’intelligence de ce songe et comprenons que Notre-Seigneur Jésus-Christ, horriblement outragé par les crimes de la France, demande quelque chose de plus que la simple dévotion à son Sacré-Cœur, déjà bien établie dans nos carmels  ; il demande nos vies.  »

Cette sainte «  pensée de la mort  », qui sera aussi la préparation de celle du Père de Foucauld, n’a rien perdu de son actualité jusqu’aujourd’hui.

Mère Thérèse de Saint-Augustin, la supérieure en charge, figure admirable, prend enfin la parole pour exhorter ses filles à renouveler une dernière fois la consécration qu’elle leur avait proposée au début des troubles et qu’elles ont récitée chaque soir depuis leur expulsion jusqu’à ce dernier matin, avant de monter à l’échafaud.

Nous, religieuses ­carmélites du Carmel de Compiègne, faisons un acte de consécration par lequel notre communauté s’offre en holocauste…

«  Renouvelons une dernière fois, notre consécration avant de subir notre supplice.  » Le caractère de la musique change. Du dialogue nous passons à la récitation liturgique, presque psalmodique. Musique très sobre, répétitive, avec un minimum d’orgue  : «  Nous, religieuses carmélites du carmel de Compiègne, faisons un acte de consécration par lequel notre communauté s’offre en holocauste pour apaiser la colère de Dieu et pour que la divine paix que son cher Fils est venu apporter au monde soit rendue à l’Église et à l’État. Ainsi soit-il  !  »

… Et pour que vous baisiez la statuette de la Vierge Marie que j’ai pu soustraire à la fouille de nos bourreaux   !

Mère Thérèse reprend la parole pour dire aux sœurs qu’elle demandera au bourreau «  à être immolée la dernière, de façon à vous donner la bénédiction à chacune en ce dernier soir de la vie et pour que vous baisiez la statuette de la Vierge Marie que j’ai pu soustraire à la fouille de nos bourreaux  !  »

Cri de joie et d’étonnement des sœurs. Mais aussitôt on entend le bruit sinistre de la porte ouverte brutalement. Des révolutionnaires entrent et font l’appel des condamnées pour les conduire place du Trône, lieu de leur supplice.

Un accord violent et dissonant marque l’ouverture de la porte, s’estompe lentement, suivi d’un long et doux accord à l’orgue, avec quelques notes à la timbale, progression harmonique et instrumentale avec l’entrée des cordes, très douces, vers le “ sublime ”, tandis que le révolutionnaire appelle les religieuses par leurs noms civils  : «  Les femmes Croissy, Trézel, Annisset, Lidoine, Pellerasse, Thouret, Piedcourt, Bridoux, Brard, veuve Chrétien, Dufour, Roussel, Vérolot, Meunier, Catherine Soiron, Thérèse Soiron…  »

Elles se lèvent paisiblement quand elles entendent leur nom. Quand l’appel est fini, sœur Constance, la plus jeune, s’agenouille auprès de mère Thérèse pour lui demander sa bénédiction et la permission de mourir. Après avoir baisé la statuette de la Sainte Vierge, elle entonne le «  Laudate Dominum omnes gentes  », et toutes les sœurs chantent la deuxième partie du verset avec joie et ferveur  : «  Laudate eum omnes populi  ». Elles viennent tour à tour demander la bénédiction et baiser la Sainte Vierge puis sortent de la scène. Tout le chœur enchaîne sur le deuxième verset, éclatant, triomphant avec les instruments. Le «  Gloria Patri  » est plus faible, et sans les violons  ; la scène se vide tandis que les victimes touchent leur récompense. Le chœur des femmes chante à l’unisson le début du «  sicut erat…  » avec l’orgue, et enfin, mère Thérèse, la dernière à être immolée, chante la fin du verset seule, et sans orgue.

Le chœur enchaîne doucement  : «  Amen  », à six voix avec les instruments.

Historiquement, les choses se déroulèrent autrement. «  On les fit monter dans la charrette. En allant au supplice, elles prient et chantent le Miserere, le Salve Regina et le Te Deum.  »

Sœur Marie de l’Incarnation raconte  :

«  Arrivées au pied de l’échafaud, elles entonnèrent le Veni Creator et renouvelèrent leurs vœux. On remarqua, non sans un grand étonnement, que le bourreau, la garde et le peuple les laissèrent remplir ces actes de religion sans témoigner la plus légère humeur et impatience […]. La foule même, qui s’était pressée sur le passage des voitures, accoutumée à huer et à vociférer contre ceux qu’elle nommait les aristocrates, avait gardé un morne silence…  »

Après quoi elles demandèrent la permission à la supérieure de mourir, reçurent sa bénédiction et embrassèrent la statuette de la Sainte Vierge, en commençant par la plus jeune, qui entonna le “ Laudate Dominum ”.

SCÈNE 5
LE SANG DES MARTYRS

La scène s’ouvre sur une polyphonie solennelle  : «  Sanguis martyrum, semen christianorum. Le sang des martyrs est semence de chrétiens.  » Doublée par les cuivres, cette belle maxime de Tertullien est un peu adoucie par une mélodie ornée, “ improvisée ” au premier violon.

Les anges vont expliquer ou illustrer cette sentence en chantant une sorte de litanie des martyrs de la Révolution, et en affirmant  :

«  Le sang de ce peuple mis à mort pour sa foi et pour sa loyauté à ses rois, les deux sont inséparables, ne restera pas sans fruits.  »

Sont alors évoqués les martyrs des Carmes, évêques et prêtres lâchement assassinés dans des conditions effroyables  ; la famille royale avec Madame Élisabeth et le petit Louis XVII. Le chant est simple et joyeux, avec intervention des instruments, marquant tantôt la joie, tantôt la tristesse, avec les cuivres à l’appel du nom du «  petit Louis XVII  »; plus énergique et indigné pour les martyrs des Lucs avec ses vieillards et enfants brûlés… Les Vendéens sont l’illustration du troisième Secret de Fatima  : «  Des évêques, des prêtres, des religieux et des religieuses, des messieurs et des dames de toutes conditions  », accompagnés des cordes pour en venir «  enfin  », sur un fond de violons très doux, trémolos délicats, sans basses, à nos carmélites qui mettent le sceau à cette impressionnante suite de martyrs puisque, comme dit notre Père  : «  Ce vœu de victime constitua le ressort intime de leur vie et ces victimes agréées par Dieu valurent à la France, alors sous la Terreur, la chute de Robespierre, le 27 juillet, juste dix jours après leur martyre.  »

«  Et enfin ces vierges pures, fleurs du Carmel, moissonnées par la faux révolutionnaire.  » Un chœur chante un choral pour conclure cette partie  : «  Elle a du prix au regard du Seigneur, la mort de ses saints  », débouchant sur un autre chœur, exubérant, en imitation  : «  Louez le Seigneur dans les Cieux  !  » sans cesse répété, joyeux et enlevé.

Le calme revenu, les anges vont tirer la leçon de tous ces martyres et en annoncer les fruits  : «  De ce sang versé va renaître la foi et la piété en cette triste terre dévastée, avec ses innombrables communautés religieuses, ses œuvres et ses saints.  »

Nous avons entendu frère Scubilion nous raconter l’extraordinaire expansion missionnaire de la religion catholique et française au dix-neuvième siècle  ; un siècle que notre Père nous a appris à aimer contre toutes les idées reçues, en particulier dans sa si belle retraite sur La religion de nos pères.

Soudain un ange entonne, avec beaucoup de solennité, un chant sur ces paroles inattendues accompagnées par les violons  : «  Désormais, le Sacré-Cœur de Jésus veut faire passer sa Mère devant Lui.  » Ce n’est pas qu’il sorte de la scène  ; la piété envers le Sacré-Cœur va beaucoup se répandre au dix-neuvième siècle à partir du Père de Clorivière, et de mère de Cicé, mère Camille de Soyecourt, sainte Madeleine-Sophie Barat, le bon Père Chaminade et ses marianistes, le Père Coudrin et ses picpuciens, mère Javouhey et ses sœurs de Saint-Joseph-de-Cluny, le Père Libermann et les Pères du Saint-Esprit, le Père Jean-Marie de Lamennais, et le Père Gabriel Deshayes… jusqu’à mère Marie du Divin Cœur  ! Mais Jésus veut faire passer sa Mère devant lui  :

«  Le siècle qui s’ouvre sera le siècle de l’Immaculée.  » Après l’abdication de Charles X en 1830, la France de nouveau court aux abîmes. Et pourtant «  c’est encore en France, l’enfant chérie de Marie, qu’elle va multiplier ses manifestations, préparant le triomphe de son Cœur Immaculé  ». Les instruments sont joyeusement de la partie  !

Enfin l’ange annonce l’ouverture de l’ère des apparitions mariales  :

«  Tout commence dans la chapelle des Filles de la Charité et c’est une jeune novice qu’Elle choisit pour recevoir ses révélations. Elle se nomme sœur Catherine Labouré.  »

SCÈNE 6
LA MÉDAILLE MIRACULEUSE

Pour nous, phalangistes de l’Immaculée, cette manifestation de la Sainte Vierge nous est particulièrement chère, puisque c’est sous le patronage de l’Immaculée et celui de saint Maximilien-Marie Kolbe, que notre bienheureux Père, son chevalier servant, a placé la Phalange.

La scène commence par la prière «  Ô Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous  » chantée par le chœur, un peu triste, mais paisible, comme le pécheur vient à sa Mère avec une entière confiance.

On entend sonner la demi-heure, le carillon est prolongé par l’orgue, et un petit ange entre, seul, appelant  : «  Ma sœur Labouré  ! Ma sœur Labouré  !  » d’un ton pressant, puis enlevé  : «  Levez-vous en diligence et venez à la chapelle. La Sainte Vierge vous attend.  » Le premier violon imite les appels de l’ange, enlevés, mais la dernière phrase est plus solennelle.

La sœur Catherine paraît, craintive, sur la scène et dit ingénument  : «  Mais on va m’entendre  !  »

Que la Sainte Vierge l’attende n’a pas l’air de la surprendre. D’ailleurs, elle désirait ardemment voir la Vierge Marie et lui parler. Et elle s’était couchée avec la confiance que son vœu serait exaucé.

L’ange la rassure, sur fond de violons doux et liés  : «  Soyez tranquille, il est 11 h 30, tout le monde dort bien. Venez  !  »

À ces mots, ne pouvant résister à l’invitation de l’aimable enfant, sœur Labouré s’habille en hâte, et suit son guide, qui marche toujours à sa gauche, portant des rayons de clarté partout où il passe. Tout au long du chemin, pour passer les nombreux couloirs, les portes s’ouvrent devant eux. En entrant dans la chapelle, elle trouve tout l’intérieur illuminé, ce qui lui rappelle la messe de Minuit  !

Une petite mélodie avec une autre en contrepoint figure la traversée de la chapelle où elle s’agenouille.

Puis l’ange la prévient  : «  Voici la Sainte Vierge, la voici  », avec la solennité qui convient.

Sœur Catherine ne réagit pas. L’ange et le chœur reprennent plus pressants  : «  Voici la Sainte Vierge…  », pendant que la Sainte Vierge est entrée et a pris place au siège du directeur de la communauté.

Sœur Catherine ne bouge toujours pas et se demande  : «  Mais est-ce bien elle  ?  » Petite note interrogative à la flûte. Alors le chœur insiste, avec un rien d’impatience  : «  La Sainte Vierge  !  » Cette fois, sœur Catherine ne fait qu’un bond, se précipite vers la Sainte Vierge et pose familièrement les mains sur ses genoux, comme elle l’eût fait avec sa mère. Pendant ce temps, la flûte déroule une mélodie descendante en accélérant, figurant son empressement. «  En ce moment, dira-t-elle, je sentis l’émotion la plus douce de ma vie, et il me serait impossible de l’exprimer. La Sainte Vierge m’expliqua comment je devais me conduire dans mes peines et, me montrant de la main gauche le pied de l’autel, elle me dit de venir me jeter là et d’y répandre mon cœur, ajoutant que je recevrai là toutes les consolations dont j’aurais besoin.  »

Mon enfant, le Bon Dieu veut vous charger d’une mission.

Notre scène prend la suite de l’entretien. La Sainte Vierge lui parle tendrement, avec beaucoup d’affection  : «  Mon enfant  », chanté à deux reprises sur un motif mélodique descendant, comme si elle se penchait vers Catherine, tandis que la troisième fois la mélodie monte, nous verrons pourquoi.

Deux flûtes survolent le chant de la Sainte Vierge avec l’orgue très doux (bourdon de huit pieds)  : «  Mon enfant, le Bon Dieu veut vous charger d’une mission  », quoique le ton de Ré majeur soit plutôt propre à évoquer la gloire, ici la mélodie descendante laisse pressentir la souffrance qui va venir, et la musique s’infléchit vers le Si mineur pour la suite  : «  Vous y souffrirez bien des peines.  »

Les flûtes continuent calmement leurs arabesques, comme insensibles à ce qui se passe sur la terre, tandis que la musique revient vers les tons majeurs, non sans effort  : «  Mais vous les surmonterez à la pensée que c’est pour la gloire du Bon Dieu.  »

Paradoxalement, la tristesse a été servie par le Ré majeur, et pour «  la gloire du Bon Dieu  », le sommet est en Si mineur, car le contexte est au sacrifice.

Catherine, la petite paysanne pratique, interroge  : «  Mais qu’est-ce que cela veut dire  ?  »

La Sainte Vierge répond avec une tristesse marquée par une petite inflexion sur «  mon enfant  »  :

«  Les temps sont très mauvais.  »

Commence un motif en arpèges doux aux seconds violons en Mi mineur, tandis que des motifs violents aux premiers violons annoncent la tragédie  : «  Les malheurs vont fondre sur la France  ; le trône sera renversé, le monde entier sera bouleversé par des malheurs de toutes sortes.  » Nous sommes le 18 juillet 1830, à la veille de la chute de la monarchie et de grands troubles.

La musique change soudainement de caractère, et passe en Sol majeur avec les flûtes, dans une musique ascendante  : «  Mais venez au pied de cet autel  », et, sur une longue pédale de Dominante suspensive pendant que la Sainte Vierge annonce ses promesses  : «  là, les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur  ». Les cordes concluent en chantant le motif pour le chant  : «  les grâces seront répandues…  » Mais après un point d’orgue, les premiers violons introduisent violemment un chœur chromatique et tourmenté, avec tous les violons  : «  Un moment viendra où le danger sera grand, on croira tout perdu…  » Conclusion à l’unisson des violons trémolos, agressifs.

La douceur revient avec la Sainte Vierge, maternelle  : «  Là, je serai avec vous  ! Ayez confiance.  » Le ton est encourageant, mais quand même un peu triste, car l’épreuve reste à venir.

Avec candeur Catherine demande  : «  Quand cela se fera-t-il  ?  » Réponse mystérieuse chantée par le chœur  : «  Quarante ans, et dix ans après, la paix.  » Catherine Labouré eut son P. Dhanis en la personne du Père Coste quand en 1880 rien n’arriva. Mais un autre lazariste, supérieur général de la congrégation, le Père Villette prit sa défense avec beaucoup de discernement, montrant qu’entre 1871 et 1880, il y eut dix ans de prospérité pour l’Église de France, avant l’orage. Pour lui la paix annoncée viendra plus tard.

Alors, la Sainte Vierge redit pour la troisième fois «  Mon enfant  », mais cette fois en montant et en Sol majeur, non pas parce que le message est joyeux, mais plutôt pour encourager Catherine à porter sa croix, car voici venir des événements redoutables et terriblement actuels. Tout en chromatisme couvrant une octave entière pour finir dans les graves «  par terre  »  :

«  Mon enfant, la Croix sera méprisée. On la mettra par terre. On ouvrira de nouveau le Côté de Notre-Seigneur.  »

Le chœur poursuit tandis que les cordes exécutent des notes répétées avec une insistance obsédante  : «  Les rues seront pleines de sang.  » Exprimant le paroxysme de la douleur avec des enchaînements de quintes diminuées.

La Sainte Vierge se montre compatissante, avec cette inflexion du demi-ton  : «  Mon enfant, le monde entier sera dans la tristesse  », en La mineur. Ces épreuves de la France touchent le monde entier, en raison de son rang de “ Fille aînée ”.

Enfin le chœur conclut dans un ton de Do majeur très apaisant  : «  Mais venez au pied de cet autel… je vous accorderai beaucoup de grâces.  »

«  Elle est partie  », dit enfin l’ange, sans autre explication, et il raccompagne la sœur à son dortoir  ; après ces deux heures célestes elle ne pourra pas se rendormir, évidemment  !

Les anges, les “ grands ”, racontent brièvement la suite, qui mériterait un oratorio à soi seul  : la vision de la “ Vierge au globe ”, moins connue que celle de la Médaille miraculeuse parce que le confesseur y a fait obstacle, mais à laquelle sœur Catherine attachait une grande importance. Ce fut pour elle une véritable souffrance. «  Quelque temps après (le 27 novembre 1830), la Sainte Vierge se montra à Catherine, en tenant un globe dans les mains, à la hauteur de la poitrine, qu’elle offrait à Notre-Seigneur.  »

Le chœur continue en expliquant, à l’unisson, toujours aussi sobre et bref  : «  Ce globe représente le monde entier et particulièrement la France et chaque âme en particulier.  »

Les premiers violons entrent pour la suite, exécutant des arpèges ascendants comme des rayons jaillissant sur fond de notes piquées aux parties intermédiaires  : «  Tandis que les rayons jaillissant des mains de la Vierge Immaculée sont le symbole des grâces qu’elle répand sur les personnes qui les lui demandent.  »

La Médaille sera répandue dans le monde entier, opérant des merveilles de grâces…

SCÈNE 7
LE GRAND COMBAT

Les anges entreprennent de brosser une grande fresque mariale. À la rue du Bac, «  s’engage le grand et dernier combat entre l’Immaculée Conception et Satan  ». Musique simple, la mélodie progressant sur une octave ascendante jusqu’à «  l’Immaculée Conception  », puis chutant d’une octave sur «  Satan  ».

Un ange renchérit  : «  La lutte entre les enfants de la Femme et les suppôts de Satan.  » (cf. Ap 12, 17) Les instruments s’animent. «  Lutte finale, lutte définitive. C’est Elle qui vaincra.  » Comme l’annoncera cent ans plus tard notre sœur Lucie de Fatima.

«  Commençant dans la capitale, Notre-Dame va manifester qu’elle est Reine et que tout désormais doit passer par Elle.  » C’est la certitude dont nous sommes remplis, mais qui est précisément combattue par toutes les forces diaboliques.

«  C’est le secret du Sacré-Cœur de Jésus  », chante encore un ange. Pourquoi le Bon Dieu veut-il faire passer sa Créature devant Lui  ? C’est le secret de son Cœur. Mais il le veut, il le fera savoir.

La suite de la scène va raconter le retentissement de ces apparitions de la rue du Bac, et la diffusion mondiale, inexplicable, de la Médaille miraculeuse. Dans la mesure où l’on répondra aux demandes de la Sainte Vierge, les grâces abonderont. La Médaille miraculeuse en est la preuve et l’instrument, le canal.

Le chœur chante la demande de Notre-Dame  : «  Faites frapper une médaille sur ce modèle.  » Et les anges chantent avec enthousiasme les bienfaits dispensés par cette médaille de leur Reine  : «  La médaille sera répandue dans le monde entier.  » N’oublions pas que, encore aujourd’hui, la médaille de la Sainte Vierge la plus connue et répandue dans le monde est celle de la rue du Bac  ! opérant depuis le début des merveilles de grâces de toutes sortes. Les anges vont nous en présenter un bref éventail  : conversions, dont celle, retentissante, d’Alphonse Ratisbonne  ; guérisons, lors de l’épidémie du choléra ravageant Paris (été 1832). Et combien d’entre nous pourraient témoigner de grandes grâces obtenues par la Médaille miraculeuse encore aujourd’hui  !

Le chœur s’exclame  : «  C’est la Médaille miraculeuse, véritable arme de combat contre le démon.  » Rythme martial comme il se doit, car la Sainte Vierge ne se contente pas de soulager nos maux ici-bas. Elle veut arracher les âmes à l’enfer. Combat gigantesque déjà annoncé au Laus, on peut même dire depuis le paradis terrestre des origines, jusqu’à Fatima.

Les saints du dix-neuvième siècle l’ont bien compris et vont se regrouper autour de cette dévotion  : «  Tout un réseau de saints se forme autour de cette dévotion, avec l’archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires.  »

On avance à grandes enjambées dans cette histoire passionnante, en franchissant les siècles, sur une musique haletante.

C’est l’archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires et la conversion de la paroisse indifférente. «  En réponse à la docilité de son serviteur l’abbé des Genettes à qui Elle demandait…  », le chœur enchaîne  : «  Consacre ta paroisse au Très Saint et Immaculé Cœur de Marie.  »

C’est aussi le saint Curé d’Ars, qui «  ne tardera pas, lui non plus, à consacrer sa pauvre paroisse et à prêcher l’amour de cette tendre Mère  » (1836).

«  Mais à La Salette  », chante un autre ange, plus sombre, soutenu par les cuivres dans les graves, «  Notre-Dame n’aura que des larmes à opposer aux péchés des hommes, pour les prévenir des châtiments qui les menacent  » (1846).

Le chœur chante les paroles tellement poignantes de Notre-Dame  : «  Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous  !  » C’est là l’étonnant, qu’à ce grand mouvement marial du dix-neuvième siècle, tous les hommes ne répondent pas avec le même enthousiasme. Et la Sainte Vierge voit bien ce qu’il en sera cent ans plus tard.

Dans la suite de ce “ mouvement marial ” vient s’insérer, en 1852, la naissance de la dévotion à Notre-Dame de la Sainte-Espérance, au Mesnil-Saint-Loup, autre merveille de la grâce, vitrine de ce que peut faire la Sainte Vierge dans une paroisse, et qui va rayonner jusqu’au Canada  ! C’est l’abbé André, futur Père Emmanuel qui nous apprend à “ pleurer ” la petite prière  : «  Notre-Dame de la Sainte Espérance, convertissez-nous  !  »

Enfin les anges annoncent d’une voix sonore et conquérante  : «  Cependant, c’est à Lourdes, à l’humble Bernadette  », ici le chant se fait modeste, «  que Notre-Dame révèle son Nom, qui sonne comme un cri de guerre  !  »

SCÈNE 8
L’IMMACULÉE CONCEPTION

La scène se déroule le 25 mars 1858, en la fête de l’Annonce de l’ange Gabriel à la Bienheureuse Vierge Marie. Le bon curé Peyramale récite son bréviaire dans son jardin. Le chœur des hommes chante «  Deus, in adjutorium meum intende, Domine, ad adjuvandum me festina  », à quatre voix d’hommes accompagnés par les cuivres.

Ce verset ouvre toutes les heures de notre bréviaire, et s’il est en soi saisissant, il revêt un caractère particulier en ce matin du 25 mars. Car le bon curé de Lourdes, certes réputé un peu bourru, mais de grand cœur et soucieux des affaires de l’Église et de la France, ne sait que penser de ce qui se passe à la grotte de Massabielle.

Tout en récitant son bréviaire, sa pensée s’échappe quelque peu pour se plaindre à Dieu  : «  Voyez, Seigneur, en quel état se trouve la France, votre France  !  » Le ton en est suppliant, mais encore davantage lorsqu’il emprunte les paroles de sœur Marie de Saint-Pierre, sur une mélodie poignante qui attaque le mi aigu et descend lentement jusqu’au grave pour remonter au la de «  Majesté  »  : «  Comme elle est devenue hideuse devant votre Majesté  !  » Le tout tempéré par la tendresse des violons.

Il continue, sur une basse ostinato  : «  La France est si coupable qu’elle ne mérite que la rigueur de votre justice.  » Les cuivres, en accords longs et doux, remplacent les cordes  : «  Mais, Dieu tout-puissant, avez-vous oublié votre miséricorde  ?  »

Il se replonge dans son bréviaire tandis que le chœur, à quatre voix mixtes, reprend  : «  Domine, ad adjuvandum me festina. Seigneur, hâtez-vous de nous secourir.  »

Tout à coup l’orgue fait entendre, joyeux, la mélodie d’une antienne des vêpres de l’Annonciation  : «  Ne timeas Maria.  »

Que soy ér’Immaculado Councepciou   ! C’est la Dame qui l’a dit.

Un pizzicato au violoncelle interrompt la liturgie. Une jeune pauvrette entre dans le jardin, tout essoufflée et occupée du message qu’elle doit transmettre dans son patois lourdais  : «  Que soy ér’Immaculado Councepciou  !  » Sur le ton de la récitation, un peu vif.

Le bon curé est interloqué d’entendre cette petite Bernadette Soubirous qui le préoccupe déjà beaucoup. Si maintenant elle se dit “ l’Immaculée Conception ”, c’est le bouquet  ! Avec son caractère, mais aussi son amour immense de la Sainte Vierge, il ne peut la laisser dire cela. «  Que dis-tu, petite orgueilleuse  ?  » sur un ton vif.

Bernadette reprend courageusement la phrase apprise par cœur, «  Que soy ér’Immaculado Councepciou  !  » un peu plus bas parce que plus calme. Mais en ajoutant avec candeur  : «  C’est la Dame qui l’a dit.  »

À ce coup, le pauvre curé, effrayé, tente de la raisonner, mais il est lui-même déjà ébranlé, car il adhérait avec une foi entière à la définition de l’Immaculée Conception. «  Tu me trompes  ! Tu sais ce que ça veut dire  ?  » Bernadette, toujours aussi candide, ne peut que répondre  : «  Non, monsieur le curé.  » Lui, reprend, croyant avoir trouvé la brèche  : «  Alors, comment peux-tu dire, si tu n’as pas compris  ?  » Réponse ingénue  : «  Je l’ai répété tout le long du chemin pour ne pas oublier.  » Le pauvre curé tente d’argumenter, de se convaincre lui-même  : «  Une dame ne peut pas porter ce nom-là  !  » Il connaît sa doctrine. Il est disciple fervent de Pie IX, a suivi les controverses sur la définition du dogme de l’Immaculée Conception, et a pris le bon parti avec enthousiasme. Maintenant il est accablé par cette “ touche ” céleste  !

En toute simplicité Bernadette ajoute  : «  C’est pourtant ce qu’elle a dit.  »

Les cordes introduisent le récit de Bernadette, des arpèges très doux et liés aux premiers violons, tandis que les autres parties jouent en pizzicato. Sur ce fond doux et mystérieux, elle chante, toujours avec la même simplicité  : «  Ce matin, je me suis sentie pressée d’aller à la Grotte… En arrivant, elle était déjà là.  »

Le chœur s’exclame  : «  La belle Dame au creux du rocher…  » Bernadette reprend très simplement  : «  Après le chapelet, je lui ai demandé son Nom deux fois, mais elle a souri.  » Elle s’anime un peu plus. «  Ce n’est qu’à la troisième fois qu’elle a répondu.  » Le chœur prend la suite avec les cuivres pour marquer la solennité  : «  Elle étendit les mains, puis, les joignant à la hauteur de la poitrine, elle leva les yeux au ciel et dit…  »

Le chœur laisse à Bernadette le soin de prononcer les paroles célestes  : «  Que soy ér’Immaculado Councepciou  !  » traduites par le chœur  : «  Je suis l’Immaculée Conception  !  »

Bernadette, on admire encore sa simplicité  ! demande à son curé ce que veulent dire ces mots. Et le bon curé, conquis, lui explique avec émotion le dogme de l’Immaculée Conception avec les mots mêmes de sa définition par saint Pie IX. Texte extraordinaire, prononcé en 1854, dans des circonstances tout aussi prodigieuses puisque sa voix s’amplifia et se fit entendre par une foule immense. Ici le texte est chanté simplement afin qu’on l’entende parfaitement  : «  Cela veut dire que la Bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel. C’est ainsi que l’a défini le Saint-Père, il y a quatre ans.  » Puis le curé Peyramale, reconnaissant, se tourne vers le Ciel, comme au début de la scène, pour chanter avec le renfort de l’orchestre  : «  Seigneur  ! vous ne vous êtes pas lassé de nous  !  »

Seigneur   ! vous ne vous êtes pas lassé de nous   !

SCÈNE 9
LE SECOURS DE L’IMMACULÉE

Le flot impressionnant des bienfaits et manifes­tations de la Sainte Vierge, Reine de France, se déverse sur son Royaume.

Citant la Page mystique dont le titre exprime le vœu le plus cher de notre cœur  : «  J’irai la voir un jour  !  » (n° 90), nos anges chantent  : «  Massabielle est le rocher de l’Alliance bienheureuse d’où jaillit le flot pressé où doivent se laver tous les peuples.  » Ce n’est pas une image, une figure de style, mais c’est la clause d’une Alliance effective contractée entre le Ciel et la terre, sans cesse entretenue par le flot ininterrompu de la grâce. Le chœur reprend la même Page mystique, sur un rythme plus enlevé, en 6 / 8, simple et chantant, en duo sopranos-altos  : «  Vous menez vos enfants à la source de la grâce et de la gloire, ô Vierge Immaculée, sur votre Cœur où est tout salut, toute sagesse, tout bonheur.  »

Nos anges, toujours en duo et dans le même rythme 6 / 8, simple et “ allant ”, insistent sur le fait que, malgré les infidélités de la France, en particulier de ses autorités civiles et religieuses, «  la Sainte Vierge, comme une bonne Mère, n’a pas abandonné la France, même rebelle, elle continue de lui prodiguer ses bienfaits par la Médaille miraculeuse et les miracles de Lourdes  ». Sur une basse de “ musette ”  : accord ostinato à trois parties de violoncelles, cela fait très “ pastorale ”, mais la musette est vite transformée en marche harmonique avec une mélodie qui gravit les sommets pour nous ramener au ton principal et à la musette. Et sans transition, un ange enchaîne sur l’air connu de Pontmain, évoquant l’intervention de Notre-Dame en 1870 et son apparition du 17 janvier 1871, «  quand la France est éprouvée par la guerre, elle apparaît sur le champ de bataille à un général blessé, à Loigny, le 2 décembre 1870, et aux enfants de Pontmain pour leur porter secours  ». Les anges ont pris la mélodie traditionnelle de Pontmain, si émouvante, et le chœur répond par le refrain avec les paroles mêmes de Notre-Dame  : «  Mais priez, mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher.  » Puissions-nous à notre tour être émus aux larmes en voyant la Sainte Vierge toujours active.

Mais priez, mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher. ( 17 janvier 1871 ).

Après une brève conclusion à l’orgue et un arrêt subit, changement de tonalité, de mesure, de lieu et de temps. Nous voici à Pellevoisin en 1876, où Notre-Dame se manifeste à Estelle Faguette  : «  Et lorsque la France sombre dans la République, Notre-Dame manifeste sa gloire à Pellevoisin.  » Chute de la mélodie pour «  la République  », mais envolée de la mélodie pour la «  gloire  » de Notre-Dame.

Le chœur chante alors sur l’air traditionnel de Pellevoisin cette phrase extraordinaire de Notre-Dame  : «  Je suis toute miséricordieuse et Maîtresse de mon Fils.  » L’orgue complète l’air de Pellevoisin et les anges vont donner quelques explications  : «  Estelle est la figure de la France paralysée et agitée par tant de révolutions, mais qui retrouve le calme dans sa confiance en la Sainte Vierge. C’est une promesse de résurrection de la France.  »

Un ange fait remarquer  : «  Après Lourdes, la Sainte Vierge paraît ne plus pouvoir sourire.  » La musique glisse du Majeur au Mineur. Déjà à La Salette, elle pleurait, et plus tard, à Fatima.

Mais la musique revient à la joie, car «  à Lisieux, elle guérit Thérèse d’une étrange maladie, par son plus beau sourire, sur l’air de “ Pourquoi je t’aime ô Marie ”, figure de l’Église possédée par Satan et délivrée par le Cœur Immaculé de Marie  ». Le 13 mai 1883, comme nous l’a bien expliqué notre Père dans sa merveilleuse retraite.

«  Après toutes ces préparations en France  », chante un ange, pour signifier que ces apparitions ne sont pas seulement des manifestations de la bienveillance et de la sollicitude de la Sainte Vierge pour les pauvres pécheurs, en France, mais qu’elles ont un but universel, qui aboutit aux révélations de Fatima, événement mondial, «  c’est vers le Portugal, terre de Sainte Marie, que Notre-Dame se tourne pour ses grandes et définitives révélations  ». Sur l’air déjà bien connu du “ Salve nobre Padroeira ”, chanté dans l’oratorio Fatima II, avec toute la pompe possible  !

SCÈNE 10
DE LOURDES A FATIMA

Frère François a montré dans Il est ressuscité n° 70, de juin 2008, que c’est la dévotion ardente des Portugais pour Notre-Dame de Lourdes qui valut à ce peuple d’être favorisé des merveilles de Fatima.

«  Parmi les pèlerinages d’étrangers à la grotte de Massabielle, ceux des Portugais furent les plus fervents  », dit le chanoine Barthas. Et souvent favo­risés de guérisons miraculeuses.

On aurait envie de citer l’article de frère François en entier tant il est clair et enthousiasmant  ! On y apprend, page 5, qu’un grand prédicateur, journaliste, polémiste contre les républicains, l’abbé Benevenuto de Sousa a fait construire un sanctuaire pour honorer Notre-Dame de Lourdes en 1908 tout près de Fatima. Or, les diaboliques pensaient l’avoir emporté lors de la révolution de 1910 en chassant l’abbé Sousa et profanant le sanctuaire. On pouvait lire dans La Libre pensée  : «  Cette dame de Lourdes ne s’est pas défendue contre une rude volée de bois vert qui l’a réduite en pièce par une nuit de beau clair de lune… De cette dame de Lourdes, tout a disparu, jusqu’aux débris, car elle n’a pas fait le miracle de ressusciter ni celui de reprendre sa place.  » Eh bien, si  ! Elle reprit sa place en venant, en personne, à la Cova da Iria. Et la prophétie de l’abbé se réalisa, lui qui annonçait que la Vierge de Lourdes allait libérer le Portugal des puissances maçonniques.

Ainsi les fidèles qui se rendaient à Fatima chantaient l’Ave Maria de Lourdes tout naturellement. Et les bons ecclésiastiques qui entourèrent les trois enfants et qui propagèrent le culte de Notre-Dame de Fatima, étaient grandement dévots à la Vierge de Lourdes, et tout le Portugal avec eux.

Notre scène commence par un extrait de la première prière officielle à Notre-Dame de Fatima, qui date de 1925  : «  Ô Marie, un mot à Jésus, et nous serons sauvés  ! Ô Jésus obéissant à Marie, pardonnez-nous, sauvez-nous  !  » chanté dans un style très populaire et portugais.

Le chanoine Formigão donnant une image à un estropié.

Puis s’engage un dialogue entre deux Portugais pas encore dévots à Notre-Dame de Fatima, et le chanoine Formigao dont le parcours est emblématique de la continuité entre Lourdes et Fatima. L’air est simple, familier, un peu dansant en 6 / 8 avec le piano, Portugal oblige  !

«  Et comment avez-vous connu Lourdes, Monsieur le chanoine  ?

– En revenant de Rome, où il a fait son doctorat de théologie et de droit canon, je m’y suis arrêté pour trois jours et j’y suis resté un mois  !  »

Deux mesures binaires terminent la phrase pour marquer l’arrêt. À l’étonnement de ses interlocuteurs, le chanoine reprend la parole en binaire parce qu’il va énoncer une vérité importante. Il faut qu’elle entre dans nos cœurs. L’orgue prend la place du piano pour en souligner le caractère religieux  : «  Le Bon Dieu nous fait comprendre qu’il faut nous tourner résolument vers sa Mère Immaculée si nous voulons être sauvés.  »

Il reprend en 3 / 4, avec entrain, pour expliquer qu’il avait fait le vœu d’organiser des pèlerinages portugais à Lourdes, comme il s’en faisait déjà beaucoup. Le paysan, indiscret, lui demande s’il a tenu sa promesse  ! avec changement de tempo et de mesure pour casser le mouvement, comme pour lui couper la parole. Le piano aussi a repris son rôle, plus familier, sans intention péjorative.

Mais ses charges et la guerre l’en ayant empêché, cela l’a conduit à Fatima en 1917 lorsqu’il entendit parler des événements. Aussitôt, l’orgue fait entendre quelques mesures de l’Ave Maria de Fatima.

Les deux Portugais laissent paraître leur incrédulité à ce sujet.

Le chanoine répond sur un air à caractère national en 6 / 8 avec piano, contrebasse en pizzicato et clochette  : «  Moi aussi, tout d’abord, j’ai été incrédule et je suis allé là-bas, le 13 septembre, dans le dessein de trouver le moyen de faire cesser ce que je croyais être une imposture.  »

Après une interruption, les paysans le relancent et il reprend de plus belle. Il a interrogé non seulement les enfants, mais leurs parents et les gens du pays. Tout prouvait leur parfaite sincérité, leur bonne santé morale et personne ne les poussait à raconter ce qu’ils disaient.

Les deux Portugais, en confiance, posent la question qui les brûle  : «  Étiez-vous présent lors de la fameuse “ danse du soleil ”  ?  » qui se termine sur un rythme dansant.

«  Oui, et ce signe de Dieu me confirma dans ma croyance aux apparitions.  » Comme ce fut le cas de dizaines de milliers de témoins.

«  On ne peut en douter, tout y est divin.  » C’est en homme éclairé que le chanoine deviendra le premier historien et apôtre de Fatima. «  C’est un appel à la pénitence, à la conversion.  » Et les deux hommes montrent comme ils ont compris, en ajoutant  : «  Comme à La Salette… à Lourdes.  »

Sur fond d’orgue, le chanoine médite en lui-même, mais à voix haute  ! «  Je me demande maintenant si ma mission ne serait pas plutôt de faire connaître et aimer Notre-Dame de Fatima aux Portugais.  »

Les deux Portugais, auxquels notre chanoine pense peut-être, enchaînent sur une autre question  : après la mort des deux petits, que devint Lucie  ? «  Elle est entrée au couvent où elle continue de se sanctifier en disparaissant, mais elle reste la garante du Message.  »

SCÈNE 11
LA GRANDE PROMESSE

La scène se déroule à Pontevedra, en Espagne, peu après le 10 décembre 1925, dans le bureau de la supérieure de sœur Lucie, mère Maria das Dores Magalhaes. Un prélude aux cordes suggère le mouvement de la plume qui court sur le papier, tandis que mère Magalhaes est à son bureau en train d’écrire.

Le chœur chante une parole de la Sainte Vierge à Lucie, sur le même fond musical  : «  Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé.  » (13 juin 1917)

Commencé en Sol mineur, le chœur passe en Sol majeur avec la mélodie ascendante dans la seconde partie «  Il veut établir…  », car c’est une volonté positive de Notre-Seigneur Jésus-Christ, conquérante.

La musique s’étant apaisée, on voit mère Magalhaes dans le silence de son bureau. Celle-ci était supérieure de l’Asilo de Vilar quand Lucie y entra comme pensionnaire. C’est elle qui disait en la voyant  : «  Mais oui  ! c’est un animal sauvage  !  » (17 juin 1921) Mais les vertus de Lucie lui gagnèrent peu à peu l’estime de ses maîtresses ainsi que de mère Magalhaes qui modifia totalement son premier jugement.

Quand Lucie vint à Pontevedra pour son postulat, le 25 octobre 1925, elle retrouva son ancienne supérieure, mère Magalhaes, désormais complètement acquise à la cause de Fatima et tenant Lucie en profonde estime.

Elle est en train d’écrire à Mgr da Silva afin de lui donner des nouvelles de la postulante, et en brosser un portrait exemplaire. Ce sont des citations exactes des lettres adressées à Mgr da Silva les 23 novembre et 29 décembre 1925.

Mère Magalhaes chante sur le ton calme de celle qui médite ce qu’elle écrit  : «  Sœur Maria das Dores va toujours bien, Excellence, elle est humble comme la poussière, pauvre petite  !  » (23 novembre 1925)

Puis elle s’anime, sur un rythme plus enlevé avec la clochette, ce qui rappelle son Portugal natal  : «  Je l’ai placée aux emplois les plus bas et les plus humbles, mais à quelque emploi que je la mette, il arrive toujours la même chose. Elle a le don merveilleux de se charger du pire et de ce qui coûte le plus. Quelle grâce de l’avoir ici  ! Priez Notre-Seigneur que j’apprenne avec elle à être bonne. Parfois, j’ai honte à côté d’elle.  » (29 décembre 1925)

Ce chant est une suite d’éloges bien sentis, avec ses éléments figuralistes, qui montrent que sœur Lucie n’est pas une rêveuse, une illuminée ou une trompeuse. On admire aussi la supérieure qui se juge bien inférieure en vertu à cette petite paysanne.

Ma Mère, j’étais dans ma chambre, en prière, quand elle s’illumina tout à coup.

On frappe à la porte. C’est Lucie, sœur Maria das Dores, qui demande à parler à sa supérieure. Comme il est d’usage, elle vient s’agenouiller près d’elle et raconte en toute simplicité les grâces extraordinaires dont elle a été l’objet.

«  Ma Mère, j’étais dans ma chambre, en prière, quand elle s’illumina tout à coup.  » La musique suit le texte en montant et modulant du La mineur au Ré majeur glorieux. Les violons entrent, vibrants, pour la suite du récit  : «  C’était la chère Mère du Ciel qui venait avec Jésus Enfant sur une nuée lumineuse.  » La mélodie continue sa montée modulante et les violons encore davantage pour culminer en Mi majeur avec des notes répétées en triolets aigus et accords aux cuivres pour en marquer le paroxysme, avec des harmonies colorées.

Lorsque l’Enfant Jésus est cité, ce sont les voix de sopranos et altos du chœur qui se font entendre, soutenues par les cuivres doux et liés dans le registre grave et chaud.

«  Aie compassion du Cœur de ta très Sainte Mère couvert des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer.  »

Et quand Notre-Dame reprend la parole, c’est le chœur qui lui prête ses quatre voix, toujours dans les tons mineurs, triste et désolée  : «  Vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines. Toi, du moins, tâche de me consoler.  »

C’est le grand message pour notre temps, déjà annoncé le 13 juillet 1917, avec ses deux demandes  : «  Je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis…  » Pour le moment, il ne s’agit que de la deuxième demande.

Lucie continue son récit de l’apparition où Notre-Dame lui a enseigné la dévotion réparatrice. Toute sa vie elle tentera de la faire accepter par la hiérarchie de l’Église, qui ne fera rien. Mystère d’iniquité que ce refus de “ réparer ”  !

La Sainte Vierge reprend la parole, mais plus maternelle, avec les sopranos et altos à l’unisson en contrepoint avec le premier violon  : «  À tous ceux qui se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet, et méditeront pendant quinze minutes sur les mystères du Rosaire, en esprit de réparation…  »

C’est le chœur à quatre voix avec l’orchestre qui continue d’une manière plus solennelle, car il y va de notre salut, la promesse est d’importance  : «  … Je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme.  »

Le récit terminé, la musique retombe et mère Magalhaes demande, en affectant l’indifférence, mais elle est acquise  : «  Est-ce tout, ma sœur  ?  » «  Oui, ma Mère  », répond Lucie simplement. Elle a fait sa commission. «  C’est bien, ma fille. Écrivez à votre confesseur de l’Asilo de Vilar, et racontez-lui les faits. Nous verrons ce qu’il répondra.  »

Dialogue simple et monastique. Au couvent, on ne s’étonne de rien, on ne s’emballe pas, «  nous verrons…  » Prudente sagesse. Mais chez les supérieurs ecclésiastiques, la prudence se fera incrédulité.

Chez la sainte, patience et obéissance seront signes de la vérité des grâces reçues. Vertus que Lucie pratiquera jusqu’à l’héroïsme.

La supérieure bénit Lucie et reprend son ouvrage comme si de rien n’était. Mais avec quelle ardeur nouvelle  !

Le chœur conclut paisiblement la scène en chantant cette parole de Lucie  :

«  Après cette grâce, comment pourrais-je me soustraire au plus petit sacrifice que Dieu voudrait me demander  ?  » (Mon chemin, tome 1, p. 51, publié dans Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, p. 177)

SCÈNE 12
LE JÉSUS DE LUCIE

Mère Magalhaes était prête à se conformer aux désirs du Ciel. Voyant que le confesseur de la maison, don Lino Garcia, demeurait dans l’expectative, elle demanda à Lucie de raconter les faits à son confesseur de l’Asilo de Vilar, le chanoine Pereira Lopes, qui émit des réserves et posa des questions.

Plus tard, à la fin de février 1926, elle lui écrit à nouveau en lui confiant ses pensées  : «  Quand j’ai reçu votre lettre et que j’ai vu que je ne pouvais pas encore répondre aux désirs de la Sainte Vierge, je me suis sentie un peu triste. Mais je me suis tout de suite rendu compte que les désirs de la Très Sainte Vierge étaient que je vous obéisse. Je me suis tranquillisée et, le lendemain, quand j’ai reçu Jésus à la communion, je lui ai lu votre lettre et je lui ai dit  : ô mon Jésus  ! Moi, avec votre grâce, la prière, la mortification et la confiance, je ferai tout ce que l’obéissance me permettra et ce que vous m’inspirerez  ; le reste, faites-le vous-même.  »

Le chœur ouvre la scène par cette prière qui montre la familiarité et candeur de Lucie dans ses rapports avec le Bon Dieu. Ils sont aussi admirables qu’étonnants de total abandon.

La scène suivante est une divine mise en scène d’un charme incomparable. Lucie est occupée à son emploi qui est de vider les poubelles. Or, «  je ne songeais presque pas à l’apparition du 10 décembre précédent  », dit Lucie.

La musique, au piano, est joyeuse.

Soudain, elle voit s’approcher un enfant et elle chante  : «  Ah  ! Voici l’enfant que j’ai rencontré ici, il y a quelques mois, tandis qu’elle s’occupait déjà des poubelles  ! avec lequel j’ai récité l’Ave Maria et que j’ai envoyé à l’église Sainte-Marie pour dire cette prière…  » La musique est enjouée avec le piano à la tierce et la flûte en contrepoint du chant.

Voilà une postulante exceptionnelle  ! Visiblement, son cœur brûle d’un amour particulier pour la Vierge Marie.

Cette belle et courte prière, qui était certainement la sienne propre, en cet Avent 1925, c’est le chœur qui la chante  : «  Ô ma Mère du Ciel, donnez-moi votre Enfant-Jésus  !  » Jésus devait être content de la voir ainsi tout occupée à le faire aimer. Amusé aussi  !

L’enfant arrivant à son niveau, Lucie lui demande  : «  As-tu demandé l’Enfant Jésus à notre Mère du Ciel  ?  » L’orgue succède au piano, tandis que l’Enfant laisse glisser un grand manteau sombre qui le couvrait, et apparaît tout resplendissant. Il lui répond  : «  Et toi, as-tu révélé au monde ce que la Mère du Ciel t’a demandé  ?  » C’est l’Enfant Jésus  ! Mais Lucie, qui le reconnaît bien, ne se démonte pas et le dialogue qui va suivre est d’une familiarité incroyable  ! Pour elle, il n’y a apparemment pas de différence quand elle parle à Jésus dans la prière ou à l’apparition  !

Et toi, as-tu révélé au monde ce que la Mère du Ciel t’a demandé   ?

«  Mon Jésus  !  » chante-t-elle avec une énergique spontanéité, «  vous savez bien ce que m’a dit mon confesseur, dans la lettre qu’elle lui a lue à la chapelle, et que la Mère supérieure ne peut pas, elle toute seule, répandre cette dévotion  ».

«  C’est vrai, lui répond l’Enfant Jésus à qui elle n’apprend rien  ! mais avec ma grâce, elle peut tout. Il suffit que ton confesseur te donne l’autorisation, voilà l’éternel problème  ! et que ta supérieure le dise pour que l’on croie.  »

C’est en effet ce qui eut lieu  :

«  Comme le chanoine Lopes ne lui répondait pas, mère Magalhaes lui recommanda de consulter le Père Francisco Rodrigues, jésuite, qui se montra favorable à la nouvelle dévotion. Dès qu’elle le sut, la supérieure s’efforça de la propager parmi les élèves de la maison puis, très vite, à l’extérieur, dans le cercle des familles amies de la communauté. Ainsi, c’est dans la chapelle des dorothées de Pontevedra, que la communion réparatrice des premiers samedis fut pratiquée pour la première fois.  » (Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie, p. 180)

Lucie continue  : «  Mais mon confesseur disait que cette dévotion ne faisait pas défaut dans le monde.  »

Le chœur amplifie la voix de l’Enfant Jésus qui répond avec solennité  : «  Les âmes qui font les cinq premiers samedis avec ferveur et dans le but de faire réparation au Cœur de ta Mère du Ciel me plaisent davantage que celles qui en font quinze, tièdes et indifférentes.  »

Lucie, tel un nouvel Abraham, plaide pour les pauvres pécheurs et Jésus lui cède sur tout pour sauver le plus d’âmes possible et parce qu’il désire beaucoup que nous entrions dans cette voie  :

«  Mon Jésus  ! Bien des âmes ont de la difficulté à se confesser le samedi…  » Chez les dorothées de Pontevedra, les confessions avaient lieu un autre jour de la semaine  !

«  Pourvu que les âmes soient en état de grâce lorsqu’elles me recevront et qu’elles aient l’intention de faire ainsi réparation au Cœur Immaculé de Marie.  »

On voit bien que si le Bon Dieu rend les choses aussi faciles, c’est parce qu’il veut que nous consolions le Cœur de sa Mère.

Le chœur et l’orchestre concluent par un vœu de Lucie, plein de ferveur et d’ardeur  :

«  Ah  ! si pouvait s’allumer dans les âmes la flamme de l’amour divin pour qu’elles brûlent du désir de consoler beaucoup le Saint Cœur de Marie. Que je voudrais souffrir beaucoup pour son amour  !  »

Musique très paisible, avec des fulgurances pour traduire sa ferveur.

SCÈNE 13
LE DÉSIR DU CŒUR DE DIEU

Peu de temps avant de partir pour l’hôpital de Lisbonne, le 21 janvier 1920, Jacinthe exhortait Lucie par des paroles enflammées à répondre aux demandes de Notre-Dame. C’est son “ testament ” qui révèle son intimité avec la Sainte Vierge et l’intelligence qu’elle avait des pensées du Sacré-Cœur  :

«  Le Cœur de Jésus veut que l’on vénère avec Lui le Cœur Immaculé de Marie  », chanté à deux voix par les sopranos et altos, doublées par les bois, en Si bémol majeur doux et calme, mais exprimant une volonté ferme. N’en déplaise à ceux que le culte “ exagéré ” de la Sainte Vierge inquiète. C’est le Bon Dieu qui le veut.

Mais cela ne fait pas l’affaire de tout le monde. C’est ce que les anges vont nous expliquer en citant abondamment le parloir de sœur Lucie avec le Père Fuentes, le 26 décembre 1957.

L’orgue en plein-jeu, et les cordes exécutent des accords piqués, marquant le chant des anges, saccadé  : «  Le démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge  », en Sol mineur, dramatique, puis en Sol majeur, car on sait déjà où sera la victoire  : «  Et une bataille décisive est une bataille finale où l’on saura de quel côté est la victoire, en Ré majeur glorieux, de quel côté la défaite  », en Ré mineur.

«  Aussi, dès à présent, il faut choisir entre Dieu et le démon.  » Car si nous savons où sera la victoire finale, nous ne sommes pas assurés de notre persévérance finale. C’est une question de salut éternel pour chacun de nous.

Le chœur, énergique, ponctue la phrase en répétant «  il faut choisir, il faut choisir  ».

Les anges continuent  : «  Il n’y a pas de moyen terme  », répété par le chœur pour nous entraîner à une vraie conversion qui consiste à entrer dans les voies de Dieu. Quoi de plus simple, de plus aimable  ?

Changement de mesure, à 3 / 4, et de tempo, plus lourd avec des accords répétés aux violoncelles et à l’orgue, en Mineur, car la chose est grave  : «  Les deux derniers remèdes, chantés par les anges en deux voix, que Dieu donne au monde sont le saint Rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.  »

«  Il n’y en a pas d’autres  », affirme un ange.

Ensuite, tous les anges, à deux voix, avec tous les violons et bientôt le renfort des cuivres pour le passage le plus intense, chantent cette phrase surprenante  : «  Dieu offre avec une certaine crainte le dernier moyen de salut, entrée des cuivres, le Cœur Immaculé de sa très Sainte Mère.  »

Et voici pourquoi Il «  craint  »  :

«  Si le monde le méprise et le repousse, il n’aura plus le pardon du Ciel.  » Le chant s’arrête ici, mais Lucie continuait ainsi  : «  parce que nous aurons commis un péché que l’Évangile appelle le péché contre l’Esprit-Saint, qui consiste à repousser ouvertement, en toute connaissance et volonté, le salut qu’on nous offre  ». La musique finit sur un ton triste, en accord avec les sentiments du Cœur Immaculé de Marie  : «  Mon Père, disait sœur Lucie au début de l’entretien avec le Père Fuentes, la Très Sainte Vierge est bien triste, car personne ne fait cas de son message, ni les bons, ni les mauvais.  » (Sœur Lucie, p. 353)

Mais pour ne pas rester dans l’accablement, le chœur chante une parole de Notre-Seigneur à Lucie, dans un Sol majeur doux et majestueux qui fait suite au Sol mineur triste  : «  Ce Cœur est l’aimant qui attire les âmes à moi, le foyer qui irradie sur la terre les rayons de ma lumière et de mon amour, la source intarissable qui fait jaillir sur la terre l’eau vive de ma miséricorde.  » Commençant avec un accompagnement léger aux bois (la lumière…), l’entrée des cordes, plus ample, souligne «  l’amour  » de Jésus et sa miséricorde.

SCÈNE 14
LA THÉOPHANIE DE TUY

Le 20 juillet 1926, Lucie quitte Pontevedra pour Tuy, où se trouvait le noviciat de la province portugaise de la congrégation des sœurs dorothées.

C’est là que, le 13 juin 1929, la Sainte Vierge tient la promesse du grand Secret du 13 juillet 1917  : «  Je viendrai demander la consécration de la Russie.  »

Lucie y fait un noviciat très fervent sous la conduite sage de mère Monfalim qui est, elle aussi, acquise à la dévotion réparatrice des premiers sa­medis. «  La communauté et le noviciat de Tuy étaient d’une ferveur exemplaire. La dévotion des cinq premiers samedis du mois était pratiquée par toutes les religieuses.  »

Cela réjouit beaucoup sœur Lucie, mais ce n’est pas suffisant. Il faut que cette dévotion soit diffusée partout, et Mgr da Silva demeure réservé et silencieux  !

C’est dans ce contexte à la fois religieux et fervent, mais douloureux à cause de l’obstacle épiscopal, que sœur Marie-Lucie alors âgée de vingt-deux ans fut favorisée d’une théophanie trinitaire, «  merveille dont on ne trouve pas la semblable dans l’histoire de l’Église, depuis la vision de saint Paul sur le chemin de Damas  », écrit notre Père.

Sœur Lucie raconte  : «  J’avais demandé et obtenu la permission de mes supérieures et de mon confesseur de faire une Heure sainte de 11 heures à minuit, dans la nuit du jeudi au vendredi de chaque semaine.  » Cette pratique répondait aux demandes du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie.

«  Me trouvant seule une nuit dans la chapelle, je m’agenouillai tout près de la table de communion, au milieu, pour réciter, prosternée, les prières de l’ange. Me sentant fatiguée, je me relevai et continuai à les réciter les bras en croix.  » Pour se reposer  ! «  La seule lumière était la pâle lueur de la lampe du sanctuaire.  »

C’est dans cette attitude que nous la trouvons au début de cette scène, tandis que le chœur chante une invocation entrée dans le cœur des pastoureaux le 13 mai avec la lumière jaillie des mains de la Sainte Vierge  : «  Ô très Sainte Trinité, je vous adore  ! Mon Dieu, mon Dieu, je vous aime dans le Très Saint-Sacrement.  »

Le chant est majestueux, comme il convient pour louer la Très Sainte Trinité et le Très Saint-Sacrement, dans un sentiment d’adoration au début, puis d’imploration confiante avec la répétition de «  Mon Dieu  » et la montée sur «  Je vous aime  », avec tendresse.

Une musique douce et mystérieuse nous ramène à l’intimité de la chapelle et nous plonge dans la prière silencieuse de Lucie, pour nous préparer à revivre un événement unique, par les trémolos doux et frémissants des cordes, les arpèges au piano et accords tenus à l’orgue avec des enchaînements harmoniques colorés, par tierces majeures ascendantes et descendantes.

Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé, promettant de la sauver par ce moyen.

Sur ce fond sonore, le chœur décrit la théophanie tandis que les anges découvrent la représentation de l’apparition, en ouvrant ou tirant les rideaux qui la cachaient à nos yeux  :

«  Toute la chapelle s’éclaire d’une lumière sur­naturelle et, sur l’autel, apparaît une Croix de lumière qui s’élève jusqu’au plafond.  » Les harmonies colorées aident à suggérer cette lumière surnaturelle tandis que le chant s’élève, comme la Croix «  jusqu’au plafond  ».

Les anges prennent la suite du chœur, toujours à l’unisson pour ne pas perdre un mot de ce texte extraordinaire, accompagnés par les bois plus clairs  : «  Dans une lumière plus claire, sur la partie supérieure de la Croix, on voit une face d’homme, avec un corps jusqu’à la ceinture.  »

Les anges continuent la description avec l’orgue  : «  Sur sa poitrine, une colombe de lumière plus intense.  » Les violoncelles, trombone et tuba entrent à leur tour pour un passage plus douloureux  : «  Et cloué à la Croix, le corps d’un autre homme.  » La sobriété de la description est égale à celle de la crucifixion dans l’Évangile  !

Pour la suite de la description, encore plus mystérieuse, les cordes jouent de larges accords qui vont des graves à l’extrême aigu  : «  Suspendus en l’air, un Calice et une grande Hostie sur laquelle tombent quelques gouttes de Sang qui coulent sur les joues du Crucifié et d’une blessure à la poitrine.  »

Deux flûtes figurent l’écoulement du Précieux Sang  : «  Coulant sur l’Hostie, ces gouttes tombent dans le Calice.  » À chaque messe, le Christ verse son Sang de cette façon pour prix de notre rédemption.

Le chœur des femmes chante ensuite  : «  Sous le bras droit de la Croix se tient Notre-Dame avec son Cœur Immaculé dans la main, sans épée ni roses, mais avec une couronne d’épines et des flammes.  »

Ensuite le chœur des hommes chante  : «  Sous le bras gauche de la Croix, de grandes lettres, comme d’une eau cristalline coulant au-dessus de l’autel, forment ces mots…  »

Des triolets descendants des voix, imitent l’eau cristalline. Les anges chantent  : «  Grâce et Miséri­corde.  » Tandis que le chœur tout entier s’écrie, soutenu par l’orchestre  : «  Ô mystère de la Très Sainte Trinité  !  » pour exprimer ce que nous voyons sans pouvoir entrer dans le fond mystérieux de l’Être aperçu par la voyante  : «  Je compris que m’était montré le mystère de la Très Sainte Trinité, et je reçus sur ce mystère des lumières qu’il ne m’est pas permis de révéler.  »

Une petite et délicate mélodie au violon introduit le chant de la Sainte Vierge assuré par le chœur des sopranos et altos à l’unisson  : «  Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé, promettant de la sauver par ce moyen.  »

Une statue de Notre-Dame de Fatima, tenant son Cœur Immaculé dans la main gauche et le chapelet de l’autre main, la représente.

L’instant est solennel. La Sainte Vierge dit ce qu’elle veut  ! Mais les voix et l’orgue, avec le changement de tonalité, suffisent à donner ce caractère de commandement sans avoir recours à d’autres artifices.

La mélodie est plutôt modale, s’appuyant sur des degrés faibles de la gamme, ce qui en accentue le caractère religieux, mais finit très tonale pour affirmer la promesse de sauver la Russie.

Le chœur, après un bref intermède aux violons, reprend à deux voix, avec les cordes et les cuivres, entièrement chromatiques et dramatiques  : «  Elles sont si nombreuses les âmes que la justice de Dieu condamne pour des péchés commis contre moi, que je viens demander réparation.  » La tragédie est pathétique puisqu’il s’agit du salut des âmes.

Mais la musique s’apaise et redevient consonante sur les derniers mots, laissant une porte ouverte pour la miséricorde.

«  Sacrifie-toi à cette intention et prie  » sont les dernières paroles de la Sainte Vierge et de l’appa­rition, très douces et simples, modales, mais tellement exigeantes  ! Sœur Lucie est la grande sainte du vingtième siècle, parce qu’il est de notoriété publique qu’elle a répondu héroïquement à ces demandes de Notre-Dame.

Par là, elle s’est faite le canal de «  la cascade rebondissante de toutes les médiations disposées par notre Père du Ciel pour nous dispenser sa grâce et sa miséricorde  » (Fatima, salut du monde, p. 225).

Médiation du Christ notre Sauveur crucifié pour nous  ; médiation eucharistique de son Corps et de son Sang, offerts en sacrifice expiatoire et distribués en nourriture et en breuvage de communion rédemptrice  ; médiation de cette Eau cristalline abreuvant d’Esprit-Saint ceux qui reçoivent les sacrements de baptême et de pénitence par le ministère de l’Église.

Enfin, achèvement et plénitude de l’économie rédemptrice  : médiation universelle de Marie, person­nification de l’Église, Mère de grâce et de miséricorde (ibid., p. 225).

HYMNE AU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE

Le retour en Ré mineur, apaisé, mais triomphant, à la fin de la scène 14, nous amène au chœur final  : une hymne au Cœur Immaculé de Marie, extraite de l’hymne des premières vêpres de notre Office du treize du mois, composé par nos frères et sœurs de Fons.

Le ton est en Ré majeur pour faciliter la tâche à nos trompes de chasse, mais il garde un côté mélancolique, chaleureux et même affectueux.

Les cordes, en pupitres divisés, deux parties par pupitre, créent un fond très doux par des trémolos frémissants, mais pas violents, et un accord très large, du suraigu au plus grave, pour ainsi dire unique à l’exception d’un bref passage à la dominante, mais toujours sur la pédale de tonique ().

De cet accord prolongé surgit la mélodie simple et chaleureuse de la première trompe en “ radoux ” en sa première partie, et forte en duo en sa deuxième partie, avec la pédale grave à l’orgue pour donner plus de profondeur. C’est déjà à peu près l’air de l’hymne.

Après un petit intermède aux cordes, les hommes, ténors et basses à l’unisson, chantent la première strophe, en latin, accompagnés par l’orgue.

  1. «  Ô vous tous qui errez,
    Voici le Cœur Immaculé  :
    C’est votre refuge et le chemin
    Qui vous conduira à Dieu.  »

Le chant est paisible, dans un 3 / 4 bien balancé.

Un nouvel intermède annonce la deuxième strophe, chantée sur le même air, mais à quatre voix mixtes avec accompagnement des cordes tandis que les bois et les trompes se répondent  :

  1. «  Attirez, ô Reine du Ciel,
    Tous les cœurs,
    Afin d’avoir la joie de les placer
    Comme des fleurs pour orner le trône de Dieu.  »

Un dernier intermède prépare la troisième strophe  :

  1. «  Louange éternelle à Vous, Jésus,
    Qui voulez que le Cœur Immaculé
    Soit la source perpétuelle de la grâce
    Et de la miséricorde.  »

Toujours chanté par le chœur, mais la mélodie est aux ténors tandis que les sopranos chantent en tierces et sixtes à l’aiguë, que les basses assurent la basse harmonique et que les altos exécutent un contrepoint fleuri en croches vocalisées sur «  A  ».

Du côté des instruments, les cordes assurent le quatuor, les bois doublent les voix principales à l’octave, et les trompes font quelques interventions en contrepoint ou dialogues avec les ténors.

On enchaîne avec un grand «  Amen  » qui commence aux altos et ténors doublés par les bois, auxquels les autres voix et les cordes vont se joindre avec de nombreuses entrées successives sur une longue pédale de , préludant à un court développement où seront visités quelques tons voisins, soulignés par les bois et les cuivres, jusqu’au retour au ton initial de Ré majeur pour une dernière apparition, ou intervention, du thème aux trompes qui annonce la cadence finale dans une grande plénitude qui proclame l’accomplis­sement des volontés e Dieu, Père, Fils et Saint- Esprit, par la médiation toute-puissante du Cœur Immaculé de Marie.

Camp Notre-Dame de Fatima,
le 26 août 2018.